Graellsia isabelae: Identification et Biologie


Identification

Par sa taille et sa couleur, Graellsia isabelae est une espèce inconfondable en Europe. Le mâle se distingue de la femelle par ses antennes longuement pectinées et par les prolongements ("queues") de ses ailes postérieures.


Plante-hôte

Dans la nature, les chenilles de la sous-espèce française consomment les aiguilles du pin sylvestre (Pinus sylvestris), parfois du pin à crochets (Pinus uncinata) et du Pin laricio en Espagne (Pinus nigra laricio). Les chenilles préfèrent les aiguilles âgées de plus d'un an aux aiguilles de l'année (Ylla J., 1997).
Les adultes ne s'alimentent pas.

Cycle de développement

C'est une espèce monovoltine.
La ponte se situe entre avril et juin. L'éclosion des oeufs se produit 10 à 20 jours après la ponte (en fonction de la température). La durée du développement larvaire est de 29 à 45 jours. Les chenilles peuvent être observées du mois de juin au début du mois d'août. A la fin du cinquième stade, les chenilles tissent un cocon grossier de couleur brune avec des aiguilles agglutinées dans la litière végétale, souvent contre une grosse pierre ou sous une écorce. Les chrysalides sont en diapause hivernale jusqu'au printemps.
L'apparition des adultes est fonction de l'altitude, de l'exposition et des conditions climatiques locales. Les conditions optimales d'émergences sont de 20 à 25°C et de 70 à 80% d'humidité (Maso A. & Willien P., 1989). Les émergences débutent au cours de la première quinzaine d'avril. Sur un même site, elle peuvent s'échelonner sur 100 jours, avec plus de 90% des émergences pendant les cinquante premiers jours (Ylla J., 1997). En captivité, la durée de vie des adultes est de 8 jours en moyenne pour les femelles et de 5 jours en moyenne pour les mâles, avec un minimum de 2 jours et un maximum de 16 jours.

Comportement des adultes

L'activité pour les deux sexes commence au crépuscule et est particulièrement intense pendant les deux ou trois premières heures de la nuit. Les femelles vierges libèrent une phéromone sexuelle qui attire les mâles lorsque la température est supérieure à 13°C (Maso A. & Willien P., 1989). La ponte à lieu aussitôt après l'accouplement qui dure deux à quatre heures. Les femelles pondent 90 oeufs en moyenne (Vuattoux R., 1980). Un grand nombre d'oeufs peuvent être stériles (entre 0 et 80%). En laboratoire, 75% des oeufs sont pondus 72 h. après l'accouplement (Ylla J., 1997), ils sont déposés par groupes de deux ou trois sur les branchettes terminales des Pins. Pendant le jour, le papillon reste tapi et immobile, accroché aux troncs, branches, branchettes et aiguilles.

Biotopes

L'isabelle vit dans des forêts de conifères entre 100 et 1800 mètres d'altitude. Dans le département des Hautes-Alpes, l'espèce se trouve principalement dans les forêts de Pin de montagne à Ononis. Ce sont des forêts montagnardes de pin sylvestre (Pinus sylvestris) possédant des faciès à pins à crochets (Pinus uncinata). Ces formations se rencontrent, dans le Briançonnais, sur les versants pierreux calcaires et les éboulis. En Espagne, l'espèce se développe principalement dans des forêts supra-méditerranéennes de Pin sylvestre. Ce sont des faciès de chênaies thermophiles supra-méditerranéenne dominés par Pinus sylvestris (Ylla J., 1997).

Typologies phytosociologiques (CORINE-Biotope) :
Forêts de Pin de montagne à Ononis (Code CORINE : 42.4215, Ononido-Pinetum uncinatae)
Forêts supra-méditerranéennes de Pin sylvestre (Code CORINE : 42.59, Pinetum sylvestris, Buxo-Quercetum hylocomio-Pinetosum)

Répartition géographique

Graellsia isabelae n'est présent de manière certaine qu'en France et en Espagne. Une donnée datant de 1997, sur le versant italien des alpes briançonnaises, demande confirmation (Collectif OPIE, 1995). La sous-espèce française galliaegloria a été décrite en 1922 par Oberthür. Il s'agit d'une espèce relictuelle du tertiaire dont l'aire de répartition actuelle est disjointe.
En France, l'espèce est présente :
dans les Hautes-Alpes, les Alpes-de-Haute-Provence et les Alpes-Maritimes (Maso A. & Willien P., 1989), plus particulièrement la haute vallée de la Durance où l'on trouve les populations connues les plus importantes (il s'agit de la sous-espèce galliaegloria),
dans les montagnes du Jura (département de l'Ain) où se trouve une petite population isolée (Maso A. & Willien P., 1989 ; cette donnée date de la fin des années cinquante et demande confirmation),
dans les Pyrénées-Orientales (Dufay C. & Mazel R, 1981) où il s'agit probablement de la sous-espèce espagnole Graellsia isabelae paradisea Marten, 1955.
Les données recensées sur la répartition de cette espèce dans le sud-est de la France (de l'Ain jusqu'aux Var et les Alpes maritimes) sont très réduites. Il existe cependant un nombre important de sites potentiellement favorables à l'espèce dans cette zone. L'absence d'observations semble due principalement à la durée de la période de vol des adultes qui est relativement courte et à un défaut de prospection. L'espèce serait aussi à rechercher dans les formations à Pinus sylvestris situées en bordure sud du Massif Central.

En Espagne, l'espèce est représentée par quatre sous-espèces:
isabelae Graells, dans les sierras autour de Madrid,
paradisea Marten en Catalogne,
ceballosi Bustillo et Rubio en Andalousie,
roncalensis Bustillo, Aizpurua et Rubio dans les Pyrénées centrales et occidentales.


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