La déclaration de Strasbourg

Les participants au Colloque de Strasbourg, [colloque européen organisé par l'INRA sur le thème La recherche agronomique au XXIe siècle] membres d'organismes de recherche publics et privés européens, représentants de producteurs, d'entreprises du secteur agro-alimentaire, d'organisations de consommateurs et d'associations environnementales,après avoir examiné ensemble la situation de la recherche agronomique en Europe et les problèmes qui lui sont posés à la veille du XXIe siècle,après avoir exposé, confronté et rapproché leurs points de vue,adoptent la déclaration commune suivante :

1. Nourrir sans épuiser les ressources naturelles

Le droit de chaque homme à se nourrir, la satisfaction des besoins alimentaires mondiaux sont des priorités auxquelles la recherche sur l'agriculture et l'alimentation doit répondre. Mais, dans la perspective de l'évolution de la démographie et du climat, la disponibilité des ressources naturelles comme l'eau, les sols cultivables, les forêts, la diversité génétique, est devenue une préoccupation majeure. Il est indispensable de conforter pour le 21e siècle des systèmes de production durables.

La Recherche européenne pour l'agriculture, l'alimentation et le cadre de vie doit permettre à l'Europe de contribuer à l'accroissement des productions alimentaires mondiales et à l'amélioration de leur qualité, tout en protégeant les ressources naturelles et l'environnement. Elle doit s'attacher à développer la compétitivité en évitant la déstabilisation des marchés. Elle doit enfin faciliter l'accès aux techniques et renforcer la coopération avec les pays où se posent des problèmes de malnutrition en contribuant à développer leur système de recherche.

2. Mieux gérer les espaces naturels, forestiers et cultivés et préserver la diversité

Au siècle prochain, les populations européennes seront de plus en plus attentives à la gestion durable des espaces ruraux. La diversité de ces espaces, des systèmes de production, des habitudes de consommation alimentaire fait partie du patrimoine culturel des citoyens européens et contribue à la qualité de leurs conditions de vie.

La Recherche européenne pour l'agriculture, l'alimentation et le cadre de vie doit préserver et valoriser la diversité des situations géographiques, écologiques et culturelles de l'Europe, notamment dans la perspective de l'élargissement de l'Union.

3. Soutenir la création d'emplois par la diversification des productions et des activités

La création d'emplois dans les filières alimentaires et dans les zones rurales est un impératif. L'innovation, notamment dans les PME, et la diversification vers des productions à plus forte valeur ajoutée, des productions non alimentaires et des activités non agricoles y contribuent.

La Recherche européenne pour l'agriculture, l'alimentation et le cadre de vie doit s'appuyer sur des partenariats adaptés avec les producteurs, les industriels et les collectivités locales et territoriales, pour contribuer à la création d'emplois par la diversification des productions et des activités en agriculture et hors agriculture.

4 - Améliorer la qualité et assurer la sécurité des produits alimentaires

La recherche de la qualité des aliments sous toutes ses formes et de ses effets bénéfiques sur la santé est de plus en plus présente dans les choix des consommateurs. La sécurité de l'alimentation est un impératif absolu. Les consommateurs doivent pouvoir avoir confiance dans les produits qu'ils achètent et être informés conformément à leurs attentes (composition, origine, etc.)

La Recherche européenne pour l'agriculture, l'alimentation et le cadre de vie doit participer à l'amélioration de la qualité, de la sécurité et de la valeur nutritionnelle des produits alimentaires. La référence aux connaissances scientifiques doit être renforcée. La coopération et la solidarité s'imposent à tous les acteurs de la filière.

5. Maîtriser l'usage des biotechnologies

L'usage des biotechnologies dans l'agriculture et l'alimentation est prometteur pour l'avancée des connaissances du milieu vivant, l'innovation des procédés et des productions. Mais une inquiétude apparaît aujourd'hui dans l'opinion européenne vis à vis de ces nouvelles technologies.

La Recherche européenne pour l'agriculture, l'alimentation et le cadre de vie doit aider les responsables à conformer leurs décisions au principe de précaution. Elle a le devoir d'éclairer les débats sur les choix technologiques, leurs bénéfices et risques potentiels, en y apportant des connaissances validées. Elle doit contribuer de façon active à l'éducation du public, à l'information et au dialogue avec les médias, les consommateurs et les citoyens.

6. Renforcer le rôle d'expertise des chercheurs en leur donnant les moyens de leur indépendance

La recherche scientifique pour l'agriculture, l'alimentation et le cadre de vie concerne la vie quotidienne des citoyens. Confrontés à des problèmes de société, les chercheurs sont de plus en plus sollicités pour fournir leur expertise dans différentes circonstances : conflits commerciaux, problèmes de santé publique, débats d'opinion et évaluation des risques, etc.

Les chercheurs européens doivent assumer leur rôle d'expertise avec des moyens suffisants et en toute indépendance. Ils doivent être attentifs aux questions d'éthique. Ils ont un devoir de vigilance et une responsabilité envers les acteurs socio-économiques, les pouvoirs publics et les citoyens.

Strasbourg, le 29 novembre 1996.

[R] Vers l'Album des textes, le Sommaire détaillé du C29.