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Dossier de l'ESB n°1

L'abattage des troupeaux touchés par l'ESB

12 novembre 2000  
Dossier réalisé à partir d'un débat qui a eu lieu sur la liste ESB en août et septembre 2000

1. Le débat sur la liste ESB
  En conclusion
2. Les textes relatifs aux mesures d'abattage des animaux contaminés et du cheptel
  3. Revue de presse
4. Les points de vue des organisations
5. Glossaire

Vers la Vache folle en ligne, la Liste ESB.  


Introduction

La liste ESB est un forum électronique créé en juin 1999 en liaison avec la page Vache folle en ligne sur ce site du Courrier de l'Environnement l'INRA. Actuellement ce forum réunit virtuellement plus de 300 personnes d'horizons très différents. On y trouve en effet de nombreux scientifiques, y compris dans les différentes disciplines fondamentales de recherche sur le prion, des vétérinaires de terrain ou de l'administration, des acteurs de l'élevage, de l'agroalimentaire et de l'agro-industrie, des associations de consommateurs, de nombreux journalistes qui suivent de dossier dit de la "vache folle" dans toutes sorte de médias et bien sûr des citoyens préoccupés, parfois de façon très forte et intime, par les problèmes de sécurité alimentaire que soulève l'ESB.

Depuis 16 mois de nombreux sujets ont été abordés dans le cadre de nos échanges. Il nous a paru intéressant de rendre publique certains d'entre eux. C'est dans cette optique que nous vous proposons ce premier Dossier de l'ESB consacré au débat sur les modalités d'abattage des troupeaux où un cas d'ESB a été découvert. Ce débat s'est ouvert sur la liste ESB au cours de l'été 2000 à la suite de prises de position mettant en cause le choix de l'abattage total retenu par le Ministère de l'agriculture.

Ce premier dossier inclut donc :
- les messages les plus argumentés échangés sur la liste ESB ;
· des prises de position d'organisations ;
· une revue de presse basée sur des articles publiés dans des journaux représentés sur la liste ;
· une présentation de la réglementation française et européenne.

La diversité des points de vue exprimés comme celle des compétences mises en jeu, constitue sans doute une expérience exemplaire de ce que pourrait être un débat citoyen sur un sujet aussi complexe, laissé traditionnellement aux experts ou aux seuls représentants professionnels. Ce débat se poursuit sur la liste ESB pour d'autres thèmes. Ils sont ouverts à tous ceux qui veulent y participer et nous espérons pouvoir les présenter sous cette forme ultérieurement.

[R]


1. Le débat sur la liste ESB

Quelques réflexions à propos de l'abattage total pratiqué en France et à mon avis justement contesté par certains :

- l'abattage total, pratiqué en France dans le cadre de la réglementation sur les maladies "réputées contagieuses" est en soi dissuasif de déclaration dans le cadre d'une surveillance passive.

- on constate que dans différents pays européens hors RU, les courbes annuelles d'incidence de l'ESB fluctuent de manière apparemment incompréhensible, soit en augmentation (Portugal, France) soit en sinusoïdale (Suisse), soit en paliers nets (Irlande). Quand on regarde les réglementations et leur évolution dans certain pays (je ne connais pas celles du Portugal), on peut expliquer ces variations. Le modèle typique est la Suisse, où l'incidence annuelle des cas déclarés fluctue alternativement à la hausse (jusqu'en 96) puis à la baisse (96-99) puis de nouveau à la hausse depuis 99. Or c'est en 96 que l'abattage total a été introduit, puis en 98 c'est l'annonce de la campagne de surveillance active (UP 98 et 99), et en juillet 99, par crainte d'une sous-déclaration entraînée par l'abattage total, ce dernier est supprimé au profit de l'abattage sélectif des cohortes d'age, soit en moyenne l'abattage d'un tiers environ des bovins. Il faut noter qu'en France l'abattage total n'est devenu légalement obligatoire qu'en 97, et qu'à cette occasion l'indemnisation de l'éleveur a été améliorée (expertise de chaque bête par deux experts à sa valeur marchande supposée).

- l'exemple suisse montre une hausse des résultats de la surveillance passive depuis a) le démarrage de la campagne de surveillance active en 98 et/ou b) de la suppression de l'abattage total. Si cette hypothèse d'une forte influence des mesures réglementaires et/ou des campagnes de tests sur les résultats de la surveillance passive, alors en France on est encore loin de la mesure de l'incidence réelle ( théoriquement descendante selon l'enquête "GBR" des experts de l'Union Européenne). Si on admet que le risque "farines" depuis 1990 puis 96 n'a pu que diminuer, on a dû se trouver encore plus en dessous de l'incidence réelle dans les années 1985-96; Où sont allés ces bovins cliniques ?

- sur ces bases il n'est pas du tout certain que le risque lié à un maintien en vie de tout ou partie d'un élevage ayant déclaré un cas serait supérieur au risque d'échappement de bovins en phase clinique au réseau de surveillance. La seule chose qu'on peut faire c'est extrapoler les données chiffrées de l'OVF pour 1998 (5 cas pour 1 720 bovins de troupeaux abattus), ce qui (compte non tenu d'une prévalence ESB bien supérieure en Suisse) donnerait 35 cas pour 12 000 bovins abattus en France.

- si en revanche ce n'est pas l'explication, alors il faudra admettre que l'incidence réelle de l'ESB augmente presque partout hors RU, et plus le temps passe, plus il sera difficile d'incriminer les farines animales comme voie de contamination, y compris avec les hypothèses de contaminations croisées avec les compléments porcs et volailles. Au passage, les spéculations de la Commission européenne sur l'évaluation du risque ESB deviendraient complètement inopérantes.

- pur finir, les Français sont-ils des paranoïaques à qui on ne peut pas expliquer les choses ? En Suisse, les vaches actuellement laissées en vie dans les troupeaux atteints (hors cohorte d'âge du cas) sont maintenues en lactation, le lait est collecté et normalement consommé, par des consommateurs prévenus. N'y a-t-il pas là matière à réflexion pour nous ? "


Aucune, j'insiste, aucune raison scientifique n'oblige à l'abattage total. Ce n'est à l'origine qu'une décision sanitaire et politique rassurante (1991), d'autant plus fonctionnelle que nous n'aurons que peu de cas. L'alimentation est bien sûr à incriminer, mais on ne connaîtra jamais, même par approximation, en agissant de la sorte comment la contamination opère et avec quelle prévalence. Le fait qu'un troupeau ait mangé la même farine (et d'ailleurs en est-on sûr ?) ne conduira pas nécessairement à ce que toute les bêtes non seulement développent la maladie, mais encore présentent des risques, si toutes les MRS sont écartées, ce qui est la vraie raison sine qua non. Par ailleurs, il est certain que d'autres troupeaux ont reçu des farines contaminées dans lesquels n'ont pas été décelé de cas, pour diverses raisons. Là les animaux sont passés dans la chaîne alimentaire. Quant à la fameuse troisième voie, la "contagion", pour laquelle aucune preuve n'a jamais été apportée, ce n'est certes pas en abattant tout un troupeau qu'on la trouvera...

Les statistiques anglaises sur la répartition du nombre de cas par troupeau sont certainement (c'est à dire qu'elles le sont avec certitude) biaisées. Les troupeaux ayant connu plusieurs cas d'ESB existent, en nombre certain, mais avec une grande incertitude sur la dimension de ce nombre, car on sait que des transferts d'animaux ont eu lieu vers des troupeaux "poubelles".

La "raison" scientifique n'oblige vraisemblablement qu'à l'abattage des cohortes, et obligerait plutôt à la conservation des autres animaux, à titre d'observation. Maintenant que nous disposons de tests, une telle mesure serait d'autant plus facile à appliquer et à expliquer.

Il n'existe donc que des raisons de politiques sanitaires "anciennes" de près de dix ans pour appliquer l'abattage total, et sur lesquelles il est difficile de revenir.

Quant à ce qu'on appelle l'assurance accrue pour le négoce, les bouchers, les consommateurs, etc., que toutes les bêtes soient abattues, c'est donner de l'importance à l'ignorance, à la désinformation volontaire, ce qui, d'une certaine façon me choque. Il faudrait informer ouvertement sur ce sujet des risques encourus, et de tous les moyens de les écarter, dont l'abattage total n'en est pas un. Reparler des farines, des MRS, qui ne seront que bientôt écartées partout en Europe, etc.

Les Suisses, réputés lents à comprendre, n'ont peut-être pas encore compris les risques qu'ils prenaient en ne pratiquant pas l'abattage total ! Et les Anglais sont-ils de si mauvais épidémiologistes que leur pratique de l'abattage de cohortes soit encore acceptée ? J'ai pourtant entendu dire qu'ils avaient les meilleurs, et c'est écrit dans un journal sérieux, Le Monde.

J'aimerais que sur cette question, nous, "Français", n'adoptions pas une position doctrinale aussi isolée parce qu'en fait essentiellement passionnelle. Ou alors soyons clair : disons notre passion. Après tout nous avons le droit d'en avoir...

Ou alors disons tout, comme nous le demandions il y a quelques mois : la sécurité est le résultat d'un ensemble de procédures dont l'abattage total n'est qu'un élément librement choisi, bien que non nécessaire !


Je souhaite préciser ici mon argumentation en faveur de l'abattage total :

1- La contamination alimentaire représente la très grande majorité des cas d'ESB.
1.1- Cette contamination intervient généralement chez les très jeunes animaux.
1.2- Les symptômes cliniques apparaissent chez des adultes relativement âgés après une incubation longue.
1.3- Il est donc délicat de déterminer, lors d'un cas clinique, les modalités et la date de contamination de l'animal comme l'intervalle de dates entre lesquelles des aliments contaminés ont été distribués dans l'élevage (il peut même s'agir d'une contamination discontinue d'un aliment destiné aux jeunes, une livraison peut avoir été contaminée, les dix suivantes non, la onzième oui...).
1.4- Lorsqu'un cas clinique apparaît dans un élevage, l'hypothèse la plus probable est que cet élevage a été infecté par des aliments contaminés 4 à 8 ans auparavant pendant une période inconnue. Le nombre d'animaux infectés et encore en incubation est inconnu mais parfois, voire souvent, non nul.

2- D'autres voies de contamination jouent peut entre un rôle mineur.
2.1- En ce qui concerne la transmission verticale, dans les élevages ayant eu un cas clinique, les produits de la vache concernée ont peut-être été infectes, d'autres naissances d'animaux proches de la phase clinique peut-être également.
2.2- Si une troisième voie existe, elle a pu opérer.

3- Conclusion des points 1 et 2 : lorsque apparaît un cas clinique dans un élevage, il existe une probabilité non nulle, non mesurée à ce jour, mais confirmée par l'expérience britannique (par exemple, en 1999, il y a eu 2 274 nouveaux cas en Grande Bretagne mais seulement 102 nouveaux élevages concernes par des cas "homebred", ce qui signifie que la quasi-totalité des cas viennent d'infection dans des troupeaux ayant déjà connus des cas dans le passe - ces données ne sont que marginalement liées à des "élevages poubelles", phénomène important au début des années 90), pour que d'autres cas apparaissent ultérieurement dans le même élevage.

4- Donc, en abattant tout le troupeau on gagne du temps sur l'anazootie en supprimant certes beaucoup d'animaux sains mais aussi parfois, voire souvent, quelques sujets en incubation. Ce gain de temps accélère l'éradication de la maladie animale ce qui ne peut être que positif en terme de santé humaine et animale.

5- Pour un responsable d'un programme d'éradication, il importe de comparer le gain obtenu au coût (financier et social) de la mesure. Dans les pays de faible prévalence, comme la France, mon avis est que cette mesure se justifie, ce qui n'est pas le cas dans les zones de forte prévalence comme le Royaume-Uni. Dans les cas intermédiaires, comme celui de la Suisse, je conçois que cela se discute.

Trois précisions enfin :

Conserver des troupeaux contamines pour les observer à des fins scientifiques selon un protocole valide sur des objectifs précis et dans des conditions de sécurité suffisante ? OK.

Le fait de tester les animaux asymptomatiques abattus avec un test rapide et d'obtenir un résultat négatif, ne signifie pas que nous n'aurions pas eu d'autres cas cliniques. En effet, le prion n'était peut-être pas encore dans le système nerveux central (lieu du prélèvement), ou il y était mais en quantité inférieure au seuil de détection du test (à ne pas confondre avec sa sensibilité).

Même si je suis convaincu qu'un abattage total représente un traumatisme profond pour un éleveur - par nature très attaché a son troupeau, résultat du travail de toute une vie professionnelle (capital génétique et sanitaire) - je persiste à croire que l'angoisse persistante, la suspicion permanente, liées à l'apparition d'un premier cas dans un troupeau non abattu serait pire encore (une nouvelle fois regardons les dégâts psychologiques de la BSE outre-manche, en l'absence d'abattage total).

Je suis prêt au débat sur ces arguments.


Deux niveaux de réponses :

1) Pour avoir participé à un abattage total, un sentiment de compassion envers l'éleveur accablé et de malaise vis à vis du gâchis technique et économique que représente la destruction de plusieurs centaines de bovins.

2°) Une fois le malaise dissipé, la question du devenir de ces animaux et de leur propriétaire redevient première. En effet qui pourrait supporter le doute permanent ? Et quelles indemnisations prévoir pour compenser la perte économique liée à la suspicion jetée. L'abattage total est lui accepté par les éleveurs et il est devenu depuis cette année la règle dans toutes les maladies réputées légalement contagieuses. Je n'ai malgré tout pas de point de vue tranché sur une éventuelle récupération bouchère des animaux pouvant être exclus de la cohorte du bovin atteint. Dans le marché actuel, le rapport coût-bénefice serait certainement bien faible : peu d'acheteurs et nécessité de pratiquer un ou plusieurs tests pour exclure l'ESB (si tant est qu'elle puisse être exclue, en phase pré-clinique)


Scientifique et soeur de producteur laitier dont le troupeau a été touché par l'ESB. Les deux voies de transmission de l'ESB qui ont été confirmées sont l'alimentation (les farines animales) et la transmission verticale de la vache au veau. On suspecte en fait l'alimentation d'être responsable de la plupart des cas de vaches folles détectés. On parle beaucoup d'une troisième voie de contamination, mais n'il n'en existe pas de preuves intangibles.

Tant qu'on n'est pas sûr du ou des modes de transmission de la maladie, il me semble que l'abattage total reste de rigueur, par précaution. En plus, si l'on procède à un abattage sélectif, quel marchand de bétail va vouloir acheter le reste du troupeau supposé sain ? Perdre tout son troupeau à cause d'une vache atteinte de l'ESB est traumatique pour un éleveur. Mais le traumatisme peut devenir plus terrible si l'éleveur perd la confiance de ses clients marchands de bétail suite a un abattage sélectif.

En plus de l'abattage total, puisqu'on suspecte les farines animales d'être responsables de la plupart des cas de vaches folles détectés, ne peut-on pas faire un minimum d'enquête auprès de l'éleveur ayant eu une vache folle pour connaître exactement la provenance des farines qu'il a données à cette vache ? A partir de cette information, on pourrait déterminer quels autres éleveurs ont acheté le même type de farine au même vendeur. Il ne s'agirait pas de chercher à incriminer qui que ce soit dans la chaîne de production et vente de farines, mais d'identifier les troupeaux susceptibles d'être infectés. Sans abattre les troupeaux identifiés, ne pourrait-on pas tester les animaux de ces troupeaux plus tard, quand ils sont normalement envoyés à l'abattoir ? Est-ce complètement irréaliste ?


Une alternative à l'abattage total peut être le testage systématique en abattoir.

Il faut alors confronter les points positifs et négatifs.

Commençons par le côté financier :

Le test devra être appliqué sur les animaux de plus de 2 ans (voire plus de 3 ans car le test ne semble pas repérer les cas avant 3 ans actuellement). On peut alors tabler sur 1,5 à 2,5 millions de bovins abattus et testables par an (chiffres variant selon les sources).

D'après certaines sources de la liste, une telle quantité de test ferait descendre son prix dans les 400 F. Ceci nous donne un budget de 0,6 à 1 milliard de francs. Actuellement, le coût de l'abattage total est de 0,4 milliards de francs pour le remboursement et l'abattage des bêtes (100 animaux par an, 200 bêtes par troupeau et 20 000 F par bête). Je pense que l'on peut rajouter à ce coût le temps passé par les DSV à abattre les troupeaux.

De plus, à 400 F par bête, ça fait dans les 2 F du kilo de viande ! Je ne suis pas sûr que certains abatteurs, actuellement terrorisés par le risque d'une 2e crise de la viande, ne seraient pas prêts à s'engager financièrement dans l'affaire pour mieux dormir la nuit.

Suit le côté consommateur :

La viande consommée en France est principalement issue d'animaux adultes. Or les courbes des bovins positifs en fonction de l'année de naissance (RU et France) amènent trois informations: les animaux atteints sont infectés principalement avant l'âge de 2 ans; la contamination entre bovins est très rare (tant entre bovins qu'entre mère et veau); les bovins français les plus touchés sont ceux nés entre 1993 et 1995… le problème est donc crucial actuellement.

En conséquence, le fait de ne commercialiser que de la viande testée pourrait éviter une nouvelle crise de la viande. Côté export, nous allons commercialiser de façon claire des carcasses issues de troupeaux non atteints de BSE. Ce sera beaucoup plus facile de communiquer sur ce terrain.

Enfin côté équarrissage, on pourrait envisager de revenir à des farines de viandes plus saines et à une réutilisation des déchets de façon plus claire, donc réduire la quantité d'apport en haut risque aux équarrissages.

Côté inquiétudes :

Le test n'est pas sûr à 100% : il semble ne réagir qu'à partir de 3 ans. On risque donc d'en louper. Mais au vu des courbes citées ci-dessus, on peut estimer que le risque est très faible pour que des animaux de moins de 3 ans soient encore aujourd'hui atteints.

Il est clair qu'au vu des résultats de la campagne 2 000 de tests, on ne peut pas s'arrêter après les 48 000 tests prévus. Il faut envisager la suite.


Je reprends les arguments de P. Baralon complétés par ceux de Karin Irgens soutenant l'abattage total.

OK, là où un animal sort l'ESB, il est à peu près certain que de l'aliment contaminé a été un jour distribué. Mais il est tout aussi probable que la livraison du lot de farine se soit étendue à d'autres élevages dans le rayon.

Alors pourquoi abattre ici et fermer les yeux ailleurs, qui en est rassuré ? Abattre pour remettre aussitôt de nouveaux animaux, alors qu'on ne sait rien de la rémanence, passive ou active, de l'agent contaminant dans le site... et qu'on est encore plus démuni pour donner une consigne de désinfection. Les connaissances font encore cruellement défaut, mais pourquoi gaspiller une occasion d'ajouter un peu d'observations à notre gouffre d'ignorance.

Ne vaudrait-il pas mieux mettre l'élevage en question en observation, avec analyses sur tous les animaux lorsqu'ils arrivent à leur terme d'exploitation ?

N'y a-t-il pas un gaspillage à faire ces analyses sur le troupeau immédiatement abattu, alors que l'observation sur plusieurs années nous apporterait soit la confirmation, soit l'infirmation des durées supposées d'incubation, de la notion de site contaminé, de plus grande probabilité de nouveau cas dans un élevage "signalé" que dans un élevage RAS, etc. ? Et permettrait une continuité économique sous surveillance sanitaire, rassurante par rapport à l'élevage voisin qui attend sans appui que l'épée de Damoclès lui tombe sur la tête ?

Et par rapport au doute sur les liens entre ESB et (nouvelle ?) Tremblante, pourquoi ne pas introduire quelques moutons sensibles sur ces exploitations ? (bien sûr, s'il existe encore des moutons vierges de ce côté).

La campagne actuelle n'a pas été décidée pour garantir qu'aucun animal potentiellement dangereux n'entre dans la chaîne, sinon ce n'est pas l'échantillonnage basé sur les animaux qui ne tournent pas rond qui était pertinent. C'est pour en savoir plus. Les consommateurs ne sont aujourd'hui globalement ni plus ni moins protégés d'une entrée dans la chaîne alimentaire d'un animal en incubation et ayant encore un profil zootechnique normal.

Je ne pense pas qu'il y ait d'un côté les éleveurs, de l'autre les consommateurs, et sur une autre planète les chercheurs. Nous sommes tous dans la même galère, l'enjeu c'est plus de connaissance le plus vite possible. Et la seule attitude pour franchir ces périodes d'incertitude, c'est de construire une solidarité avec les éleveurs "témoins", les impliquer dans le processus de recherche et expliquer, expliquer encore aux consommateurs qu'il n'y a pas d'exorcisme incantatoire contre les ATNC.

Certains colistiers évoquent aujourd'hui une évolution dans la position ministérielle. Il serait bon qu'elle se concrétise avant qu'on ait abattu "par précaution" en France autant de bovins que de vaches victimes de l'ESB en Angleterre... et pour un bénéfice cognitif faible.


Abattage de tout le troupeau ou abattage partiel ? (paru dans la Dépêche Vétérinaire)

En France, la loi sur l'abattage du troupeau entier représente le principe de précaution maximal car aucun test ne permet de détecter un bovin en incubation. Il est vrai que la sélection de cohortes (nées un an avant ou un an après représente déjà un principe de précaution acceptable (risque gérable) car les études effectuées sur les troupeaux atteints d'ESB en Suisse ont permis de démontrer que seuls des animaux nés en même temps (à un an près) pouvaient représenter un risque avéré (avec l'emploi du test Prionics). C'est pourquoi la Suisse a choisi de pratiquer un abattage sélectif. Cependant, les arguments avancés en France par la Confédération paysanne sont discutables : un animal négatif au test " Prionics " n'est pas obligatoirement " prion-free ". Tous les animaux de l'élevage ont pu ingérer un aliment contaminé, en particulier les animaux plus âgés ayant une durée d'incubation plus longue du fait d'un effet-dose ou d'une résistance génétique (non démontrée scientifiquement chez les bovins). De plus, la voie alimentaire n'est pas la seule voie de contamination. La voie maternelle présente un risque allant jusqu'à 10%. Et la " troisième voie " englobe un ensemble d'hypothèses où la contamination horizontale n'est pas exclue (acariens du fourrage, " réservoirs ", bouse, environnement). Les cas détectés par les tests ne sont que la partie émergée d'un iceberg d'animaux potentiellement contaminés, en incubation et non détectables avec le test Prionics. Les éleveurs qui revendiquent l'abattage sélectif ont-ils aussi bien réfléchi à ce que deviendrait leur activité dans un élevage placé pour des années sous arrêté d'infection, avec des mesures telles que les produits de leur exploitation seraient plus difficiles à commercialiser.


Personnellement je n'ai pas d'opinion définitive sur ce délicat problème de l'abattage des troupeaux dans lesquels un cas d'ESB a été enregistré parce que je considère que nous n'avons pas en main les éléments qui permettraient de prendre une décision en toute connaissance de cause. Je comprends l'émotion que peut susciter l'abattage total d'un troupeau et les réserves que peuvent exprimer certains alors que les données disponibles indiquent que très peu d'animaux (moins de 1%) abattus sont atteints par la maladie (stade clinique ou infra-clinique). On ignore cependant le pourcentage d'animaux qui ont pu être infectés et qui sont en phase d'incubation. A ce jour, l'abattage total apparaît donc comme une précaution logique puisqu'en tout état de cause la proportion d'animaux infectés dans les troupeaux où un cas a été enregistré est supérieure à la population normale (voir les données suisses dans le rapport du CSD).

Il ne peut être remis en cause que si nous disposons de données claires pour procéder à un abattage plus sélectif (cohorte d'âge par exemple). Or, à ma connaissance, ces données ne sont pas établies. Si on veut aboutir à une meilleure définition de la politique sanitaire dans ce domaine il faut se donner la peine de déterminer avec précisions le nombre d'animaux infectés dans un troupeau où un cas s'est déclaré, ce qui, à mon avis est possible. La réponse à cette question a aussi un intérêt scientifique. En effet, si on admet que la principale voie d'infection est la voie orale et la principale source d'infection les farines animales on ne comprend pas comment il se fait qu'il y ait si peu d'animaux infectés par troupeau. La réponse à cette question permettrait peut-être de mieux comprendre les paramètres qui contrôlent la transmission de l'ESB.

Pour obtenir ces données, deux approches sont envisageables:

1- laisser vieillir les troupeaux dans lesquels un cas a été enregistré pour y dénombrer le nombre total d'animaux infectés.

2- effectuer des tests rapides (les plus sensibles possibles) sur les troupeaux abattus afin d'essayer d'obtenir ce renseignement.

La première solution est certainement la plus sûre mais l'expérience sera longue et les résultats ne seront pas disponibles avant plusieurs années. D'autre part, il est clair qu'il y a une grande réticence à garder en survie des troupeaux "ESB" pour des raisons que l'on imagine très bien.

La deuxième solution est parfaitement envisageable, surtout dans un pays comme la France où l'on vient de démarrer une importante campagne de dépistage qui a permis de mettre en place les infrastructures nécessaires à la réalisation des tests (collecte des échantillons et analyse dans des laboratoires spécialisés). La principale difficulté, à mon avis, réside dans le fait que l'on ne peut pas se contenter d'effectuer des analyses sur des échantillons prélevés au niveau du système nerveux central (tronc cérébral, moelle épinière) comme cela est fait actuellement. Il faut absolument que ces analyses portent aussi sur des prélèvements d'iléon puisque l'on sait que c'est dans cet organe (plaque de Peyer) qu'apparaît d'abord l'agent infectieux (des mois ou des années avant d'envahir le système nerveux central). Ceci compliquerait, bien entendu, de façon importante, le travail des vétérinaires chargés de faire les prélèvements. D'autre part, à ce jour, aucun test rapide n'a démontré sa capacité à détecter la PrPres dans des prélèvements d'iléon où elle est clairement beaucoup moins concentrée que dans le système nerveux central. De plus, l'analyse de ce type de tissu pose des problèmes particuliers et requiert une mise au point importante par rapport à ce qui est fait avec des prélèvements de tissus nerveux. Les recherches dans ce domaine sont freinées par un manque d'échantillons, en effet, pour mettre au point ces tests, il faut d'abord disposer de prélèvements d'iléons provenant de vaches infectées et de vaches saines, prélèvements qui ne sont pas (ou très peu) disponibles à ce jour (je ne pense pas que de tels prélèvements soient effectués à l'heure actuelle, en France, sur les animaux abattus).

En conclusion, si l'on veut connaître avec précision le nombre et la répartition des animaux infectés dans les troupeaux touchés par l'ESB, il faudrait mettre en place, dès maintenant, un programme de prélèvement systématique sur les troupeaux abattus (système nerveux central et iléon) et travailler à la mise au point d'un test rapide applicable en grande série (sur plusieurs milliers d'animaux) sur ces deux types de tissus. Ce n'est pas une mince affaire mais c'est probablement le prix à payer pour y voir clair dans ce problème et être à même de prendre les décisions appropriées garantissant la sécurité des consommateurs et protégeant les intérêts des éleveurs.


Le rapport CSD sur l'abattage (sélectif ou total) est intéressant, ainsi que l'article de Libération. Je crois qu'il n'y a pas de doute sur l'efficacité économique supérieure de l'abattage sélectif. Si l'on veut éliminer le plus possible de cas cliniques ESB futurs ou de cas en incubation avancée, on trouvera ces cas surtout dans les cohortes d'âge. C'est certainement la stratégie qui offre "le meilleur rapport coût-efficacité (the most cost-efficient)".

Je note cependant les propos de Gérard Pascal (article de Libération) "ce que l'on peut tirer des rares données disponibles est très fragile". Je re-cite l'article de Libération :

"Aussi, il ne serait guère surprenant qu'il n'ait détecté du prion que chez des animaux de la même classe d'âge que le cas clinique: contaminés en même temps, ils étaient probablement en phase finale d'incubation."

"Ces résultats suisses en disent plus sur les limites du test que sur l'état du troupeau abattu", constate Jeanne Brugère-Picoux, professeur à l'école vétérinaire de Maisons-Alfort." Je suis tout à fait d'accord avec Gérard Pascal et surtout avec Jeanne Brugère-Picoux.

En l'absence de méthodes de tests vraiment satisfaisantes capables de détecter les stades précoces, nous ne savons rien sur l'infection possible des animaux de l'ensemble du troupeau, nous en savons même trop peu sur l'état d'infection des animaux de la même cohorte d'âge que l'animal à ESB. Nous ne pouvons aujourd'hui, dans les meilleurs des cas, que voir les signes cliniques ou les Prionics positifs en état d'incubation avancée.

Nous ne savons toujours pas si la voie horizontale peut ou non contaminer des bovins à dose létale ou à dose "minimale infectieuse non létale". Le rapport CSD est basé sur une "présomption" ou "hypothèse de travail " selon laquelle la voie horizontale ne jouerait aucun rôle. Ils le disent clairement.

"The position of the SSC is founded on the following basic assumptions : BSE is NOT horizontally transmitted and the only significant transmission routes are feed and, but by far less important, vertically from an infected dam to its calf. It is hence not comparable to normal infectious diseases."

Personnellement, j'imagine sans difficulté (par analogie avec la tremblante) que la voie horizontale pourrait 'infecter' des bovins, puisqu'elle infecterait par voie orale, voie reconnue comme efficace dans cette espèce. Il est tout à fait possible que les infections orales éventuelles de ce genre soient insuffisantes pour provoquer une maladie ESB clinique, ni même une infection décelable par Prionics, c à d atteignant le système nerveux central. Mais nous resterons encore longtemps dans l'ignorance avant de pouvoir confirmer ou rejeter cette hypothèse de voie d'infection horizontale.

Le rapport CSD nous dit qu'on présume que l'infection a lieu pendant les premiers mois de vie et que les aliments pour veau ne sont pas 'normalement' distribués aux bovins adultes. D'accord, mais un même fabricant pourrait avoir distribué des aliments pour adulte et pour veau, contaminés par le même lot de farines et livrés dans la même période de temps. Dans ce cas hypothétique, les veaux de la 'cohorte d'âge' auraient absorbé une plus forte dose, du fait de leur plus forte réceptivité intestinale à l'absorption de macromolécules au niveau de l'épithélium recouvrant les 'plaques de Peyer iléales - mais on ne peut exclure une absorption intestinale par des animaux plus âgés fournis en aliments par le même fabricant à la même période.

Enfin, le rapport CSD n'aborde pas vraiment les aspects psychologiques - qui acceptera d'acheter animaux ou viandes d'une exploitation déclarée ESB-positive ?

Seul aspect "psychologique" abordé par ce rapport CSD : les risques éventuels de diminution des déclarations spontanées des éleveurs. Tout le rapport CSD est fondé sur ce qui est mesurable avec les méthodes actuelles (très insuffisant). Ils nous disent que l'ESB (clinique) est un événement rare, et je suis bien d'accord. Je me pose la question des événements non mesurables par les méthodes actuelles et qui ne sont pas forcément aussi rares que l'ESB clinique ou le prionics-positif sub-clinique. S'il s'agissait uniquement d'une question "coût-efficacité" je serais parfaitement en accord avec le rapport CSD que je ne conteste d'ailleurs pas sur le point de l'efficacité par rapport au coût.

Le CSD propose par ailleurs l'idée de garder en observation les bovins nés de mère à ESB, ce qui serait très utile, compte tenu du mauvais protocole expérimental des recherches britanniques à ce sujet.

Enfin, le rapport CSD nous informe enfin sur des calculs épidémiologiques dans l'hypothèse où le RU aurait décidé précocement au moins l'abattage des cohortes. A ma connaissance, chiffres non publiés avant septembre 2000 bien que connus au RU en 1999.


Positionné du côté " protection du consommateur ", je viens vous apporter mon avis au sujet du débat abattage total/abattage partiel.

Travaillant dans la centrale d'achat d'une grande structure hospitalière (AP/HP), il m'arrive de recevoir des appels téléphoniques de personnes hospitalisées ou de parents de personnes hospitalisées, terrorisées parce qu'on sert des abats à l'hôpital. J'en déduis plusieurs remarques :

- le consommateur n'est vraisemblablement pas correctement informé sur les mesures instaurées dans le contexte de la protection du consommateur vis à vis de l'ESB.

- le personnel professionnel hospitalier n'est pas à même de communiquer directement sur l'état sanitaire de ses aliments puisqu'il est obligé de faire appel à moi pour apaiser le consommateur final.

En conséquence, et en dehors de toute considération scientifique, je pense qu'une levée de l'abattage total des troupeaux pourra être envisagée, vu l'absence ou plutôt l'inefficacité de la communication à ce sujet. Le consommateur " néophyte " a pour l'instant l'impression que l'abattage total constitue une précaution maximale. Je n'ose imaginer les retombées sur la consommation de viande bovine si l'abattage total est supprimé sans communication préalable à son sujet.

En conclusion, quels que soient les arguments actuels pour ou contre l'abattage total en France, ce dernier est inconcevable " politiquement ".


Etant donné que la situation actuelle peut être décrite ainsi :

- en France : abattage un peu plus que total (on abat les troupeaux où ont été détectés les cas cliniques - et depuis cet été les cas "Prionics") plus un certain nombre d'animaux ayant cohabité avec le sujet, appartenant souvent à un seul autre troupeau ;

- dans d'autres pays : abattage sélectif sur cohorte (à définition variable) ;

- en particulier en Angleterre, l'abattage sélectif ,d'abord limité puis plus large grâce à une meilleure indemnisation (il serait bon d'avoir des précisions historiques sur cet aspect), permet de penser que l'abattage total aurait probablement doublé (?) le nombre d'animaux abattus ; on peut douter aussi de l'application pratique, car il est fréquent Outre-Manche qu'un animal passe dans trois exploitations successives, étant donné que la France a choisi l'abattage total dans l'espoir d'éradiquer la maladie en une dizaine d'années, sans succès garanti pour l'instant, étant donné que nous voici maintenant à environ un pour mille des exploitations françaises atteintes (?) - devant 50% en UK (??),

- je préfèrerais de beaucoup ce genre de chiffres pour comparer les pays entre eux, et pas seulement ceux se référant au cheptel total.... étant donné que nous n'avons encore aucun cas superNAIF (né après juin ou août? 96), et que les anglais en sont à 1 ou 2 (?) superBAB seulement, étant donné que le maintien de l'abattage total amènerait à envisager des mesures de "décontamination sérieuse" des 'exploitations (sur le modèle tremblante qui est doublement incertain dans son application - il ne marche pas déjà très bien pour la tremblante, et rien ne permet de croire qu'il marcherait de manière satisfaisante pour l'ESB, qui est une maladie différente sous bien des aspects)... ;

- je pense qu'il faut se préparer à choisir une meilleure stratégie dès que possible (début 2001 ?) selon l'évolution du dossier - en particulier le chapitre superNAIF, superBAB qui sera déterminant -, et en tenant informé le consommateur à toutes les étapes de la réflexion, pour qu'il ne rejette pas à l'avenir l'ensemble des produits bovins, tant que l'on ne pourra pas lui garantir un "risque zéro virgule zéro".


Dans la Manche, où nous sommes maintenant au 20e cas déclaré, nous sommes de plus en plus interrogés par les éleveurs sur l'opportunité et l'avenir de l'abattage total.

Les GDS ont fortement réclamé, et depuis le début des abattages totaux, la mise en place des prélèvements à l'équarrissage des animaux abattus dans le cadre d'un abattage total.

Il a fallu l'abattage du troupeau de J.-B. Rault (le 6 août 2000) pour que cela se mette en place.

Ceci étant, nous n'avons pas de données sur les tests qui seront pratiqués (test Prionics, CEA, autre ? ...) ni de promesse de retour sur les résultats, ce que les éleveurs concernés attendent.

Les tests pratiqués lors des abattages totaux permettront-ils de se prononcer sur la question de l'abattage total ?

La réponse n'est pas évidente, et y répondre implique de se demander si le retrait des MRS est, oui ou non, une mesure suffisante pour assurer l'arrêt de la contamination des nouveaux troupeaux et la protection de la santé publique. Concernant l'arrêt de la contamination de nouveaux troupeaux, le vieillissement actuel des animaux trouvés porteurs est un indice encourageant : la population de bovins ESB semble ne pas se renouveler. La confirmation ne pourra être établie qu'en 2001, si le nombre de cas d'ESB bovins diminue. Concernant l'effectivité de la protection de la santé publique, il faut attendre que la courbe de mortalité anglaise arrive à son point d'inflexion, pour estimer la durée d'incubation en humaine, et tenter de rapprocher les statistiques humaines et bovines. Il sera alors peut-être possible de mesurer l'influence des mesures de MRS.

- si les mesures de retrait des MRS s'avèrent bien efficaces : l'abattage total est alors sans doute statistiquement inutile, puisque le retrait des MRS seul permettra de venir à bout de la maladie. Mais les queues de statistiques sont alors des troupeaux, voire des personnes, contaminés ;

- si non : l'abattage total restera alors indispensable pour endiguer la contamination de nouveaux troupeaux et humains.

Reste que même chez les personnes favorables à la levée de l'abattage total, il est difficile de trouver des volontaires à l'idée de consommer la viande des autres vaches. Actuellement, les éleveurs ayant subi l'abattage total retrouvent pour leurs produits les débouchés qu'ils avaient avant que leur troupeau ne soit déclaré contaminé. Trouveraient-ils un boucher pour acheter leurs bovins en cas d'abattage partiel ?


Nous sommes pour l'abattage systématique du troupeau, car comme nous l'avons déjà dit, s'il y a la moindre chance de contaminer ne serait-ce qu'une personne, il ne faut pas hésiter. Il ne faut pas oublier que la durée d'incubation peut être très longue , et qu'une vache non malade le jour de l'abattage, peut -être en incubation. Je vous assure que pour avoir sous les yeux chaque jour l'agonie de mon fils, il ne faut plus prendre de risque.


En dehors de sa plausibilité (sauf cas exceptionnels, du type animal venant d'arriver dans une exploitation, il est peu probable qu'un seul animal a été exposé à la contamination), la possibilité d'avoir d'autres animaux en incubation dans les troupeaux atteints s'appuie sur les données de surveillance anglaises (177 288 cas d'ESB dans 35 095 exploitations soit une moyenne de 5 cas par exploitation). La possibilité d'avoir 2 cas dans un même troupeau s'est déjà concrétisée en France. Il s'agit des cas 7 et 8 sur le site de P. Lavie ou sur celui de l'agriculture, diagnostiqués simultanément en 1994 dans un élevage des Cotes-d'Armor.

On dispose de plus des données, citées dans l'avis du CSD sur l'abattage, des quelques pays où l'on dispose à la fois de données de surveillance et de données sur l'examen des cerveaux dans les troupeaux abattus. Les données suisses qui sont les plus précises, montrent une prévalence dans les troupeaux atteints examinés 40 fois supérieure à l'incidence nationale annuelle maximale rapportée aux bovins de plus de 2 ans. Mais les effectifs sont faibles et les extrapolations dangereuses.

Il faut de plus garder à l'esprit les tendances actuelles de l'épidémie française, qui ne sont pas rassurantes. La surveillance clinique passive a décelé 31 cas cliniques en 7 ans dans 11 départements (de 1991 à 1997). 18 cas ont été déclarés en 1998 dans 14 départements, 30 en 1999 pour 16 départements et, au 25 octobre 2000, déjà 52 cas dans 26 départements. Si ces chiffres indiquent un accroissement temporel et spatial de l'épidémie, ils reflètent mal l'évolution de la pression de contamination qui s'est exercée sur les élevages, compte tenu de la variabilité de la période d'incubation (on ne peut pas avoir encore observé de cas de plus de 6 ans pour les animaux nés en 1995).

Si l'on regarde les données, on voit qu'avec un recul moyen de 5 ans, entre 1 et 2 cas ont été diagnostiqués chez les bovins nés entre 1986 et 1992, 7 chez ceux nés en 1993, 15 pour ceux nés en 1994 et déjà 20 pour ceux nés en 1995. Avec un recul de 6 ans, cela donne 2 en 1992, 9 en 1993, et 19 en 1994. L'augmentation de la pression de contamination est corrélée avec l'extension géographique : parmi les 15 cas diagnostiqués dans les 10 nouveaux départements touchés depuis le début de l'année, 1 est né en 1992, 5 en 19, 8 en 95 et 1 en 1996.

Les cas signalés dans le cadre de l'étude Grand Ouest confirment ces distributions. Ils semblent de plus indiquer (mais il faudra attendre l'analyse des 15 000 tests pour le confirmer et la communication des données cliniques sur les cas décelés) une sous-déclaration non négligeable dans la surveillance passive : environ 2 fois plus de cas ont été trouvés depuis le début de l'étude qu'il n'y en a eu dans la même période dans la même région par la surveillance passive. Sachant, comme l'explique très bien le texte de J. Grassi, que les tests rapides ne peuvent dépister que des animaux en fin d'incubation ou en début de maladie, que l'expérience suisse a montré qu'une majorité des cas décelés dans une étude comparable présentait des signes cliniques, et qu'on ignore en l'absence d'une étude similaire à combien on peut estimer ceux qui sont passés en abattoir, on ne peut considérer les chiffres tirés de la surveillance que comme une appréciation minimale de la situation réelle. Mais les tendances que ces chiffres montrent sont inquiétantes.

Tout cela justifie-t-il le maintien d'un abattage total ? A mon avis oui. Sans revenir trop sur les points détaillés par d'autres colistiers, je voudrais insister sur quelques éléments. Selon l'avis du CSD, une politique d'abattage total ou partiel de type cohorte est d'autant plus importante qu'on est en phase croissante d'apparition des cas. C'est notre situation. Les Anglais ont estimé à environ 30% les cas qui ne seraient pas rentrés dans les chaînes alimentaires si cette politique avait été mise en place au Royaume-Uni. L'abattage de cohorte, à l'évidence moins coûteux, suppose une grande confiance dans la solidité de l'étude suisse qui n'a porté que sur 1 700 animaux dont 5 positifs. C'est bien peu, connaissant les limites des tests pratiqués. J'ignore pour ma part quel était l'âge des cas index ayant conduit à l'abattage de troupeaux dans cette étude. S'il s'agissait d'animaux jeunes, d'autres cas, à incubation longue, dont le système nerveux central n'était pas encore atteint, ont pu ne pas être diagnostiqués.

Le retrait des MRS après 1996, probablement la mesure la plus efficace, permet d'espérer raisonnablement une chute importante des contaminations croisées à partir des farines animales chez les bovins après cette date, chute qui devrait se manifester d'ici 1 à 2 ans. Mais ces mesures ne sont pas encore complètes (intestins, colonnes vertébrales) et en ce qui concerne la consommation humaine, ce sont les animaux nés avant ces mesures qui forment encore le gros de notre consommation de viande bovine. Par ailleurs il reste des incertitudes, compte tenu des limites de sensibilité des expériences de mesure de l'infectivité, sur les autres tissus. Enfin, les autres mesures de sécurisation de l'alimentation animale sont d'application généralisée effective récente pour le chauffage des farines (99 voire 2000 selon l'avis récent de l'AFSSA) ou viennent d'être prises (graisses d'os dans les lacto-remplaceurs).

Pour toutes ces raisons, je pense que le moment de remettre en cause l'abattage total n'est pas encore venu. L'amélioration prévisible à moyen terme de la situation épidémiologique, si elle se confirme, les résultats d'études qui ne sont pas encore mises en place (sondage à l'abattoir et études cas témoins sur les facteurs de risque de contaminations), le développement de tests de diagnostics et de confirmation plus sensibles et plus rapides permettant un dépistage systématique fiable permettront, je l'espère, de remettre en cause cette politique. Mais pas maintenant. J'ai en plus la crainte, mais c'est de la pure spéculation, que les appels à son abrogation incitent en toute bonne conscience à des comportements de fraude.

Cas d'ESB en France par date de diagnostic et année de naissance
Données disponibles au 25 10 00

Note : + 26 cas supplémentaires diagnostiqués dans le cadre de l'étude ESB. Ces cas ne sont pas mentionnés dans le tableau. Il s'agit de 1 cas né en 1988, 1 en 1992, 5 en 1993, 12 en 1994 et 7 en 1995.


Un éleveur victime de l'ESB

Je viens vous dire, en gros, comment ça se passe chez mon fils Paul, dont une vache, découverte atteinte de l'ESB, fin juin, a entraîné l'abattage de la totalité du troupeau.

La nouvelle que la bête était contaminée a été un coup de massue.

Paul est assez soucieux, tout comme son épouse médecin, de fabriquer de la nourriture saine pour avoir entrepris depuis un an et demi son passage en "bio". Il est depuis huit ans membre, et cofondateur, du groupement vendéen "Agriculture durable" dont l'objectif est de nourrir les vaches le plus possible à partir des pâturages et de rechercher les espèces d'herbe les mieux adaptées au milieu.

Il donnait à ses bêtes principalement de la nourriture produite sur son exploitation. Il achetait à l'extérieur des aliments concentrés du type luzerne déshydratée, pulpe de betterave, tourteau de soja. Il n'achetait jamais d'aliments composés granulés. Les vaches n'étaient pas suralimentées et donnaient en moyenne 6 500 l de lait par an.

Jusqu'à 1999, Paul confiait ses génisses de deux semaines à un beau-frère qui les nourrissait jusqu'à l'âge de deux ans. Il ne disposait pas en effet, à cette époque, de surfaces suffisantes (32 vaches pour 33 ha). La vache malade a mangé pendant cette période, c'est à dire de 1994 à 1996, des granulés et du lait en poudre contenant des graisses animales (suif et saindoux) achetés à une grosse coopérative du Maine-et -oire (rappelons que l'interdiction des farines animales date de 1990).

Il n'y avait ni volaille ni porc chez Paul, ni chez son beau-frère. S'il y avait contamination croisée, elle n'était donc pas du fait de l'éleveur, mais de son fournisseur.

Lorsqu'il a été avéré que la vache "Jugeote" était atteinte de l'ESB, Paul a décidé de déclencher, malgré les pressions exercées sur lui par l'administration (la Préfecture) derrière la DSV, une opération transparence de son côté, et de l'autre une recherche des responsabilités, même au prix éventuel d'une action en justice contre X. Exploitant en Vendée, il a alerté la presse régionale (voir Ouest France du 29 06). Paul Payan a fait un très bon article dans France Soir du 30 juin. Je ne cite pas les autres journaux, je ne les connais d'ailleurs pas tous.

La Brigade d'enquêtes vétérinaires a passé une journée entière chez Paul, armée de deux photocopieuses, prenant copie de toutes les factures d'achats d'aliments, y compris le lait en poudre, des frais de vétérinaire, et notant tous les mouvements d'animaux. En fin de journée sa conclusion a été qu'on voyait mal ce qui s'était passé chez Paul.

Depuis cinq ans un producteur de l'agence "Point du Jour" cherchait à réaliser un reportage sur l'ESB et l'avait propose aux Chaînes. Récemment Antenne 2 a accepté la proposition et l'équipe de Point du Jour à l'origine du projet s'est mise en chasse d'un éleveur
- ayant une vache atteinte de l'ESB,
- disposé à en parler,
- ayant quelque chose à dire.

Laure Siaud a trouvé cet éleveur.

C'est pour cela qu'une sympathique équipe de quatre professionnels a débarqué à Mouchamps le 27 juin 2000, a passe une semaine sur place, logeant chez l'habitant, assistant aux discussions entre exploitants chez Paul, et bien entendu au départ du troupeau vers l'abattoir le 3 juillet. Quelques dizaines d'agriculteurs étaient également présents, dans le calme comme promis par Paul à la DSV . L'opération n'était donc pas "confidentielle" comme l'écrivait Le Monde du 8 août.

Le 23 août à 8 heures tout le village attendait le premier camion de montbéliardes. Les habitants avaient accroché sur la "stabu" des pancartes de bienvenue. "Point du Jour" était là et la date de la fête annuelle du village avait été déplacée pour coïncider avec celle de la renaissance du troupeau.

(Pour en terminer avec les médias, je crois savoir que le reportage doit être diffusé par Antenne 2 avant la fin de l'année, un dimanche soir.)

Paul a reçu de nombreux témoignages d'encouragement, y compris par des missives anonymes. Il a trouvé une attitude compréhensive et souvent sympathique à la Direction des Services Vétérinaires.

L'indemnisation a été correcte. Paul a reçu 638 000 F au total pour 50 bêtes de tous âges, soit 13 000 F par animal, qui couvrent :
- l'achat d'animaux de qualité prêts à produire du lait ;
- l'achat de jeunes animaux ;
- les frais d'analyse vétérinaire d'achat ;
- les surcoûts liés au rachat d'animaux d'origines diverses dont le microbisme est différent ;
- la perte économique liée au lait non produit pendant les deux mois supposés nécessaires pour repartir avec un nouveau troupeau ;
- le manque à gagner lié au retard pris dans la reconversion à la biologie, donc à la valorisation supplémentaire du lait.

Outre les bêtes du troupeau de Paul, tout le troupeau du beau-frère a été abattu, ainsi que 33 vaches et génisses vendues en Vendée. Au total 130 bêtes pour lesquelles le contribuable aura payé environ 1,3 à 1,5 MF auxquels il faut ajouter les frais de transport des animaux et d'abattage très particulier.

L'attitude des pouvoirs publics est pour lui difficile à comprendre, pour ne pas dire choquante dans certains cas :

- parmi les bêtes abattues on savait identifier celles qui étaient nées chez Paul, qui n'avaient jamais mangé de farine et dont le seul tort était d'avoir fréquenté Jugeote. C'est donc que l'on accrédite la thèse de la contagion de bête à bête? ;

- on ne comprend vraiment pas pourquoi des recherches ne sont pas faites chez les bêtes qui ont consommé, dans d'autres troupeaux, les farines livrées à la même époque par les mêmes fournisseurs ;

- les règlements semblent varier d'un département à l'autre.

Ainsi , à ma connaissance :

- Paul a demandé que les bêtes abattues subissent le test ESB. Demande d'abord rejetée, puis acceptée, mais sans qu'il puisse avoir connaissance des résultats (jusqu'à ce jour). Alors que, (selon Ouest France du ?) les bêtes de Jean-Benoît Rault ont été soumises au test et les résultats (négatifs) lui ont été communiqués ;

- Paul a continué à livrer son lait jusqu'au départ du troupeau, alors que Jean-Benoît Rault se l'est vu refuser...

Pourquoi ne pas effectuer un test sur toutes les bêtes destinées à la boucherie, avant de les envoyer dans le circuit de consommation ?

A sa demande de conseils sur des mesures éventuelles de désinfection à prendre avant l'arrivée du nouveau troupeau, il lui a été simplement répondu que sa question était intéressante... Il a, de lui-même, désinfecté sa stabulation à l'eau de Javel diluée, mais n'a rien fait, bien sû, sur ses prairies. Comme le disent Daniel Gloaguen (Valeurs mutualistes, juillet 2000) et Mme Brugère-Picoux la contagion par les bouses n'est pas à exclure.

Paul n'a pas le temps de s'ennuyer, avec les différents médias qu'il a accepté, en général, de recevoir, avec la recherche dans le Jura d'un nouveau troupeau de montbéliardes et avec les travaux lancés avant les "événements" pour sa conversion au bio et qui progressent.

Il ne pourra pas avant longtemps, je le crains, éprouver le même sentiment de sécurité avec ses nouvelles bêtes qu'avec celles qui ont été sacrifiées (les animaux achetés sont-ils sûrement exempts d'ESB ?).

Paul redémarrerait certainement avec davantage d'enthousiasme s'il avait l'impression qu'en haut lieu on pratique la transparence et si on ne s'y laissait pas intimider ou influencer par qui que ce soit.


A. L'affaire de la levée folle de l'embargo contre les viandes Anglaises touche pratiquement à sa fin, et cette épisode est au moins aussi intéressant que la crise de 1996.

1. Ce qui est intéressant dans ces dernières semaines est bien la façon dont l'utilisation des tests a été invoquée à plusieurs reprises et pour résoudre plusieurs problèmes.

- Mais à chaque fois la fiabilité des tests se heurte à notre méconnaissance de l'agent lui même. Ainsi pour les problèmes de sureté sur la qualité des viandes l'utilisation systématique de tests sur des carcasses en abattoirs comme en Suisse avec les test de Prionics n'apportent aucune certitude totale car un début d'infection chez des animaux jeunes peut passer inappercu (faux négatif) - voir sur ce point le message précédent de Karin Irgens et les débats sur la Suisse qui ont eux lieu ces dernier temps sur la BSE list).

- Par ailleurs la logisitique de l'utilisation des tests est lourde et couteuse (il faut allonger la durée de stockage des carcasses et avoir une bonne traçabilité de l'étable à l'abattoir au moins), question classique de gestion d'une filière : qui organise et qui paie ?

- Le système de testage par sondage sur des populations d'animaux particulières que les Suisses ont mis en place depuis maintenant trois ans est riche d'enseignements sur l'état de nos incertitudes... mais aussi sur l'efficacité des tests par rapport à une politique généralisée de précaution sur la sécurité alimentaires des viandes. Les résultats obtenus en Suisse au niveau de leur système d'épidémiosurveillance sont particulièrement alarmants si on songe que l'importation de farine animale en provenance du RU a été minime et que l'épidémie a tout de même été notoirement forte par rapport à d'autres pays européens qui ont au moins importé autant de farine anglaises si ce n'est plus.
(nous recommandons ici avec un poil de modestir de lire le rapport sur la Suisse disponible sur le site du projet BASES.

2. Ainsi les Français parlent beaucoup de tests et de précaution dans la "guerre du boeuf", mais on ne peut être que toujours aussi sceptiques sur la volonté des autorités française en matière d'utilisation des tests. Même si "on" ne veut pas acheter le test suisse, anglais ou irlandais, il en existe un en France (celui du CEA) mais on ne voit rien venir du côté de l'AFSSA en terme d'annonce d'une politique de testage de population ou de cohortes dans des troupeaux infectés au moins. A moins que ces tests soient faits sans qu'on le sache ce qui est au demeurant possible tant l'information sur l'épidémie de BSE en France se limite aux communiqués laconiques que nous connaissons (une vache est morte dans la Meuse, condoléances pour tous les parents des animaux du troupeaux...).

3. Ce qui est intéressant dans les derniers rounds des arrangements franco-anglais (sous seing allemand) c'est également la question de l'abattage systématique du troupeau. Les Français auraient souhaité une euthanasie systématique comme "cheu nous", ce qui protège bien le consommateur et qui correspond à une précaution dite maximum.

B. Par rapport à ces questions sur les tests et sur l'abattage des animaux des troupeaux atteints, nous suggérons que la non utilisation des tests et l'euthanasie systématique est une politique de non-précaution car tout en minimisant le nombre de cas d'ESB à trouver au sein d'une population exposée elle conduit en fait à minimiser la connaissance de l'épidémie d'ESB.

Nous suggérons ainsi dans le cours argumentaire ci-dessous d'instaurer une quarantaine scientifique des exploitations touchées par l'ESB afin d'entreprendre un suivie zootehcnique des troupeaux atteints et d'entreprendre un suivi des animaux par l'utilisation de tests sur ces populations (des biopsies sur les amygdales sont possibles tout au long de la carrière des animaux).Bien que difficile une telle politique pourrait être aussi envisagée pour les troupeaux ovins, point que nous ne développons pas ci-dessous.

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Pour une quarantaine scientifique des exploitations agricoles touchées par l'ESB
par Marc Berbier - INRA-ESR Grenoble - mai 1999

Introduction

L'épidémie d'encéphalopathie spongiforme bovine qui s'est déclarée d'abord en Angleterre puis ensuite de façon moins importante dans d'autres pays européens (Irlande, Suisse, France, Portugal principalement) dure maintenant depuis plus d'une dizaine d'années et devrait selon les projections des épidémiologues toucher à sa fin. L'émergence de cette maladie a été l'occasion d'ouvrir - même tardivement- de nouveaux domaines d'investigation scientifique et de nouveau champs d'action réglementaire à l'échelle de l'extension supposée de l'infection par l'agent de l'ESB, tant en ce qui concerne les tissus des animaux ou le franchissement de la barrière d'espèce, homme compris.

En matière de lutte contre les risques sanitaire liés à l'infection des animaux par l'ESB la France a inaugurée un mode d'action réglementaire vis-à-vis des troupeaux atteints par l'ESB. La mesure de police sanitaire visant l'euthanasie systématique de tous les animaux d'un troupeau où un animal a été déclaré atteint d'ESB est maintenant pratiquée depuis …. en association avec une politique -normalement considérée comme incitative- de compensation financière de la perte du cheptel.

Partant de la considération que la mesure d'abattage systématique du troupeau peut être une mesure contre-productive tant que le plan sanitaire que sur le plan scientifique, l'objet de la présente réflexion est de proposer une procédure de quarantaine scientifique pour les troupeaux dont un animaux a été déclaré atteint d'ESB.

1. L'abattage systématique : une mesure de précaution doublement aveugle

1.1. Une précaution réglementaire qui fait face aux pratiques

La mesure d'abattage systématique présente des aspects contre-productifs car, malgré la compensation financière qui accompagne la déclaration obligatoire de l'ESB, elle a provoqué chez les exploitants qui en ont été l'objet un sentiment de malaise profond et dans une certaine mesure leur mise à l'écart du monde professionnel local.

Ce sentiment peut trouver bien des explications psychologiques et sociologiques mais il s'agit de le concevoir d'abord comme un frein potentiel à la consultation vétérinaire en cas de troubles nerveux repérés par un éleveur sur un animal. L'audience médiatique qui a été donné à ce malaise dans la presse agricole, locales ou même nationale peut avoir fortement renforcé ce sentiment. Le risque de sous-déclaration de l'ESB est présent chez bien des acteurs du monde de l'élevage, et les difficultés que rencontrent ceux qui essaient de mettre en place le réseau d'épidémiosurveillance de la tremblante tendent à militer pour la prégnance d'un tel risque de sous-déclaration pour l'ESB également.

On pourra toujours évoquer les difficultés d'une maîtrise de l'épidémie de l'ESB liées aux pratiques condamnables des acteurs du monde de l'élevage et invoquer un monde meilleure sans fraude ou sans malveillance, il n'en reste pas moins que les effets contre-productifs peuvent être appréciés.

1.2. Des fondements scientifiques aussi incertains que l'état de la connaissance sur l'agent infectieux, les mécanisme de l'infection et son mode de transmission

La mesure d'abattage systématique est rangée au rang des mesures de précaution visant à éviter tout risque d'introduction de tissus animaux infectés dans la chaîne alimentaire animale ou humaine. Néanmoins ,parce qu'il n'existe pas de test ante mortem fiable pour l'ESB, des animaux sont euthanasiés sans que des signes cliniques ne le justifient et sans que les tests post-mortem ne puissent par ailleurs assurés avec certitude - vue la durée d'incubation de l'ESB- que ces animaux ont été porteurs ou pas de l'agent infectieux, sauf bien sur quand cela a été le cas. De plus, il semble que jusqu'à présent les analyses histo-pathologiques des cerveaux d'animaux d'un troupeau atteint d'ESB mais jugés non cliniquement atteints n'ont pas révélés dans les troupeaux concernés l'existence d'animaux en période d'incubation.

Par ailleurs, une approche statistique des cas d'ESB déclarés en France montre que seulement à 1 ou deux reprises deux animaux atteints ont été atteints dans le même élevage (données incertaines sur point vue l'état de l'information sur le sujet).

Si on rajoute à cela les questions qui se posent en matière de seuil d'infectiosité des aliments animaux porteur de l'agent, et des liens entre durée d'incubation et niveau de l'infection, la mesure d'abattage systématique même complétée d'analyse post-mortem est une bonne procédure s'il s'agir de ne pas se pose de question en matière d'épidémiologie appliquée de l'ESB.

Enfin les travaux scientifiques qui ont été menés sur la transmission verticale et la transmission horizontale font état de possibilités pour la première et d'absence pour la seconde. Mais tant que l'agent infectieux et ce qui le potentialise n'auront pas été identifiés et étudiés du point de vue des mécanismes de transmission intra et inter espèce, il reste difficile d'avoir un point de vue définitif en matière de niveau de précaution vis-à vis de la transmission de l'ESB. La mesure d'abattage systématique est ainsi une précaution aveugle.

1.3. Conséquences

Ce que l'ont peut alors dire de la procédure d'abattage systématique est qu'elle est une mesure de précaution radicale qui rend aveugle tant du point de vue de l'épidémio-surveillance de l'ESB bovine au vue de possibles non déclarations des cas suspects, que du point de vue de recherches en épidémiologie qui voudraient considérés le troupeau et les pratiques d'alimentation animale comme objet.

Une mesure complémentaire à l'abattage systématique peut ainsi être avancée pour tenter de palier ces deux effets contre-intuitifs au sein d'un même dispositif que nous proposons de dénommer "quarantaine scientifique".

2. Proposition d'une mesure de "quarantaine scientifique" pour les troupeaux bovins atteins par l'ESB

2.1. Définition de la "quarantaine scientifique"

Les conséquences tirées des effets potentiellement contre-productifs de l'abattage systématique peuvent conduire à défendre l'idée d'une quarantaine scientifique pour les troupeaux dont un des animaux a été déclaré porteur de l'ESB.

Par quarantaine scientifique nous entendons deux choses. D'une part, il  s'agit évidemment de ne pas abattre systématiquement tous les animaux mais au contraire de les maintenir en vie pour suivre jusqu'à leur mort naturelle la possibilité de nouveaux cas d'ESB. Ce la impliquerait dès lors de concevoir la maîtrise complète des flux concernant le troupeau et tout particulièrement les flux des outputs (récolte et destruction des effluents d'élevage et du lait pour les exploitations laitière après prélèvement), car il s'agit bien de protéger par cette quarantaine ce qui est à l'extérieur du périmètre de l'exploitation.

D'autre part, une telle quarantaine viserait à faire d'une exploitation touchée par l'ESB un genre de Laboratoire in situ pour étudier l'épidémiologie de l'ESB de façon appliquée et notamment par l'utilisation comparée des tests disponibles tout au long de la carrière des animaux par prélèvment d'amygdales. Cela impliquerait dès lors d'encadrer le travail de l'éleveur consentent qui continuerait son travail tout en participant ainsi à l'activité de recherche au même titre que ce que les fonctionnaires du CNEVA, des écoles vétérinaires ou de l'INRA le font au sein des stations de recherche animales.

2.2. Les conditions nécessaires à réunir

A. Une telle activité scientifique hors-les-murs suppose de fournir un encadrement et un suivi vétérinaire permanent sur l'exploitation. Le rôle du CNEVA et de la DVS vis-à-vis de l'encadrement de cet encadrement et du suivi local serait à ce niveau déterminant. Sur cet base il serait alors possible de permettre en place un ou des protocoles scientifiques à l'échelle du troupeau dans le but d'acquérir des connaissances sur l'ESB dans le milieu où elle est censé se développer. Le rôle du Comité interministériel sur les ESST pourrait être ici celui d'un comité de pilotage scientifique de l'opération.

De son côté la nouvelle Agence de veille sanitaire pourrait avoir également un rôle dans la tutelle administrative de ce type d'expérimentation.

B. L'éleveur devrait bénéficier par ailleurs d'une compensation de revenu le temps de la durée de l'expérimentation et apporterait en contrepartie son travail et son savoir-faire pour conduire le troupeau dans le cadre d'une telle expérimentation. Afin d'insérer une telle procédure de quarantaine scientifique dans le cadre de la réglementation actuelle, il s'agirait de disposer d'un acte réglementaire visant à offrir à l'éleveur le choix entre la procédure d'abattage systématique ou la transformation de son exploitation pour une durée déterminée en Laboratoire in situ. Le Ministère de l'Agriculture pourrait offrir par l'action réglementaire de la DGAL les modalités d'intégration de l'activité agricole à une telle expérimentation.

C. Une telle décision devrait être précédée de différentes dispositions réglementaires visant à la rendre licite et contractuelle :
- une disposition visant à autoriser de manière dérogatoire l'existence de troupeau expérimental atteint d'ESB en dehors de le réglementation concernant la sécurité des laboratoires de recherche ;
- une disposition visant à établir le cadre du financement et de la mise à disposition de moyens humains et technique pour la conduite des recherches et du contrôle de ces recherches ;
- une disposition visant à établir un cadre contractuel d'aide compensatoire à la perte de revenu de l'exploitant.

Conclusion

La proposition d'un telle mesure de quarantaine présente bien entendu un certain nombre de risques et un coût d'opportunité pour la puissance publique.

Les risques sont principalement ceux que présente le maintien d'animaux potentiellement atteint d'ESB au contact du ou des personnes assurant la conduite de leur élevage.

Le coût d'une telle procédure dépasse évidemment le coût de l'abattage systématique vu qu'il s'agit de financer un revenu agricole le temps de l'expérimentation et les opérations de recherche et d'encadrement vétérinaire et de contrôle qu'elle entraînerait.

Un chiffrage d'une telle opération n'est alors possible qu'en étudiant précisément ses conditions de réalisation qui en l'état de cette réflexion sont largement à établir avec le recours de différentes personnes expertes des domaines qu'elle pourrait concernés.


En conclusion

Les avis des anti-abattage total

Claude La Bonnardière

Trois parties dans ce texte, les deux premières se référant aux cinq contributions s'étant exprimées contre (ou plutôt contre) l'abattage total.

A - Relevé des arguments contre l'abattage total (A.T.)

1) L'abattage total est fatalement dissuasif de déclaration, avec pour conséquence l'introduction d'animaux en phase clinique ou sub-clinique dans la chaîne d'abattage. Peut-on faire l'impasse sur ce risque s'agissant de la santé humaine ? (CLB)

2) l'A.T. est officiellement justifié par le fait que les animaux du même élevage, ayant consommé le même lot d'aliment que le " cas ", sont à risque. Si la contamination est due à des livraisons de farines animales, alors tous les élevages livrés sont aussi à risque que l'élevage atteint. (M.S., JG).

3) L'A.T. fait l'impasse sur la dimension " production laitière " comme une valorisation essentielle d'un cheptel, or le lait (d'animaux en phase clinique) n'a pas été montré comme infectant (CLB, JG).

4) Il apparaît comme une mesure arbitraire, non expliquée (JPV), et surtout il ne permet pas de faire, dans les troupeaux atteints par un cas, des observations dans le temps sur les autres animaux : d'où un manque à gagner sur les connaissances épidémiologiques de l'ESB. (JG, BW).

5) La procédure de repeuplement des élevages atteints, immédiat et sans conditions, ne se préoccupe pas d'une éventuelle rémanence de l'infection, et donc d'éventuelles modalités de désinfection de l'élevage (JG).

B - Solutions alternatives évoquées : elles sont diverses

1) abattage de la cohorte (d'âge ?) et maintien des autres animaux en observation (et en production ?) (BW)

2) tests systématiques à l'abattoir de toutes les vaches de réforme appartenant aux troupeaux atteints, ce qui sous-entend une continuation normale de la carrière laitière des vaches de troupeaux atteints (JPV, JG),

3) le test systématique (à l'abattoir) de tous les animaux envoyés dans la chaîne d'abattage (ST). Le coût pour 1,5 à 2,5 millions de bovins abattus par an, est considéré comme non prohibitif (évalué à 400 F/bête)
[NDLR : il semble que le coût par tête soit bien supérieur à ce chiffre]

4) remplacer la politique du " on s'occupe de tout "(mesures réglementaires, dont l'A.T.) par une politique plus transparente et expliquée : communiquer entre chercheurs, éleveurs, et consommateurs, pour " expliquer, expliquer encore " (JG).

5) commencer par interdire toutes les farines animales pour toutes les espèces (MS)

C - Commentaire : l'abattage total est-il la meilleure précaution ?

Tout d'abord, on constate que le nombre de colistiers anti-abattage total (6 contributions) est bien inférieur à celui des pro-abattage total (13 contributions). Il est vraisemblable que cette tendance reflète bien celle de la population.

Ensuite, la proposition alternative (de l'A.T.) la mieux partagée des " anti " est un test systématique à l'abattoir de tous les bovins de réforme des troupeaux atteints, maintenus en attendant en observation (apparition de nouveaux cas cliniques éventuels), et, suppose-t-on, en production quand il s'agit de laitières. Cette demande d'évaluation du risque, présente dans plusieurs des contributions " anti A.T. ", semble moins présente dans les contributions " pro ". Ces dernières semblent plus motivées par : 1 - parer à l'urgence du risque (rassurer le consommateur). 2 - permettre à l'éleveur de repartir sur des bases saines. 3 - stabiliser l'ensemble de la filière de production.

Il est bien clair que les avis des uns comme des autres ne peuvent guère s'appuyer sur des données, notamment épidémiologiques ; ou plutôt, le débat se situe sur la fiabilité des chiffres disponibles, à savoir l'incidence de l'ESB en France, actuellement en nette progression. Les chiffres sont ce qu'ils sont, mais dans leurs argumentaires, les uns se fient plutôt aux chiffres (les partisans de l'A.T.), les autres non (les opposants). Toute la question est de savoir si les animaux qui échappent au système de surveillance passive, notamment du fait de la pression de l'abattage total, sont plus nombreux et plus à risque que ceux qui seraient en incubation dans les troupeaux atteints. Plus nombreux, qui sait (mais il est certain que des vaches symptomatiques ont été trouvées sur pied à l'abattoir) ? Plus à risque, sans doute, puisque nous parlons là d'animaux suspects, donc en phase clinique ou sub-clinique. A ce sujet, il est utile de rappeler que dans son " opinion " sur les polices sanitaires relatives à l'ESB, en date du 15/09/2000, le SSC européen (Scientific Steering Committee) admet que les différentes politiques d'abattage ont une influence plus ou moins forte sur le taux de déclaration des cas : " On peut faire l'hypothèse qu'une politique d'abattage total est plus dissuasive (pour un éleveur) de déclarer un cas suspect qu'un abattage de cohorte… " et plus loin " on peut supposer que de tels mécanismes peuvent influencer la motivation des vétérinaires praticiens à déclarer des suspicions basées sur des symptômes non spécifiques d'ESB, mais qui pourraient le suggérer. Si les conséquences d'une telle déclaration sont très sévères, toute " fausse alarme " pourrait avoir un impact très négatif sur les relations entre le praticien et ses clients, les éleveurs. ".

Ceci est bien sûr une opinion, mais elle est de bon sens. L'ESB n'étant pas considérée comme une maladie contagieuse, la mesure extrême de l'abattage total serait mieux acceptée par les éleveurs (et par d'autres) s'ils avaient des arguments solides, les convainquant que l'A.T. est effectivement une mesure de précaution (par exemple, si on pouvait montrer que les animaux d'un troupeau ayant eu 1 cas sont significativement plus " à risque " d'ESB que ceux des troupeaux indemnes).

Les opposants à la politique de l'A.T. disent que ça n'est pas évident, et que la précaution consisterait précisément à regarder de plus près. A cette fin, les tests rapides seraient mieux utilisés, d'une part sur les animaux (maintenus en vie) des élevages atteints lorsqu'ils seraient réformés, d'autre part, comme en Suisse, sur un échantillonnage de bovins " sains " à l'abattoir, dans l'hypothèse d'une suppression de l'A.T. Il faut rappeler que c'est afin d'éviter un détournement d'animaux suspects vers l'abattoir que la Suisse a mis en place ces tests qui s'ajoutent à ceux effectués sur les deux populations " trouvés morts " et " abattus d'urgence ". En France, on peut craindre une augmentation du nombre de vaches suspectes dans la chaîne alimentaire du fait que, selon le protocole de tests rapides, deux catégories d'animaux (sans enjeu pour la santé humaine) sont désormais étroitement surveillées, alors que la chaîne d'abattage normal ne l'est pas.

Pour finir, il regrettable que la communication officielle concernant la politique d'abattage (paradoxalement, le ministère de l'Agriculture et de la Pêche est le seul à se faire entendre sur un problème potentiel de santé publique) se résume à : " tant que les scientifiques le demanderont, nous poursuivrons cette politique (d'abattage total) ". Je suis assez dubitatif sur l'origine de cette " demande ". Il me semble que la question mérite d'être reprise et réexaminée sur le fond, et pas seulement sur la liste ESB.

Les avis en faveur de l'abattage total

Philippe Baralon (23/10/2000)

Relevé des arguments en faveur de l'abattage total (AT)

1- L'abattage total permet de gagner du temps sur l'anazootie de l'ESB car il supprime des nouveaux cas potentiels qui devaient apparaître dans les élevages concernés (les données épidémiologiques britanniques et suisses confirment cet argument) (Ph. Baralon, J. Brugère-Picoux, J. Grassi).

2- Ce gain de temps représente un avantage qui se compare avec le coût de la mesure. Dans les pays à faible incidence comme la France, le calcul économique plaide sans doute en faveur de l'AT, ce qui n'est pas le cas au Royaume-Uni (forte incidence), et semble se discuter en Suisse (incidence moyenne) (Ph. Baralon).

3- L'AT représente un traumatisme profond pour les éleveurs, un véritable drame humain. Néanmoins, le soupçon et le stress lié au fait de conserver une partie d'un troupeau décapité par l'abattage partiel, mais encore susceptible de voir apparaître de nouveaux cas, risque de se montrer pire encore. Que diront les voisins, les clients (pour la viande ou pour le lait) ? (Ph. Baralon, P. Buisson, S. Traynard, J. Brugère-Picoux).

4- Compte tenu des incertitudes scientifiques encore nombreuses autour de l'ESB, le principe de précaution impose de recourir à l'AT (C .Veille).

5- Le déficit de communication en direction des consommateurs impose de recourir à l'AT car il donne l'impression de constituer une protection maximale, donc sa suppression entraînerait une crise de consommation (M .Bagni).

Discussion des points de vue opposés

1- L'AT dissuade de nombreuses déclarations de cas. Cet argument est efficace car il s'agit là d'un point faible du dispositif actuel (si la déclaration n'est pas faite, il est possible de "camoufler" un cas), même si le dépistage actuel limite cette faiblesse, qui peut venir contrecarrer le premier argument cité plus haut en faveur de l'AT. On peut s'interroger toutefois sur une pratique qui consisterait à alléger des mesures de lutte pour ne pas dissuader les déclarations de cas. Le problème se pose depuis longtemps en matière de maladies contagieuses animales comme la brucellose et la tuberculose.

2- L'AT se justifie par le fait que les autres animaux du même élevage ont pu être contaminés, mais on ne fait rien pour les autres élevages livrés avec les mêmes lots. Cet argument plaide en faveur d'un abattage "super total", qui consisterait à retrouver tous les élevages livrés en même temps par le même fournisseur. Les difficultés pratiques et le coût d'une telle mesure la rendent impossible. Néanmoins, on peut imaginer qu'en fonction des enquêtes de la BNEV, le ministère de l'Agriculture mette sous surveillance les élevages livrés en même temps par le même fournisseur (au moins ceux que l'on pourrait identifier), par exemple avec un dépistage systématique de tous les bovins abattus par ces élevages. D'une manière plus générale, cet argument ne fait que reprendre le schéma classique de justification de l'immobilisme "puisque l'on ne peut pas tout faire parfaitement, pourquoi ne bien faire que ce que l'on peut bien faire ?".

3- L'AT fait l'impasse sur la dimension laitière des élevages. Je ne suis pas sûr de bien comprendre l'argument, mais je pense que cela est en contradiction avec le système d'indemnisation qui prend en compte cette dimension.

4- L'AT est une mesure arbitraire, non expliquée, donc incompréhensible pour beaucoup. C'est vrai, le travail de communication n'en est qu'à ses balbutiements, son renforcement est indispensable.

5- L'AT est un frein à la recherche car on pourrait étudier les troupeaux atteints pour mieux connaître la maladie. Si l'on dispose d'un bon protocole et d'un site sécurisé, personne ne voit d'inconvénient à garder quelques troupeaux infectés pour mieux les étudier.

Une remarque sur le dépistage à l'abattoir

Cette mesure est souvent présentée sur la liste comme une alternative à l'AT. Il s'agit là d'une vision surprenante. Le dépistage à l'abattoir, soit par sondage, soit systématique (le problème du coût se poserait alors), pourrait pallier, au moins partiellement, le côté dissuasif de l'AT en termes de déclaration des cas (voir l'exemple suisse).

En revanche, en termes de santé publique, l'impact d'un tel dépistage ne doit pas être "survendu" aux citoyens. Il ne s'agirait en aucun cas d'une mesure de "garantie". En l'espèce, le retrait des MRS est beaucoup plus efficace… mais moins médiatique.

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2. Les textes relatifs aux mesures d'abattage des animaux contaminés et du cheptel

par Benoît Tabaka (21 septembre 2000)

Par décret n°90-478 du 12 juin 1990, le Premier ministre a décidé d'inscrire l'encéphalopathie spongiforme bovine sur la liste des maladies réputées contagieuses. Suite à ce décret, un premier arrêté interministériel du 3 décembre 1990 a fixé les mesures de police sanitaire relatives à l'ESB. Ainsi, dès la découverte d'un animal suspect dont la surveillance révèle la contagion, l'animal malade est soit mis en isolement, soit euthanasié sur place ou conduit à l'abattoir. Le lait de l'animal suspect est également détruit.

Concernant le troupeau, la première version de l'arrêté interministériel ne prévoyait qu'un abattage facultatif et total du troupeau. En effet, l'article 13 précisait que dans les deux mois qui suivaient la prise d'un arrêté préfectoral portant déclaration d'infection de l'exploitation, le propriétaire des animaux marqués pouvait solliciter, sous l'autorité et le contrôle du directeur des services vétérinaires, l'élimination totale et subventionnée des bovins de son cheptel. Ainsi, l'abattage total se faisait à la diligence du propriétaire des animaux en respectant un formalisme assez minutieux.

L'abattage, la préparation et la commercialisation des viandes, abats et autres produits des animaux marqués pouvait avoir lieu - sous réserve du respect des dispositions de la décision n°90/261/CEE du 8 juin 1990 de la Commission des communautés européennes.

Concernant l'indemnisation, un arrêté du 4 décembre 1990 fixant les mesures financières relatives à la police sanitaire de l'ESB a établi les modalités de la participation financière de l'Etat. Ainsi, il est prévu que l'Etat dédommage les exploitants des coûts des visites du vétérinaire sanitaire, du marquage des animaux ou de l'euthanasie des bêtes malades. Par ailleurs, l'Etat participe financièrement aux prélèvements et examens sur l'animal suspecté. Enfin, l'Etat indemnise les propriétaires des animaux abattus en se basant sur une estimation des animaux sur pied par le directeur des services vétérinaires ou son représentant lors de l'abattage. Par ailleurs, l'arrêté prévoit que la perte subie résultant de la différence entre la valeur estimée de l'animal et sa valeur en boucherie est indemnisée dans la proportion de 75% avec un plafond de 2 000 FF par animal abattu.

Par un arrêté du 28 août 1991, les modalités d'indemnisation ont changé. Ainsi, la perte des animaux malades abattus ou euthanasiés est indemnisée forfaitairement à hauteur de 2 000 FF par animal sans possibilité de cumul. En outre, la perte des autres têtes du bétail, abattues ou euthanasiées sur le fondement de l'article 13 de l'arrêté du 3 décembre 1990 est toujours indemnisée de la même manière avec un petit changement. Le montant plafond de l'indemnisation de la différence entre la valeur estimée de l'animal et sa valeur en boucherie est fixé à 2 000 FF par animal abattu dans le délai d'un an, et à 4 000 FF par animal abattu dans le délai de trois mois suivant la prise d'effet de l'arrêté préfectoral portant déclaration d'infection.

Mais, le véritable changement a commencé en 1996. A la suite de la publication en mars 1996 de nouvelles informations concernant certains cas de MCJ pour lesquels l'existence d'un lien avec l'ESB ne pouvait pas être exclue, les instances communautaires ont reconnu qu'une action devait être entreprise aux fins du contrôle et de l'éradication de l'ESB. La France a présenté à la Commission européenne en juillet 1996 un plan prévoyant des mesures supplémentaires en vue du contrôle et de l'éradication de l'ESB. Parmi les mesures présentées figurait l'abattage et la destruction obligatoire des animaux soupçonnés d'être atteints d'ESB et, si la maladie est confirmée, l'abattage et la destruction de tous les animaux des cheptels ayant présenté des cas d'ESB. Ce plan a été adopté par la Commission dans une décision 97/18/CE du 16 décembre 1996.

Cette décision a été suivie d'un règlement de la Commission européenne en date du 30 janvier 1997 qui a prévu les différentes mesures concernant l'abattage des animaux et notamment a autorisé la France à verser une compensation pour tout bovin présent dans une exploitation située sur le territoire et abattu conformément au plan d'éradication.

C'est ainsi que par un arrêté du 2 septembre 1997, l'article 9 de l'ancien arrêté du 3 décembre 1990 a été modifié afin d'indiquer que lorsque l'existence de l'ESB est confirmée par le résultat de l'examen histopathologique de l'encéphale, le préfet prend un arrêté portant déclaration d'infection de l'exploitation entraînant les mesures suivantes :

- marquage par le vétérinaire sanitaire de l'ensemble des bovins de l'exploitation à l'exception des unités de production de l'exploitation pour lesquelles le risque d'exposition à l'agent de l'ESB peut être exclu ;

- interdiction de sortir de l'exploitation des animaux marqués ;

- interdiction d'introduire de nouveaux animaux dans l'exploitation ;

- euthanasie dans un délai d'un mois de tous les bovins marqués de l'exploitation ;

- destruction par incinération des cadavres des bovins euthanasiés ou morts dans l'exploitation, ainsi que de la carcasse, des abats et des viscères du bovin suspect.

Par ailleurs, le délai d'euthanasie passe d'un mois à 15 jours dès lors que plusieurs exploitations comportent des bovins originaires d'une exploitation identifiée à risques.

Par le même arrêté les conditions d'indemnisation des animaux marqués ont été modifiées. Le propriétaire des animaux de l'exploitation ou celui qui en a la garde choisit sur la liste des experts, deux experts en vue d'estimer la valeur des animaux détruits sur ordre de l'administration. L'estimation tient compte de la valeur de remplacement des animaux le jour de leur euthanasie. Il est fait abstraction de l'existence de l'ESB.

Les textes relatifs aux mesures d'abattage des animaux contaminés et du cheptel

- Décret n°90-478 du 12 juin 1990 ajoutant l'encéphalopathie spongiforme bovine à la nomenclature des maladies réputées contagieuses

- Arrêté du 3 décembre 1990 fixant les mesures de police sanitaire relatives à l'encéphalopathie spongiforme bovine [texte original]

- Arrêté du 4 décembre 1990 fixant les mesures financières relatives à la police sanitaire de l'encéphalopathie spongiforme bovine [texte original]

- Arrêté du 28 août 1991 modifiant l'arrêté du 4 décembre 1990 fixant les mesures financières à la police sanitaire de l'encéphalopathie spongiforme bovine

- Décision 97/18/CE de la Commission du 16 décembre 1996 approuvant les mesures à mettre en œuvre en ce qui concerne l'encéphalopathie spongiforme bovine en France

- Règlement n°164/97/CE de la Commission du 30 janvier 1997 arrêtant des mesures de soutien exceptionnelles en faveur du marché de la viande bovine en France en application de la décision 97/18/CE

- Arrêté du 2 septembre 1997 modifiant les arrêts du 3 décembre 1990 fixant les mesures de police sanitaire relatives à l'encéphalopathie spongiforme bovine et du 4 décembre 1990 fixant les mesures financières relatives à la police sanitaire de l'encéphalopathie spongiforme bovine

- Arrêté du 9 juin 2000 relatif à la police sanitaire de l'encéphalopathie spongiforme bovine

Textes en vigueur

- Arrêté du 3 décembre 1990 fixant les mesures de police sanitaire relatives à l'encéphalopathie spongiforme bovine [texte consolidé]

- Arrêté du 4 décembre 1990 fixant les mesures financières relatives à la police sanitaire de l'encéphalopathie spongiforme bovine [texte consolidé]

NB : le texte consolidé correspond à la version applicable de l'arrêté prenant en compte toutes les modifications intervenues.

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3. Revue de presse

Certains des liens Internet signalés dans cette revue de presse ne sont plus actifs aujourd'hui.

Dans Libération du 23 septembre, un article de Corinne Bensimon qui analyse la position du Comité scientifique directeur de Bruxelles : ESB: un point pour l'abattage sélectif. Une expertise européenne prône l'élimination des vaches selon l'âge. En voici la conclusion :
« La France, en pratiquant l'abattage total, se trouve une nouvelle fois en porte-à-faux avec une expertise européenne. Mais elle n'est pas la seule sur la sellette. Il y a également la Grande Bretagne. Ce pays, qui estime dans un récent rapport qu'un million de bovins atteints sont entres dans la chaîne alimentaire, recense encore une centaine de cas d'ESB par mois. Il n'a jamais abattu les troupeaux entiers, mais seulement (depuis 1996) une partie du cheptel âgé de plus de 30 mois. Or le CSD recommande à tous, Grande-Bretagne comprise, "l'abattage, au minimum, de la cohorte de naissance". »


8/8/2000, Jean-Yves Nau, Le Monde : La Confédération paysanne refuse l'abattage systématique des troupeaux contaminés. Les dispositions en vigueur depuis 1994 ont conduit à éliminer 13 000 bovins suspects. Extraits :
« Depuis le lancement de la campagne de dépistage des animaux pouvant être en phase d'incubation de l'ESB, les responsables de ce syndicat agricole demandent que l'on revienne sur les dispositions préventives en vigueur depuis 1994 et qui ont conduit en France à l'abattage de près de 13 000 bovins. Ils estiment que l'on pourrait, dans les troupeaux concernés par l'ESB, se limiter a l'abattage des animaux du même âge que celui de l'animal atteint et à celui de la descendance de ce dernier en raison des risques de transmission de la vache au veau. Ce type d'abattage 'sélectif ' est actuellement mis en oeuvre en Suisse.
La Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles et le Centre national ainsi que l'association de consommateurs UFC-Que choisir ne partagent nullement le point de vue de la Confédération paysanne. La campagne de dépistage systematique va certainement provoquer une augmentation sensible du nombre de cas d'ESB recensés en France, fait valoir cette association. Même si nous comprenons le désarroi des éleveurs touchés, nous estimons qu'il faut continuer à abattre tous les troupeaux concernés. La protection de la santé des consommateurs est à ce prix. En effet, du fait de la forte présomption concernant la responsabilité de l'alimentation des bovins dans le déclenchement de la maladie, il convient d'adopter ce principe de précaution.
Les responsables du syndicat de José Bové estiment que l'abattage de l'intégralité du troupeau où est détecté un animal atteint d'ESB vise surtout à rassurer le consommateur, aucune véritable politique préventive n'étant selon eux menée pour rechercher, dans les autres élevages, les contaminations éventuelles à partir des farines animales issues des mêmes usines. Ils jugent d'autre part indispensable l'organisation d'un dépistage systématique de tous les bovins nés entre 1993 et 1996, période d'importation des farines animales d'origine britannique potentiellement contaminées par l'agent de l'ESB.
Aucune décision en faveur de l'abattage sélectif ne pourra être prise par les responsables sanitaires avant la publication, toujours repoussée, des résultats issus des recherches scientifiques effectuées ces dernières années sur près d'un millier de cerveaux de bovins apparemment sains mais abattus parce qu'ils appartenaient à des troupeaux ou un cas d'ESB avait été diagnostique. »
Jean-Yves Nau
L'article est momentanément en ligne en version intégrale.


Marie Verdier, La Croix : La Suisse inspire les contestataires de l'abattage systématique des troupeaux. VACHE FOLLE Le nombre croissant de cas de vaches folles en France risque de mettre à mal la politique d'abattage systématique des troupeaux. Extrait :
« En matière de traque de l'ESB, la politique helvète est en effet exemplaire. Or justement la Suisse depuis juillet 1999 a abandonné la pratique de l'abattage systématique des troupeaux instauré en décembre 1996 au profit d'un abattage sélectif. En pionnier, le pays a testé dès 1997-1998 les troupeaux abattus au sein desquels avait été décelé un cas d'ESB. Sur 1 719 bêtes testées, cinq cas positifs d'ESB ont été trouvés. "Ces cinq animaux avaient au maximum un an de plus ou de moins que les premières bêtes tuées. Ceci nous a permis de définir une population à risque spécifique : les animaux de la cohorte situés dans cette tranche d'âge ainsi que les descendants directs de la bête malade, base de notre abattage sélectif", explique Lukas Perler, vétérinaire à l'Office fédéral vétérinaire de Suisse. La Suisse a tiré un avantage supplémentaire et non négligeable de cette politique. Quand bien même un quart ou un tiers de leur troupeau est susceptible d'être abattu, "les éleveurs collaborent beaucoup mieux au programme de surveillance.
Il y a à l'évidence moins de rétention de leur part pour déclarer les cas d'ESB", reconnaît Lukas Perler. "Les troupeaux helvètes qui ont subi cet abattage sélectif ne constituent pas une espèce de liste noire, ajoute Heinz Muller en charge de la communication de l'office vétérinaire suisse. Ils sont ensuite déclarés indemnes d'ESB et peuvent écouler lait et viande sans avoir à pâtir de moins-value financière". »


ESB : un point pour l'abattage sélectif. Une expertise européenne prône l'élimination des vaches selon l'âge.
Par Corinne Bensimon, Libération, Les samedi 23 et dimanche 24 septembre 2000
"Cohorte de naissance". Le comité scientifique directeur (CSD) de la Commission européenne a publié hier (1) son "Avis sur l'abattage lié à l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB)", adopté à l'issue de sa réunion des 14 et 15 septembre 2000. La Commission avait demandé à ce groupe présidé par le spécialiste français de la recherche en nutrition Gérard Pascal, également directeur scientifique de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA), de définir les stratégies d'abattage les plus efficaces, l'objectif étant d'éliminer un maximum d'animaux en incubation dans les troupeaux comportant un cas déclaré. Réponse du CSD: "Il semble que l'abattage de la cohorte de naissance (touchant seulement les animaux âgés d'un an de plus ou d'un an de moins que le cas découvert, NDLR) est plus efficace que l'abattage du troupeau. "Les quelques informations disponibles montrent que l'abattage du troupeau a des effets à la fois en terme d'élimination de cas en incubation et en terme de prévention de l'apparition de nouveaux cas, précise l'avis. Mais [...] en large partie, le même effet peut être obtenu par l'abattage de la cohorte de naissance, soit le sacrifice d'un tiers des animaux tués lors d'un abattage total." Et les scientifiques de conclure, prenant singulièrement en compte des considérations économiques : "Il est de toute façon probable que l'abattage de la cohorte de naissance est dans la plupart des cas l'approche offrant le meilleur rapport coût-efficacité (the most cost-efficient)." [...]
"Limites du test". Pourtant, les résultats suisses ne permettent guère de tirer de telles conclusions. Nul ne sait si le test Prionics utilisé est suffisamment sensible pour détecter des phases précoces d'incubation. En revanche, il est probable qu'il sait repérer les animaux en phase finale. Aussi, il ne serait guère surprenant qu'il n'ait détecté du prion que chez des animaux de la même classe d'âge que le cas clinique: contaminés en même temps, ils étaient probablement en phase finale d'incubation. [...]
La France, en pratiquant l'abattage total, se trouve une nouvelle fois en porte-à-faux avec une expertise européenne. Mais elle n'est pas la seule sur la sellette. Il y a également la Grande-Bretagne. Ce pays, qui estime dans un récent rapport qu'un million de bovins atteints sont entrés dans la chaîne alimentaire, recense encore une centaine de cas d'ESB par mois. Il n'a jamais abattu les troupeaux entiers, mais seulement (depuis 1996) une partie du cheptel âgé de plus de 30 mois. Or le CSD recommande à tous, Grande-Bretagne comprise, "l'abattage, au minimum, de la cohorte de naissance".


Le Monde, 25 septembre 2000, Jean-Yves Nau : " Vache folle " : les experts européens hostiles à l'abattage systématique des troupeaux. Cette pratique a donné lieu à une polémique en France.
« Le comité scientifique directeur de la Commission européenne s'est prononcé contre l'abattage systématique des troupeaux dans lesquels a été diagnostiqué un cas d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). En France, la Confédération paysanne dénonce une pratique visant essentiellement à " rassurer les consommateurs ". [...]
Cette conclusion résulte pour l'essentiel des travaux menés sur ce thème par les responsables de l'Office fédéral vétérinaire suisse. Au vu de leurs résultats, il semble qu'un abattage par cohorte - conduisant à la destruction d'environ un tiers du troupeau - soit aussi efficace qu'un abattage total. Le comité scientifique, qui réunit des experts mandatés par les Etats membres de l'Union européenne, souligne toutefois les incertitudes scientifiques qui demeurent ainsi que les différences existant entre les pays, selon l'intensité de l'épidémie et les systèmes assurant l'identification et la traçabilité des animaux. [...]
Les responsables du syndicat de José Bové estiment en substance que l'abattage de l'intégralité du troupeau où est détecté un animal atteint d'ESB vise surtout à " rassurer le consommateur ", aucune véritable politique préventive n'étant, selon eux, mise en œuvre pour rechercher, dans les autres élevages, les contaminations éventuelles à partir des farines animales de viandes et d'os contaminées et issues des mêmes usines. »


Libération, 3 octobre 2000 : Thérapie de groupe pour les éleveurs de troupeaux abattus. Six nouveaux cas de vache folle depuis le 25 septembre, par Nicolas de la Casinière
[...] Les propriétaires des 636 charolaises tuées en Vendée, deux agriculteurs des Herbiers, sont démoralisés, abasourdis, et se refusent à commenter publiquement cette destruction de "quarante ans de génétique". Pour soutenir les éleveurs confrontés à ce "drame terrible", le syndicat d'exploitant FDSEA organisait hier à La Roche-sur-Yon une "réunion d'écoute" visant à lancer une "cellule d'accompagnement technique, financier, fiscal et psychologique" pour la quinzaine d'éleveurs vendéens touchés depuis un an et demi par des cas d'encéphalopathie spongiforme bovine. [...]
Éleveur à Mouchamps (Vendée), installé depuis vingt ans, Paul Vieille a dû faire abattre 36 bêtes à la mi-juillet après la découverte d'un cas d'ESB. J'ai souffert. Mais ce qui m'a fait réagir, c'est que l'abattage total d'animaux d'âges différents, qui n'ont pas eu la même alimentation, est un principe de précaution extrême pour le paysan seulement, alors que les entreprises traitant les farines de viande ne sont toujours pas aux normes et qu'on y fabrique les nouveaux cas pour dans cinq ou six ans."


Le Monde,  11 octobre 2000 : extrait d'un entretien de Jean-Yves Nau avec Jean Glavany
(en ligne momentanément ) :
Jean Yves Nau : Avec la politique d'abattage systématique des troupeaux, la filière viande est-elle toujours en phase avec la politique gouvernementale ?
Jean Glavany : La condition de réussite de cette politique tient à notre capacité d'associer les professionnels aux décisions qui sont prises. Je rends hommage aux responsables agricoles qui ont compris que l'intérêt des éleveurs est de bien travailler avec le gouvernement. Cela dit, il ne faut pas sous-estimer le choc psychologique que représente, pour les éleveurs, l'abattage total de leur troupeau. Au-delà de l'indemnisation financière qui est faite et bien faite, il y a la nécessité d'un accompagnement et de la mise en place de cellules d'aide psychologique. C'est le prix que la société française doit payer pour que la précaution demandée soit acceptée par ceux qui en subissent les conséquences.

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4. Les points de vue des organisations

Vite ! des tests sur les animaux vivants

En tant qu'éleveur moi-même, je suis tout à fait solidaire avec ceux qui sont touchés par le drame de l'ESB. Psychologiquement, c'est insupportable pour toute la famille et vis-à-vis de l'opinion. Assister impuissant à l'anéantissement du travail engagé depuis de nombreuses années, c'est aussi difficile à vivre. De plus, nous savons tous qu'en tant qu'éleveurs nous aimons véritablement nos animaux.

Cependant, pour la sécurité du consommateur, mais aussi pour préserver le marché de la viande bovine et donc le revenu de tous les producteurs, l'abattage total du troupeau est inéluctable. Malheureusement, les connaissances scientifiques actuelles ne permettent pas de respecter le principe de précaution et de procéder autrement. C'est dur, trop dur pour ceux qui sont touchés, mais pour l'heure, la préservation de l'intérêt général est à ce prix.

C'est pourquoi, la collectivité assure l'indemnité au mieux pour soutenir les éleveurs dans cette épreuve et sécuriser le consommateur. Dans l'état actuel des choses, si l'abattage partiel était retenu, que ferait-on du reste du troupeau ? Quel acheteur, quel consommateur accepterait d'acheter de la viande bovine provenant d'un troupeau ayant connu un cas d'ESB ? D'ailleurs, les abattoirs, même les laiteries refusent d'intégrer dans leurs fabrications des produits fournis par une ferme victime de l'ESB.

Ces précautions sont peut-être excessives, mais personne n'est parvenu à prouver le contraire à ce jour et elles sont prises pour éviter d'éventuels contacts entre produits potentiellement contaminés. De plus, face à ce dilemme, ce n'est qu'à ce prix que le fournisseur conservera son client.

Par ailleurs, une question est mal appréhendée aujourd'hui par certains : les tests ne peuvent être effectués que sur les animaux morts. Ce n'est pas possible encore sur des bêtes vivantes, il faut le savoir. Les tests sur les animaux amenés à l'équarrissage permettent d'étudier et de mieux connaître l'étendue de la maladie. C'est pour cette raison que, dès le début de la mise en place des tests Prionics, nous avons demandé au ministre de l'Agriculture de les réaliser sur tous les animaux abattus. Nous demandons que l'information soit transparente le plus rapidement possible, c'est-à-dire que tous les élevages abattus entièrement connaissent immédiatement les résultats des tests. Il faut, dans le même temps, consacrer plus de moyens à la recherche et arriver le plus vite possible à des tests sur les animaux vivants. C'est à cette condition qu'il deviendra envisageable de trier les animaux pour un abattage partiel.

Mais dans l'immédiat nous n'en sommes pas là et si la France fait plus que d'autres pays dans ce domaine, nous devons considérer cela comme un atout pour notre marché. Ne succombons pas à la démagogie, ni à la panique, la santé du consommateur comme notre avenir d'éleveurs, et particulièrement ceux qui sont touchés, n'autorisent pas dans l'immédiat d'autres solutions. Même s'il est souhaitable qu'une meilleure connaissance de cette maladie permette d'agir autrement au plus vite. En attendant, la FNSEA met tout en ouvre pour accélérer les procédures et veiller à de justes indemnisations pour sortir au plus vite les éleveurs victimes de ce qu'il faut bien appeler une catastrophe.


Communiqué de presse

Vache folle : L'abattage sélectif est une proposition prématurée.

La maladie de la vache folle stagne en Grande-Bretagne et s'accroît en France malgré toutes les précautions prises. Pire, l'hebdomadaire médical britannique, the Lancet, met en évidence une augmentation régulière de la maladie de Creutzfeld-Jakob (chez l'homme) d'environ un tiers depuis 5 ans. Même si les chiffres sont encore faibles, la méconnaissance de la durée d'incubation qui, dans certains cas, a dépassé 20 ans, est une raison supplémentaire d'inquiétude.

Dans ces conditions, les Verts rappellent que le principe de précaution s'impose. Ils souhaitent non pas un allégement des mesures prises, mais au contraire, leur renforcement. En ce sens, ils demandent la poursuite de l'abattage total des troupeaux dans lesquels un cas de vache folle a été détecté. Il faut évidemment que tous les animaux ainsi abattus soient soumis au test pour vérifier s'ils étaient ou non porteurs du prion. La connaissance pourra ainsi progresser plus rapidement et aider à vérifier les diverses hypothèses de transmission. Les enseignements tirés d'ici quelques mois à un an pourront peut-être permettre de poser la question de l'abattage sélectif sur de nouvelles bases. De même, les Verts pensent qu'il est maintenant urgent d'aller vers une interdiction totale des farines animales dans lesquelles il est trop facile d'ajouter des déchets, y compris des boues de station d'épuration.

Les Verts sont conscients que des agriculteurs travaillant du mieux qu'ils peuvent sont souvent les victimes de marchands de farines animales ou autres compléments alimentaires peu clairs. C'est pourquoi ils demandent que les enquêtes remontent aux fournisseurs de produits alimentaires et qu'ils puissent être mis en cause si cela apparaît justifié. Il n'est pas acceptable que ce soit toujours le dernier maillon de la chaîne qui paie pour tous les autres.


Communiqué de presse du mercredi 26 juillet 2000

" Vache Folle " : l'UFC-Que Choisir toujours en faveur d'un abattage systématique

L'Union fédérale des consommateurs-Que Choisir a pris note du premier cas d'ESB (rendu public le 25 juillet) découvert dans le cadre de la campagne de dépistage systématique lancée par les pouvoirs publics début juin sur les animaux à risque.

Comme l'UFC-Que Choisir s'y attendait, cette campagne de dépistage systématique va provoquer certainement une augmentation sensible des cas avérés d'ESB en France.

Même, si nous comprenons le désarroi des agriculteurs touchés, l'UFC-Que Choisir estime qu'il faut continuer à abattre tout le troupeau de l'éleveur. La protection de la santé des consommateurs est à ce prix. En effet, du fait de la forte présomption sur la responsabilité de l'alimentation des bovins dans le déclenchement de la maladie, il convient d'adopter ce principe de précaution. En Angleterre, de nombreux éleveurs ont eu plusieurs cas dans leurs troupeaux, et même en France, on note que quatre cas d'ESB ont été trouvés dans des élevages d'un même canton.

Néanmoins, dans le cadre de cette campagne de dépistage systématique, il faut absolument profiter de l'abattage des troupeaux euthanasiés à la suite des mesures de police sanitaire pour impérativement tester ces animaux.

De même, comme des prélèvements de toutes les bêtes des troupeaux abattus, à la suite de la découverte des cas d'ESB par la méthode classique, ont été congelés et stockés, il faut utiliser cette campagne de dépistage systématique pour procéder, sur ces échantillons, à des tests.

Ainsi, à l'issue de cette campagne de dépistage, aurons-nous une vision plus précise de l'état du cheptel et notamment de la contamination des bovins âgés de plus de 24 mois. Ce ne sera qu'à ce moment précis, face à ces statistiques, que l'UFC-Que Choisir sera éventuellement amenée à modifier sa position en faveur d'un abattage systématique des troupeaux.


Document du Comité scientifique directeur de la Commission européenne, en ligne sur le Web : Opinion on BSE-related culling in cattle adopted at its meeting of 14-15 September 2000


Communiqué, Bagnolet, le 26 juillet 2000

ESB : pour une meilleure application du principe de précaution

Le Comité national de la Confédération Paysanne soutient les éleveurs victimes de l'ESB et en particulier ceux qui, par leur attitude courageuse, contribuent à poser le débat sur la transparence et l'efficacité de l'éradication de cette maladie.

La Confédération Paysanne poursuit deux objectifs essentiels :
- 1° : renforcer la sécurité sanitaire des consommateurs
- 2° : lutter contre la culpabilisation des éleveurs touchés, jugés abusivement responsables de l'apparition et de la propagation de la maladie.

Les scientifiques reconnaissent que la principale cause de contamination de l'ESB est d'ordre alimentaire : il s'agit de l'aliment du bétail contenant des farines animales infectées, livré à l'éleveur en moyenne 5 ans avant la révélation de la maladie.
Mais l'option française d'abattre l'intégralité du troupeau où est détecté un animal atteint d'ESB cherche surtout à rassurer le consommateur au risque même de le tromper sur l'efficacité de l'éradication. En effet, les contaminations éventuelles dans d'autres élevages par les mêmes lots d'aliments (issus de la même usine) ne sont pas recherchées.

Il faut alors poser la question :
Comme en Suisse, dont l'AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) salue la rigueur de la politique d'élimination de l'ESB, pourquoi ne pas procéder à l'abattage sélectif du troupeau touché, c'est-à-dire les animaux du même âge et la descendance de l'animal atteint ?

D'autre part, il faut consacrer davantage de moyens à élargir les champs d'investigation de la propagation de la maladie :
- sur les filières de l'alimentation animale (fabricants et équarrisseurs) ;
- par le dépistage systématique des animaux à risques, nés entre 1993 et 1996, période d'importation de farines animales anglaises ;
- par l'extension obligatoire à l'ensemble des pays de l'Union européenne du tri sélectif des tissus à risques et des tests de dépistage que la France met actuellement en place.

Il est donc temps de réexaminer l'efficacité de l'abattage total de troupeau où se révèle un cas d'ESB et rechercher d'autres contaminations.

Même si ces mesures entraînent l'abattage d'un nombre supérieur d'animaux, c'est la condition d'une plus grande sécurité pour le consommateur.

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5. Glossaire

par Alain Mange

Liste des abréviations (français/anglais) :

A.T.N.C. : Agent Transmissible Non Conventionnel

B.N.E.V. : Brigade Nationale d'Enquêtes Vétérinaires

C.S.D. / S.S.C : Comité Scientifique Directeur / Scientific Steering Committee (Commission Européenne)

D.S.V. : Direction des Services vétérinaires (France)

ESB / BSE : Encéphalopathie Spongiforme Bovine / Bovine Spongiform Encephalopathy

G.B.R. : Geographical BSE-risk

G.D.S : Groupement de Défense Sanitaire

M.A.P. : Ministère de l'Agriculture et de la Pêche

M.R.S. / S. R. M. : Matériels à Risques Spécifiés / Specified Risk Material

NAIF / BAB : Né Avant l'Interdiction des Farines / Born After The Ban

O.V.F. : Office Vétérinaire Fédéral (Suisse)

R.U. / U.K. : Royaume Uni / United Kingdom

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Vers la Vache folle en ligne, la Liste ESB.

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