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4. Les farines animales

Généralités ; Les aliments composés et les farines animales en France ; La fabrication des farines animales.

[R] Farines animales et aliments concentrés : généralités

Si la France dispose de quantités très importantes de céréales, il n'en est pas de même pour les matières riches en protéines (MRP) pour lesquelles elle est traditionnellement déficitaire, comme l'Union européenne, et ce malgré le développement très rapide au cours des 15 dernières années des productions de protéagineux et d'oléagineux (colza, tournesol) et l'utilisation de farines animales.

Pour satisfaire les besoins croissants en matières riches en protéines de l'élevage (volailles, bovins, porc, pisciculture), les industriels de l'aliment ont toujours recherché des matières premières pouvant apporter à la fois des niveaux élevés d'énergie (qui conditionnent fortement le coût de la ration) et de fortes concentrations en protéines. En dehors du tourteau de soja (48% de protéines) et des farines de poisson (65 à 72% de protéines) dont le prix est devenu prohibitif depuis qu'une forte demande pour l'aquaculture s'est développée en Asie, on trouve essentiellement les farines de viande (50 à 60% de protéines) qui correspondent à ces deux critères, les tourteaux de colza et de tournesol (non dépelliculés et non décortiqués ou semi-décortiqués) que l'on trouve sur le marché, de même que les protéagineux ayant des niveaux de protéines nettement plus faibles. On trouve également les céréales, les graines de légumineuses, les issues de meunerie (sons, farines...), les produits d'amidonnerie et de sucrerie (amidon, mélasse, pulpes) et les sous-produits des industries de fermentation (drêches de brasserie, marc de pomme...) (17).

Le gros avantage des farines animales est de contenir en forte proportion plus de protéines non dégradées par les micro-organismes du rumen des ruminants que des aliments concentrés plus classiques. Ces protéines sont alors mieux digérées au niveau intestinal et constituent une source complémentaire d'acides aminés indispensables notamment pour les vaches laitières (lysine et méthionine essentiellement). Actuellement la recherche a développé, avec l'industrie, des solutions alternatives à l'utilisation des farines animales, en particulier avec les tourteaux tannés (de soja, de colza) (le tannage protégeant leurs protéines de la dégradation microbienne). Le tableau XIII, présente, à titre d'exemple, les caractéristiques de divers aliments qui sont utilisés en alimentation animale.

Tableau XIII. Caractéristiques de divers aliments en alimentation animale (17)

Aliments Teneur en MS (%) Matière organique* Matières azotées* Cellulose brute* Ca* P*

Mg*

Méthionine*

Lysine*

Herbe de prairie naturelle 16,5 889 172 244 7,0 4,0 2,0 1,8 6,6
Foin de prairie naturelle 85 922 104 333 6,0 3,0 2,0 1,5 5,4
Ensilage de maïs 30 942 84 205 3,5 2,5 1,5 1,3 4,6
Orge** 87 974 121 50 0,7 4,0 1,2 1,3 7,0
Tourteau de soja** 88 927 520 70 3,4 7,8 3,0 3,8 17,8
Tourteau de soja tanné** 89 927 520 70 3,4 7,8 2,7 5,5 26,4
Farine de poisson** 92 869 749 / 29 19 4,0 11,4 32,3
Farine de viande** 95 741 666 / 76 36 2,6 4,9 20,1

* en g par kg de matière sèche     ** aliments concentrés

L'emploi de ces farines de viande et d'os dans l'alimentation des ruminants, qui peut se justifier sur le plan nutritionnel, a été très limité en France. On estime que les farines animales n'ont représenté, au maximum, que 4% des aliments concentrés distribués aux ruminants, soit moins de 1% de la ration totale. Chez ces espèces, ce sont essentiellement les vaches laitières qui les ont reçues. En effet pour les vaches laitières à haut niveau de production, l'utilisation des aliments concentrés classiques est insuffisante pour satisfaire les besoins nutritionnels notamment pendant la courte phase de lactation (2 premiers mois, soit 1,5 kg/jour/animal qui représentent 7% de la ration journalière et 1% de l'alimentation annuelle). Pour toutes les autres catégories de bovins, qui représentent la majorité, l'emploi des farines animales n'est pas justifié sur le plan nutritionnel. Il n'a pu être envisagé par les fabriquants d'aliments du bétail qu'à titre de substitution par rapport aux tourteaux classiques, de soja essentiellement, en fonction des rapports de prix. Son importance n'est pas directement quantifiable au niveau des élevages, même lorsqu'on dispose des quantités consommées, car la proportion des différentes matières premières des aliments concentrés achetés n'est pas indiquée sur les étiquettes.

En 1995, dans ce secteur des aliments concentrés, l'industrie française des aliments composés joue un rôle considérable puisqu'elle absorbe et transforme environ 21 millions de tonnes sur un total français de produits concentrés utilisés en alimentation animale estimé à 36 millions de tonnes. Sur ces 21 millions de tonnes d'aliments composés produits en 1995, 8,8 millions de tonnes sont destinés aux volailles, 6,4 aux porcs et 4,0 aux bovins (dont prés de 3 pour les seules vaches laitières). La Bretagne représente à elle seule près de 45% de ce tonnage total (dont 63% des aliments pour porcs et 46% des aliments pour volailles). Cette production est réalisée par 430 usines (dont 62 ayant une capacité annuelle supérieure à 100 000 tonnes qui assurent près de 60% du tonnage), qui appartiennent à 385 entreprises. Les 22 premières réalisent 43% du tonnage total.

Cette industrie des aliments composés occupe une position charnière entre, d'une part, à l'aval, les éleveurs (isolés, intégrés ou regroupés en groupements de producteurs) et d'autre part, à l'amont, des fournisseurs de matières premières qui sont soit des coopératives et des négociants de produits agricoles de base (céréales, protéagineux, graines d'oléagineux), soit des industries agricoles et alimentaires (IAA) qui commercialisent leurs co-produits (tourteaux, issues de meunerie, corn-gluten-feed, pulpes de betteraves et d'agrumes, mélasse, farines de viande et de poisson, corps gras animaux, etc.), soit directement soit par le canal de négociants français ou internationaux.

[R] Les aliments composés et les farines animales en France

L'industrie française de transformation des déchets d'abattoirs a produit en, 1994, 575 000 tonnes de farines de viande et d'os auxquelles il faut rajouter 546 000 tonnes de corps gras animaux (suif, mélange de graisses animales) et 160 000 tonnes de cretons, poudre d'os, farines de sang, d'abats de volailles, de plume, etc. Le secteur est largement dominé par deux entreprises, à savoir la SARIA Industries qui contrôle 50% du marché avec ses sociétés Soprorga et Française Maritime, et la société Caillaud qui contrôle 27% de l'activité. Trois autres sociétés, d'envergure régionale, peuvent être également citées : Ferso Bio dans le Sud-Ouest, Monnard dans le Jura et Blanchand dans le Massif Central. On compte une quarantaine d'usines en France, dont 17 appartenant à SARIA, employant près de 3 000 salariés. Les équarrisseurs français traitent annuellement 3 300 000 tonnes de déchets animaux dont 300 000 tonnes de cadavres d'animaux et de saisies d'abattoirs.

Actuellement les farines de viande sont presque totalement utilisées par les fabricants d'aliments composés. On peut estimer que près de 80% de celles-ci sont incorporés dans les aliments pour volailles avec des taux qui peuvent être voisins de 5 à 6% pour les poulets de chair et les pondeuses et 6 à 7% pour les dindes. Les porcs sont les autres utilisateurs avec toutefois des taux d'incorporation nettement plus faibles. La production de farines de viande et d'os est voisine de 2,5 millions de tonnes dans l'ensemble de l'UE (figure 5) et de 2,4 millions de tonnes aux Etats-Unis.


Figure 5. Production européenne de farines de viande et d'os et de farines animales (hors farines de poisson).
Estimation de 1994 (d'après SARIA, congrès AFTAA 1995)
.

[R] La fabrication des farines animales : quelques notions

Actuellement, la fabrication des farines animales est assurée par un certain nombre de procédés développés au cours des années 70-80. On trouve parmi eux (93) :

- la fabrication en discontinu ("batch rendering") . Largement utilisé dans les années 70, ce type de procédé a cédé la place aujourd'hui aux systèmes de fabrication en continu. Au Royaume-Uni, ce système traditionnel représentait, en 1992, 20% de la production des farines animales. Les matériaux d'équarrissage bruts sont broyés afin d'obtenir une taille moyenne des particules entrant dans les fours de 40 millimètres environ. Le temps de cuisson de la préparation est de 3 heures ½ à une température maximale variant de 120 à 135°C (en moyenne 125°C) sous pression atmosphérique. Cependant il existe une installation qui travaille sous pression (2 bars) à 141°C pendant 35 minutes. Les graisses libérées lors de la cuisson sont drainées et évacuées du four. Les résidus solides obtenus en fin de cuisson sont ensuite placés dans une presse et/ou dans une centrifugeuse afin d'extraire le maximum de graisse.
Le résidu déshydraté final est broyé finement afin d'obtenir une farine protéique utilisée dans la production des farines animales. L'utilisation de solvants organiques (phénol, hexane) pouvait également être pratiqué dans ce type de procédé afin d'augmenter le rendement d'extraction des graisses du produit. Ceci nécessite alors une étape de chauffage supplémentaire à 100°C pour permettre l'évaporation du solvant ;

- la fabrication en continu . Il existe actuellement 4 systèmes en continu qui sont utilisés au Royaume-Uni et qui assuraient 80% de la production en 1992.

Stord Duke system : ce procédé qui est également largement utilisé en France consiste à cuire, après broyage (taille des particules = 20-50 mm), les déchets d'animaux dans un bain d'huile à une température variant de 135 à 145°C pendant au moins 30 minutes à pression atmosphérique. Le matériau protéique obtenu est envoyé sous filtre-presse afin d'éliminer la phase huileuse, puis broyé pour obtenir de la farine.

Stord Bartz system : il existe un grand nombre de systèmes Stord Bartz, de différents types et de différentes tailles. Le matériau préalablement broyé pour obtenir des particules de 20-50 mm de diamètre est chauffé à 125°C environ par de la vapeur provenant de disques rotatifs qui occupent toute la longueur du four. Ce traitement thermique dure en moyenne de 22 à 35 minutes. Le produit obtenu est ensuite passé sous filtre-presse afin d'extraire les graisses, puis broyé pour obtenir une farine protéique.

Anderson Carver-Greenfield system : les déchets sont finement broyés (10 mm) et mélangés avec du suif chaud pour former une sorte de boue. Ce mélange est ensuite acheminé par pompage dans le système tubulaire du four qui est chauffé par de la vapeur à une température maximum de 125°C, sous un vide partiel. Le temps de séjour oscille entre 20 et 25 minutes. Le produit ainsi obtenu est centrifugé puis mis sous filtre-presse. C'est un dérivé de ce système qui a été mis en cause au Royaume-Uni dans la propagation de l'ESB via les farines animales. Celui-ci utilise des températures basses, proches de 80°C, qui permettent de conserver une meilleure teneur en sels minéraux et d'augmenter la valeur protéique.

Protec De-Watering system : le produit brut préalablement broyé à 10 mm est chauffé pendant 3 à 7 minutes à 95°C. Les phases liquides constituées par l'eau et les graisses sont éliminées par centrifugation ou par une légère mise sous filtre-presse. La phase solide est quant à elle déshydratée par un chauffage à 120-130°C.

Les ministres de l'Agriculture de l'Union européenne ont récemment élaboré de nouvelles règles de fabrication des farines animales applicables à partir du 1er avril 1997. Ces dispositions imposent aux industriels de cette profession la mise en place, au sein du processus de fabrication, d'une étape de cuisson à au moins 133°C pendant une durée minimum de 20 minutes sous une pression de 3 bars. Cette décision va permettre ainsi de garantir l'innocuité des farines animales produites dans toute l'Europe communautaire.

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