Le Courrier de l’environnement de l’INRA n°44, octobre 2001

Tous les articles de cette livraison sont en ligne

Sommaire :

En In memoriam : le Myriapode Lithobius drescoi ; l’Urbi et orbi est en mongol. Summary

PROBLÉMATIQUES ET DÉBATS

Le développement durable : une nouvelle approche ? (par Isabelle Stengers ) ; Des entités spatiales significatives pour l'activité agricole et pour les enjeux environnementaux et paysagers - contribution à une agronomie du territoire (par Jean-Pierre Deffontaines et Pascal Thinon) ; Le recyclage des déchets ménagers : une figure de citoyenneté (par Patrick Jolivet) ; Décision, expertise, arbitraire et transparence - éléments d'un développement durable (par Pierre-Frédéric Ténière-Buchot) ; Qu'est-ce qu'un gène ? Une petite histoire du concept (par Hervé Le Guyader).

Repères dans le paysage agricole français

La demande concernant le bien-être animal (par Florence Burgat ) ; Légumineuses : quels enjeux écologiques ? (par Philippe Pointereau) ; Implications de la prochaine crise de l'énergie pour l'occupation et l'exploitation des sols en France métropolitaine (par Jacques Hamon, avec un commentaire de Dominique Dron) ; Dans la forêt profonde… (par Jean-Pierre Volatron ).

Autres repères, autres territoires

Polémiques autour du riz transgénique doré (par Robert Brac de la Perrière et Inf'OGM )

ON EN PARLE ENCORE
Les Cinq-à-sept de la ME&S : Les OGM, une technologie totalitaire ? (par Pierre Marsal ) (L)
COLLOQUES
BIBLIOGRAPHIE
Étude : Plantes : usages et statuts juridiques (par Marie Veuillot)
AVEULOUQUE (où il est question entre autres de pigeons, de Français, de hauts débits, du premier courriel de l'histoire de l'humanité et de ce qui se passe au bout de fraval@paris.inra.fr)
BRÈVES

Les articles seront mis en ligne ultérieurement, quand paraîtra le numéro suivant. D'ici-là...

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Ci-dessous, quelques lignes à propos de chacun des principaux articles.

PROBLÉMATIQUES ET DÉBATS

Le développement durable : une nouvelle approche ?
« Lorsqu'il est question de la " nouvelle approche " qu'imposerait le développement durable, beaucoup adoptent une attitude sceptique, et comment ne pas les comprendre ! Peu de notions sont nées dans une telle confusion. Peu de notions semblent à ce point vulnérables à autant d'interprétations divergentes. Par rapport à la notion à laquelle le développement durable semble appelé à se substituer, celle de protection de l'environnement, on peut même, de fait, soupçonner une véritable régression. [...]
Le scepticisme semble répondre à une exigence de lucidité. Cependant la question est de savoir s'il est possible d'accepter le risque de donner du crédit à cette exigence de " prendre en compte " au centre des discours sur le développement durable. C'est ce que je vais tenter. »
Une étude qui, notamment, réexamine l'organisation de la recherche en matière de développement durable et la séparation fondamental-appliqué, un travail qui vise à établir les conditions d'un appui scientifique fiable à la décision politique.
Par Isabelle Stengers
aux bons soins de La Découverte, 9bis, rue Abel-Hovelacque, 75013 Paris.
istenger@ulb.ac.be

Des entités spatiales significatives pour l'activité agricole et pour les enjeux environnementaux et paysagers - contribution à une agronomie du territoire (L)
Comment distinguer dans l'espace rural des entités spatiales significatives par rapport à l'activité agricole et de dimensions compatibles avec celles des espaces à enjeux environnementaux et paysagers ?
« La multi-fonctionnalité de l'activité agricole oblige à une mise en correspondance des espaces fonctionnels de l'agriculture avec les espaces à enjeux environnementaux et paysagers notamment. Pour faciliter cette mise en correspondance, nous proposons une méthode de construction d'entités spatiales significatives de l'activité agricole, à des échelles pouvant aller du local au régional. »
Les unités agronomiques (UA) sont des portions de territoires de relative égale organisation spatiale des usages agricoles.
Les unités agro-physionomiques (UAP) sont des portions de territoire de relative égale apparence.
Avec un exemple d'application au Pays basque.
Par Jean-Pierre Deffontaines et Pascal Thinon
JP.Deffontaines@wanadoo.fr thinon@versailles.inra.fr

Le recyclage des déchets ménagers : une figure de citoyenneté (L)
« En dehors des pouvoirs publics et des industriels, le traitement et l'élimination des ordures ménagères  [22 millions de tonnes par an en France] impliquent les ménages de deux manières différentes : la réduction des déchets à la source peut conduire, d'une part, à mettre l'accent sur des choix de consommation plus respectueux de l'environnement (produits " verts ", labellisés, etc.) et, d'autre part, à inciter les individus à utiliser au mieux les infrastructures de collecte sélective (containers en apport volontaire, déchetteries, etc.). La première proposition relève d'une problématique de consommation soutenable, où l'accent est mis sur la responsabilité et la citoyenneté du consommateur dans ses choix de consommation. La seconde proposition relève de l'implication librement consentie des agents trieurs vis-à-vis d'une politique venue " d'en haut ". »
Partant d'un raisonnement micro-économique qui fait du consommateur un être souverain dont les choix expriment les préférences, l'auteur souligne qu'une éventuelle " consommation citoyenne " repose sur des hypothèses fortes et peu réalistes définissant une rationalité environnementale continue des consommateurs (information parfaite, préférence environnementale s'exprimant dès l'achat de biens) et conclut que les comportements de tri des déchets traduisent plutôt une rationalité environnementale discontinue, les agents économiques n'intégrant pas leurs préoccupations vis-à-vis de l'environnement dans leurs choix de consommation.
Par Patrick Jolivet
Centre d'économie et d'éthique pour l'environnement et le développement, université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines
47, bd Vauban, 78047 Guyancourt cedex
patrick.jolivet@c3ed.uvsq.fr

Décision, expertise, arbitraire et transparence - éléments d'un développement durable (L)
En mai 2001 s'est tenu à l'Abbaye de Royaumont un séminaire sur les " valeurs et représentations de l'environnement ". En prolongement, un atelier intitulé " Communication et représentations de l'eau " sera organisé (par le club ECRIN) pour confronter points de vue et pouvoirs, laisser parler les participants, les orienter vers des visions communes et les réunir en réseaux et d'améliorer la communication qui concerne l'eau.
L'article, présenté à Royaumont, constitue une introduction à ce projet. Il comporte quatre parties : un rappel sur le développement durable, quelques propos sur la décision, un regard acide sur la véritable nature des experts, et quelques vœux pour tenter de passer de l'arbitraire à la gouvernance.
« La conclusion est complétée par une annexe qui tente d'analyser la structure de la dernière partie du séminaire de Royaumont, telle qu'elle apparaît à travers sa présentation. Le but est ici de percevoir, au-delà des termes employés, quels sont les mots, notions et concepts qui commandent les autres, à quoi sert de s'intéresser à de telles questions et ce qu'il est bon d'en dire. »
Par Pierre-Frédéric Ténière-Buchot
pf.teniere-buchot@unep.nl

Qu'est-ce qu'un gène ? Une petite histoire du concept (L)
Pour tout un chacun, l'avènement de la biologie moléculaire a permis l'élaboration d'une définition claire du gène ; cela va du simple " fragment d'ADN " à une description plus fine, comme " une séquence transcrite, flanquée de séquence(s) régulatrice(s) ". Qu'il y ait une relation évidente entre gène et ADN, nul n'ira le discuter ; mais cette relation est maintenant si complexe que, à l'inverse des idées communément admises, le concept de gène semble avoir perdu de sa limpidité. En fait, il a tellement évolué que, pour comprendre les difficultés actuelles d'appréciation et leurs conséquences, il est indispensable de suivre le double cheminement théorique et expérimental qui a rythmé l'évolution de la conception du gène depuis la création de cette discipline biologique majeure qu'est la génétique. (introduction de l'Auteur)
Les chapitres s'intitulent : Le facteur mendélien, La génétique et le darwinisme se rencontrent enfin, La théorie chromosomique de l'hérédité, Le gène : quelle fonction ?, L'ADN support de l'information génétique, La régulation génique, Un premier retour sur le concept de gène, Et l'évolution ?, Un nouveau retour sur le concept de gène, L'ambiguïté du concept de programme, Et les OGM ?
Par Hervé Le Guyader
Université Pierre-et-Marie-Curie (Paris 6), UMR 7622, Biologie du développement, équipe Développement et évolution
Bâtiment B, 7e étage, 9, quai Saint-Bernard, Case 241, 75252 Paris cedex 05 France
Herve.Le-Guyader@snv.jussieu.fr

Repères dans le paysage agricole français

La demande concernant le bien-être animal (L)
Les quelques sondages d'opinion relatifs à la perception par le public du bien-être animal et des conditions d'élevage font état d'une forte réprobation des pratiques inhérentes à l'élevage industriel, dont la claustration, la contention et les mutilations. Connue surtout au travers des manifestes des associations de protection, cette sensibilité repose sur des bases philosphiques remontant à l'Antiquité, que l'Auteur examine, avant d'étudier la notion de demande sociale. Laquelle, conclut-elle, « relève d'un sens commun éthique par lequel on juge certaines pratiques comme étant contraires à l'éthique tout en étant peut-être conformes à la morale communément reçue, donc aux mœurs ».
par Florence Burgat
INRA-STEPE
Unité sur l'environnement, 63, bd. de Brandebourg, 94205 Ivry-sur-Seine
burgat@ivry.inra.fr

Légumineuses : quels enjeux écologiques ? (L)
L'intérêt des légumineuses (Fabacées) alimentaire et fourragères est connu des paysans depuis toujours ; c'était, jusqu'à l'ère industrielle, la source principale d'azote. Depuis, cet élément est déversé en abondance sur les cultures et il s'agit de lutter contre les excédents. La consommation exagérée d'azote chimique traduit le phénomène d'externalisation des moyens de production de l'agriculture, un phénomène en route depuis les années 1960, et qui se traduit par une perte d'autonomie et de valeur ajoutée de l'agriculture.
par Philippe Pointereau
SOLAGRO
40, rue Beau Site, 31500 Toulouse
solagro@compuserve.com

Implications de la prochaine crise de l'énergie pour l'occupation et l'exploitation des sols en France métropolitaine (L)
« L'autonomie énergétique de la France métropolitaine n'est que de 5%. Pour faire de la prospective, le plus facile paraît être de procéder par une série de projections mono-énergétiques. » Où l'Auteur examine successivement les énergies éolienne et solaire, les biocarburants, le bois, les autres biomasses. Avant de conclure que la France, pourtant dans une situation agronomique favorable, aura énormément de mal à produire 20% de l'énergie qu'elle consomme aujourd'hui : notre mode de vie aura beaucoup changé... à moins de découvertes extraordinaires d'ici là.
D. Dron souligne  l'absence, dans l'argumentation de J. Hamon, de la prise en compte de l'amélioration considérable des efficacités énergétiques des objets et des organisations, et celle de l'évocation de possibles situations intermédiaires entre l'abondance et la contrainte aux airs de rationnement de guerre que provoquerait la " civilisation hypoénergétique " - de quoi dramatiser le sujet.
par Jacques Hamon
4, rue du Coteau, 74240 Gaillard
Avec le commentaire de Dominique Dron
INRA - Direction générale, 147, rue de l'Université, 75338 Paris cedex 07
Dominique.Dron@paris.inra.fr

Dans la forêt profonde... (L)
dans le Lot-et-Garonne, une histoire de pic, de poteau téléphonique, de trous, de longueur d'onde...
par Jean-Pierre Volatron
Le Petit Orme aux Loups, 371, route de Cléry, 45370 Dry
armelle.querbouet@wanadoo.fr

Autres repère, autres paysages

La saga du riz transgénique doré
Pour résoudre les problèmes de carence en vitamine A, l'apport " obligatoire " à travers la consommation de riz génétiquement modifié est proposé. «L'idée aurait pu paraître séduisante il y a une dizaine d'années. Aujourd'hui, les connaissances acquises dans la lutte contre la carence ne permettent malheureusement pas de la prendre au sérieux. ». Les auteurs examinent les faits en ces chapitres : - Des incertitudes scientifiques et des risques réels ; - Trois milliards de cobayes : les pays pauvres, terrains d'expérimentation ; - Dessous politico-financiers d'une mascarade caritative.
Par Robert Brac de la Perrière et Inf'OGM
dombrac@mnet.fr
texte accessible sur Interent via à www.infogm.org/theme/rizdor

ON EN PARLE ENCORE

De l'énergie éolienne (Jacques Hamon, Paul Neau), du désordre climatique mondial (Christophe Dalle), de l'appropriation du vivant (Jean Aikhenbaum et Piotr Daszkiewicz), des cochons brésiliens (Christian Caubet).

Étude

Plantes : usages et statuts juridiques (L)
L'étude du statut juridique des plantes implique le fait de parler de leurs usages. En effet, c'est en découvrant de nouveaux usages aux végétaux que l'homme s'est vu contraint de réglementer leurs usages. Ainsi, la préoccupation actuelle sur les espèces menacées d'extinction se déduit des usages de ces plantes. En effet, si les nombreuses plantes exotiques qui sont menacées par la déforestation n'avaient aucun intérêt pour l'homme, celui-ci n'aurait peut-être pas instauré des lois pour les protéger. L'idée de propriété, d'appartenance du vivant aussi, est venue des usages que l'homme pouvait faire des végétaux : à qui appartient ce que l'homme cultive et " améliore " depuis des siècles ? De même, la découverte des drogues et de leurs effets sur le psychisme a entraîné leur réglementation (par exemple, au niveau pharmaceutique), voire leur prohibition. Cet article propose une vue d'ensemble sur la législation en vigueur aujourd'hui concernant les plantes protégées, les nouvelles variétés, les OGM, les plantes à usages médicinal, cosmétique ou psychotrope. L'aspect alimentaire n'est pas traité ici .(chapô de l'Auteur)
Par Marie Veuillot
stagiaire à la ME&S durant l'été 2001
mariev@club-internet.fr

BREVES

Connaître du bout des doigts (le melon mûr) ; Petit gaz (bovin, à effet de serre, australien) ; PQ (éléphantesque et stercoraire) ; La balle des petits rats (Micromys minutus, gagnant de Wimbledon) ; Le pot (de yaourt aux légumes) ; Clôture de la chasse (aux OVNI) ; Cynoloque (la voix de son chien - en japonais) ; L'horreur alimentaire (vue par Mozart et Beethoven) ; Déshomologation (des Triazines, en France) ; Mycose (Geotrichum s'attaque au patrimoine) ; Expertise (Columba palumbus, Van Gogh et Chagall) ; Gaz à effet dessert (dioxyde de carbone-fraise) ; Coup de foudre (la phéromone sédative du mâle d'Agelenopsis aperta) ; Pour une cohabitation sans larmes (greffier bidouillé) ; Silence radio (tortue à la braise) ; Surveillance génétique (Gossypium, Heliothis, Bacillus thuringiensis, hautes doses et refuges) ; Cherche zooscope (ou espion fermier) ; Précaution (la fièvre aphteuse effraye) ; Une épreuve de trop (pour les bûcheurs, au bac) ; À contre courant (entomologie, aérodynamique et prospective) ; La boue à zéro (suppression progressive des épandages en Suisse) ; Cochoncetés (Pig story, suite zootechnique de Loft story) ; Sur la paille (l'INRA les y a mis, les cochons) ; Puits de science (les racines du mal) ; Désurmulotisation (Rattus norvegicus éliminé de l'île Campbell) ; Le coup du parapluie (ne marche pas vis-à-vis de Polioptila californica californica) ; Les termites : ça reste à creuser (les termitologues sont dans le noir) ; Le Monarque (fin ?) (pollen de maïs transgénique et Danaus plexippus) ; 1986 (15 ans d'ESB, 15 ans de Courrier).

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