/opie-insectes/Vers la page d'accueil d'OPIE-Insectes
Les Épingles tout frais forgées ainsi que les À lire sur Internet tout frais repérés sont en haut de la pile
En épingle en 2016
L'insecte ou l'événement entomologique du jour, celui qui défraye la chronique et qui alimente les conversations en ville et dans les insectariums, sera épinglé sur cette page, qui s'enrichira au fur et à mesure des événements entomologiques.

Pour recevoir par courriel une alerte à chaque mise à jour importante de ce site /opie-insectes/, cliquez ici.

Rédaction (sauf mention contraire) : Alain Fraval 

La dernière de 2015 : Pourquoi sauter ?            Les Épingles d'avant

Les soldates participent, Une mère modèle, Les ouvrières en marche se déconnectent,
Du n° 179 d'Insectes : Petite tête et dent dure, Vers une langue universelle,
Élaiomyiophagie, Une compagne de lit bien faite, Elles sourdent de l'oreille, Nymphomanes, Le cafard, ça diminue et ça passe, Antennes haute fréquence, Lutte participative, Aide au retour, Elle expire, le moustique aussi, Chevaux de Troie, Pinces à sucre, Tuning, Avertisseur 2 tons, Porte-clés communicant, Transfuges, Au galop, Clopin-clopant,
Du n° 180 d'Insectes : J'épouserai un fossoyeur (petit), Acides aminés à façon, Fiat lux in corde suo, Gratte-cul, Les lumières de la ville, Tordus, et pas seulement des ailes,
Du n° 181 d'InsectesPapillons de nuit et de jour, Lithium et valium, Individualisme et suivisme,
Bivouac chauffé, Spécialiste des amours en cage, Au fond d'un trou soviétique,
Une bonne sieste, L'afffriandante chiure de mouche,
Blanc et noir, Ils tirent les ficelles, Fine fleur, Vers une soie au poil, Du sport en tubes, Coupe-fil, Bien nourri, bien servi, l'important, c'est de bien digérer, Ouvrières agricoles et filles de l'air, Camions d'automne, Bouche à bouche,
La mouche démineuse, Mais où était-ce donc ?, Feu bleu sur la Fourmi de feu rouge,

Pour être averti immédiatement de la publication de chaque Épingle : Suivre @af_insectes
DécembreÀ cliquer

1124 Feu bleu sur la Fourmi de feu rouge
Il s’agit d’une part de détruire une peste ennemie des feux rouges et fort piquante et, d’autre part, de réaliser un engin innovant.
La peste est la Fourmi de feu importée Solenopsis invicta (Hym. Myrmiciné, alias red imported fire ant), envahisseuse indestructible sévissant notamment dans le Sud des États-Unis, à qui l’on reproche d’aimer les courants électriques et de provoquer des courts-circuits dans les installations (dont les feux de circulation), dont on redoute les piqûres douloureuses infligées en groupes mais dont on méconnaît le rôle de désinsectiseur des cultures.
L’invention d’engins innovants fait partie des objectifs du département de génie électrique de l’université de Lamar (Texas, Etats-Unis). Harley Myler a d’abord mis au point un robot apte à la nage sous-marine qui tire des fléchettes sur un poisson venimeux invasif dans la zone caraïbe, la Rascasse volante Pterois miles (Scorpénidé), qu’il détecte grâce à un logiciel de reconnaissance adapté. 
S’étant vu interdire de mettre en œuvre son engin, notre électricien met en route le développement d’un nouveau robot tueur. Un crapahuteur terrestre (hexapode ?) armé d’un laser bleu prélevé sur un graveur de CD et animé par un logiciel de reconnaissance ad hoc qui vise les fourmis de feu et les carbonise.
D’après « Lamar team builds fire ant-killing robot », lu le 26 décembre 2016 à www.chron.com/
À (re)lire Guerre des étoiles, Épingle de 2009. 

1123 Mais où était-ce donc ?
Les abeilles butineuses qui reviennent sur des fleurs où elles ont déjà récolté et qu’elles ne reconnaissent pas à leur position perdent leur temps et leur énergie. Quant à celles qui ne retrouvent pas le chemin de la ruche…
On soupçonne les insecticides néonicotinoïdes d’être responsables de ces pertes de mémoire, évidemment nuisibles aux colonies. Une équipe de chercheurs britanniques du collège Royal Holloway (université de Londres, Angleterre) a évalué le déficit de mémoire spatiale provoqué par un traitement au thiamatoxam chez le Bourdon terrestre Bombus terrestris (Hym. Apidé), modèle d’abeille butineuse.
Leur manip a consisté à offrir à des bourdons du sirop contenant de l’insecticide à doses non mortelles (1 dose forte et 2 très faibles) et à les observer butinant des fleurs artificielles disposées dans un labyrinthe radial à 8 secteurs, vertical et découvert. Ceci lors de 2 visites successives à 45 mn d’intervalle suivant un vol de familiarisation. Étaient notées les « décisions » et les hésitations des individus, traités et témoins.
Il en est ressorti que les individus intoxiqués, souvent, se trompent, hésitent, repartent bredouilles et ne rentrent pas… Un argument de plus pour le bannissement des traitements des cultures avec ces matières actives.
Photo : le labyrinthe
Article source (gratuit, en anglais)  

1122 La mouche démineuse
C’est la Mouche du vinaigre, mouche à tout, dont on envisage d’utiliser un gène pour améliorer des plantes et les rendre capables de décontaminer des terrains pollués par des explosifs. Champs de bataille et terrains militaires demeurent en effet pollués par le TNT des mines et des munitions, substance toxique et nuisible à l’environnement, très résistante à la dégradation naturelle.
Des chercheurs de l’université d’York (Royaume-Uni) ont réussi à incorporer un gène de Drosophila melanogaster dans des Arabettes des dames Arabidopsis thaliana de façon à lui faire produire un enzyme, la glutathion transférase, qui se lie au TNT, alias 2,4,6 trinitrotoluène, et le modifie.
Les plantes modifiées sont plus résistantes au TNT et voient leur capacité à l’extraire du sol augmentée. On dispose déjà de PGM absorbant la cyclotriméthylènetrinitramine (RDX).
Reste à montrer que le produit de la transformation est biodégradable. On espère pouvoir planter les zones polluées par le TNT et le RDX avec des espèces capables d’opérer une décontamination biologique efficace.
D’après « Scientists have discovered that a gene found in the common fruit fly can be successfully expressed in a plant and used to detoxify land contaminated with TNT », lu le 7 décembre 2016 à www.sciencedaily.com/
NovembreÀ cliquer

1121 Bouche à bouche
Les insectes eusociaux disposent de plusieurs moyens de communication et d’interaction entre individus. Les fourmis utilisent principalement les phéromones (identification, alarme), les sons et vibrations (alarme) et le toucher (nettoyage, antennation et remorquage par les mandibules). Par ailleurs, elles s’échangent du liquide, stocké dans leur jabot, de bouche à bouche, nourrissant ainsi les larves. C’est la trophallaxie.
On l’observe également dans des situations sans enjeu alimentaire : accueil d’une ouvrière temporairement isolée, en cas d’infection, lors des bagarres. D’où l’idée que lors de la trophallaxie s’échange plus que de la nourriture et qu’elle sert à la communication et à la manipulation interindividuelles.
À l’université de Lausanne, une forte équipe avec Adriana LeBoeuf comme premier auteur, a testé cette hypothèse sur la fourmi charpentière Camponotus floridanus, grosse et dont le génome est séquencé. Le fluide échangé est collecté de la goutte bloquée entre les pièces buccales de paires de fourmis préalablement mises au jeûne et nourries d’un sirop de sucre. On en obtient de plus grandes quantités en pressant des individus endormis au gaz carbonique (qui n’en meurent pas).. 
Analysé par spectrométrie de masse et par séquençage de l’ARN, le fluide s’avère riche de nombreux composés : protéines intervenant dans la digestion ou la défense contre les pathogènes, hydrocarbures, micro-ARN et hormone juvénile. Le liquide trophallactique contient donc de quoi se reconnaître entre congénères et façonner leur phénotype. Des ouvrières supplémentées en hormone juvénile ont ainsi produit, après avoir nourri des larves, des individus moins fragiles et plus gros.
Article source (gratuit, en anglais)
Photo


Camions d’automne

1120 Prophétologie
En aspergeant le visage ou d’autres parties du corps de ses fidèles d’un nuage de Doom, insecticide ménager universel « Fresh Multi-insect Spray Odourless », Lethabo Rabalago leur promet qu’ils seront débarrassés des démons qui les tourmentent et guéris du cancer et du sida. Il est connu au Limpopo (Afrique du Sud) comme « the prophet of doom », ce qui veut pourtant dire prophète de malheur… http://nehandaradio.com/
Image  

1119 Virologie
En analysant le transcriptome de 220 invertébrés de la maison et du jardinet autour, des chercheurs chinois et australiens ont découvert qu’ils hébergent 1 445 virus à ARN dont beaucoup sont nouveaux pour la science ; de quoi bouleverser la phylogénie de ce taxon. La plupart, heureusement, ne sont pas transmissibles à l’homme. doi:10.1038/nature20167

1118 Psichologie
En analysant de même – étude métagénomique – la poussière de 700 maisons réparties dans tous les États-Unis, des chercheurs de ce pays ont repéré la présence de l’ADN de quelque 600 arthropodes domiciliares : des acariens, des papillons de nuit, des mouches, des guêpes, des blattes et des insectes des denrées... mais aussi beaucoup de pucerons, des hyménoptères des champs et des lucioles et… 1 homard. Et, là où on ignorait sa présence, la Blatte rouge du Pakistan, Blatta lateralis. doi: 10.1111/mec.13900

1117 Zythologie
En capturant des guêpes, en les broyant, en cultivant les spores trouvées, des scientifiques de l’université de Caroline du Nord sélectionnent les levures qu’ils jugent prometteuses. Ils les confient ensuite à une brasserie-laboratoire qui fabrique à partir d’elles des bières jamais bues : fruitées, riches en arômes avec un brin d’acidité. //theplate.nationalgeographic.com/


1116 Ouvrières agricoles et filles de l’air
On connaît les fourmis champignonnistes qui façonnent, entretiennent et fertilisent des meules au sein de la fourmilière. Voici la fourmi agricultrice, une trouvaille.
Philidris nagasau (Hym. Formicidé Dolichoderiné) est une espèce endémique des îles Fidji qui vit sur de nombreux arbres en symbiose avec des Squamellaria, plantes épiphytes de la famille des Rubiacées, qui s’y accrochent. Ces filles de l’air (elles ne puisent aucune ressource sur leur support) abritent les fourmis (qui ne construisent pas de nid) près de la base de leur pied creux en forme de bulbe.
Les fleurs des Squamellaria rétribuent les fourmis qui les gardent avec du nectar, libéralement pendant la floraison et spécifiquement au-delà : les nectaires restent actifs encore une dizaine de jours mais sont alors protégés par un tissu charnu, que seules les fourmis percent pour accéder à leur « salaire » sucré.
Bien plus, d’après le travail signalé par Guillaume Chomicki et Susanne S. Renner dans une notule à Nature Plants, ces fourmis P. nagasau cultivent véritablement leur plante partenaire : elles croquent les fruits, récoltent les graines et les installent dans des cavités de l’arbre support. Très probablement, elles défèquent sur les graines et les plantules pour les fertiliser. En tous cas, elles les surveillent. Chaque colonie de fourmis possède un domaine agricole de quelques dizaines de domaties pouvant s’étendre sur plusieurs arbres.
C’est le premier cas documenté d’un mutualisme impliquant des comportements et des interactions sociales d’une telle complexité. D’après l’analyse génétique, il fonctionne depuis 3 millions d’années. 
D’après, entre autres, « Des fourmis aux Fiji développent leurs propres villes agricoles » par Jacqueline Charpentier, lu le 22 novembre 2016 à //actualite.housseniawriting.com/

1115 L’important, c’est de bien digérer
De nombreux insectes vivent aux dépens du bois ; on les dit xylophages. Le bois est un milieu pauvre en sucres et la cellulose, les hémi-celluloses et la lignine, constituants des parois des cellules, sont des matériaux résistants, difficiles à digérer. Pourtant certaines blattes, beaucoup de termites, les sirex (Hym. Symphytes) et des Coléoptères Buprestidés, Scarabéidés, Anobiidés et Cérambycidés creusent dans le bois et le consomment tel quel, sans qu'il ait été transformé au préalable par des champignons (cas des platypes, par exemple).
Certains hébergent des symbiontes (protozoaires, bactéries ou levures) qui apportent les enzymes nécessaires. D'autres ne révèlent aucune présence de micro-organismes. C'est le cas du Longicorne asiatique, Anoplophora glabripennis (Col. Cérambycidé), un xylophage capable de digérer la lignine et globalement très performant. Ce ravageur invasif, issu d'Extrême-Orient, est répandu désormais en Amérique du Nord et signalé à plusieurs reprises en Europe. Voyageant notamment dans les (faux) bonsaïs, il est capable de se développer au détriment de quelque 130 espèces de feuillus.
Les larves des premiers stades vivent sous l'écorce : les larves âgées s'enfoncent dans le bois. La nymphose a lieu dans une coque à l'extrémité de la galerie, proche de la surface. L'imago sort et se nourrit (peu) des tissus extérieurs de l'arbre.
Duane McKenna (unversité de Memphis, États-Unis) et Stephen Richards (Centre de génomique du Texas, ibid.), à la tête d'une grande équipe de chercheurs, ont séquencé le génome d'A. glabripennis et de 14 autres insectes, représentant plusieurs ordres et modes de vie.
Il en ressort principalement que ce ravageur possède notamment un gros groupe de gènes spécifique, appelé  CYP450, qui lui permet de profiter de toutes les ressources alimentaires et de détoxifier les composés antagonistes du bois. Parmi ces gènes, certains proviennent, par transfert horizontal, de champignons et de bactéries.
C'est la clé de sa polyphagie, de sa rapide adaptation à tout environnement nouveau, donc de son succès mondial.
Ce travail jette les bases d'une grande étude pour décrire les bases génomiques du succès évolutif des Coléoptères phytophages.
Article source (gratuit, en anglais)
À (re)lire : Pendant ce temps là à New York, Épingle de 2001 et Foreur de luxe, de 2005.

1114 Bien nourri, bien servi
D’aucuns entonnent leur chant d’amour – très dépensier en énergie – dès que possible et attirent plein de femelles mais pas longtemps. D’autres, tranquillement, chanteront plus tard, profitant surtout de la fin de la saison – et des partenaires qui restent disponibles. Les premiers seraient des adeptes du « vivre vite, mourir jeune » et les seconds des long-termistes patients. C’était la théorie en vigueur.
Jusqu’aux travaux de Luc Bussière et de ses collègues à l’université d’Exter (Royaume-Uni), expérimentant sur le Grillon replet Gryllodes sigillatus (Orth. Gryllidé) – le grillon domestique des Antilles. Les chercheurs ont suivi des lots d’imagos mâles à qui la nourriture et les partenaires sexuels étaient offerts en quantités différentes. Ils ont repéré l’âge des individus et noté leurs stridulations. À la fin, ils ont mesuré leurs réserves énergétiques.
Il en résulte principalement que les grillons bien nourris stridulent plus vigoureusement et stockent plus d’énergie et que, par ailleurs, c’est la disponibilité des femelles qui détermine le déclenchement et la durée du chant.
La théorie classique doit être abandonnée. Les grillons sont essentiellement soumis aux ressources disponibles. Dans la nature, le grillon bien replet est un parti intéressant pour les grillonnes et il le fait savoir sans ambiguïté, se frottant les élytres avec entrain et endurance. Et il est récompensé (1 fois par jour en moyenne), sans que sa longévité (1 mois) soit affectée. Certes, des compères maigrelets peuvent « tricher » et striduler comme des gras mais ils ne font pas illusion longtemps.
D’après, notamment, « Food supply—not 'live fast, die young' mentality—makes male crickets chirpy », lu le 1er novembre 2016 à //phys.org/news/
À (re)lire et (ré)écouter : Stridulations.

Le casu marzu, le fromage (à larves) le plus dangereux du monde,
par Camille Cazorla. Le Figaro, 7 novembre 2016
[Piophila casei, dip. Piophilidé]
À (re)lire : On en mangeait parfois, par Alain Fraval. Insectes n° 154 (2009-3)


Produits anti-poux : de trop belles promesses, par Sandrine Banas
. The Conversation, 3 novembre 2016.
OctobreÀ cliquer

1113 Coupe-fil
Il est en Australie une punaise haute sur pattes, maigre et au long coup, dite « punaise-girafe », qui se nourrit d’araignées. Stenolemus giraffa (Hém. Réduviidé) vit son arachnophagie (ou ararneophagie) très dangereusement. En effet, elle s’avance sur la toile de l’araignée convoitée, au risque de faire vibrer le premier fil sur lequel elle pose la première patte et de voir (brièvement) l’araignée entomophage se précipiter sur elle, l’emmailloter puis la déguster. Généralement, la punaise parvient jusqu’à sa proie, qu’elle ponctionne.
En 2011, Fernando.G. Soley et deux collègues publient le résultat d’observations minutieuses, faites en nature, sur des parois de rochers, comme au laboratoire. La façon de faire de la punaise n’est pas banale. Elle aborde son sujet en balayant l’espace de ses antennes. Repérant le premier fil (externe) de la toile, elle pose dessus tout doucement ses pattes antérieures, jointes. Après un temps, elle écarte brusquement ses tarses, sans cesser de tenir les 2 brins. Encore un temps et elle lâche les 2 fils disjoints l’un après l’autre avant d’avancer et de répéter l’opération, fil après fil. L’araignée au centre de son piège ne sent rien et donc ne bouge pas et donc se fait avoir. La présence de nombreuses punaises-girafes réduites à leur tégument sur les toiles des araignées montre que cette technique n’est pas sans risques.
F. Soley a repris ses recherches, au labo, armé d’un vibromètre à laser. Effectivement, la progression de la punaise n’engendre aucune onde sur la toile. Ses enregistrements vidéo ont conforté et précisé les premières observations. L’application d’un courant d’air montre que S. giraffa préfère entreprendre sa périlleuse opération ravitaillement quand souffle une brise légère, qui sans doute trouble la perception de l’araignée.
D’après, entre autres, « Spider-eating bug muffles web vibrations to sneak up on prey », lu le 26 septembre 2016 à www.newscientist.com/
Photo : une larve de dernier stade de S. giraffa s’approchant d’une araignée Trichocyclus arawari.

1112 Du sport en tubes
L’obésité se répand tant dans les pays développés que dans les autres, chez les humains. Les personnes frappées par le fléau se voient prescrire du sport ou tout au moins de l’exercice. Mais ce n’est pas efficace pour tout le monde et l’on ne sait pas trop pourquoi.
Pour expérimenter, c’est la Mouche du vinaigre qui se voit contrainte manu entomologici de se bouger. Chaque individu est enfermé dans un petit tube transparent. Son géotropisme négatif lui fait grimper le long de la paroi verticale. C’est irrésistible. Puis le tube, lié à un axe mû par un moteur lent, bascule, se renverse et derechef la mouche regrimpe. Le témoin, placé dans un tube identique, a son espace très aplati par des bouchons rapprochés. No sport pour lui.
Deux équipes dans deux labos distincts en Alabama (États-Unis) ont mis en œuvre deux machines comportant des batteries de 48 tubes, baptisées TreadWheel (roue de marche), sous la direction de Laura Reed. Les drosos, de 8 génotypes différents (mâles, femelles, grasses, maigres, actives, tranquilles, etc.), sont observées et, à la fin, au bout de 5 jours de cette vie sportive – 2 heures d’escalade quotidiennes -, disséquées et analysées.
L’exercice a comme effets principaux la moindre accumulation de triglycérides et de glycogène, un poids réduit ; l’organisme comporte plus de protéines et la capacité à grimper est augmentée. Par ailleurs, l’exercice modifie significativement l’expression de 13 gènes associés à la condition respiratoire.
Ce travail devrait être prolongé par la prise en compte du régime et du comportement alimentaires des drosophiles. Avec, tout au bout, peut-être, des progrès décisifs dans la guérison de l’obésité (des gens).
Article source (gratuit, en anglais)
Photo : le « TreadWheal » 

1111 Vers une soie au poil
La quête de fils plus fins, plus solides et pourquoi pas élastiques, bon conducteurs, fluorescents, biodégradables… se poursuit en tentant d’améliorer ce qui se fait de mieux, c’est-à-dire les soies filées par les arthropodes.
En 2015 une équipe de chercheurs italiens a amélioré les performances de la soie d’araignées (des Pholcidés) en y incorporant du graphène (cristal bidimensionnel de carbone) et des nanotubes de carbone. L’araignée reçoit une pulvérisation aqueuse ad hoc et file un fil multibrins dopé par ces matériaux. Ce fil a des propriétés record.
Mais il est bien difficile d’élever des araignées (cannibalisme) et de récupérer le fil à la sortie des filières (anesthésiée au gaz carbonique, l’araignée file un fil pas bien fini). L’« éducation » du ver à soie Bombyx mori (Lép. Bombycidé) est en revanche bien au point depuis longtemps. La soie qu’il produit est cependant moins solide.
Pour Yingying Zhang et ses collaborateurs (université de Tsinghua, Chine), il suffit de nourrir les chenilles de feuilles de mûrier aspergées d’une solution aqueuse (0,2% en poids) de graphène ou de nanotubes de carbone (1 à 2 nm de taille) puis de dévider le cocon pour récupérer la soie. Celle-ci a des propriétés tout à fait intéressantes : conductrice, biodégradable, plus solide. Et sans passer par le trempage du fil de soie naturel dans des solutions toxiques.
Ceci laisse augurer des emplois de cette soie dans la fabrication de capteurs incorporés à des vêtements « intelligents » et de sondes pour capter les influx nerveux.
Autre résultat obtenu dans cette université : la soie de chenilles nourries de dioxyde de titane est super solide et résiste aux ultra-violets.
D’après  « Silkworms that eat carbon nanotubes and graphene spin tougher silk », lu le 5 octobre 2016 à //cen.acs.org/articles/  et « Silk reinforced with graphene or carbon nanotubes spun by spiders », article en ligne (gratuit). 
NB 1 : à (re)lire « Les insectes fileurs de soie », par Alain Fraval. Insectes nos 156 et 157 (2010-1 et -2), en ligne à www7.inra.fr/opie-insectes/pdf/i156fraval1.pdf et pdf/i157fraval3.pdf
NB 2 : « Dormez mieux avec un oreiller en soie et carbone de bambou », dixit Internet. Mais ça n’a rien à voir.

1110 Fine fleur
La fleur de Ceropegia sandersonii (Apocynacées), plante ornementale originaire d’Afrique du Sud, a une morphologie complexe ; elle fonctionne comme une nasse pour piéger temporairement ses pollinisateurs, des mouches du genre Desmometopa (Dip. Milichiidés). Celles-ci sont carnivores, spécialisées dans l’exploitation de l’hémolymphe qui sourd des abeilles fraichement dépecées par des araignées.
Ces mouches kleptoparasites sont attirées et donc assurent le transport du pollen grâce à une tromperie. La plante émet une odeur qui mime celle que dégage l’abeille croquée par son aiguillon, qu’elle darde en la circonstance. C’est une phéromone d’alarme destinée aux autres abeilles. Le mélange comportant principalement geraniol, 2-heptanone, 2-nonanol, et (E)-2-octen-1-yl acetate est très attractif pour les Desmometopa.
Cette modalité de mimétisme chimique est unique. Elle a été découverte par une équipe de chercheurs des universités de Bayreuth (Allemagne) et de Salzbourg (Autriche).
Photo : une abeille repas d’une araignée et les mouches kleptoparasites qui en profitent. Noter la goutte de venin au bout de l’aiguillon.
Article source (gratuit, en anglais)            

1109 Ils tirent les ficelles
Pour mesurer les capacités cognitives d’un animal, on lui pose le problème de la ficelle. Saura-t-il faire sortir une friandise de sous une plaque transparente en tirant sur la ficelle qui y est attachée ? Des oiseaux, des rongeurs et les primates savent.
Lars Chittka, de la Queen Mary University de Londres et ses collaborateurs ont eu l’idée de proposer le test à une abeille sociale, le Bourdon terrestre Bombus terrestris (Hym. Apidé).
Face à l’impétrant, une plaque de plexiglas (transparente, obligatoirement) sous laquelle peut glisser un disque coloré muni d’un creux en son centre rempli d’eau sucrée et attaché à une ficelle qui dépasse de la plaque, soit une « fleur-tiroir ». Aucun individu ne réussit d’emblée ; il faut une formation, délivrée par un entomologiste. Au bout du compte et si c’est un malin, il (le bourdon) tire la ficelle en la prenant avec ses pattes et ramène à lui sa récompense. Surprenant. Ce spectacle parfaitement absurde a fait rire les chercheurs (ce dont le bourdon n’a eu cure, pense-t-on).
Puis nos expérimentateurs ont offert ledit spectacle à 25 bourdons naïfs à la fois. 60% des spectateurs ont su tirer la ficelle d’emblée. Démonstration d’un apprentissage social. Encore plus surprenant.
Introduisant 1 unique bourdon « savant » dans 3 colonies, les chercheurs ont suivi la capacité des congénères à réussir le test en les introduisant dans une cage avec 4 « fleurs-tiroir ». La connaissance du « truc » se diffuse – jusqu’à plus de la moitié de l’effectif - et se maintient même après la mort des instructeurs. Apprentissage culturel. Encore plus fort.
Les abeilles sociales d’une colonie, avec leur cerveau tout petit, sont donc bien capables d’améliorer leurs techniques d’affouragement.
Photo d'un bourdon en plein effort
Article source (gratuit, en anglais)

La punaise diabolique, cette créature urbaine.
Par Romain Garouste. The Conversation, 10 octobre 2016.
[Hyalomorpha halys, Hém. Pentatomidé]
À (re)lire : La punaise diabolique et les malins, par Alain Fraval. Insectes n° 161 (2011-2)

Les insectes envahissants, une catastrophe économique
, par Nathaniel Herzberg. Le Monde, 4 octobre 2016.

Et l’optimisme gagna le bourdon, ar Nathaniel Herzberg. Le Monde (abonnés), 4 octobre 2016

SeptembreÀ cliquer

1108 Blanc et noir
Les prix IgNobel – la 27e promotion - viennent d’être décernés, le 22 septembre 2016. Le jury a récompensé 1) le vainqueur d’un tournoi de morpion et 2) comme chaque année, une douzaine de chercheurs pour des travaux qui « prêtent d’abord à rire, puis font réfléchir ». Ces derniers ont reçu un trophée en forme d’horloge et un paquet de dollars zimbabwéens.
L’entomologie a comme d’habitude été à l’honneur, en plus du morpion susnommé. On été distinguées deux études, pas très récentes, mais jamais réfutées et qu’il était bon de déterrer.
La première établit que les chevaux Equus caballus (Mamm. Équidé) blancs sont moins piqués par les taons (Dip. Tabanidés) que ceux à robe foncée, pour une question de lumière polarisée.
La seconde démontre que les libellules Sympetrum spp. (Od. Libellulidés) affectionnent les pierres tombales en granit noir poli, au-dessus desquelles elles font tout un tas de manœuvres aériennes. Là encore, une question de lumière polarisée.
Articles source : DOI: 10.1098/rspb.2009.2202 et DOI: 10.1111/j.1365-2427.2007.01798.x, respectivement.
NDLR : si des taons qui n’ont pas froid aux yeux peuvent quand même piquer les chevaux blancs, nulle libellule ne parvient à user du granit comme elle le ferait d’une étendue d’eau : la tromperie est manifeste, le préjudice dramatique. Qu’aucun odonatologue défunt, qu’aucun ami des insectes trépassé ne se fasse désormais enterrer sous une dalle de granit noir poli.

1107 L’affriandante chiure de mouche
La Mouche des labos (et du vinaigre, et des cuisines) Drosophila melanogaster a beau être probablement l’insecte le plus étudié, il reste des choses à découvrir. À condition de regarder du côté d’une fonction peu élégante, peu ragoûtante, peu rentable en terme de prestige pour un entomologiste, la défécation.
Prenons une baie de myrtille mûre, laissons-la à disposition d’individus adultes de notre Drosophile, qu’elle attire d’abord par son parfum de fruit mûr. Au bout de 24 heures, l’épiderme du fruit est entièrement recouvert de chiures. Le milieu nutritif disposé dans le fond d’une boîte de Petri est de même constellé par les habitantes de ladite boîte. Grattons sous la bino les fèces et diluons cette matière dans des solvants. On a fabriqué des « parfums » qu’on soumet à des drosos. Celles-ci sont attirées par cette fragrance « ça-sent-pas-la-rose-ici » et se mettent à se faire la cour et à copuler en plus de s’alimenter.
Les fèces contiennent donc des phéromones d’agrégation. Là où les mouches ont brenné, les mouches se rassemblent pour un festin et plus. C’est un bon coin.
On retrouve dans les chiures des composants connus de phéromones comme le laurate de méthyle, le myristate de méthyle, le palmitate de méthyle et l’acétate de vaccenyle. Ceux-ci en plus d’hydrocarbures cuticulaires connus pour leur rôle dans le comportement – ils accroissent la consommation alimentaire.
Les résultats sont à peu de choses près les mêmes pour les autres espèces de Drosophila étudiées, soit D. simulans, D.erecta, D. mauritiana, D. virilis, D. suzukii, D. biarmipes et D. pseudoobscura.
Les copro-entomologistes de l’institut Max Planck à Iéna (Allemagne), menés par Ian Keesey, espèrent tirer de ce travail un attractif irrésistible (ou un répulsif absolu) pour les drosophiles gênantes et surtout le ravageur des fruits rouges D. suzukii, la Drosophile à ailes tachetées.
Article source (en anglais, gratuit).
Photo : baie de myrtille conchiée par les drosophiles durant 24 heures.

1106 Une bonne sieste
Une bonne et longue sieste, c’est ce que se permet la Drosophile, l’été. Elle est active le matin et le soir, quand les conditions hydrothermiques sont favorables. À la mi-journée, elle « dort », elle cesse toute activité.
Des chercheurs de l’université Julius-Maximilians à Würzburg (Allemagne), avec des collègues du Michigan et de Bristol, qui travaillent depuis longtemps sur la régulation du rythme circadien de la droso, viennent de découvrir que cette sieste est sous la commande des organes de Hofbauer-Buchner.
Découverts en 1989 (seulement, chez une mouche si étudiée), ce sont 2 amas de 4 cellules photoréceptrices situés au bord des yeux composés. Des yeux minuscules, reliés directement à deux groupes de neurones fonctionnant comme des horloges biologiques. L’un commande les activités matinales, l’autre les activités vespérales.
Résumé par une chercheuse de l'équipe, le mécanisme est le suivant. À l’aube, la lumière excite les organes de Hofbauer-Buchner et déclenche la production de deux molécules neurotransmétrices. L’acétylcholine, supposent les chercheurs, active les neurones responsables de l’activité du matin, tandis que l’histamine bloque le rythme circadien et allonge la sieste.
Les travaux se poursuivent avec l’espoir de faire de la Mouche du vinaigre un modèle pour l’étude du rythme veille-sommeil chez les mammifères, dont l’homme.
D’après « Light causes drosophila to take longer midday nap », lu le 16 septembre 2016 à www.sciencedaily.com/

1105 Au fond d’un trou soviétique
La Fourmi rousse des bois Formica polyctena (Hym. Formiciné) construit des dômes impressionnants (jusqu’à 1,5 m de haut) en aiguilles de pin et débris végétaux qui servent de radiateur et de parapluie à la colonie. Petits insectes, miellat, spores de champignon, grains de pollen… constituent sa nourriture. Participant à la régulation des populations d’insectes défoliateurs forestiers, l’espèce est protégée.
Cette fourmi est capable de se maintenir dans des lieux fort pauvres en ressources. Dans le golfe de Finlande, une colonie (apportée expérimentalement) a vécu 30 ans sur un îlot où poussait un unique pin.
Il y a pire comme environnement chiche en nourriture. Un ancien silo à missiles nucléaires, sur une base soviétique désaffectée en 1992 (près de Międzyrzecz, en Pologne) est scellé, à part des trous pour laisser passer les chauves-souris et un conduit d’aération de 5 m de haut. Le conduit est obturé à son débouché extérieur par un grand dôme, sous un pin de la forêt environnante.
Tout en bas, dans le noir complet, un dôme en terre petit mais bien entretenu. Une colonie de Fourmi rousse vit là, active hiver (par quelques degrés en dessous de zéro) comme été (à 10°C). Qui vit de quoi ? De ce qui tombe. Des particules consommables, dont de petits insectes et acariens, mais aussi des ouvrières du nid d’en haut, des maladroites. Ce sont elles qui assurent la pérennité de la colonie des profondeurs car, dans ces conditions de pénurie extrême, elle ne produit aucun couvain.
Et pas d’autre avenir pour ces fourmis que de finir au cimetière adjacent au dôme, épais de plusieurs couches de cadavres. Aucune n’est jamais parvenue à remonter à la surface.
Article source (en anglais, gratuit)
  
Lyme : des moyens existent pour se protéger des tiques, par Muriel Vayssier-Taussat. The Conversation, 20 septembre 2016.

Les deux GPS de la fourmi du désert
, par Nathaniel Herzberg. Le Monde, 14 septembre 2016.

Test de laméthode israëlienne contre le Frelon asiatique. Nature ordinaire, nature extraordinaire ! Par Vincent Albouy, 11 septembre 2016.
AoûtÀ cliquer

1104 Spécialiste des amours en cage
Des chercheurs de l’Institut Max Planck (Iéna, Allemagne) ont mis en évidence un cas de double avantage conféré par son hôte à un insecte phytophage par sa spécialisation.
La noctuelle américaine Heliothis subflexa (Lép. Noctuidé) vit aux dépens des physalis – alias coquerets ou amours en cage – dont elle exploite le fruit. La jeune chenille perce un petit trou dans le calyx – la lanterne – puis s’introduit dans le fruit. Le calyx délimite un espace sans prédateur ni parasitoïde ; cette protection directe est le premier avantage.
Les physalis produisent des withanoïdes, composés toxiques pour les insectes, sauf pour H. subflexa. Bien plus, comme l’a montré une étude comparative de développement avec la Noctuelle des bourgeons du tabac H. virescens, ceux-ci protègent H. subflexa contre la bactérie Bacillus thuringiensis et renforcent son système immunitaire. Second avantage.
Par ailleurs, les withanoïdes des physalis sont étudiés en tant que médicaments potentiels.
D’après « Moth takes advantage of defensive compounds in Physalis fruits », lu le 26 août à //www.ice.mpg.de/

1103  Bivouac chauffé
Plus on grimpe en montagne, plus il fait froid. Quand on nomadise et récolte, ça va ; mais séjourner dans un site de haute altitude signifie l’arrêt de son développement. Pourquoi stationner ? Parce que la troupe comporte alors des individus fragiles et d’autres intransportables, parqués dans des galeries souterraines. Qu’il faut chauffer.
Labidus praedator (Hym. Écitoniné ou Doryliné) est une fourmi légionnaire sud américaine. Ses colonies sont extrêmement populeuses, comptant jusqu’à 1 million d’individus. Elle nomadise, se déplaçant tant que le couvain est composé de larves. Dès que la troupe comporte des œufs et des nymphes, elle s’arrête et bivouaque durant quelques semaines dans un nid souterrain.
Selon  l’étude menée au Costa Rica par Kaitlin Baudier et Sean O'Donnell, du Drexel's College of Arts and Sciences (Philadelphie, États-Unis), la température mesurée à l’endroit du couvain est à peu près celle ambiante mais en altitude, à plus de 1 500 m, elle la dépasse de 6 °C. Le sol environnant fournit une petite quantité de chaleur, de l’ordre de 1 °C. Ce sont les fourmis qui chauffent la galerie, par une activité métabolique accrue.
La limite altitudinale de l’espèce (environ 1 500 m) est déterminée par le coût énergétique du chauffage nécessaire.
D’après « Mountaineering ants use body heat to warm nests », lu le 29 juin 2016 à //phys.org/news/
Juillet À cliquer

1102 Individualisme et suivisme
Exploiter des ressources ponctuelles réparties au sein d’un périmètre défini en dépensant le moins d’énergie possible ressortit au classique problème du voyageur de commerce. Quand des concurrents arrivent, ça devient encore plus difficile. Le Bourdon terrestre Bombus terrestris (Hym. Apidé) réagit en se cantonnant dans un espace réduit. Mais encore…
Pour décortiquer le problème, Mathieu Liohoreau et ses collaborateurs ont installé une grande cage (44 x 20 x 3 m) sur un pré à Engham au Royaume-Uni. Dans la cage, nulle végétation naturelle intéressante pour les bourdons mais 10 fleurs artificielles bleues dispensant en leur centre, à flot continu, un sirop sucré, surveillées par une caméra 3D et surmontées par un parasol bleu et blanc servant de repère visuel.
Entre un premier bourdon, qu’on laisse faire 25 visites. Il est « expérimenté ». Ensuite on introduit dans la cage un bourdon « naïf ». Le premier vole 37% plus vite et collecte 77% de nectar en plus que le naïf. Celui-ci rattrape son retard de performances.
Si l’on introduit les 2 ensemble, ils se retrouvent souvent sur la même fleur (que le 1er a marquée de signaux chimiques) et l’expérimenté évince le naïf. Puis les 2 reviennent plus souvent sur cette fleur. Les interactions compétitives font que les trajets des 2 bourdons se rapprochent ; le naïf profite des « connaissances » de l’expérimenté, qui a choisi telle(s) fleur(s) pour ses ressources alimentaires et/ou pour sa position qui offre une relative protection contre les prédateurs.
Le système avantage certains individus et la colonie, en maximisant l’efficacité de l’affouragement.
Article source (en anglais, gratuit) : doi:10.1371/journal.pone.0150844

1101
Lithium et Valium 
À l’University College de Londres, des lots de Mouche du vinaigre (droso) adultes se sont vu appliquer un traitement au chlorure de lithium (LiCl) tandis que leurs sœurs témoins ont reçu du sel. Le « lithium » est connu pour atténuer les troubles bipolaires des humains. Nos mouches n’avaient manifesté aucun comportement bizarre, il s’agissait de voir les effets du traitement sur ces braves mouches-à-tout.
Les mouches ayant absorbé une faible dose de LiCl juste après l’émergence, tout comme celles traitées dans la force de l’âge, ont vu leur vie prolongée de 16% en moyenne. En plus toutes étaient moins sensibles au stress et engraissaient moins nourries avec un régime très sucré. L’étude a montré aussi que les faibles doses protègent des effets toxiques des fortes doses et confèrent une résistance au paraquat (herbicide soupçonné de lien avec la maladie de Parkinson – et interdit).
Chez la droso, le lithium bloque l’enzyme GSK-3 (glycogen synthase kinase-3) tout en activant la synthèse de NRF2, qui protège la cellule du stress oxydatif.
On savait, par une étude de terrain sur une petite région au Japon, que là où l’eau du robinet contient un peu de lithium on vit plus vieux (très légèrement).
Par ailleurs, et à Singapour, on développait l’idée qu’on pourrait avancer dans l’étude de l’anxiété et de ses troubles en substituant aux rats (toujours en trop petits nombres) des drosophiles (simples du cerveau, bon marché et si bénévoles). En effet, ont remarqué ces chercheurs, la Mouche du vinaigre, comme le rat, marche ou se tient près des parois d’une cage carrée.
La droso manifesterait-elle ainsi une forme d’anxiété ? Oui, car traitée au Valium (diazepam, anxiolytique), elle se libère et se promène volontiers au centre - et de même quand on a manipulé les gènes du métabolisme de la sérotonine – surtout d5-HT1B et dSerT. Ceci à l’instar des rats, modèles des mammifères et pourtant séparés des Drosophilidés par une évolution de 700 millions d’années.
Autre résultat : on peut manipuler l’anxiété de la mouche, en lui appliquant un stress calorique ou en la confinant 10 jours, seule.
Encore une contribution de la drosophile à la recherche médicale. La découverte de la manifestation de ce qui ressemble à une émotion par un insecte ouvre, pour certains, de nouvelles discussions sur l’éthique de tels travaux.
D’après, respectivement et entre autres, « Low doses of lithium extend fruit fly lifespan in study », par Stephen Feller, lu le 7 avril 2016 à www.upi.com/ et « Ancient Anxiety Pathways Influence Drosophila Defense Behaviors », par Farhan Mohammad et al. Curent Biology, 4 avril 2016.

1100 Papillons de nuit de jour

Les Lépidoptères se partagent très inégalement entre les Hétérocères – les papillons de nuit, 90% des espèces – et les Rhopalocères – les papillons de jour. Les deux taxons ont évolué chacun de son côté, amenant des différences notables de morphologie et de comportement.
Pour ce qui est du rapprochement des sexes, les papillons de jour (diurnes sauf les Heydilidés) repèrent les femelles à la vue selon deux pratiques : soit ils se perchent et regardent passer, soit ils patrouillent au vol. Pour leur part les papillons de nuit (nocturnes mais pas tous exclusivement) s’en remettent à une communication chimique à longue distance : la femelle appelle les mâles en diffusant dans l’air une phéromone à partir de glandes situées sur leurs pièce génitales. Dans les deux cas, l’appariement est facilité par l’émission de phéromones de proximité, mal connues.
Une famille de papillons de nuit, notamment, ne suit pas ce schéma. On l’a remarqué dès la venue en Europe, en 2001, pour s’y installer et y commettre des méfaits, de Paysandisia archon, le « tueur de palmiers ». Il y est le premier (et le seul pour l’instant) représentant des Castniidés, famille essentiellement néotropicale, rangée dans les Cossoidea.
Peste redoutable, l’insecte est depuis son arrivée observé par des entomologistes espagnols, autour de Victor Sarto, qui viennent de préciser les particularités de P. archon, mettant une fin définitive à une controverse.
Cet Hétérocère a tout d’un papillon de jour : le mâle est territorial, repère la femelle à la vue ; la femelle n’émet aucune phéromone de rapprochement des sexes et est même dépourvue des glandes à phéromone situées normalement sur son ovipositeur.
Ces particularités sont uniques chez les papillons de nuit. Elles ont été façonnées par une évolution soumise aux mêmes contraintes que celles ayant produit la différentiation des Rhopalocères. Un exemple frappant de convergence évolutive.
Article source (en anglais) : DOI: 10.1017/S0007485316000158
À (re)lire : Envahisseuse, envahisseur, Épingle de 2002.


Le Frelon asiatique est entré dans Paris, par Claire Villemant et Quentin Rome.
The Conversation, 22 juillet 2016.

Le Grand Capricorne, un coléoptère géant menacé, par Nathalie Jollien. Le Temps, 22 juillet 2016.
[Cerambyx cerdo]
Mai À cliquer

1099 Tordus, et pas seulement des ailes
Les Strepsiptères* sont un ordre d’insectes bizarres. La larve est généralement endoparasitoïde d’un autre insecte. Le mâle possède une paire d’ailes en hélice et des balanciers, des antennes flabellées et vole (brièvement) à la recherche d’une femelle. La femelle, dépourvue d’appendices, reste dans l’hôte (qu’elle digère petit à petit), avec juste l’avant-corps – où débouche le conduit génital (apron) -, qui dépasse. Les larves nouveau-nées (triongulins) éclosent dans sa cavité générale et la dévorent, puis sortent par l’apron à la recherche d’un hôte à « stylopiser ». Les adultes émergent d’un puparium. 
À l’instar des punaises Cimicidés (dont la Punaise des lits) et de certaines drosophiles, la copulation « normale » est remplacée – selon quelques observations - par une insémination traumatique chez les Mengénillidés, Strepsiptères primitifs chez qui la femelle vit libre.
Chez les espèces évoluées (les « stylops » à femelle endoparasite) aussi sans doute, à preuve les résultats obtenus par des entomologistes allemands, fins observateurs et munis d’un outillage conséquent : microtomographe numérique et microscope électronique à balayage à haute résolution.
Leur « matériel » : Stylops ovina (Stylopidé) parasite de l’Andrène vagabonde Andrena vaga (Hym. Andrénidé). Celle-ci est une petite abeille solitaire à langue courte, qui niche dans un terrier dans le sable de berges sableuses et récolte le pollen et le nectar de saules.
À l’évidence, le mâle enfonce brutalement son pénis dans le « cou » de la femelle et reste longtemps in copula – une demi-heure, soit une bonne partie de sa vie d’imago en fait. Il ne pénètre pas dans le conduit génital mais juste au-dessus, dans une fente transversale. L’invagination, au tégument épaissi, débouche directement dans la cavité générale. Cet ectospermalège a dû se mettre en place au long de l’évolution pour réduire les effets néfastes des manières perforantes des mâles sur la femelle (qui est polyandre).
Contrairement à ce qui était admis, la copulation traumatique – dont l’intérêt n’est pas clairement établi - s’est maintenue chez les Strepsiptères évolués depuis les espèces primitives.
Article source (illustré, gratuit, en anglais) 
À (re)lire : Les Strepsiptères, par Alain Fraval. Insectes n° 147 (2007-4).
* Étymologie : de streptos tordu et pteron aile. Las ailes sont le plus souvent tordues sur les exemplaires naturalisés.
Avril À cliquer

1098 Les lumières de la ville

Autrefois, les papillons (de nuit) se brûlaient à la flamme. Celle du feu de camp des premiers Hommes, puis lampes à huile, cierges, bougies… furent leur fatal aimant. Désormais, c’est vers nos ampoules électriques qu’ils volent, se font griller ou s’épuisent à tournoyer et meurent. Les éclairages nocturnes sont justement dénoncés comme de sombres défaunateurs des environs.
Depuis le temps, lesdits papillons auraient dû sinon comprendre l’inanité et la dangerosité des lumières artificielles du moins avoir été sélectionnés pour résister mieux à la tentation. 
Une équipe d’entomologistes suisses a mesuré au laboratoire l’attirance de papillons du Grand Hyponomeute du fusain Yponomeuta cagnagella (Lép. Yponomeutidé) de deux lots prélevés dans la nature. L’un provenait de villages très peu éclairés comme Kleinlützel, l’autre de sites très éclairés comme Allschwil ou la ville de Bâle.
Quelques 1 050 individus ont participé à l’expérience. Il en est ressorti que les Hyponomeutes des zones inéclairées sont significativement plus attirés par la lumière que leurs compères ayant vécu de nombreuses générations plongés dans la pollution lumineuse. Compères, car dans les deux cas, ce sont bien plus les mâles qui se font prendre.
Depuis le temps, on (l’entomologiste) devrait avoir compris le pourquoi cette attraction, qui ne semble rimer à rien. Non, le mystère reste entier. Les théories qui ont été élaborées présentent toutes de graves défauts. On a proposé, entre autres, la confusion avec la lune (repère de navigation), celle avec le soleil (le papillon de nuit se croit le jour et s’endort en vol), celle avec la luminescence (très ténue) d’une phéromone, celle avec la « couleur » ultraviolette de fleurs.
D’après, notamment, « City moths avoid the light ». Lu le 13 avril 2016 à www.sciencedaily.com
À (re)lire l’Épingle de 2015 Plus noire est la nuit…   

1097 Gratte-cul
Grâce aux observations minutieuses de Jayne Yack (université Carleton, Canada), on savait la chenille de la Faucille lignée Drepana arcuata (Lép. Drépanidé) une énergique communicante. En grattant de ses fausses-pattes anales, réunies en une sorte de rame, et en grattant et tapant sa feuille de bouleau de ses mandibules, elle signifie très clairement à toute congénère qu’elle est propriétaire de l’endroit. Et la contestation s’arrête là.
Les jeunes chenilles (stades I et II) sont sociales. Elles se groupent sur une feuille pour entreprendre de construire une tente en soie. À l’instar de leurs aînées, elles impriment à la feuille des ébranlements – très ténus. J. Yack a utilisé un vibromètre à laser pour les enregistrer, tout en observant les comportements des insectes.
Il en ressort que les grattements anaux incitent toute congénère qui passe à proximité à rejoindre le groupe et à participer au travail. Ces petites chenilles qui mastiquent s’interrompent régulièrement pour « parler ». Elles semblent jouer un répertoire varié. Il reste à comprendre leurs messages mandibulaires.
C’est la première mise en évidence chez une chenille d’un signal de recrutement vibré.
D’après, entre autres, « Hitting a bum note! Caterpillars use 'anal drumming' to call for help from fellow bugs when building a silky shelter », par Sarah Griffiths. Lu le 7 avril 2016 à www.dailymail.co.uk/sciencetech/
Photo de jeunes larves de Faucille lignée  
À (re)lire : Attention chenille méchante, Épingle de 2001   ; id. (suite), Épingle de 2010, et Campophonies, par Alain Fraval, Insectes n° 146 (2007–3)   .

1096 Fiat lux in corde suo*     du n° 180 d'Insectes
L’optogénétique combine l’action de la lumière et la réaction d’une cellule isolée (neurone) modifiée. Elle sert à des travaux sur la transmission des influx nerveux, dans des buts fondamentaux et thérapeutiques. La Mouche du vinaigre Drosophila melanogaster (Dip. Drosophilidé) est un matériel de choix (bon marché, modifiable génétiquement, assez transparent et sacrifiable) pour des recherches en médecine, l’insecte possédant des caractéristiques homologues de celles d’Homo sapiens pour les trois quarts des pathologies (de ce dernier).
Dernière avancée dans ce domaine, l’excitation du « cœur » - le vaisseau dorsal pulsatile - de la drosophile par des rayons lumineux qui modifient la fréquence de ses contractions. Soit la réalisation d’un pacemaker pour mouche, sans électricité.
On a d’abord modifié l’insecte, en lui greffant un gène de la rhodopsine 2 (activable par la lumière bleue), spécifique du vaisseau dorsal. Puis il a fallu mettre au point un dispositif d’observation et de mesure des pulsations de cet organe au travers de la cuticule (sans ouvrir) : une caméra à hautes résolution et vitesse de prise de vues.
La manip marche pour l ’asticot, la pupe et l’imago. CQFD.
Article source (gratuit) : Alex et al., Sci. Adv. 2015;1:e1500639
* « Que la lumière soit dans son cœur », citation latine originale.


1095 Acides aminés à façon   du n° 180 d'Insectes
Georg Jander et Meena Haribal (du Boyce Thomson Institute à Ithaca, New York, États-Unis) viennent de montrer (publication dans le Journal of experimental Biology) comment le Puceron rose et vert du pois Acyrtosiphon pisum (Hém. Aphididé) se procure les acides aminés (AA) nécessaires à sa croissance. Sa façon de faire est étonnante.
Comme tous les insectes opophages (qui se nourrissent de la sève des végétaux), il ne reçoit qu’une alimentation insuffisante en qualité, riche en eau et en sucres mais ne comportant en guise d’AA que la glutamine, le glutamate, l’asparagine et l’aspartate. Ceux-ci sont synthétisés par les racines et servent au transport de l’azote vers les feuilles.
Les pucerons hébergent une bactérie Buchnera aphidicola, endosymbionte obligatoire, qui leur procure certains AA. Le reste doit être fabriqué à partir des AA végétaux.
Nos deux expérimentateurs ont nourri des pucerons sur un milieu artificiel (lesdits pucerons piquent au travers d’une membrane de parafilm) comportant des isotopes lourds des éléments azote et carbone. Puis ils ont pisté ces éléments marqués au long du métabolisme de l’insecte, par chromatographie en phase gazeuse et spectrométrie de masse.
Résultat : dans une cellule de puceron, on trouve un mélange d’isotopes légers et lourds, ce qui indique que le puceron démolit tous les AA qu’il ingère pour reconstruire ceux dont il a besoin. Même ceux procurés aux Buchneria sont synthétisés de novo.
Au cours de l’évolution, les pucerons ont dû acquérir cette faculté pour utiliser la sève, aliment non seulement carencé mais variable dans sa composition.
D’après « Aphids balance their diets by rebuilding plant amino acids », lu à www.eurekalert.org/

1094 J’épouserai un fossoyeur (petit)
   du n° 180 d'Insectes
Qui la demoiselle préfère-t-elle pour s’occuper de la charogne et faire des enfants qu’ils élèveront (en principe) ensemble ? Un mari balèze ou fluet ? Le costaud, répond le zoologiste qui a plein d’exemples dans la tête. Les entomologistes de l’université d’Exeter (Royaume-Uni), sous la houlette de Paul Hopwood, ont trouvé un cas contraire : ce sont les petits mâles qui sont les plus attirants. Ceci dans le monde des fossoyeurs, précisément chez Nicrophorus vespilloides, le Nécrophore fossoyeur (Col. Silphidé).
Il s’agissait de vérifier une hypothèse : le sex ratio et la taille de la ressource (cadavre) « propriété » du mâle fournissent des indices sur le niveau de la compétition précopulatoire et sur la durée des soins parentaux.
D’où le dispositif environnemental comportant l’élevage des mâles en environnement mixte, en groupes différant par le taux sexuel, puis l’installation de ceux-ci sur le terrain, avec une charogne, et sous la surveillance d’une caméra – offerts aux femelles sauvages attirées par phéromone.
Le sex ratio n’influence pas la qualité de l’élevage des larves ; les mâles élevés dans des groupes déséquilibrés ont tardé à attirer des femelles. Les petits mâles se sont révélés plus attractifs et, par la suite, ont vécu en ménage fidèle – mais n’ont pas pour autant été de meilleurs parents.
La femelle tirerait avantage d’une compétition réduite : moins de bagarres et de coïts.
Article source (gratuit, en anglais) : DOI: 10.1111/jeb.12803
À (re)lire Les bons parents font les bons enfants, Épingle de 2015. 

1093 Clopin-clopant
Prenons un individu de Criquet pèlerin Schistocerca gregaria (Orth. Acrididé). Coupons-lui le tibia (grosso modo un tube de tégument). Une goutte d’hémolymphe se coagule rapidement à l’extrémité pour éviter qu’il ne se vide et notre acridien part en claudiquant, s’appuyant sur son moignon, ce qui laisse penser qu’il ne souffre pas.
Mais nous veillerons à le nourrir et le protéger. Remis dans son milieu, il mourrait rapidement de faim ou croqué.
Immobilisons un autre criquet et entaillons-lui le tibia. Extéreurement, il ne se passe rien au niveau de la blessure. Mais à l’intérieur, un mécanisme d’auto-réparation se met en œuvre, qu’ont découvert David Taylor et ses collaborateurs (et publié dans Interface), biomécaniciens au Trinity College à Dublin (Irlande). En réaction, de l’endocuticule est sécrétée sous le tégument coupé – uniquement du côté blessé – qui redonne à l’appendice les 2/3 de sa résistance antérieure. 
C’est un peu juste pour sauter comme avant et l’on aura soin de cet animal, comme du précédent.
D’après notamment « Biomechanics Team Discovers How Insects Repair Their 'Bones' », lu le 6 avril 2015 à www.sciencenewsline.com/

Les fourmis sont des guerrières hors pair, par Jean-Luc Nothias. Le Figaro, 20 avril 2016.

Attaque massive de papillons piqueurs sur les agrumes
. Les Nouvelles calédoniennes, 6 avril 2016.
[Eudocima phalonia, Lép. Noctuidé]
À (re)lire : le Papillon piqueur de fruits, par Alain Fraval. Insectes n° 145 (2007-2)
Mars À cliquer

1092 Au galop
Les Zombiptères fascinent ou révulsent. Une nouvelle espèce vient de naître que je décris ci-dessous après avoir indiqué aux nouveaux lecteurs la caractéristique principale de cet ordre, objet de recherches intensives : les individus sont pour une part un insecte, pour l’autre un assemblage de pièces électroniques et de fils. Le Zombiptère est une bête (bien ?) vivante asservie à un ingénieur qui la fait marcher (au sens propre) selon son gré, la dirigeant en général par l’intermédiaire du boîtier électronique soudé sur son dos à l’état nymphal ou imaginal.
Dans le cas des espèces précédemment épinglées dans cette rubrique, les fils susdits transmettent des impulsions aux muscles du thorax ou au système nerveux central. Les performances sont limitées.
La percée technologique tout juste publiée par une équipe de l’université de technologie Nanyang (Singapour) est l’insertion des électrodes dans des muscles des pattes. Le cobaye est une grosse cétoine Mecynorhina torquata (Col. Scarabéidé). Seules les pattes avant sont branchées, dans un premier temps. Avec 8 électrodes reliées à un ordinateur restant sur la paillasse par 8 fils fins, on obtient des mouvements réalistes et modulables desdites pattes.
D’après les simulations informatiques, on pourra ainsi gouverner finement la marche d’un Zombiptère en modifiant la longueur de ses pas, leur fréquence et le faire passer de la marche tripode habituelle au galop.
Quelles perspectives ? Des micro-engins de reconnaissance plus agiles que les microrobots mécaniques.
Article source (gratuit, en anglais) 
À lire : Des insectes artificiels, par Alain Fraval. Insectes n° 180 (2016-1).   
L’OPIE vend cette cétoine pour 45 € les 6 larves âgées. Ce n’est pas pour jouer au petit ingénieur (spécialité prosthetics engineering) ni pour clouer ou visser des trucs dessus.

1091 Transfuges
Dans la savane africaine, il y a des acacias, convoités par les éléphants et les girafes. Ils sont défendus contre ces herbivores par la fourmi symbiotique Crematogaster mimosa (Hym. Formicidé) à la morsure très douloureuse.
Les fourmis d’un nid défendent très agressivement leur territoire et font des guerres terribles à leurs voisines, avec de nombreuses mortes et, éventuellement, la perte du territoire ou la fin de la colonie.
Kathleen Rudolph, assistée de Jay McEntee, a entrepris d’évaluer les conséquences de tels combats pour les vainqueurs, qui se retrouvent avec un territoire étendu à défendre avec une armée décimée. Les expériences ont eu lieu au Kénya. Des guerres ont été organisées en mettant sur le même arbre des colonies distantes. Les morts étaient récupérés sur des bâches et comptés. En brossant les troncs, on a simulé l’agression par un gros herbivore.
Les vainqueurs ont nettement perdu de leur mordant vis-à-vis d’un gros quadrupède agresseur de l’acacia. Par ailleurs, l’ADN de 800 individus une fois analysé, il est apparu que la colonie victorieuse, toujours avec sa reine, avait recruté des soldates de l’ennemi.
Il est ressorti aussi de toutes les observations que le combat, au bout de plusieurs milliers de tuées, pouvait s’arrêter – on se demande bien suite à quel signal – et que les colonies alors fusionnent, les 2 reines cohabitant.
D’après « Turning mortal enemies into allies? Ants can », lu  le 18 mars 2016 à //phys.org/news/

1090 Porte-clés communiquant
Joe Stein, États-Unien inventeur de choses communicantes en environnement et architecture, lance le projet de fabriquer le Firefly communicator (Fc). Cet objet a l’allure, la taille, à vue de nez le poids et sans doute aussi par-dessus le marché l’utilité d’un porte-clés. S’il réjouira les copocléphiles, il pourra être entre les mains d’enfants (à qui il est destiné) une fascinante passerelle vers l’autre monde, celui des insectes, une voie vers un destin de naturaliste… (selon l’argument de l’inventeur).
Le Fc est une luciole (Col. Lampyridé) artificielle. Il comporte 2 boutons et 2 leds, une verte et une ambre, capables de flashes lumineux. De quoi « parler » aux lucioles circumnavigantes (les mâles) ou posées (les femelles). Les maladroits peuvent charger, depuis leur smartphone, des discours amoureux tout prêts, adaptés aux principales espèces (états-uniennes ?).
D’après « Insect communications device is kinda buggy », lu le 16 mars 2016 à www.gizmag.com
Photo du prototype  
À lire (en anglais), la présentation pour lever des fonds sur Kickstarter
À (re)lire : Les insectes  noctiluques, par Alain Fraval. Insectes n° 154 (2009-3).   
À lire, très bientôt (et sur papier), Des insectes artificiels, par A.F. Insectes n° 180 (2016-1).

1089 Avertisseur 2 tons
On connaissait quelques cas, dans le monde animal, d’alarmes différentiées selon le prédateur (chez les vervets) ou le degré de risque de prédation (marmotte). Ajoutons à cette très courte liste le Thrips californien Frankliniella occidentalis (Thys. Thripidé).
Une équipe de l’université d’Amsterdam (Pays-Bas) a mesuré la sécrétion et déterminé la composition chimique de la phéromone d’alarme de larves de ce thrips placées face à des dangers variés.
L’acarien Iphiseius degenerans (Phytoséiidé) représente le petit prédateur, la punaise Orius laevigatus (Hém. Anthocoridé) le gros. Ils sont placés sur un disque de feuille dans une boîte de Petri face à 5 à 10 larves de 2e stade du thrips, sous une bino.
La phéromone sourd de l’anus sous forme de gouttelettes ; elle est un mélange d’acétate de décyle (DAc, C12 H24 O2) et d’acétate de dodécyle (DDAc, C14 H28 O2).
La fréquence d’excrétion de la phéromone d’alarme augmente avec l’intensité du danger ; sa composition change (inversion des proportions de Dac et de DDAc) selon que le prédateur est simplement en vue du thrips ou qu’il attaque résolument.
C’est le premier cas découvert d’une phéromone dont la composition change avec le contexte.
Article source (gratuit, en anglais) 
Fiche HYPPZ du Thrips californien 

1088 Tuning
Retoucher les ailes modifie non seulement le look mais améliore aussi la manœuvrabilité : des virages plus serrés et les décrochages plus secs sont possibles. Il s’agit d’élargir les ailes à leur base et de les rendre plus pointues à leur extrémité distale. Certes, la consommation s’en trouve considérablement augmentée. On ne peut pas tout avoir.
À preuve la manip que viennent de faire Richard Bromphrey (Royal Veterinary College à Londres, Royaume-Uni) et ses collaborateurs. Munis d’outils de génie génétique (interférence à ARN), ils ont désactivé séparément plusieurs gènes de Mouches du vinaigre et trouvé qu’en éteignant un seul gène, ils obtenaient des individus avec des ailes plus larges à leur base et plus pointues.
Ils ont comparé les trajectoires reconstituées par logiciel à partir des vidéogrammes obtenus de caméras haute fréquence. La mouche dotée d’ailes modifiées vole selon des arcs de cercle de rayon plus petit par rapport aux drosos naturelles. Mais se fatigue plus vite.
D’après « Here comes the super fly! Scientists create insects capable of turning and dodging faster in the air », lu le 1er mars 2016 à www.dailymail.co.uk/


L'expérience des moustiques stériles à Tetiaroa est concluante.
Tahiti Infos, 24 mars 2016.
[Aedes polynesiensis / Wolbachia]

Un nouvel ordre d'insecte fossile permet d'élucider le mystère des Hémiptères.
MNHN, 10 mars 2016.
[Permopsocida]
À (re)lire, l'Épingle de 2002, 31!, saluant le nouvel ordre des Mantophasmatodea.

Une ville brésilienne a trouvé le moyen de se débarrasser des moustiques responsables de l'épidémie de Zika
,
Par    Ana Beatriz Rosa & Anna Almendrala. HuffPostl, 7 mars 2016.  | 

La DGAL publie une note d'information sur les insectes dans l'alimentation, par Amélie Dereuder. Process alimentaire.com, 7 mars 2016

Février
À cliquer

1087 Pinces à sucre              
La Mouche du vinaigre (= Drosophile, insecte modèle) a des organes du goût un peu partout, sur les pièces buccales (labelle, pharynx) bien sûr mais aussi sur les tarses, les ailes (bord antérieur) et l’ovipositeur. Ces organes ont la forme de soies et de boutons équipés de récepteurs spécialisés (salé, sucré, amer…) qui projettent plusieurs neurones vers des régions différentes du système nerveux central.
L’expérience menée par Vladimiros Thoma et ses collaborateurs (de l’université Tohoku, Japon) a consisté à étudier le rôle des récepteurs du sucré du tarse de la droso avec des outils de génie génétique, en éteignant des groupes définis de neurones.
Normalement, une mouche à jeun a une forte appétence pour le sucre. Les individus manipulés dont tous les récepteurs du tarse ont été inactivés est incapable de consommer du sucre.
Dans le tarse, les chercheurs ont trouvé deux populations de récepteurs du sucré, l’une reliée au ganglion ventral correspondant à la patte, l’autre au cerveau. En les manipulant séparément, ils ont trouvé que les premiers provoquent l’arrêt de la locomotion tandis que les seconds déclenchent la prise de nourriture.
Ce premier résultat devra être complété par l’étude des autres organes du goût, ceci en vue notamment d’améliorer les répulsifs.
Article source (en anglais, gratuit)    

1086 Chevaux de Troie
L’interférence par ARN est un outil de génie génétique très utile, qui permet de réduire spécifiquement l’expression de protéines dans une cellule. Il s’agit grosso modo d’introduire de l’ARN double brin (ARNdb) dans ladite cellule, qui « éteindra » le gène ciblé en interférant avec l’ARN messager. On peut ainsi identifier les gènes mais aussi les manipuler.
On le fait couramment sur la Mouche du vinaigre (par injection dans l’embryon), dont on connaît très bien de génome et qu’on a génétiquement manipulée dans tous les sens, mais cela marche mal chez les autres espèces.
L’ARNdb passe bien au travers de la paroi de l’intestin moyen et il est possible de le faire acquérir par l’insecte via sa nourriture. Mais il ne persiste pas et la manip est lourde.
Une équipe de l’université de Swansea (Royaume-Uni) menée par Paul Dyson et Miranda Whitten a mis au point une voie d’administration nouvelle et prometteuse. C’est à une bactérie aposymbiotique de la faune naturelle du tube digestif, qu’est confiée l’incorporation. Celle-ci est d’abord modifiée par électroporation.
L’équipe a choisi, pour la démonstration, deux insectes très différents, deux pestes redoutables : la robuste punaise Rhodnius prolixus (Hém. Réduviidé), vecteur de la maladie de Chagas, et le frêle Thrips californien Frankiniella occidentalis (Thys. Thripidé), grand ravageur des cultures. Les chevaux de Troie, bactéries recombinantes, respectivement Rhodococcus rhodnii (visant la vitellogenèse) et BFo2 (contre la tubuline alpha, protéine indispensable au squelette de la cellule), sont ingérés par les insectes au travers d’une membrane.
Résultats principaux : les Rhodnius voient leur fécondité réduite de plus de 60% et la bactérie se transmet à leur descendance, les jeunes larves ponctionnant les fèces des adultes. Les thrips meurent rapidement en masse.
On a là potentiellement un moyen de lutte sans risques environnementaux ni possibilité de développement de populations résistantes comme cela se passe avec les insecticides, notamment chez le thrips susnommé. Il faut que l’insecte cible héberge une bactérie cultivable spécifique, ce qui ne serait pas le cas de toutes les espèces, mais les moustiques et la Mouche tsé tsé sont candidats.
Article source (gratuit, en anglais) 

1085 Elle expire, le moustique aussi
Elle est une borne BAM (borne anti-moustiques), qui exhale de façon saccadée du gaz carbonique (dose et rythme comme un humain au repos) et pue un peu (comme un humain au travail), de l’octénol ou des composés de l’acide lactique étant diffusés pour imiter l’odeur de la transpiration humaine.
Elle est irrésistible. Les moustiques s’approchent et se font envoyer dans le fond d’un filet par un ventilateur.
Elle est l’adaptation au mobilier urbain de systèmes existants trop fragiles. Il s’agit d’éliminer la culicifaune et ses nuisances au niveau d’un groupe d’habitations.
L’expérience menée en Camargue au Sambuc (Bouches-du-Rhône) est tout à fait satisfaisante : 1,7 tentatives de piqûres / 10 min en moyenne à proximité des pièges contre 15,2 à 500 m du hameau et la capture de 268 741 insectes dont 99,7% appartenaient à 9 espèces de moustiques responsables de la nuisance localement.
Ces pièges « urbains » pourraient se substituer à des épandages sur les gîtes larvaires de Bti (Bacillus thuringiensis), trop persistants et pas assez sélectifs, responsables de dommages à la faune qui cohabite avec les larves de moustiques ou s’en nourrit.
D’après « Techno-Bam : Une innovation au service des zones humides pour concilier gestion des moustiques et biodiversité », lu le 22 février 2016 à www.pole-lagunes.org/

1084 Aide au retour
Les Cerceris (Hym. Sphécidés) sont des guêpes solitaires qui creusent dans le sol un terrier qui abritera leur descendance, nourrie d’insectes paralysés apportés au vol par la femelle. Celle-ci reconnaît son terrier, grâce à des repères visuels. Les Cerceris se prêtent bien à l’observation de leur comportement de vol, analogue à celui des guêpes et des abeilles.
Depuis quelques années, Jochen Zeil (université de Tübingen, Allemagne) a suivi les vols aller et retour des Cerceris, établissant que les trajectoires, faites de zigzags, sont semblables, au sens près. Avec 3 collaborateurs, il vient de préciser le fonctionnement mental de C. australis (travail effectué en Australie).
Pour ce faire, l’équipe a installé des caméras haute fréquence couplées et disposées orthogonalement, de manière à enregistrer les coordonnées de la guêpe en 3 dimensions et leur évolution chronologique, ainsi que les positions de sa tête, durant les manœuvres de départ et de retour au nid. Traitées par un puissant logiciel, ces données fournissent une cartographie des trajectoires et une représentation de ce que voit l’insecte au travers de chaque œil.
La guêpe, partie de l’entrée de son terrier, suit systématiquement en s’éloignant un parcours fait d’arcs de plus en plus grands en gagnant de l’altitude. Elle se place toujours de telle façon que son point de départ soit vu par l’œil gauche ou le droit. La vitesse angulaire des virages reste constante. Elle prend en compte les objets marquants proches en les gardant toujours dans son champ de vision frontal.
Tout ceci est interprété – modèle mathématique à l’appui - comme la prise de vues successives des environs du nid par la guêpe, qui les garde en mémoire et s’en sert au retour pour ajuster ses évolutions aériennes de façon à les faire coïncider au mieux avec ses clichés enregistrés.
De quoi inspirer les informaticiens travaillant sur les micro-drones autonomes.
Article source (gratuit, en anglais et très technique)

1083 Lutte participative
La Stégomyie Aedes aegypti (Dip. Culicidé) infectée par la bactérie Wolbachia pipientis, parasite intracellulaire obligatoire, transmet moins le virus de la dengue aux humains. Elle transmet par contre très bien son parasite à sa descendance.
À partir de ces résultats de laboratoire (surtout) et de terrain, une expérience de lutte participative est lancée à Townsville, au Queensland (Australie tropicale). Chaque participant – un citoyen quelconque et volontaire – reçoit de quoi faire chez lui l’élevage de la Stégomyie soit, dans une cage ad hoc, un lot d’une centaine d’œufs du moustique infectés par Wolbachia et de la nourriture pour les futurs imagos. Au bout de 12 semaines, il lâchera ceux-ci autour de chez lui, qui répandront la bactérie dans la population naturelle de Stégomyie.
On attend 3 000 participants et espère la disparition locale de la dengue – ainsi qu’une protection contre le zika. La méthode, qui pallie les difficultés d’épandage des moustiques manipulés, est proposée aux pays d’Amérique latine aux prises avec le zika.
D’après, entre autres, « Queensland residents breed their own mosquitoes to combat Zika virus », par Jonathan Pearlman. Lu le 8 février 2016 à www.telegraph.co.uk/

1082 Antennes haute fréquence
Les Odontomachus (Hym. Formicdés) sont bien connus pour leurs longues mandibules-pièges, qui se referment sur la proie en 0,5 milliseconde. Les ouvrières chassent mandibules grandes ouvertes. Le claquement fatal est déclenché par le contact d’une proie avec des soies implantées à la base des mandibules. Si la fourmi rencontre un caillou ou s’appuie sur lui, cette fermeture violente la fait sauter en arrière.
Les Odontomachus utilisent leurs antennes comme armes pour expulser un congénère qui ne provient pas du même nid comme pour établir leur place au sein de la colonie (ouvrière fourageante ou restant au nid). Ils frappent l’adversaire de coups très rapides. Un trio d’entomologistes myrmécologues états-uniens a étudié cette antennation particulière sur 4 espèces du genre, en organisant des rencontres filmées, résultat publié dans Insectes sociaux.
Pour ces 4 espèces, la fréquence des coups est indépendante des circonstances, de même que le nombre de coups et la durée du combat. C’est O. brunneus le plus vif, avec plus de 41 coups par seconde.
D’après entre autres « Forget butterflies and bees, box like an ant: Study measures speed of trap-jaw ant boxing ». Lu le 10 février 2016 à http://phys.org/news/
NDLR : c'est 2 fois plus rapide que le tenant du record mondial de coups de baguettes sur un tambour : 20 coups par seconde (avec 2 mains).

1081 Le cafard, ça diminue et ça passe
Pourquoi a-t-on tant de mal à écraser un cafard (une blatte, un ravet, un cancrelat…) ? Une une aporie qui taraude l’humanité depuis son éclosion. Vinrent les entomologistes qui répondirent que la bête est munie de soies sensorielles notamment sur les cerques qui lui font sentir à temps le souffle d’air de la savate. C’est une réponse partielle. Le cafard résiste souvent à la pression de la semelle et s’enfuit en passant au travers d’une fente bien moins haute que lui.
Vinrent Kaushik Jayarama et Robert J. Full de l’université de Californie (États-Unis), entomoroboticiens, qui prirent la Blatte américaine Periplaneta americana (Blatt. Blattidé) comme sujet de deux séries d’expériences.
Dans la première, les insectes, épais de 9 mm, doivent passer au travers de fentes horizontales de plus en plus petites pour gagner une chambre noire. Ils sont chronométrés et filmés. La traversée ne prend pas plus de 300 à 800 ms ; leur corps d’aplatit de 40 à 60%. Franchir une fente de 4 mm est plus difficile en lui imposant de se tortiller beaucoup plus. 
Devant l’obstacle, la blatte commence par l’inspecter de ses antennes ; puis elle lance sa tête en avant ; suivent les pattes antérieures. Puiselle pousse le reste de son corps, basculé vers l’avant, dans la fente, en écartant les pattes postérieures. Elle se propulse à la fois grâce à ses pattes et à ses sternites qui accrochent le substrat. C’est un nouveau mode de propulsion terrestre, sans déplacement ni d’air ni d’eau ni de sable, pour lequel les chercheurs proposent « body-friction legged crawling ».
Ce rampement ventropédestre est moins efficace sous un plafond (de la fente) plus rugueux (enjambées réduites et plus de dérapages) mais plus efficace sur un plancher plus accrochant : la vitesse de faufilement et la longueur des enjambées augmentent jusqu’à un certain niveau.
Seconde partie de l’étude ; jusqu’à quel point peut-on comprimer un cafard vivant ? La manip consiste à leur coller des poids sur le dos ou à les aplatir sous une presse. Lors de la traversée d’une fente très basse, l’insecte subit 300 fois son poids. Et pressé sous jusqu’à 900 fois, il repart sur ses 6 pattes. L’incompressibilité de l’hémolymphe semble être le facteur limitant.
La blatte a un corps mou, des plaques tégumentaires assez souples et surtout qui glissent les unes sur les autres en se télescopant, ainsi que des épines sur les pattes. Nos entomoroboticiens s’en inspirent pour proposer un robot mou écrasable avec des pattes griffues et une carapace à plaques.
Article source (gratuit, en anglais)    |  :
À (re)lire : Soucoupes rampantes,  Épingle de 2015.   

1080 Nymphomanes
Elizabeth Droge-Young, doctorante à l’université de Syracuse (New-York, États-Unis), s’est penchée sur la vie sexuelle du Ténébrion rouge de la farine, Tribolium castaneum (Col. Ténébrionidé), chez qui la sélection sexuelle semble s’exercer de façon particulière. Les accouplements se répètent plusieurs fois par jour, voire par heure. Ce sont les femelles qui sont demandeuses ; il leur arrive de violer un mâle récalcitrant.
Quel bénéfice pour elles ? Quatre hypothèses ont été testées, qui tiennent compte du milieu très sec dans lequel elles vivent : 1) supplément de sperme, 2) stimulation de la ponte par le plasma du sperme, 3) apport nutritif et 4) hydratation par l’éjaculat.
Expériences faites, il appert que les coïts fournissent de l’eau à la femelle et augmentent leur fitness. Les mâles, en revanche, vivent moins vieux. C’est original. On observe le contraire d’habitude.
Un bref passage des mâles comme des femelles dans une atmosphère humide ne modifie pas le succès copulatoire des premiers ni l’appétit sexuel des femelles.
D’après « Journal publishes doctoral candidate's findings on beetle promiscuity ». Lu le 3 février 2016 à phys.org/news/

1079 Elles sourdent de l’oreille
Elles sont mille fourmis, toutes des ouvrières, de l’espèce « Fourmi géante », extraites à la pince et à raison d’une dizaine par jour, de l’oreille de Shreya Darji, jeune fille indienne (12 ans). Elle a commencé à se plaindre en août 2015, s’est fait examiner par le docteur local puis par d’autres, puis à l’hôpital. Le docteur Jawahar Talsania n’avait rien vu de tel en 35 ans de pratique. L’imagerie n’a rien vu d’anormal dans le conduit auditif de la demoiselle, dont le tympan est intact. La caméra endoscopique n’a rien vu non plus. Et il n’y a aucun antécédent familial ; la famille est normale.
Shreya Darji ne sent pas de morsures mais souffre de harcèlement de la part de ses condisciples. Son avenir sera-t-il affecté ? Pour l’heure, elle est célèbre sur Internet.
D’après notamment « Indian girl has had ONE THOUSAND giant ants removed from her ears after the insects got inside and began breeding... with ten emerging EVERY DAY ». Lu le 3 février 2016 à www.dailymail.co.uk/
À lire : Nettoyeurs d’oreilles en Inde, un métier en voie de disparition, par Julien Bouissou. Le Monde économie du 23 janvier 2016.
NDLR : ce miracle n’a pas été homologué par l’OPIE.

1078 Une compagne de lit bien faite
C’est une vampire (hématophage en langage entomo), furtive et indolore. La Punaise des lits Cimex lectularius (Hém. Cimicidé) est un insecte très anciennement connu, oublié puis redevenu intéressant depuis qu’il est installé dans de grandes métropoles notamment. Une équipe multinationale vient d’en séquencer le génome (650 mégabases).
Parmi les 14 200 gènes qui codent pour les protéines dans les cellules, ont été identifiés ceux en relation avec la reproduction, l’attirance pour le sang humain, ainsi que ceux qui, par plusieurs mécanismes distincts, rendent notre punaise résistante aux insecticides employés depuis l’interdiction du DDT, ceux qui lui permettent d’absorber une grande quantité de liquide, de vivre et circuler la nuit…
La Punaise des lits est très bien faite pour ce qu’elle a à faire et à subir.
Une particularité, gouvernée par plusieurs gènes, est sa cuticule souple. Cela lui sert au moins à deux choses : enfler comme une outre lors du repas sanguin et, pour la femelle, à tolérer que le mâle lui perce l’abdomen de son pénis, au lieu d’emprunter la « voie naturelle » (qui sert à pondre). Le trou se referme et les spermatozoïdes, recueillis en général au niveau du spermalège (organe spécial où la plupart des percements ont lieu), voguent dans la cavité générale vers les réceptacles séminaux et les ovocytes. Cela s’appelle l’insémination traumatique. Qui fatigue quand même la punaise : tout n’est pas parfait.
D’après « Blood sucking fated in bed bug’s genome », lu le 2 février 2016 à /www.bcm.edu/news/
À (re)lire : Du bromure pour les punaises, par Vincent Harraca. Insectes n° 165 (2012-2) et  Punaises !, par Alain Fraval. Insectes n° 147 (2004-4)  

Le « GIEC de la biodiversité » consacre l’importance cruciale des pollinisateurs,
par Stéphane Foucqrt. Le Monde, 26 février 2016. (abonnés)

Et si on éradiquait tous les moustiques ?,
par Audrey Garric. Le Monde, 16 février 2016.

Biodiversité : les défis de la nature en open data
,
par Audrey Garric. Le Monde, 8 février 2016.
(abonnés)


Janvier À cliquer

1077 Élaiomyiophagie
Une première : la firme Protix a livré à la firme Coppens un premier lot d’huile. Protix produit des dérivés d’insecte, huile, farine et chitine. Coppens fournit « des aliments de haute qualité » aux éleveurs de poissons, de porcs et de volailles. Ça se passe aux Pays-Bas.
L’huile est produite (sans solvant) à partir des larves de l’Hermétie brillante, Hermetia illucens (Dip. Stratiomyiidé), élevée sur des sous-produits végétaux.
L’élaiomyiophagie est la consommation alimentaire d’huile de mouche. De elaion, huile, μυῖα, mouche et phágos mangeur (en grec ancien). Autrement-dit mange-mouche.
D’après « First delivery of insect oil to Dutch animal feed firm », lu le 22 janvier 2016 à www.allaboutfeed.net/Feed-Additives/
À (re)lire : Ver composteur vert, Épingle de 2009, Mangereons-nous tous des insectes en 2050 ?, par Pierre Feillet, et Hermetia illucens, mouche roborative, par Alain Fraval. Insectes n° 170 (2013-3). 
PS : cosmopolite, d’origine méso-américaine, cette mouche est souvent appelée « mouche soldat noire », décalque de l’anglais. Dans cette langue, Solder Flies désigne les Stratiomyidae, famille de 1 500 espèces, dont certaines portent, à l’état imaginal, des épines, suggérant que ce sont des mouches armées, à moins que leur appellation de soldats vienne des couleurs vives métalliques de plusieurs (les auteurs divergent).

1076 Vers une langue universelle  
(du n° 179 d'Insectes)
Le mutualisme (relation à bénéfice réciproque entre individus d’espèces différentes) évolue dans le temps par l’ajustement de traits fonctionnels chez les partenaires. Un exemple de ces traits est fourni par la longueur de la langue des Hyménoptères butineurs qui doit correspondre à la profondeur de la corolle des fleurs butinées. Cette adaptation, qui participe au bon fonctionnement de l’écosystème, est menacée par la raréfaction des butineurs (comme celle bien connue des abeilles) comme par le changement du tapis végétal sous l’effet du réchauffement climatique planétaire.
Nicole Miller-Struttmann et ses collaborateurs (université d’État de New York) ont étudié sur trois sommets des Rocheuses des populations de 2 bourdons Bombus balteatus et B. sylvicola (Hym. Apidés), loin de toute influence anthropique, mais où la température moyenne a crû de plus de 3°C durant les dernières décennies. Comparés aux spécimens naturalisés il y a 40 ans, ces bourdons ont actuellement une langue de longueur fortement réduite (jusqu’à -40%).
Ces bourdons dont la langue faisait jusqu’à la moitié de leur corps étaient des spécialistes des fleurs profondes. Celles-ci se sont raréfiées, sans changer de forme, comme l’attestent les comparaisons avec les exemplaires d’herbier.
Désormais, nos bourdons alpins « débarrassés » de leur coûteuse (en énergie) langue longue sont déspécialisés. Ils butinent avec profit les fleurs peu profondes, plus abondantes. Leurs fleurs d’origine risquent de disparaître. Ces bourdons montrent une souplesse adaptative de bonne augure, tant que les maladies, les parasites, les concurrents et les pesticides « de plaine » ne les atteignent pas.
Article source (gratuit, en anglais)

1075 Petite tête et dent dure (du n° 179 d'Insectes)
Comment mordre efficacement sans avoir à gonfler et alourdir sa tête avec plein de gros muscles ? C’est, rapidement présentée, la question qui a guidé les travaux d’une équipe de chercheurs anglais de l’université de Cambridge dirigée par Tom Weihmann.
Les insectes munis de pièces buccales broyeuses sont capables de creuser le bois, dilacérer les tissus des plantes et la carapace de leurs proies, et leur tête ne les encombre pas, c’est une observation banale. Le sujet intéresse les ingénieurs en quête de miniaturisation.
Pour mesurer la force exercée par les mandibules et décrire le jeu des muscles, ces chercheurs ont mené leurs manips sur un insecte de bonne taille, la Blatte américaine, Periplaneta americana (Blatt. Blattidé). Ses mandibules fonctionnent un peu à la manière de lames de ciseaux et réduisent ses aliments en petites particules. Elles sont mues par des muscles attachés à l’intérieur de la capsule céphalique et s’articulent à celle-ci par 2 condyles.
La blatte (refroidie) est collée sur le dos avec du ciment dentaire, qui emprisonne également le labre. Un tronçon d’aiguille hypodermique, relié à un capteur de forces bidimensionnel, est coincé entre les 2 premières dents de la mandibule, qui est doucement écartée, avec un micromanipulateur, puis relâchée. La blatte mord, la vidéo enregistre les mouvements et l’angle d’ouverture est mesuré précisément. Puis le sujet est congelé, pour examen de ses muscles masticateurs.
De 300 manips réussies (il ay a eu de la casse), il résulte que la morsure dure de 0,24 à 1,52 s, les morsures longues étant les plus mordantes. La force musculaire atteint 58 N/cm2 (soit 50 fois le poids de la bête). Cette dernière valeur, égale à celle mesurée par ailleurs chez un carabe, dépasse de beaucoup celle enregistrée chez un lucane (qui ne se sert de ses mandibules que pour se battre avec d’autres mâles). 
Les performances de la blatte sont rendues possibles par l’existence dans le muscle de 2 types de fibres, des fibres rapides, pour des coups de mandibules brefs, que des fibres lentes relayent et aident pour des morsures plus longues et plus fortes. Le muscle reste ainsi relativement fin et la capsule céphalique peut, tout en restant très mobile, contenir aussi la partie antérieure du tube digestif et le cerveau (guère encombrant, lui).
La blatte mord 5 fois plus fort qu’un entomologiste (au cerveau considérable) dont la morsure n’est rien à côté de celle du champion des mammifères, le gorille (moins savant).
Article source (gratuit, en anglais)

1074 Les ouvrières en marche se déconnectent
L’environnement social qui régente les mouvements des fourmis eusociales n’agit qu’au repos ; il cesse d’être perçu dès que les individus se mettent en marche. Ce résultat vient d’être obtenu par une équipe dirigée par Edmund Hunt (université de Bristol, Royaume-Uni).
Des fourmis Temnothorax albipennis (Hym. Myrmicinée), espèce nomade, nichant dans les creux de rochers et déménageant souvent, ont servi à l’expérience. Celle-ci a consisté à lâcher des ouvrières dans une vaste arène, neuve ou déjà parcourue (imprégnée de signaux chimiques), et à enregistrer leurs mouvements.
Il y a une relation entre la durée et la vitesse moyenne d’un trajet. Cette dernière ne varie guère entre individus. La vitesse est plus élevée dès que la fourmi entreprend un trajet qui se révélera long, ceci que l’arène soit neuve ou usagée.
Il en est déduit que la durée du trajet est d’une façon ou d’une autre déterminée avant le départ du nid.
Ce système d’intermittence de la réponse des ouvrières à l’information sociale bénéficie à celles-ci, qui peuvent « se concentrer » sur leur parcours, et à la colonie qui s’épargne des informations en retour peu fiables, amenuisant l’efficacité de la distribution des tâches, sans doute spatialisée.
Pour E. Hunt, ce système peut aider à comprendre le fonctionnement d’autres animaux sociaux, dont l’Homme.
Article source (gratuit, en anglais)
À (re)lire : Comme un seul homme. Épingle de 2015.

1073
Une mère modèle
La souris de laboratoire coûte cher, son élevage requiert de la place et des soins, son emploi est controversé. La blatte, très bon marché, se contente d’un « beurrier » et de miettes de croquettes. On peut en « sacrifier » autant qu’on veut, personne ne s’émeut. Dans le cas particulier des recherches sur les effets de stress sur le développement embryonnaire et juvénile d’Homo sapiens, il est apparu à Emily Jennings, doctorante à l’université de Cincinnati (États-Unis), que des blattes pourraient servir d’animal modèle.
Il existe en effet une blatte vivipare, déjà très présente dans les labos*. Diploptera punctata (Blatt; Blabéridé), originaire de Polynésie, mimétique d’un Coléoptère immangeable, « accouche » en effet d’une quinzaine de larves. Les embryons se développent durant un peu plus de 2 mois dans une chambre génitale (sorte d’utérus) ; ils y sont nourris d’un lait sécrété par la membrane de ce sac.
Le travail d’E. Jennings a consisté d’abord à établir le transcriptome (les ARN issus de la transcription du génome) de ses blattes et de leur portée à 4 étapes de la gestation, ainsi que celui des mâles de même âge pour bien dégager les gènes et leurs expressions spécifiques. Ensuite, elle administrera des stress, comme l’ingestion d’un toxique ou le jeûne, aux mères. Ceci pour déterminer leurs effets immédiats et différés et analyser le cours du conflit mère/embryon.
D’après « Study of a pregnant cockroach paves a new direction in genetics research », par Dawn Fuller. Lu le 5 janvier 2016 à //magazine.uc.edu/
* D. punctata sert à des recherches sur les allostatines, hormones qui inhibent la sécrétion de l’hormone juvénile par les corpora allata et réduisent la prise alimentaire en paralysant le tube digestif. Ces recherchent visent la mise au point de nouveaux insecticides.

1072 Les soldates participent

Chez la Fourmi charpentière de Floride Camponotus floridanus (Hym. Fromiciné), les ouvrières sont de deux sorte (castes) : les majors (8 à 10 mm, tête carrée, costaudes) et les minors (5 à 7 mm, tête allongée, frêles). Leurs tâches diffèrent : aux majors la défense contre les prédateurs (soldates de la colonie) et le transport des charges lourdes, aux minors l’affouragement courant impliquant la recherche de la nourriture et le recrutement de consœurs pour son transport jusqu’au nid. La différence de comportement est d’ordre épigénétique (les gènes s’expriment différemment de façon stable sans modification de la séquence d’ADN). Chez les minors, des gènes impliqués dans le développement du cerveau et la transmission nerveuse sont surexprimés.
Partant de ces résultats antérieurs, une équipe états-unienne a réussi à reprogrammer les ouvrières en jouant sur l’acétylation des histones (protéines autour desquelles s’enroule l’ARN) et donc sur la compaction de la chromatine.
Des fourmis minors nourries avec un produit empêchant les groupes acétyl de se séparer des histones prospectent et récoltent beaucoup plus, ce qui correspond à une augmentation de l’activité neuronale. Les majors sont insensibles à ce régime. Mais si les histones désacétylases leur sont injectées dans le cerveau peu après leur émergence, les majors adoptent le comportement d’affouragement des minors, et ce pendant 50 jours.
La fourmi, insecte eusocial, petit, simple et pas cher, est un bon modèle pour étudier les manipulations du comportement social.
D’après, notamment, « Team reprograms social behavior in carpenter ants using epigenetic drugs », lu le 31 décembre 2015 à //phys.org/news/


Les insectes pollinisateurs, facteur le plus déterminant des rendements agricoles, par Martine Valo. Le Monde, 25 janvier 2016.

Des lunettes 3D pour insectes !,
par Benoît Gilles. Passion entomologie, 25 janvier 2016.

Le moustique OGM contre le paludisme,
par Nathaniel Herzberg. Le Monde, 26 janvier 2016. (abonnés)
[Aedes spp., Dip. Culicidés]

Comment les fourmis s'auto-organisent pour construire leur nid.
CNRS, 18 janvier 2016.
[Fourmi noire des jardins, Lasius niger]

Comment piéger le Frelon asiatique ?
Le Monde, 15 janvier 2016. Vidéo.

Interview de Nicolas Moulin, entomologiste indépendant
par Benoît Gilles
Passion-entomologie.
14 janvier 2015.
À (re)lire, de cet auteur, dans Insectes :
Sangha 2012
Mantes et blattes

Des scientifiques accusés d'avoir introduit la bactérie Xylella en Europe,

Loïc Chauveau. Sciences et avenir, 6 janvier 2016.

L'ouragan Martin, 16 ans après

par Vincent Albouy
Nature ordinaire, nature extraordinaire.
 [saproxylophages]

[R]
>
Les Épingles de collection - à consulter, page par page : Les Épingles entomologiques de 1999 et 2000, Les Épingles de 2001, Les Épingles de 2002,  Les Épingles de 2003, Les Épingles de 2004, Les Épingles de 2005,  Les Épingles de 2006, Les Épingles de 2007, Les Épingles de 2008,  Les Épingles de 2009, Les Épingles de 2010, Les Épingles de 2011, Les Épingles de 2012, les Épingles de 2013, les Épingles de 2014, les Épingles de 2015 - ou globalement (jusqu'à fin 2009)  ici
Vers la page d'accueil