Le Courrier de l’environnement de l’INRA n°45, février 2002

Tous les articles de cette livraison sont en ligne

Sommaire :

En In memoriam : l'Outarde canepetière ; l’Urbi et orbi est en grec. Summary

PROBLÉMATIQUES ET DÉBATS

L'adieu sans regret aux pommiers hautes tiges en Bretagne (par Samuel Perichon ) ; À la recherche de la nature (par Jacques Lecomte) ; Assurabilité des OGM et risques industriels : un univers de décision controversé (par Thierry Hommel) ; La gestion des déchets radioactifs : concertation et politique publique (par Yves Le Bars) ; Pédagogie et méthodologie de l'accueil de nouvelles populations en milieu rural, l'exemple du Massif central (par Bernard Farinelli).

Repères dans le paysage agricole français

OGM et agriculture : options pour l'action publique. Rapport du groupe de concertation présidé par Bernard Chevassus-au-Louis  ; Discours de Jean Glavany, ministre de l'Agriculture et de la Pêche, à l'occasion de la signature du Contrat d'objectifs État-INRA ; Le Hibou moyen-duc (Asio otus) et son régime alimentaire dans le massif dunaire de la Slack (Pas-de-Calais, France) (par Luck Martin-Bouyer, Laetitia Menendez, Magalie Dhaussy, David Malvoisin, Benoit Bourel, Dominique Derout et Jean-Charles Cailliez ) ; L'état de l'eau de l'État (par Jean-Pierre Nicol).

Autres repères, autres paysages

Les fonds marins de l'île de La Réunion : d'une prise de conscience des dégradations au projet d'une gestion raisonnée (par Pascal Saffache) ; Les associations et les organisations non gouvernementales : des attentes multiples et construites (par Patrick Legrand).

ON EN PARLE ENCORE…
De " Qu'est-ce qu'un gène ? ", des " obscurantistes ", des Plantes, des illustrations du Courrier.

COLLOQUES
Annonces
Conférence
À la table des saints : petite et divertissante hagiographie gastronomique et juridique (par Jean-Paul Branlard)

BIBLIOGRAPHIE  
On a lu, on a vu
On signale
Étude
Lexique des qualificatifs de l'agriculture (par Frank Pervanchon et André Blouet)

AVEULOUQUE

BRÈVES

[R]


L'adieu sans regret aux pommiers hautes tiges en Bretagne (L)
Longtemps un symbole, le pommier haute tige se voit aujourd'hui renvoyé à un simple fait folklorique que seul l'amour de quelques passionnés peut encore défendre. A la périphérie de Rennes, le pommier était une source de revenus importante pour les exploitations agricoles. Les agriculteurs, soumis aux exigences de rentabilité, l'abandonnent à cause des débouchés incertains et de la pénurie de main d'oeuvre pour la récolte. Pourtant, au-delà de la simple dépréciation économique, le pommier est en fait victime d'une véritable rancœur de la part de certains de ses propriétaires. Profondément enraciné dans leur histoire personnelle, ce sentiment résulterait d'abord du caractère rebutant des journées de ramassage des pommes. Des vergers basse tiges remplacent les formes traditionnelles, selon un double processus de disparition et de restructuration. L'auteur, pour connaître la perception et les représentations associées à cet arbre, se livre à une enquête au près de trois générations d'agriculteurs d'une même famille qui évoquent l'histoire de leurs pommiers.
par Samuel Perichon
s_perichon@voila.fr

À la recherche de la nature (L)
« Nature naturelle, nature figée, nature aménagée, nature créée, nature artificielle, force est d'admettre que l'on rencontre beaucoup de " natures " et qu'il n'est pas toujours facile de s'y retrouver.
Récemment (Lecomte, 2001), j'ai tenté de mettre en évidence l'importance des trois attributs d'un écosystème : biodiversité, naturalité et fonctionnalité. Il faut reconnaître que, de ces trois fonctions, la grande sacrifiée est la naturalité (Lecomte, 1999). Cependant, un examen approfondi met en évidence qu'une forte naturalité est rare en France métropolitaine.
Chacun peut donc décider de ce qu'il considère comme étant la Nature. Il faut cependant exiger une certaine honnêteté intellectuelle, en particulier en ce qui concerne l'historique des habitats.
Pour ma part, je suis tout à fait convaincu de l'intérêt des pelouses qui ont remplacé des milieux forestiers à la suite des activités humaines. Mais je ne souhaite pas qu'on me les présente comme étant les derniers lambeaux d'une steppe ancestrale ! » (le "Pour conclure" de l'auteur)
par Jacques Lecomte
Montée des chèvres, 91190 Gif-sur-Yvette
jlecomte@usa.net

Assurabilité des OGM et risques industriels : un univers de décision controversé (L)
« Il est couramment admis que l'exercice d'une activité industrielle s'accompagne de risques pour l'environnement et la santé. Au regard des critères traditionnels de l'assurance, la prise en charge de certains d'entre eux par les sociétés d'assurance fait, faute de pouvoir les caractériser, problème. Ces " risques problématiques " qui mobilisent notre attention dans la première partie de cet article sont pris dans un univers de décision controversé (Godard, 1993). Plus particulièrement, nous nous intéressons aux mécanismes assurantiels privés. Nous examinerons ensuite la situation encore instable de l'assurance des producteurs d'OGM agricoles. »
par Thierry Hommel
Laboratoire d'économétrie de l'École polytechnique
1 rue Descartes, 75005 Paris
hommel@poly.polytechnique.fr thommel@paris.inra.fr

La gestion des déchets radioactifs : concertation et politique publique (L)
« Le nucléaire est en débat dans notre société : que les citoyens veuillent choisir les techniques et outils dont va dépendre leur vie commune est un exercice normal en démocratie. Les déchets radioactifs sont dans une position particulière au sein du nucléaire : ils font peur et apparaissent comme un problème non résolu pour 76% de Français. [...]
Pour aborder cette problématique, on doit d'abord tirer parti des expériences passées : elles soulignent que l'imbrication des questions techniques et sociales est forte, et que l'interaction entre les différentes parties prenantes est inévitable. Il faudra ensuite analyser le contexte actuel, la nature des craintes qui sont associées à la gestion des déchets et les nombreuses confusions qui peuvent exister : cette situation appelle un dialogue de meilleure qualité. On essayera enfin de repérer les traits essentiels d'un processus de construction d'une politique publique de gestion des déchets radioactifs, pour l'implication des différentes parties prenantes. »
par Yves Le Bars
ANDRA, parc de la Croix-Blanche, 1-7 rue Jean-Monnet, 92298 Châtenay-Malabry cedex
yves.lebars@andra.fr

Pédagogie et méthodologie de l'accueil de nouvelles populations en milieu rural, l'exemple du Massif central (L)
Depuis l'article sur le repeuplement des communes rurales, paru ici, qui détaillait les raisons de la nécessité à agir et les prémisses d'un mouvement qui se dessinait, bien des choses ont bougé, et seulement en un an. Des sociologues ont peu à peu légitimé la réalité du changement des campagnes sous un nouveau regard, celui d'une modernité réinventée par les urbains certes, mais aussi, pour les ruraux, par les groupes locaux de développement local.
Au terme de 4 chapitres - La " bougnatisation " ou le mauvais réflexe de l'espace rural, Mais les fausses questions restent nombreuses et alimentent les réunions, Pédagogie d'une révolution culturelle, Une méthodologie de l'action -, l'auteur conclut qu'une révolution culturelle est en marche, que la recomposition du territoire se fera par elle-même, mais avec des inégalités et des soubresauts, "alors, autant l'accompagner"; mais qu'il manque encore une véritable politique nationale, nécessaire pour aider à résoudre des blocages institutionnels comme le droit absolu de propriété, les successions et les indivisions chaotiques, les taxations négatives en tout genre... Il espère « que les institutions républicaines sauront accompagner ce mouvement sociétal, imprévisible pour beaucoup il y a quelques années, qui allie une volonté naissante de certains territoires d'accueillir des gens venus d'ailleurs pour continuer à vivre et cette très forte volonté de changer de vie chez nombre de concitoyens ».
par Bernard Farinelli
La Thébaïde, Chemin des Fagots, 63290 Limons
magali.lanord@wanadoo.fr

OGM et agriculture : options pour l'action publique. Rapport du groupe de concertation présidé par Bernard Chevassus-au-Louis.
En ligne à www.plan.gouv.fr/publications/chevassus59.html

Le Hibou moyen-duc (Asio otus) et son régime alimentaire dans le massif dunaire de la Slack (Pas-de-Calais, France) (L)
L'oiseau fréquente les milieux semi-ouverts, les lisières forestières, où il chasse, exerçant une prédation importante sur les Micromammifères en général et sur les Rongeurs sylvicoles en particulier. Il fond sur sa proie, l'emporte au nid. Autour de celui-ci, les reliefs de ses repas se présentent sous forme de pelottes de régurgitation qui rassemblent les parties dures et incommestibles : os, carapaces chitineuses... Grâce à elles, ont peut connaître le régime alimentaire de cet oiseau, sans le déranger. C'est avec cette méthode que l'équipe a entrepris l'étude des proies consommées par le Hibou moyen-duc dans un espace boisé, proche des plages de la Manche. Elle en expose ici le résultat, avec une discussion fouillée.
par Luck Martin-Bouyera, Laetitia Menendeza,b, Magalie Dhaussya, David Malvoisina, Benoit Bourela, Dominique Deroutc et Jean-Charles Caillieza*
a Laboratoire Environnement & Santé, faculté libre des Sciences et faculté libre de Médecine, université catholique de Lille, 56 rue du Port 59046 Lille cedex
b Atelier In.Ser.E, université des Sciences et Technologies de Lille, Cité scientifique, Villeneuve-d'Ascq
c EDEN 62, 3, square Bernard Shaw, 62930 Wimereux
* Correspondance : Jean-Charles Cailliez
jc.cailliez@fls.fupl.asso.fr

L'état de l'eau de l'État (L)
l'État est condamné à verser de l'argent à un groupe financier, dont la richesse dépend du prélèvement opéré sur l'usager de services publics et le contribuable voit affecter l'impôt à des fins non sociales, par suite du laxisme et de l'inaction des pouvoirs publics. Telles sont les ressorts très réels de ce conte alerte et triste, où Suez-Lyonnaise des eaux, a reçu plus de 100 000 euros de l'État pour préjudice moral et atteinte à l'image de la société, d'une part, en remboursement d'indemnisations mises à sa charge par un tribunal d'instance, d'autre part. La compagnie ayant distribué de l'eau trop riche en nitrates, par la faute de l'Etat, qui n'avait pas fait respecter par les agriculteurs les limitations des épandages d'azote...
par Jean-Pierre Nicol
18 rue Pierre-Bezançon, 94440 Marolles-en-Brie
jean-pierre.nicol@wanadoo.fr

Les fonds marins de l'île de La Réunion : d'une prise de conscience des dégradations au projet d'une gestion raisonnée (L)
La Réunion possède peu de zones littorales propices aux activités balnéaires. Pourtant, le tourisme, traditionnellement tourné vers la montagne, s'oriente progressivement vers les platures coralliennes, particulièrement riches en coraux, poissons récifaux, crustacés, mollusques, gorgonaires, spongiaires, etc. Ce milieu est menacé par les changements de la température de l'eau, par les pluies torrentielles qui apportent des éléments terrestres, mais aussi par toutes sortes d'activités humaines, de l'activité agricole et de ses intrants qui se trouvent emportés à l'impact des bateaux de plaisance en passant par les pollutions urbaines...
par Pascal Saffache
Université des Antilles et de la Guyane, département de Géographie, BP 7207, 97233 Schloecher cedex
Pascal.Saffache@martinique.univ-ag.fr

Les associations et les organisations non gouvernementales : des attentes multiples et construites (L)
« Au-delà de la définition du développement durable que tout le monde connaît maintenant (articulation du social, de l'environnemental et de l'économique, globalité de la biosphère, réversibilité des choix, modes de gouvernance, prévention et précaution, long terme et générations futures, et quelques autres traits) et en préférant aborder les attentes de la société sous un angle volontariste, quels peuvent être les objectifs et les rôles, face au monde de l'entreprise, de ces acteurs sociaux mal connus, parfois décriés et cependant montants que sont les associations et les ONG ? »
Une longue introduction et la transcription de l'intervention que P.L., responsable de la ME&S, président d'honneur de France Nature Environnement et membre de la Commission nationale du débat public, a faite au premier " Forum pour le développement durable et une entreprise responsable " (FEDERE 2002), organisé par Les Échos à Paris les 5 et 6 mars 2002, lors de la session consacrée aux " attentes de la société civile en Europe ".
par Patrick Legrand
INRA-ME&S, 147 rue de l'Université, 75338 Paris cedex 07
legrand@paris.inra.fr

À la table des saints : petite et divertissante hagiographie gastronomique et juridique (L)
Les saints balisent nos routes et nos chemins. Les saints rythment nos activités quotidiennes. Les saints composent le menu... Il y a des saints secouristes, des saints miraculaires, des saints faiseurs de recettes, pour l'entrée, le plat, le fromage, le dessert...
Une  longue liste, qu'on ne saurait parcourir sans aller (re)cliquer sur notre page des Fêtes et saints patrons, les saints non pas de la table mais de l'agro-environnement !
par Jean-Paul Branlard
36 rue Rivay (bât. B), 92300 Levallois
JPBranlard@aol.com

Lexique des qualificatifs de l'agriculture (L)
le mot " agriculture " est de plus en plus rarement utilisé seul  ; il est plutôt qualifié par des adjectifs et des compléments du nom. Ces expressions ont une connotation positive : agriculture raisonnée, agriculture de précision, agriculture biologique, agriculture paysanne sont des exemples pris parmi les expressions les plus courantes. Elles peuvent être aussi connotées négativement, parce qu'utilisées pour mettre des pratiques agricoles à l'index : agriculture productiviste, agriculture intensive, agriculture conventionnelle.
Tous les vocables repérés dans une littérature vaste et diverse sont ici définis et commentés, d'Alternative à Vivrière.
par Frank Pervanchon et André Blouet
en collaboration avec Geneviève Nguyen, Jean-Pierre Sarthou et Samuel Féret
ENSAIA, UMR Agronomie et Environnement, 2 av. de la Forêt de Haye, BP 172, 54505 Vandoeuvre-lès-Nancy cedex ; Frank.Pervanchon@ensaia.inpl-nancy.fr ; blouet@mirecourt.inra.fr

BRÈVES en ligne

Biodélinquance (oiseaux volés) ; Ingrats ! (oiseaux pas fauchés) ; Menu santé (sans tigre ni ours) ; Vachement poli (c'est fou !) ; Tigres sans moteur (faune sans ardeur) ; Les apiculteurs font de la résistance (chez le Varroa) ; Eau-GM (rinçures de pieds de maïs) ; La biodiversité entre deux baguettes (cobra frit, etc.) ; Nouvelles farines animales (au Ténébrion meunier) ; Chasse-mouches (les éléphants sont effarouchants) ; Les guenons sont l'avenir des singes (stages de réinsertion) ; Une chrysope surprise (avec des yeux dorés...) ; Nouveau régime (Michka se met au chasseur) ; Chenilles et carottes (années de bombance, années de disette...) ; Média d'élevage (avec effet boeuf) ; Pas de pot pour les hérissons (chez McDonald's avec les Mc Flurry) ; Trafic d'arsenic (avec les bogongs comme fourmis) ;  Au rapport, l'azote ! (pourquoi tant de N ?) ; Violence urbaine (les loups sont entrés dans la ville) ; Cuisine japonaise (porc maigre, porc vert) ; Le mouton rend chèvre (on ne peut plus compter dessus) ; Métalliculture lourde (des remèdes aux plantes contre le plomb) ; Loi anti-pucerons (l'inclonabilité est inaphidienne) ; Éclatement provoqué par la globalisation (chaîne alimentaire transtlantique) ; Raisonnables ? (les Français et l'agriculture raisonnée) ; Les méfaits des portables (suite) (vers grossissant) ; Royale indifférence (vis-à-vis du maïs Bt, de la part du Monarque) ; Céréles roller (pneus au maïs) ; Vases comm'nicants (chez Vivendi...) ; Du grisou dans les neurones (les Mines et leur ministère) ; Tout fluo, tout beau (riches perruches ondulées) ; Quinze ans ! (C'est l'âge du Courrier).

[R]