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Les Épingles tout frais forgées ainsi que les À lire sur Internet tout frais repérés sont en haut de la pile
En épingle en 2019
L'insecte ou l'événement entomologique du jour, celui qui défraye la chronique et qui alimente les conversations en ville et dans les insectariums, sera épinglé sur cette page, qui s'enrichira au fur et à mesure des événements entomologiques.

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Rédaction (sauf mention contraire) : Alain Fraval 

La dernière de 2018 :  Gros porteur        Les Épingles d'avant

Les Épingles du n° 191 d'Insectes (4e tr. 2018) : Un parfum qui rapprocheLe soleil dans l’œilLa vue c’est la viePour filer le train aux Belles Dames.
Neuf nouveaux-nés très vieux, Stridulations morbifiques, tuer le désir dans l'œuf, Frigo à gaz, Régime gras, Des insectes dans la rue, Pour en finir avec les punaises…, Feu le scolyte ?, Robot tueur, Usine à gaz, Honneur au charançon, Sourd mais sonore, Tous ses contacts identifiés, Une société de climatiseurs, Zéphyr ou Babar ?, Le parfum du danger, Faute de bogongs..., Un immigrant clandestin se cache dans un tunnel, Les fossoyeurs en ont plein le dos, Petit chimiste, Géophagie, Fils de reines : juste des protéines, Bâtonnet le magnifique, Éradication puis sauvetage, Grandeur humaine, Pieds sensibles, Très excité puis vite fatigué,
Les Épingles du n° 192 d'Insectes (1er tr. 2019) : Les antibiotiques, c'est entomologique, La mouche du marula, PQ pour termites, La forêt brûle, les chenilles se consument.
Un p’tit ver, ça fait pas de mal, Déjeuner avec un lance-pierres, Émoji futur ?,

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maiÀ cliquer

1154 Émoji futur ?
Sous le numéro L2/19-148, est proposé pour le standard Unicode 13.0, un émoji (絵文字 ) représentant un scarabée. Le dossier est soumis par Aaron Ward ; le dessin est signé Erik Carter (inspiré du kabutomushi 甲虫).
Dans le tableau Animaux et Nature, il devrait être placé entre la coccinelle (5-punctata) et la fourmi (verte).
Ce coléo représente, dit l’introduction, les insectes coriaces, ailés et à symétrie bilatérale. Il est souvent dépeint comme tenace et affrontant une tâche difficile. Il est également maladroit, pas méchant pour les humains et attractif. Et on ne le confond pas avec la coccinelle déjà émojifiée.
Son utilité, estimée à partir du nombre de recherches de « beetles emoji » sur Google  (3 390 000 requêtes) surpasse celles du pingouin et du plant de riz, autres candidats.
À quoi servirait-il, que pourrait-il exprimer ? La solidité (les scarabées sont vus comme gros et robustes et les mâles ont souvent des cornes pour leurs combats), un mauvais jour (comme les bousiers, on a un boulot sale et mal vu), la pop-culture (référence à la Coccinelle VW, à Beetlejuice et au Scarabée d’or d’Edgar Poe), la transformation et l’aliénation (La Métamorphose de Franz Kafka).
On associerait le scarabée (Sc) avec d’autres émojis, par exemple Sc/étron (bousier) ou plante verte/ Sc/plante verte (coléo dans la nature). Le graphisme en fait un émoji reconnaissable au sein des animaux et fidèle au modèle. Et il est demandé : de nombreuses plaintes sur Twitter contre son inexistence.
À la suite de ces arguments en sa faveur, le dossier indique ceux qui détruisent à  l’avance ceux des opposants éventuels : en résumé, il est excessivement spécifique, ouvert, est certes déjà un pictogramme mais vieux de 25 siècles (le Scarabée des Égyptiens), sans risque d’être passager, fidèle à l’image de l’insecte mâle.
Ceci dit, n’importe qui peut proposer au consortium Unicode (états-unien) un émoji à condition de bâtir un solide dossier et de l’appuyer (soit 53 000 € pour l’émoji candidat corsica). Il n’est pas dit que notre scarabée soit « appuyé ».
D’après notamment le dossier Unicode  et Slate.
Image : l’émoji scarabée proposé    
À (re)lire : Mushi, par Laurent Pélozuélo. Insectes n° 145 (2007–2). 

1153 Déjeuner avec un lance-pierres
Seul l’homme est capable d’amplifier sa force en utilisant un mécanisme extérieur qui emmagasine lentement l’énergie et la libère quasi instantanément. C’est le principe du lance-pierre à élastique, de la catapulte et de bien d’autres instruments meurtriers. C’est aussi la libération d’une énergie stockée qui permet aux insectes sauteurs des bonds prodigieux mais il s’agit de dispositifs anatomiques internes. Aucun animal, fût-il très « intelligent », ne se sert d’un outil externe.
Une exception, l’araignée Hyptiotes cavatus (Aran. Uloboridé) d’Amérique du Nord, qui prend la place de la pierre du lance-pierres et utilise sa soie comme élastique. Dans l’attente de son déjeuner, un insecte imprudent, elle entortille par des mouvements de ses pattes un fil d’amarre de sa toile et le tend. Elle peut patienter des heures ainsi. Qu’un repas volant heurte sa toile, elle lâche le fil et se propulse ainsi vers lui avec sa toile à 2 à 3 cm, avec une accélération mesurée de 773 m.s-2. La bête comestible est ainsi enveloppée, puis consommée.
La découverte est due à une équipe de chercheurs de l’université d’Akron (Ohio, États-Unis), publiée dans les PNAS.
D’après, entre autres, « This spider turns its web into a slingshot, flinging itself at prey », par Helen Santoro. Lu le 13 mai 2019 à www.sciencemag.org 
Photo : Hyptiotes cavatus. Cliché Judy Gallagher
À (re)lire : Ils sautent !, par Alain Fraval. Insectes n° 167 (2012-4)

1152 Un p’tit ver, ça fait pas de mal
Le Coléoptère saproxylophage est-états-unien Odontotaenius disjunctus (Passalidé) est naturellement parasité par Chondronema passali, nématode. Il ne semble guère en souffrir. Subsocial, Il vit en famille en creusant dans le bois mort, les parents s’occupant des enfants. Les imagos prémâchent la nourriture de leur progéniture. Autre particularité, ils stridulent, faisant comme un bruit de baiser, d’où leur nom anglais de bess beetles.
Andrew Davis et Cody Prouty (Odum School of Ecology, Géorgie, États-Unis) ont testé l’hypothèse d’une surconsommation de bois compensant le prélèvement de nutriments opéré par le nématode. Pour cela ils ont élevé individuellement 113 adultes avec un morceau de bois suffisant pour 3 mois. À la fin, ils ont pesé la vermoulure produite et noté le poids de chacun, sa taille, son sexe et la présence ou non du parasite.
Les deux tiers des individus hébergent le nématode : ceux-ci sont plus lourds (de 6%) et consomment plus (280 g contre 240). On ne sait pas s’il y a surconsommation compensatoire ou si les individus les plus voraces ont plus de chances d’attraper la nématodose.
Toujours est-il, et c’est le résultat original qu’il faut retenir, que les insectes parasités rendent  un meilleur service écologique en dégradant plus vite le bois mort. 
Article source (gratuit, en anglais) 
Photo : Imago et larves d’un Passalidé. Cliché P. Lenhart


Du 182

1151 Les antibiotiques, c’est entomologique
La cyphomycine sera peut-être l’antibiotique capable de vaincre les champignons devenus résistants aux produits actuellement disponibles, très dangereux notamment pour les personnes immunodéprimées.
Marc Chevrette et ses collaborateurs américains l’ont détecté lors d’une très vaste investigation – la plus grande réalisée à ce jour – à la recherche, chez les insectes, de substances antimicrobiennes. Celles-ci sont sécrétées par des microbes symbiotiques sélectionnés au cours de l’évolution pour assurer la résistance de l’hôte aux infections.
L’équipe a collecté des spécimens de plus de 2 500 espèces d’insectes de différents ordres, en Amériques du Nord et du Sud ainsi qu’à Hawaï, sous tous les climats. La moitié s’est révélée héberger le micro-organisme recherché, une bactérie du genre Streptomyces. En tout, 10 000 de ceux-ci ont été testés, parallèlement à 7 000 autres trouvés dans le sol ou les plantes. Chaque microbe a été confronté à 24 agents pathogènes, bactéries ou champignons, lors de plus de 50 000 manips. Ceux en provenance d’insectes se sont révélés plus efficaces que ceux d’origine édaphique ou végétale. Parmi eux, plusieurs douzaines ont été injectés sous forme d’extraits à des souris rendues malades.
C’est la fourmi champignonniste Cyphomyrmex (Hym. Myrmiciné) qui a fourni l’agent le plus prometteur, supérieur à ceux provenant de Streptomyces du sol, nommé cyphomycine et objet d’un dépôt de brevet. Cet antibiotique est notamment efficace contre le champignon pathogène opportuniste Candida albicans, ce sans provoquer d’effets secondaires. Avant de l’injecter à des malades humains, de longs tests sont encore nécessaires.
D’après « Microbes hitched to insects provide a rich source of new antibiotics », par Eric Hamilton, université de Wisconsin-Madison. Lu le 1er février à //news.wisc.edu/
À(re)lire : Des insectes comme nouvelle source de médicaments, par Bérangère Barataud. Insectes n° 132, 2004(1).

1150 La Mouche du marula
C’est la (Petite) Mouche du vinaigre (à ventre noir), Drosophila melanogaster. Mutée, génétiquement modifiée, tripatouillée et scrutée dans tous les sens sur plein de paillasses de par le Globe. C’est aussi une peste domestique qui infeste les fruits mûrs à l’état larvaire et se noie dans les liquides à boire. Elle est clairement associée à l’homme. Dans l’environnement duquel elle préfère le citron.
Jamais on ne l’a observée dans la nature sauvage. D’où vient-elle ? D’Afrique vraisemblablement, mais encore ?
Marcus Stensmyr et Suzan Mansourian, avec leurs collaborateurs, (université de Lund, Suède) ont disposé des pièges dans les forêts de la partie sud de l’Afrique centrale. Seuls ceux installés près de marulas (Sclerocarya birrea, Anacardiacée), alias arbres-éléphant, ont capturé D. melanogaster, lesquelles préfèrent son fruit à leur citron de référence.
Les drosos partout dans le Monde choisissent le marula, qu’elles n’ont jamais rencontré. Les composantes de l’odeur de ce fruit excitent des neurorécepteurs connus, orientant la mouche vers un site favorable à la ponte.
Le fruit (pulpe et amande) du marula est une ressource alimentaire très importante pour les San durant une bonne partie de l’année, et ce de toute éternité. Dans des grottes habitées au Pléistocène récent et à l’Holocène ancien, on a trouvé d’énormes quantités de noyaux, jusqu’à
24 millions dans l’une d’elles.
Il apparaît que D. melanogaster a été attirée chez les premiers habitants de l’actuel Zimbabwe par ces tas de fruits. Là, elles ont trouvé en outre abri contre la pluie et protection contre les prédateurs. Elles se sont adaptées, acceptant de mieux en mieux d’entrer dans des lieux sombres et résistant progressivement à l’éthanol. Puis elles ont suivi Homo sapiens dans sa dispersion.
Opportuniste et acceptant toutes sortes de fruits pour y pondre dans l’environnement des entomologistes, la droso fut à l’origine monophage sur marula, chez les chasseurs-cueilleurs.
Article source : doi:10.1016/j.cub.2018.10.033

1149 PQ pour termites
Dans les forêts tropicales, les termites sont des ingénieurs de l’écosystème qui digèrent la cellulose, aèrent le sol par leurs galeries et remontent de l’eau des profondeurs. En période de sécheresse, ils doivent faire plus d’efforts d’hydratation et la végétation semble en profiter.
Cette impression n’avait jamais été évaluée avant l’installation, à Bornéo, d’un dispositif expérimental ad hoc par une équipe britannique (université de Liverpool et Muséum d’histoire naturelle de Londres). Celui-ci a consisté à éliminer les termites de 4 sites d’un quart d’hectare et à suivre, ainsi que sur les sites témoins, l’évolution de la faune de la litière et de l’état de la végétation. L’opération a commencé en 2014 et a duré 2 ans, pendant lesquels un épisode sévère de sécheresse non prévu au programme est survenu en 2015-2016, dû à El Niño.
Grâce à l’installation de rouleaux de papier hygiénique empoisonnés et enterrés à moitié comme appât mortel pour les termites et eux seuls, car friands de cellulose, les autres habitants de la litière (fourmis, Coléoptères...) ont été préservés. Les pièges ont été renouvelés tous les semestres ; l’expérience en aura consommé quelque 3 500. En plus, toute termitière naissante a été détruite.
Sur les terrains traités, les populations de termites (des groupes Bulbitermes, Macrotermes et Prohamitermes), ont été réduites
de près de la moitié. Sur les sites témoins, leur nombre a doublé durant la sécheresse et la litière s’est décomposée plus rapidement, tandis que l’humidité était plus élevée, le brassage du sol plus fort et la survie des plantules meilleure. On ne sait pas pourquoi les termites prospèrent en année sèche ; peut-être est-ce dû à une plus grande facilité de creusement dans le sol sec. En tous cas, sans les termites, la sécheresse tuerait bien plus d’arbres.
Article source : doi: 10.1126/science.aau9565.

1148 La forêt brûle, les chenilles se consument
Régulièrement, entre juin et octobre, le Sud-Est de l’Asie suffoque sous les nuages de fumée qui se répandent dans plusieurs pays à partir surtout de Sumatra et de Bornéo. La faute aux planteurs et agriculteurs qui incendient la végétation pour faire place nette et gagner de nouveaux terrains.
La fumée comporte une centaine de composants, dont : gaz carbonique et monoxyde de carbone, méthane, oxydes d’azote, hydrocarbures aromatiques polycycliques, particules fines. Ses effets délétères sur les habitants et leurs animaux sont étudiés. On doit à Yue Qian Tan, Emilie Dion et Antónia Monteiro, de Singapour, la première évaluation de l’effet de ces fumées sur l’insecte.
Pour ce faire, ils ont suivi le développement de chenilles de Bicyclus anynana (Lép. Nymphalidé), un papillon africain bien étudié pour ses ocelles variables (et modifiables), à l’air ambiant (filtré) et dans la fumée et sur des jeunes maïs poussés à l’air ambiant ou dans la fumée.
Les chenilles sont élevées dans des terrariums placés sous abri, aérés au travers d’un filtre à particules et munies d’un compteur desdites particules. L’enfumage est produit par une spirale d’encens.
Peu parmi les chenilles enfumées parviennent à se chrysalider, leur développement est ralenti et leur poids réduit. Les mêmes effets, sauf la mortalité, sont observés sur les maïs traités par la fumée. Les chrysalides ne sont pas affectées.
L’examen au microscope électronique des stigmates et des trachées n’y révèle aucune particule fine. L’effet antagoniste, qui ressemble à celui d’un stress alimentaire, est dû aux gaz toxiques de la fumée ou à l’empoisonnement de la plante nourricière.
Les effets en nature sont sans doute complexes. Ainsi dans les zones polluées par un nuage de fumée a-t-on constaté une augmentation des insectes herbivores, conséquence d’une diminution des prédateurs.
Article source (en anglais, gratuit) DOI: 10.1038/s41598-018-34043-0
La dernière Épingle consacrée à Bicyclus anynana : Lepidopera Publicitae.


Maquillages entomo
de Jasmine Ahumada. Mail on line, 16 mai 2019

Les Stomoxes : des mouches piqueuses nuisibles pour l’élevage
, par Gérard Duvallet. Passion entomologie, 15 mai 2019.

Des chercheurs veulent diminuer la motivation des moustiques à nous piquer
, par Agathe Delepaut. Le Figaro, 9 mai 2019.

L'histoire résolue des populations de deux papillons
, par Adrien. Techno-Science.net, 6 mai 2019.
[Nacré de la bistorte Boloria eunomia, Petit Collier argenté B. selene, Lép. Nymphalidés]

Ce que notre rapport aux insectes dit de notre rapport à la nature,
par Michel Renou. The Conversation, 2 mai 2019.

« La disparition du buis serait un désastre écologique, économique et culturel »
, par Hervé Jactel. Le Monde, 1er mai 2019.
[Pyrale du buis, Cydalima perspectalis (Lép. Crambidé)]

Les diamides auraient des effets néfastes pour les abeilles…et certains humains, par Georges Simmonds. RTFlash, 30 avril 2019.
avrilÀ cliquer

1147 Très excité puis vite fatigué
On avait précédemment observé que les bourdons exposés aux insecticides néonicotinoïdes récoltent moins. Une équipe de l’Imperial College (Londres, Royaume-Uni) menée par Richard Gill a mesuré au laboratoire l’endurance d’individus de Bourdon terrestre Bombus terrestris (Hym. Apidé) soumis à une dose réaliste – celle à laquelle ils sont confrontés sur la terrain, soit 10 ppb = parties par milliard – d’imidaclopride.
L’insecte se voit affublé d’une pastille métallique collée sur son dos, qui permet de le suspendre à un bras d’un manège muni d’une sorte de compte-tours (et de le libérer entre deux épreuves).
Le bourdon est d’abord fort excité et vole plus vite que ses congénères non traités. Mais  il se lasse vite et au bout du compte, ne parcourt que le tiers de la distance dont est capable l’individu non intoxiqué. La phase initiale d’hyperactivité l’épuise.
Il en résulte que l’imidaclopride réduit l’aire d’affouragement de 80 % et empêche des bourdons épuisés de rentrer au nid. Lequel voit ses ressources réduites en quantité, diversité et valeur nutritionnelle tandis que la pollinisation est affectée alentour.
Article source (en anglais, gratuit)   
Photo : bourdon attaché au bras du manège. Cliché D. Kenna 

1146 Pieds sensibles
Le répulsif de référence, voire le meilleur, contre les moustiques est le DEET, de son nom complet N,N-diéthyl-3-méthylbenzamide, alias N,N-diéthyl-m-toluamide. Ce produit réputé sûr, conditionné en bombes aérolsols, a d’abord été pulvérisé sur la peau des soldats états-uniens – c’est une invention de l’armée US datant de 1946 -  avant de protéger l’épiderme exposé des vacanciers tous les étés, plus ou moins bien selon les espèces de Culicidés.
Cet insectifuge était réputé agir via les sensilles du goût et de l’odorat du moustique ; on avait repéré le corécepteur orco, nécessaire à la répulsion de contact.
Trois chercheurs états-uniens viennent de reprendre le sujet et ont trouvé un résultat surprenant : la clé de l’effet répulsif du DEET est dans les tarses des moustiques.
Le DEET est amer ; l’amertume empêche le moustique – femelle d’Aedes aegypti en l’occurence – d’ingérer. Le DEET agit par contact. Les moustiques orco mutants sans la capacité de subir l’effet répulsif, sont attirés par une peau (d’entomologiste) enduite de DEET mais ne piquent pas.
Installés sous une membrane de parafilm retenant du sang chaud, les moustiques ne piquent pas si le DEET ou un produit amer y est mélangé. Quand ce dernier est étalé sur la membrane, l’insecte se pose et pique mais si c’est du DEET qui recouvre la membrane, le moustique évite le contact. Ils le sentent donc non pas au passage dans leur trompe mais par les tarses. Les tarses chaussés de colle durcissant aux UV, le moustique pique l’expérimentateur protégé.
Ce résultat conduira à identifier les sensilles, les neurones et les protéines en jeu, une étape cruciale pour la mise au point de nouveaux répulsifs, plus persistants.
Article source (en anglais, gratuit)
Illustration : Aedes aegypti. Cliché James Gathany

1145 Grandeur humaine
De nombreux entomologistes se sont appliqués à décrire et dessiner les pièces sexuelles des insectes, particulièrement les édéages des mâles, utiles pour la détermination de l’espèce ou simplement curieux. Certains adoptent des formes tourmentées, complexes, avec des protubérances, des épines, des crochets… qui font penser à un outil vulnérant. Monsieur ne s’en sert pas d’instrument de torture, c’est le gage de la solidité de l’union avec Madame, le temps que le sperme s’écoule. Madame y est intérieurement adaptée, même dans le cas extrême de l’insémination traumatique. Cette pratique est le fait, notablement, de la Punaise des lits Cimex lectularius (Hém. Cimicidé), insecte hématophage. Au lieu d’emprunter la voie dite « tractus génital », il perce de son pénis acéré le tégument de sa belle, en plein abdomen et répand sa semence dans sa cavité générale où l’hémolymphe lui fera rejoindre son but. Madame possède en contre-réaction un spermalège (parfois écrit spermaledge en anglais), organe ad hoc de sa paroi abdominale.
À la galerie Seventeen (Kingsland Road, Londres, Royaume-Uni), l’artiste entomo-inspirée (et féministe et monitrice de plongée) Joey Holder expose sous le titre « The Evolution of the spermaledge » des édéages d’insectes agrandis « à l’échelle humaine », en relief. Fidèlement reproduits à partir de photos au microscope électronique à balayage et des vues numérisées en 3 D, ils sont d’un réalisme saisissant.
Fabriqués en silicone, ils ne sont pas produits pour être montrés et commentés la Maison des insectes. Leur créatrice, qui dit ne pas les avoir essayés, leur voit clairement un emploi de godemiché.
D’après « I Make Dildos Out of Insect Penises », par Hannah Pezzack. Lu le 15 avril 2019 à //www.vice.com
Illustration : modèles non identifiés.

1146 Éradication puis sauvetage
Dans les campagnes anglaises, on a arraché systématiquement les épines-vinettes, hôtes intermédiaires de la Rouille noire du blé, maladie fongique très dommageable à cette culture.
Puis on a trouvé des variétés assez résistantes, qui sont actuellement semées dans la plupart des champs de blé. La rouille a disparu. Mais 60 ans après la dernière épidémie de rouille, on l’a revue en 2013, là comme en Europe continentale. Une présence sporadique qui inquiète.
Puis on s’est soucié des insectes qui se nourrissent de l’épine-vinette La Phalène couleur de cerf Rheumaptera cervinalis (Lép. Géométridé) et la Tenthrède du berberis Arge berberidis (Hym. Argidé) ont survécu, pas la Phalène de l’épine-vinette Pareulype berberata (Lép. Géométridé). Cette dernière est désormais l’un des papillons les plus rares du Royaume-Uni. Des populations résiduelles subsistent dans le Wiltshire, notamment, en plus de populations réintroduites.
Puis on replante des épines-vinettes, notamment dans le cadre du projet BarbRE (Barberry Rust Explorer) de science participative. Il s’agit d’observer les chenilles et le papillon, d’accompagner les propriétaires de prés acceptant d’introduire des épines-vinettes dans leurs haies, de surveiller la Rouille noire du blé et de sensibiliser le public. Lancement le 3 avril 2019.
D’après, notamment, « Rare moth species could prevent the return of wheat disease », lu le 3 avril 2019 à www.countryfile.com/
Illustration : Wikimedia 

1145 Bâtonnet le magnifique
En réexaminant, avec les outils de la biologie moléculaire (barecoding, etc.) les phasmes géants du vaste genre Achrioptera (Anisacanthidés), endémique de Madagascar et des Comores, des entomologistes allemands ont découvert deux nouvelles espèces, A. manga sp. nov. et A. maroloko sp. nov. Celles-ci étaient jusque-là confondues avec A. fallax et A. spinosissima respectivement dont les spécimens un peu différents étaient considérés comme des variants. Ces espèces sont à considérer désormais comme voisines d’autres phasmes malgaches et non plus comme cousines de taxons outre-mer, ce qui remet en cause la théorie d’un peuplement multiple de l’île.
Point très remarquable, à leur maturité les mâles de ces phasmes quittent leur habitus de camouflés en bâtonnets placides unis et ternes pour celui de bâtonnets marcheurs en livrée bleu vif ou multicolore, on ne peut plus visible. Les femelles, plus grandes (15 à 24 cm) ne changent pas.
Au laboratoire, il a été constaté que le mâle ne commence à tenter de s’accoupler qu’une fois sa nouvelle couleur bien installée. Ce qui suggère que celle-ci est une parure sexuelle, propre à séduire les femelles.
Mais comment éviter de se faire dévorer avant d’approcher une partenaire, ce qui implique de se déplacer pas mal ? L’habit voyant serait aposématique, avertissant les prédateurs de la toxicité du contenu. En plus, chez ces espèces, les glandes répugnatoires, situées au niveau du cou, sont particulièrement développées.
Des travaux difficiles seraient nécessaires pour confirmer ces hypothèses. En tous cas, ces phasmes magnifiques ont tout pour devenir des emblèmes de la biodiversité exceptionnelle de Madagascar.
Article source (gratuit, en anglais) 
Illustration : A : Achrioptera fallax mâle adulte ; B : id. en couple ; C : id. femelle adulte ; D : A. manga, mâle adulte ; E : id. femelle adulte ; F : A. spinosissima mâle adulte ; G : A. maroloko mâle adulte ; H : id. femelle.

Coquerelle laquée ou pimentée? En Chine, la bestiole s'introduit dans les assiettes. TVA Nouvelles, 19 avril 2019.
[Blatte américaine, Periplaneta americana, Blatt. Blattidé]

BeeSexual, le porno pour sauver les abeilles (et la planète)
, par Pauline Machado. Terrafemina, 19 avril 2019.

Chaoborus : une attaque fulgurante
, par Benoît Gilles. Passion entomologie, 15 avril 2019.
[Dip. Chaoboridé]


Des chercheurs mettent au point une méthode pour détecter les espèces envahissantes,
par Franck Courchamp. The Conversation, 3 avril 2019.

La musique électro est-elle un bon anti-moustique ?
Ouest-France, 2 avril 2019.

Article source
La musique
marsÀ cliquer

1144 Fils de reines : juste des protéines
La Fourmi de feu tropicale Solenopsis geminata (Hym. Myrmiciné) est une espèce invasive mondialisée, issue d’Amériques centrale et du Sud. Elle provoque des gros dégâts écologiques et se montre très désagréable pour qui la dérange. Sur le récif d’Ashmore, au nord de l'Australie, elle attaque les jeunes fraîchement éclos des oiseaux marins et des tortues de ce sanctuaire. La recherche des raisons de sa capacité d’extension géographique, a conduit à mettre au jour un comportement bien particulier.
C’est le cannibalisme notamment qui permet à une colonie nouvellement fondée de prendre patte solidement sur un nouveau territoire et de surmonter les inconvénients de la consanguinité.
La femelle s’envole juste après avoir été fécondée, se pose et se dépêche de pondre de façon à disposer de filles aidantes avant de mourir de faim. Celles-ci sont issues d’œufs fécondés et sont diploïdes. Mais quand elle s’est accouplée avec un mâle proche génétiquement (un cousin, cas fréquent dans les petites colonies « jeunes pousses »), la moitié des œufs fécondés donnent des mâles diploïdes (les mâles sont normalement haploïdes).
Ces mâles, souvent stériles, ne sont d’aucune utilité pour la reine. Qui plus est, leurs larves sont plus grosses et plus voraces que celles des ouvrières.
Les reines ne s’en désintéressent pas. Dans le tiers des 1 187 colonies expérimentales observées, elles les déposent bien vivantes sur leur tas d’ordures. Puis elles les mangent, récupérant ainsi des protéines.
Une deuxième façon de créer vite de nombreuses ouvrières est l’association de plusieurs reines, fréquente. Dans ce cas, les grosses larves mâles sont tolérées. Et une troisième, c’est pour les princesses, de coucher avec n’importe qui, ce qui réduit les risques de mariage consanguin et donc de naissance de ces bons à rien de fils.
D’après « Cannibalism helps fire ants invade new territory », par Pauline Lenancker et Lori Lach, The Conversation, lu le 22 mars 2018 à //phys.org/
Illustration : cliché INPN-MNHN

1144 Géophagie
Le microbiome, ensemble des génomes des symbiotes, pathogènes et commensaux d’un être vivant dépend de l’environnement de celui-ci. Ainsi, il est connu que celui d’une plante est fortement relié à celui du sol où elle pousse. Quels liens entre ceux du sol et de la plante et celui d’un phytophage qui se nourrit de ses feuilles ? Aucune idée jusqu’à l’étude menée aux Pays Bas (Institut d’écologie et université de Leyde) par Martijn Vezemer et ses collaborateurs.
Ayant fait pousser des pissenlits en extérieur, ils ont prélevé le sol autour et élevé des chenilles de Noctuelle du chou Mamestra brassicae (Lép. Noctuidé) sur des pissenlits installés sur ce sol ou avec des feuilles coupées, en serre. Dans ce dernier cas, les microbiomes des insectes sont relativement simples et ressemblent à celui des feuilles.
En revanche, sur plante entière, les microbiomes sont variés et ressemblent à ceux du sol. Ils en dépendent alors que les plantes y sont plus « indifférentes ».
Ces microbiomes édaphiques peuvent donc être transmis à des insectes phytophages qui se nourriront plus tard d’autres plantes poussant sur le même sol. L’importance et la durée de cet effet héritage restent à déterminer.
Article source (gratuit, en anglais) 
Illustration : chenille de Noctuelle du chou. Cliché Lepinet.fr/serge Wambeke.
NDLR : les chenilles de la Noctuelle du chou font des allers-retours fréquents entre la surface du sol et la plante dont elles trouent les feuilles ; elles se déplacent aussi d’une plante à l’autre. C’est essentiellement à cette occasion qu’elles ingèrent le microbiote du sol ; elles peuvent aussi se contaminer en consommant des feuilles terreuses ou poussiéreuses.

1143 Petit chimiste
Odontotaenius disjunctus (Col. Passalidé) s’est fait remarquer comme le champion des costauds avant que son cousin O. taurus ne le batte en 2010, réussissant à tirer 1 141 fois son poids. Aujourd’hui, ce saproxylophage forestier nord-américain, habitant et consommateur des troncs d’arbres décidus pourris, attire l’attention par la capacité qu’ont les adultes à digérer le bois, une nourriture fort pauvre en azote.
Notre passalide en effet, avec l’aide de microbes, transforme la matière ligneuse en énergie pour ses larves (qui consomment ses excréments) et en nutriments pour les plantes. Qu’on parvienne à mettre au point une usine qui fait de même...
Une équipe du Berkeley Lab (ministère états-unien de l’Énergie) menée par Javier Ceja-Navarro vient de montrer comment, le long de son tube digestif, les peuplements de micro-organismes se succèdent et accomplissent chacun une étape de la transformation de la lignocellulose.
Une colonie de cet insecte subsocial comporte jusqu’à 7 imagos ; chacun avale 4 fois son poids de bois décomposé par jour. Ses excréments, en forme de vermoulure, contiennent 3 fois plus d’azote que ce qu’il ingère et comportent des produits énergétiques comme des acétates ainsi que des biocarburants comme de l’hydrogène, de l’éthanol et du méthane.
Munis d’outils de biologie moléculaires, de spectromètres et de sondes miniatures, les chercheurs ont découvert que les tronçons successifs du mésentéron et du proctodéum (intestins moyen et postérieur) du passalide ont chacun une configuration adaptée à un microbiome particulier. Ceci permet à des processus incompatibles de s’effectuer sans conflit ; par exemple, la dépolymérisation de la lignine requiert de l’oxygène, gaz qui empêche la fermentation nécessaire à la production d’énergie. Le tube digestif est également conformé de façon à empêcher les fuites d’hydrogène et à favoriser ainsi la production d’acétates.
Il reste aux ingénieurs à imiter cette chaîne compartimentée pour transformer les déchets de bois en bioproduits d’intérêt.
Article source 
Illustration : étapes de la dépolymérisation et de la fermentation de la lignocellulose le long du tube digestif d’Odontotaenius disjunctus, avec les principaux micro-organismes impliqués. Jaune : stomodeum ; vert  mésentron ; marron : tronçon anaérobie du proctodéum ; beige : tronçon postérieur du proctodéum ; rouge : trachées. Figure de l’article.    

1142 Les fossoyeurs en ont plein le dos
On n’en finit pas de scruter la vie et les œuvres des fossoyeurs, Coléoptères Silphidés qui enfouissent et travaillent des cadavres de petits vertébrés pour en faire une réserve de nourriture et un site de ponte. Le Nécrophore fossoyeur Nicrophorus vespilloides est une espèce très étudiée par les entomologistes de Cambridge (Royaume-Uni) et, parmi eux, Syuan-Jyun Sun vient de préciser le rôle d’un acarien associé, Poecilochirus carabi (Parasitidé).
Ce dernier se tient sur le dos du fossoyeur, le laissant chercher, trouver et disputer à ses congénères une charogne ; il la partage ensuite avec son transporteur, pour l’élevage de ses larves.
Il y a des gros et des petits fossoyeurs mâles, qui se disputent les partenaires sexuelles. Les petits peuvent gagner, pourvu qu’ils soient couverts d’acariens.
Filmée en lumière infrarouge, la dispute entre un fossoyeur couvert et un tout nu révèle que le porteur d’acariens – le gagnant - est plus chaud que son adversaire. À l’exercice sur un tapis roulant, le fossoyeur portant des acariens « chauffe » autant que son compère à qui on a collé un poids équivalent. Et la couche d’acariens fait comme une couverture isolante, laquelle profite plus aux petits individus car elle couvre une proportion relativement plus grande du tégument du fossoyeur.
Il y a toutefois un prix (faible) à payer pour ce biodopage : les acariens réduisent légèrement le succès reproductif de leurs transporteurs, en consommant une partie de la charogne.
Les gros ne gagnent rien à supporter les acariens compétiteurs dont ils n’ont pas besoin et, pour eux, la relation n’est pas du mutualisme mais du parasitisme.
D’après « Mighty mites give scrawny beetles the edge over bigger rivals », par Pranjal Mehar. Lu le 6 mars 2019 à www.techexplorist.com/
Photo : Nécrophore fossoyeur chargé d’acariens. Cliché U. Cambridge

1141 Un immigrant clandestin se cache dans un tunnel
La Société royale d’horticulture vient d’homologuer la découverte, l’été dernier, d’un insecte exotique à Garden Wisley, dans le Surrey (Royaume-Uni), un Embioptère, le premier de cet ordre à prendre patte dans le royaume. Aposthonia ceylonica (Oligotomidé), 1 cm de long à l’état adulte, vit sur les racines aériennes des orchidées et des broméliacées, en Thaïlande. Cet allochtone est arrivé caché dans des livraisons de plantes tropicales ; il n’est pas une menace.
L’ordre nouveau précédent est celui des Phasmatodea, découvert dans le Devon en 1909.
D’après « First new insect order in Britain for 100 years », lu le 28 février 2019 à  www.discoverwildlife.com
Photo : femelle d’ Aposthonia ceylonica
NDLR : Les embies sont des hémimétaboles détritivores subsociaux qui vivent, larves et femelles aptères, dans des tunnels faits d’une soie sécrétée par leurs pattes avant. Les mâles sont ailés. On en connaît 2 espèces de la France méridionale : Embia ramburi (Embiidé) et Haploembia solieri (Ologotomidé).


Les termites, architectes bioclimatiques, par Nathaniel Herzberg. Le Monde, 24 mars 2018.
[Trinervitermes geminatus, Blatt. Termitidé]

Commerce du criquet au Niger : plongée dans la filière de ces insectes commestibles
, par Ali Maman. Le Sahel, 22 mars 2019

Pourquoi les zèbres ont-ils des rayures ?,
par Tim Caro et Martin How. The Conversation, 22 mars 2019.

DelFly Nimble, quand les drones prennent la mouche
, par Dominique Desaunay. RFI,  16 mars 2019.

Astérix, Obélix et Idéfix deviennent des scarabées de Célèbes
, par Jean-Luc Nothias. Le Figaro, 8 mars 2019.

[Trigonopterus spp., Col. Curculionidés)
févrierÀ cliquer

1140 Faute de bogongs…
...l’opossum nain des montagnes périclite. « Lui aussi, il aime les insectes » (cf rubrique de la revue Insectes) et ça risque de le mener à sa perte.
Burramys parvus (Dipr. Burramyidé) est un petit mammifère marsupial endémique des Alpes australiennes, qui vit dans un milieu qui disparaîtra dès que la température moyenne augmentera d’1 degré. C’est donc un sursitaire. Connu d’abord comme fossile, il a été découvert vivant en 1966 et est depuis très surveillé. Il hiverne longuement après s’être gavé de bogongs, Agrotis infusa (Lép. Noctuidé), richement protéinés.
Ces noctuelles migrent au printemps et en été vers des grottes de ces montagnes, où elles se regroupent en masse. Sauf ces tout derniers mois où quelques rares individus seulement ont été vus. La faute à une exceptionnelle sécheresse hivernale, liée au réchauffement climatique, survenue à des centaines de kilomètres de là en Nouvelles Galles du Sud, où se développent les chenilles du papillon roboratif.
C’est la seconde année de conditions défavorables au bogong et donc catastrophiques pour les opossums. Après avoir dépassé 2 000 individus, l’effectif du marsupial est réduit sans doute à quelques dizaines. Les femelles portent des petits morts dans leur poche.
Son destin n’est pas seulement dicté par les pertes infligées à son insecte nourricier du fait de la modification du climat. L’implantation de stations de ski, en fragmentant son habitat, a été très efficace.
D’après, entre autres, « Decline in bogong moth numbers leaves mountain pygmy possums starving », par Graham Readfearn. Lu  le 24 février 2019 à www.theguardian.com/
Photo : Agrotis infusa naturalisé. Cliché PaDIL
À (re)lire : La noctuelle du champ magnétique. Épingle de 2018 

1139 Le parfum du danger
Le Doryphore de la pomme de terre Leptinotarsa decemlineata (Col. Chrysomélidé) n’est plus  le sujet numéro 1 des entomologistes de l’INRA qu'il fut après la guerre. Il provoque toujours des dégât importants (consommation de feuilles) sur toutes les solanées, localement, et demeure difficile à combattre, ses populations devenant rapidement résistantes aux insecticides. La recherche de procédés nouveaux continue.
Angel Helms et Jared Ali, chercheurs du département de l’Agriculture états-unien (USDA), ont examiné les réactions des plantes-hôtes et de leur ravageur à la présence de nématodes entomopathogènes du sol, utilisés comme agents de lutte biologique contre les formes souterraines des insectes. Ceux-ci tuent les nymphes de doryphore ; leurs cadavres émettent une odeur particulière et les femelles sur la plante au-dessus pondent 1/3 d’œufs en moins.
Des doryphores installés sur des plantes au pied entouré de sol contenant des nématodes ont vu leur consommation de feuilles réduite et leur poids diminué de 40 %.
C’est la plante qui perçoit l’odeur des nématodes, l’interprète comme le signal d’une attaque à venir par le phytophage et réagit en renforçant ses défenses.
Ainsi les nématodes seraient plus intéressants que précédemment estimé.
D’après « Nematode odors offer possible advantage in the battle against insect pests », le le 26 janvier 2019 à www.eurekalert.org
Photo : imago de Doryphore. Cliché UGA

1138 Zéphyr ou Babar ?
La question se pose chaque jour à la Fourmi de l’acacia Crematogaster mimosae (Hym. Myrmiciné), qui habite en domaties, des épines creuses de son hôte aménagées et mises à sa disposition, en plus de nectaires extra-floraux. Ceci en échange d’une protection contre les mammifères brouteurs de feuilles de la savane. Qu’un éléphant (Babar ou un autre, ou une girafe) s’approche de près et voilà les fourmis en marche vers l’agresseur, abdomen relevé, pour le mordre.
C’est l’ébranlement des rameaux et des feuilles qui déclenche la réaction, les entomologistes Felix A. Hager et Kathrin Krausa l’ont d’abord appris à leur dépens.
Mais les vents, zéphyr comme aquilon, agitent aussi les branches de l’acacia siffleur. Pourtant les fourmis ne se dérangent pas.
Nos biotrémologistes (la trémologie est la science des frottements) ont ainsi suspecté que ce sont les ébranlements qui alertent les ouvrières, pas tant les odeurs comme on le croyait. Pour vérifier cette hypothèse, ils se sont munis d’accéléromètres à fixer sur les épines ou les branches, ont embauché localement une chèvre et construit un agitateur à base d’un électro-aimant et d’un ressort attaché à une épine. Les fourmis distinguent parfaitement le mammifère dangereux du vent aimable, ceci même depuis l’autre côté de l’arbre. Elles se dirigent presque toujours sans se tromper vers la source du signal, faisant usage de leur sens de la tropotaxie (elles perçoivent séparément 2 excitations physiques simultanées).
Au cours d’une longue co-évolution, la relation mutualiste entre fourmis et acacia s’est perfectionnée, acquérant avec cette tribosensibilité des fourmis une efficacité remarquable.
Article source (gratuit, en anglais)    
Illustration : dessin des auteurs

1137 Une société de climatiseurs
Comment les termites (Blatt. Termitidés) parviennent à construire une termitière parfaitement climatisée ? Ils n’ont ni architecte, ni plan ; chacun y travaille dans son coin sans aucun outil ; leur cerveau est minuscule dans un corps tout petit ; certes, la main d’œuvre est abondante. Les conditions de température, d’humidité, de taux de gaz carbonique dans l’air demeurent celles qui conviennent au développement des termites et des champignons qu’ils cultivent quelques soient les variations au cours du nycthémère, des jours et des saisons.
La forme et l’orientation des termitières varie beaucoup, en fonction du genre, de l’espèce et du lieu, de la cathédrale au patatoïde plat.
Samuel A. Ockoa, Alexander Heydeb et L. Mahadevanb, de Harvard (Massachusetts, États-Unis), livrent une explication à cette diversité au moyen d’un modèle mathématique. Celui-ci lie, par des règles simples, les paramètres physiques de l’environnement de l’individu à son comportement. Le modèle « marche » et rend compte des différentes formes de termitière observées.
Une termitière, avec ses galeries, fonctionne comme un système de ventilation, dont l’énergie est le changement de température entre le jour et la nuit. Les flux d’air qui y circulent voient leur température et leur hygrométrie varier ; ils transportent des phéromones et le gaz carbonique produit par la respiration des habitants. Localement, ces facteurs indiquent aux ouvriers et ouvrières présents quoi faire. Par exemple, s’il fait chaud, modifier la géométrie de la paroi pour refroidir l’air. Une fois ce but atteint, les termites modifient leur comportement. Ce sont ces boucles de rétroaction qui dessinent la termitière. Les termites vivent dans un état de déséquilibre robuste et adaptatif.
Le rôle des phéromones reste à préciser. Elles commandent sans doute la construction de la chambre royale et, par ailleurs, le façonnage des piliers.
Article source
Illustration : termitières. De l'article.

1136 Tous ses contacts identifiés
La liste des insectes qui fréquentent les fleurs pour leur nectar, et notamment de ceux qui les pollinisent, s’obtient par des échantillonnages globaux du milieu où elles vivent, par piégeage, et par des observations directes, forcément très partielles. L’application de la technique du métabarcoding (analyse d’ADN mélangés) à ce problème permet d’apporter des réponses précises et assez complètes et de façon peu coûteuse.
On a déjà appliqué cette technique, en entomologie, à l’identification des composants de culots de piège et à divers inventaires  : mines vides, urnes de plantes carnivores, échantillons de sol, contenus stomacaux, etc.
Philip Francis Thomsen et Eva Egelyng Sigsgaard de l’université d’Aarhus (Pays-Bas) ont testé l’hypothèse que les arthropodes floricoles laissent sur les fleurs visitées une marque identifiable par l’ADN qu’elle contient.
Ils ont récolté 56 fleurs de 7 espèces spontanées de prairies boisées. Après amplification, les ADN trouvés ont été identifiés à l’aide du Barcode of Life Data Systems, la liste des espèces d’arthropodes pouvant fréquenter ce milieu étant connue par ailleurs et fournie par plusieurs bases de données.
Ont été repérés comme visiteurs notament des pollinisateurs (1 bourdon, 2 papillons, 4 syrphes), des prédateurs (1 carabe, 1 Cantharidé, 2 coccinelles), des cécidogènes (cécidomyies), 2 Braconidés parasitoïdes de pucerons et d’autres phytophages, thrips, pucerons, punaises dont des Miridés, et un Cérambycidé, le Lepture à 4 bandes. Et, inattendus, un cloporte et une éphémère.
Soit, en tout 135 espèces de 67 familles et 14 ordres.
La méthode paraît tout à fait efficace, seule pour des inventaires globaux ou en complément des techniques en usage pour caractériser globalement l’entomofaune floricole ou surveiller les espèces en danger, pour établir la liste des hôtes de tel insecte.
Article source (gratuit, en anglais)

Illustration : aperçu de la diversité des floricoles. Tiré de l’article

1135 Sourd mais sonore
Il y a 65 millions d’années, les chauves-souris ont mis au point un sonar à ultrasons pour localiser les insectes volants, leurs proies. Depuis, les papillons n’ont cessé de développer des contre-mesures, répondant par des salves de clics ultrasonores qui brouillent  ou trompent leur système d’écholocation. Ces signaux sont généralement produits par cymbalisation, les ébranlements de l’air étant produits par le flambage d’une membrane.
Des hyponomeutes (Yponomeuta et 4 autres genres, Lép. Yponomeutidés) possèdent sur l’aile postérieure une plage translucide finement striée, dépourvue d’écailles entre 2 nervures cubitales. Supposée être un organe phonatoire, cette plage a été nommée "stridularium".
Des chercheurs de l’université de Bristol (Royaume-Uni) ont examiné les capacités sonores de l’Hyponomeute du fusain Yponomeuta evonymella et d’Y. cognatella, le Grand H. du f. Ces deux espèces très semblables se font remarquer par les toiles blanches que tissent les chenilles autour des fusains défoliés en année de pullulation.
Le papillon émet 2 salves de clics à chaque battement d’ailes ; amputé de ses stridulariums, il reste muet. Il ne répond par aucun changement de comportement, qu’il soit en vol ou posé, à l’émission d’ultrasons artificiels : il est donc sourd.
L’observation en vidéo haute fréquence de papillons fixés éclairés en infrarouge ne montre aucun contact entre 2 parties du corps durant les émissions : il ne stridule pas.
Ses cymbalisations ont une portée de 4 à 10 m vis-à-vis de chauve-souris. Avec ses cymbales alaires, les hyponomeutes émettent des sons aux caractéristiques tout à fait analogues à ceux des écailles (Arctiidés, chez qui les organes phonatoires sont sur l’abdomen) et qui miment ceux notamment de 2 écailles sympatriques l’Écaille martre Arctia caja et l’É. cramoisie Phragmatobia fuliginosa. La différence est que les hyponomeutes cymbalisent en vol alors que les écailles émettent leurs ultrasons posées lors de la cour, de la défense du territoire ou en réponse à une attaque de chauve-souris.
Les hyponomeutes sont toxiques ; il renferment de la siphonodine et de l’isosiphonodine (buténolides) séquestrés depuis la plante hôte ou synthétisés. Un oiseau forcé de manger un hyponomeute tombe en somnolence. Ces papillons nocturnes n’ont pas de livrée aposématique ; il avertissent leurs prédateurs par leur cymbalisation qui copie (mimétisme müllérien) celle des écailles, tout en étant plus faible, pour éviter de se faire repérer.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : macrophoto et vue au microscope électronique (avec les stries numérotées) du "stridularium" de l'Hyponomeute du fusain. Cliché des auteurs       

1134 Honneur au charançon !
En 1915, la vie des agriculteurs d’Entreprise (Alabama, États-Unis) bascule. Les champs de coton du comté de Coffee sont attaqués par le « bollweevil », le Charançon de la capsule du cotonnier Anthonomus grandis (Col. Curculionidé). Devant le désastre, ils décident de semer de l’arachide, qui sauvera l’économie agricole. Actuellement la moitié des cacahuètes du pays viennent de cette région.
Le 11 novembre 1919, reconnaissants, les habitants inaugurent dans la rue principale une statue au boll weevil. Perchée sur un socle ornementé, une dame blanche fort vêtue, à l’ancienne, tient au-dessus de sa tête un charançon.
Pour marquer le centenaire de l’évènement, il a été décidé de parsemer l’agglomération de boll weevils géants et voyants. Ils sont fabriqués sur mesure – ce qui prend des mois - par Replica Plastics de Dothan. Les 4 premiers exemplaires ont été dévoilés lors d’une fête, commandés respectivement par la municipalité, le Farmer’sMarket, la police et les pompiers.
Lorsque l’effectif se sera étoffé, un circuit touristique auto-guidé sera organisé, qui sera une attraction réputée.
D’après, notamment : « Enterprise introduces new city-wide art project featuring boll weevils », par Zach Wilcox. Lu le 31 janvier 2019 à www.wtvy.com/ 
Photo : la statue dessinée et offerte par les pompiers.    
À (re)lire : Hymnes au charançon, par Hélène Perrin. Insectes n° 148 (2008-1).
NDLR : Entreprise se prétend la seule ville au monde à posséder une statue d’insecte ravageur. Personne n’y a lu Insectes, qui a publié notamment : Des monuments pour les insectes, par Remi Coutin et Jacques d’Aguilar, ainsi que la photo du monument dédié au Ciron Tyroglyphus casei – un acarien - à Würchwitz (Allemagne).  

1133 Usine à gaz
Le grégarisme a bien des avantages. Il augmente l’efficacité de l’affouragement et le choix des partenaires sexuels notamment. Mais il expose les individus à un risque accru de prédation, pallié par l’exhibition de couleurs et motifs aposématiques, qui avertissent les prédateurs de leur immangeabilité, voire de leur toxicité. Les criquets polyphages peuvent puiser dans la couverture végétale les substances nécessaires, en mangeant certaines plantes sécrétant des toxiques lorsqu’ils se trouvent réunis.
Le Criquet migrateur Locusta migratoria (Orth. Acrididé) est oligophage : il ne se nourrit que d’herbes et n’a pas cette possibilité. En phase solitaire il se protège par sa une livrée brune, cryptique. En phase grégaire il se vêt de vert vif et repousse chimiquement les oiseaux acridivores.
Une équipe de l’Académie chinoise des sciences, dirigée par Le Kang, avait détecté de fortes concentrations de phénylacétonitrile (PAN) émanant des criquets, larves et mâles adultes, en phase grégaire. Elle vient de publier le résultat d’une étude poussée de ce composé.
Il en ressort que le PAN joue le rôle d’un signal avertisseur olfactif et qu’il est le précurseur du cyanure d’hydrogène, gaz soluble hautement toxique. Il est synthétisé à partir de la phénylalanine (acide aminé) dans une réaction catalysée par le gène (nouveau) CYP305M2, qui code pour un cytochrome P450 (hémoprotéine).
Toute une série d’expériences de choix binaires ont montré que les individus en phase grégaire chez qui ce gène a été inactivé sont plus vulnérables ; et que les criquets en phase solitaire auxquels on a administré du PAN de synthèse le sont moins.
Au moment de l’attaque du criquet par un oiseau, le PAN est convertir en cyanure et l’oiseau s’empoisonne.
C’est la mésange charbonnière qui a collaboré à ce travail.
Article source (gratuit, an anglais)     
Photo : individu adulte du Criquet migrateur, phase grégaire. Cliché lestaxinomes.org
NDLR : le même cyanure d’hydrogène est utilisé comme moyen de défense par le mille-pattes géant africain Archispirostreptus gigas (Dipl. Spirostreptidé).

On a retrouvé la plus grosse abeille du monde. Le Monde, 21 février 2019.
[Megachile pluto, Hym. Megachilidé]

Les abeilles communiquent moins avec la danse.
Tribune de Genève, 15 février 2019.

La disparition des insectes, un phénomène dévastateur pour les écosystèmes
, par  Clémentine Thiberge. Le Monde, 13 février 2019.

*L’abeille, une bête en maths
, par Nathaniel Herzberg. Le Monde, 7 février  2019.

Macrophotographie
, par Pierre Anquet
Passion entomologie, 28 janvier 2019.
janvier À cliquer

1132 Robot tueur
Un énième outil de désinsectisation des denrées est en train de naître sur une paillasse du laboratoire de Cornel Adler à l’institut Julius-Kühn (Quedlinburg, Allemagne). Les charançons et autres pyrales sont souvent détectés trop tard et il ne reste plus que le traitement au phosphure d’hydrogène, un fumigant très dangereux et vis-à-vis duquel beaucoup d’insectes ont développé une résistance. D’où le besoin d’un moyen de lutte non chimique.
L’arme en cours de mise au point combine la reconnaissance automatique de forme -via une caméra à haute fréquence et un logiciel ad hoc – et le percement d’un trou dans le tégument du déprédateur cible identifié par un tir de laser. C’est le Charançon du blé Sitophilus granarius (Col. Curculionidé) qui a l’honneur d’étrenner le dispositif.
L’insecte est noir, les interstices entre les grains sont noirs. Mais il n’échappe pas à l’identification, qui s’appuie sur une base d’images de contours d’insectes. L’orientation du tir du laser ne pose pas de problème ; il faudra toutefois doser finement sa puissance pour ne pas griller les grains alentour ni provoquer une explosion de poussière.
Un prototype fonctionnel est annoncé en 2020.
D’après « Lasertechnik gegen Kornkäfer », par Maren Schibilsky. Lu le 24 janvier 2019 à www.deutschlandfunk.de/
Photo : Charançon du blé adulte. Cliché DF
NDLR : un projet analogue antérieur : « Guerre des étoiles », Épingle de 2009.

1131 Feu le scolyte ?
Le Dendroctone du pin ponderosa Dendroctonus ponderosae (Col. Scolytiné) est une peste nord-américaine des pins qui lors de ses pullulations affecte plus de 10 millions d’hectares de forêt. S’en suivent des incendies géants. Ce ravageur est très difficile à combattre et les mesures sylvicoles ne sont que partiellement appliquées.
Les habitants de Custer (Dakota du Sud), qui se souviennent de la dernière pullulation qui a duré 20 ans, veulent se motiver pour entretenir la forêt de façon à venir à bout du scolyte, notamment en éliminant les troncs couchés qui les attirent et les multiplient tout en alimentant d’éventuels incendies monstres.
Pour cela, ils organisent chaque année depuis 6 ans une grande fête, l’ « annual pine beetle torching ». Cette année, c’était samedi 19 janvier. À la nuit, des milliers de gens munis de torches se sont rassemblés autour d’une maquette de dendroctone de presque 10 m de long - endocuticule en bois, exocuticule en toile noire, 2 yeux, 2 antennes dressées et… des dents, plein de dents blanches - couchée sur un lit de branchages, bûcher qu’ils ont allumé. Hourras, sifflets et feux d’artifice.
Il n’y a pas mieux comme fête dans tout le Dakota du Sud. Un exemple de lutte psychologique.
D’après « Sixth annual Beetle Burning Festival in Custer », lu le 20 janvier 2019 à //www.newscenter1.tv/
Vidéos 

1130 Pour en finir avec les punaises…
...et autres ravageurs. Il s’agit là d’insectes vivant en captivité, élevés par des chercheurs en entomologie agricole. Il suffit d’appliquer les règles états-uniennes du « shutdown » : non seulement cesser de payer les entomologistes dans les stations de recherche fédérales mais aussi leur interdire de mettre les pieds dans leurs labos. Pendant un mois au moins.
Résultat : les élevages ne sont plus entretenus, les souches ne sont plus repiquées. Tout crève.
Accessoirement, les données des manips en cours ne seront pas relevées, il est impossible de lire ses courriels, les déplacements sont annulés, le renouvellement des fournitures ne peut plus se faire faute de personnel administratif. Curieusement, le courant n’est pas coupé.
La règle n’est pas partout strictement appliquée.
Par exemple, Don Weber travaille sur le campus du département de l’Agriculture à Beltsville (Maryland). Il a la charge d’un grand élevage de Punaises diaboliques Halyomorpha halys (Hém. Pentatomidé), nourries de graines de tournesol et de haricots verts. Il vient, par permission spéciale, s’en occuper 3 jours chaque semaine, bénévolement.
Les employés du centre d’application de Peoria (Illinois) ont le droit d’arroser les plantes mais pas de relever les données. Ailleurs un employé de l’USDA, anonyme, confie se faufiler la nuit dans son labo pour maintenir ses souches de micro-organismes.
Des travaux interrompus, d’autres ruinés en dépit de ces actes de dévouement et d’insoumission. Que l’entomosphère applaudit.
Pour Don Werber, c’est son deuxième shutdown. À l’issue du premier, au bas d’un article, il avait précisé que les données d’octobre 2013 ont été enregistrées en violation des règles du shutdown.
D’après « As shutdown drags on, scientists scramble to keep insects, plants and microbes alive », par Julia Rosen, lu le 18 janvier 2019 à phys.org/news/
Photo : imago d’Halyomorpha halys mort. WMC

1129 Des insectes dans la rue
Pas sur l’asphalte, non, et pas défilant sous la banderole « Vous aimez les insectes : mangez-en » mais dans un distributeur automatique. À Kumamoto, au Japon, on peut nuit et jour s’acheter grillons salé ou en barre, rhinocéros ou tarentule et les manger là ou plus loin. Il aura fallu débourser par article respectivement 10,4, 5,6 ou 15,2 €. C’est cher mais pratique. En tous cas M. Toshiyuki Tomoda, tenancier de confiserie, qui vient d’installer la machine devant sa vitrine est content de son rapport.
Que les insectes comestibles ne se croient pas les premiers à bénéficier d’un tel service. Avant eux, en 2000 déjà, les « nightcrawlers », insectes vivants eux, ont attendu le client – de l’espèce pêcheur à la ligne états-unien – dans des distributeurs automatiques rutilants, lesquels proposaient des « vers luisants » (luisant après avoir ingéré une poudre fluorescente) dans de la tourbe et des asticots normaux, dans la sciure.
D’après, notamment, « Vending machine sells bugs to eat in Kumamoto », lu le 15 janvier 2019 à //the-japan-news.com/

Photo : échantillons.
PS : « La Maison des Insectes, à à Carrières-sous-Poissy, organise ce dimanche 20 janvier 2019 de nombreuses activités pour tout savoir sur la consommation de ces petites bêtes. En plus, vous pourrez y goûter. »
  
1128 Régime gras
L’Abeille mellifère voit ses effectifs diminuer sous l’effet conjugué des pesticides, de la réduction des sites d’affouragement et de maladies. Beaucoup de celles-ci se répandent et aggravent les pertes du fait d’apiculteurs qui ont importé des abeilles réputées meilleures que les locales.
Il en est ainsi de la parasitose due à l’acarien extrême-oriental Varroa destructor (Mes. Varroïdé), espèce invasive présente en France depuis 1982. Apis mellifera lui résiste mal, du fait de son cycle long et se ses faibles capacités de toilettage. D’après la littérature, le varroa ponctionne l’hémolymphe des larves, nymphes et imagos de son hôte.
Samuel Ramsey et ses collaborateurs (université du Maryland, États-Unis) ont réexaminé cette assertion, répandue à partir d’un article en russe des années 1960 et montré que l’acarien s’alimente en fait du corps gras de l’abeille.
On aurait pu douter de la doxa. L’hémolymphe est un liquide très pauvre et il faudrait plus qu’une abeille pour le développement d’un varroa. Les excréments de l’acarien sont secs. Leurs pièces buccales ne sont pas du tout du type piqueur suceur mais adaptées à la prise d’une nourriture molle prédigérée. Comme l’ont vérifié les chercheurs, le varroa se place sur le corps de son hôte adulte non pas un peu partout mais plutôt là où le corps gras est le plus accessible, soit à  la face inférieure de l’abdomen.
Plongés dans l’azote liquide puis observés au microscope électronique, les varroas ont été saisis sur le fait, en train d’absorber du corps gras.
Une double coloration (unranine/rouge de Nil) a apporté un argument supplémentaire. Pour parfaire la démonstration, l’équipe a proposé à des acariens en phase de reproduction des milieux artificiels : sur hémolymphe, les animaux jeûnent tandis que sur corps gras ils se gavent et finissent par pondre.
Ce résultat amène à reconsidérer les effets de la varroatose sur l’Abeille mellifère et à réorienter la création d’un acaricide efficace.
Article source (gratuit, en anglais) 
Photo : Femelle de varroa s’alimentant sur une abeille. Cliché MBJ
NDLR : le corps gras, réparti dans tout le corps des insectes, joue un peu le rôle du foie. Il flotte dans l’hémocèle, sous forme de plaques, de nodules ou de filaments à simple ou double couche de cellules. Il stocke les réserves de lipides, protéines et glucides, joue un rôle crucial dans la détoxification, synthétise les peptides antimicrobiens, fabrique le gros des protéines de l’hémolymphe et les vitellogénines.

1127 Frigo à gaz
Les œufs des insectes pondus dans le sol sont particulièrement sensibles aux microbes susceptibles de les faire pourrir ou moisir. Leur chorion est mince et ils ne peuvent pas se toiletter. Le Philante apivore Philanthus triangulum (Hym. Crabronidé) vit à l’état larvaire aux dépens d’Abeilles mellifères Apis mellifera (Hym. Apidé) paralysées dans des galeries souterraines, milieu favorable aux moisissures. L’abeille est enveloppée dans une couche de cire (embaumement) qui réduit la condensation sur son tégument mais ça ne fait que retarder de 2 jours l’envahissement par des champignons.
La mortalité par moisissure n’est que de 5 % : il y a donc autre chose. Pour conserver ses œufs et la réserve alimentaire, notre Philante ne dispose pas de frigo, mais use d’un procédé original, le gazage (ou fumigation).
L’œuf en effet émet un antifongique puissant, le monoxyde d’azote (NO), mis en évidence par toute une série de manips par une équipe des universités de Mayence et de Ratisbonne (Allemagne). Sa concentration et celle de ses produits d’oxydation (peroxynitrites) atteint des valeurs extraordinaires, de l’ordre de 1 500 ppm.
L’œuf synthétise le NO à partir de la L-arginine, comme tous les animaux.
Le Philante apivore dispose ainsi de 3 moyens de survivre aux infections durant sa vie hypogée : l’embaumement de la proie, le dépôt d’antibiotiques sur le cocon de nymphose (qui reste longtemps en diapause) fabriqués par des Streptomyces symbiotiques et ce surprenant dégagement de gaz fongicide.
Article source
Photo : œuf de Philanthe apivore sur la réserve de nourriture. Cliché univ. Ratisbonne

1130 Tuer le désir dans l’œuf
Pour protéger leurs œufs de la convoitise des prédateurs, les insectes ont développé plusieurs stratégies : camouflage, pontes groupées, pontes enrobées, soins parentaux, toxines, couleurs avertisseuses. Parmi les oophages, les individus de la même espèce, des cannibales donc, sont un cas particulier répandu. La pratique détruit une partie de la descendance, permettant de réduire la compétition, mais aussi diminuant la valeur sélective (fitness) inclusive. Pour la contrer, l’empoisonnement de l’œuf est contre-productif et l’usage d’un anti-appétant, bien plus intéressant, est favorisé par la sélection.
C’est ainsi que la Mouche du vinaigre Drosophila melanogaster (Dip. Drosophilidé), qui pond ses œufs groupés, les défend contre l’appétit de ses jeunes larves – pourtant surtout consommatrices de levures.
L’enveloppe de l’oeuf est fait de 3 couches, soit de l’intérieur vers l’extérieur, la membrane vitelline, la couche cireuse et le chorion, participant respectivement à la respiration, à l’imperméabilisation et à la protection de l’oeuf.
L’étude pluridisciplinaire (comportementale, sensorielle, ultra-structurelle) de l’équipe de Roshan Vijendravarma (université de Lausanne, Suisse) a montré que c’est la couche de cire qui dégoûte les asticots. Celle-ci incorpore des composés produits par la femelle, notamment la phéromone sexuelle 7,11-heptacosadiène (7,11-HD), responsable du dégoût.
Elle n’est pas toxique, elle peut masquer d’autres substrats appétants comme la levure ; sa détection requiert le gène ppk 23 (pickpocket 23), présent à tous les stades du développement larvaire. Chez les imagos, ppk 23 rassemble et stimule les partenaires sexuels, rôle tout à fait différent.
Ce résultat pointe la nécessité de pousser l’étude du camouflage chimique, négligé – sans doute par anthropomorphisme - par rapport aux stratégies visuelles.
Article source (en anglais, gratuit)
Photo : œuf de Mouche du vinaigre. Cliché John Schmidt

1129 Stridulations morbifiques
En 2017, un mal mystérieux s’empara de deux douzaines de diplomates en poste à l’ambassade des États-Unis à La Havane (Cuba). Nausées, maux de tête, désorientation… attribués (sans preuves) à l’usage d’une arme acoustique par des services secrets.
D’une toute récente étude par Fernando Montealegre-Zapata and Alexander Stubbs, il ressort que le coupable pourrait bien être un grillon local. Le mâle d’Anurogryllus muticus (Orth. Gryllidé) stridule la nuit pour attirer une partenaire, et ce sur un ton extrêmement aigu. Durant l’exercice, il consomme beaucoup d’énergie sous forme de lipides, qu’il puise dans ses testicules.
Il a été démasqué par la comparaison, paramètre par paramètre, du son enregistré dans une pièce à l’ambassade avec les productions sonores de grillons d’Amérique centrale conservées à la sonothèque de l’université de Floride.
Il n’est pas prouvé que notre grillon est responsable de tous les symptômes présentés par les diplomates. Les experts se divisent. Certains parlent, depuis le début de l’affaire, d’hystérie collective.
Si A. muticus est bien fautif, ce serait le premier cas de stridulation d’insecte capable de rendre malade un Homo sapiens.
D’après, entre autres, « 'Sonic attack' on US embassy in Havana could have been crickets, say scientists », lu le 7 janvier 2019 à phys.org/news/
Son : chant d’appel d’Anurogryllus muticus  
Photo :  Anurogryllus muticus. Cliché Gabriel Paladino
NDLR : muticus ne veut pas dire mutique mais imberbe.

1128 Neuf nouveaux-nés très vieux
Un morceau d’ambre du Liban a conservé 9 larves nouveau-nées d’un ancêtre de nos chrysopes actuelles : une découverte exceptionnelle analysée par une équipe hispanobritannique. ces individus ont été saisis, il y a 130 millions d’années, par une coulée de résine.
Pour eux, l’espèce nouvelle Tragichrysa ovoruptora (Neur. Chrysopoidea) a été crée. Le nom d’espèce fait référence à une pièce anatomique des chrysopes actuelles vue pour la première fois chez un fossile : l’ovirupteur que possède l’embryon prêt à éclore. Cette petite lame lui sert à fendre verticalement le chorion pour s’extraire de l’œuf ; elle se détache ensuite et reste attachée au chorion vide.
Ces chrysopes nouveau-nées sont déjà pourvues des très longs tubes dorsaux qui leur servent à accumuler et transporter des débris pour se camoufler. On les connaît chez d’autres chrysopes du Crétacé. Les chrysopes actuelles, de l’éthomorphotype « camouflées » - de façon à approcher leurs proies et se protéger des prédateurs - ne possèdent que des soies dorsales et latérales adhésives.
Cette trouvaille paléontologique montre que le processus d’éclosion des chrysopes est au point depuis le début du Crétacé : un cas de conservatisme durable au cours de l’évolution.
Article source (gratuit, en anglais)  
Illustration : dessin d’artiste (dans l’article) d’une larve de Tragichrysa ovoruptora tout juste éclose, accrochée à l’œuf. Aucune preuve n’existe que les œufs possédaient un pédoncule à l’instar des espèces actuelles.
PS : l’étymologie du début du nom de genre Tragichrysa se réfère à la tragédie que fut l’ensevelissement de cette petite famille. La fin du mot est un quasi-obligé pour les chrysopes, chrysope signifiant yeux dorés.


Du n° 191 d'Insectes

1124 Un parfum qui rapproche
Il y a une soixantaine d’années, on eut la surprise de trouver dans la fourmilière de Formica archboldi (Hym. Formiciné), habitant du Sud-Est des États-unis, des « crânes » d’une autre fourmi, du genre Odontomachus (Ponériné). Surprise, car les Formica connues sont des généralistes au contraire des Odontomachus, prédateurs célèbres pour leurs longues mandibules tenues ouvertes et se refermant très brusquement sur une fourmi-proie. Bien connus également par l’usage qu’ils font de ce piège à déclic pour sauter.
Reprenant cette observation, à la suite d’auteurs qui l’ont confirmée, Adrian Smith, de l’université de Caroline du Nord (États-Unis), a cherché à comprendre le pourquoi de cette spécialisation, très inhabituelle. Les inventaires d’objets rapportés au nid par F. archiboldi montrent toujours la dominance nette d’ouvrières d’Odontomachus sur d’autres fourmis, d’autres insectes et des fragments de végétaux.
Trois espèces d’Odontomachus vivent dans l’aire de répartition de F. archboldi : O. brunneus (autochtone), O. relictus (endémique de Floride) et O. ruginodis (introduite).
La vidéo à haute fréquence a révélé que F. archiblodi paralyse les Odontomachus d’un jet d’acide formique – ce qui est normalement une réaction de défense. La surveillance au sein des chambres de leur fourmilière, visionnée en accéléré, a montré que les proies y sont traînées puis démembrées. Les restes ne sont pas évacués, d’où ces cimetières de crânes observés.
A. Smith a établi que la fourmi prédatrice réussit à se rapprocher de l’Odontomachus convoité sans se faire pincer grâce à un déguisement chimique. Elle adopte en effet le parfum, qui sert à la reconnaissance des congénères et recouvre la cuticule, des 2 espèces « états-uniennes de souche » d’Odontomachus. Le procédé est normalement l’apanage des parasites sociaux. Sa créativité chimique est exceptionnelle.
La relation étrange entre ces deux fourmis a été mise au point par coévolution le long de l’évolution.
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1125 Le soleil dans l’oeil
Les drosophiles ne passent pas pour de grands voiliers et pourtant sont capables d’accomplir des trajets en ligne droite sur une distance considérable pour leur petite taille, à la recherche de nourriture et d’un site de ponte. Des individus marqués ont été recapturés 15 km plus loin, parcours effectué en une soirée, dans le désert chaud (Vallée de la mort, États-Unis).
La course n’a pu se faire qu’en ligne droite, une trajectoire non ou mal contrôlée aurait conduit l’insecte à tourner en rond, ce qui est tout à fait inefficace. La Mouche du vinaigre possède donc un pilote interne.
Michael Dickinson et ses collaborateurs (Caltech à Pasadena, Californie) ont trouvé ce pilote. Fixée sur un pivot (un fil de tungstène collé sur son dos) au centre d’une chambre de vol (cylindre basculant éclairé en lumière rouge sur la paroi interne duquel s’allument des leds en guise de stimuli mobiles), la droso ne pivote pas, c’est-à-dire qu’elle adopte une trajectoire rectiligne, qui fait un angle quelconque avec ce « soleil » (ménotaxie). Retirée du dispositif et replacée à son poste, elle vole dans la même direction, même après une absence de plusieurs heures. Ceci suggère qu’en nature, les individus d’une petite population
se disperseront dans toutes les directions.
Au niveau du système nerveux, on avait découvert récemment des neurones spécialisés, dits E-PG. En les inactivant par une manipulation génétique, l’équipe a créé des mouches incapables de s’orienter par rapport au soleil. Elles vont « bêtement » vers la source de lumière (phototaxie).
Au travers d’une fenêtre découpée dans la capsule céphalique de la droso fixée dans le simulateur, et au prix d’une autre modification génétique, il a été possible de voir fluorescer ces neurones en fonction de la présence du « soleil ».
On a là un mécanisme sans doute très ancien et fondamental chez les insectes. Avec la Mouche du vinaigre, insecte hautement bidouillable, on dispose d’un outil pour l’examiner plus avant.
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1126 La vue c’est la vie
Pour le Puceron rose ou vert du pois aussi, selon les travaux d’une équipe de bactério-aphidologues à l’université Cornell (New-York, États-Unis).
Acyrthosiphon pisum (Hém. Aphididé) vit sur les Fabacées, sur les tiges et sous les feuilles, dont il se laisse tomber à la moindre alerte (thanatose). Il épuise les plantes et les infecte de viroses.
La réaction de pucerons migrants aux couleurs - celles des plantes sur lesquelles ils atterrissent - a été étudiée depuis longtemps. Là on vient de découvrir que ce puceron perçoit le bleu-ultraviolet émis par les souches virulentes de la bactérie épiphyte pathogène Pseudomonas syringae et évite ainsi la contamination et la mort. Ceci pallie son manque de gènes de réponse immunitaire.
Les manips ont consisté notamment à noter la répartition de pucerons lâchés au pied de jeunes plants de fève étêtés, dont à chaque étage, une des 3 paires de feuilles avait été badigeonnée d’une suspension de P. syringae, d’une souche virulente ou bénigne. Ceci sous la lumière du jour ou au travers d’un filtre arrêtant les UV. Sauf dans cette dernière circonstance, les pucerons s’installent là où il y a moins de risques. Leur réaction est semblable sur milieu artificiel (qu’ils ponctionnent au travers d’une membrane en parafilm).
La pyroverdine produite par la bactérie, qui lui fait réémettre la lumière dans le bleu-ultraviolet, n’est pas la cause de sa virulence, elle n’en est que le signal. Pour les auteurs, peut-être tient-on là un nouveau moyen d’empêcher les pucerons de se poser sur les feuilles, avec des bactéries ou des poudres fluorescentes.
Article source (gratuit, en anglais) 

1127 Pour filer le train aux Belles Dames
Les migrations des insectes sont très insuffisamment connues en dépit des moyens déployés. les individus marqués ne sont retrouvés qu’en infime proportion ; les répondeurs radio embarqués ne s’adaptent qu’à de grosses espèces et leurs batteries sont vite à plat ; le suivi par radar renseigne sur beaucoup de paramètres, y compris la fréquence de battement des ailes mais n’est opérant qu’ au voisinage du radar ; la comparaison des rapports d’isotopes stables de l’hydrogène ou du carbone a une faible résolution géographique ; enfin la détermination au microscope électronique des pollens emportés par les floricoles, méthode utilisée depuis les années 1970, est plus que laborieuse.
Le métabarcoding, technique récente qui permet d’identifier les espèces dans un échantillon où elles sont mélangées, doit pouvoir simplifier le suivi des migrateurs par les grains de pollen attachés à leur tégument.
Une équipe hispano-polonaise s’est emparée de cet outil de génie génétique pour tracer les Belles Dames Vanessa cardui (Lép. Nymphalidé) dans leurs déplacements annuels entre Afrique et Europe. Ceux-ci s’étalent sur une dizaine de générations, dont certaines doivent effectuer un trajet de milliers de kilomètres et traversent des régions botaniquement différentes, de l’Afrique noire à l’Europe du Nord.
47 papillons ont été capturés entre février et avril, sur la côte méditerranéenne de l’Espagne, le long du rivage – où ils n’ont rien à butiner. Les pollens qu’ils portaient ont vu un fragment (ITS2) de leur ADN ribosomal amplifié, pour la lecture du « code-barre ». Les chercheurs ont ensuite tiré de la littérature la répartition des espèces botaniques correspondantes.
Dans leur récolte ils ont trouvé 157 espèces de plantes, de 23 ordres, entomophiles à 83%. 73 % d’entre elles poussent dans la zone afro-arabique et 19 % y sont endémiques, ce qui confirme que la Belle Dame colonise le Sud de l’Europe à partir de l’Afrique au printemps et suggère l’existence de la migration transsahariennes sud-nord des papillons atterrissant en février en Espagne.
On a aussi la démonstration de la possibilité de pollinisations transcontinentales régulières – dont les effets sur le fonctionnement des écosystèmes et l’agriculture sont à prendre en compte.
Article source :
À (re)lire, l’Épingle de 2018 : Les migrantes reviennent de loin.  

 
Le virus de l’aile déformée n’est pas le principal danger pour les abeilles, par Houssen Moshinaly,  Actualité Houssenia Writing, 30 janvier 2019. ·

Les insectes vont-ils bientôt nourrir la planète ?
par Nathalie Picard. Le Monde, 28 janvier 2019.

Vers la vaccination des insectes ?
Par Georges Simmonds. RT Flash, 22 janvier 2019.

Les fourmis bâtissent des sentiers sans coordination.
La Tribune de Genève, 23 janvier 2019.

L'agriculture fait reculer de 230 millions d'années l'évolution des abeilles,
par  Vincent Bordenave. Le Figaro, 18 janvier 2019.

Une nouvelle technique de stérilisation des insectes pour éliminer les vecteurs de maladies tropicales,
par Audrey-Maude Vézina. La Recherhe, 9 janvier 2019.

Menace sur les marrons glacés : haro sur le cynips du châtaignier !
, par Bastien Castagneyrol et Pilar Fernandez-Conradi. The Conversation, 7 janvier 2019.
[Dryocosmus kuriphilus, Hym. Cynipidé]

A Johannesburg, un scarabée menace l’une des plus grandes forêts urbaines du monde, par Adrien Barbier. Le Monde, 30 décembre 2018.
[Euwallacea fornicatus, Col. Curculionidé Scolytiné]

Les abeilles seraient capables de compter avec seulement quatre cellules cérébrales, par Kevin Domas. Maxisciences, 29 décembre 2018.



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