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Cette rubrique née en 2012 s’éteindra quand ils auront cessé de nous tourmenter. Voraces, vulnérants, puants, sales, mordants, vecteurs, disparates, proliférants, bruyants, indéterminables, collants, importuns… les insectes nous insupportent et on ne va pas les laisser nous narguer jusqu’à la fin du monde. Nos aïeux ont inventé des procédés infaillibles pour les détruire, nous continuons dans cette voie. On lira ici un choix de recettes et de techniques remarquables ; l’OPIE ne les a pas toutes soumises à son impitoyable banc d’essai : en effet, pourquoi ne pas faire confiance à leurs inventeurs ou rapporteurs qui proclament leur efficacité ?
Donc, pour en finir avec les insectes, yaka…               
par Alain Fraval
Articles parus dans Insectes depuis le n° 166  et des inédits

Les encercler

« Pour attirer les fourmis au bas de l’arbre, présentez-leur un morceau de sucre ou du miel étendu sur un morceau de papier au bas de cet arbre : elles y accourront toutes : faites ensuite autour un cercle avec de la craie, elles n’oseront jamais franchir cette barrière, & vous les écarterez facilement. » - L'Albert moderne. Chez la veuve Duchesne (Paris), 1773.

Un internaute affirme que « les fourmis n'aimant pas la craie, il vous suffit de tracer un cercle magique autour de vos plantes pour opposer une barrière insurmontable aux affreuses ». à un clic de là, on vend des « craies magiques » ou des « craies chinoises » qui font barrière aux fourmis domiciliaires ; leur secret : elles incorporent un insecticide pyréthrinoïde.

Les percuter 

Une automobile roulant à 90 km/h, en été, rencontre fatalement entre 80 et plus de 160 insectes par kilomètre.

À (re)lire : La mortalité des insectes liée à la circulation automobile, par Jean-Pierre Chambon. Insectes n° 88 (1993-1). 


Les livrer aux poules

« […] le moyen de M. Giot, fermier à Chevry (Seine-et-Marne). Il consiste à conduire des centaines de poules en omnibus au milieu de ses champs et à les lâcher au moment les charrues marchent. Il faut les voir se jeter dans la raie, presque dans les jambes du laboureur. Pas un ver, pas une larve, pas un insecte n'échappent. En Normandie, les femmes et les enfants font la besogne des poules ; ils suivent la charrue et ramassent les vers blancs. » Petite école d'agriculture, par Pierre Joigneaux. La Maison rustique (Paris), 1878.

À la même époque, on a préconisé en Allemagne, l’usage de Hühnerwagen : des cages à poules grillagées sans fond – mais avec des poules marcheuses dedans – assemblées côte à côte, assujetties à un essieu reliant deux grandes roues et tirées par un cheval, à la vitesse adéquate.


Détruire leur habitat  

« Il y avait à cet endroit [au-dessus d'Orléans] une vaste forêt, de trente-cinq lieues de longueur et de dix-sept de largeur, ou à peu près. Celle-ci était horriblement riche et féconde en mouches à bœufs et en frelons, si bien que c'était un vrai coupe-gorge pour les pauvres bêtes de somme, ânes et chevaux. Mais la jument de Gargantua eut la revanche de tous les outrages qui y avaient été commis sur les bêtes de son espèce, dont elle vengea l'honneur par un tour auquel les insectes ne s'attendaient guère. Car dès qu'ils eurent pénétré dans la forêt en question et que les frelons lui eurent livré l'assaut, elle dégaina sa queue et dans l'escarmouche les émoucha si bien qu'elle en abattit toute la futaie. A tort, à travers, de çà, de là, par-ci, par-là, en long, en large, par-dessus, par-dessous, elle abattait les troncs comme un faucheur abat les herbes, de telle sorte que depuis il n'y eut plus ni bois ni frelons, et que tout le pays fut transformé en champs. » - Gargantua, par François Rabelais. Paris, 1534.

Le petit paragraphe qui suit est totalement hors sujet : « Ce que voyant, Gargantua y prit un bien grand plaisir et, sans davantage s'en vanter, dit à ses gens : "Je trouve beau ce."C'est pourquoi, depuis lors, on appelle ce pays la Beauce ». On chercherait en vain dans la suite de l’histoire les moyens de détruire les insectes ravageurs des céréales.

Les manger  

À (re)lire : Les insectes ; une ressource alimentaire d'avenir ? par Véronique Bizé. Insectes n° 106 (1997-3).

Les poudrer

« Lorsqu’on apperçoit quelque livre atteint, soit dans la couverture, soit dans le corps du volume, il faut verser dessus de la poudre de coloquinte, & en garder à cet effet dans une petite phiole bouchée d’un morceau de parchemin percé de plusieurs trous : il faut aussi de temps en temps battre les livres pour en faire sortir la poussière, & renouveller la coloquinte. » - L'Albert moderne. Chez la veuve Duchesne (Paris), 1773.

Un auteur allemand de cette époque, écrivant à la suite de l’attaque par les Anobium (Col. Anobiidés) de la bibliothèque de Göttingen, conclut que « là où une bibliothèque sert seulement de tapisserie ou de décoration des murs, sans qu’on s’en occupe autrement, il est parfaitement inutile de tenter quelque chose contre les insectes » - après avoir mentionné l’existence de « rapports français [qui] parlent d’insectes qui gloussent comme les poules, rongent les couvertures des livres, se nourrissent de la colle de pâte ». Où sont ces documents ? Bouffés par les anthrènes…

Les ensacher

« On suspend au plafond deux ou trois branches de genêt bien fournies de ramilles; ces branches sèchent rapidement et ressemblent à des petits balais. Les mouches qui, on ne sait pourquoi, affectionnent les couleurs sombres, vont, à l'approche de la nuit surtout, se poser par milliers sur ces ramilles. Pour les prendre on a un sac à ouverture assez large autour de laquelle on attache une baguette pliée en deux et non complètement brisée. Cette baguette fait ouvrir le sac d'une manière triangulaire ; or, il suffit d'ouvrir le sac, d'y faire entrer les rameaux où les mouches sont passées, de fermer les deux bâtons en tirant le sac en bas, et toutes les mouches sont enfermées. Ceci doit se faire très-vite, et le sac doit être très-long. […] C'est un des meilleurs et des plus amusants procédés qu'on puisse employer à la destruction de la mouche domestique. » - X. Thiriat. Journal d'agriculture pratique, vol. 3, 543 547 (1868).

Les peigner

À (re)lire : Le peigne à poux, de la préhistoire à nos jours,  par Jean-Marie Doby. Insectes n° 112 (1999-1).

Les effaroucher bestialement

Si un crapaud cloué sur la porte de la grange protège des charançons, alors que les criquets sont paralysés par des chauves-souris piquées au sommet des grands arbres (selon Démocrite), pour être débarrassé des chenilles des choux, il convient de fixer au sommet d’un piquet une écrevisse de rivière ou bien :

« Au temps de Pline, le grand naturaliste latin, on dressait un pal au milieu du carré de choux à protéger, et sur ce pal on disposait un crâne de cheval blanchi au soleil ; un crâne de jument convenait mieux encore. Pareil épouvantail était censé tenir au large la dévorante engeance. Ma confiance est très médiocre en ce préservatif ; si je le mentionne, c'est qu'il me rappelle une pratique usitée de notre temps, du moins dans mon voisinage. Rien n'est vivace comme l'absurde. La tradition a conservé, en le simplifiant, l'antique appareil protecteur dont parle Pline. Au crâne de cheval on a substitué la coquille d'un œuf dont on coiffe une baguette dressée parmi les choux. C'est d'installation plus facile ; c'est aussi d'efficacité équivalente, c'est-à-dire que cela n'aboutit absolument à rien. » - Jean-Henri Fabre. Souvenirs entomologiques, série X, ch. 2.

Les manger

 « Il y avait une fois une grand’mère qui avait beaucoup d'enfants et de petits-enfants. Chaque année, le jour de sa fête, elle réunissait toute sa famille à sa table et ce jour-là était impatiemment attendu par tous : on savait qu'on aurait, au dîner, un fameux et exquis plat de beignets dont la grand'mère avait la spécialité et le secret. Ces beignets avaient une réputation dans la petite ville qu'habitait la famille. Quand ils arrivaient sur la table tout fumants, dans leur belle pâte croquante et dorée, les enfants battaient des mains et passaient la langue sur leurs lèvres. C'était doux, onctueux, parfumé, délicat, et le fils aîné qui avait été militaire et qui savait bien des choses, prétendait que ‘c'était le bon Dieu en culotte de velours qui vous descendait dans l'estomac’. Vainement on avait prié, à maintes reprises, la grand’mère de divulguer le secret de ce plat, digne du palais des Dieux, qu'elle confectionnait elle-même dans le silence de sa cuisine et loin de tout œil indiscret. Enfin, un jour, elle se décida à livrer la recette de ce plat mystérieux. Les beignets si savoureux étaient tout simplement des vers blancs noyés dans du lait, entourés de pâte et cuits à point dans de la fine huile d'olives. »

Vers blancs et hannetons, par Cyrille de Lamarche, Le Magasin pittoresque, 1907, pp. 207-209.

Les anathémiser

« On peut faire pour la conservation des récoltes même ce qui est défendu par les lois: ainsi les enchantements, les sortilèges prohibés par le droit, sont permis toutes les fois qu'ils ont pour objet la conservation des fruits de la terre; on doit, à plus forte raison, permettre d'anathématiser les insectes qui dévorent les fruits, puisque, loin d'être défendu comme le sont les sortilèges, l'anathème est au contraire une arme autorisée et employée par l'Église. » - Barthélemi de Chasseneuz (XVIe siècle) in Procès contre les insectes, par Émile Agnel, 1858. En ligne à www.inra.fr/opie-insectes/av1858-1.htm

Les insectes traduits en justice – devant l’Officialité du diocèse, tribunal compétent - ont bénéficié de défenseurs. À (re)lire : Un précurseur de l’OPIE au temps de la Renaissance, par Vincent Albouy. Insectes n° 137 (2005-2)

Leur faire peur avec des fourmis

On indique, comme moyen très-propre à éloigner le charançon, un moyen qui consiste à porter dans le grenier une fourmilière ou un sac de fourmis que l’on y secoue. Les fourmis tombent sur les charançons, qui désertent aussitôt la place. On a reconnu, dit-on, l’efficacité  de ce moyen par une expérience de trente ans, à l’administration royale de Ludwigsburg (Würtemberg), où le garde-magasin désespérait de s’opposer aux ravages des charançons, lorsque M. Schoch d’Osterholz, veneur à la cour, lui enseigna ce procédé, qui délivra en deux jours les greniers des insectes nuisibles dont ils étaient infestés. (Dingler’s polytechnisches Journal). - Bulletin de la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale. 1870.


Les emmieller


On peut encore faire un piège constitué de deux planches enduites de miel, maintenues écartées par un bâton qu’on tire avec une ficelle quand les guêpes sont venues en grand nombre sur les planches, où elles se trouvent ainsi écrasées.
La Gazette du village (Paris) -Librairie agricole de la Maison rustique (Paris)-1912


Les graver

Par exemple, Ant. Misald, dans la Centurie des secrets mémorables, écrit, que pour chasser les mouches d’un endroit, de manière qu’on n’en revoie plus, on n’a qu’à faire tailler l’image d’une Mouche dans une pierre, et de la porter ensuite enchâssée dans une bague. Ou bien l’on n’a qu’à couper la figure d’une Mouche, Araignée ou Serpent, dans une plaque de cuivre ou d’étain, Secunda facie piscum ascendente, et prononcer, en courant, ces paroles, voici le simulacre qui chasse à perpétuité les mouches ; après quoi l’on enterre la figure qu’on a faite au milieu de la maison.

Les piéger rotativement

À paraître


Les expulser

À paraître







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