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Les Épingles tout frais forgées ainsi que les À lire sur Internet tout frais repérés sont en haut de la pile
En épingle en 2020
L'insecte ou l'événement entomologique du jour, celui qui défraye la chronique et qui alimente les conversations en ville et dans les insectariums, sera épinglé sur cette page, qui s'enrichira au fur et à mesure des événements entomologiques.

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Rédaction (sauf mention contraire) : Alain Fraval 

La dernière de 2019 :   Pied à pied, ils résistent       Les Épingles d'avant

Anthropocoprophilie, L'alcool les perdra,
Les demoiselles font comme ça…, Les richards se planquent, Teigne 2.0, Morts dans le sanctuaire de la monarchie, La danse motive les ouvrières, Criquets renifleurs, Punaise, quelles antennes !, Pharmakon, Camouflage phonique, Quand les immigrants apportent des couleurs, Test d'orientation, Fausse-Teigne vraie plastivore, C'est une question de câblage, Polystyrènophagie, Roulade de fourmi, Plus capitalistique, Qu'elle crève !, Bonne année, Le fumet de la lumière, La senteur préférée des sauteurs,
Épingles publiées dans le n° 196 (1er tr. 2020) : Super glu, Costauds et malins, Vanesse sauvée par la reconnaissance faciale ?, Mouchetures (suite)
Fourmillons tou(te)s ensemble, On ne les y reprendra pas deux fois, Ils peignent, de peigner ou de peindre ?, Pour bricoler un aleurode, L'oiseau-mouche est une mouche, Se rapprocher l'un de l'autre est risqué, Le sens inné du danger, Ils plongent !,
Lui, il aura bientôt la fibre, En cas de menace, le vol est annulé, Une distraction à la gomme, Traîne-mues,

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Bonne lecture !
mai
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1254 Traîne-mues
On connaît pas mal d'insectes qui, à l'état larvaire, portent sur leur dos un amas fait d'excréments, d'exuvies et de matériaux ramassés. Il leur sert pour autant qu'on sache de protection contre des prédateurs qui sont dégoûtés par son odeur ou ne parviennent pas à l'entamer. Des cassides (Col. Chrysomélidés) s'en servent même de massue.
Les Coléoptères du genre Toramus (Érotylidés) empilent leurs mues larvaires successives au bout de leur abdomen. Pour quel avantage ?
Takahiro Yoshida (université d'Ehime, Japon) et Richard A. B. Leschen (Manaki Whenua, Nouvelle-Zélande) ont repris l'étude de ces larves, mal connues. Les exuvies sont attachées l'une à l'autre par des soies en crochet à la hampe aplatie implantées sur le 8e sternite abdominal. Ces soies particulières sont fragiles et constitueraient un point de rupture.
Leur hypothèse d'une autotomie salvatrice, le prédateur berné se retrouvant avec des exuvies entre les pièces buccales, ne tient pas. Une araignée, mise en présence d'une larve au laboratoire, dédaigne sa pile de mues et fond sur son corps.
Bref, on ne sait pas encore à quoi rime cette accumulation.
D'après notamment « Peculiar behavior of the beetle Toramus larvae, carrying their exuviae », communiqué de l'université d'Ehime. Lu le 22 mai 2020 à www.asiaresearchnews.com/
Photo : larve de Toramus quadriguttatus. Des auteurs
À (re)lire : Les excréments des insectes, par Alain Fraval. Insectes n° 183 (2016-4)

1253 Une distraction à la gomme
La Drosophile à ailes tachetées Drosophila suzukii (Dip. Drosophilidé) est une peste qui affecte gravement la production de petits fruits et de cerises, entre autres. Elle a envahi il y a une douzaine d'années l'Europe et l'Amérique du Nord, en provenance d'Asie. On parvient à limiter ses dégâts parfois par un programme soigneux de lutte intégrée mais, dans la plupart des vergers, on doit recourir à la lutte chimique massive.
M. V. Rossi Stacconi et son équipe (université de l'Oregon, États-Unis) proposent de protéger les fruits en disposant des appâts faits d'une gomme végétale de qualité alimentaire, à consistance de gelée.
Ces appâts ne sont ni collants ni empoisonnés. Ils attirent par leur odeur les mouches et les charment : celles-ci restent sur la gomme qui les distrait d'aller visiter les fruits et y pondre. Ça marche.
Tout récemment, ces chercheurs ont amélioré la présentation de l'appât, qui ne doit pas sécher. Après avoir façonné des sortes de longues et grosses nouilles de gomme sortant d'un tuyau et suspendues, ils ont ajouté un tissu microfibre imprégné entourant la partie supérieure à la nouille suspendue de la même de façon, et placée de sorte que son extrémité inférieure touche un goutteur du système d'irrigation. Il suffit d'un « piège » pour attirer les mouches dans un rayon de 3,6 m et ce, pendant 21 jours.
Depuis la parution de leur article*, un dispositif plus simple a été testé avec succès, c'est-à-dire que moyennant 50 pièges par acre (1/4 d'hectare), la protection égale celle des traitements insecticides. La gomme est tartinée sur un petit paillasson en chanvre, disposé au pied de chaque plante contre un goutteur.
D'après « Gaga for Gum: Study Shows Sticky Mixture Distracts Fruit Fly Pest », lu le 20 mai 2020 à //entomologytoday.org/
* article source (en anglais, gratuit)

Illustration 1 ; photo et schémas du « piège ». Des auteurs
Illustration 2 : tartine à la gomme. Des auteurs
À (re)lire : La Drosophile à ailes tachetées, peste asiatique des fruits rouges, par Alain Fraval. Insectes n° 167 (2012-4).

1252 En cas de menace, le vol est annulé
À Barro Colorado, une île au large du Panama recouverte par la jungle, les nuits sont tièdes et bruyantes. Pour une oreille humaine, les sons dominants sont les stridulation de sauterelles (Orth. Tettigoniidés) et de grillons (Gryllidés) en quête d'amour. S'y ajoutent, audibles pour ces insectes à l'oreille fine, les clics des chauves-souris, en quête de proies à 6 pattes, qui les font tenter de se dissimuler pour échapper à leur dent.
Dans ce monde, un groupe de grillons se distingue. Ce sont les Trigonidiinés, petits (4 à 7 mm) et à la systématique pas encore solidement établie. Qu'une chauve-souris en chasse approche à quelques mètres sondant à l'aide de son « sonar », au premier clic de détection, ils cessent de battre des ailes et donc, tombent au sol. Comment distinguent-ils ce signal de très mauvaise augure parmi le brouhaha ultrasonore qui règne dans la forêt, auquel participent outre les Chiroptères les sauterelles pour la majeure partie du spectre de leurs stridulations ?
Leur procédé a été découvert par Heiner Römer et Marc Holderied (universités de Bristol – Royaume-Uni - et de Graz – Autriche). Grosso modo, des individus de ces minigrillons ont été collés par le dessus du thorax à un fil et mis « en vol » devant un ventilateur ; devant eux, un haut-parleur ad hoc leur passait des enregistrements de chauves-souris et de sauterelles. Leurs réactions étaient enregistrées par vidéo. Le but était de départager 3 hypothèses : la distinction des spectres des différents sons, l'analyse de la fréquence de répétition des émissions d'écholocalisation des chauves-souris et l'exclusion de tout signal ultrasonore en dessous d'un seuil élevé.
En fait, le criquet ne répond et tombe que s'il perçoit un signal ultrasonore très fort, ce qui correspond à une distance de l'émetteur de 7 m, à partir de laquelle le prédateur est capable d'écholocaliser sa proie. Un clic suffit. Le grillon a donc largement le temps de disparaître du sonar de la chauve-souris en plongeant au sol.
Ce type d'alarme est très rare. Les autres insectes bienentendants, évoluant dans des environnements moins bruyants, reconnaissent les différents sons émis.
Article source (gratuit, en anglais) 
Illustration : grillon Trigonidiidé. Cliché M. Holderied 

1251 Lui, il aura bientôt la fibre
Le Charançon rouge Rhynchophorus ferrugineus (Col. Curculionidé), alias Calandre ferrugineuse, alias Ver palmi(s)te, habite les palmiers. Ses larves (jusqu'à un millier) creusent le stipe, l'arbre meurt en 2 à 4 ans. Originaire de l'Asie tropicale, le ravageur s'est répandu au Moyen-Orient, autour de la Méditerranée, dans les Antilles et en Amérique centrale, nuisant gravement à toutes les phœnicicultures.
On peut tenter de soigner un sujet infesté (nématodes et champignons entomophages – à l'étude, curetage) mais lorsque l'arbre apparaît souffrant, il est trop tard et on doit l'abattre. D'où l'intérêt de disposer d'un moyen pratique de détecter la présence des larves au tout début de l'attaque.
On a essayé le reniflage par des chiens entraînés, la tomographie aux rayons X… mais c'est le bruit de creusement par les larves qui est le meilleur signal. Munir chaque sujet d'une sonde acoustique plantée dans son stipe (avec un réseau sans fil de transmission) favorise les infections et infestations.
Des entomo-acousticiens de l'université Roi-Abdallah d'Arabie saoudite proposent un système simple et bon marché. Les stipes d'une palmeraie sont entourés à la file sur plusieurs tours d'une fibre optique reliée à un générateur-enregistreur. Ce dernier envoie des trains d'impulsions laser et analyse le signal de retour, éventuellement perturbé par la mastication des vers palmistes, avec un filtrage ad hoc pour éliminer les sons générés par le vent ou le passage d'animaux.
La mesure du délai entre le signal émis et le signal reçu indique la distance au générateur et permet de localiser l'arbre atteint. Le système est sensible à l'activité des larves des premiers stades (1 à 2 semaines), ce qui permet d'envisager de cureter les sujets colonisés et de les sauver.
Article source (gratuit, en anglais)
Illustration : représentation du dispositif. Des auteurs            
À (re)lire : Le délectable tueur de palmiers, par Alain Fraval. Insectes n° 146 (2007-3) et Quelques expériences d'actographie, par A.F., Insectes n° 119 (2000-4)

1250 Ils plongent !
D'après les échantillonnages faits durant 42 ans dans une réserve naturelle en Hesse orientale (Allemagne), les effectifs d'insectes aquatiques ont été réduits au cinquième.
Le Breitenbach coule dans un paysage de collines, relativement loin de toutes perturbations d'origine humaine. Une équipe de chercheurs de plusieurs universités allemandes a colligé les résultats d'un piège à émergence (une sorte de serre sans plancher de 12 m de long qui capture les imagos aux larves aquatiques) posé sur ce ruisseau et les berges. Température et débit ont été notés quotidiennement. Taxons étudiés : les éphémères, les perles et les Trichoptères. Les relevés ont été effectués toutes les semaines.
La température aura augmenté de 1,9°C, le débit aura varié et le nombre d'individus piégés aura chuté de 81,6 %. Le pic d'émergence s'est avancé de 13,4 jours et s'est allongé de plus de 15 jours. En revanche la diversité spécifique a d'abord augmenté, probablement du fait que, soumis au réchauffement, le ruisseau présente maintenant les caractéristiques d'une rivière aval. Puis elle a diminué à partir de 1990, sous un climat marqué par des sécheresses plus fréquentes. Le climat a joué le rôle principal.
Seule une étude au long cours comme celle-ci peut relier l'évolution des peuplements à celle des facteurs de l'environnement. Ni les études ponctuelles ni la modélisation ne peuvent y parvenir.
Article source (en anglais, gratuit)
Photo : Ephemera glaucops. Cliché Roman Sandoz    

1249 Le sens inné du danger
On sait peu de choses sur la façon dont les insectes répondent à un signal parvenant d'un prédateur ; on doit à Vivek Kempraj (thésard, université de Macquarie, Australie) et ses collaborateurs une avancée importante sur la gestion des risques par un insecte menacé, en fonction du type de prédateur et du coût de la réaction. Leur modèle : la Mouche des fruits du Queensland Bactrocera tryoni (Dip. Téphritidé), un ravageur très redouté des arboriculteurs.
Dans leur manip, des mouches sont exposées à l'odeur de 4 prédateurs (2 araignées diurnes, 1 araignée et une fourmi nocturne) et d'une punaise phytophage, non prédatrice. L'odeur est transportée par un courant d'air purifié sur charbon actif. Sont observés leurs déplacements et mouvements, leur comportement de recherche de nourriture, la ponte et l'accouplement. Affouragement et accouplement se trouvent réduits, la ponte est annihilée, ce qui correspond à une minimisation des risques en termes de succès reproductif (fitness). Selon le parfum du prédateur, la mobilité est réduite ou augmentée : en effet, il vaut mieux se tapir à l'approche d'un prédateur nocturne et se sauver devant un diurne.
C'est cohérent. Ces mouches n'ont jamais rencontré de leur vie un prédateur : le comportement semble inné. Ce qui n'a été observé chez aucun autre animal.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : Mouche des fruits du Queensland. Wikipédia 


1248 Se rapprocher l'un de l'autre est risqué
Mais on peut chanter et se trémousser sans trop de risque.
C'est le résultat du travail d'une équipe autour du Smithsonian Tropical Reasearch Institute, qui a examiné le comportement de capture des sauterelles d'une chauve-souris « glaneuse » néotropicale Micronycteris microtis. Ces prédateurs collectent les insectes posés immobiles sur les feuilles, les repérant par écholocation. À la saison des amours, chez les sauterelles Tettigoniidés Pseudophyllinés, le mâle stridule et, en plus, lui comme la femelle font vibrer le support (trémulations) qui transmet le message d'amour de l'un à l'autre. Puis, ils se rapprochent pour se connaître…
C'est dangereux. En offrant, en cage et dans le noir, à des chauves-souris des sauterelles en caoutchouc (pour éliminer l'odeur d'entre les stimulus), collées sur une feuille immobile ou reliée à un agitateur, ou en faisant se déplacer l'insecte en plastique d'une dizaine de centimètres sur la feuille, nos chercheurs ont établi que la chauve-souris préfère l'insecte en marche. Les femelles muettes ne sont pas moins exposées que les mâles à la dent de cette chauve-souris.
Le sexe a un coût.
Article-source
Stridulation de Docidocercus gigliotosi, qui a servi de modèle aux trémulations artificielles
Photo : sauterelles artificielles. Cliché » Dixie Novelty Distributors  
NDLR : 1 sauterelle en caoutchouc coûte 6,99 $, livraison comprise ; le lot de 50, 39,00.


Le bourdon, cet horticulteur méconnu, par Florence Rosier. Le Monde, 24 mai 2020.
[Bombus terrestris]

Une nouvelle colonie de papillons monarques découverte au Mexique.

par Jean-Michel Leprince. Radio Canada,  13 mai 2020.
[Danaus plexippus]

Le Perce-oreille commun Forficula auricularia : une vie de famille inattendue,
par Joel Meunier. Passion Entomologie, 19 mai 2020.

Pollinisation. Les papillons de nuit seraient tout aussi utiles que les abeilles pour la biodiversité.
Courrier international, 13 mai 2020.

Les frelons géants envahissent les grands titres, mais pas l’Amérique du Nord.
Pieuvre.ca, 7 mai 2020
[Vespa mandarinia]

Créer un insecte en land art malgré le confinement,
par Cha.DO, DNA, 7 mai 2020.

Origine de la métamorphose chez les insectes
, par Benoît Gilles. Passion entomologie, 6 mai 2020.

Comment font les arbres pour se protéger des insectes ?
, par Bastien Castagneyrol. The Conversation, 5 mai 2020.

Les noms des insectes,
par Elio Possoz. Terrestres.org,

Ces criquets pèlerins qui menacent d’affamer l’Afrique de l’Es
t, par Sougueh Cheik. The Conversation, 4 mai 2020
[Schistocerca gregaria]



avril
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1247 L'oiseau-mouche est une mouche
Un espion envoyé au Mexique pour s'infiltrer sans se faire remarquer en plein cœur de la Monarchie. Cette dernière, rappelons-le, est dans les Épingles définie comme l'ensemble des populations du Monarque d'Amérique Danaus plexippus (Lép. Nymphalidé).
Sa mission : filmer au plus près les papillons qui se réveillent de leur sommeil hivernal et effectuent leurs premiers battements d'aile avant de s'envoler vers le nord. Sa légende : « Colibri ». Sa couverture : un déguisement en oiseau-mouche par dessus sa carcasse de drone.
Il passe ainsi pour un aimable buveur de nectar, qui n'inquiète personne, au point que certains individus se posent sur ses ailes. En plus, ses rotors sont habillés de telle sorte qu'ils ne risquent pas d'attenter à la Monarchie en vol.
Vidéo : 3 minutes au plus près des papillons, commentaire en anglais sous-titré. Réalisation PBS

1246 Pour bricoler un aleurode
Qui souffre, par plantes interposées, des aleurodes désespère d'en venir à bout. Ces Hémiptères sternorrhynches, vulgairement appelés mouches blanches, sont détestés des serristes, horticulteurs, agriculteurs, arboriculteurs ainsi que des propriétaires de plantes en pot. Ils affaiblissent les végétaux dont ils ponctionnent la sève, qu'ils noircissent à partir de leur miellat et transmettent des virus. Ils deviennent vite résistants aux insecticides, se maîtrisent dans bien des cas par la lutte biologique et la pose de filets. On aimerait compléter cette panoplie par la lutte génétique.
Pour ce faire, c'est-à-dire introduire un gène de létalité ou d'incompétence vectorielle dans les populations. L'outil est le système CRISPR/cas9, qui comporte un enzyme qui coupe le brin d'ADN à l'endroit voulu pour retirer ou ajouter des gènes. On l'applique classiquement à l'embryon, mais celui des aleurodes est trop petit et la mortalité rend le procédé inopérable.
À l'université de Pennsylvanie (États-Unis), Jason Ragson et son équipe sino-américaine ont mis au point le système ReMOT Control (transduction ovarienne guidée par récepteur). Les « ciseaux » sont attachés à une petite molécule ligand (dite BtKV) qui les conduisent jusqu'à l'ovaire.
La première application, sur l'Aleurode du tabac Bemisia tabaci, a produit la naissance de larves aux yeux blancs virant au rouge, par injection du gène « yeux blancs ». La transformation se transmet à leur progéniture.
Il suffit d'une injection, manip facile. La méthode est validée. Reste à l'appliquer pour créer puis lâcher notamment des lignées d'aleurodes incapables de transmettre les virus.
Article source DOI: 10.1089/crispr.2019.0067
Illustration : aleurodes sauvages (yeux marron) et génétiquement modifiés (yeux rouges). Des auteurs  
À (re)lire : Les aleurodes, par Alain Fraval. Insectes n° 155 (2009-4)            

1245 Ils peignent, de peigner ou de peindre ?
Ils sont les Coléoptères Carabidés du genre Nototylus. Un petit genre particulièrement pauvre en espèces, il n'en comporte que 2, chacune connue par un seul représentant.
Le premier spécimen de N. fryi a été ramassé en 1863 au Brésil dans le sud de la forêt atlantique – disparue depuis à cet endroit. Il a intrigué depuis les carabologistes car il lui manque apparemment un caractère constant de la famille (sauf chez les Paussinés), les peignes à antennes situés à l'extrémité distale des tibias des pattes antérieures.
Des chasseurs d'insectes états-uniens ont trouvé le second en Guyane en 2014 et l'ont nommé N. balli. Celui-ci montre, en position ventrale sur chacun des tibias avant, et aussi sur ceux des pattes médianes, une sorte de brosse faite de fines soies spatulées souples et bien peu apte à peigner et décrasser une antenne. Le microscope électronique a récemment révélé quelque chose de semblable sur le premier spécimen (mal conservé).
Ce serait plutôt une brosse, au sens que les peintres de chevalet donnent à ce terme, qui servirait à oindre l'antenne d'une substance, possiblement un gel de fraternisation. Celui-ci permettrait à l'insecte qui vivrait au milieu de fourmis de se déguiser olfactivement en fourmis et d'éviter de se faire dévorer. Mais aucun trichome, toujours présent chez les carabes qui ont ce mode de vie, n'est présent...
Cela fait beaucoup de conditionnels. Rendez-vous ici à l'annonce de la découverte de nouveaux Nototylus.
Article source (en anglais, gratuit)
Photo : Nototylus balli. Les soies spatulées sont près de l'articulation avec le fémur sur le tibia antérieur, disposées tout le long sur la patte médiane. Des auteurs.

1244 On ne les y reprendra pas deux fois
Les fourmis du désert retrouvent le chemin de leur nid sur les derniers 100 m grâce à leur mémoire d'indices visuels. Le mécanisme de l'implantation de ces souvenirs indispensables à la navigation reste très mal connu.
Antoine Wystrach (Centre de recherche sur la cognition animale) et ses collaborateurs anglais et australien ont soumis des individus de deux espèces, Melophorus bagoti (Hym. Formiciné, solitaire, d'Australie) et Cataglyphis fortis (id., des déserts nord-africains), à une épreuve en 2 étapes.
Grosso modo, on laisse d'abord les fourmis aller et venir entre leur nid et un pot rempli de miettes de cookies, sur une distance de 5 m ; puis on découvre un long fossé perpendiculaire à leur chemin et placé en son milieu, à parois glissantes, invisible de hauteur de fourmi, muni d'une échelle de secours (un bâtonnet dissimulé). Les ouvrières lâchées au niveau du pot foncent tête baissée (à 1 m par seconde) et dégringolent dans le piège, d'où elles n'ont d'autre spectacle que le ciel. Dans une deuxième étape, on remet les fourmis en circulation : beaucoup contournent le fossé, d'autres vont tout droit tomber au plus près de l'échelle, quelques-unes font comme la première fois (bêtes ou pas assez entraînées?).
Les ouvrières qui se déroutent mobilisent une mémoire aversive, celle d'une expérience très désagréable, en plus de la mémoire appétitive des cookies qui les font rejoindre la mangeoire. Les seuls souvenirs qu'elles utilisent pour décider de contourner le piège, sont ceux du paysage qu'elles ont perçu juste avant de chuter dedans et des derniers pas qu'elles ont fait en surface.
L'exact fonctionnement des neurones et des synapses dans les corps pédonculés du cerveau restent à préciser.
Article source (gratuit, en anglais)  
Illustration : parcours d'une fourmi type de la mangeoire (F) au nid (N) le piège fermé, à la première chute, à la seconde, au premier contournement, au second ; les cercles signalent les virevoltes d'exploration ; en vert, la mémoire appétitive et en rouge, la mémoire aversive. Des auteurs.
À (re)lire : Repères de rechange, Épingle de 2012.  

1243 Fourmillons tou(te)s ensemble
« Dans ce groupe, nous sommes des fourmis. On idolâtre la reine et on fait du boulot de fourmis. Bienvenue dans la colonie ». Celle-ci, créée le 27 juin 2019, atteint 138 200 membres, des personnes qui toutes se prennent pour des fourmis, ou plutôt jouent à la fourmi, communiquant activement, chaque émetteur ayant 138 199 récepteurs potentiels.
Exemples : « Ras le bol d'apporter à manger à la reine pour justifier mon existence », ce à quoi une première consœur répond « Foutu traître ». « Quelqu'un vient de pisser sur toute ma famille ». « Je découvre que mon pote a été écrasé par un humain – qu'il repose en paix ».
On y échange des blagues et des mèmes, comme dans les autres groupes, mais là, il y a une forme de sérieux, ça forme comme un monde. Un membre confesse être amoureux de la reine ; aussitôt 120 fourmis lui conseillent de laisser tomber, de se rappeler sa condition et de retourner bosser. Un autre annonce qu'il manque une larve ; aussitôt on la cherche, on se porte volontaire, on demande les dernières infos… et puis la larve est retrouvée.
Très peu de justesse entomologique, et beaucoup d'ouvrières sont des mecs. Ça se passe sur Facebook (en anglais) et si ça aide les gens à tenir le coup…
D'après « All I need in life is this Facebook group where everyone pretends to be ants », par Monica Chin. Lu le 10 avril 2020 à www.theverge.com/
Photo : 3 fourmis géantes.


1242 Super glu
Les papillons ne se laissent pas prendre aux rets collants des araignées ; il leur en coûte quelques écailles, et l’araignée fort marrie n’a plus qu’à réparer le fil ou en filer un tout neuf.
Les araignées Cytrachninées (Aranéidés) échappent à ce lamentable aboutissement de leur travail et de leur patience : au lieu des toiles verticales classiques, elles tendent des fils gluants horizontaux auxquels les papillons (de nuit), s’envolant de la végétation, se prennent, sans espoir de de se décoller et de redécoller.
Une équipe pluridisciplinaire, états-unienne et japonaise, dirigée par Candido Diaz, a examiné les propriétés de la colle de Cyrtarachne akirai, une espèce des rizières du Japon. Celle-ci est disposée en minuscules boulettes, tout juste visibles à l’œil nu, le long du fil comme des perles.
Contrairement à la colle des autres araignées qui est longtemps efficace, cette glu sèche et le dispositif doit être refait chaque soir ; il ne fonctionne que si l’air est humide.
L’équipe a procédé à des enregistrements vidéo de cette araignée spéciale et d’une autre, classique, Larinioides cornutus (même famille). La colle de cette dernière, épaisse et gluante, ne se répand pas sur l’aile du papillon ; celle de C. akirai, fluide, se faufile entre les écailles et remplit les rivules de la cuticule sous-jacente, mue apparemment par capillarité ; une tache s’étale autour du point de contact.
Par spectroscopie infrarouge, il apparaît que l’eau s’évapore rapidement, déclenchant la solidification des protéines de la colle. Les écailles du papillon participent à l’adhésion, une aile désécaillée se détachant 2 fois plus facilement.
La retombée attendue de ce travail est la mise au point de colles et adhésifs fonctionnant avec des surfaces poussiéreuses.
Article source (en anglais, gratuit) : Diaz C. et al., 2020. Moth-specialist Spider, Cyrtarachne akirai, uses prey scales to increase adhesion.

1241 Costauds et malins
Les bourdons (Hym. Apidés) sont capables de performances d’emport exceptionnelles. Leur charge utile pour un vol du parterre de fleurs au nid (en nectar et pollen) atteint 80 % de leur poids.
Stacey Combes et ses collaborateurs, de l’université de Californie (États-Unis), ont mesuré l’énergie dépensée – approchée par la production de gaz carbonique - par une ouvrière de Bourdon fébrile Bombus impatiens – alimentée au sucre - volant dans une petite enceinte (une boule à neige vidée).
La motivation à voler était assurée par une lampe UV, renforcée en cas de besoin (atterrissage) par un secouage du dispositif. La charge emportée était constituée de bouts de fil de soudure. Les enregistrements d’une caméra vidéo à haute fréquence et d’un microphone donnaient la fréquence de battement des ailes.
Une ouvrière se nourrit en vol du nectar qu’elle transporte ; elle s’allège ainsi et devrait consommer de moins en moins. Or l’expérience a montré une dépense d’énergie moindre à pleine charge. Paradoxal.
Le bourdon chargé modérément augmente la fréquence de battement des ailes, ce qui accroît son pouvoir de sustentation. Mais ça consomme… Lourdement chargé, il passe en « mode économie », efficace et économe. Son secret n’est pas dévoilé ; il devrait s’agir d’une façon différente de faire tourner ses ailes pour changer l’angle d’attaque, sans modifier leur fréquence de battement.
Pourquoi l’ouvrière ne reste-t-elle pas tout le temps en mode économie ? Battre plus vite des ailes aurait des avantages comme de meilleures stabilité et agilité.
Article source (en anglais, gratuit)
À (re)lire : Bourdons cargos. Épingle de 2015.

1240 Vanesse sauvée par la reconnaissance faciale ?
Les îles Hawaï ne possèdent plus que deux espèces de papillons autochtones, dont Vanessa tametamea (Lép. Nymphalidé), «  pulelehua », aux ailes orangées à bordures noires. La chenille vit sur un arbuste de la famille des orties, Pipturus albidus, « māmaki », maintenant relégué dans les zones d’altitude. La faune et la flore de l’archipel ont été profondément modifiées par l’apport d’animaux, des vers aux oiseaux, et de plantes depuis les continents bordant le Pacifique.
Un programme de restauration de l’espèce est en cours, pour réinstaller la plante-hôte (qui peut servir aussi à fabriquer un thé) dans les lieux d’où il a disparu et conserver des population viables de la vanesse emblématique à partir d’individus d’élevage.
La production est laborieuse. La ponte se fait dans des cages à l’extérieur. Les chenilles nouveau-nées sont élevées individuellement sur des morceaux de feuilles de māmaki changés quotidiennement jusqu’à la chrysalidation, soit au bout de 45 jours. Le lâcher, à l’état d’œufs ou d’imagos, intervient après une seconde génération.
Depuis 2017, ce sont 4 lâchers qui ont été effectués. Sans succès : les chenilles disparaissent.
L’équipe a cependant acquis un savoir, qui leur permet d’espérer le succès, pour peu que les prédateurs et leurs mœurs soient connus, ce qui permettrait d’adapter le protocole de lâchers.
Pour ce faire, ils déploient sur le terrain des caméras de surveillance fonctionnant en continu dont ils attendent, à la lecture des enregistrements, de pouvoir établir l’identité et les pratiques des responsables de la mort des chenilles.
D’après «  Hungry, Hungry Hawaiian Caterpillar: Program Aims to Restore the Endemic Kamehameha Butterfly », par Adrienne Antonsen, lu le 15 janvier 2020 à //entomologytoday.org/

1239 Mouchetures (suite)
L’effectif des cadavres éclatés des insectes volants collés sur les pare-brise de nos automobiles sont un indice simple et populaire de l’abondance générale des insectes. Sa valeur est discutable : le rapport entre la taille et la diversité des populations traversées dépend en effet de nombreux facteurs. Deux décomptes réalisés dans le cadre de protocoles scientifiques ont été publiés récemment, qui confirment le déclin général des insectes en Europe.
Les comptages réalisés par Anders Pape Møller au Danemark chaque été de 1997 à 2017 – 65 parcours sur les mêmes deux routes de 1,2 et 25 km à la même vitesse - indiquent notamment une diminution de 80 % au moins des individus percutés. Les résultats sont analogues à ceux obtenus par fauchage (au filet-fauchoir) ou par des panneaux englués, la zone d’étude étant un paysage agricole qui a peu changé. Cette valeur est à mettre en parallèle avec le net déclin des couples d’hirondelles durant la même période.
Dans la campagne du Kent (Royaume-Uni), le programme Bugs matter a renouvelé l’expérience des « splatometers », film englué collé sur la plaque minéralogique avant de véhicules, lancée en 2004 puis aussitôt abandonnée. Des volontaires ont pris le volant de voitures modernes et anciennes lors de 700 parcours. Ces pièges ont enregistré moitié moins d’impacts en 2019. Deux surprises : certains films se sont retrouvés indemnes de tout insecte à l’arrivée et, d’autre part, les vieilles voitures à l’aérodynamique moins poussée ont tué moins d’insectes, sans doute du fait qu’elles génèrent un front d’air plus puissant qui envoie les insectes imprudents au dessus de la voiture.
Ces indices concordent avec ceux recueillis d’autres dispositifs et appuient la réalité d’un déclin catastrophique des insectes volants, sous l’effet des actions de l’homme, pertes d’habitats (supprimés ou dégradés) aggravées par les changements climatiques, l’importation d’espèces allochtones et la pollution.
Article sources : doi.org/10.1002/ece3.5236 et www.kentwildlifetrust.org.uk/bugs-matte
NB : La première Épingle « Mouchetures » est parue en 2003.



1238 La senteur préférée des sauteurs
La terre sent la terre, c'est dû à un sesquiterpène, la géosmine, produite par des bactéries du sol, du genre Streptomyces surtout. Ces bactéries, qui forment des mycéliums, sont des usines chimiques produisant une très grande variété – différant selon la souche - de composés, dont la plupart de nos antibiotiques. La géosmine est sécrétée par toutes. Quel est son rôle ?
Nous humains, comme beaucoup d'animaux, sommes sensibles à cette odeur même en quantités très faibles ; elle est répulsive. Il en est de même de la Mouche du vinaigre, qui lui consacre un circuit olfactif. En revanche la géosmine est un signal favorable à la ponte chez le moustique Aedes aegypti.
Une équipe de chercheurs européens et australien a fait l'hypothèse qu'elle attire les arthropodes du sol. Pour le vérifier, ils ont d'abord disposé des pièges gluants appâtés avec des mycéliums de S. coelicolor au champ. Ils y ont récolté des collemboles (hexapodes sauteurs) et aucun insecte du sol. Les pièges installés dans une serre ont confirmé ce résultat. Au laboratoire, le collembole modèle Folsomia candida (Isotomidé) a été soumis à l'épreuve du tube en Y, puis à celle (invasive) de l'éléctroantennographie.
L'animal s'est révélé sensible à deux produits proches et, dans une moindre mesure, au 2-Méthylisobornéol (2-MIB, un monoterpène) qui sent également la terre.
Ce collembole se nourrit des hyphes des colonies de la bactérie ; on en voit dans son tube digestif, par transparence. Alors que ce genre de régime est fatal pour beaucoup d'animaux, il est très favorable à la mue et à la ponte du collembole, qui ne souffre d'aucune mortalité.
Les chercheurs ont montré que la production de géosmine et de 2-MIB est sous la dépendance de gènes liés à la sporulation : seules les colonies à cette phase sont attractives.
La terre sent la terre parce que les Streptomyces ont besoin de faire transporter leurs spores, pour assurer leur dissémination, par les collemboles.
Article source
Photo : Folsomia candida – taille env. 2 mm. Cliché F. Graf

1237 Le fumet de la lumière
Les animaux se déplacent, avec ou sans but perçu. Ils marchent, volent, rampent vers une ressource qu’ils ont sentie, par l’ouïe, l’odorat, la vue… ou dont ils se remémorent l’emplacement ou le chemin pour y parvenir, ou bien vont et viennent au hasard pour avoir la chance de tomber dans la zone d’attraction de la ressource. L’expérience menée par Vika Bhandawat et ses collaborateurs permet pour la première fois d’étudier à part ce second cas.
Le dispositif est tel que le stimulus attractif n’agit que dans une zone parfaitement délimitée ; en dehors, l’animal erre « au hasard » suivant un parcours caractérisé par sa vitesse et le nombre de virages. C’est bien sûr la Mouche du vinaigre qui s’est prêtée à l’exercice, après avoir subi une modification génétique : ses neurones olfactifs (ORN) ont été rendus sensibles non plus aux substances chimiques mais à la lumière.
La piste circulaire comporte une zone centrale éclairée, qui représente le but. Les drosos s’y dirigent (et y restent) en se basant sur deux mécanismes étonnamment simples. D’une part, dans la zone d’activation, elles marchent moins vite et tournent moins souvent. À la frontière ombre-lumière, leur vitesse chute considérablement et elles prennent des virages beaucoup plus serrés.
C’est très robuste et cela suffit ; aucun processus complexe n’entre en jeu, ni évaluation du chemin parcouru ni mesure du gradient du stimulus.
Article source (gratuit, en anglais)
Illustration. Schéma de la piste (A) et trajets des mouches (B) sauvages à gauche et modifiées à droite ; en vert, avant l’éclairage de la zone centrale et en rouge, après. Des auteurs


Un Coléoptère contre nos allergies ?, par Nathaniel Herzberg. Le Monde, 30 avril 2020
[Ophraella communa, Col. Galériciné]

Les fourmis restaurent les pelouses sèches méditerranéennes. CNRS, 20 avril 2020.

Littérature à 6 pattes.
35 livres. Babelio

Confiné.e.s avec les insectes.
L’OPIE vous propose 3 actions simples en faveur des insectes : lire Insectes gratuitement, aider les pollinisateurs avec votre smartphone et regarder pousser les pissenlits !

Les Odonates : de véritables prédateurs des airs,
par Benoît Gilles. Passion entomologie, 13 avril 2020.

Les insecticides botaniques : des produits naturels contre les moustiques
Aedes aegypti en Guyane ? par Emmanuelle Clervil, Emeline Houël, Isabelle Dusfour & Jean-Bernard Duchemin. Passion entomologie, 6 avril 2020
mars
à cliquer

1236 Bonne année
Il s’agit de 2019, et de la Grande Bretagne. Le bilan est dressé et on a de quoi être au moins à moitié satisfait des papillons de jour.
Butterfly Conservation (BC) a en effet enregistré pour plus de la moitié des espèces des niveaux de population supérieurs à ceux de 2018. C’est la 8e meilleure année en 44 ans de surveillance.
Pour le Demi-Deuil Melanargia galathea (Lép. Nymphalidé), c’est la meilleure de cette période avec 66 % de plus, la deuxième pour le Tristan Aphantopus hyperantus (id.) et la 3e pour le Grand Nacré Speyeria aglaja (id.). Populations en hausse également pour le Myrtil Maniola jurtina (id.) et la rare Hespérie du chiendent Thymelicus aceton (Hespériidé).
Ces accroissements sont à rapporter, selon BC, aux mesures agri-environnementales, à l’extension des zone boisées, au climat plus chaud, à plus de broutage par la faune sauvage et au ralentissement de l’intensification de l’agriculture. La succession récente d’étés chauds y est pour beaucoup.
La situation reste problématique car les espèces qui ont décliné sont plus nombreuses que celles qui ont rebondi. Ainsi on a enregistré une réduction des populations de l’Argus bleu Polyommatus icarus (Lycénidé) de 54 %, du Bel-Argus Lysandra bellargus (id.) de 40 %, de la Piéride du navet Pieris napi (Piéridé) de 43 % et de la P. du chou P. brassicae (id.) de 40 %. La très surveillée Mélitée du mélampyre Melitaea athalia (Nymphalidé), restreinte à quelques sites, a subi un déclin total de 91 %, du fait de l’abandon des pratiques agricoles traditionnelles.
Des espèces campagnardes, l’Hespérie de la houque Thymelicus sylvestris (Hespériidé) et la Mégère Lasiommata megera (Nymphalidé) restent à des niveaux bien bas.
Une bonne année quand même.
Article source (gratuit, en anglais)  
Photo : Demi-Deuil. Cliché Bob Eade
 
1235 Qu’elle crève !
Perran Ross étudie les moustiques à l’université de Melbourne (Australie). Il a donc l’habitude de les nourrir de son sang, sur son bras. Il a ainsi l’expérience et l’autorité suffisantes pour faire savoir que bander ses muscles alors qu’un moustique vous pique ne le fait pas exploser ; c’est une légende urbaine.
Perran Ross connaît bien les travaux de Robert Gwadst, qui a établi, il y a plus de 50 ans, qu’interrompre la chaîne nerveuse ventrale d’une femelle en plein repas déclenche chez celle-ci une soif inextinguible, l’amenant à ponctionner jusqu’à 4 fois la ration habituelle et, ensuite, à en crever.
Perran Ross a refait la manip. La femelle est anesthésiée par un séjour d’une heure au frigo puis placée sur le flanc et tenue par une pince (genre Dumont n°5) ; avec une autre pince identique, bien aiguisée, il écrase la chaîne nerveuse. Le moustique se repose jusqu’au lendemain.
Perran Ross place l’insecte sur sa peau, observe et filme. La bête, effectivement, boit, enfle, boit encore, enfle encore. Certaines s’en vont en traînant leur abdomen distendu. D’autres crèvent sur place.
Perran Ross déclare ne voir dans cette expérience, qu’il place dans le cadre de recherches plus générales sur les choix et le comportement alimentaires des femelles des anophèles, aucun débouché dans la lutte anti-vecteurs.
D’après « When a Mosquito Can’t Stop Drinking Blood, the Result Isn’t Pretty », par Perran Ross. Lu le 19 mars à  //entomologytoday.org/
Photo : femelles d’Aedes aegypti repues, « boit sans soif » à gauche, normale à droite. Cliché P. Ross
Vidéo : ce qui arrive quand elles boivent trop. Auteur B. Ross

1234 Plus capitalistique
Le cotonnier génétiquement modifié, produisant une toxine de Bacillus thuringiensis, a été introduit en Inde en 2002. Il représente aujourd’hui 90 % des surfaces cultivées et la situation est à peu près la même dans tous les pays en développement.
Pour ses promoteurs, il permet une considérable augmentation des rendements et une réduction des traitements insecticides. Ces arguments sont pas sérieux, d’après une étude sur le temps long (20 ans) qui vient d’être publiée.
Le principal du bond des rendements a été acquis avant l’adoption du cotonnier Bt, dû à l’amélioration des pratiques de fertilisation et au hasard de la dynamique des populations des ravageurs. Toutes les cultures ont vu leur rendement croître en 2003, alors que le cotonnier Bt ne couvrait que 5 % des surfaces de cette culture.
Le cotonnier Bt a été conçu pour résister à la Noctuelle de la tomate Helicoverpa armigera (Lép. Noctuidé) – qualité qu’il a conservée. Au début, il s’est montré efficace également contre l’autre ravageur majeur du cotonnier, le Ver rose du cotonnier Pectiniphora gossypiella (Lép. Géléchiidé), lequel est devenu vite résistant et a causé des dommage croissants.
Les cultivateurs ont ainsi multiplié les traitements chimiques, avec des doses dépassant ce qu’ils employaient avant l’introduction de l’OGM.
Actuellement, la culture du cotonnier coûte plus cher en graines, plus cher en engrais et plus cher en pesticides. Et ça va de pire en pire.
Article source 
Photo : chenilles du Ver rose du cotonnier. Cliché Pestoscope

1233 Roulade de fourmi
Il n’est pas question d’entomophagie culinaire mais de gymnastique échappatoire. Les mouvements sont décrits par une équipe italienne, à partir d’enregistrements vidéo à haute fréquence d’individus de l’espèce Myrmecina graminicola (Hym. Myrmiciné). Les enchaînements de roulades dont l’ouvrière se sert pour se sauver face à une menace sont tout à fait originaux.
Cette fourmi de l’Ancien Monde est connue depuis fort longtemps mais très peu observée, du fait de sa discrétion. Il a fallu l’œil d’un entomologiste de l’équipe de D. Grasso, œil tourné vers ses pieds durant une excursion, pour repérer la rencontre entre ces petites fourmis noires et des Temnothorax, fourmis ennemies suivie de la fuite des ouvrières en roulant.
Rapportées au labo, les M. graminicola se sont prêtées à quelques épreuves. Sur le plat, elles réagissent à des ébranlements du support ou au tapotement du gastre par le recroquevillement (thanatose).
Sur des plans inclinés (de 0 à 90°), qu’elles escaladent sans effort, elles se mettent toutes en boule en réaction à la vibration du support et dévalent la pente en roulant dès que celle-ci dépasse 25°. Arrivées en bas, elles restent enroulées quelques secondes avant de partir sur leurs 6 pattes.
La longueur du parcours varie selon le substrat naturel, de quelques centimètres au plus sur la terre à 16 cm sur une feuille. Mises en présence de Temnothorax, sur plan incliné, les fourmis qui roulent ont de fortes chances d’échapper à la mort.
Sur feuille, les M. graminicola roulent à 40 cm/s contre 0,5 à la marche.
Article source (en anglais, gratuit)
Photos : Roulade de Myrmecyna graminicola sur feuille. Photos des auteurs
NDLR : roulent aussi, chez les insecte, la chenille de la Pyrale du houblon (alias P. opaline, alias P. campagnarde) Pleuroptya ruralis (Lép. Crambidé) – 5 roulades en arrière si on la pousse au départ - et la larve de Cicindela dorsalis media (Col. Cicindélidé) - à la suite d’un saut – voir ici.

1232 Polystyrènophagie
Le polystyrène est une matière plastique très employée dans l’emballage, le maquettisme, l’isolation, etc. Sa durée de vie estimée dans la nature est de 500 à 1 000 ans. C’est un polluant parfaitement durable, à moins qu’il ne soit recyclé, ce qui arrive pour une très petite quantité, ou finisse sous la mandibule d’un ver de farine, comma constaté au laboratoire jusque-là.
On savait depuis 2015 la larve du Ténébrion meunier Tenebrio molitor (Col. Ténébrionidé, alias ver de farine), ravageur des denrées cosmopolite, capable de manger du polyéthylène et de le minéraliser avec l’aide de bactéries de son tube digestif. La même équipe chinoise, travaillant à Pékin, a repris cette étude avec un insecte 4 fois plus gros, Zophobas atratus (même famille).
Sa larve âgée, longue de 4 à 6 cm, mange 0,58 mg de ce plastique par jour, soit 4 fois plus que le Ténébrion meunier. Elle peut s’alimenter uniquement de polystyrène expansé pendant 28 jours. L’analyse de ses crottes, par chromatographie et spectroscopie, y a mis en évidence des polymères de poids moléculaire plus faible.
Par respirométrie sur des larves nourries et des larves jeûnant, toutes deux sous atmosphère sans gaz carbonique, l’équipe a évalué à 37 % la part du carbone du polystyrène ingéré transformé en CO2.
D’après une autre étude (ici) les vers de farine n’accumulent pas l’hexabromocyclododecane (HBCD), retardateur de flamme souvent associé au polystyrène et dangereux perturbateur endocrinien.
Les chercheurs espèrent trouver dans le microbiote digestif des vers de farine une ou plusieurs bactéries utilisables pour dégrader ce plastique.
D’après « Beetle Larvae Can Survive on Polystyrene Alone », par Nayanah Siva. Lu le 11 mars 2020 à www.the-scientist.com/
Infographie : larves de Zophrobas atratus sur mousse de polyéthylène. Des auteurs de l’article source
À (re)lire Fausse Teigne vrai plastivore ci-dessous.
NDLR : Zophobas morio est élevé en verminerie pour servir de pitance aux reptiles de terrarium – sous les noms de Grand Ténébrion noir ou de Ver de farine géant - et servir d’appât aux pêcheurs à la ligne. - il s’appelle alors morio’s. Il fut la vedette en tant que Zombiptère de l’Épingle de 2017 Un avenir noir de sauveteur.

1231 C’est une question de câblage
Cette fois, notre Mouche du vinaigre à tout faire est dans une sorte de petit cristallisoir, sous une lumière parfaitement homogène. Devant elle, une bande noire verticale et dans son dos, la même. Et les deux sont également attirantes. On lui demande juste de jouer l’âne de Buridan miniature, allant d’un stimulus attractif à l’autre sans jamais se décider. Ses allers et venues sont enregistrés.
Comme attendu, d’après des observations antérieures, certaines drosos marchent en droite ligne, d’autres zigzaguent, font des tours et des détours. Soit deux personnalités différentes : fonceuse et irrésolue. D’où vient la différence, est-elle héritée ou forgée par la vie ?
À cette question très débattue, qui concerne bien évidemment Homo sapiens (pas besoin d’exemples...), on a répondu récemment que la cause pourrait être le « simple » hasard, intervenant au moment de l’établissement des liaisons entre les neurones dans le cerveau.
Pour vérifier cette hypothèse, une équipe franco-germano-belge a mis en route et interprété plusieurs manips – dont celle évoquée ci-dessus.
Il en résulte qu’une Mouche du vinaigre conserve toute sa vie, soit 40 jours, sa personnalité, que la variabilité interindividuelle du comportement ne dépend ni du sexe ni de la variabilité génétique de  la population testée et que la personnalité n’est pas un caractère héritable.
Selon une vieille hypothèse sans preuve expérimentale jusque-là, la vision bilatérale de la drosophile implique une dissymétrie de la perception des objets par chaque œil. Les chercheurs ont montré, par des dissections et la mise en évidence des cellules nerveuses que les neurones , dits DCN, situés à l’avant des lobes optiques du cerveau (qui ont des dendrites ipsilatéraux et des axones contralétraux) et qui relient les parties gauche et droite du cerveau antérieur ont des configurations propres à chaque individu. Ces configurations s’établissent avant l’émergence, au stade nymphal dans la pupe.
La Mouche du vinaigre, individuellement analysable du niveau cellulaire à celui du comportement et manipulable, devient un très bon modèle pour comprendre la formation de la personnalité des animaux, y compris l’Homme. Elle fournit là une illustration du rôle du hasard, sans doute nécessaire à la survie des espèces dans des environnements variables de façon imprévisible.
Article source (gratuit, en anglais)
Illustration : dispositif expériemental et trajets des mouches mâles en haut et femelles en bas (détails dans la publication). Infographie des auteurs    

1230 Fausse-Teigne vraie plastivore
Galleria mellonella (Lép. Pyralidé), la Fausse-Teigne de la cire, ravageur des ruches mal tenues, grignote le plastique, c’est connu depuis longtemps. Cet insecte va-t-il sauver la Planète des plastiques qui l’étouffent ? En tous cas, selon les travaux de chercheurs de l’université Brandon (Manitoba, Canada), il est un bon plyéthylènivore, plus rapide que la « nature » qui nous débarrasse de ces polluants en 100 ans.
Dans leur labo, 60 chenilles ont consommé 30 cm² de sac d’épicerie en 1 semaine. Avec ce seul matériau pour provende, les larves survivent 7 jours. La chenille digère effectivement le plastique et ses excréments, liquides, contiennent de l’éthylène glycol C2H6O2, produit de la métabolisation du polyéthylène. Dans les premiers jours du régime plastique, l’abondance des mico-organismes du tube digestif augmente considérablement. De ce microbiome, les chercheurs ont isolé une bactérie du genre Acinetobacter impliquée dans la digestion du plastique, laquelle peut en vivre un an. Mais c’est l’association symbiotique entre elle et la Fausse-Teigne qui offre les meilleures performances.
L’éthylène glycol nous sert par ailleurs d’antigel ; c’est un produit toxique.
Article source (en anglais, gratuit)
Illustration : crottes solide de chenilles de la Fausse-Teigne d’une ruche, et liquides de celles ayant grignoté du plastique. Clichés des auteurs
À (re)voir : la photo de couverture du dernier numéro d’Insectes (195, 4e tr. 2019).
À (re)lire, l’Épingle de 2015 Polyéthylènophagie et celles de 2017 : Polyéthylénophage et Polyéthylénophage ? 

1229 Test d’orientation
L’épreuve a été soumise à l’ALCB, Megachile rotundata (Hym. Mégahilidé), auxiliaire importé de pollinisation, par l’université du Dakota du Nord (États-Unis). Les chercheurs, autour d’Elisabeth Wilson, ont installé au champ des nichoirs calibrés pour cette abeille découpeuse de feuilles.
Ils ont disposé en carré des blocs parallélépipédiques percés (fabriqués par une imprimante 3D), sur une sellette au milieu d’un champ de luzerne. Diamètre des trous : de quoi y insérer une paille à boire standard en carton (diamètre = 7 mm). Dans les blocs, des capteurs de température. Et ils ont observé chaque jour leur colonisation par les femelles prêtes à pondre.
Les températures relevées variaient avec l’orientation et la hauteur du trou dans le bloc, les cavités les plus froides étaient celles tournées vers le nord-est. Ce sont celles-ci que les mégachiles ont habité en premier, celles qu’elles ont préféré aux heures de butinage et celles où leur progéniture a été la plus nombreuse.
Le résultat montre que les luzerniculteurs peuvent améliorer les performances de pollinisation des mégachiles qu’ils favorisent . Ce à bon compte, en réorientant comme il faut leurs nichoirs artificiels.
Article source (gratuit, en anglais) 
Illustration : un nichoir expérimental. Par les auteurs        
À (re)lire : Megachile rotundata, un très bon produit, par Alain Fraval. Insectes n°160 (2011-1).

1228 Quand les immigrants apportent des couleurs
Le Petit Monarque Danaus chrysippus (Lép. Nymphalidé), asiatique, africain et sud-européen, développe plusieurs générations par an. Amateur d’asclépiade  et donc toxique comme son cousin d’Amérique, il a fort mauvais goût et l’annonce par des couleurs contrastées – orange et noir pour le papillon. En principe, il convient que tous les individus d’un lieu aient la même livrée aposématique de façon à être bien reconnus des oiseaux prédateurs. Or une population est-africaine de cet insecte s’est fait remarquer par la variété des motifs colorés des ailes des adultes.
Simon Martin et ses collaborateurs (université d’Édimbourg, Royaume-Uni) ont montré que cette étonnante particularité est liée à l’infection par un spiroplasme (Mollicutes).
On avait déjà découvert que, d’une part, chez tous les papillons femelles de cette population, le chromosome qui contient les gènes de la coloration des ailes est fusionné avec le chromosome sexuel W (on l’appelle neo-W) et, d’autre part, elles sont toutes porteuses d’un spiroplasme qui tue leur progéniture mâle. Restait à comprendre comment ces deux caractères sont liés et comment ils peuvent expliquer les changements de livrée.
Le décryptage complet des génomes du Petit Monarque et du spiroplasme a montré que le néo-W modifie le patron de coloration et a été répandu rapidement dans la population (depuis 2 200 ans), aidé par la spiroplasme. Ce dernier favorise la permanence d’un patron transmis de la mère à la fille.  Mais alors, pourquoi la variabilité constatée ?
Ce gène, en fait, est faible par rapport à celui apporté par le mâle : des mâles porteurs de patrons variés auront des filles avec des patrons variés.
La meilleure hypothèse est que des vents variables apportent des mâles de lieux variés, diversement colorés. Sur place, les femelles hybrides ressemblent à leur géniteur mais leur livrée particulière disparaîtra, puisqu’elles n’engendrent pas de mâles colorants, à cause du spiroplasme.
Un nouveau manipulateur d’insectes.
Article source  (en anglais, gratuit)  
Photo : Petit Monarque. Cliché Thomas Bresson  
À (re)lire : Le chlorion et autres manipulateurs, par Alain Fraval. Insectes n° 163 (2011-4).   



Lutte contre le frelon asiatique : des chercheurs ont enfin trouvé “comment lui parler”, par Pierre-Marie Puaud. Franceinfo, 4 mars 2020.
[Vespa velutina]
février
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1227 Camouflage phonique
Les papillons de nuit, pour beaucoup, nourrissent les chauves-souris. Celles-ci les repèrent en vol dans le noir par écholocation, en interprétant le retour de leurs cris ultrasoniques reflétés par leur corps et leurs ailes. Depuis 65 millions d’année, prédateurs et proies perfectionnent parallèlement leurs moyens de détection et d’évitement, respectivement. Certains papillons entendent les cris des chauves-souris et tentent de s’échapper et parmi-eux, des écailles (Arctiinés) ont développé le brouillage et les stridulations d’avertissement (aposématiques).
Beaucoup de papillons de nuit, dépourvus d’organes tympaniques, sont sourds. Ils disposent d’autres moyens pour réduire leur mortalité : taille, vol erratique, isolement saisonnier et « dimorphisme » sexuel des périodes de vol. Et le camouflage phonique, qu’on vient de découvrir.
L’examen des touffes d’écailles longues portées sur le thorax par plusieurs espèces montre qu’elles ressemblent dans leur structure à des matériaux d’isolation phonique. Thomas Neil et ses collaborateurs (université de Bristol, Royaume-Uni) ont mesuré leurs propriétés d’absorbtion dans le domaine des ultra-sons (20 à 60 kHz).
Leurs expériences ont porté sur deux Saturniidés papillons de nuit – le Bombyx suraka de Madagascar Antherina suraka et le Prométhée Callosamia promethea - et deux papillons de jour Papilionidés – le Voilier vert Graphium agamemnon et le Machaon benjoin Papilio troilus -, à titre de comparaison.
Par écho tomographie et modélisation, ils ont établi que ces touffes absorbent les 2/3 de l’énergie du signal des chauves-souris, ce qui réduit sensiblement la distance depuis laquelle ces dernières peuvent repérer le papillon, qui gagne ainsi en furtivité, c’est-à-dire en probabilité de ne pas se faire croquer.
Les écailles, minces et légères, ont des performances d’absorption phonique bien supérieures à celles des matériaux fibreux que l’on sait fabriquer.
Article source (gratuit, en anglais)
À agrafer à deux articles : Les moyens de défense des papillons nocturnes contre les chauves-souris insectivores, par Johanne Gouailler. Insectes n° 151 (2008-4)  et Les insectes ingénieurs, par Alain Fraval. Insectes n° 191 (2018-4).
Photo : Periphoba arcaei, un Saturniidé particulièrement velu. Cliché Gil Wizen

1226 Pharmakon

Certaines fourmis (Formicinées) aspergent leurs ennemis (ou leurs proies) d’un liquide à base d’acide formique, mortel. La substance de défense,est issue de leur glande à poison, située dorsalement dans l’abdomen et débouchant à l’extrémité du gastre sur le cloaque (acidopore).
Une équipe allemande, sous la houlette de Simon Tragust, vient de montrer que cet aide formique sert également de médicament, en ajustant le pH du tube digestif (normalement neutre) au mieux pour les bactéries utiles de leur microbiote (des Acétobactéracées surtout). Leur travail a porté notamment sur la Fourmi charpentière de Floride Camponotus floridanus.
Les ouvrières, immunisées, s’arrosent d’acide formique juste après le repas ; elles en projettent aussi au moindre dérangement. Durant les heures qui suivent, les fourmis se toilettent plus fréquemment au niveau de l’acidopore et le pH dans la lumière de leur intestin moyen augmente. Alimentées par un sirop contaminé par Serratia marcescens (bactérie pathogène), les ouvrières à l’acidopore bouché encourent un risque de mort accru, de même que celles à qui elles ont donné du régurgitat. L’acidité ainsi acquise filtre les bactéries entrantes, favorisant les Acétobactéracées.
Une infection par des bactéries pathogènes en provenance de l’alimentation d’une ouvrière pourrait être catastrophique pour la colonie où se pratique la trophallaxie – des échanges bouche à bouche de régurgitat. Ce comportement original est à ajouter à la panoplie dont disposent les fourmis pour maintenir la bonne santé de la fourmilière.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : jets d’acide formique par des Fourmis rousses des bois Formica rufa dérangées.

1225 Punaise, quelles antennes !
Une équipe chinoise vient de nommer Magnusantenna wuae une punaise Coréidé de l’ambre de la Birmanie, la première punaise jamais trouvée dans l’ambre. Figée au 5e (et dernier) stade larvaire, elle vivait il y a 99 millions d’années.
Les antennes sont longues dans cette famille mais là… Elles font plus de 12 fois la taille de la tête en longueur et 4,4 fois en largeur.
Pour quels usages ? Pour l’olfaction à longue distance, de façon à repérer ses plantes-hôtes et, au stade adulte, à percevoir la phéromone de rapprochement des sexes, fonctions conservées chez les Coréidés actuels et donc déjà bien présente au Crétacé supérieur. C’en est la première trace chez les punaises.
Comme signal discriminant dans la sélection sexuelle ; il est plausible que les mâles de cette espèce observaient des rituels de cour.
Ou peut-être pour attirer l’attention d’un prédateur sur un organe qui peut se régénérer et le détourner d’attaquer la tête ou le reste du corps en tuant la punaise.
Ces avantages supposés se payent. Leur développement consomme une partie importante des ressources de l’individu et ces appendices encombrants sont un handicap s’il faut fuir. À l’instar de ce qu’on sait d’autres animaux, ils ont pu provoquer l’extinction de l’espèce.
Article source (en anglais, gratuit)
Photo : Magnusantenna wuae, 5e stade, dans l’ambre. Cliché des auteurs  

1224 Criquets renifleurs
On confie – ou tente de le faire – la détection des explosifs à des sondes électroniques (peu discriminantes) ou à des animaux au sens olfactif très développé : les chiens sont gros et coûteux, les abeilles se fatiguent et perdent la mémoire de leur apprentissage trop rapidement. D’où une nouvelle tentative.
À l’université de Washington (États-Unis), financés par l’US Office of Naval Research, Barnidharan Raman et ses collaborateurs ont équipé des larves de 5e stade du criquet Schistocerca americana (Orth. Acrididé) d’une électrode placée contre le lobe antennaire du cerveau de  l’insecte, préalablement mis à jour par une petite incision. En examinant les antennogrammes des individus recevant des vapeurs de différentes substances (TNT et DNT) explosives et tranquilles (benzaldéhyde, air chaud), ils ont pu mettre en évidence que le criquet les distingue.
Étape suivante : le criquet est instrumenté et les signaux issus de ses neurones sont transmis par radio via un ampli et un émetteur embarqués. Ça marche, jusqu’à l’épuisement du renifleur, qui meurt et finit, débranché, dans la poubelle. Plusieurs expériences sont menées, où le criquet est installé sur un petit chariot télécommandé, promené dans entre deux odeurs ou le long d’un gradient. La discrimination est bonne (à 60%). Il est vérifié aussi que 7 criquets préparés font mieux qu’un seul (80 % de précision).
Ce biorobot reste un démonstrateur de la capacité des entomologistes à « pirater » les facultés de détection et de reconnaissance de l’insecte.
S. americana rejoint donc l’ordre des Zombiptères, né et suivi dans ces pages, regroupant divers taxons de gros insectes instrumentés pour les diriger en vol ou à la marche et leur faire recueillir du renseignement.
Article source (gratuit, en anglais)  
Dernier Zombiptère épinglé ici : Un avenir noir de sauveteur (2017)
Photo : spécimen de Schistocerca americana avec son « sac à dos ». Cliché B. Raman

1223 La danse motive les ouvrières
De retour à la ruche, l’ouvrière de l’Abeille mellifère indique à ses consœurs la direction, l’abondance et la nature du site d’affouragement qu’elle a trouvé en exécutant une danse sur un rayon. Danse en rond pour une source proche, danse en huit sinon. Elle rapporte aussi des odeurs, et partage des saveurs par trophallaxie (échange de contenu de leur « jabot social ») qui peuvent également guider les récolteuses. Une colonie où l’on ne danse pas accumule à peu près autant de pollen et de nectar.
Matthew J. Hasenjager, William Hoppitt et Ellouise Leadbeater, de l’université de Londres (Royaume-Uni) ont cherché à déterminer le rôle et la part de chacun de ces systèmes d’information dans le déclenchement du vol de ravitaillement par les ouvrières inoccupées.
Avec les méthodes de l’analyse des réseaux sociaux, les chercheurs ont pu tracer séparément la circulation de l’information sur le site de ressources au sein de la ruche délivrée par la danse de celle fournie par les odeurs.
Il en ressort que la danse est un outil d’information très performant, et préféré, pour envoyer les ouvrières sur un site nouveau. En revanche, les abeilles en attente d’une mission, se réfèrent au bouquet d’odeurs et de saveurs rapporté pour retourner sur un endroit déjà connu.
Un résultat qui replace le langage dansé dans le réseau d’informations multiples qui circulent dans la ruche et ordonnent son fonctionnement.
Article source  
Photo : ouvrières d’Abeille mellifère s’échangeant du nectar. Cliché P.-P. Lepidi

1222 Morts dans le sanctuaire de la monarchie
La protection du papillon Monarque d’Amérique Danaus plexippus (Lép. Nymphalidé) paraît avoir coûté la vie à deux personnes au Mexique. L’écologiste (et ancien maire) mexicain Homero Gomez, a été découvert le 29 janvier au fond d’un puits. Le guide de la réserve d’El Rosario, Raoul Hernandez, a lui été retrouvé battu à mort le 1er février.
Tous deux luttaient pour la protection de l’espèce, très connue par l’ampleur de ses migrations depuis le Nord de l’Amérique. Là, les populations sont réduites surtout par le désherbage qui prive les chenilles d’asclépiade, son unique plante nourricière. Au Mexique, sur leur site d’hivernage, c’est la déforestation qui la menace.
Le sanctuaire d’El Rosario, dans l’État du Michoacan, a beau être classé depuis 2008 au patrimoine mondial de l’humanité, il n’en est pas moins grignoté par l’exploitation des pins oyamel Abies religiosa sur lesquels les papillons s’entassent.
Le bûcheronnage est sous le contrôle des mafias, qui vendent le bois et tirent profit des plantations d’avocat qui s’installent sur les coupes. Les deux assassinats leur sont imputés.
D’après diverses sourceshttps://www.inrae.fr/actualites/composition-proteique-pieces-buccales-du-puceron-mise-jour
Photo : enterrement d’H. Gomez. Cliché Enrique Castro  
La dernière des nombreuses Épingles consacrées à la monarchie : Monarque, dehors ! 
Pour accéder aux autres, poser « monarch » au moteur de recherche de la page d'accueil.
   


La RDC à son tour touchée par les criquets ravageurs, une première depuis 1944. Le Monde, 28 février 2020.

De la Somalie au Soudan du Sud, les essaims de criquets pèlerins ravagent l'Afrique de l'Est,
par Yohan Blavignat. Le Figaro, 27 février 2020

Le gouvernement lance un plan de lutte contre les punaises de lit.
Le Monde, 21 février 2020.

Comment le moustique anophèle repère notre sang chaud,
par Nathaniel Herzberg. Le Monde, 16 février 2020.

Une invasion historique de criquets pèlerins menace la sécurité alimentaire en Afrique de l’Est
, par Yohan Blavignat, Le Figaro, 11 février 2020.

La composition protéique des pièces buccales du puceron mise à jour,
par Yvan Rahbé. INRAE, 10 février 2020.

Les lucioles menacées de s'éteindre à cause des activités humaines,
Par Emeline Férard. GEO, 5 février 2020.

Les papillons peuvent acquérir de nouvelles préférences [olfactives] et les transmettre à leur progéniture. Nouvelles du monde,
3 février 2020.
[Bicyclus anyana, Lép. Nymphalidé]
(traduction automatique)

Les ailes, système de climatisation du papillon
, pat Nathaniel Herzberg. Le Monde, 2 février 2020
> À agrafer à "Insectes ingénieurs 4". Insectes n° 194 (2019-3)
janvier À cliquer

1221 Teigne 2.0
La Teigne des crucifères Plutella xylostella (Lép. Yponomeutidé) est un ravageur mondial dont les populations deviennent partout résistantes aux insecticides. La firme britannique Oxytec promeut le lâcher de teignes modifiées génétiquement, qui s’accouplent normalement avec leurs congénères sauvages mais dont la descendance n’est pas viable.
Le procédé est une variante de la lutte autocide, utilisée depuis les années 1950 avec des succès notables, contre la Lucilie bouchère et la Cératite notamment. Les « mâles stériles » sont produits par irradiation. On doit en lâcher de très grands nombres car ils sont peu compétitifs avec les mâles sauvages.
Tony Shelton et son équipe viennent de montrer que les teignes transgéniques « stériles » survivent parfaitement au champ, première étape d’un éventuel développement de la technique.
Les teignes se voient greffer, outre un gène de fluorescence pour pouvoir les distinguer, le gène de léthalité appelé tetracycline transcriptional activator variant (tTAV), provenant de la combinaison des ADN de la bactérie Escherichia coli et du virus de l’herpès, déjà employé sur des moustiques. En nature, les mâles lâchés, tout à fait compétitifs (vérifié au laboratoire) et se dispersant peu, transmettent activement le tTAV aux femelles locales ; leur descendance femelle meurt au stade chenille, tandis que les mâles survivent et ont un effet léthal sur la génération suivante.
Autre avantage de ces mâles transgénique, ils apportent à la population locale résistante des gènes de sensibilité aux insecticides, car issus de souches sensibles.
En 2015 les mêmes chercheurs avaient obtenus, sous serre, l’effondrement des effectifs de la Teigne en 3 générations.
Quel avenir pour cette lutte autocide 2.0 ? La pratique est plus compliquée et coûteuse que l’épandage de toxiques. Elle n’est de plus pas compatible avec la doxa de l’agriculture biologique, qui représente une part croissante du marché des crucifères.
Oxytec va tester sa teigne GM dans diverses situation d’échec de la lutte conventionnelle. La firme travaille à appliquer le procédé à deux ravageurs très problématiques : l’Arpenteuse du soja Pseudoplusia includens au Brésil et la Légionnaire d’automne Spodoptera frugiperda (Lép. Noctuidés)  en Afrique.
D’après « Genetically engineered moths can knock down crop pests, but will they take off? », par Erik Stokstad. Lu le 30 janvier 2020 à www.sciencemag.org/
Photo : accouplement de Teignes des crucifères. Cliché D. Olmstaed  
Fiche HYPPZ de la Teigne des crucifères 
   
1220 Les richards se planquent
Pourquoi être brillant ? À quoi sert une cuticule revêtue d’une couche iridescente, d’arborer des couleurs métalliques coruscantes et de mériter le nom de richard, donné en 1715 aux buprestes par Geoffroy ?
Deux explications sont avancées par les entomologistes : c’est de l’aposématisme, pour avertir les prédateurs de son mauvais goût (pas esthétique, gastronomique) ou c’est de la sélection sexuelle, pour s’afficher le plus formidable des mâles aux yeux de ces demoiselles. Oubliée la suggestion d’Abott Tayler, faite en 1906 : la livrée métallisée permet de mieux se dissimuler sur un fond bariolé et mouvant – comme du feuillage.
Menée par Karin Kjernsmo, une équipe de l’université de Bristol (Royaume-Uni) a entrepris de tester l’hypothèse de Tayler. Le richard choisi fut Sternocera aequisignata (Col. Buprestidé), à la larve rhizophage, répandu en Asie orientale, où il est consommé. Ses élytres bleus ou verts selon l’incidence de la lumière y sont utilisés en joaillerie.
Première manip : des élytres de ce bupreste (une centaine), sont disposés sur les feuilles dans un massif de végétaux variés, avec d’autres, d’espèces non iridescentes, de différentes couleurs. À chacun est attaché un ver de farine. Les élytres brillants « survivent » en plus grande proportion au bec des oiseaux. Un substrat brillant augment leurs chances d’y échapper. Camouflage ou aposématisme ?
Seconde manip : ce sont des humains qu’on envoie chercher les élytres iridescents à la place des oiseaux. Ceux-ci les trouvent moins facilement que les élytres ternes.
Dans le cas de S. aequisignata au moins, étinceler sert à se dissimuler. Il doit en être de même pour les autres insectes-joyaux et cette fonction de camouflage contribue sans doute à ce que les couleurs métalliques soient si répandues.
L’équipe va désormais chercher, à l’aide de l’apprentissage automatique, à déterminer l’allure (couleur, patron) la plus efficace pour passer inaperçu dans un type de feuillage défini.
Article source (en anglais, gratuit)
Photo : Sternocera aequisignata. Catalogue Corbis.  
À (re)lire : Couleurs d’insectes, par Alain Fraval. Insectes n° 188 (2018-1)
NDLR : 50 élytres valent 11,31 € chez Etsy.

1219 Les demoiselles font comme ça…
...les libellules font comme ci. Les deux sous-ordres des Odonates, les Zygoptères (demoiselles) et les  Épiproctes (anciens Anisoptères, libellules) partagent beaucoup de caractères, hérités d’un ancêtre commun qui volait il y a 250 millions d’années.
Les unes diffèrent des autres par, notamment, leur technique de chasse en vol. Une équipe de chercheurs de l’université du Minnesota, sous la houlette de Paloma Gonzalez-Bellido, a recherché les différences entre les circuits nerveux reliant leurs yeux à leur cerveau. Et n’en a pas trouvé.
Pourtant les yeux, gros et globuleux, des imagos des deux sous-ordres ne sont pas disposés pareil : ils sont largement séparés chez les demoiselles et se touchent au niveau du front chez les libellules (sauf chez les gomphes).
Selon ce travail, les demoiselles visent leurs proies droit devant elles, les libellules les abordent par en dessous ; les demoiselles possèdent une vision binoculaire alors que les libellules ne reçoivent qu’une seule image, que l’objet visé soit à droite ou à gauche. Les deux systèmes ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients mais sont l’un comme l’autre adaptés au milieu prospecté et au type de proie chassée. Les demoiselles patrouillent dans la végétation, où la vitesse de réaction est moins importante que la capacité à voir en relief ; les libellules chassent plutôt en milieu ouvert, en se servant du contraste de leur proie avec le ciel.
Les deux se révèlent avoir la même circuiterie nerveuse et les mêmes neurones actifs pour conduire les signaux au cerveau, qui ont été conservés au travers de l’évolution. Reste à examiner comment ces signaux sont traités. Le résultat est attendu par les ingénieurs qui travaillent sur les véhicules autonomes, à roues, à rotor ou à ailes.
D’après « Glimpse into ancient hunting strategies of dragonflies and damselflies », lu le 16 janvier 2020 à  //phys.org/news/
Photo : Libellules déprimées Libellula depressa (Odon. Libellulidés) mâles. Cliché Warren

1218 L’alcool les perdra
C’est en tous cas l’espoir des forestiers de l’Ohio (États-Unis) aux prises avec les destructions d’arbres de nombreuses essences par des scolytes (Col. Curculionidés) exotiques, du type ambrosien (rien à voir avec saint Ambroise). Ces xylébores, du genre Xylosandrus, forent des galeries dans le xylème où ils cultivent un champignon Ambrosia, introduit par la femelle, qui digère le bois pour leur compte. Ce sont des ravageurs secondaires : ils sont attirés par les arbres en souffrance, qui émettent de l’éthanol. Les arbres colonisés, qui ne révèlent que très discrètement leur état à l’examen de l’écorce, sont perdus. La lutte (chimique), visant les émergences au printemps, implique une surveillance, faite par piégeage.
Classiquement, on dispose des bouteilles d’eau en plastique ouvertes d’un grand trou sur le côté, appâtées avec 2 pouces de gel hydro-alcoolique. Le dispositif est peu sélectif, il retient de nombreux insectes autres.
D’où l’essai de 2 types de rondins-pièges (de faible diamètre) imbibés d’alcool éthylique. Le rondin est soit trempé dans l’alcool durant 24 h, soit percé d’un trou axial rempli d’alcool puis bouché. Une fois exposé, il est disséqué. Plusieurs essences peuvent être employées, l’érable rouge est la meilleure. Ces pièges sont attractifs pour X. germanus (espèce d’Extrême Orient, arrivée à New York en 1932, détectée en France en 1992) pendant une semaine et nettement plus sélectifs que les bouteilles, qui durent plus longtemps. Ils attirent aussi  Anisandrus maiche, espèce invasive venue de Chine (et présente en Europe de l’Est).
L’usage des rondins creux devrait faciliter le suivi des populations et la maîtrise de ces ravageurs très dommageables.
Article source (gratuit, en anglais)  
Photos : bouteille-piège et rondin-piège. Clichés Walter Reeves.

1217 Anthropocoprophilie
Les protocoles de dénombrement des insectes les plus classiques sont à revoir. À preuve le cas de celui employé par tout le monde depuis des lustres pour estimer le peuplement d’un milieu en Coléoptères coprophages, c’est-à-dire se repaissant d’excréments de vertébrés.
On procède par piégeage. Sur n’importe quel terrain, on a toujours de l’appât standard sous la main (si je puis dire) puisqu’il est produit par les entomologistes : ce sont leurs matières fécales.
Elizabeth Raine, chercheuse à l’université d’Oxford (Royaume-Uni), et ses collaborateurs, ont réexaminé ce protocole. Dans trois sites proches en forêt atlantique, au Paraná (Brésil), ils ont comparé, au moyen des pièges indiqués ci-dessus, l’attractivité des fèces de différents animaux du lieu – prélevées dans un zoo -, entre eux et avec la matière humaine – fournie par eux-mêmes. Les animaux donneurs furent le petit grison, le jaguar, l’ocelot, le raton crabier, le capucin noir et le cochon (domestique).
Le long de transects ils ont enterré à ras bord des récipients-pièges, les uns surmontés de l’appât et remplis d’eau savonneuse et salée (pots de Barber, mortels), les autres faits d’un seau plein de terre ménageant un rebord de 3 cm, insurmontable, permettant aux bousiers de fouir.
Au bout de 48 heures, on vide les pots et trie la terre du seau à la main. Des individus de 26 espèces sont capturés en tout. Ils sont pesés, mesurés, etc.
Une vingtaine de coléos sont trouvés sous l’appât humain, contre jamais plus de 10 ailleurs.
Il en résulte que les 2 types de pièges, différemment attractifs, doivent être employés pour une estimation fidèle. Il en ressort que les fèces de l’entomologiste sont un super-appât pour évaluer la richesse faunistique en coprophages d’un milieu, mais qu’ils donnent l’illusion d’abondances qui n’existent pas.
Il faudra refaire cette manip ailleurs et trouver ce qui dans l’alimentation moderne d’Homo sapiens intéresse tant les coprophages.
D’après « Dung beetles prefer human faeces to those of wild animals », lu le 9 janvier 2020 à www.economist.com/science-and-technology/, et l’article source (gratuit, en anglais) 
Photo : bousier Scarabaeus laticollis. Cliché Thomas Huntke.


Les éphémères, insectes en perdition, par Nathaniel Herzberg. Le Monde, 26 janvier 2020

Afrique de l’Est : les infestations de criquets menacent la sécurité alimentaire.
Le Monde, 21 janvier 2020.

Insectes et films d'horreur,
par Cockeye. Vidéodrome. Mai 2019.

Comment la France est devenue pionnière dans l'élevage d'insectes
, par Laura Berny. Les Échos, 17 janvier 2020.

Impact écologique des feux : et les insectes ?
, par Romain Garrouste. The Conversation,
12 janvier 2020.

Un organe éphémère chez la fourmi révèle son secret,
par Mélissa Guillemette. Quebecscience, 9 janvier 2020.

Ceci n'est pas une feuille
- Bestioles avec Dr Nozman.
Avec Pierre Kerner à l'OPIE.
Vidéo

Un générateur de Coléoptères






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