Le Courrier de l’environnement de l’INRA n°52, septembre 2004

Sommaire :

En In memoriam : Le Grand Capricorne

Les destinataires du Courrier papier qui s'étonneraient, voire s'offusqueraient, de n'avoir pas reçu le n°50 sont invités à ne pas réagir inconsidérément : ce numéro 50, spécial, aura, entre autres caractères très spéciaux, celui de paraître et donc d'être diffusé ultérieurement, soit, très exactement, quand il sera prêt.
A lire : Le pire n'est jamais sûr.

Les articles et principales rubriques de ce numéro seront mis ultérieurement en ligne (au format pdf)

PROBLÉMATIQUES ET DÉBATS

Les pommiers transgéniques résistants à la tavelure - Analyse systémique d'une plante transgénique de " seconde génération " (Gaëtan Vanloqueren, Philippe V. Baret) ; Phosphore, azote, carbone… Du facteur limitant au facteur de maîtrise (Guy Barroin) ; Contamination des sols et de nos aliments d'origine végétale par les éléments en traces - Mesures pour réduire l'exposition (Michel Mench, Denis Baize) ; Protection des cultures et développement durable : bilan et perspectives (Jean-Philippe Deguine, Pierre Ferron).

o Bruno Latour : " C'est la fin de l'insouciance du progrès " (par Yves Miserey)

Repères dans le PAF

Fable du Code de la Biodiversité : la Juriste et le Potager de Grand-Mère (Delphine Marie-Vivien, Jean-Frédéric Morin, Sigrid Aubert) ; La tradition de la châtaigne dans les ménages agricoles d'Ille-et-Vilaine, du début du XXe siècle à nos jours (Samuel Perichon ) ; Le bassin versant de la Charente : une illustration des problèmes posés par la gestion quantitative de l'eau (Christian Bry, Paul Hoflack) ; Râleries d'un promeneur solidaire (Jean-Pierre Nicol ).

Autres repères, autres paysages

La croissance démographique, frein ou opportunité pour une intensification agricole durable en Afrique subsaharienne ? Transition agraire et résilience des sociétés rurales (Philippe Jouve)

ON EN PARLE ENCORE

Les Cinq-à-sept de la ME&S : Finalisée ? T'as dis finalisée… Chronique par Jean-Pierre Nicol

COLLOQUES

Comptes rendus

Ier Congrès International pour la protection de la nature, faune et flore, sites et monuments… (Yamina Larabi, Piotr Daszkiewicz, Patrick Blandin ) ; Colloque international sur les associations locales entre agriculteurs et consommateurs (Pierre Alphandéry)

Annonces

BIBLIOGRAPHIE (On a lu, on a vu ; On signale)

o Déchets : cent façons de jeter, par Gérard Bertolini

Aveulouque

BRÈVES

[R]


Résumés-annonces

Les pommiers transgéniques résistants à la tavelure - Analyse systémique d'une plante transgénique de " seconde génération "
La controverse sans précédent que les OGM ont suscitée parmi le public, l'exigence grandissante d'une évolution de nos modes de production agro-alimentaire vers plus de durabilité et l'existence d'incertitudes scientifiques sur les risques liés aux plantes transgéniques (irréversibilité…) sont trois facteurs qui pourraient inciter à une régulation plus volontariste des biotechnologies, non plus faite, comme jusque-là, essentiellement dans une logique de contrôle des risques, avec des évaluations pratiquées au sein des procédures réglementaires prenant principalement en compte les potentiels effets négatifs sur la santé humaine et l'environnement (critères de biosécurité).
Les auteurs se proposent, sur le cas d'un pommier résistant à la tavelure, d'évaluer l'ensemble des aspects techniques et socio-économiques de cette innovation. Ceci en trois étapes : une analyse des raisons de l'échec commercial des variétés résistantes conventionnelles (alter ego actuelles des futures variétés transgéniques), une évaluation prospective des atouts et limites des pommiers transgéniques et une approche systémique de l'ensemble des stratégies de lutte contre le champignon Venturia inaequalis.
Par Gaëtan Vanloqueren et Philippe V. Baret
Université catholique de Louvain, faculté d'Ingénierie biologique, agronomique et environnementale, unité de Génétique et centre de recherche interdisciplinaire CITES (Techniques, Sciences et Sociétés).
Croix du Sud 2, bte 14, 1348 Louvain-la-Neuve (Belgique)
vanloqueren@gena.ucl.ac.be

Phosphore, azote, carbone… Du facteur limitant au facteur de maîtrise
" Déversées en quantités excessives dans le milieu aquatique, les substances fertilisantes y stimulent la prolifération végétale jusqu'à provoquer des nuisances identiques à celles résultant de la pollution organique. Pour identifier la (les) substance(s) responsable(s) de manière à en assurer la maîtrise, il est fait appel au concept de " facteur limitant ". Issu de la recherche agronomique, ce concept a été repris par diverses disciplines environnementales comme outil de réflexion puis comme instrument de gestion. Après avoir rappelé dans quelles circonstances il avait été élaboré, on propose d'en suivre les altérations de signification et d'usage jusqu'à celles qui en ont fait le fondement de la lutte contre l'eutrophisation. " (chapô de l'auteur)
Par Guy Barroin
Centre alpin de recherche sur les réseaux trophiques des écosystèmes limniques, BP 511, 74203 Thonon-les-Bains cedex
barroin@thonon.inra.fr

Contamination des sols et de nos aliments d'origine végétale par les éléments en traces - Mesures pour réduire l'exposition
De nombreux composés naturellement présents ou non dans les produits végétaux ou animaux destinés à l'alimentation peuvent avoir un effet néfaste pour la santé. Ce sont, notamment, les éléments en traces, définis, en sciences de la terre, comme les éléments chimiques dont la teneur dans la croûte terrestre est inférieure à 0,1%. En sciences de la vie, leur concentration, par rapport à la matière sèche (MS) de l'organisme, est en dessous de 0,01%. Beaucoup ont une fonction essentielle pour la santé de l'homme et de tous les organismes vivants.
"Quel éclairage peut-on donner sur la contamination, présence d'une substance dans un milieu naturel à une concentration supérieure au niveau du " fond naturel ", sans préjuger du danger de nos aliments par les ET, à l'aide des connaissances actuelles de la contamination des sols et des produits végétaux en France ? À quels éléments en traces devons-nous nous intéresser particulièrement à moyen terme ?
Les quatre chapitres sont intitulés : 1. Contamination en ET des sols et des aliments d'origine végétale ; 2. Contribution des végétaux aux quantités ingérées par l'homme - seuils tolérables ; 3. Effets toxicologiques des éléments traces pour l'homme et pathologie développée lorsque les quantités ingérées sont dépassées ; 4. Mesures pour réduire l'exposition des végétaux.
Et, en Conclusion : "La majorité des sols et des produits végétaux ne présentent pas une contamination en ET préoccupante, mais des diagnostics de danger existent. [...]".
Par Michel Mench et Denis Baize
UMR BIOGECO INRA 1202, Écologie des communautés, univ. Bordeaux 1, bât B8, RdC Est, av. des Facultés, 33405 Talence
michel.mench@bordeaux.inra.fr
INRA, Science du sol, centre d'Orléans, BP 20619, 45166 Olivet cedex
denis.baize@orleans.inra.fr

Protection des cultures et développement durable : bilan et perspectives
" L'importance des dégâts occasionnés aux cultures et aux denrées stockées par divers organismes nuisibles ou concurrents, encore dénommés bio-agresseurs (ravageurs, micro-organismes et virus, mauvaises herbes), contraint l'agriculteur à recourir à des mesures de protection. Parmi celles-ci, la lutte chimique à l'aide de pesticides de synthèse a longtemps été considérée comme la solution la plus efficace et la plus facile à mettre en œuvre, dans des conditions économiques supportables, du moins par une agriculture de type productiviste. Cependant ses effets secondaires sur l'environnement et la santé ne s'avèrent pas compatibles avec une exploitation durable des agro-écosystèmes. Des solutions alternatives sont donc recherchées, une prévention accrue des risques étant considérée aujourd'hui comme un préalable nécessaire. On est ainsi conduit à concevoir une stratégie phytosanitaire nouvelle, reposant d'abord sur la gestion agro-écologique des populations et des peuplements. Cette stratégie remet en cause les pratiques courantes, implique une adaptation des systèmes de culture et une prise en considération rationnelle à l'échelle du paysage, comme une sensibilisation des praticiens aux problèmes environnementaux. Pour permettre un retour à une situation d'équilibre, elle demande non seulement un raisonnement à court terme, cher aux praticiens, mais également une réflexion à long terme telle que celle recommandée par les écologistes. Une illustration en culture cotonnière paysanne en est donnée. " (chapô des auteurs)
Par Jean-Philippe Deguine et Pierre Ferron
CIRAD, 34398 Montpellier cedex 5
p.ferron@wanadoo.fr

o Bruno Latour : " C'est la fin de l'insouciance du progrès ", par Yves Miserey
Article repris du Figaro, avec l'aimable autorisation du journal. Copyright Le Figaro/Yves Miserey - août 2004.

Repères dans le PAF

Fable du Code de la Biodiversité : la Juriste et le Potager de Grand-Mère
En seize strophes ainsi titrées :
1. Quand un événement anecdotique place la communauté internationale au pied du mur  ; 2. Quand un grand de ce monde trouve la solution dans l'expertise offre (c'est ce qu'on appelle, dans le jargon, un appel d'offre)  ; 3. Quand les experts décident de travailler ensemble ; 4. Quand l'expert sollicite son entourage familial ; 5. Quand l'expert expérimente la réalité ; 6. Quand l'expert rencontre les populations autochtones ; 7. Quand l'expert découvre l'anguille sous la roche ; 8. Quand l'expert appelle au secours ; 9. Entre acte ; 10. Quand l'expert cherche l'inspiration ; 11. Quand l'expert change de domaine d'expertise ; 12. Quand les certitudes de l'expert sont mises à mal ; 13. Quand l'expert, aux prises avec la tempête, doit agir dans l'urgence ; 14. Quand l'expert se remet en question ; 15. Quand l'expert remet le bébé aux grands de ce monde… 16. Quand l'expert reste prisonnier de ses habitudes.
Fin de l'histoire : " Rien ne sert de produire un code sur la biodiversité, il faut entretenir chaque jour le potager de grand-mère ", se dit-elle satisfaite… et ses rêveries l'amènent sur le terrain encore vierge de la spécificité d'un régime juridique adapté aux gestionnaires de la diversité des potagers de la Creuse…
Par Delphine Marie-Vivien, Jean-Frédéric Morin et Sigrid Aubert
CIRAD, av. Agropolis, 34398 Montpellier cedex 5
delphine.marie-vivien@cirad.fr
Institut du développement durable et des relations internationales, domaine de Lavalette, 1037 rue Jean-François-Breton, 34000 Montpellier
jean-frederic.morin@unisfera.org
CIRAD, station de la Bretagne, BP 20, 97 408 Saint-Denis cedex 9, La Réunion
sigrid.aubert@cirad.fr

La tradition de la châtaigne dans les ménages agricoles d'Ille-et-Vilaine, du début du XXe siècle à nos jours
L'évolution des habitudes de consommation liée à la mise sur le marché de nouveaux produits, de biens alimentaires jusqu'alors réservés à une minorité, a transformé l'image de certains produits hier largement consommés dans les campagnes. La châtaigne en est un excellent exemple. Jusqu'au début des années 1950, elles composaient en effet l'essentiel des repas des familles paysannes. Aujourd'hui, cette tradition a ou bien disparu, ou bien se déstructure sous nos yeux. Dans son article, l'auteur retrace, grâce aux témoignages recueillis auprès de trois générations d'agriculteurs d'une même famille, l'histoire récente des pratiques sociales autour de ce fruit.
Par Samuel Perichon
Laboratoire ESO, université de Haute-Bretagne, Maison de la recherche, Campus Villejean, 35043 Rennes cedex
s_perichon@voila.fr

Le bassin versant de la Charente : une illustration des problèmes posés par la gestion quantitative de l'eau
Le bassin de la Charente, considéré comme un bassin à dominante rurale, est situé à la charnière entre les bassins sédimentaires parisien et aquitain, d'une part, et les massifs du Limousin et de la Vendée, d'autre part. Deux espaces s'opposent : la frange côtière densément peuplée et vouée aux activités de la mer et la partie intérieure, rurale, fondée sur l'activité agricole avec quelques villes moyennes et des îlots d'industrialisation. Ces activités induisent des pressions sur l'eau au sein du bassin.
Cet article analyse, après une brève présentation des caractéristiques naturelles du bassin, les incidences des pressions anthropiques sur les situations qualitative et quantitative de l'eau et sur les écosystèmes aquatiques.
Par Christian Bry et Paul Hoflack
INRA, unité d'Écologie aquatique, UMR Écobiologie et qualité des hydrosystèmes continentaux, 65 rue de Saint-Brieuc, 35042 Rennes cedex
bry@roazhon.inra.fr
INRA, SED, unité Prospective, 147 rue de l'Université, 75738 Paris cedex 07
paul.hoflack@paris.inra.fr

Râleries d'un promeneur solidaire
Du côté de Guermantes (Seine-et-Marne), l'observation sans nostalgie d'un paysage agricole de la Brie où déchets, voitures, loisirs, constructions, tout vient de la ville, où les activités sur place sont insignifiantes. Un vagabondage curieux entre ordures ominprésentes, chemins en défonce, lieux exténués.
Par Jean-Pierre Nicol
nicol.jp@wanadoo.fr

Autres repères, autres paysages

La croissance démographique, frein ou opportunité pour une intensification agricole durable en Afrique subsaharienne ? Transition agraire et résilience des sociétés rurales
Le bilan que l'on peut faire du développement agricole et rural en Afrique subsaharienne après quarante ans d'indépendance n'est guère positif. Un des facteurs couramment invoqué pour expliquer la médiocrité de ce bilan est la forte croissance démographique qu'a connu le continent africain. Mais concernant l'effet de cette croissance sur l'intensification agricole deux thèses s'affrontent.
Selon la première, inspirée par Malthus, l'augmentation de la population rurale entraîne un accroissement de la pression sur les ressources,en particulier sur la terre dont la fertilité est diminuée, ce qui provoque une baisse des rendements des cultures et donc une réduction de la production agricole disponible. Il s'en suit, à terme, des famines ou dans la version néo-malthusienne de cette thèse des migrations.
Pour Ester Boserup, en revanche, dans les pays non industrialisés (cette précision est d'importance), l'augmentation de la population rurale est un facteur favorable à l'intensification agricole et dans ce type de situation il est illusoire de s'attendre à une intensification de la production agricole si la densité de population reste faible.
Une observation attentive des situations agraires en Afrique montre que, sous l'effet de la pression foncière, certaines de ces situations connaissent effectivement une évolution de type malthusien tandis que d'autres relèvent incontestablement d'une logique boserupienne. Pour surmonter cette apparente contradiction il importe de faire une analyse diachronique de ces situations et on s'aperçoit alors qu'après une phase de dégradation peut succéder une phase de régénération des milieux dégradés et une intensification agricole. C'est ce changement d'évolution qui est qualifié de transition agraire et qui témoigne de la résilience des sociétés rurales. En sont analysées ensuite les conséquences en matière de stratégie de développement.
Par Philippe Jouve
CNEARC, BP 5098, 34033 Montpellier
jouve@cnearc.fr

o Déchets : cent façons de jeter, par Gérard Bertolini
D'Abandonner à Zéro-déchet, cent définitions courtes.
Gerard.Bertolini@univ-lyon1.fr


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