Le Courrier de l’environnement de l’INRA n°41, octobre 2000

Les articles, la Bibliographie et les Brèves sont en ligne

Sommaire :

En In memoriam : la Sangsue médicinale, Hirudo officinalis. L'Urbi et orbi est lapidaire.

PROBLÉMATIQUES ET DÉBATS

L'exploitation agricole en perspective (par Catherine Laurent et Jacques Rémy) ; L'utilisation des boues d'épuration en agriculture : les ressorts d'une controverse (par Olivier Borraz ) ; Bases écologiques de la protection des cultures, gestion des populations et aménagement de leurs habitats (par Pierre Ferron ) ; Recherches et actions publiques à l'interface agriculture/biodiversité : comment déplacer le front du débat ? (par Laurent Mermet et Xavier Poux).

Synthèse : Expertise collective sur les tempêtes, la sensibilité des forêts et sur leur reconstitution (par Sébastien Drouineau, Olivier Laroussinie, Yves Birot, Daniel Terrasson, Thomas Formery et Bernard Roman-Amat)

Repères dans le PAF

Hygiénisme, santé publique et aménagement du territoire (par Simon Charbonneau) ; Les contrats territoriaux d'exploitation : contraintes juridiques et difficultés de mise en place (par Alix Domas) ; Monsanto et le génome du riz : un cadeau empoisonné (par Alain Weil) ; En arrière-plan du protocole de Kyoto, des enjeux qui dépassent la lutte contre le changement climatique... (par Michel Robert).

Autres repères, autres paysages

Les habitants du Sahel face à la déforestation : activités quotidiennes et lutte des femmes (par Fleur Enriquez-Sarano) ; Le modèle ESR (efficacité-substitution-reconceptualisation), un modèle d'analyse pour l'évaluation de l'agriculture durable applicable à l'évaluation de la stratégie phytosanitaire au Québec (par Bernard Estevez, Gérald Domon et Éric Lucas). 

COLLOQUES
Comptes rendus
Parcs zoologiques (par Norin Chai )
Annonces

BIBLIOGRAPHIE
On a lu, on a vu
On signale
Textes
Face à la crise sanitaire, la tentation eugéniste (par Christophe Beurois et Yves Le Quellec)
Expertise et appropriation du risque : le cas de la Commission du génie biomoléculaire (par Alexis Roy)

ON EN PARLE ENCORE

Deux-pages spécial : Les boues d'épandage agricoles (par Alexandre Dudkowski)

AVEULOUQUE

LES BRÈVES DU COURRIER

[R]



Ci-dessous, quelques lignes à propos de chacun des principaux articles

PROBLÉMATIQUES ET DÉBATS

[R] L'exploitation agricole en perspective (L)
En France, la notion d'exploitation agricole est le fruit d'une longue construction sociale : les étapes successives de la démarche classificatrice et statistique sont inséparables des débats sociaux du 19ème et 20ème siècle. Mais certains estiment maintenant que la notion d'exploitation agricole recouvre une vision passéiste de l'entreprise agricole. Sociologues et économistes ne peuvent plus faire l'économie d'une réflexion de fond sur la pertinence et le bien-fondé d'une révision de cette notion.
L'observation de la diversité des formes d'exercice de l'activité agricole des ménages français montre en effet que la notion statistique d'exploitation agricole renvoie à des réalités économiques et sociales trop diverses pour qu'elle permette à elle seule de délimiter un secteur productif qui ait une existence institutionnelle et d'identifier les groupes sociaux qui seront, demain, l'objet de soutien des politiques de développement agricoles et rurales.
En revanche, comme unité statistique élémentaire, la notion d'exploitation agricole offre la possibilité de disposer d'une unité de base commune pour dénombrer, repérer et construire des observations portant sur les différentes fonctions de l'activité agricole (production mais aussi rôle dans la gestion des ressources naturelles, utilisation du territoire, contribution à la cohésion économique et sociale, etc.) et éviter une fragmentation irréversible des résultats sur ces points. Dans cette perpective, la notion statistique d'exploitation agricole présente un intérêt renouvelé pour la conduite des nouvelles politiques de développement - agricole aussi bien que rural - et demeure un instrument indispensable pour les recherches en sciences sociales. (résumé des auteurs)
par Catherine Laurent et Jacques Rémy
INRA-SAD, 16, rue Claude-Bernard, 75231 Paris cedex 5
laurent@inapg.inra.fr
INRA-ESR/STEPE, 63, bd de Brandebourg, 94205 Ivry cedex
remy@ivry.inra.fr

[R] L'utilisation des boues d'épuration en agriculture : les ressorts d'une controverse (L)
Pourquoi est-ce que l'on consacre autant de temps, d'énergie et de ressources à débattre et à négocier autour d'une pratique qui ne représente qu'1% environ de l'ensemble des effluents et déchets épandus en agriculture, est une source variable mais toujours faible parmi d'autres vecteurs (effluents d'élevage, retombées atmosphériques, produits phytosanitaires, engrais) d'éléments traces métalliques, composés traces organiques et agents pathogènes dans les sols et les plantes et n'est à l'origine d'aucun accident sanitaire recensé, dès lors que des conditions minimales de bonnes pratiques (sans même parler de respect de la réglementation) ont été suivies ? Ou, autrement dit, pourquoi l'État se préoccupe-t-il autant d'une question qui concerne au premier chef les producteurs de boues urbaines que sont les collectivités locales et les traiteurs d'eau et pourquoi est-il fait aussi peu de cas des résultats de recherche que l'on a accumulés depuis plus de trente ans autour des boues et de leur utilisation en agriculture ?
par Olivier Borraz
Centre de sociologie des organisations, 19, rue Amélie, 75007 Paris
o.borraz@cso.cnrs.fr

[R] Bases écologiques de la protection des cultures, gestion des populations et aménagement de leurs habitats (L)
Depuis quelques années, la société, en particulier dans les pays développés, manifeste son souci de la garantie de la qualité tant des produits qu'elle consomme que de l'environnement dans lequel elle évolue. Or, la méthode de lutte classiquement préconisée contre les organismes nuisibles aux cultures repose sur des traitements chimiques curatifs, dont les effets indirects sont souvent nocifs pour l'homme et la biosphère, en dépit de rigoureuses préconisations d'emploi. C'est pourquoi il est aujourd'hui proposé d'adopter une stratégie globale de protection intégrée des cultures, donnant la priorité à une méthode préventive et aux solutions biologiques d'intervention. Un exposé en 4 points : - Vers des pratiques phytosanitaires compatibles avec un développement durable ? ; - Gérer les populations et préserver la diversité biologique ; - Aménager les habitats ; - Adapter nos recherches et nos actions de développement à ces nouveaux objectifs.
par Pierre Ferron
p.ferron@wanadoo.fr

[R] Recherches et actions publiques à l'interface agriculture/biodiversité : comment déplacer le front du débat ? (L)
Les experts mettent l'agriculture en tête des plus importantes menaces à l'égard de la biodiversité, devant la pollution, la destruction des habitats, le développement des infrastructures de transport et l'urbanisation. Mais la prise en compte de ce problème par l'action publique est-elle à la hauteur de l'enjeu ? "Pour mieux prendre en charge l'interface agriculture-biodiversité, il faut que l'action publique puisse redéfinir et justifier les finalités de son intervention, il faut qu'elle conçoive et mette en œuvre de nouveaux moyens d'intervention, elle doit enfin pouvoir évaluer de manière plus nette ses actions actuelles ou à venir". Les auteurs, chercheurs en gestion, soulèvent les questions suivantes. Quel diagnostic peut-on poser sur l'état de l'art scientifique en regard des enjeux de l'action publique ? Quels potentiels et quelles orientations de recherche pourraient améliorer à terme la contribution de la recherche à la gestion de l'interface agriculture-biodiversité ? Quelles difficultés limitent aujourd'hui cette contribution et comment les surmonter ? Un travail où ils ont croisé leur l'étude des contenus du " débat " complexe et multiforme qui se déroule au sein du " forum hybride " auquel participent activement chercheurs et acteurs de l'action publique à l'interface agriculture-biodiversité et leur analyse de l'état de l'art des recherches en France sur ce thème.
par Laurent Mermet et Xavier Poux
ENGREF, 19, av. du Maine, 75015 Paris
mermet@engref.fr

[R] Synthèse : Expertise collective sur les tempêtes, la sensibilité des forêts et sur leur reconstitution (L)
Le compte rendu d'un rapport d'expertise, établi fin juin 2000, dont on trouvera le texte in extenso dans le Dossier de l'environnement de l'INRA n°20. Rapport qui résulte des travaux d'un groupe d'expertise scientifique constitué à l'initiative de l'INRA et du CEMAGREF, en concertation avec la Direction de l'espace rural et de la forêt et avec l'appui du Groupement d'intérêt public de recherche sur les écosystèmes forestiers (GIP ECOFOR).
1. L'aléa climatique tempête et les facteurs de sensibilité ou de résistance des forêts (Vent, climat et forêt française, Stabilité des arbres et des peuplements) 2. Pourquoi et comment reconstituer un patrimoine forestier endommagé ? (Objectifs, politiques forestières et aménagement du territoire, Diagnostic et stratégies de reconstitution, Optimiser les techniques sylvicoles, Se préparer à la prochaine tempête).
par Sébastien Drouineau, Olivier Laroussinie, Yves Birot, Daniel Terrasson, Thomas Formery et Bernard Roman-Amat
GIP ECOFOR, 19, av. du Maine, 75732 Paris cedex 15
drouineau@engref.fr
ENGREF, 19, av. du Maine, 75732 Paris cedex 15
CEMAGREF, BP 44, 92163 Antony cedex
IDF, 23, av. Bosquet, 75007 Paris
ONF, bd de Constance, 77309 Fontainebleau cedex

Repères dans le PAF

[R] Hygiénisme, santé publique et aménagement du territoire (L)
L'hygiénisme, né au XIXe siècle des progrès de la médecine, s'est traduit par une politique de lutte systématique contre les épidémies provoquées par diverses formes de pollution bactériologique, qui n'étaient plus considérées comme relevant de la fatalité. Il a contribué incontestablement à sauver de nombreuses vies humaines."Aujourd'hui, alors que la situation historique qui a présidé à la naissance de l'hygiénisme a radicalement changé et que les risques bactériologiques ont considérablement diminué dans l'alimentation comme dans l'habitat, les politiques sanitaires continuent sur la lancée du siècle précédent en traquant jusqu'à la dernière bactérie vecteur d'une maladie potentielle. Ces politiques sanitaires ne sont pas sans conséquences paradoxales tant sur la santé publique que sur des activités humaines essentielles à l'aménagement du territoire".
par Simon Charbonneau
IUT de l'université de Bordeaux-I, département Hygiène-Sécurité-Environnement, 33405 Talence cedex
charbonneau@hse.iuta.u-bordeaux.fr

[R] Les contrats territoriaux d'exploitation : contraintes juridiques et difficultés de mise en place (L)
Le CTE, créé par la nouvelle loi d'orientation agricole du 9 juillet 1999 (article L. 311-3, alinéas 1 et 2 du code rural), vise à encourager le développement de productions de qualité et de services proches des attentes de la société en matière d'environnement, mais qui, le marché ne pouvant pas les rétribuer, nécessitent une participation financière de la société. Il est aussi un moyen d'ancrer la politique agricole dans le territoire en incitant à la concertation entre acteurs ainsi qu'à une approche globale de l'exploitation et de son milieu. Il est également un outil environnemental qui succède aux plans de développement durable (PDD), expérience française qui a démontré que concilier agriculture et environnement était possible (cf in Jean-François Rouhaud). Une étude sur 3 départements : en région Auvergne, la Haute-Loire et le Puy-de-Dôme et, en Languedoc-Roussillon, la Lozère.
par Alix Domas
domas.alix@libertysurf.fr

[R] Monsanto et le génome du riz : un cadeau empoisonné
"Monsanto met ses données sur le génome du riz à disposition des chercheurs du consortium international... à condition qu'ils lui accordent la primeur sur leurs propres travaux. Quant aux concurrents privés de Monsanto, ils pourront utiliser ses données, mais risquent de devoir lui verser des redevances sur les futurs bénéfices commerciaux." (chapô de l'article originel paru dans le Courrier de la Planète, n°57 - 2000)
par Alain Weil
CIRAD, 42, rue Schaeffer, 75116 Paris
alain.weil@cirad.fr

[R] En arrière-plan du protocole de Kyoto, des enjeux qui dépassent la lutte contre le changement climatique... (L)
"Les discussions de la VIe Conférence des Parties (CO P 6), à La Haye, au mois de novembre 2000 portent principalement sur la " limitation " des sources d'émissions des gaz à effet de serre et les compensations possibles par des puits de CO2 situés dans les écosystèmes forestiers ou dans l'agriculture. [...] L'effet de mitigation ou de compensation des gaz à effet de serre par la forêt et l'agriculture est réel, tangible et mesurable. Il a l'avantage d'être effectif immédiatement (si l'on ne déforeste pas) ou à partir de 3 à 5 ans pour la reforestation et les changements de pratiques agricoles. Il est donc directement complémentaire de la limitation des émissions qui, en raison des difficultés de sa mise en œuvre, ne portera ses fruits que dans quelques dizaines d'années."
par Michel Robert
INRA, Science du sol, route de Saint-Cyr, 78021 Versailles cedex
Michel.Robert@versailles.inra.fr

Autres repères, autres paysages

[R] Les habitants du Sahel face à la déforestation : activités quotidiennes et lutte des femmes (L)
Au Sahel, vaste région d'Afrique sub-saharienne au climat aride à semi-aride où les sécheresses sont récurrentes, bordure, rivage entre le Sahara et les pays tropicaux humides, la désertification se vit au jour le jour. C'est une dégradation des terres, un appauvrissement de la végétation, de la faune et des ressources en eau. Le manque de pluie et la hausse des températures, facteurs climatiques, sont des causes de la désertification ; les activités humaines en sont d'autres, dues en partie à l'augmentation de la population qui se répercute sur les besoins en produits agricoles et, donc, sur l'utilisation des terres... Au Sahel, les habitants doivent intervenir pour que la déforestation n'aille pas en s'amplifiant et les femmes y sont des actrices privilégiées de la protection de l'environnement...
par Fleur Enriquez-Sarano
djfleur@club-internet

[R] Le modèle ESR (efficacité-substitution-reconceptualisation), un modèle d'analyse pour l'évaluation de l'agriculture durable applicable à l'évaluation de la stratégie phytosanitaire au Québec (L)
"Après plus de dix ans de réflexion, de recherche, de transfert technologique, de changements dans les pratiques culturales, le concept d'agriculture durable continue d'être un concept en pleine évolution. Dans ces pages, nous avons abordé les enjeux sociaux associés au concept dans une perspective nord-américaine (Estevez et Domon, 1999). Dans la mesure où il entend intégrer de multiples facteurs et peut prendre différentes formes, ce concept requiert un système d'évaluation des pratiques agricoles qui s'en réclament. Dans une perspective de transition vers l'agriculture durable, un tel système doit reposer sur une vision qui permette d'intégrer les différentes dimensions du concept et prendre en compte les différents formes et pratiques qu'il recoupe, que ce soit au niveau de la ferme ou en rapport avec les politiques de soutien à l'agriculture durable.
Le cadre d'analyse dit ESR (efficiency-substitution-redesign ou efficacité-substitution- reconceptualisation) ressort à cet égard comme particulièrement approprié. Basé sur les différentes étapes de la transition vers les pratiques d'agriculture durable, ce cadre d'analyse, lorsqu'il est appliqué à la protection des cultures, permet de situer les limites des étapes initiales (efficacité et substitution) et d'aborder le potentiel de la diversification des agroécosystèmes comme un facteur important dans la régulation des populations de ravageurs des cultures et, en conséquence, comme, étape la plus avancée de l'agriculture durable (reconceptualisation). Nous illustrerons l'application de ce cadre d'analyse dans le contexte québécois en mettant l'accent sur la reconceptualisation des agroécosystèmes et sur la contribution potentielle de l'écologie du paysage." (chapô des auteurs)
par Bernard Estevez, Gérald Domon et Éric Lucas
Consultant en agroenvironnement, Montréal (Québec)
b.mmestevez@sympatico.ca
Faculté de l'Aménagement, université de Montréal, CP 6128, Succ. Centre-Ville, Montréal, Québec, Canada, H3C 3J7
Gerald.Domon@Umontreal.ca
IRTA, centre de Cabrils, E-08348 Cabrils (Barcelona, Espagne)
ericlucas63@hotmail.com

BIBLIOGRAPHIE  La rubrique est in extenso en ligne.

[R] On a lu, on a vu :
Armand Fayard : Les Alpes (par Jacques d'Aguilar) ; J. et H. Haupt : Guide des mouches et des moustiques (par J. d'A.) ; M. Greenhalgh et D. Ovenden : Guide des mouches pour la pêche (par J. d'A.) ; Super prédateur (coffret de jeu, par Alix Domas) ; L'Outarde canepetière : un oiseau rare que les agriculteurs peuvent sauver (vidéogramme, par Sophie Le Perchec) ; À l'avant-garde de la protection de l'environnement (vidéogramme, par S.L.P.) ; Droit du sol, droit du sang (vidéogramme, par S.L.P.).

[R] On signale : livres, rapports, thèses, comptes-rendus, périodiques, documents, plaquettes, classeurs... et autres médias, ainsi que Textes.

LES BRÈVES
Décharge mortelle (d'ordures et de fusil) ; Le monstre (un gros champignon) ; Consommateur (de sucre, et non d'électricité) ; Résurrection (d'une Sterne chinoise) ; Bovins branchés (le WAP leur aura au moins servi, à eux...) ; L'hyperactivité est dangereuse (pour les rats guettés par les chats) ; Organisme olfactivement amélioré (ah, l'épuration...) ; Pour ou contre l'abattage total ? (ça n'a rien à voir avec ce dossier) ; Fais aux truies ce que tu voudrais qu'il leur fit (cochon...) ; Chasse en Somme (gros gibier) ; Les borborismes des pélologues (de boue, les mots !) ; Vent favorable (ah, la purification...) ; Sexe et pollution (chez les ours) ; Loup, prend ton élan ! (et ma forêt ira mieux) ; Sous la touche (microspéléologie) ; Message (du ministre) ; De l'art et du cochon (équivalence) ; L'atome et l'espace conservent (la nature, on ne peut mieux !) ; Des magots dans les bois (et accrochés aux branches...).

[R]


146 p., fin octobre 2000