Les OGM à l'INRA  
Retour au sommaire
 
Extrait du dossier publié par l'INRA en mai 1998


OGM Introduction


La génétique et les organismes génétiquement modifiés

Une des conséquences de l'évolution des connaissances en biologie moléculaire, science jeune, a été de donner accès au patrimoine génétique des individus. Elle a conduit à développer un outil puissant, la transgénèse ou génie génétique, qui, associé aux techniques classiques d'amélioration des plantes et des animaux, permet de produire des «organismes génétiquement modifiés» (OGM (1)). Quelles applications génère cette technique ? Quels sont les termes du débat de société qui s'est engagé autour de cette innovation ?


La transgénèse consiste à transférer des gènes, éléments de base du patrimoine génétique contenus dans les chromosomes, vers un autre organisme, ou bien à les déplacer à l'intérieur d'un même organisme, et à les faire exprimer dans leur nouvel environnement. Les nombreuses applications potentielles de ce genre de techniques sont liées par exemple à l'introduction de caractères nouveaux dans un organisme qui n'aurait pu les acquérir autrement. C'est le cas notamment du maïs résistant à la pyrale, un insecte parasite, ou des plantes résistantes aux herbicides, deux types d'OGM qui focalisent l'attention du grand public et suscitent un large débat. Ce sont en effet les premiers à mettre la société concrètement en face des conséquences contradictoires qu'ils laissent entrevoir : d'une part une amélioration des techniques de production agricole, annoncée comme majeure par certains ; d'autre part un risque d'ordre alimentaire et surtout environnemental, présenté comme majeur par d'autres.

Mais si ces plantes transgéniques sont pour l'instant sous les feux de l'actualité, elles ne constituent pourtant qu'une petite partie des applications du génie génétique aujourd'hui. La transgénèse peut également être appliquée à la modification de microorganismes notamment pour la production de substances à haute valeur ajoutée. C'est le cas depuis quelques années pour la production de l'insuline ou de l'hormone de croissance humaine. La transgénèse concerne enfin les animaux. Des lapines transgéniques produisent d'ores et déjà en laboratoire, du lait contenant de l'alpha-1 antitrypsine humaine, médicament contre l'emphysème pulmonaire.

Les transferts de gènes sont actuellement très employés comme outils de compréhension des phénomènes biologiques. Ils ont notamment déjà permis de grands progrès dans la connaissance de la régulation de certains gènes importants, comme ceux qui gouvernent l'assimilation de l'azote, ou la compréhension du mode de contrôle de l'activité des gènes. Les transferts de gènes participent aussi aux techniques utilisées pour établir la liste des gènes de certains organismes.

Augmentation des rendements, résistance aux maladies, amélioration de la qualité, adaptation aux conditions climatiques, l'amélioration génétique classique des plantes et des animaux basée sur le croisement sexué d'individus performants a joué un rôle central dans l'évolution des performances de l'agriculture depuis cinquante ans. Elle a été, en moyenne, à l'origine de la moitié des gains de productivité réalisés au cours des dernières décennies, tant dans les pays industriels que dans les pays en développement, où elle a constitué le pilier de la Révolution verte. La génétique joue donc un rôle stratégique pour l'avenir de l'agriculture mondiale. Elle représente un champ d'application prometteur des biotechnologies, avec en arrière-plan des enjeux économiques considérables, de sérieux problèmes éthiques, alors que les questions de propriété intellectuelle ou de droit des agriculteurs se posent de façon radicalement nouvelle. Une telle abondance de nouveautés incite à la prudence dans la mise en place des dispositifs réglementaires.

* Principes de base de la transgénèse

La perspective ouverte par les possibilités d'accès direct à l'information génétique enrichit progressivement l'arsenal déjà complexe des méthodes d'amélioration génétique. Deux principes, issus des acquis scientifiques des années soixante, servent de base au développement des biotechnologies liées à la génétique :

- l'information génétique étant inscrite en termes moléculaires sur l'ADN, il est possible de décrypter par des méthodes physico-chimiques les messages qu'il contient. Il s'agit de l'analyse des génomes, de leur séquençage ;

- le code génétique étant universel au-delà des barrières entre les espèces, il est possible, par transfert de gènes (donc d'ADN), d'introduire et de faire exprimer dans un organisme une information génétique d'une autre origine.

Deux applications directes de ces connaissances trouvent aujourd'hui un essor considérable : les cartes génétiques et la transgénèse.

* Les cartes génétiques et la détermination des génomes

Les progrès de l'instrumentation scientifique autorisent aujourd'hui la détermination moléculaire, la connaissance de la séquence de l'ensemble du génome d'organismes, y compris d'organismes supérieurs. Plusieurs modèles jugés représentatifs ont été choisis, en concertation à l'échelle internationale, pour ce séquençage complet qui demande des années de travail. Il est complètement réalisé pour certains microorganismes (par exemple la levure Saccharomyces cerevisiæ et la bactérie Bacillus subtilis), et en cours pour des plantes (dont Arabidopsis thaliana et le riz), la drosophile, chez les insectes et l'homme.

La recherche s'intéresse aussi à la détermination des fonctions codées par chacun des gènes qui auront été caractérisés. Certaines sont d'ores et déjà connues, mais la majorité ne le sont pas. Contrairement à ce qui se passe en génétique classique, on ne part plus du phénotype, les caractères visibles de l'individu, pour remonter au génotype, l'identification de ses gènes : on suit le processus inverse, à partir d'un génome intégralement connu. On peut donc s'attendre dans les années à venir à une très forte amélioration de nos connaissances sur la diversité des caractères exprimés par les génomes, et ceci aura à moyen terme des conséquences importantes pour l'agriculture et l'agro-alimentaire.

Parallèlement à la caractérisation de génomes modèles, des méthodes non exhaustives mais beaucoup plus rapides de caractérisation des génomes ont été mises au point. La séquence d'ADN est ici caractérisée au niveau de certains de ses sites, en certains points du chromosome, sites utilisés comme des "marqueurs". On en choisit le plus grand nombre possible, en recherchant ceux qui sont le plus liés aux différences génétiques pouvant exister entre deux individus. Il est ainsi possible de prédire facilement, avant même qu'il ne s'exprime, la présence ou l'absence d'un caractère recherché grâce à des marqueurs très proches physiquement (liés) à ce caractère. L'organisation de ces marqueurs dans le génome constitue une "carte génétique", sorte de "portrait-robot" des individus. La comparaison de ces cartes avec les phénotypes permet d'identifier avec une précision grandissante les éléments du génome qui gouvernent les fonctions auxquelles on s'intéresse. L'établissement de ces cartes est en cours pour la plupart des espèces d'intérêt agronomique et leur utilisation permet d'ores et déjà une accélération des processus classiques d'amélioration génétique (sélection assistée par marqueurs). Là encore l'INRA apporte une contribution importante à la mise au point des méthodes et des techniques nécessaires à la réalisation des cartes génétiques. Il contribue notamment aux travaux de cartographie menés sur blé (Génoblé), sur maïs, sur colza, sur tournesol (Cartisol), sur tomate et différentes espèces maraîchères, sur plusieurs espèces forestières, sur bovins (Bovmap), sur porcs (Pigmap), sur volailles (Chickmap)... Des travaux sur vigne vont bientôt débuter. L'établissement de ces cartes génétiques permet d'améliorer les méthodes de la sélection classique.

* La transgénèse

La transgénèse permet de conférer un caractère nouveau à une espèce donnée. Pour obtenir un OGM, il faut d'abord identifier un gène codant pour une fonction utile, l'isoler et le multiplier. Toutes les techniques qui permettent ce premier pas sont aujourd'hui bien maîtrisées. Dans un premier temps, il s'agit d'isoler le gène pour l'insérer dans une «bactérie de laboratoire», de le «cloner». Cette première étape facilite les opérations éventuelles de modification du gène qui visent à la compréhension de son fonctionnement et de sa régulation. Ce gène (modifié ou non) peut ensuite être soit réintroduit dans l'organisme d'origine, soit même transféré, sous certaines conditions, dans le génome d'autres organismes. Un des procédés de transfert direct consiste «tout simplement» à injecter, à l'aide d'une microseringue, de l'ADN dans le noyau des cellules réceptrices. Pour beaucoup d'organismes d'intérêt agronomique, cette deuxième étape a été franchie. Il est nécessaire d'encadrer le gène «étranger» par les bonnes «séquences de régulation», dont le «promoteur», propres à l'espèce dans laquelle on l'introduit. Ce sont ces séquences qui vont permettre au gène de s'exprimer dans le nouvel organisme dans lequel il se trouve.

Cependant, les méthodes de transgénèse disponibles dans les laboratoires conduisent à une insertion aléatoire du gène transféré dans le génome de l'hôte : on ne maîtrise pas l'endroit où le gène est «implanté» physiquement parmi le grand nombre de ceux qui constituent le génome. De ce fait la probabilité qu'il s'insère à l'intérieur de la séquence d'un autre gène, dont il empêchera alors l'expression, est non négligeable. Une bonne partie du travail du sélectionneur consiste à trier ensuite les plantes ayant intégré le gène sans autre conséquence sur les caractères et à éliminer les autres. Des recherches sont conduites, notamment à l'INRA, pour réaliser des «recombinaisons homologues». La technique vise à remplacer un gène, bien connu et parfaitement localisé, par un autre. Il peut en effet s'avérer très utile de remplacer par exemple des gènes qui induisent une maladie.

Il est maintenant possible, dans certains cas, d'«orienter» l'information génétique introduite par transgénèse pour qu'elle ne s'exprime que dans des organes spécifiques, le grain ou les feuilles par exemple pour une plante, la glande mammaire pour produire une substance dans le lait, chez l'animal. L'objectif est en effet d'associer au transgène le promoteur qui va contrôler son expression dans l'organe ciblé, au bon endroit, voire au bon moment de la vie de l'organisme. C'est un gage de précision et de sécurité accrue de la technique. La détermination et la protection industrielle par la voie de brevets de bons promoteurs sont des éléments-clé de la stratégie des entreprises de biotechnologies.

Quelles sont les applications de la transgénèse ?

En 1973 la transgénèse a été appliquée, pour la première fois, à un microorganisme modèle, Escherichia coli. Elle a ensuite été réalisée chez le tabac et la souris. La première plante transgénique mise sur le marché a été en 1994 la tomate Flavr Savr, à conservation améliorée, de la firme Calgene (Etats-Unis). Lui ont succédé diverses plantes transgéniques de grande culture (maïs, soja, coton... déjà cultivés à grande échelle en Amérique du nord) qui ont été modifiées pour acquérir des avantages agronomiques (tolérance à certains herbicides, résistance aux insectes). Ces innovations sont le fait de grandes firmes internationales de l'agro-fourniture, qui ont pu y consacrer les investissements nécessaires et dont l'expérience, acquise en protection des cultures ou dans le domaine des semences ,a facilité la pénétration de ces marchés.

La transgénèse à but commercial est aujourd'hui surtout utilisée dans des situations «simples», mettant en jeu un seul gène ou un petit nombre de gènes : plantes protégées contre un herbicide; synthèse dans une plante d'une toxine dirigée contre un ravageur...

Malgré les enjeux et le développement spectaculaire des cultures transgéniques sur certains continents (environ 3,2 millions d'hectares de maïs transgénique aux États-Unis en 1997, soit l'équivalent de la totalité des surfaces de maïs en France; un quart des surfaces ensemencées en coton dans le même pays), il faut cependant relativiser l'emploi des OGM par rapport aux autres techniques d'amélioration des plantes et des animaux. Le petit nombre de gènes étrangers ou modifiés que contient une variété végétale transgénique ne se substituera jamais aux dizaines de milliers de gènes de la plante. Ils ne peuvent trouver un intérêt qu'en apportant un «plus» à une variété déjà rendue performante et compétitive par les méthodes traditionnelles de sélection.

* Le cas des plantes

L'amélioration de la production et de la qualité des produits sont les objectifs assignés à la transgénèse appliquée aux végétaux à l'échelle mondiale par ceux qui la développent. Pour la production, on recherche des tolérances à des herbicides totaux, à des ravageurs (insectes, nématodes) et à des pathogènes (virus, bactéries, champignons), ce qui conduit à des traitements plus sélectifs, moins coûteux et potentiellement moins agressifs pour l'environnement. On recherche aussi l'adaptation à des conditions difficiles ou limitantes (sécheresse, froid). Pour la qualité des produits, les travaux les plus nombreux portent sur l'amélioration des protéines de réserve à des fins d'alimentation animale ou humaine, l'amélioration de la composition en acides gras des huiles végétales pour l'alimentation, des fruits et des légumes au goût amélioré... Il ne faut pas négliger non plus la production de molécules à forte valeur ajoutée comme des médicaments.

* Le cas des animaux

Dans le cas des animaux, la situation est moins favorable à la transgénèse que dans celui des plantes. Les raisons sont d'abord qu'on ne dispose pas encore couramment de cellules totipotentes, qui facilitent grandement la transgénèse, ensuite que les animaux possèdent des systèmes de défense et de régulation plus élaborés et moins plastiques que ceux des végétaux, enfin que l'acceptation par la société de la transgénèse animale est encore plus loin d'être acquise que chez les plantes. De ce fait, les recherches menées dans ce domaine conservent un caractère relativement fondamental, ou s'orientent plutôt vers la production de molécules à forte valeur ajoutée à des fins pharmaceutiques. Toutefois des applications zootechniques sont également explorées, comme la surexpression de l'hormone de croissance, la résistance génétique à des agents infectieux ou l'amélioration de la qualité des produits, notamment dans le cas du lait destiné aux nourrissons. À l'heure actuelle, la seule homologation d'un produit animal obtenu par transgenèse concerne la somatotropine bovine, hormone utilisée aux Etats-Unis pour accroitre la production de lait.

* Le cas des microorganismes

 En ce qui concerne les microorganismes, la transgénèse aide, d'une part à mieux comprendre leur fonctionnement, d'autre part à essayer de les améliorer pour qu'ils soient plus utiles à l'homme. Elle permet par exemple d'inactiver certains gènes et donc d'obtenir des informations sur le rôle de la protéine pour laquelle ils codent. Elle permet d'introduire plusieurs copies d'un même gène dans un microorganisme et donc d'accroitre une fonction qu'il possédait déjà. Il est aussi possible de transférer les gènes d'un microorganisme dans un autre et donc de modifier les capacités de ce dernier, par exemple d'augmenter sa capacité de résistance à des virus bactériophages, ou à différents stress, ou encore de développer ses propriétés aromatisantes.

* Quelles incidences sur l'alimentation

Dans le domaine alimentaire de nombreuses pistes sont envisagées : amélioration de la qualité technologique de productions végétales (orge pour le malt, pommes de terre adaptées à la friture...) ; réduction de la présence de composés toxiques naturels dans certaines matières premières ; modification de la composition d'huiles végétales pour améliorer leur incidence sur la santé ; production de végétaux enrichis en vitamines, oligo-éléments, microconstituants divers... On peut aussi envisager des microorganismes (ferments...) aux propriétés améliorées. Toutes ces idées ne sont encore que des projets. Dans les pays en voie de développement l'enjeu alimentaire des plantes transgéniques parait très important tant sur le plan quantitatif (satisfaction des besoins alimentaires) que qualitatif (amélioration des apports nutritionnels). Le principe est intéressant mais les avis divergent sur les possibilités réelles d'application. Une réflexion globale impliquant tous les acteurs du développement est donc indispensable.

Évaluation des OGM et éléments du débat qu'ils suscitent

 Comme toutes les innovations technologiques, les applications du génie génétique doivent faire l'objet d'une évaluation et d'un suivi rigoureux, d'autant plus qu'elles concernent, dans le champ de compétence de l'INRA, la santé, les pratiques agricoles et l'environnement. Outre la compréhension fine des phénomènes et l'amélioration des techniques de transfert, les recherches de l'Institut concernent l'évaluation de toutes les conséquences de l'utilisation d'OGM dans l'alimentation et dans l'environnement.

L'INRA étudie notamment les conséquences de la dissémination éventuelle dans la nature d'organismes génétiquement modifiés viraux, bactériens, fongiques, végétaux, animaux... Les recherches portent aussi sur des conséquences moins directes : modification des propriétés nutritionnelles liées à la transformation génétique, à l'utilisation d'herbicides dans un contexte nouveau et à leurs résidus de dégradation dans une plante, répercussions sur l'organisation du travail pour les agriculteurs, aspects économiques liés à la commercialisation de produits alimentaires issus d'organismes transgéniques ou pouvant en contenir... Le débat actuel concerne l'ensemble de ces préoccupations. Leur diversité et le grand nombre de situations différentes rencontrées nécessitent que la réflexion sur les OGM soit menée cas par cas. En dehors du principe de l'échange de gènes, il y a, en effet, bien peu de points communs entre par exemple une plante transformée pour résister à un herbicide, un microorganisme modifié pour fabriquer une enzyme et un animal transgénique produisant un médicament dans son lait.

* Qualité de l'alimentation

Une question essentielle concerne les conséquences de la transformation génétique sur la qualité de l'alimentation humaine quand la modification n'a été réalisée que dans un but de production. Bien entendu, un produit issu d'une plante ou d'un animal génétiquement transformé et qui serait strictement équivalent à un produit traditionnel ne présenterait pas plus de risques que ce dernier. Lorsque le produit est différent, les instances de contrôle indépendantes qui existent dans tous les pays industrialisés examinent très attentivement les risques potentiels, fussent-ils minimes : présence de substances indésirables provoquée par le transfert de fragments d'ADN non souhaités, modifications de certains produits du métabolisme, risques d'allergie et, on l'a évoqué récemment, effet éventuel pour la santé publique d'un gène de résistance à un antibiotique. On peut dire, que dans les pays où ce contrôle rigoureux existe, les précautions maximales sont prises, dans l'état actuel des connaissances. Il reste que le risque zéro n'existant pas, l'acceptation par les consommateurs des produits issus des biotechnologies repose en grande partie sur la confiance qu'ils accordent aux instances de contrôle. De ce point de vue, la transparence et l'information la plus sincère des consommateurs sont souhaitables, l'adoption d'un étiquetage adapté allant dans ce sens.

* Protection de l'environnement et gestion agronomique

L'émergence des biotechnologies, en accroissant sensiblement l'efficacité des méthodes d'amélioration génétique, peut renforcer certains risques : érosion de la biodiversité, choix de critères de sélection trop restrictifs (sélection de plantes ou animaux à fort rendement au détriment de la qualité de l'environnement ou des produits) ou d'objectifs de sélection mal adaptés au contexte socio-économique de l'agriculture, notamment dans les pays en développement. Ces questions ne sont pas nouvelles, mais il convient d'y être extrêmement attentif.

L'agriculture développe ses activités en milieu ouvert, et ceci pose des problèmes spécifiques de protection de l'environnement. Certes, les plantes tolérantes à des herbicides ou résistantes à l'action des ravageurs peuvent offrir des avantages, comme celui d'une moindre utilisation de produits phytosanitaires ou de l'utilisation de produits chimiques moins agressifs vis-à-vis de l'environnement, mais on ne peut pas exclure l'existence d'impacts négatifs. Ainsi, lorsqu'une plante tolérante à un herbicide est susceptible de se croiser avec des espèces sauvages présentes dans son voisinage, il existe une possibilité de transfert de cette tolérance à ces adventices. Il est important de connaître le mieux possible les conséquences de ce transfert sur l'environnement, mais aussi sur les pratiques des agriculteurs. La probabilité de celui-ci étant plus forte entre plantes de même espèce, ceci imposera aux agriculteurs d'un même territoire des contraintes nouvelles sur les assolements ou la conduite des cultures. De même, la résistance aux insectes peut, à son tour, favoriser le développement d'insectes résistants aux toxines synthétisées par les plantes transgéniques. On manque encore de données scientifiques pour répondre avec précision à ces questions, qui suscitent des recherches très actives à l'échelle internationale. Pour surmonter ces difficultés, deux voies complémentaires existent : limiter, par la réglementation, l'usage des organismes génétiquement modifiés à des situations où les risques sont faibles et bien identifiés; augmenter l'effort de recherche pour élargir ces domaines d'usage. Ceci relève du bon usage du principe de précaution : entre l'immobilisme et l'irresponsabilité, il existe de toute évidence une position raisonnable qui exige une évaluation rigoureuse des risques potentiels. L'autorisation de mise en culture de plantes transgéniques à grande échelle s'accompagne de la nécessité d'un suivi d'impact sur l'environnement qui doit intervenir dès le semis.

Toutes les études menées jusqu'ici n'ont en effet pas pu intégrer la dimension des conditions réelles de production, notamment la tendance à des surfaces très importantes si l'adoption de ces variétés s'avère économiquement intéressante pour les agriculteurs et pour la société.

À cet effet, le gouvernement a annoncé la mise en place d'un réseau de biovigilance. Son rôle sera d'évaluer aussi rigoureusement que possible les évolutions de l'environnement que pourra engendrer la culture de plantes génétiquement transformées pour déceler celles qui pourraient être négatives. Dans le cas du maïs transgénique autorisé à la culture, la vitesse d'apparition de résistances de la pyrale au maïs Bt dans les conditions de la production agricole française doit être étudiée. Il y aura aussi à confirmer l'absence de risques liés à la présence d'un gène de résistance à un antibiotique, l'ampicilline, utilisé comme marqueur pour obtenir ce maïs. De son côté l'INRA met en place un protocole de surveillance de la pyrale et de son acquisition éventuelle d'une résistance au maïs Bt.

* Traçabilité

 Pour permettre la biovigilance, la traçabilité complète des plantes est nécessaire. Elle est déjà assurée par la filière-semence, puisqu'aucune semence ne peut être commercialisée sans certificat délivré par le Service officiel de contrôle, au moins pour les espèces de grande culture. La liste des distributeurs de ces semences, et éventuellement de leurs clients, n'est pas difficile à établir. Certains spécialistes demandent une cartographie exacte des semis. Ce serait le seul moyen de «remonter la chaîne» de la mise en culture en cas de besoin. L'INRA a déjà participé activement à l'étude de la dissémination des gènes ainsi qu'au développement d'une méthode permettant la traçabilité des produits. Il participe aussi à l'essai inter-instituts qui permet depuis trois ans d'observer les flux de gènes et leurs conséquences sur la succession des cultures.

Enfin la biovigilance pourrait passer par la mise en place d'observatoires fixes répartis sur le territoire et représentatifs de larges zones de culture. Ce type de protocole pourrait être mis en oeuvre pour mesurer l'impact de plantes transgéniques résistantes à des herbicides. Une autre solution consiste à effectuer des prélèvements aléatoires dans les zones à forte densité de champs de plantes transgéniques Cette méthode présenterait les avantages d'être ajustable facilement à l'évolution des zones de culture et de permettre de collecter des données exploitables même en cas d'impossibilité de récolter sur un lieu (accident climatique etc.).

* Réglementation et propriété intellectuelle

Sur le plan réglementaire, les risques éventuels associés à la nature même du transgène ou de la protéine dont il code la synthèse sont appréciés par la CGG (2) qui détermine les conditions de manipulation des OGM en laboratoire (confinement). C'est ensuite la CGB (3) qui définit et contrôle les conditions d'expérimentation à l'extérieur (dissémination volontaire). Enfin, la mise sur le marché finale sera liée à divers accords ministériels (Agriculture, Environnement, Santé) dans le cadre de la réglementation européenne. Tous les travaux réalisés à l'INRA sont soumis à ces procédures.

La question de la propriété intellectuelle, essentielle, demande à être précisée notamment sous l'angle d'une meilleure articulation entre le droit des brevets et la protection des variétés végétales, et de l'extension de ces règles au règne animal. Elle concerne aussi la reconnaissance du "privilège" de l'agriculteur qui l'autorise à reproduire une plante, éventuellement brevetée, sous réserve qu'il ne la diffuse pas en dehors de son exploitation, et son extension à l'élevage.

Au delà de ces questions fondamentales de droit, qui régiront les relations entre un fournisseur de plantes transgéniques et ses utilisateurs, un dispositif efficace de propriété industrielle doit équilibrer protection des investisseurs et circulation des informations scientifiques et techniques. En effet leur gratuité est considérée comme un élément important de la croissance de l'économie mondiale.

Dans un souci d'équilibre entre États, il convient de maintenir les aides internationales à la diffusion du progrès technique vers les pays qui n'ont pas la capacité d'investir dans les recherches de base et de transférer à l'industrie les technologies qui en sont issues.

Dans les années à venir l'INRA poursuivra sa participation active à l'amélioration des connaissances, essentielles pour faire progresser les applications, et à l'appréciation aussi rigoureuse que possible des avantages et des inconvénients des techniques mises en oeuvre. Le chantier est vaste. Il concerne la précision de la technique : choix des gènes, de leur lieu d'implantation et de l'organe dans lequel ils s'expriment. Il touche aussi à la poursuite de l'étude des risques éventuels liés aux OGM, pour assurer la vigilance à ce sujet et apporter une expertise indépendante. Enfin ce chantier doit prendre en compte l'étude et la prévision des impacts socio-économiques de l'innovation. Toutes ces recherches apportent des arguments scientifiques qui contribuent à éclairer le citoyen et le politique à qui revient la prise de décision finale.

[R]


(1) OGM : On parle aussi d'organismes «transgéniques», obtenus par «transfert de gènes», encore appelés «génétiquement transformés» ou même simplement «transformés». [vu]

(2) CGG : Commission du génie génétique. [vu]

(3) CGB : Commission du génie biomoléculaire.[vu]

Voir les textes «La transgénèse, outil pour l'étude fine de la biologie de la reproduction des plantes à fleurs» et «La caractérisation du génome de l'arabette à l'INRA».


Les OGM à l'INRA  
[R] Retour au sommaire, Introduction, Article suivant.