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Les Épingles tout frais forgées ainsi que les À lire sur Internet tout frais repérés sont en haut de la pile
En épingle en 2014
L'insecte ou l'événement entomologique du jour, celui qui défraye la chronique et qui alimente les conversations en ville et dans les insectariums, sera épinglé sur cette page, qui s'enrichira au fur et à mesure des événements entomologiques.

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Rédaction (sauf mention contraire) : Alain Fraval 

La dernière de 2013 : Elle refoule des goulots.             Les Épingles d'avant

Les Épingles parues dans le n° 171 d'Insectes : Effet beauf, Exploiter et défendre, Mères.
Supergamelle, Bicolore, Made in USA, Pour lutter contre les flux migratoires, En rond ou tout droit ?, Un nouvel effet beauf, Expansion permanente, L’infortune porte malheur, Snf7 est la cible, On  lui casse du sucre sur le dos, Le spermatozoïde du moustique a une antenne, Ça ne peut pas être à l’œil,  Invincible sous acide, Ouvrières à la dérive, La punaise crache ses salives, La monogamie rend bête, La tête sur les épaules, Le laser du désir…, Le gène de la génuflexion, Pièges verts, Liturgusa, Liturgusini, Litgursidés, Aimer, bouger et chanter, Elle montre ses muscles, On peut compter sur les blattes, Double manipulation, Sommeil préparateur, Fini les épingles ?,
Les Épingles parues dans le n° 172 d'Insectes : Agents insensibles aux poisons, Pâtes de mouche, Le régime est démasqué,
 
Identification au vol, Puce à cornes, Culture bio, Don du sang, Restau ou menottes, Mante disparate, Fine mouche, La grillonne a du cœur au ventre,
Les Épingles parues dans le n° 173 d'Insectes : Larvae pâté, Comme un avion,
Un taon bizarre, Entomophagie, L'arabette et les mandibules, L'éphémère et la mode, Devoir à la maison, L’entomophagie dans le vent, Mimer pour s’incruster,
L'Épingle parue dans le n° 174 d'Insectes : Des cadavres dans le piège
Antisèche maison, Les ailes du désir, Conflit d'intérêt, Chenilles charmeuses, Les insectes sur leur arbre, Le goût des autres, L'entomophagie, c'est branché, Street food,

La graine et le Gendarme, Bleu fatal, Le cafard dans le noir,

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Décembre
À cliquer

Le cafard dans le noir
On sait les blattes capables de se déplacer en interprétant les informations visuelles, olfactives et tactiles de leur environnement. Même dans le noir presque complet, où elles ont l'habitude de patrouiller en quête de nourriture, elles se fient à leur vue, étonnamment performante.
Matti Weckström et ses collaborateurs (université d’Oulu, Finlande) ont installé au point fixe des individus de Periplaneta americana (Blatt. Blattidé) sur des boules (« trakballs ») tournant en fonction des mouvements de leurs pattes. La blatte va à gauche ou à droite si son paysage (schématisé par des bandes blanches et noires) tourne à gauche ou à droite. Ceci sous un éclairage variable, de 500 lx (violent) à 0,005 lx (infime).
Dans le noir presque complet, la blatte s’oriente convenablement. Elle ne reçoit pourtant, selon les calculs, qu’un photon toutes les 10 secondes. Les mesures électrophysiologiques montrent qu’elle intègre et traite les signaux des plusieurs milliers de cellules photoréceptrices de ses yeux composés. On aimerait élucider le processus neurologique – d’un type nouveau -, pour l’avancement de l’entomologie, pour aussi améliorer les instruments de vision nocturne des militaires…
D’après, notamment, « Video: How roaches see in pitch-black », par Jia You. Lu le 3 décembre 2014 à //news.sciencemag.org/

Bleu fatal
On connaît les effets toxiques sur les organismes des lumières de courte longueur d’onde, notamment des ultraviolets B et C. On ne soupçonne pas a priori ceux des composantes de la lumière visible. Et pourtant…
En exposant des œufs, des asticots et des adultes de Mouche du vinaigre Drosophila melanogaster à la lumière bleue émise par des diodes électroluminescentes (LED), Masatoshi Hori et ses collègues (université Tohoku à Sendai, Japon), les ont tués. Même résultat sur le moustique Culex pipiens molestus et sur le Tribolium brun de la farine Tribolium confusum. Les longueurs d’onde les plus efficaces diffèrent entre ces espèces : la droso est sensible à un bleu de 467 nm, le moustique à 417 nm, tandis que le Tribolium souffre sous une gamme étendue de bleus, de 407 à 467 nm.
La mort serait due à la stimulation de la production de dérivés réactifs de l’oxygène, hautement toxiques.
Les auteurs de cette première étude voient dans l’application de lumière bleue définie (longueur d’onde, dose…) un moyen de lutte bon marché, facile d’application, non écotoxique contre les ravageurs des denrées, notamment.
Article source

La graine et le Gendarme
Comment font les Gendarmes (alias Suisses, Soldats, Cherche-midi, etc., Pyrrochoris apterus) pour digérer les graines qu’ils ponctionnent ? C’est leur seule alimentation ; elle est carencée et potentiellement toxique. Dans la famille, celle des Hémiptères Pyrrochoridés, la Punaise du cotonnier Dysdercus fasciatus est un ravageur africain très dangereux.
Des entomologistes de l’institut Max-Planck à Iéna (Allemagne) publient en janvier 2013 la découverte – grâce aux outils du génie génétique – d’un complexe de 3 à 6 bactéries installées libres dans l’intestin moyen des punaises. Cet équipement bactérien est quasi le même entre populations éloignées et aussi entre espèces. Les œufs superficiellement désinfectés donnent naissance à des larves malingres et à faibles chances de survie. De même les œufs de gendarme enduits des symbiontes de Punaise du cotonnier (et vice versa).
Fin 2014, la même équipe parvient à cerner le rôle de ces bactéries : elles n’interviennent pas dans la détoxification des composés anti-insectes contenus dans les graines mais fournissent aux punaises l’indispensable vitamine B, absente de leur alimentation. Élevées sur milieu artificiel, des larves sans bactéries (de D. fasciatus) montrent tous les symptômes de malnutrition. Leur métabolisme, tel que révélé par l’observation de l’expression des gènes, change et les protéines transporteuses de vitamine B sont produites à haute dose – un effort pour extraire les plus infimes traces de cet élément rare.
La symbiose n’est pas une collaboration douce pour les bactéries : pour en récupérer la vitamine B, la punaise hôte les fait sans doute exploser en produisant un peptide antibactérien (lyzozyme). Beaucoup survivent et doivent percevoir cette association, très ancienne et durable, comme globalement positive…
D’après entre autres « The nutritionists within: Firebugs depend on gut bacteria for vitamin supply », lu le 1er décembre 2014 à //phys.org/news/

Street food
Les espaces verts des villes sont peuplés d’une entomofaune mal connue dans sa composition et son fonctionnement. Une équipe de l’université de Caroline du Nord (Raleigh, États-Unis), conduite par Elsa Youngsteadt, s’est penchée en 2013 sur les services rendus par les insectes et autres arthropodes vivant au ras du sol, dans les parcs, les bosquets et les terre-pleins centraux (« medians ») de la ville de New York.
Ils ont ainsi exposé, disposées par terre dans des assiettes, des quantités bien mesurées de junk food (cookies, chips et hot dogs), représentant ce que les Newyorkais indélicats laissent tomber ou jettent. Ceci sur 24 sites en terre-pleins centraux et 21 dans les parcs. La moitié des assiettes étaient couvertes d’un grillage, interdisant l’accès à cette provende aux concurrents des arthropodes, rats et pigeons. Nos entomologistes ont inventorié l’entomofaune environnante et relevé les conditions abiotiques (y compris les conséquences de l’ouragan Sandy qui avait sévi 7 mois auparavant, inondant certains des sites).
Sans surprise, l’entomodiversité est plus élevée dans les parcs (11 familles d’hexapodes et 4,7 espèces de fourmis par site en moyenne) que sur les terre-pleins (9 et 2,7, respectivement). Contrairement à ce que l’on pourrait en déduire, la consommation journalière de déchets de nourriture est 2 à 3 fois plus élevée au milieu des voies de circulation automobile, milieu peu tranquille… Le service d’ébouage est mieux fait en présence de la Fourmi de pavé Tetramonium sp. (Hym. Formicidé), espèce introduite d’Europe, et quand il fait chaud et sec. Aucun effet Sandy n’ a été relevé.
Sur un seul terre-plein central, les arthropodes éliminent bon an mal an de 4 à 6 kg de rebuts de nourriture. Autant dont rats et pigeons ne profitent pas. Vive les insectes de rue !
D’après, notamment, « Study finds insects play important role in dealing with garbage on NYC streets », lu le 2 décembre 2014 à //phys.org/news/


Maladie de Lyme : un fléau sous-estimé, par Raphaëlle Maruchitch. Le Monde, 8 décembre 2014. (accès payant)

Génétique: un papillon amazonien prouve que la dominance peut évoluer. 
Techno-science.net, 6 décembre 2014.
[Heliconius numata, Lép. Nymphalidé]

Perception visuelle : chez les abeilles l'arbre ne cache pas la forêt.
CNRS, 4 décembre 2014.

La soie d'Amérique, rempart contre les fuites d'hydrocarbures et amie du papillon monarque
. Radio-Canada, 1er décembre 2014.
[Monarque d'Amérique, Danaus plexippus, Lép. Nymphalidé]
Novembre
À cliquer

L’entomophagie, c’est branché
Les nsenene sont une friandise prisée en Ouganda. Jadis, ces Orthoptères Tettigoniidés – Ruspolia baileyi de leur nom scientifique – étaient ramassés par les femmes mais la consommation de cette sauterelle à tête pointue leur était interdite, pour éviter qu’elles ne mettent au monde des enfants à tête pointue.
De nos jours, elles en mangent comme tout le monde et l’insecte est avantageusement collecté par de grands pièges formés de séries de fûts métalliques dans lesquels sont plantées des tôles verticales, éclairées par des lampes électriques. Les sauterelles affluent, s’assomment contre les tôles et tombent dans les fûts. Mises en sacs, elles sont transportées au marché voisin.
Le piégeage lumineux est bien plus rentable que la collecte, mais ça peut mal tourner. À Kagadi, la police a détruit un grand piège – et coupé le courant -, au motif que le dénommé Alikiriza, un collecteur, venait de se faire électrocuter, par la faute d’un fil dénudé en contact avec un fût.
D’après, notamment, « Man electrocuted while catching grasshoppers », par Ismael Kasooha, lu le 23 novembre 2014 à www.newvision.co.ug/
Un piège à nsenene

Le goût des autres
Fraise ou banane ? Fraise, choisit en toute liberté Madame Drosophile en tant que site pour y pondre. Mais ça dépend des copines.
Marine Battesti et ses collaborateurs (université Paris-Sud) ont conditionné des mouches du vinaigre à préférer l’un ou l’autre de ces substrats puis les ont mélangées à des drosos naïves, sans expérience particulière. Les mouches entraînées en font à leur tête, préférant la fraise ou la banane selon leur conditionnement. En revanche, les naïves se laissent entraîner à pondre là où elles n’iraient pas naturellement ; même un petit groupe de prescriptrices les entraîne vers la banane.
En conclusion de cette étude, les drosos loin d’être conformistes, choisissent où pondre – et assurer l’avenir de leurs asticots – en combinant leurs préférences personnelles et l’information sociale.
D’après, notamment, « Fruit flies learn from others », lu le 17 novembre 2014 à //phys.org/news/

Les insectes sur leur arbre…
…et chacun à sa place. C’est l’aboutissement du projet 1KITE (1,000 Insect Transcriptome Evolution project) qui a vu une bonne centaine de chercheurs collaborer pour dessiner l’arbre phylogénétique de la classe des insectes et placer dans l’échelle des temps géologiques les grands événements de leur évolution.
Ceci à partir de l’analyse comparée des transcriptomes de 144 espèces (vivantes) choisies pour représenter tous les ordres actuels. C’est l’analyse mathématique de la masse de données qui a donné le plus de mal.
Pour l’essentiel, les étapes de l’évolution des insectes étaient connues, sinon admises par tous et l’emploi de la génomique et de la bioinformatique a fourni des confirmations solides. L’apparition des ordres, par différentiation à partir d’ancêtres communs, est indiquée sur un schéma.
Les grands événements sont ainsi datés : l’origine des insectes (jusque-là indistincts des crustacés) au début de l’Ordovicien (il y a autour de 479 millions d’années, quand les plantes commençaient à coloniser les terres émergées), les premiers à pratiquer le vol actif au début du Dévonien (406 Ma), les premiers représentants des lignées actuelles au Mississipien (345 Ma). La grande diversification des Holométaboles s’est faite au début du Crétacé.
D’après, notamment, « International Team Uses Phylogenomic Approach to Explain the When and How of Insect Evolution », lu le 7 novembre 2014 à www.genomeweb.com/

Chenilles charmeuses
On sait que les Maculinea (Lép. Lycénidés) passent l’essentiel de leur vie larvaire (d’1 à 2 ans) dans une fourmilière, les chenilles parasites sachant se faire adopter en imitant l’odeur et le son des hôtes (voir l’Épingle Les insectes parlent aux insectes ). Les espèces coucou se font nourrir par les ouvrières, par trophallaxie ; les espèces prédatrices dévorent le couvain.

Des entomologistes italiens ont présenté au 167e Congès de l’Acoustical Society of America (octobre 2014) un travail qui précise les modalités et le rôle des stridulations émises par les chenilles. Leur travail a porté sur deux espèces d’azurés, l’Azuré des mouillères (alias le Protée) Maculinea alcon, aux chenilles coucou et l'Azuré de la sanguisorbe (alias l’Argus strié ou le Télégone) M. teleius, prédateur. Dans une prairie habitée par leur hôte, Myrmica scabrinodis (Hym. Formicidé), ils sont prélevé des nids de la fourmi et des œufs des papillons pour étude au laboratoire. Les stridulations des chenilles, avant et après leur adoption, et celles des fourmis (ouvrières et reines) ont été enregistrés puis repassées, et les comportements observés.
Les différences intéressantes sont apparues entre les espèces et surtout entre les chenilles au sol devant se faire ramasser et emporter par les ouvrières (phase de pré-adoption) et celles, plus âgées, installées dans la fourmilière (adoptées). Dans les deux cas, les chenilles imitent les stridulations des reines, ce qui leur vaut statut social élevé et traitement favorisé.
Pour retenir l’attention des fourmis, qui se manifeste très rapidement, M. alcon compte surtout sur son déguisement chimique – elle sent comme du couvain – et profère des stridulations de faible intensité sonore. Dans le cas de M. teleius, moins pourvu chimiquement, c’est plus laborieux et les stridulations sont nettement plus intenses.
Une fois dans la fourmilière, c’est M. alcon (coucou) qui stridule le plus fort (4 dB de plus que la reine). Les ouvrières accourent, la tapotent de leurs antennes et creusent – ce qui correspond à une réaction de sauvetage de congénère enfouies. En revanche, M. teleius « chuchote » 8 dB en dessous, ce qui est adapté à une prédatrice qui doit éviter de se faire remarquer. Mais les ouvrières réagissent quand même, faiblement ; elles ne creusent pas.
Au programme de l’équipe de myrméco-acousticiens, l’étude d’autres cas de relations chenilles-fourmis.
D’après « Why some butterflies sound like ants », lu le 29 octobre 2014 à //phys.org/news/


Le premier génome de myriapode séquencé,
par Joël Ignasse. Sciences et Avenir, 27 novembre 2014.
[Strigamia maritima]

Histoire d'une découverte, par Claudine Magny. lefil, 20 novembre 2014.
Pas moins de 14 ans de recherches réalisées par l'Université Laval ont mené à la découverte du gène de résistance à la tordeuse des bourgeons de l'épinette.
[Choristoneura fumiferana, Lép. Tortricidé]


Nouvelle découverte sur les mouches des fruits. Techno-Science, 3 novembre 2014
Bactrocera dorsalis (Dip. Téphritidé)

Octobre À cliquer

Conflit d’intérêt
Ça se passe aux États-Unis, entre Arizona et Nouveau Mexique, chez les fourmis moissonneuses Pogonomyrmex. À la (très brève) saison des amours, après le vol, les femelles (futures reines) et les mâles (futurs cadavres) copulent. Frénétiquement et un peu n’importe comment. Deux espèces cohabitent et s’hybrident, l’union donnant naissance à des ouvrières infertiles. Les reines enfantent ainsi la main d’œuvre nécessaire à l’établissement de leur colonie. Les futures reines accouplées à un mâle de leur espèce produisent quelques descendantes fertiles.
Les mâles n’ont aucun intérêt à copuler avec une femelle de l’autre espèce : c’est un cul de sac, leur génome ne se perpétue pas. Il y a conflit d’intérêt entre les femelles qui doivent recevoir du sperme des deux espèces et les mâles qui devraient ne s’intéresser qu’aux femelles de leur espèce.
Pour étudier ce qui se passe, Michael Herrmann et Sara Helms Cahan (université du Vermont) ont capturé des fourmis sur le lieu de leurs rencontres à coups de filet fauchoir et ont constitué des couples. Mis en examen puis au congélateur. Et disséqués pour mesurer les transferts de sperme.
Ce qui se passe, c’est que dans la pagaïe, les mâles surnuméraires ne choisissent pas et se retrouvent accouplés, sans échappatoire possible, jusqu’à la fin de l’acte. Engagés avec une étrangère – qu’ils reconnaissent comme telle alors seulement -, ils s’efforcent de ralentir le débit de sperme – sans doute dans l’espoir d’un coup ultérieur (et ultime) fertile. De son côté la reine – qui découvre alors elle aussi la situation - retient son partenaire plus longtemps, jusqu’à épuisement.
C’est ainsi que vivent ces fourmis. Eussent-elles développé des moyens de reconnaître l’identité de leur partenaire avant le coït, elles n’auraient pas d’ouvrières.
D’après notamment « Insect Sex Wars: Battle for Ant Sperm », par Amina Khan. Lu le 30octobre 2014 à www.sci-tech-today.com

Les ailes du désir
En 2011, on a observé – et photographié systématiquement – sur fond noir les ailes hyalines (fines au point d’être transparentes sous une bonne lumière) de Diptères et d’Hyménoptères naturalisés. Ce qui a permis d’établir que les irisations (déjà connues) ne dépendaient pas du hasard des conditions de l’observation mais étaient propres à chaque espèce. C’est l’épaisseur locale de la membrane alaire qui détermine le jeu des interférences optiques qui engendrent les couleurs perçues (le phénomène s’observe sur une bulle de savon).
Toujours à l’université de Lund (Suède), une équipe internationale vient de tester et de vérifier l’hypothèse que ces couleurs chatoyantes, montrées par les mâles, sont destinées à séduire les femelles et jouent un rôle dans la sélection sexuelle.
C’est la Mouche du vinaigre qui s’est prêtée à l’expérience, où des femelles ont été « présentées » à des mâles de différentes lignées, dans une ambiance en noir et blanc. Les armes du succès : des ailes très colorées, des plages de couleur magenta plutôt que bleue ou jaune. Saturation et teinte sont prises en compte par les femelles, pas la brillance.
Article source

Antisèche maison
Le thrips Dunatothrips aneurae (Thys. Phléothripidé) vit dans des abris collectifs faits de phyllodes d’acacia lies par de la soie. Ces abris (« domiciles ») sont créés par de jeunes femelles ; la présence d’un mâle est nécessaire mais celui-ci ne fait rien du tout. La sécrétion de la soie (par les glandes collétériques) commence bien avant la maturation des œufs. Une fois fécondées, les femelles sous abri se débarrassent de leurs ailes et vivent à plusieurs dans le « domicile » avec leurs progénitures (une forme de pléométrose). Les larves des 2 premiers stades (les 3 suivants ne s’alimentent pas) et les imagos femelles se nourrissent en ponctionnant les phyllodes inclus dans l’abri, indépendamment. Les soins parentaux dont bénéficient les larves consistent uniquement en l’entretien (réparations, consolidation…) de l’abri collectif. D. aneurae est un insecte parfaitement pacifique qui n’agresse ni se défend.
À défaut de servir donc de place forte, le « domicile » pourrait favoriser la prise de nourriture ou garantir contre la dessiccation. Des sections d’acacia avec des abris peuplés ont été suivis au laboratoire, les uns ayant été détruits, sous deux conditions d’humidité (70 à 80 % et 10 %). Si l’abri est intact, les thrips survivent quelque soit l’hygrométrie ambiante. S’il est détruit, la survie diminue avec l’humidité. Et la mortalité affecte pareillement les jeunes stades qui s’alimentent que les suivants qui jeûnent.
Un exemple original de soins aux jeunes sous forme de l’entretien du microclimat nécessaire.
Dans l’outback australien, les autres thrips provoquent des galles sur les acacias (ou parasitent celles d’autres thrips), qui leur fournissent abri climatisé et nourriture.
Article source (pdf, en anglais)
À (re)lire : Les thrips, par Alain Fraval. Insectes n° 143 (2006-4)  


OpieTiVi, l'antenne des insectes.
ici !

Qui veut sauver le morpion ?
par Pierre Barthélémy. Le Monde, 20 octobre 2014.
[Phthirius pubis, Phth. Phthiridé]

Avec ou sans plantes de couverture : qui mange le charançon du bananier ?
CIRAD, octobre 2014.
Septembre 
À cliquer

Des cadavres dans le piège
De nombreux Hyménoptères solitaires pondent dans une cavité préexistante, comme une tige creuse, qu’ils pourvoient en nourriture pour la future larve et aménagent en cellule(s). En installant par exemple un faisceau de tiges sèches de canne de Provence Arundo donax dans un lieu approprié, on fait un petit hôtel à insectes – une ressource supplémentaire pour les Hyménos du coin. On fabrique aussi un piège-abri, qui sera disséqué par l’entomologiste.
Une équipe de cette dernière espèce a posé, entre 2011 et 2012, des ensembles de 8 pièges sur 27 sites dans la réserve de Gutianshan (Sud-Est de la Chine). Leur récolte : 829 nids, soit 1 929 cellules occupées par 18 espèces. Leur surprise : 73 nids constitués de 213 cellules (séparées par de la terre) pourvues d’une araignée paralysée et… précédées d’un vestibule bourré de fourmis mortes. Jusqu’à 13 cadavres et 9 espèces différentes.
À l’émergence, un Pompilidé inconnu, du genre Deuteragenia. Cette nouvelle espèce a été baptisée D. ossarium – comme ossuaire.
Vu le taux relativement bas de parasitisme, cette pratique – parfaitement originale – semble bien être une protection contre les ennemis naturels. Ce serait l’odeur des dépouilles de fourmis, sans doute celle de leur venin, qui dissuaderait ces derniers.
Encore un cas où les fourmis sont mises à contribution pour la sauvegarde de sa progéniture – on pense aux Maculinea.
Article source illustré
À (re)lire, entre autres : La protection du genre Maculinea, par Jacques Lecomte. Insectes n° 144, 2007(1).

L’entomophagie dans le vent
Parmi les effets du réchauffement planétaire, la diminution – déjà sensible dans le Midwest états-unien – de la vitesse des vents. Quel effet sur la prédation des insectes phytophages par les insectes entomophages ? Une augmentation, selon l’hypothèse qu’a testée et vérifiée Brandon Barton par des expériences conduites à l’université du Wisconsin à Madison (États-Unis).
Avec comme phytophage le Puceron du soja Aphis glycines (Hém. Aphididé) et comme entomophage son ennemi le plus vorace la Coccinelle asiatique Harmonia axyridis (Col. Coccinellidé). Sous serre, le puceron (seul sur les pieds de soja) se développe également face ou pas à un ventilateur oscillant. En plein air, en présence de la coccinelle, ses effectifs sont réduits dans les parcelles protégées du vent.
Sous serre, sur les pieds de soja agités mécaniquement et se frottant les uns contre les autres, les coccinelles mettent 5 fois plus de temps à trouver et croquer les pucerons ; leur consommation est réduite de plus de la moitié.
Reste à évaluer l’effet sur les systèmes prédateur proies de l’ensemble des facteurs abiotiques (pluie, température, en plus du vent) qui changeront avec le réchauffement global.
Article source

Mimer pour s’incruster
Les fourmis arboricoles du genre Cephalotes (Hym. Formicidés) sont connues pour deux « bizarreries » : le crâne en forme de couvercle rond des soldats qui obture les galeries abandonnées de xylophages dans lesquelles le nid est installé et, chez d’autres espèces, la capacité de planer pour redescendre des arbres et atterrir sur le tronc (voir Ça plane pour elles, Épingle de 2005).
Une troisième bizarrerie, très différente, vient d’être découverte. Observant les ouvrières de Crematogaster ampla dans la savane brésilienne, Scott Powell (université George Washington) a en effet remarqué des individus de Cephalotes circulant très discrètement – car ressemblant beaucoup aux fourmis environnantes - au milieu des Crematogaster ampla, sans être agressés et profitant des ressources.
Au bout de 2 ans de travaux, il a établi que ce parasitisme social tenait à la faculté de Cephalotes specularis (nouvelle espèce) de singer les mouvements et les postures de son hôte et de se faire ainsi passer pour un élément de la colonie. À la précaution prise également de ne pas trop s’en approcher faute de quoi il serait démasqué par son odeur spécifique – qui elle n’est pas modifiée.
C’est le premier cas de mimétisme visuel connu chez les fourmis, et qui montre sans doute une étape de l’évolution vers un parasitisme social plus perfectionné.
D’après « New Ant Species Hides in Plain Sight Like a Spy », par Richard Farell. Lu le 1er octobre 2014 à news.discovery.com/

Le scarabée, armé pour aimer, par Marion Spée. Le Monde, 22 septembre 2014.
À relire : Les armes des mâles, par Alain Fraval. Insectes n° 170 (2013-3).

Août
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Devoir à la maison

Simon Kaschock-Marenda, 11 ans, était élève du collège Masterman (Pennsylvanie, États-Unis) ; Daniel Marenda, son père, biologiste à l’université Drexel, travaillant avec des drosophiles. Que choisit le premier comme sujet de son devoir de sciences naturelles ? D’examiner la réaction de ces dernières (Drosophila melanogaster) aux édulcorants que la famille venait d’adopter en lieu et place du sucre.
Et le Truvia (à base de stévia) de s’avérer mortel. Et le père de faire refaire la manip : même résultat.
Trois ans plus tard, l’effet létal est confirmé et précisé par les entomologistes de Drexel, il est publié dans PlosOne, avec Simon comme co-auteur. Les mouches montrent des défauts de coordination motrice et meurent au bout de quelques jours. Avec les édulcorants Pure Via (au stévia également), Equal, Splenda, Sweet ‘N Low et le sirop de maïs, pareillement incorporés dans le milieu d’élevage, les drosos vivent de 45 à 60 jours.
L’ingrédient toxique est l’érythritol, un édulcorant autorisé (peu sucrant mais non cariogène), présent naturellement dans le melon et le raisin.
L’université Drexel a entrepris de prendre un brevet pour cet insecticide consommable : l’érythritol pourrait être incorporé à des pièges.
D’après, notamment, « Kid Scientist Accidentally Discovers Sweet Pest Control », lu le 4 août 2014 à //dailyhealthpost.com/
Article source : DOI: 10.1371/journal.pone.0098949


L’éphémère et la mode

Votre voiture de luxe gagnera en distinction si vous la choisissez noir – ou gris foncé - mats. C’est à la mode et correspondrait à une tendance à la militarisation, à un certain camouflage de la richesse exhibée sur 4 roues. Vous rejetez en tous cas l’idée de conduire un véhicule sombre brillant car vous savez que les insectes aquatiques prennent votre capot luisant pour un étang ce qui menace leurs populations. C’est pourquoi, en fait et en conscience, vous optez pour mat. Ou vous faites poser un film adhésif ad hoc.
Erreur ! Miklos Blaho et ses collaborateurs viennent de publier leur travail réalisé en Hongrie, avec des voitures et des panneaux, travail comportant des comptages d’atterrissages et de pontes, et des mesures optiques. Il en ressort que les éphémères, les Diptères Dolichopodidés et Tabanidés, qui se guident sur la lumière polarisée réfléchie par les surfaces planes, ne réagissent pas dans le sens attendu.
Notamment, les éphémères sont beaucoup plus attirés par le gris que par le mat noirs. La première finition serait perçue comme un plan d’eau calme (convenable), les noirs signifiant une surface agitée (à éviter). En général, l’usage du mat ne réduit pas la « pollution à la lumière polarisée », au contraire dans bien des cas.
Article source : DOI: 10.1371/journal.pone.0103339
NDLR 1 : en latin, on distingue ater = noir mat de niger = noir brillant. À vous de vérifier si les créateurs de noms scientifiques d’insectes ont tous bien respecté ceci.
NDLR 2 : le jaune, très chic aussi pour les sportives hors de prix, attire les pucerons - mais aucune espèce protégée, contrairement aux éphémères.


Juillet
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L’arabette et les mandibules
Les mandibules sont celles d’une chenille qui croque une feuille tendre d’arabette des dames, Arabidosis thaliania, plante à tout faire des labos. L’arabette, bien qu’amputée, ne se laisse pas faire : elle produit diverses substances, en premier lieu des glucosinolates, qui lui donnent un mauvais goût et la protègent des attaques suivantes.
Le signal « croqué » est transmis à l’ensemble de la plante électriquement, par le phloème et par l’air pour les composés volatils. Et par les vibrations acoustiques ? C’est la question que se sont posée H. M. Appel et R. B. Cocroft, de l’université du Missouri (États-Unis), sachant les plantes sensibles au vent, au toucher et à la musique.
Leur expérience a mis en œuvre les mandibules de chenilles de 4e stade de Piéride du chou, Pieris brassicae (Lép. Piéridé), dont ils ont enregistré les impulsions mécaniques appliquées au limbe de l’arabette durant la mastication. Ceci grâce à un petit miroir collé sur celui-ci et qui renvoie un rayon laser vers un récepteur ad hoc. Puis ils ont repassé l’enregistrement sonore à d’autres pieds d’arabette, qu’ils ont ensuite livrés ou pas à la mandibule de nouvelles chenilles.
Les pieds « sonorisés » produisent plus de glucosinolates (et d’anthocyanines) que ceux maintenus dans le silence. Et on ne trompe pas l’arabette avec un bruit de vent ou une stridulation.
Contrairement à la musique, le son de la mastication a une signification écologique. Il se propage très rapidement et concourt à la défense des plantes contre les phytophages broyeurs.
Article source
À (re)lire : Quelques expériences d'actographie, par Alain Fraval. Insectes n° 119 (2000-4).


Entomophagie
Bob Tuckley, qui tient le magasin « Au jardinier naturel » à Vancouver (Canada), rappelle que les drosophiles sont particulièrement abondantes et donc gênantes en juillet. Et fournit le moyen d’en finir avec elles. C’est simple et naturel.
« Je pense que les plantes carnivores sont le meilleur moyen pour en venir à bout. Elles capturent les drosos à votre place. »
Et de préciser.
Les populaires dionées attrape-mouche ne sont pas les plus efficaces : elles attirent leurs proies dans leur gueule avec un parfum sucré, mais elles sont vite rassasiées et, au bout de 3 ou 4 insectes, elles se ferment.
Les Népenthacées portent élégamment leur urne fatale. Elles y noient aussi guêpes et abeilles.
La reine de plantes entomophages, c’est la drosera. Son mucilage attractif, adhésif et digestif en fait l’ennemi radical des drosophiles.
« 2 ou 3 pots de drosera sur le comptoir de la cuisine vous débarrasseront de la plupart de ces mouches ».
D’après « Carnivorous plants eat away fruit fly infestations », lu le 8 juillet 2014 à www.cbc.ca/news/


Un taon bizarre

C’était dans les temps anciens. Une sorte de taon (un Athéricidé) vivait sa vie larvaire dans l’eau, agrippé par ses appendices abdominaux et surtout collé par une ventouse à une salamandre qui le nourrissait de son sang. C’était au temps des dinosaures, le benthos n’était pas comme maintenant où les larves dans cette petite famille de Diptères Brachycères proche des taons mènent une vie aquatique ordinaire de prédateurs en eaux vives, cramponnées aux rochers.
Des fossiles vieux de 165 millions d’année, du Trias donc, très bien conservés dans la marne, ont été trouvés par des paysans en Mongolie et analysés par une vaste équipe internationale. D’où cette découverte, en 3 exemplaires, du plus vieil hématophage ectoparasite connu – et le plus bizarre.
Taille : autour de 2 cm. La tête est très réduite, sans yeux ni antennes, renfoncée, avec des pièces buccales piqueuses constituées par des mandibules falciformes cannelées extérieurement se mouvant dans le plan sagittal. L’abdomen est muni de sortes de fausses-pattes sur les segments I à VI et d’épines faites pour s’accrocher ; il porte des papilles anales, organe respiratoire et osmorégulateur. Le thorax, aux trois segments fusionnés porte ventralement une ventouse avec 6 rides radiales.
Qiyia jurassica apparaît indiscutablement comme proche du rameau primitif des Athéricidés ; c’est le plus ancien représentant de la famille. Sa ventouse est une adaptation tout à fait originale.
Dans ces temps anciens, seules des puces géantes se nourrissaient également (à l’état imaginal) du sang des vertébrés.
Article source, illustré

Parues dans Insectes n° 173

Larvae pâté
On doit à Búi Bjarmar Aðalsteinsson, étudiant islandais en design industriel, une machine à mouches (Fly Factory) autonome zéro-déchet fonctionnelle. Il y rentre du végétal sous forme de reliefs de repas et de plantes vivantes, des asticots d’Hermétie brillante Hermetia illucens (Dip. Stratiomyidé) dont les crottes fertilisent les plantes (et de l’énergie électrique). Il en sort ce qui s’appelle en anglais du larvae pâté. Le goût n’est pas loin de celui du poulet.
De la taille d’un très gros frigo de boucher, la machine comporte notamment un double compartiment d’élevage (pour les imagos et pour les larves), un four (pour cuire les asticots), un broyeur-mélangeur, un frigo (dont les calories maintiennent les insectes à bonne température).
Il n’est pas question de rendre obsolète la profession de cuisinier mais de contribuer à satisfaire à bon compte la demande alimentaire humaine (ou animale) dans le Monde.
Au prix de quelques intrants (épices, lait, sucre, coco, cacao), on obtient un larvae chocolate cake moins fade que le larvae pâté. Une petite fille de 4 ans a même voulu en emporter à la maison.
L’Asticotière a vocation à avoir sa place dans la cuisine.
D’après notamment « The chocolate cake made from INSECTS: Factory creates meals using larvae - and claims diners can't tell the difference », par Jonathan O’Callaghan. Lu le 19 mai 2014 à www.dailymail.co.uk/
À (re)lire : « Hermetia illucens, mouche roborative », par Alain Fraval. Insectes n° 170 (2013-3) et Pâtes de mouche, Épingle de 2014.

Comme un avion
Passe une ombre sur la mouche en vol ; en un rien de temps, elle amorce un tonneau et vire sur l’aile pour échapper à la menace.
C’est ce qu’ont observé des entomologistes de l’université de Washington (États-Unis). Par lots d’une cinquantaine, ils ont installé des drosos – Drosophila hydei – dans un petit tunnel de vol transparent, violemment éclairé (en lumière infrarouge qui ne les perturbe pas). Passe une ombre… la mouche qui croise un système de rayons laser au centre du dispositif déclenche 3 caméras à très haute fréquence – 7 500 vues par seconde, soit 40 par battement d’ailes.
Les images enregistrées révèlent que la droso réagit en moins d’1 centième de seconde. Pourtant munie seulement d’un minuscule cerveau, elle exécute une manœuvre que lui envient les pilotes de chasse.
Comment fait-elle ? Le programme de recherche se poursuit.
D’après « Fruit flies, fighter jets use similar nimble tactics when under attack (w/ Video) », lu le 10 avril 2014 à //phys.org/news/
NDLR: Drosophila hydei est une grosse drosophile, qui s’élève comme la Mouche du vinaigre D. melanogaster, prisée en tant que proie pour les animaux de terrarium, surtout sous sa forme « aptère ».

Le premier élevage à grande échelle de moustiques OGM anti-dengue ouvre au Brésil. Le Monde.fr, 30 juillet 2014. |

Un papillon robotique en symbiose avec son hôte, selon Microsoft.
VTPI, 9 juillet 2014.

Se nourrir d'insectes, c'est bon pour le cerveau ? NouvelObs, 27 juin 2014.
Juin
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Fine mouche
Une décision doit être prise. Par exemple mouche ou mâle de cochenille ? L’entomologiste aux prises avec un insecte diptère réfléchit, regarde le truc sous toutes les coutures et amasse des informations jusqu’à disposer d’assez de connaissance du problème pour trancher. Le singe fait de même (face à un problème à sa portée) et des modèles mathématiques rendent bien compte du processus qui leur est commun.
La mouche (Drosophila melanogaster) aussi.
Placée face à un choix entre deux odeurs contrastées, la droso va vers celle qu’elle préfère (ou fuit celle qu’elle déteste). Si les deux odeurs sont peu distinctes, elle prend son temps avant d’opter pour l’une d’entre elles et se trompe assez souvent. Un comportement tout à fait cohérent avec le modèle entomosimiesque et que les chercheurs d’Oxford (Roayaume-Uni) traduisent par l’image du seau qui se remplit petit à petit d’eau. Et qu’ils affirment être la marque d’une intelligence – qu’on ne soupçonnait pas.
Les individus de souches affectées d’une mutation du gène FoxP restent très longtemps dans l’indécision. Ce gène est actif dans un groupe de 200 neurones des corps pédonculés du cerveau – qui compte quelque 200 000 cellules nerveuses.
D’après, notamment, « Flies think before making tough choices, researchers say », lu le 23 mai 2014 à www.news.com.au/technology/science/

Mante disparate
Surveillant, par une froide nuit pluvieuse, leurs pièges lumineux posés dans le parc national Ryungwe au Rouanda, des entomologistes ont eu la surprise et la chance de voir arriver au vol une mante d’une espèce inconnue, un mâle. Puis une femelle s’est approchée, à la marche, sur la litière. La chance les a poursuivis : en captivité, la femelle a pondu une oothèque dont ont éclos des larves – cependant que le mâle est mort.
Le comportement de la très rare et probablement endémique « Mante-tigre de la brousse », de son nom scientifique Dystacta tigrifrutex (Mant. Mantidé) reste inobservé. On l’imagine d’après sa morphologie et par analogie avec des mantes voisines. Son habitat serait la litière sous végétation basse, où il patrouille à la recherche de proies. Le mâle (3,5 cm), ailé, s’enfuit au vol ; la femelle, aptère (2 cm), avance parmi les herbes, s’arrêtant pour « boxer » avec ses pattes antérieures.
Leur trouvaille est publiée dans Zookeys (article en ligne gratuitement et en anglais ;  doi: 10.3897/zookeys.410.7053).
D’après, entre autres, « New Species of Praying Mantis Discovered in Rwanda Hunts Other Insects like a Tiger », par Catherine Griffin. Lu le 21 mai 2014 à www.scienceworldreport.com/
Photos du mâle (holotype) et de la femelle (allotype) vivants
PS : tigrifrutex de tigris tigre et frutex brousse en latin.

La grillonne a du cœur au ventre
Le Grillon domestique Acheta domestica (Orth. Gryllidé) apprécie les environs de nos fours dans nos chaumières depuis le Moyen-Âge. De nombreux spécimens ont été disséqués mais c’est tout récemment qu’une équipe d’entomologistes allemands et autrichiens a observé l’arrière de la bête familière, plus précisément la tarière – ou oviscapte – de la femelle. Ceci avec de gros moyens : observations – avec vidéos - de spécimens vivants et de préparations, coupes sériées et reconstitutions en 3D, enregistrements des signaux nerveux…
L’oviscapte, organe de ponte impair, est composé de 4 lames creuses juxtaposées, deux dorsales et deux ventrales.
Leur découverte est que ces lames sont parcourues par l’hémolymphe, avec un flux et un reflux que l’on peut déjà observer par transparence à la binoculaire au travers de la cuticule en suivant les mouvements des plus gros hématocytes.
À l’instar des autres appendices des insectes, les lames sont séparées en 2 compartiments accolés divisés par un septum : l’hémolymphe va vers la partie distale dans l’un et revient par l’autre. À la base de chaque lame, une ampoule pulsatile ou cœur accessoire, qui se contracte rythmiquement (de 0,2 à 0,5 Hz) de façon autonome sous l’influence de muscles qui les enveloppent. Les 4 cœurs battent de façon synchronisée, les diastoles et les systoles étant alternées. Des mouvements latéraux de la chambre génitale proche assurent sans doute l’échange d’hémolymphe avec l’hémocèle abdominal.
Ces cœurs accessoires sont sous le contrôle de neurones situés dans le ganglion terminal.
Article source
Épingle à piquer à la suite de : Le système circulatoire, par Alain Fraval. Insectes n° 166 (2012-3).




Mai
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Restau ou menottes
La Decticelle côtière Platycleis affinis (Orth. Tettigoniidé) est l’animal possédant les plus gros testicules – 14% de son poids – soit plus de 25 fois le rapport mesuré chez la D. bariolée Roeseliana roeselii. Cet équipement permet au mâle d’offrir une quantité substantielle de sperme à de nombreuses femelles.
L’auteur de cette étude, Karim Vahed, professeur à l’université de Derby (Royaume-Uni), vient de publier dans Evolution, avec des collègues états-uniens et mexicains, un résultat intéressant sur le don nuptial.
Chez les « katydids » mexicains arboricoles, dits « bushcrickets », très proches des decticelles, les mâles de la plupart des espèces offrent à leur partenaire un cadeau : une grosse goutte de gelée, dite spermatophylax, qui accompagne l’ampoule spermatique dans le spermatophore et que Madame déguste pendant l’acte ; c’est « généreux », la dépense peut atteindre en effet le tiers de son poids. D’autres parmi les 44 espèces étudiées ne font rien de tel (ou très peu) mais s’accouplent longuement aussi.
Quel est le rôle de ce cadeau nuptial ? Suralimenter la mère de sa future descendance de façon à augmenter le nombre et la qualité de celle-ci ou faire tenir tranquille la dame le temps qu’il faut pour un bon coït – c’est-à-dire un coït prolongé ?
C’est la deuxième hypothèse que confortent les observations suivantes. Chez les espèces généreuses, le mâle « radin » qui donne un petit cadeau ou rien du tout se fait jeter à coups de ruades. Chez les autres, il se sert de ses cerques modifiés (en pinces, en piège à loup avec épines perforantes…) pour immobiliser sa partenaire et transférer beaucoup de sperme.
Don nuptial et coercition sont donc fonctionnellement équivalents.
D’après notamment « 'Stingy' males looking for sex unpopular with females, says insect study », lu le 15 mai 2014 à //phys.org/news/

Don du sang
Un Homo sapiens a donné son sang à un millier de Cimex lectularius (Hém. Cimicidés). Ce qui n’est pas banal c’est qu’il l’a fait volontairement et devant une caméra. L’homme se porte bien, les Punaises des lits ont été gavées.
L’opération n’aurait pas été possible sans les recherches intensives menées préliminairement par Bob, spécimen spécialisé de la race des Beagles de l’espèce Canis familiaris, chercheur patenté de roupies.
L’homme, Johnny Fedora, un « insect expert », a placé un pochoir (un dessin de lapin, Oryctolagus cuniculus) sur son avant-bras et retourné dessus le flacon aux mille lentilles affamées. Il a regardé avec l’œil de l’entomologiste la transfusion se dérouler, les bouffis se gonfler en rougissant, puis noté l’évolution de sa peau. Le lapin est apparu en rouge, a disparu noyé dans une éruption généralisée, est revenu puis s’est évanoui progressivement. Au bout de 72 heures, plus de lapin ni rien.
D’après « Man gives himself a 'tattoo' letting 1,000 BEDBUGS feast on his arm », par Emma Innes. Lu le 15 mai 2014 à www.dailymail.co.uk/
À (re)lire : « Punaises ! », par Alain Fraval. Insectes n° 147 (2007-4)  
NDLR : nos recherches intensives (sur Internet) ne nous ont pas permis de connaître la suite de l’histoire, du point de vue des 1 000 punaises.
NDLR2 : les mots en latin, anglais et argot (ancien) sont en italiques.
Vidéo 

Culture bio
Si le chanvre Cannabis sativa, surtout à haute teneur en THC, est un répulsif pour les insectes phytophages qu’on pourrait planter entre les rangées de légumes pour les protéger de leurs ravages, il n’en est pas moins attaqué par toute une armée de broyeurs, piqueurs-suçeurs, foreurs et autres anthophages. Lesquels se portent bien malgré l’ingestion de bonnes doses de cannabinoïdes, pour peu qu’ils ne fassent pas du kif leur unique provende.
Au grand dam des cultivateurs, producteurs pour des usages médicaux. Ce qui est autorisé – et contrôlé - dans plusieurs États états-uniens notamment.
La lutte chimique est encadrée. En novembre 2013, le Liquor Board et le ministère de l’Agriculture de l’État de Washington ont établi une liste de 200 pesticides homologués sur les cultures et les stocks de Marie-Jeanne.
Au grand dam de Steve Elliott du site Toke Signals. Qui s’insurge de l’administration de poisons aux patients hépatiques, immunodéprimés et généralement en phase terminale de leur maladie à qui la beuh procure un soulagement efficace. Qui pointe que quelques-uns des produits de traitement de la liste ne sont par ailleurs autorisés que sur l’herbe des pelouses.
D’après « Growing Medical Marijuana with Natural Pesticides », par Kimberly Hernandez. Lu le 12 mai 2014 à www.smallcapnetwork.com/
NDLR 1 : En intérieur, les arthropodes capables de ruiner la culture se recrutent principalement chez les acariens tétranyques (« araignées rouges »), les pucerons, aleurodes, cicadelles, thrips et les Diptères Mycétophilidés.
NDLR 2 : on trouvera sur Internet abondance de recettes pour gérer une plantation personnelle domestique hydroponique en bio.


Avril
À cliquer

Puce à cornes
Prenez un lucane cerf-volant, une imprimante 3D et un peu de nanomatériaux en guise d’encre, et vous aurez un système électronique souple et mobile, qui vous renseignera par exemple sur les toxiques rencontrés par l’insecte.
Lucanus maculifemoratus, (Col.) Lucanidé, n’est là en fait que comme sujet porteur pour les inventeurs coréens d’un procédé innovant. Il s’agit pour eux de démontrer qu’on peut produire des puces électroniques monolithiques sur des supports biologiques souples et déformables, le tégument d’un insecte (coriace en l’occurrence) comme aussi l’épiderme de Dracaena sanderiana, alias lucky bamboo.
La technique consiste à déposer et à bien disposer par impression, avec des masques etc., sur le substrat des nanotubes de carbone à paroi simple et des électrodes en graphite.
Jusque-là, notre lucane imprimé a servi détecteur de traces de sarin. Mais les inventeurs voient leurs puces apposées sur les ongles, le papier, les vêtements… œuvrant à la mesure des paramètres de l’environnement. Eux travaillent à augmenter la portée de détection de ces capteurs mous.
D’après « Integrating nanoelectronic devices onto live plants and insects », par Michael Berger. Lu le 2 mai 2014 à www.nanowerk.com/
Infographie
Pour alimenter en courant les puces épidermiques, voir notamment l’Épingle Jus de blatte.

Identification au vol
Il est un vieux rêve des entomologistes appliqués : déterminer les ravageurs et les vecteurs par un système automatique, de façon à raisonner au mieux la lutte. Pour se passer des pièges à relever et des tris sous la bino. Depuis les premières analyses du zonzonnement de moustiques en 1945, la détection acoustique des insectes volants a suscité bien des espoirs. Sans débouché concret.
À Riverside (Californie, Etats-Unis), Yanping Chen et ses collaborateurs ont travaillé sur un autre principe de détection et de reconnaissance. L’insecte, en coupant en vol un faisceau laser, modifie spécifiquement le signal reçu par un phototransistor. L’informatique, nourrie des données accumulées durant 3 ans par des douzaines de capteurs (installés dans des cages avec une centaine d’individus de 6 espèces différentes de moustiques et de mouches) tournant 24 heures sur 24, reconnaît sa signature en battements d’ailes et affiche son nom latin. Le taux d’erreur est minime, d’1% pour une espèce seule à quelque 20% pour un mélange de 10.
Le piège à disposer au champ pourra être fabriqué pour moins de 10 $ et sera alimenté par un panneau solaire. Des expériences sont en cours au Brésil et à Hawaï. En projet, son emploi pour détecter les moustiques vecteur au Mali.
Article source – gratis et en anglais.
image de la cage enregistreuse de vol

Fini les épingles ?
En collection, les insectes (imagos) sont montés, c’est-à-dire transpercés d’une épingle qui sert à les piquer dans leur boîte et à les déplacer sans les toucher. Il serait très avantageux de disposer d’images précises et complètes (sous toutes les coutures, en relief, et avec les couleurs) de ces spécimens, images numériques qui pourraient circuler à la vitesse des connexions Internet, accompagnées de tous les documents intéressants. On dispose depuis longtemps de dessins et de photos, des représentations dans le plan qui donnent une vue très partielle de la complexité de la morphologie et des textures de surface des échantillons.
Les outils d’imagerie, tels que les tomographes à rayons X, fournissent des documents en noir et blanc et sont très coûteux. Une équipe d’entomologistes australiens a mis au point un système relativement simple, rapide et aux composants facilement accessibles. L’insecte (de 3 à 30 mm) est traduit par un fichier informatique de 5 à 24 Mo qu’un logiciel ad hoc expose sous forme d’une image 3D que l’on peut faire tourner.
Le spécimen (désépinglé) est empalé sur une tige fixée à une platine mobile motorisée. Face à lui, un appareil photo muni d’un objectif macro et d’un flash annulaire. Le tout est automatisé et plusieurs modes sont possibles dont le stacking pour les plus petits insectes (prises de vues successives avec variation de la mise au point). L’ordinateur reconstruit l’image finale à partir de toutes les vues enregistrées.
Et même, il efface l’épingle dans les cas où on ne peut pas la retirer.
Article source : Capturing Natural-Colour 3D Models of Insects for Species Discovery and Diagnostics, par Chuong V. Nguyen et al., 24 avril 2013.
À relire : Les épingles, par Alain Fraval. Insectes n° 129 (2003-2) et Les illustrations entomologiques.

Sommeil préparateur
Pourquoi les jeunes dorment-ils autant et quel avenir se préparent-ils ? La réponse est cherchée du côté des drosophiles, animaux bon marché, petits, dociles et génétiquement manipulables presque à l’infini.
À l’âge tendre, ces mouches dorment plus et sont plus difficiles à réveiller. Soit donc des drosos qui produisent peu de dopamine, un neurotransmetteur qui agit sur le corps en éventail du cerveau, centre de l’éveil. Si l’on active précocement – sur des individus très jeunes, juste après l’émergence – ce centre, leur sommeil est réduit. Plus tard, leur vie amoureuse sera gravement perturbée : si jamais elles font la cour, elles seront brèves et incapables de conclure. Dans leur cerveau, la zone dite « VA1v », que l’on sait faire partie du centre qui gouverne les comportements prénuptiaux, est plus petite.
Amita Seghal et son équipe (centre médical Howard-Hughes, Maryland, États-Unis) ont mis là en évidence le premier lien entre sommeil au jeune âge et comportement à l’âge mûr.
Quant à ce qui se passe chez nos jeunes, on demeure perplexe.
D’après « Connecting sleep deficits among young fruit flies to disruption in mating later in life », lu le 17 avril 2014 à http://cdn.medicalxpress.com/
Schéma

Double manipulation
Les mycoplasmes des végétaux sont des bactéries particulières, parasites obligatoires, d’un grand impact en agriculture : ils modifient la plante en lui faisant pousser des tiges surnuméraires (balai de sorcière), en la décolorant (virescence) ou en lui faisant produire des feuilles à la place des fleurs (phyllodie).
Ces pestes ont également besoin de cicadelles vectrices pour passer d’une plante à l’autre. Les plantes infectées sont stérilisées mais plus attractives et plus accueillantes pour les cicadelles qui s’infectent (sans en souffrir) et réinjecteront l’agent pathogène avec leur salive. Plante et insecte sont manipulés. Une équipe du John Innes Centre à Norwich (Royaume-Uni) conduite par Saskia Hogenhout vient de montrer comment.
Ont participé à leurs travaux, outre le mycoplasme de la Jaunisse de l’aster (AY-WB), une série d’Arabettes des dames (Arabidopsis thaliana) transgéniques et des couples de Cicadelle de l’aster Macrosteles quadrilineatus (Hém. Cicadelellidé).
Le mycoplasme contrôle la plante au moyen d’un agent de virulence, la protéine SAP54, qui interagit avec une autre protéine, RAD23, une ubiquitine (chargée de la fonction poubelle dans le noyau des cellules). De façon surprenante, SAP54 est également responsable de l’attractivité pour les cicadelles pondeuses.
En attendant que cette découverte conduise à de nouveaux moyens de lutte, les chercheurs voudraient élucider le mécanisme à l’œuvre dans d’autres cas, notamment dans celui de la rouille à Puccinia monoica. Les feuilles des plantes parasitées prennent l’allure de fleurs jaunes très brillantes, très attractives pour les insectes pollinisateurs. Ceux-ci se chargent de propagules du champignon et les propagent.
D’après « Bacterial tricks for turning plants into zombies », par Ed Young. Lu le 8 avril 2014 à www.nature.com/news/
L’article source est disponible in extenso et gratis : DOI: 10.1371/journal.pbio.1001835

À (re)lire : Le Chlorion et autres manipulateurs, par Alain Fraval. Insectes n° 163 (2011-4).

----- parues dans Insectes n° 172

Le régime est démasqué
Les criquets et sauterelles (Orthoptères Célifères et Ensifères) ont en général un régime essentiellement phytophage. Leur impact sur le rendement des cultures est très important – même en dehors des pullulations et invasions spectaculaires – mais diffi cile à évaluer, car ces insectes consomment aussi bien des plantes d’intérêt (la plante cultivée dans le champ) que des adventices (dont les mauvaises herbes).
Quel est le régime alimentaire de ces hôtes de nos cultures ? L’observation directe des individus pas plus que le recueil de leurs fèces ne sont possibles. On a donc recours – c’est classique – à l’examen du contenu du tube digestif d’animaux sacrifi és (méthode des « contenus stomacaux » des vertébrés comme les rongeurs et les sangliers). Une fois avalé et parvenu dans l’intestin moyen, le bol alimentaire ressemble à une bouillie où les éléments de diagnostic ont disparu – tout juste peut-on espérer estimer la part des graminées.
Le génie biomoléculaire fournit désormais l’outil ad hoc – pratique d’emploi et bon marché. Les Orthoptères sont capturés et grossièrement disséqués de façon à extraire leur tube digestif. L’ARN de chaque plante consommée est repéré avec précision ; l’opération prend moins de 3 heures.
Connaissant le régime alimentaire des individus des populations présentes dans le champ, on peut décider s’il y a lieu d’intervenir pour réduire leurs populations. La méthode est applicable à toutes sortes d’insectes, rongeurs et oiseaux phytophages surveillés en défense des cultures.
La technique permet des observations fi nes sur la digestion, selon Alina Avanesyan (université de Cincinnati, États-Unis) son promoteur. Chez des larves et des adultes de différents Melanopus (Orth. Acrididé), l’ADN caractéristique d’une plante est détectable jusqu’à 12 h après son ingestion chez les petits individus, 22 h chez les gros. En tronçonnant le tube digestif, on peut suivre le devenir de chaque élément de l’alimentation :on a ainsi repéré que ces criquets mangent, au cours de la journée, successivement les plantes présentes, sans papillonner.
D’après notamment « Extracting Plant DNA From Grasshopper Guts Improves Understanding Of Plant-insect Interaction », lu le 6 février 2014 à www.redorbit.com/news/science/
NDLR : anciennement (mais pas tant que ça), on a utilisé des marqueurs comme des radio-éléments. L’auteur de ces lignes se souvient d’avoir, il y a très très longtemps, fait avaler à des criquets d’élevage du papier fi ltre coloré pour mesurer la durée du transit…

Pâtes de mouche
D’une part les imprimantes 3D font des merveilles, de la mouche en plastique à la pièce d’avion en titane. Elles produisent des objets très complexes à partir des matériaux les plus divers. C’est très cher mais les prix baissent.
D’autre part les asticots, les vers blancs, de mopane, de farine et à soie, les grillons et autres sont – selon les thuriféraires de la transition entomologique - bourrés de protéines, de métaux et autres nutriments potentiellement intéressants. Tels quels, ils ne sont ni appétissants ni goûteux mais en les transformant et en les assaisonnant…
Ken Spears, de la London South Bank University, a inventé et promeut l’insecte imprimé, qui a l’immense avantage de ressembler à tout ce qu’on veut sauf un insecte.
En guise d’encre, une pâte à base de farine d’insecte, avec du chocolat, de la crème de gruyère, du piment… À partir de vers de farine, il peut déjà envisager des décorations (écritures, fleurs, paniers… mouches ?) très délicatement sculptées pour mettre sur des gâteaux, en tout cas pour épater les convives. Avec quelque chose de plus costaud comme des vers de mopane importés d’Afrique du Sud, il pourra proposer des barres protéinées.
D’après « Insects to be turned into cakes and bread », par Claire Carter. Lu le 5 février 2014 à www.telegraph.co.uk/
À (re)lire « Mangerons-nous tous des insectes en 2050 ? », par Pierre Feillet. Insectes nos 169 et 170 (2013-2 et 2013-3).
NDLR : ver de farine, alias Ténébrion meunier = Tenebrio molitor (Col. Ténébrionidé) ; ver de mopane = Gonimbrasia belina (Lép. Saturniidé).
Illustrations

Agents insensibles au poison
De nombreux résultats concourent pour établir que les agents de lutte biologique, insectes parasitoïdes et prédateurs comme nématodes, ne sont pas affectés par les toxines exprimées par les cultivars génétiquement modifiés et toxiques pour les ravageurs. Tout le monde n’est pas convaincu. Deux publications relatent des travaux précis, qui confirment cette impunité.
Dans le premier, des punaises  prédatrices Orius insidiosus (Hém. Anthocoridé) et Geocoris punctipes (Lygéidé) ont ponctionné des chenilles de l’Arpenteuse du chou (alias Ni) Trichoplusia ni (Lép. Noctuidé) et la Légionnaire d’automne, Spodoptera frugiperda (id.). Ces 2 noctuelles appartiennent à des lignées résistantes aux toxines de Bacillus thuringiensis (Bt), respectivement à Cry1Ac/Cry2Ab exprimés ensemble par du coton et à Cry1 F incorporé seul à du maïs.
Les punaises sont suivies pendant 2 générations successives. Par rapport à des témoins élevés sur des chenilles nourries de coton et de maïs conventionnels, la survie, le développement, le poids des imagos, la fécondité et la fertilité sont identiques. Ceci alors que le Bt est bien présent chez les prédateurs, à un taux qui diminue progressivement.
Le second travail, publié simultanément, porte sur le nématode entomophage Heterorhabditis bacteriophora infestant des Teignes des crucifères Plutella xylostella (Lép. Yponomeutidé) résistantes au Bt Cry1Ac, nourrie de chou brocoli GM. Le résultat est le même.
On peut en conclure que l’emploi en agriculture de variétés Bt n’affecte pas directement les auxiliaires.
D’après, notamment, « Beneficial insects, nematodes not harmed by genetically modified, insect-resistant crops », lu le 2 février 2014 à phys.org/news/
Travaux publiés dans le numéro de février 2014 d’Environmental entomology (accès payant).




Des lunettes high-tech pour compter les pucerons.
Ouest France, 25 avril 2014.

Les OGM (organisme grandement médiatisés), 
par Jean Jacques Leguay. Le Monde, 21 avril 2014.

Certains oiseaux pourraient “sentir” les végétaux attaqués par des insectes.
Ornithomedia, 17 avril 2014.
Les composés organiques volatils émis par les végétaux mangés par des insectes serviraient notamment à attirer les oiseaux.

Chez le frelon asiatique, la couleur ne fait pas l’espèce
.
MNHN/IRD/EPHE, 17 avril 2014.
[Vespa velutina, Hym. vespidé]

Cet insecte chez qui la femelle a un pénis et le mâle, un vagin, par Pierre Barthélémy. Le Monde, 18 avril 2014.
[Neotrogla spp., Psoc. Prionoglarididé]

Des millions de moustiques OGM sur le point d’être commercialisés au Brésil, par Sophie Chapelle. Basta !, 16 avril 2014.
[Aedes aegypti - Dip. Culicidé - OX513A (RIDL)]
À (re)lire : OX3604C
moustique suicide
, par Alain Fraval. Insectes n° 168 (2013-1).
Mars
À cliquer

On peut compter sur les blattes
Il suffit d’injecter à une blatte un lot bien choisi et assez fourni de nanorobots. Ceux-ci, des fragments d’ADN, peuvent prendre deux états, plié et déplié, en fonction de la molécule rencontrée ; en interagissant entre eux, ils forment un ordinateur à ADN. On attend de cette technique des outils capables de réparer nos cellules et des vecteurs de substances actives (qu’ils portent tant qu’ils sont pliés) capables d’atteindre des cibles microscopiques.
Daniel Levner, bio-ingénieur au Wyss Institute de l’université d’Harvard (Massachussetts, États-Unis) et ses collègues de l’université Bar Ilan à Ramat-Gan (Israël), ont injecté de ces nanorobots – munis d’un marqueur fluorescent – à des Blaberus discoidalis (Blatt. Blabéridé). Ceci pour étudier comment ils délivrent les substances dans leur organisme. Au final, le système in vivo formé par l’armée des agents microscopiques s’est avéré potentiellement comparable en souplesse et précision à ce que pourrait faire un ordinateur 8 bits (un Atari ou Commodore des années 80 du siècle passé).
Dans un vertébré, ces nanorobots seraient attaqués par le système immunitaire. Mais l’équipe pense trouver la parade d’ici 5 ans.
D’après « DNA nanobots deliver drugs in living cockroaches », par Sarah Spickernell. Lu le 8 avril 2014 à www.newscientist.com/
NB : l’hôte des nanorobots peut aussi fournir le courant (dont ils n’ont que faire, d'ailleurs) : Épingle Jus de blatte de 2012.

Elle montre ses muscles
On vient de réaliser la première vidéo explicite d’une mouche en vol.
Une Mouche bleue Calliphora vicina (Dip. Calliphoridé) est collée par le dos à un dispositif  pivotant ; face à elle, un courant d’air qui lui fait battre des ailes (à 150 Hz). On l’« illumine » par de puissants rayons X (émis par un synchrotron), qui traversent le tégument. Enregistrées sous plusieurs angles, les images des tranches successives (tomographie) sont ensuite assemblées pour livrer le film des déformations du thorax, des contractions des muscles alaires, du fonctionnement de l’articulation avec les déformations des sclérites, et des battements des ailes.
On le sait, chez les insectes Néoptères, la musculature n’agit pas directement sur les ailes ; elle modifie la géométrie du thorax en sorte que celles-ci s’abaissent et s’élèvent. À côté de gros muscles puissants, d’autres bien plus petits (3% de leur masse) modulent finement notamment les forces appliquées aux sclérites. Les muscles se contractent de façon autonome, plus vite que les impulsions nerveuses.
L’analyse des films a permis de préciser le rôle des différents éléments du thorax qui interviennent dans le vol et confirmer que pour virer,  la mouche procède un peu comme une chenillette : en freinant d’un côté. Les gros muscles continuent leur travail symétriquement mais d’un côté un muscle accessoire spécialisé absorbe l’excès de puissance.
Les auteurs comptent analyser d’autres mouvements comme la torsion de l’aile mais l’enregistrement tomodensimétrique doit être rapide : les rayons X assez pénétrants sont létaux.
La Mouche bleue révèle un système très compliqué qui ne ressemble à rien de ce que les ingénieurs savent construire. Ceux-ci comptent s’en inspirer pour améliorer leurs réalisations en micromécanique.
Article source : DOI: 10.1371/journal.pbio.1001822 – en ligne gratuitement.

Aimer, bouger et chanter
Laissez trainer une rondelle de banane et écoutez bien le chant d’amour de la Mouche du vinaigre. Monsieur fait une cour pressante à Madame en la coursant et, pendant 1/5e du temps, lui adresse de ses 2 ailes un message vibrant. Celui-ci est composite : un ronronnement (au ralenti une sorte de râclement sec avec des pics) et un chant (une succession de notes douces s’évanouissant) et qui se succèdent en fait toutes les quelques millisecondes et vous paraissent superposés.
Regardez bien également : quand Madame s’éloigne, Monsieur bouge en conséquence et ronronne plus fort. Parvient-il près de l’objet de son désir que son chant s’apaise et devient plus suave. Contrairement à d'autres êtres ailés, celui-ci n'est pas stéréotypé.
Mala Murthy et ses collaborateurs du Princeton Neuroscience Institute (New Jersey, États-Unis) ont en fait été les premiers à analyser rigoureusement les stridulations de la droso. Pour cela, ils ont construit une enceinte octogonale recouverte d’un fin maillage métallique, munie de 9 microphones, et réalisé une centaine de milliers de séances. La plupart mettaient en piste un couple, d’individus sexuellement mûrs mais légèrement modifiés par la privation d’un ou plusieurs sens : il y eut ainsi des aveugles, des sourd(e)s et des anosmiques (insensibles aux phéromones)... Outre la caractérisation du chant de cour, l’équipe de neurobiologiste est ainsi parvenue à montrer que la même commande nerveuse gouverne les pattes (déplacements) et les ailes (chant) du mâle.
Drosophila melanogaster fournit là, après bien d’autres choses, un modèle simple et pas cher pour étudier la prise de décision rapide.
D’après « What singing fruit flies can tell us about quick decisions », lu le 20 mars 2014 à //phys.org/news/
NDLR : Devant les sérénades des moucherons, notez que ces travaux pourraient vous concerner : il s’agit d'amélierer des algorithmes pour prédire ce que vous allez faire, considérant qu’il doit y avoir des liens inconscients entre vos gestes et que vos comportements doivent pas mal à des automatismes.

Liturgusa, Liturgusini, Litgursidés
Gavin Svenson (du Muséum de Cleveland, États-Unis) est parti à la recherche des représentants à (re)découvrir de cette tribu d’Amérique du Sud, tant en forêt tropicale humide que dans les muséums. Le voilà de retour avec à son tableau 19 espèces nouvelles.
Ce sont des mantes non religieuses, extrêmement difficiles à attraper. Elles vivent plaquées contre l’écorce des troncs et des branches, se confondant avec elles, presque invisibles. On peut les appeler mantes-écorces comme il y a des mantes-feuilles. Passe une proie marchante ou volante, elles la poursuivent et la rattrapent à la course. Survienne un prédateur menaçant, elles se cachent de l’autre côté du tronc ou se laissent choir dans la litière pour y faire le mort.
Certaines espèces, décrites au début du siècle, ont disparu avec leur habitat. Pour d’autres, dont certaines au statut de conservation très faragile, notre chasseur a pu les reclasser. Il a créé 3 genres nouveaux, qu’il a nommés Fuga, Velox, et Corticomantis. Quant à l’ancien Liturgusa, il l’a enrichi d’espèces nouvelles dont L. algorei, ainsi baptisée en l’honneur d’un ex-vice-président états-unien.
Article source : 10.3897/zookeys.390.6661 (214 p., gratuit).
Photo d’un mâle de Liturgusa algorei 

Le gène de la génuflexion
Il s’appelle stum – apocope de l’anglais stumble, tituber – et permet de connaître, inconsciemment, l’angle entre son fémur et son tibia. C’est indispensable pour marcher normalement. Si l’on naît dans une souche de bancals, la greffe dudit stum, issu d’une souris, redonne une démarche normale (à la descendance), sur ses 6 pattes. On ignore si le genre humain en est pourvu mais ça devrait être le cas.
L’équipe de Boaz Cook (TSRI à La Jolla, Californie, Etats-Unis) vient de caractériser, dans la patte de la Mouche du vinaigre, à la fois le gène et le neurone spécialisé dans ce type de proprioception. Proche de l’articulation, le dendrite du neurone est bifide et l'écartement des deux brins, lors du mouvement de marche ou de saut, modifie le flux d’ions calcium au travers de sa membrane. D’où l’influx nerveux qui « mesure » l’angle de flexion.
D’après « Stumbling fruit flies lead scientists to discover gene essential to sensing joint position », lu le 13 mars 2013 à www.sciencecodex.com/
Image

Pièges verts
Ce sont des pieds d’un tabac australien Nicotiana benthamiana, génétiquement modifiés. Ils produisent un analogue de la phéromone de rapprochement des sexes de deux Lépidoptères Yponomeutidés, l’Hyponomeute du fusain Yponomeuta evonymella et l’H. du cerisier H. padella. Le but est d’attirer en masse les papillons mâles, en les détournant de leur devoir conjugal. Lequel aboutirait à l’engendrement de plein de chenilles voraces et tisseuses.
La machinerie biotechnologique mise en œuvre est complexe et fait intervenir 4 gènes pour faire dévier le métabolisme normal de la plante vers la synthèse de l’appât.
Incorporé dans un programme de lutte intégrée, un tel procédé de « lutte psychique » devrait permettre de réduire considérablement les traitements chimiques et maintenir les populations des ravageurs à des niveaux supportables.
Article source

Le laser du désir…
…Et de la marche arrière. La machine s’appelle FlyMAD (Fly Mind-Altering Device) ; elle est l’œuvre de Barry Dickson, neurophysiologiste à l’institut médical Howard Hughes à Ashburn (Virginie, États-Unis). Avec elle, on manipule le cerveau d’une Mouche du vinaigre comme si l’on pratiquait l’optogénétique (optique + génie génétique) sur celui d’une souris, assez gros pour qu’on y plante une fibre optique, ce qui n’est pas le cas de notre drosophile, dont la capsule céphalique est de plus opaque.
La machine produit un fin faisceau laser infra-rouge qui chauffe les neurones cibles désigné par le chercheur et préalablement dotés (par transgenèse) d’une protéine thermoactivable nommée TRPA1.
Dans une première expérience, il s’agit de la commande du comportement sexuel du mâle. Sous l’effet du rayon, le cobaye se met à courtiser (danse, chant alaire, etc.) la boule de cire sa seule compagne et essaye de s’unir à elle. Il continue durant 15 minutes une fois le laser éteint.
Dans la seconde, le rayon est dirigé vers les neurones de la coordination motrice et voilà notre droso qui marche à reculons. Jusqu’à ce qu’on coupe le rayon.
La thermogénétique devrait permettre de comprendre la prise de décision, notamment celle relative à la ponte, en décomposant les enchaînements des commandes neuronales.
D’après « Laser beam makes flies flirt », par Sara Reardon. Lu le 28 février 2014 à www.nature.com/news/

La tête sur les épaules
Jusqu’à un certain point, jusqu'à un certain nombre de tours. On sait qu’une fourmi peut perde la tête si elle rencontre une femelle de Pseudacteon sp. (Dip. Phoridé), parasitoïde. Il n’y a pas que la mouche décapiteuse qui parvient à rompre le cou de la fourmi, les biomécaniciens de l’université de l’Ohio (États-Unis) aussi.
Une fourmi peut porter 1 000 fois son poids. Ne pourrait-on pas s’en inspirer pour concevoir des robots articulés supercostauds ? D’où l’idée d’étudier en détail et de mesurer la résistance de l’articulation tête-thorax.
Ce sont des ouvrières de Formica exsectoides (une espèce nord-américaine, polygyne, constructrice de grands dômes, élevée dans l’insectarium voisin) qui ont été invitées dans la centrifugeuse. Collées par la tête au rotor, elles se ne se sont pas senti peser de plus en plus lourd, car anesthésiées par le froid. À 350 fois leur poids, elles ont allongé le cou ; ce n’est que vers 3 500 à 5 000 G que leur corps s’est détaché.
La tomographie à rayons X a révélé des microstructures complexes et une transition douce entre les téguments durs de la capsule céphalique et du prothorax et la cuticule souple du cou – qu’il s’agira d’imiter.
D’après « With Their Amazing Necks, Ants Don’t Need “High Hopes” to Do Heavy Lifting », lu le 13 février 2014 à //mae.osu.edu/news/
À (re)lire Résistance à la mort par décapitation ou submersion, par V. Bandicourt – 1901.

La monogamie rend bête
C’est avéré, grâce aux expériences de Brian Hollis et de Tadeusz J. Kawecki (université de Lausanne, Suisse) qui apportent une pierre de plus à la compréhension de l’augmentation de l’intelligence dans le règne animal.
L’effet – une baisse mesurable des facultés de cognition - n’est ni immédiat ni universel : il faut rester fidèle durant une centaine de générations et être une Mouche du vinaigre.
L’étude a démarré il y a 7 ans, par l’élevage (par B. Hollis) de deux lignées de drosos, les unes monogames, les autres polygames. Ceci pour évaluer les effets de la compétition sexuelle sur leur évolution. Au bout de ce temps, nos deux entomologistes examinent les effets de ces régimes sur le cerveau des mouches, au moyen d’une épreuve d’apprentissage classique.
En présence d’une odeur neutre (celle de la paraffine en l’occurrence) la droso reçoit un choc mécanique désagréable (on secoue le tube) ; elle est déclarée s’en souvenir lorsque, mise au bout d’1 heure dans un olfactomètre (tube en Y ou en T) elle évite l’odeur. Clairement, les mâles monogames empruntent l’une ou l’autre branche : ils ont oublié. Notons que les femelles ne se trompent pas.
Les mâles de cette même engeance, présentés à des femelles non réceptives (venant de copuler), se fatiguent à leur faire la cour (les polygames vont vite voir ailleurs).
La compétition sexuelle précopulatoire (les mâles se battent pour une femelle réceptive) aiguise donc les facultés intellectuelles.
Pourquoi les animaux sexués ne sont-ils pas tous devenus au fil de l’évolution aussi intelligents que l’entomologiste ? L’apprentissage a un coût : les bons élèves (on est toujours chez la Mouche du vinaigre) résistent moins bien à une famine.
D’après notamment « Stupider With Monogamy », lu le 27 février 2014 à www.nytimes.com/




Antarea en partenariat avec le MNHN : récolte de fourmis par vous. Protocole très simple. Pour la cartographie des Formicidés de France.

Assemblée générale de l'OPIE : samedi 29 mars à 10 h.

Abonnement à Insectes et à Ephemera en ligne sur la boutique de l'OPIE
paiement par Paypal ou cartes Visa et Mastercard.
Et achat d'insectes.

Renaud Paulian : le parcours d’un naturaliste « ordinaire » dans la France d’Outre-Mer. France Culture, 20 mars 2014.
À podcaster.

AGIIR, une appli sur smartphone pour signaler les Processionnaires du pin et les Frelons asiatiques. INRA.
[très simple et rapide]
À télécharger

Pokiwa, les insectes générateurs de courant, par Dominique Desaunay. RFI, 16 mars 2014

Paludisme : une seule mutation génétique peut rendre les moustiques invulnérables…
RTFlash, le 12 mars 2014

Février


La punaise crache ses salives
Les Hémiptères phytophages se nourrissent en ponctionnant les tissus de la plante (sève, parenchyme…) grâce à 2 paires de stylets guidés par leur rostre. À l’intérieur du végétal, le trajet des stylets reste matérialisé par la gaine sétale produite par la solidification de la salive gélifiable de l’insecte (issue des glandes salivaires principales). En même temps une salive fluide dite toxique (sécrétée par les glandes salivaires accessoires) est injectée, qui prédigère le tissu végétal avant sa réabsorbtion et provoque décolorations (stigmonose) colorations et déformations diverses – l’essentiel des dégâts.
Le travail que viennent de publier Michelle Peiffer et Gary Felton (université de Pennsylvnie, États-Unis) oblige à compléter ce morceau de cours classique.
Chez la Punaise diabolique, Halyomorpha halys (Hém. Pentatomidé), salive gélifiable et salive fluide ont des compositions bien différentes. Les protéines de la gaine sétale proviennent de la punaise et de la tomate qu’elle pique ; les peroxydases notamment semblent bien fournies par la tomate. Seule cette gaine sétale composite serait capable de déclencher des réactions de défense chez la plante. Les enzymes contenus dans les 2 types de salive sont des amylases.
Pour faire un prélèvement de salive liquide : refroidir la punaise, la ramener sur la paillasse et la mettre sur le dos ; approcher une pipette contenant du tampon du bout du rostre. Pour récolter des gaines sétales, disséquer la tomate-cerise (bio) qu’elle a piquée en veillant bien à ne pas emporter de la pulpe au bout des pinces Dumont n° 5 parfaitement aiguisées ; ou les récupérer sur les parois d’une une cupule en plastique à couvercle où l’on a laissé les punaises.
On espère de ces avancées la mise au point de nouveaux moyens de lutte contre les punaises, ravageurs coûteux et pestes pénibles.
Article source : DOI: 10.1371/journal.pone.0088483, en ligne (gratuitement) et en anglais.
À (re)lire : La punaise diabolique et les malins, par Alain Fraval. Insectes n° 161 (2011-2).

Ouvrières à la dérive
Survienne une inondation, les fourmis Formica selysi (Hym. Formicidé des Alpes et des Pyrénées)  sont emportées par le flot. Pas n’importe comment : elles forment des radeaux. L’organisation de ces embarcations, faites entièrement de fourmis, vient d’être décrite par Michel Chapuisat et ses collaborateurs de l’université de Lausanne (Suisse).
Observée au laboratoire, la structure du radeau est toujours la suivante : au fond le couvain, partout les ouvrières (sur 2 ou 3 couches), au centre, au sommet et en principe au sec, les reines. Couvain et ouvrières résistent à la submersion ; il y a quelques noyades mais globalement leur parcours en plongée (et apnée) n’est qu’un sacrifice minime pour la colonie. Laquelle récupère ainsi très rapidement sitôt le radeau échoué.
L’exploitation des jeunes est connue par ailleurs chez les fourmis tisserandes et chez les Leptanilla qui se servent d’une larve comme navette ou biberon à hémolymphe pour reine, respectivement. La Fourmi de feu Solenopsis invicta forme aussi des radeaux, étonnants par leur grande élasticité.
Article source : DOI: 10.1371/journal.pone.008921 – en ligne (et en anglais) gratuitement.
Vidéo de la manip 

Invincible sous acide
La Fourmi folle de Rasberry Nylanderia fulva (Hym. Formicidé), une peste, déloge la Fourmi de feu importée Solenopsis invicta, autre peste précédemment installée dans le Sud des États-Unis. Les deux espèces invasives sont originaires d’Amérique latine.
Dans un premier temps, on a attribué cette substitution à l’épuisement des ressources par la Fourmi folle, meilleure exploitante. À y regarder de plus près, c’est–à-dire en observant des ouvrières de la première foncer dans le tas de celles de la seconde, gardiennes d’un criquet mort, il est apparu un comportement particulier. La Fourmi folle, atteinte par un jet de venin, se tord sur elle-même, les mandibules au contact de l’extrémité de l’abdomen puis passant sur le corps. Ensuite, elle repart à l’attaque comme immunisée et, avec ses consœurs, s’approprie la provende.
L’expérience suivante a lieu au labo : si l’on jette dans un récipient contenant des Fourmis de feu des Fourmis folles, 98% de ces dernières survivent. Mais seulement la moitié si l’on a bouché leur glande à venin avec du vernis à ongles.
De fait, atteinte par le venin de son ennemi, la Fourmi folle produit de l’acide méthanoïque (CH2O2, dit formique), le prélève avec la bouche et s’en oint, ce qui détoxifie le poison mortel. C’est le premier cas connu d’un insecte produisant l’antidote au venin d’un autre insecte.
La Fourmi folle ne se répand pas très vite, sa capacité naturelle d’expansion est faible : moins de 200 m par an. Mais elle peut compter sur les automobilistes et camionneurs qui transportent des plantes en pots…
Travaux d’ Ed LeBrun à l’université d’Austin (Texas, États-Unis).
D’après « Crazy ants dominate fire ants by neutralizing their venom », lu le 13 février 2014 à www.sciencedaily.com/
À (re)lire l’Épingle « la Fourmi court-jus » de 2013  

Ça ne peut pas être à l’œil
Les cicindèles sont des Coléoptères carnassiers qui pratiquent le piégeage (la larve semi-souterraine) ou la chasse à courre (les imagos harpactophages). Et celle-ci à très grande vélocité. Jusqu’à un peu plus de 50 fois leur longueur corporelle par seconde, l’équivalent de 360 km/h pour un humain.
À cette vitesse, leurs yeux composés ne « suivent pas » et elles devraient heurter le moindre obstacle. Comment font-elles ? Daniel Zurek et ses coauteurs, de l’université Cornell (États-Unis) publient la solution, résultat d’une manip assez simple. Une cicindèle aux yeux vernis, ne court pas moins vite et de façon pas moins agile. Sur la même piste, toujours avec une « haie » au milieu, un individu voyant courant les antennes attachées se cogne contre la haie.
Ce sont les antennes qui prennent le relais des yeux à haute vitesse. Elles sont portées vers l’avant et leur extrémité reste à 1,5 mm du sol.
La robotique fera-t-elle un grand pas grâce à cette découverte ? Au milieu du XXe siècle, les tortues (de Walter), souris (Shannon) et renard (Ducroc) cybernétiques possédaient, en plus d’une cellule photoélectrique, un capteur de contact à l’avant.
D’après notamment « Speedy tiger beetles use antennae to 'see' while running », par Krishna Ramanujan. Lu le 7 février 2014 à www.news.cornell.edu/.
NDLR : pour échapper à un prédateur, la larve de Cicindelis dorsalis media roule. Ils sautent !, par Alain Fraval. Insectes n° 167 (2012-4).

Le spermatozoïde du moustique a une antenne
Surprise : les substances chimiques auxquelles l’imago d’Aedes aegypti (Dip. Culicidé) est sensible sont les mêmes qui stimulent ses spermatozoïdes. Les récepteurs (« OR ») situés sur l’antenne du premier sont identiques à ceux qu’on vient de découvrir sur le flagelle du second.
Disposés tout au long du flagelle, ils contrôlent ses mouvements, accélérant la nage du spermatozoïde vers son but si les signaux chimiques favorables sont perçus.
La femelle du moustique s’accouple une fois et stocke le sperme dans sa spermathèque. Puis elle se met en quête d’un vaisseau sanguin superficiel chez un entomologiste (par exemple) où puiser le sang nécessaire à la maturation des ovocytes. Ensuite de quoi a lieu la fertilisation – par les spermatozoïdes qui ont reçu le signal chimique ad hoc - et le développement embryonnaire. 
Jason Pitts et ses collaborateurs (université Vanderbilt, États-Unis) cherchaient depuis plusieurs années à comprendre pourquoi ils trouvaient tant d’OR – en principe l’apanage des femelles - chez les mâles d’Anopheles gambiae. Ceci dans le cadre de la recherche de répulsifs anti-moustiques.
Cette équipe a déjà retrouvé ces OR spermatozoïdaux « Orco » chez le Moustique tigré Aedes albopictus, la Mouche du vinaigre Drosophila melanogaster et Nasonia vitripennis (Hym. Ptéromalidé. Elle avance que ces OR jouent un rôle dans la reproduction chez beaucoup d’insectes et qu’ils ont préexisté à ceux des antennes.
D’après « Mosquito sperm have 'sense of smell' », lu le 3 février 2013 à phys.org/news/
NDLR : le flagelle du spermatozoïde de l’entomologiste – bien plus petit - possède aussi un « sens de l’olfaction » mais dont le rôle reste controversé.

On lui casse du sucre sur le dos
Qui explorera la zone jusque dans les coins, se faufilera partout, s’insinuera dans les moindres trous, bravant la puanteur, la poussière, la radioactivité..., communiquera tout au long de la mission avec le réseau social de ses collègues grâce au matériel chargé dans son sac à dos et livrera au patron de l’opération, bien installé dans son bureau, une carte précise et vivante des polluants et des contaminants ? Si vous pensez à des immigrés zombifiés et payés des miettes originaires d’Amérique du Sud, d’Afrique ou surtout de Madagascar, c’est correct.
Le problème est comment alimenter les instruments électroniques (chimiocapteurs, neuroeffecteurs, récepteur-émetteur, etc.) en électricité sans écraser le patrouilleur sous le poids de batteries. La solution, radicalement nouvelle d’après les chercheurs japonais qui viennent d’en publier les grandes lignes, est d’aménager le sac à dos en pile à combustible liquide. Grâce à une membrane et à des enzymes, le tréhalose (sucre) du porteur se transforme en glucose (autre sucre) qui va se faire oxyder sur l’anode avec production d’oxygène et d’une cinquantaine de microwatts. 
Le tout ne mesure pas plus de 20 x 15 mm, ce qui reste agréable. La fabrication est confiée à une imprimante 3D et la circulation de l’hémolymphe aux mouvements de l’abdomen et du vaisseau dorsal de l’individu, par exemple un spécimen de Gromphadorhina portentosa (Blatt. Blattéridé), Blatte souffleuse de Madagascar, Zombiptère costaud.
D’après notamment : « The self-powered cyborg COCKROACHES set to clean up our cities », par Mark Prigg. Lu le 3 février 2014 à www.dailymail.co.uk/sciencetech/
Vue (d’artiste) de la pile en place et schema de son fonctionnement ici (en anglais).
NDLR 1 : on a obtenu la même puissance avec le même dispositif avec la sud-américaine Blaberus discoidalis – Épingle « Jus de blatte » de 2012
NDLR 2 : un procédé concurrent fonctionne depuis 2009 – Épingle « Du jus dans les 6 pattes ».
NDLR 3 : la définition de l’ordre des  Zombiptères est rappelée dans « Les insectes s’améliorent ».

PS : on peut aussi produire du courant à partir du travail d'arthropodes non instrumentés mais exploités : voir le cirque ici.



Pourqoi le cas du "vigneron condamné pour refus de polluer" fait débat
, par Ophélie Neiman. Le Monde, 25 février 2014.
[Scaphoideau titanus, Hém. Cicadellidé]
À (re)lire : Alerte en Bourgogne, Épingle de 2004 et Les cicadelles nuisibles à l'agriculture 2, par William Della Giustina. Insectes n° 127 (2202-4).

> Les anciens numéros d'Insectes et d'Ephemera à prix cassés.
Déstockage à la Maison des insectes

Un robot avec un cerveau d'abeille,
BE Allemagne 647, 19 février 2014.
"Un projet entre l'Université libre de Berlin et le Centre Bernstein permet le développement d'un robot capable de percevoir des stimuli extérieurs et de répondre à ces influx."

Offre d'emploi,
temps partiel, à Paris. Contact

Les insectes ravageurs des cultures, un fléau pour les agriculteurs d'Afrique australe,
Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations unies
[Noctuelle ponctuée, Mythimna unipunctata (Lép. Noctuidé). Fiche HYPPZ]

Qui a peur des espèces invasives ? Un entretien avec Jacques Tassin, par Pierre Barthélémy. Le Monde, 16 février 2014.

Les nazis voulaient-ils faire des armes biologiques à base d’insectes ?
par Pierre Barthélémy. Le Monde, 2 février 2014.
À (re)lire Insectes de guerre, Par Alain Fraval. Insectes n° 165(2012-2).

Concours de photos d'insectes
. Gembloux. Dépôt avant le 14 mars. "Amis photographes macroteux, ne manquez pas cette opportunité !"

Janvier Les voeux de l'OPIE
2014 - les insectes crèvent l'écran

Snf7 est la cible
Que faire contre les ravageurs qui résistent aux armes non chimiques les plus affûtées issues des arsenaux des entomologistes agricoles ? L’introduction dans la plante d’intérêt d’un (ou plusieurs) gènes sécrétant la toxine de la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt) la rend toxique pour l’insecte cible (et quelques commensaux) jusqu’à l’apparition de populations résistantes. Ce phénomène très général est inéluctable ; on peut seulement le retarder.
Bref, aux États-Unis, la Chrysomèle des racines du maïs Diabrotica virgifera (Col. Chrysomélidé),  ravageur agricole très coûteux, résiste à au moins une toxine de Bt, en usage depuis une dizaine d’années.
Le cultivar SmartStax Pro pourrait répondre aux espoirs des maïsiculteurs. Son producteur, Monsanto, espère qu’il sera homologué d’ici quelques années.
Sa propriété insecticide repose sur le mécanisme de l’interférence ARN. Ledit maïs est génétiquement modifié pour produire un petit fragment d’ARN (une vingtaine de nucléotides) synthétique qui ira bloquer chez l’insecte le gène Snf7 de la synthèse d’une protéine indispensable en s’hybridant à l’ARN messager. La larve de la Chrysomèle meurt, les cellules de l’intestin moyen détruites.
De la même façon ou par pulvérisation, on s’apprête à s’attaquer à plusieurs problèmes de santé ou de qualité des plantes et l’interférence ARN a déjà des applications en médecine. Et l’on a , par génie génétique mais sans connaître le processus, obtenu ainsi des pommes qui ne brunissent pas et de l’huile de soja améliorée. On voit là aussi le moyen de débarrasser l’Abeille domestique du varroa…
Reste à évaluer les dangers de la dispersion dans la nature de ces micro-ARN artificiels, dont la spécificité peut être mise en doute.
D’après notamment « Genetic Weapon Against Insects Raises Hope and Fear in Farming », par AndrewPollackjan. Lu le 27 janvier 2014 à www.nytimes.com/
À (re)lire : La Chrysomèle du maïs est en France, par Pierre Zagatti et Sylvie Derridj. Insectes n° 127 (2002-4) 

Une brève fiche sur D. virgifera

L’infortune porte malheur

Les infortunés qui perçoivent le parfum de l’amour et ne sont pas conséquemment comblés, on vient de le découvrir, sont mal partis. Leurs réserves graisseuses vont diminuer, ils mourront facilement de faim et d’une façon ou d’une autre crèveront avant l’âge. L’effet est rapide mais réversible en cas de bonne fortune.
Le parfum d’une femelle bien disposée, autrement dit la phéromone de rapprochement des sexes, est perçu, ont vient aussi de le découvrir, par des neurones sensoriels situés sur les pattes antérieures.
Chez la Mouche du vinaigre, objet de l’étude, la longévité est modulée par les circuits neuronaux sensoriels et de récompense ; elle est affectée négativement par la frustration : lorsque le signal reçu n’est pas suivi de l’enregistrement de l’acte qui devrait le suivre.
Travail de Christi M. Gendron et ses collaborateurs à l’université du Michigan. DOI: 10.1126/science.1243339

Expansion permanente
Où s’arrêtera la conquête de l’Ouest ? Au désert, sans doute. Le Bombyx disparate Lymantria dispar (Lép. Érébidé) a été introduit sur la côte est des États-Unis en 1868 par É.-L. Trouvelot. Depuis, ce défoliateur est la pire peste des feuillus. Tous les moyens ont été employés contre les œufs et les pontes (grattage, brûlage…), les chenilles (traitements terrestres et aériens) et les imagos (piégeage) en plus de l’acclimatation réussie ou non de nombreux auxiliaires de lutte biologique, insectes, champignons, virus… Il a « fait vivre » de nombreux entomologistes, sur plusieurs générations (dont l’auteur de ces lignes, au Maroc), qui n’en sont pas venus à bout. L’aire de répartition du gypsy moth s’est agrandie inexorablement.
Le Bombyx disparate ne tue pas les arbres en bonne santé, ses chenilles ne sont pas urticantes, mais ses pullulations très spectaculaires provoquent des nuisances jugées insupportables.
Les dernières nouvelles du front nous parviennent du Minnesota, au-delà des Grands Lacs. La région boisée et résidentielle appelée Arrowhead a été touchée en 2010. Les autorités font face, armées du nec plus ultra des biotechnologies de pointe : la quarantaine.
Au vu des résultats des piégeages de papillons, 2 comtés seront placés sous ce régime. Tout ce qui en sortira sera contrôlé, de façon à ce qu’aucune ponte n’aille propager l’infestation. Les vecteurs potentiels désignés sont les billes de bois, les plants, le bois de chauffage, les meubles de jardin et le matériel de camping.
Bien. Mais le vent peut emporter les chenilles du premier stade – qui est celui de la dispersion naturelle de l’espèce – sur plusieurs dizaines de kilomètres…
D’après « Lake, Cook counties in line for gypsy moth quarantine », par John Myers. Lu le 23 janvier 2014 à www.duluthnewstribune.com/
À (re)lire : Étienne-Léopold Trouvelot, ou l’amateurisme catastrophique, par Alain Fraval. Insectes n° 145 (2007-2). 
Et le dossier Lymantria 
À paraître dans un prochain Insectes : des macrophotos spectaculaires des aérophores des L1 de Ld.

Un nouvel effet beauf
Il vaut mieux avoir pour prétendants des frères qu’un ramassis. Ça augmente en tous cas la fécondité et la longévité, ce qui est absolument l’essentiel. En passant, ça procure un coït moins agité, plus doux, avec moins de dégâts et donc les avantages reproductifs précités. Heureuse la dame Drosophile ? Elle devrait l’être d’avoir contribué une fois plus à l’avancée des connaissances en biologie de l’évolution, chapitre sélection de la parentèle.
Ceci dans les boîtes de Petri de Tommaso Pizzari, du département de Zoologie de l’université d’Oxford (Royaume-Uni), où des femelles vierges était mises en présence de différents arrangements de 3 mâles : 3 frères, 2 frères et un autre, tous non parents. Le tout sous vidéosurveillance, avec mesure de la fertilité et de la longévité.
Entre futurs beaux frères, la compétition pour une femelle est moins intense. Ils ne le savent pas mais leurs gènes se retrouveront, quelque soit le gagnant, dans la progéniture. D’où moins d’ardeur et d’agressivité et donc aussi plus de temps à Madame pour se reposer et manger.
D’après « Having Brothers Enhance Fruit Fly Reproduction », par Christine Hsu. Lu le 22 janvier 2013 à www.counselheal.com/

En rond ou tout droit ?
Soit une centaine d’ouvrières. Dans un espace confiné, elles tournent en rond et explorent ainsi une surface réduite ; disposant de plus de place, elles vont plutôt tout droit et parcourent un terrain plus vaste. Que cherchent-elles ? À manger. Comment décident-elles d’adopter l’une ou l’autre de ces stratégies ? On sait qu’elles ne se concertent pas, que chacune est parfaitement autonome. La question intéresse beaucoup les roboticiens travaillant à la mise au point d’essaims de robots.
D’où la manip simple – mais demandant un peu de matériel – montée par plusieurs institutions de recherche et d’éducation à la science états-uniennes. Il s’agit de voir comment lesdites ouvrières se comportent dans l’espace (tout court) et de comparer leurs déplacements avec celles de groupes de même taille (100 individus), observées par des élèves de nombreuses écoles, partout dans le monde.
Soit donc 8 cages d’élevage compartimentables en plexi, 800 ouvrières de la Fourmi des trottoirs Tetramorium caespitum (Hym. Myrmiciné), une fusée moyenne (Antares), un peu de place contre une paroi de la Station spatiale internationale (à l’intérieur) et une caméra.
Nos fourmis spationautes ont été accueillies le 12 janvier par l’équipe à bord et installées.
Une vidéo d’une heure sera diffusée d’ici 2 semaines.
D’après, notamment, « BCM Center for Educational Outreach Ants In Space Science Project Lifts Off For ISS », par Charles Moore. Lu le 10 janvier 2014 à //bionews-tx.com/news/2
À (re)lire, l’Épingle de 2010 : « Entomologie spatiale (suite) ». 
Photos de la manip 
 
Pour lutter contre les flux migratoires
L’agent nord-américain Paranosema locustae est seul, parmi les microsporidies, à avoir été promu agent de lutte biologique, engagé pour tuer criquets et sauterelles, ravageurs des cultures. Durant sa période d’essai, effectuée notamment en Argentine, il a montré de bonnes compétences mais une efficacité insatisfaisante. C’est un mauvais tueur.
Mais sa capacité, reconnue depuis quelques années, d'empêcher les migrations lui ouvre de nouvelles perspectives. Vérification vient d’être faite au laboratoire. Les Criquets migrateurs Locusta migratoria manilensis (Orth. Acrididés) infestés (par un séjour dans une cage contenant les crottes de congénères malades) ont bien moins tendance à passer de la phase solitaire à la phase grégaire. Leurs populations sont donc moins enclines à envahir les contrées voisines et à y tout dévaster.
L’équipe, conduite par Wangpeng Shi (recherche agronomique chinoise), a montré que le parasite acidifie le contenu de l’intestin. Les bactéries productrices de la phéromone d’agrégation en sont affectées et le criquet produit moins de sérotonine et de dopamine, neurotransmetteurs déclenchant et entretenant respectivement la grégarisation.
Il reste à comprendre quel est l’  « intérêt » de la microsporidie à empêcher les conditions (promiscuité) de sa dispersion chez ses hôtes.
On peut avoir des doutes sur son efficacité car la grégarisation est aussi déclenchée par les contacts antennaires entre individus.
P. locustae reste candidat à un emploi comme agent de lutte antiacridienne ; son déploiement sur le terrain pourrait permettre de réduire les épandages d’insecticides qui sont actuellement l’arme couramment employée.
D’après « Gut Parasite May Keep Locusts From Swarming », lu le 13 janvier 2013 à //news.sciencemag.org/
PS : par ailleurs, on vient de décrypter une bonne partie du génome du même Locusta migratoria. Voir ici.

Made in USA
Nous avons parfois la visite de petites blattes des jardins et des bois du genre Ectobius : la Blatte laponne E. lapponicus, le Cafard pâle E. pallidus, la Blatte forestière ambrée E. vittiventris et E. lucidus (Blatt. Ectobiidés). Les États-uniens aussi, depuis quelques années, ces pestes peu gênantes ayant été importées d’Europe, leur aire d’origine avec l’Afrique - pensait-on sur la foi de fossiles de l’ambre de la Baltique datés de –44 millions d’années.
Jusqu’à la découverte de 4 espèces du genre, dont E. kohlsi, près de Rifle dans le Colorado, dans un terrain vieux de 49 millions d’années. Ectobius est donc considéré comme natif de l’Amérique du Nord et s’étant répandu et maintenu dans l’Ancien Monde. Avant d’être réintroduit tout récemment, il a disparu de son aire d’origine ; on ignore pourquoi. 
Une histoire qui n’est pas sans rappeler celle (plus courte) d’Equus (cheval), genre né outre-Atlantique et éteint, réintroduit par les Espagnols 11 000 ans plus tard.
D’après notamment « Cockroach Reappears after 49 Million Year Hiatus », lu le 6 janvier 2014 à www.entsoc.org/

Bicolore
Cyclas formicarius (Col. Curculionidé) est un ravageur majeur de l’ipomée, alias patate douce, plante cultivée partout sous climats méditerranéens et tropicaux. Arrivé depuis peu aux Antilles, il y cause des pertes considérables.
L’adulte noir au thorax rouge ressemble un peu à une fourmi. La larve creuse dans les tubercules qui deviennent impropres à la consommation. La lutte chimique contre cette peste est inefficace et dangereuse, la lutte biologique pas encore au point et seul le piégeage de masse (des pièges colorés appâtés avec un analogue de phéromone) rencontre un certain succès.
Aux universités états-uniennes du Montana et de Guam, on a étudié les préférences des imagos du Charançon de la patate douce pour les couleurs : c’est le rouge qui les attire le mieux à l’extérieur, au champ. Mais, au labo, c’est le vert.
On n’a aucune explication pour cette originalité.
D’après « Sweetpotato Weevil's Color Preference Changes from Outdoors to Indoors », par Benita Matilda. Lu le 6 janvier 2013 à www.scienceworldreport.com/

Supergamelle
Les amis des bêtes et des insectes seront heureux de voir la pile des Épingles de 2014 commencer par l’annonce d’une invention formidable qui épargnera aux premières des morsures, piqûres et autres désagréments et aux seconds de se voir encore une fois stigmatisés comme des ennemis de l’humanité et de ses animaux de compagnie.
L’innovation nous vient, c’est habituel, des États-Unis, pays envahi on le sait par la Fourmi de feu importée Solenopsis invicta (Hym. Formicidé). Les ouvrières de cette espèce dynamique ont pris l’habitude, détestable, de fourrager dans les gamelles des chiens, chats et autres « pets », ce qui indispose fortement ceux-ci et navre leurs maîtres. Lesquels sont habituellement déçus par les trucs du style « pour en finir avec »  : tenir la bête à l’intérieur, ne laisser traîner aucun comestible, mettre la gamelle dans une plus grande remplie d’eau, piéger – voire flytoxer - les fourmis et imprégner la victime potentielle de fipronil.
Heureusement, un inventeur (anonyme) de Palmeto Bay (Floride) a inventé le Ant Can’t Bowl. Facile d’emploi, il évite des pertes de nourriture et donc d’argent et garantit la tranquillité d’esprit.
Comment ça marche, ça ressemble à quoi ? Nul ne le sait. Le produit est en attente de fabricant.
D’après « InventHelp Inventor Designs an Insect-Proof Pet-Food Bowl (HLW-1209) » lu le 6 janvier 2014 à www.digitaljournal.com/


Effet beauf
Les mâles sont friands de nouvelles partenaires. Les femelles restent attachées à leur premier amour ou à ses frères, c’est pareil. C’est l’effet beaux-frères. Il n’y a pas d’effet belles-sœurs, les sœurs ne sont pas plus attirantes que n’importe quelle mouche.
Précisions. On est à Oxford (Royaume-Uni). On entend par frères et sœurs les membres de la communauté. Ils et elles ont été engraissé(e)s ensemble avec la même soupe dans la même bouteille. On entend par mouche celle du vinaigre, Drosophila melanogaster (Dip. etc.).
Sur les paillasses de Cedric Tan, directeur du labo de Zoologie de l’université, les individus mâles expérimentent : ils font la cour de préférence aux nouvelles qui leur sont présentées (une par une). Celles-ci acceptent bien plus volontiers ceux des mâles qu’elles ont déjà expérimenté. En tous cas qui sentent pareil.
Les drosophiles mutantes anosmiques sont à peu près éclectiques. L’effet beau-frère fonctionne essentiellement sur la reconnaissance de l’odeur particulière commune aux individus de chaque lot d’élevage.
Il reste à examiner comment se comportent d’autres insectes, à rechercher dans quelle mesure d’autres sens (ouïe, vue) interviennent dans cette reconnaissance interindividuelle, à vérifier que les mâles papillonnants (pour la cause de la diversité génétique ?) et les femelles fidèles (pour celle de la santé publique ?) sont avantagés.
D’après « The ‘In-Law Effect’: Male Fruit Flies Sleep Around But Females Keep It In The Family », lu le 25 septembre 2013 à www.redorbit.com/news/science/

Exploiter et défendre
Des chercheurs danois, au Panama, ont observé et filmé la vie compliquée et étonnante de 3 fourmis, la champignonniste Serycomyrmex amabilis (Sa), son parasite xénobiotique Megalomyrmex symmetochus (Ms) et leur prédateur Gnamptogenys hartmani (Gh).
Sa établit son nid dans le sol argileux, 3 petites chambres au débouché d’un puits à margelle encombrées de petites boulettes : les meules du champignon qu’elle cultive et consomme. Dans cet espace étroit nidifient, en général, une poignée de Ms, qui profitent de cette provende, sans fournir le moindre travail, sans épuiser toutefois la ressource.
Cette vie tranquille est sous la menace des raids de Gh. Les éclaireuses flairent les nids de Sa, alertent leurs consœurs et plusieurs colonnes attaquent. Et c’est aux Ms, les hôtes fainéants mués en mercenaires hargneux, qu’elles ont affaire, jusqu’à leur déroute. Leur venin est redoutable, toxique mais aussi capable d’effacer la signature chimique cuticulaire des Gh qui s’entre-tuent. En l’absence de Ms, la colonie de Sa est pillée et anéantie.
Souvent les éclaireuses de Gh sentent la présence du xénéobionte Ms et passent leur chemin.
La cohabitation de Sa et de Ms, très coûteuse pour Sa, est efficace. À preuve, elle est très fréquente dans les sites étudiés.
D’après, entre autres « Ants 'employ' unwelcome lodgers as SECURITY GUARDS: Parasites unite with host insects to protect their colony », lu le10 septembre 2013 à www.dailymail.co.uk/sciencetech/

Mères
Une équipe internationale d’entomologistes a réexaminé – dans les textes et sur le terrain - des Chrysomélinées sud-américaines. De jolis Coléoptères (couleurs aposématiques, présentes aussi chez les larves) aux comportements rares.
Doryphora paykulli broute les feuilles d’une liane Apocynacée, au Panama. Les imagos possèdent une corne mésothoracique ventrale ; ils ont été vus se disputer (ou se faire la cour ?) et des femelles garder leurs œufs (des dizaines) sous elles et s’occuper de leurs larves survivantes (au cannibalisme), les rameutant quand elles vont vers le pétiole de la feuille ou, plus tard, s’égaillent carrément. En cas de menace, ces mères courage menacent l’agresseur ; leur vigilante sollicitude ne cesse que quand les larves âgées descendent se nymphoser au sol.
Chez Doryphora reticulata (du Brésil, également sur Apocyncacée) il en est de même, à part que les œufs ne servent pas de premier repas aux frères et sœurs.
Platyphora selva (très probablement vivipare) vit sur une solanée ; les larves – elles sont 3 ou 4 – se réfugient entre les pattes de leur mère. C’est assez efficace contre l’appétit de la fourmi géante Paraponera clavata (Hym. Ponérinée). Autre mère poule, P. microspina. Une femelle a été vue asticotant des larves inertes. Partie explorer et ayant trouvé un site appétissant, la larve tapote la feuille avec l’extrémité de son abdomen, ce qui fait venir « à table » la mère et le reste de la fratrie. Cette dernière une fois « élevée », une nouvelle portée de 4 est larviposée.
Trois espèces de Proseicela (sur Solanées, de Guyane) complètent ce nouveau tableau des Chrysomèles prodiguant des soins à leurs jeunes.
Article source : Windsor D.M. et al., 2013. Subsocial Neotropical Doryphorini (Chrysomelidae, Chrysomelinae): new observations on behavior, host plants and systematics. Zookeys 332.
À (re)lire – et à compléter avec cette Épingle : « Prendre soin des jeunes » (2e partie), par Alain Fraval. Insectes n° 153 (2009-2).
On corrigera, p. 29, Labidomera suturella (mauvaise détermination) en Platyphora selva.

 


L'élevage du Grillon domestique. OPIE TiVi, opus n°10
[Acheta domestica, Orth. Gryllidé]

Insecticides : les bourdons perdent le nord, même à très faible dose,
par Stéphane Foucart. Le Monde, 30 janvier 2013.
[Bourdon terrestre, Bombus terrestris, Hym. Apidé]

Le  parfum persistant des reines,
par Hervé Morin. Le Monde, 21 janvier 2013.

Les Vespidés : guêpes et frelons.
Dossier OPIE.

Insectes.
Théâtre de la Liberté, à Toulon (Var). Du 29 janvier au 26 mars 2013. Le programme.

Le Panama va lâcher des moustiques génétiquement modifiés.
Lavenir.net, 13 janvier 2014
[Aedes aegypti, Dip. Culiidé]

Première victoire à l'horizon au Sénégal dans la lutte contre la mouche tsétsé
. FAO, 10 janvier 2014.
"La perspective d'un secteur de l'élevage prospère grâce au projet FAO/AIEA"
[Glossina, Dip. Glossinidé / lutte autocide]

L'Europe en grave déficit d'abeilles pour polliniser ses cultures
. AFP/Libération, 8 janvier 2014
L'article de PlosONE (en anglais)
[R]
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Les Épingles de 2013
Les Épingles de collection - à consulter, page par page : Les Épingles entomologiques de 1999 et 2000, Les Épingles de 2001, Les Épingles de 2002,  Les Épingles de 2003, Les Épingles de 2004, Les Épingles de 2005,  Les Épingles de 2006, Les Épingles de 2007, Les Épingles de 2008,  Les Épingles de 2009, Les Épingles de 2010, Les Épingles de 2011, Les Épingles de 2012, les Épingles de 2013 - ou globalement (jusqu'à fin 2009)  ici.

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