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Les insectes d'avant

LA SEMAINE SCIENTIFIQUE.

Expériences sur les hannetons

M. Pouchet, correspondant de l'Institut et professeur d'histoire naturelle à Rouen, nous adresse de cette ville, en date du 12 de ce mois, une lettre dont nous extrayons ce qui suit :

« Monsieur ;
« Dans le dernier numéro de votre charmant journal, vous parlez de la submersion des hannetons. Puisque vous en êtes sur ce sujet, je prends la liberté de vous prier de mentionner quelques expériences que j'ai faites sur ces animaux et qui comblent la lacune que vous signalez.
« Vous les trouverez exposées dans une brochure qui sera mise à ]a poste en même temps que cette lettre.
    « L'expérimentateur que vous citez dit bien avoir mis ces insectes dans une cuve, mais ils ont pu rester flottants.
Dans mes expériences ils étaient sous des cloches totalement submergées, etc., etc. »

La brochure dont il est question dans cette lettre, a pour titre : Histoire naturelle et agricole du hanneton et de sa larve, ou traité de leurs mœurs, de leurs dégâts et des moyens de borner leurs ravages. Par l'extrait suivant, l'auteur de la lettre publiée par nous dimanche dernier sous ce titre : une expérience à répéter, aura la satisfaction de reconnaître que le témoignage d'un des plus illustres physiologistes de notre époque peut être invoqué à l'appui des faits qu'il nous a communiqués, faits si singuliers qu'il n'a point voulu en faire partager la responsabilité au célèbre physicien dont il sollicitait les avis : c'est en effet sur l'invitation de M. Le Marchand que nous avons laissé en blanc le nom de ce physicien. – Ce qui suit forme les pages 41 et 42 de la brochure de M. Pouchet.

« Lorsqu'on prive d'air une masse de hannetons, en la plaçant sous une cloche ou en l'exposant sous l'eau, en un temps fort court, tous les insectes qui s'y trouvent paraissent frappés de mort. Ils n'offrent aucun mouvement, et l'odeur qui s'en dégage semble déjà un indice de putridité ; cependant si on place ces animaux à l'air libre et sous l'influence d'une chaleur modérée, quelques heures après, leurs mouvements recommencent et tous reprennent leur vol.
« Voici quelques expériences que nous avons faites à cet égard.
« Dans nos premières expériences, les hannetons furent placés sous l'eau, dans des cloches que l'on en avait remplies. La submersion ne fut prolongée que pendant une heure. Alors tous étaient absolument immobiles et offraient l'apparence de la mort. Exposés ensuite à l'air libre, à une température de 23 degrés centigrades, tous se remuèrent rapidement et ils reprirent leur vol au bout d'environ trente minutes.
« Dans d'autres expériences, la submersion fut prolongée vingt-quatre heures. Tous les insectes semblaient non seulement morts, mais avoir subi sous l'eau un commencement de décomposition, à cause de la fétidité et de la légère coloration que le liquide avait contractées. Les hannetons ayant été retirés de l'eau et exposés à l'action de la lumière et d'une température de 25 degrés centigrades, au bout d'une heure, donnèrent presque tous des signes de vie, consistant dans des mouvements spasmodiques des tarses antérieurs. Abandonnés ensuite pendant une nuit dans un lieu où la température s'abaissa à 15 degrés, le lendemain les quatre cinquièmes de ces insectes reprirent leur vol.
« Dans des expériences durant lesquelles la submersion fut prolongée de 48 heures à 5 jours, les hannetons qui semblaient évidemment en putréfaction lorsqu'on les retira de l'eau, donnèrent cependant encore quelques signes de vie. Après plusieurs heures d'immobilité, quelques mouvements se manifestèrent dans leurs tarses, mais aucun de ces insectes ne pût se ranimer complètement.
« Ces dernières expériences peuvent éclairer sur la durée qu'il faut donner à la submersion lorsque l'on juge devoir employer ce moyen pour tuer les hannetons : quoique ceux-ci offrent rapidement toutes les apparences de la mort, il n'en faut pas moins qu'ils restent sous l'eau au minimum 48 heures, si on veut être certain qu'aucun ne se ranimera.
« Il est encore plus difficile d'asphyxier ces insectes dans des caisses ; aussi, si on adoptait ce procédé, faudrait-il les laisser renfermés un temps encore plus considérable.
« L'expérience suivante montre même qu'une température assez élevée, jointe à la privation d'air, ne suffit pas pour tuer rapidement ces insectes. Ayant rempli de hannetons une cloche en verre, et l'ayant exposée à un soleil qui élevait alors le thermomètre centigrade à 45 degrés, après quinze minutes, tous ces animaux paraissaient avoir été frappés de mort. Aux mouvements désordonnés qui s'étaient d'abord manifestés avait succédé la plus parfaite immobilité. Cependant l'expérience fut prolongée. Après une heure, les hannetons furent enlevés et placés dans un endroit où la température était à 15 degrés. On n'espérait pas qu'à la suite d'une semblable épreuve aucun pût revenir. Cependant, le lendemain, à peu d'exception près, tous avaient repris leur vol. »

L'Ami des sciences. Journal du dimanche, 1855, tome 1, p. 505


Hanneton commun : Melolontha melolontha, Col. Mélolonthidé.
Fiche HYPPZ



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