Le Courrier de la Cellule Environnement n°7, avril 1989 

La nouvelle donne démographique, la déprise des terres, l'extensification...

Remarques liminaires
De la démographie à la déprise agricole
Vous avez dit " extensification" ?
Les formes possibles de l'extensification



[R] Remarques liminaires

* Renouvellement des chefs d'exploitation, déprise agricole des terres, niveau d'intensification sont théoriquement des mécanismes qui peuvent intervenir indépendamment.
- La réduction du nombre d'exploitations n'est pas un phénomène nouveau entre 1955 et 1985, le nombre d'exploitations agricoles de plus de 5 hectares a diminué au rythme moyen de 2% par an.
- La déprise agricole a depuis des décennies concerné de vastes zones en France, y compris dans des exploitations de certaines régions où l'on a abandonné l'utilisation de certaines terres difficiles -(estives) qui ne trouvaient plus leur place dans des systèmes d'élevage intensifiés (production laitière bovine ou ovine) .
- Le choix du niveau d'intensification est un problème qui peut se poser au sein d'un système d'exploitation en fonction de l'environnement économique (abandon de l'élevage dans de grandes exploitations céréalières, par exemple).
* L'originalité de la situation actuelle vient du fait de la simultanéité d'un certain nombre de phénomènes :
-Des phénomènes démographiques tout d'abord : dans de nombreuses régions, un large pourcentage de chefs d'exploitations ont plus de 55 ans et vont accéder à la retraite (d'autant plus vite que la politique sociale en rapproche l'échéance). Le nombre d'enfants des ménages d'agriculteurs a considérablement ~ diminué, réduisant la traditionnelle pression à la succession.
- Des phénomènes de société comme la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans ont provoqué un brassage plus intense des populations d'adolescents, et ouvert des perspectives d'emploi hors-agriculture à bon nombre d'enfants de la campagne. On pourrait y ajouter le développement des communications.
- Des phénomènes découlant avec retard d'une politique timide en matière de structures qui a maintenu un grand nombre d'exploitations en survie à condition de restreindre le collectif de travail à un ménage - sinon moins -, les privant aujourd'hui d'un successeur potentiel.
- Des phénomènes d'environnement international qui se traduisent par le plafonnement des débouchés traditionnellement offerts par la PAC (1) et par des méthodes coercitives (quotas) ou dissuasives (limitations des garanties, incitations à la jachère) restreignant le domaine des possibles.
- Des phénomènes économiques enfin, comme la dégradation des revenus, l'endettement, les charges foncières liées au foncier, la faible rentabilité des productions utilisant de grandes superficies herbagères, etc., handicapent l'agrandissement potentiel de certaines exploitations et justifient le rapprochement des phénomènes en un raccourci saisissant : la réduction drastique du nombre d'exploitations conduit au dilemme "extensification des systèmes sur des exploitations agrandies ou forte déprise agricole".

De la démographie à la déprise agricole

Pour comprendre l'émergence du problème, on peut se référer au schéma simplifié de la figure A.
Pour une petite région homogène, nous partons d'un tableau de répartition des exploitations par classe de taille et par classe d'âge des exploitants, établi pour une année N, et nous essayons de le projeter pour une année N + t.
Un ensemble D d'exploitations verra, au cours de la période, la cessation d'activité de leurs chefs d'exploitations. Pour une case donnée, le pourcentage de départ sera fonction d'un certain nombre de paramètres dont le plus important est l'âge; mais d'autres phénomènes comme l'insuffisance de la taille économique, la conjoncture et les mesures de politique sociale interviendront également. D'une façon générale, cependant, la partie sud-ouest du tableau sera la plus dégarnie.
De cet ensemble D d'exploitations, une partie R donnera lieu à reprise des exploitations en tant qu'unités économiques, une autre non (NR). C'est là que se situe le premier plan de clivage dont le niveau est fonction de deux paramètres essentiels: la taille économique des exploitations et la présence ou non d'un successeur ; mais la conjoncture économique jouera aussi un rôle direct ou indirect important.
L'ensemble R viendra modifier le tableau à établir pour l'année N + t, mais en alimentant des cases différentes en fonction de la pyramide des âges des successeurs (qui ne sont pas tous aussi jeunes qu'on le pense généralement). On peut pourtant les situer en gros dans le quart nord-est du tableau de l'année N + t.
- Les terres de l'ensemble NR constituent des terres libérées. Certaines seront reprises par les exploitations restantes, d'autres non (Sd) et seront destinées à d'autres usages (urbanisation, forêts, loisirs, friches). C'est là que se trouve le deuxième point de clivage important dont le niveau dépend surtout de la conjoncture économique, des opportunités nouvelles (nouveaux débouchés, nouveaux systèmes), de la politique agricole (financement, aides, fiscalité foncière et autres charges liées à la terre).
- Les terres reprises par les exploitations existantes provoqueront un agrandissement (selon des modalités à étudier spécifiquement) et entraîneront un glissement des exploitations vers la droite. Si l'on ajoute qu'un vieillissement de t années doit par ailleurs faire glisser les exploitations vers le bas, on comprendra qu'il est assez difficile de saisir globalement les déformations d'un tel tableau, ce qui explique les échecs de certains modèles statistiques fondés sur les seuls phénomènes démographiques.
Signalons au passage que l'on a souvent considéré comme les plus dynamiques les classes de taille qui voyaient leurs effectifs croître sensiblement, alors que le phénomène résultait, en fait, du développement de la classe immédiatement inférieure qui apparemment se dépeuplait !
Notons aussi que les mêmes mécanismes s'appliquant à une population d'exploitations évoluant dans le temps n'induit pas les mêmes effets. Réciproquement, le fait de constater une certaine constance de certains phénomènes (par exemple le taux de diminution du nombre d'exploitations) peut masquer une évolution profonde des mécanismes à l'oeuvre.
Encore une fois, soulignons que ce modèle néglige quelques phénomènes internes aux exploitations : la succession, pour importante qu'elle soit, n'est pas le seul moment de transformation des structures.
Il a le mérite de montrer cependant l'interdépendance d'un certain nombre de paramètres : le clivage entre exploitations reprises (R) et non reprises (NR) n'est pas indépendant du nombre total de départs (D) ; le clivage entre terres reprises et déprise agricole (Sd) n'est pas indépendant de la superficie totale libérée, donc de la diminution NR du nombre d'exploitations, etc.
Compte tenu des facteurs influant sur ces paramètres, il est évident que les phénomènes ne peuvent être étudiés que dans le cadre de régions agricoles plus ou moins homogènes (voir premiers travaux du SCEES (2)).
Réciproquement, cette étude devrait être à la base de toute tentative permettant d'estimer les évolutions agrégées de notre agriculture.

Vous avez dit " extensification" ?

L'intérêt soudain pour le concept d'extensification résulte de la convergence d'un certain nombre d'analyses globales. Le retournement de la conjoncture agricole européenne n'exige-t-il pas de substituer à la dynamique d'intensification une dynamique inverse d'extensification ? Le plafonnement des débouchés des produits à marchés soutenus ne nous place-t-il pas devant un choix : ou bien garder la logique productiviste s'appuyant sur l'inéluctable poursuite du progrès technique, et produire des volumes stables sur de moins en moins de terre, au prix d'une déprise agricole importante, ou bien répartir une production, maintenue à volume constant, sur la plus grande partie du territoire en faisant appel à différentes formes d'extensification ?
La prise en compte de soucis légitimes de protection de l'environnement ne conduit-elle pas à ralentir l'utilisation de certains intrants tenus pour responsables de l'augmentation d'une production déjà surabondante, mais aussi de pollutions de plus en plus dénoncées par la société ?
Ne faut-il pas éviter l'abandon total de certaines zones (friches) en maintenant une activité d'entretien de l'espace sous forme d'une agriculture qui ne peut être qu'extensive et dont le produit essentiel serait de garder un paysage ouvert, d'éviter les risques d'érosion, d'avalanche ou d'incendie ?
Si l'ensemble de ces questions présente quelque pertinence, il serait toutefois dangereux de croire qu'il appelle une réponse tranchée, positive ou négative, qui ferait l'économie d'une analyse en profondeur.
Cette analyse devrait être à mon sens à la fois fortement décentralisée pour tenir compte de la diversité des situations, mais aussi coordonnée à un niveau agrégé pour tenir compte des contraintes globales de l'agriculture dans son contexte européen.
Sans avoir la prétention de réaliser ce projet, nous avons en 1987, tenté - à partir de 400 groupes d'exploitations suivis dans différentes régions depuis 1960 - de cerner la dynamique de transformation des différents systèmes de production. Bien que rétrospective, cette analyse permet, à notre sens, de mieux poser le problème de l'extensification.
Quelques conclusions de cette étude peuvent être résumées à l'aide des graphiques suivants.


* Si nous définissons l'intensification par rapport au facteur terre (plus de capital et de travail par hectare), la figure B montre à l'évidence que ce concept traduit assez mal l'évolution des systèmes de production sur la période. Tout au plus recouvre-t-il un phénomène complémentaire au processus principal qui est celui de la recherche de la productivité accrue par travailleur grâce à une exploitation intensive du facteur travail. La quantité de terre par travailleur a augmenté de 2,9% par an, la quantité de capital par travailleur de 6,4% et le produit par homme de 6,396.
Ce processus a intéressé toutes les structures et tous les systèmes de production.

* Les figures C, D et E permettent de retracer l'évolution des principaux systèmes céréaliers, lait et viande. Pour un volume de produit représentant un pouvoir d'achat constant; on note dans toutes les branches une progression des consommations intermédiaires, une réduction de la consommation de terre et une très forte réduction de la consommation de travail, le capital étant finalement assez stable ou en légère progression.


* La figure F qui exprime la quantité de facteurs nécessaire pour obtenir 10.000 F de marge brute en 1984 montre des équilibres très différents entre les trois grandes productions. La même valeur ajoutée demande en gros deux fois plus de terre pour la viande que pour le lait ; mais deux fois plus de travail, et une fois et demi plus de capital pour le lait et la viande que pour les céréales. On comprend, compte tenu de la disparité des structures en France, qu'une politique de branche (quotas laitiers) puisse toucher très inégalement les exploitations et les régions.

Enfin la figure G, plus classique, exprime la quantité de facteurs ramenée à l'hectare, nécessaire pour les grands systèmes de production. Ce schéma montre que si incontestablement le lait constitue une production intensive au sens de la théorie de la production (plus de travail, de capital et de consommations intermédiaires à l'unité de superficie), les systèmes céréaliers, cible courante des critiques de l'intensification, sont plus extensifs que les systèmes viande
Nous rencontrons là une limite importante au développement de tels systèmes (vaches allaitantes par exemple) qui, pour un revenu du travail médiocre, exigent actuellement une forte productivité physique du travail (SAU/UTH - 50 ha) et, sur des exploitations assez grandes, des charges de capital d'exploitation pouvant atteindre 900.000 F/travailleur.
Cette évolution générale des systèmes de production au cours des dernières décennies a été largement commandée par la nécessité d'atteindre une forte productivité de travail. Or dans la compétition qui s'annonce au sein de l'agriculture européenne, les règles du jeu ne seront pas modifiées pour l'essentiel ; seule une forte productivité du travail assurera la reproductibilité des systèmes : en cela, l'avenir ne doit pas être analysé en termes de rupture avec le passé, mais bien dans une continuité de la dynamique en cours, même si l'agrandissement des tailles d'exploitation favorise une certaine extensification naturelle des systèmes de production.

Les formes possibles de l'extensification

Pour aborder valablement ce problème, il convient de le poser dans son contexte en prenant en compte deux arguments préalables
* Les solutions à préconiser doivent tenir compte de la dynamique des structures propre à chaque petite région, notamment des potentialités d'agrandissement des exploitations et des risques réels de déprise agricole.
* L'extensification ne saurait être un a priori mais une résultante. Seule une analyse au niveau des systèmes de production adaptés aux différentes structures, dans un milieu naturel donné, et tenant compte des contraintes et opportunités du contexte économique et social, peut permettre de cerner l'intérêt potentiel de modes de production "extensifs".
Cela étant, quelles sont les chances de voir se développer des formes plus extensives de production ?
- Au niveau de la parcelle de culture
Il y a peu de chances de voir se développer des méthodes de production radicalement différentes au niveau des parcelles de blé, de betteraves ou de pommes de terre.
Dans un passé récent, lors des chocs pétroliers ou à la sortie de la période de forte inflation, nous avons connu des situations de graves dégradations du "ciseau des prix" et pourtant nous n'avons pas assisté à de sensibles déplacements sur les fonctions de production. Certes les recherches ont été focalisées sur une meilleure efficacité de l'utilisation des facteurs (mais ce type de recherche aurait eu le même intérêt quel que soit le niveau d'intensification visé). On peut dire que le progrès technique continuera dans le sens d'une amélioration du rapport qualité/coût. Il est peu vraisemblable que la taxation des intrants - envisagée par certains comme allant dans le sens d'une moindre pollution justifie un déplacement notable des façons de produire là où les cultures continueraient d'exister ; au pire pourrait-elle aggraver le sort des régions intermédiaires et y accélérer la déprise partielle (jachères) ou totale (friches).
- Au niveau de système de production
Il existe à ce niveau beaucoup plus de latitude.
* L'agrandissement des structures
Il s'agit d'un phénomène quasi?mécanique. L'étude réalisée sur la période 1960-1984 a montré que dans tous les systèmes de production, l'accroissement de taille s'accompagnait d'une moindre utilisation de travail et de capital à l'hectare, et d'une moindre valeur de la production. On sait bien par exemple que les quotas laitiers frappant une petite exploitation herbagère lui laissent moins de possibilités qu'à une grande qui peut modifier plus facilement le ratio lait/viande. C'est pourquoi il serait déraisonnable d'envisager des mesures d'extensification déconnectées des possibilités d'agrandissement des exploitations.
* L'allègement des charges de structure par unité de surface
Il résulte souvent de l'agrandissement de l'exploitation mais il peut aussi se concevoir à superficie constante. Si les charges fixes par hectare baissent, certaines productions à marges inférieures peuvent être développées sans mettre en péril la rentabilité globale de l'exploitation. L'introduction volontaire de jachères subventionnées peut constituer un cas limite d'illustration. Les modalités peuvent en être variables. L'abandon de certains assolements, aux limites des contraintes agronomiques, peut s'accompagner de la suppression de matériels que seuls des pointes de travail et des risques climatiques pouvaient justifier (les progrès de l'aide à la décision par recours à la simulation ou aux systèmes experts peuvent jouer là un rôle assez déterminant).
La réduction des charges fiscales et sociales pesant sur le foncier est une autre voie de réduction des charges de structure. Celles-ci constituent évidemment un phénomène pervers puisqu'elles gonflent notablement le coût d'utilisation des superficies indépendamment du revenu qui peut en être tiré et biaisent ainsi la bonne gestion économique des ressources (la théorie veut qu'un facteur surabondant ait un prix d'usage tendant vers zéro ! ).
Une remarque importante est à faire sur ce point. La baisse systématique des charges liées au foncier, contrairement à ce que l'on dit parfois, devrait avoir moins d'impact sur le clivage production intensive/production extensive que sur le clivage production extensive/ déprise. En effet, cette mesure ne modifie pas la hiérarchie des productions : avec ou sans charges fiscales ou sociales liées à la terre, la betterave reste plus intéressante que le mouton dans les plaines fertiles du Nord. En revanche si l'allègement de ces charges permet, dans certaines zones, de redonner une rentabilité à des productions extensives, il peut justifier le maintien d'exploitations, voire la reprise de terres libérées, et modifier le processus de déprise comme on l'a schématisé sur la figure A.
* Une meilleure gestion des systèmes herbagers
Une grande partie des zones menacées par la nouvelle donne économique compte une forte proportion d'herbages. L'utilisation rationnelle de l'herbe est une affaire complexe, qui n'a pas suffisamment fait l'objet en France d'une recherche pragmatique, à tel point que l'on a souvent vu se mettre en place des élevages intensifs, à base de maïs fourrage et d'achats d'aliments concentrés, condamnant partiellement ou totalement l'utilisation de certaines ressources fourragères naturelles, tant dans les bocages herbagers que dans les zones de semi-montagne. Des progrès incontestables d'enrichissement de ces prairies (légumineuses) et de meilleure valorisation de ces superficies sont actuellement réalisés.
D'une façon générale, l'adaptation des systèmes d'élevage reste une voie de progrès réel. Toutefois il faut avoir conscience que dans des systèmes semi-extensifs, l'exploitant aura à gérer des superficies de plus en plus importantes, un capital de plus en plus lourd (têtes de bétail/homme). Toute innovation qui contribuerait à alourdir les tâches (volume, complexité, surveillance) n'a que peu de chances d'apporter une solution viable à ce type d'exploitation. Ceci est valable tant pour la mise au point du matériel vivant, végétal ou animal (rusticité, résistance, fécondité) que dans la définition des techniques.
La diversification permet aussi d'entrevoir certaines possibilités (par exemple l'élevage de cervidés actuellement en cours d'expérimentation).
- Au niveau de l'espace rural
Quels que soient les efforts faits en faveur des systèmes de production extensifs classiques, il sera difficile dans certaines zones de les maintenir comme seule activité permettant d'y conserver une population minimale.
Il ne faut donc pas mésestimer la complémentarité des fonctions de l'agriculteur dans une perspective de maintenance de l'espace rural.
Le temps partiel dans certaines régions ne correspond à rien d'autre qu'à une diminution de la quantité de main-d'oeuvre sur une surface donnée, bien en deçà des capacités classiques d'un ménage d'agriculteurs. L'engraissement de ruminants sur prairies, voire même la monoculture des céréales sur des superficies non négligeables, ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'un autre métier
Au niveau d'une zone rurale, cet autre métier peut parfaitement se placer en connexion avec d'autres usages du sol (protection ou exploitation de la forêt, loisirs en montagne ou autour de plans d'eau, tourisme vert). L'adaptation des systèmes doit alors s'intégrer dans une politique plus globale d'aménagement rural.
C'est sans doute dans cette voie qu'il conviendrait de focaliser les aides nationales et communautaires, plutôt que sur des mesures aveugles d'incitation à l'extensification (réduction des intrants ou des changements) difficilement applicables en raison des contrôles qu'ils supposent et de la variabilité de leurs champs d'impact sur le territoire.
Si le souci d'une plus grande protection de l'environnement est tout à fait louable, il semble qu'il relève plus de la mise au point et de la diffusion de pratiques agricoles spécifiques et qu'il ne doit pas interférer outre mesure avec le choix de mesures économiques d'une toute autre nature.


Notes
(1) Politique Agricole Commune.[VU]
(2) Service Central des Enquêtes et Etudes Statistiques, Ministère de l'Agriculture.[VU]