Le Courrier de l’environnement de l’INRA n°48, février 2003

Sommaire :

En In memoriam : Les bousiers ; l’Urbi et orbi est en "européen bruxellois"

Tous les articles de ce numéro sont en ligne - marqués (L)

PROBLÉMATIQUES ET DÉBATS

Les grands prédateurs contre l'environnement ? Faux enjeux pastoraux et débat sur l'aménagement des territoires de montagne (par Farid Benhammou ) ; Phosphore, azote et prolifération des végétaux aquatiques ( par Guy Barroin ) ; La maladie du bœuf hongrois (par Jean-Noël Jeanneney et Madeleine Ferrières) ; Vache folle : le bout du tunnel  (par Yves Le Pape) ; Des chercheurs devenus agriculteurs (par Jean-Pierre Deffontaines, Anne Mathieu et Camille Raichon) ; La vache laitière à haute qualité territoriale (VLHQT) (par Denis Michaud).

Repères dans le paysage agricole français

L'échec des replantations de haies bocagères dans les communes remembrées d'Ille-et-Vilaine (par Samuel Perichon) ; Les chartes forestières de territoire : vers un nouveau contrat social au sujet des espaces forestiers ? (par Stéphane Weiss) ; L'élaboration des plans de gestion des réserves naturelles (par Frédéric Bioret ).

Autres repères, autres paysages

Agriculture anglaise et protection de l'environnement (par Jean-Luc Hoarau ) ; Le dispositif des zones refuges pour le maïs Bt aux États-Unis (par Denis Bourguet, Marion Desquilbet et Stéphane Lemarié).

ON EN PARLE ENCORE

De " L'eau, l'agriculture et l'environnement " ; du " Paysage ".

COLLOQUES

Comptes rendu
Le campagnol (par Malory Carron-Mesnier).

Annonces

BIBLIOGRAPHIE

On a lu, on a vu

On signale

AVEULOUQUE

BRÈVES


Résumés-annonces

Les grands prédateurs contre l'environnement ? Faux enjeux pastoraux et débat sur l'aménagement des territoires de montagne (L)
Des loups d'origine italienne ont fait leur réapparition dans les Alpes au début des années 1990, trois ours ont été réintroduits en 1996-1997 en Pyrénées centrales. Le retour de ces grands prédateurs s'est fait sur des territoires montagnards périphériques aux caractéristiques socio-économiques précaires où survivait bien souvent une activité pastorale. Selon plusieurs députés montagnards, ces grands prédateurs sont le principal problème auquel doivent faire face les élevages de montagne.
Dans cet article qui traite plus particulièrement du cas du loup, est étudié - et réfuté - le postulat, grandement diffusé par la profession agricole et repris par certains chercheurs, selon lequel les grands prédateurs ne sont pas des objets environnementaux dignes d'intérêt et de protection, qu'au contraire leurs effets sont non seulement néfastes sur les activités humaines mais également sur la nature, et que, en quelque sorte, protéger les loups reviendraient à exclure les hommes de la montagne et à détruire des pans entiers d'écosystèmes.
par Farid Benhammou
École nationale du génie rural, des eaux et des forêts, 19 av. du Maine, 75732 Paris cedex15.
Benhammou@engref.fr

Phosphore, azote et prolifération des végétaux aquatiques (L)
C'est à partir des substances minérales dissoutes dans l'eau que les algues synthétisent leurs tissus. Du point de vue de la structure, le carbone est le composant principal, après l'hydrogène et l'oxygène. Mais c'est le phosphore qui, en conditions naturelles, est le tout premier nutriment à faire défaut pour assurer la synthèse de nouveaux tissus, avant l'azote et le carbone. Le phosphore est dit " facteur limitant ", notion empruntée à l'agronomie. C'est également le facteur de maîtrise puisque c'est en agissant sur lui qu'il est possible d'augmenter ou de réduire les proliférations algales.
En déversant dans le réseau hydrographique des quantités considérables de phosphore, les activités humaines, qu'elles soient domestiques, industrielles ou agricoles, induisent une carence en azote qui, mise en évidence à l'échelle réduite de temps et d'espace propre à l'expérimentation scientifique, le fait apparaître comme facteur limitant - mais, à l'échelle globale de l'hydrosystème, c'est bien le phosphore qui est le facteur limitant puisque c'est lui qui déclenche la fixation biologique de l'azote...
Une étude très fouillée dont le Courrier n'a repris que la seconde partie. Le document complet  (éq. env. 30 pages) est mis en ligne simultanément à la parution de la revue.
par Guy Barroin
INRA - Hydrobiologie et faune sauvage, BP 511, 74203 Thonon-les-Bains
barroin@thonon.inra.fr

La maladie du bœuf hongrois (L)
Cet " article " est la transcription d'une émission radiophonique de France Culture, Concordance des temps, préparée et animée par Jean-Noël Jeanneney . Le 14 décembre 2002, il recevait Madeleine Ferrières, professeur d'histoire moderne à l'université d'Avignon et auteur notamment de Histoire des peurs alimentaires : du Moyen Age à l'aube du XXe siècle, paru aux Éditions du Seuil en octobre 2002. Lancés sur les ondes, les propos de l'invitée et du producteur sont reportés ici sans ré-aménagement ni réécriture de fond.
"Faut-il avoir peur de la vache folle ? Notre comportement contemporain vis-à-vis de la nourriture connaît-il des précédents ? En compagnie de Madeleine Ferrières, Jean-Noël Jeanneney revient, entre discordance et concordance, sur deux moments topiques de ces peurs alimentaires : la Maladie du bœuf hongrois au XVIIIe siècle et celle du bœuf anglais au XIXe siècle."
par Jean-Noël Jeanneney et Madeleine Ferrières
www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/concordance/presentation.php

Vache folle : le bout du tunnel (L)
Un point sur la crise de l'ESB, en 1 page. (bientôt en ligne)
par Yves Le Pape
ME&S
ylepape@aol.com
La Vache folle en ligne - actualités quotidiennes.

La vache laitière à haute qualité territoriale (VLHQT) (L)
Le massif du Jura se présente comme une succession de larges plateaux en marches d'escalier, aux bordures boisées, auxquels succèdent à partir de 900 m les plissements caractéristiques de la haute-chaîne. Là alternent des synclinaux étroits aux versants redressés, les vaux occupés par les herbages et les villages, et des anticlinaux plus larges et aplatis, les monts où domine le pré-bois, cette association de hêtraies-sapinières et de clairières de tailles variées. C'est un pays d'élevage laitier et de production fromagère à AOC, le pays de la race Montbéliarde et du Comté [...].
Qui pourrait penser que derrière la douceur des lignes du relief, dans la quiétude de ces paysages de combes ou de vaux, sous le toit des solides fermes comtoises, la vache montbéliarde a ouvert un débat et placé l'agriculture jurassienne à la croisée des chemins ? (chapô des auteurs)
par Denis Michaud
25240 Reculfoz
michaud.denis@infonie.fr

L'échec des replantations de haies bocagères dans les communes remembrées d'Ille-et-Vilaine (L)
"Pour concilier les attentes des agriculteurs bretons et celles des pouvoirs publics, le remembrement a longtemps été considéré comme l'outil providentiel. Interpellés ensuite par la gravité des préjudices causés à l'environnement et aux paysages, les pouvoirs publics d'Ille-et-Vilaine ont lancé au milieu des années 70 un vaste programme de replantation de haies bocagères. Or ce retournement de situation a été d'autant plus mal vécu dans les zones remembrées qu'elles étaient jusqu'alors montrées en exemple. Au lendemain du 25ème anniversaire de cette politique, il convient de revenir sur les raisons d'un tel échec." (résumé de l'auteur)
par Samuel Perichon
Laboratoire de recherche de l'École nationale supérieure du paysage, 10 rue du Maréchal-Joffre, 78000 Versailles
s_perichon@voila.fr

Les chartes forestières de territoire : vers un nouveau contrat social au sujet des espaces forestiers ? (L)
Les chartes forestières de territoire (CFT) sont un outil contractuel créé par l'article premier de la loi française d'orientation forestière n° 2001-602 du 9 juillet 2001 (LOF). Leur finalité est de mettre en relation l'ensemble des acteurs et usagers de la forêt à l'échelle d'un territoire donné, en vue de négocier les conditions de satisfaction des différentes demandes d'usage de la forêt, dans une perspective de développement durable. Il s'agit donc d'ouvrir la forêt sur les territoires ruraux et périurbains qui la portent, au travers d'une contractualisation en termes de droits et de devoirs entre les détenteurs du foncier et les usagers. À ce titre, lesdites chartes, en offrant l'opportunité de négocier localement un nouveau contrat social au sujet des espaces forestiers et de leurs usages, représentent une innovation dans le domaine forestier français, caractérisé depuis la deuxième moitié du XXe siècle par un certain néocorporatisme où dominent l'État et les acteurs économiques."
par Stéphane Weiss
UR Développement des territoires montagnards, CEMAGREF, BP 76, 38 402 St Martin-d'Hères.
Stephane.Weiss@grenoble.cemagref.fr

L'élaboration des plans de gestion des réserves naturelles (L)
"Le plan de gestion est un outil destiné en priorité au gestionnaire, lui permettant d'avoir un " tableau de bord " de la réserve, sur lequel pour chaque objectif de gestion les opérations sont planifiées dans l'espace et dans le temps pour une durée de cinq années. Le plan de gestion constitue en quelque sorte le document mémoire de la gestion de la réserve. Il revêt un côté pratique en rassemblant toutes les informations, anciennes et actuelles, relatives à la réserve, dans un même document. "
Cet article détaille les étapes de l'élaboration de ce document.
par Frédéric Bioret
Laboratoire Géosystèmes, UMR 6554, IUEM, université de Bretagne occidentale, place Copernic, 29280 Plouzané
bioret@mailhost.univ-brest.fr

Agriculture anglaise et protection de l'environnement (L)
Les années 1960 et 1970 voient le début d'une progression des mouvements écologistes dans le paysage politique anglais. Diverses publications révélent les méfaits de l'agriculture sur l'environnement et le fermier anglais commençe alors à se rendre compte que ses pratiques allaient être de plus en plus difficiles à justifier auprès de citadins qui gardent la nostalgie d'une campagne idyllique. Le mouvement écologiste commençe à apparaître comme une force capable d'alerter l'opinion, de s'opposer au lobby agricole et d'influencer le gouvernement...
par Jean-Luc Hoarau
IUT d'Angers -Génie biologique
1 rue de la Croix de Cheminée, 49124 Saint-Barthélémy-d'Anjou
hoarau@iut.univ-angers.fr

Le dispositif des zones refuges pour le maïs Bt aux États-Unis (L)
Aux États-Unis, depuis 1996, des surfaces importantes sont cultivées avec des variétés transgéniques de coton, de pomme de terre et de maïs résistantes à des insectes ravageurs de ces cultures. La mise sur le marché de ces variétés transgéniques a été accompagnée par des réglementations pour contrôler les risques d'apparition d'insectes qui seraient eux-mêmes résistants aux plantes génétiquement modifiées. Ainsi, chaque agriculteur cultivant une variété transgénique résistante à un insecte doit utiliser une variété conventionnelle qui n'est pas résistante à cet insecte sur une partie de ses surfaces : ce sont les " zones refuges ", qui visent à maintenir un réservoir d'insectes sensibles pour limiter les risques d'apparition de résistance chez les insectes cibles.
L'article examine le cas du maïs, dont les variétés transgéniques actuellement commercialisées sont résistantes à la Pyrale du maïs, Ostrinia nubilalis (Lépidoptère Pyralidé).
par Denis Bourguet, Marion Desquilbet et Stéphane Lemarié
INRA, unité Génétique microbienne et Environnement, La Minière, 78285 Guyancourt cedex
bourguet@jouy.inra.fr
INRA, Économie et Sociologie rurales - université Pierre-Mendès-France, BP 47, 38040 Grenoble cedex 9
desquilbet@grenoble.inra.fr, lemarie@grenoble.inra.fr


BRÈVES

Pour les cochons (après le matelas pour vaches, le waterbed pour porcelets) ; Trouvés (des orangs-outans à Bornéo, par le comptage des nids en haut des arbres) ;  Sœur souris (nous avons en commun 99% de nos gènes) ; Sidérophagie (des champignons en croquent pour le fer, associé à l'amiante) : Amis, donnez… (pour de la neige à base d'amidon) ; À Paname, le piaf se la coule douce (trad. : Paris est un bon habitat pour Passer domesticus) : Le coton Bt file un mauvais cocon ? (Dans le Sud des États-Unis, le Ver de l'épi de maïs, Helicoverpa zea - Lépidoptère Noctuidé- profite encore du coton conventionnel...) ; Hérissant (la destruction de 5 000 hérissons des îles Hébrides) ; Anthropisation en trop (en amont du barrage de Petit Saut, en Guyane, les orpailleurs chassent les écologues) ; Ver jaune (Lumbricus rubellus, plein d'arsenic) ; Machines à café (la caféïne, indicateur de pollution des eaux par les activités humaines domestiques) ; Entomo spatiale (15 grosses fourmis moissonneuses, Pogonomyrmex occidentalis, étaient dans Atlantis qui s'est écrasée) ; Label loup (le loup gris de l'Arizona fait la joie et le profit des éleveurs) ; Les tout petits feux sont dangereux (habiter séparément nuit gravement à l'environnement) ; Goût partagé (des lions, malades ou en pleine forme, aiment l'homme) ; Orgues sourdes (des tuyaux pour des barrières anti-bruit) ;  Camarade soldat, camarade chasseur, même combat (les dispositions sur la protection de la nature les gènent) ; Très fines gueules (Les chimpanzés du zoo de Copenhague choisissent les bananes bio) ; Le combat de la mouche et de l'araignée (Arachnidomya lindae - Diptère Sarcophagidé - contre Meteplira incrassata) ;Vachement intéressé (Le bovin est un être sensible - mais à quoi ? À la nourriture. Point) ; Piqûre de rappel (les objectifs du développement durable) ; Carnet de ME&S (académiciens et commissionaires) ; Parle à mon QI, ma queue de détente est malade (" Le borgne, l'aveugle et le paralytique " du Courrier n°47, qui c'est ?) ; Contre-mesure de précaution (ressources génétiques animales) ; Les fées de serre (le grand bond en avant de la voiture chinoise) ; Le Lapin, le lapin ! (demande , acculé à la disparition, le Lynx pardelle, Lynx pardinus, d'Espagne) ; La découverte de l'Amérique (la lutte biologique contre les ravageurs introduits) ; " Sol " de chez Streptomyces (un parfum bactérien de dessous les pieds) ; À porcs perdus (oui, égarés dans la "chaîne alimentaire" états-unienne - et transgéniques) ; On en tient une, de couche ! (jetable et soluble et donc biodégradable) ; Experts durables (le PNUE veut orienter les gens vers une consommation " durable ") ; Gros rongeur costaud (lièvre forestier et même bûcheron) ; Défoncés (des éléphants souls et homicides) ; La main lourde (pour faire la vaisselle à la main) ; Cyberzootechnie (les insectoïdes de la NASA) ; Terreur entomologique ( la Chrysomèle du maïs, Diabrotica virgifera, arme de destruction massive ?).
Et, dans EN VRAC ET EN VITESSE, un dernier tour du monde, vite fait, mais qui, bien sûr, ne contourne pas, parmi d'autres problème environnementaux dignes d'une étape, celui des limaces.


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