Le Courrier de l’environnement de l’INRA n°31, août 1997

Sommaire :

En In memoriam, les Écrevisses ; l’Urbi et orbi est en persan. Et un supplément sur l'Effet de serre.

L'ensemble des articles est en ligne (L).

PROBLÉMATIQUES ET DÉBATS

Évaluer l’impact des pesticides sur l’environnement (par Hayo van der Werf ) ; Christianisme et nature : une histoire ambiguë (par Sandrine Petit ) ; Un phénomène mal connu : les élevages de loisirs autour des villes (par Bénédicte Roche, François Labouesse, Charles-Henri-Moulin et Marc Dimanche ) ; De l’agriculture péri-urbaine à l’agriculture urbaine (par André Fleury et Pierre Donadieu ).

Repères dans le PAF

Le paradoxe démocratique (par Jean-Marc Lévy-Leblond ) ; La valorisation agronomique des sédiments marins de la Rance (par Jeanne Bourret ) ; La loi d’orientation agricole : l'avis du Conseil économique et social.

Autres repères, autres paysages

Oiseaux volés (par Christin Kocher Schmid)

ON EN PARLE ENCORE

Le métier d’éleveur et la zootechnie moderne (C30)

COLLOQUES

Comptes rendus : Aliments et culture (par Jean-Louis Flandrin).

Annonces : les annonces ont été ou sont encore inscrites dans les pages Colloques.

AVEULOUQUE

APPELS D’OFFRES
(sont en ligne depuis qu'ils nous ont été communiqués.)

BIBLIOGRAPHIE

On a lu, on a vu ; On signale (livres comptes rendus, périodiques, documents, plaquettes et autres).

LES BRÈVES DU COURRIER

Et les dessins de Rousso.


Ci-dessous, quelques lignes à propos de chacun des principaux articles

[R] Évaluer l’impact des pesticides sur l’environnement (L)
On sait que l’emploi des pesticides en agriculture peut avoir des effets indésirables sur l’homme comme sur le milieu. Les pratiques de l’agriculture intégrée ont pour but d’éliminer de telles sources de pollution. Dans ce cadre, les agriculteurs ont besoin d’instruments pour mesurer l’impact des pesticides sur l’environnement. La question posée est en deux parties : quels facteurs prendre en compte et comment quantifier l’impact ? L’auteur répond à la première en passant en revue l’état de la science sur, d’une part, la dispersion des pesticides dans l’environnement et, d’autre part, sur leurs caractéristiques toxicologiques, les deux aspects déterminant leurs effets sur les milieux. Concernant le second volet de la question, six méthodes modernes sont examinées en précisant le choix, la transformation et l’agrégation des paramètres à relever. Pour terminer, une discussion sur l’intérêt de la modélisation. [résumé de l’Auteur]
Par Hayo van der Werf, INRA, station d’Agronomie, BP 507, 68021 Colmar
vdwerf@colmar.inra.fr

[R] Christianisme et nature : une histoire ambiguë (L)
Le christianisme s’est vu (notamment par Lynn White, 1967) accusé d’être à l’origine de la crise environnementale et d’avoir bouleversé les relations de l’homme à la nature. La Bible, pour qui l’homme et la nature sont la création, encourage ici à la « domination », là à l’observation de la nature. A partir du Moyen Âge, les avancées techniques - celles dans le domaine agricole particulièrement - déclenchent une première rupture ; puis viennent Galilée et Descartes et la vérité technique se substitue à la vérité religieuse, l’anthropocentrisme au théocentrisme. Aujourd’hui, le religieux semble sorti d’une période de déclin et accompagne bien des mouvements écologistes sans apporter de réponse claire. Contradictions et ambiguïtés perdurent...
Par Sandrine Petit, CIRDES, BP 454 Bobo-Dioulasso (Burkina Faso).
Sandrine.Petit@orleans.ird.fr

[R] Un phénomène mal connu : les élevages de loisirs autour des villes (L)
Autour de Montpellier (Héraut), à moins d’une heure de voiture, l’élevage de chevaux de selle et d’ânes de compagnie est en plein développement. Comment étudier cette forme d’élevage, déterminer où elle se pratique, les liens qu’elle entretient avec la ville, les publics qu’elle satisfait, les milieux qu’elle occupe, les rapports qu’elle a avec les autres usages des espaces ? Une fois définis, les « élevages de loisir » sont recensés. L’enquête, sur un échantillon, fait ressortir 4 types d’éleveurs à caractère privé : les sportifs, les adeptes des loisirs équestres, les amateurs d’animaux de compagnie, ceux qui ont besoin d’eux en tant que signe « de ruralité ». Ensemble ils occupent 3% de la surface de la zone, soit plus que la vigne. Ils sont dans des situations très différentes : les motivations, les statuts personnels des éleveurs et fonciers des exploitations, les ambitions des uns et des autres sont très divers. L’offre comme la demande sont assez disparates. Sans compter la production d’herbivores pour l’entretien foncier, une activité tout juste émergente. Un tableau propre au lieu de l’étude, un travail qui devra être étendu à d’autres zones.
Par Bénédicte Roche, INRA-SAD-LECSA, 2, place Viala, 34000 Montpellier cedex 1,
François Labouesse, INRA-ESR, ibid.,
Charles-Henri Moulin, ESAM Zootechnie, ibid., moulinch@ensam.inra.fr et
Marc Dimanche, SIME, domaine de Saporte, 34970 Lattes.

[R] De l’agriculture péri-urbaine à l’agriculture urbaine (L)
Comme son nom l’indique, l’agriculture péri-urbaine est celle qui se trouve en périphérie de la ville. Dans le cas où elle n’est pas seulement mitoyenne mais entretient avec la ville des rapports fonctionnels réciproques, elle est agriculture urbaine. Les forêts péri-urbaines - productrices de bois - sont devenues, au cours du XIXe siècle, des parcs urbains - producteur de loisirs. Les activités agricoles, bien différentes, ne pourraient-elles pas connaître la même évolution ? Elles nourrissaient les citadins de produits frais. Menacées par l’avance du béton, elles offrent cueillettes et promenades, entretenant avec la ville des relations de marché. Comment réguler l’espace péri-urbain en une ceinture verte utile et agréable ? En confier l’aménagement aux services d’espaces verts et se trouver face à des parcs fragiles, monotones, dévoreurs d’insecticides ? Y (ré)implanter la forêt ? Mais celle-ci ne satisfait qu’une partie des besoins éducatifs, esthétiques et de loisirs des gens. Ce sont les campagnes urbaines qu’il faut installer dans le cadre d’un projet politique à long terme, sur des bases paysagistes et aménagistes. Ceci à l’instar de ce qui est déjà en place autour de Grenoble ou d’Ottawa ou dans le Val-de-Marne, à l’instar des projets des Community forest en Grande-Bretagne ou du projet Città, Castelli, Ciliegi à Bologne. Dans une telle agriculture urbaine, l’agriculteur est conforté dans son métier, l’espace est utilisé au mieux, le paysage est agréable, les voisins vont s’y promener et cultiver des jardins... une plurifonctionnalité qu’il convient de garantir à ses animateurs et bénéficiaires.
Par André Fleury, École nationale supérieure du paysage, 4, rue Hardy, BP 819, 78009 Versailles cedex,
vers-ensp-apu@calvanet.calvacom.fr
et Pierre Donadieu, ibid,
vers-ensp-nts@calvanet.calvacom.fr

[R] Le paradoxe démocratique (L)
Le grand projet des Lumières nous a longtemps laissé croire à une alliance naturelle et constructive entre science et démocratie. Mais ce n’était qu’un beau rêve dont nous commençons à peine à nous éveiller. [chapô du journal]
Par Jean-Marc Lévy-Leblond [Article repris, avec l’aimable autorisation de la revue, du dossier que Le Monde de l’éducation a consacré à la Science (n°245, février 1997)].

[R] La valorisation agronomique des sédiments marins de la Rance (L)
Goémon, maërl, tangues : autant d’amendements naturels tirés du bord de mer ou des estuaires par les cultivateurs bretons... qui les ont abandonnés au profit, notamment, de la chaux. Par ailleurs, la Rance s’envase : on a construit des pièges à sédiments et beaucoup d’agriculteurs renouent volontiers avec les anciennes pratiques, bien que leur mise en œuvre soit assez difficile. D’autres sont sceptiques, attendant des résultats nets d’expérimentations agronomiques, refusant de manipuler ces matériaux boueux et salés avec leurs engins. Il faudrait augmenter la taille des pièges pour résoudre le problème de l’envasement et améliorer les conditions de « livraison » à l’agriculteur (qualité garantie, transport...) pour que cette pratique s’installe vraiment.
Par Jeanne Bourret, bourret@ebene.inapg.inra.fr

[R] La loi d’orientation agricole : l'avis du Conseil économique et social (L)
Il faut reconstruire les fondations d’un pacte avec la nation pour que le secteur agricole affronte le dur contexte communautaire et international, tout en faisant prévaloir le « modèle français ». Partant du constat que la mondialisation s’accélère, l’Europe agricole est en perpétuelle mutation et l’agriculture française se trouve à la recherche d’un nouvel équilibre, l’avis du CES énonce une série de propositions : une économie agricole et rurale au service des hommes, contribuant aux équilibres territoriaux et à la préservation des ressources naturelles, à l’écoute des consommateurs ; une formation adaptée et des missions de recherche redéfinies pour relever les nouveaux défis. Un choix qui doit être source de modernité, de sécurité, d’efficacité et d’équilibre.
Par le Conseil économique et social, 9, place d’Iéna, 75775 Paris cedex 16.
ces.sg@wanadoo.fr

[R] Oiseaux volés (L)
Nous prisons le côté sauvage de la nature. L’ornithologue suisse au fin fond de la Nouvelle Guinée relâche - en bon ami de la nature et de la vie sauvage - les oiseaux qu’il a capturés avec un super-filet. Les indigènes qui veulent les manger seraient-ils des voleurs d’oiseaux ? Remarquables par la partition qu’ils font entre jardin (ensoleillé, fertile, cultivé, durable, rassurant, domaine des femmes) et la nature sauvage (la forêt sombre, déboisée autant que besoin, ombreuse, ombrageuse, où ne s’aventurent que les hommes), seraient-ils très différents des compatriotes du naturaliste avec leur coutume de façonner au village, à partir d’un arbre orné de plantes grimpantes, un avatar de la forêt, pour le plaisir des yeux ? Seraient-ils si différents ces nombreux Bâlois qui composent, pour admirer la nature à domicile et sans avoir à s’aventurer dans les sylves, des jardins miniatures avec rocailles et plantes alpines ?
Par Christin Kocher Schmid, University of Kent, Kent CT2 (Royaume-Uni)
C.Kocher@ukc.ac.uk

[R] Le rôle de l’éleveur
L’animal, pour la plupart des gens, est un substitut affectif, un témoin (lointain) de la nature, un partenaire de loisir, tandis que l’élevage a presque disparu. Le public n’a pas accès aux « ateliers » fermés, isolés et d’aucuns critiquent avec violence ses aspects « modernes » et notamment l’effacement de l’éleveur. Or, comparant les systèmes de logement des truies gestantes en enregistrant tous les indices d’inconfort, il ressort que la pratique de l’éleveur influe plus sur le nombre de boiteries, lésions, tics, etc. que le fait de maintenir les animaux dehors ou sur caillebotis en porcherie...
Par Jean-Pierre Signoret, INRA-CNRS Comportement animal, 37380 Nouzilly
signoret@tours.inra.fr

[R] Aliments et culture (L)
L’ensemble des choses capables de nourrir l’homme est partagé entre le comestible et l’incomestible, de façon bien différente selon les peuples et les siècles. Et bien des aliments irremplaçables ici sont inconnus là-bas et vice versa... Les interdits religieux sont directement ou indirectement à l’origine de bien des habitudes alimentaires et le cas du melon illustre bien la persistance de règles diététiques antiques. Les aliments et les mets distinguent d’ailleurs les classes sociales et étaient eux-mêmes hiérarchisés dans la « grande chaîne de l’être ». Ou comment les relations aliments-culture sont toujours et partout dans notre assiette et dans notre verre.
Par Jean-Louis Flandrin, 2, rue Charbonnel, 75013 Paris.

[R] AVEULOUQUE

Après la visite des dernières nouveautés offertes sur les pages Web de l’infoservice du Courrier, une question existentielle (et très à la mode) est posée : « à quoi peut bien servir Internet ? » et trois cas sont examinés en guise de contribution au débat (infini) sur la question : l’achat de terrains (agricoles) sur la Lune, un serveur pour le monde agricole - Terre-net - et l’entomologie sur la Toile.
Par Alain Fraval, INRA-DPEnv.

[R] Notes de lecture (L)

C. Larrère et R. Larrère : Du bon usage de la nature et M.C.  Gonseth, J. Hainard, R. Kaher : Natures en tête (par Pierre Donadieu, sous le titre Entre drame et tragédie : le bon usage de la nature) ; P. Puytorac et al. : L’Auvergne, P. Martin : La nature méditerranéenne en France et C. Dentaletche : Les Pyrénées (par Jacques d’Aguilar) ; Une forêt dans la tête : la forêt européenne, plaines et collines (cédérom, par Sophie Le Perchec et A.F.) ; Syco : à la découverte de la forêt méditerranéenne (cédérom, par A.F. et S.L.P.) ; Olivier de Serres : Le théâtre d’agriculture et ménage des champs (par Pierre Donadieu).

[R] LES BREVES

Rio pipo (5 ans après le Sommet de la Terre...) ; Touristes, vous risquez de vous retrouver en short ! (la CITES contre le trafic d’animaux) ; Vive le tout faux ! (les engins à moteur de jardin sont particulièrement polluants) ; Ethique botanique (le code de l’AFCEV) ; Les limites du progrès (de la nomenclature des engins de nettoyage) ; Mieux vaut être rétrograde que plantigrade... (les entreprises françaises et l’écomanagement) ; Où l’on ne verra plus repasser les limaces (molluscide assisté par ordinateur) ; La charrue avant les bœufs (les biotechnologies mises en avant aux USA) ; Le petit atomiste (trisecteur sur plage) ; Emplois verts (Dominique Voynet et al.) ; Cinquantenaire (les extra-terrestes en agronomie).


[R] Supplément sur l'effet de serre

Climats : ce qui va changer (par Frédéric Lewino) ; Relever le défi de l’effet de serre par le marché ? Mythe ou réalité, éthique et efficacité (par François Falloux) ; Résumé à l’intention des décideurs : aspects socio-économiques de l’évolution du climat (par le GIEC) ; Changements climatiques et effet de serre. Des réponses existent... Reste à les mettre en œuvre (par Antoine Bonduelle et Hélène Connor).

[R] Climats : ce qui va changer (L)
Une certitude scientifique : l'effet de serre dû à l'activité humaine va bouleverser le climat de la planète. Les accidents climatiques, tels que les inondations de l'Oder, sont peut-être les prémices de ce chambardement. Paris sous la mer n'est qu'une image. Mais la Terre entre dans une zone de turbulences.
[chapô de la revue]
par Frédéric Lewino [article repris du Point du 9 août 1997, avec l'aimable autorisation de la revue]

[R] Relever le défi de l’effet de serre par le marché ? Mythe ou réalité, éthique et efficacité (L)
Les gaz à effet de serre (CO2, CH4 et NO2), en s'accumulant dans l'atmosphère, vont entraîner des perturbations graves du climat et conduire, notamment, à l'ennoyement de zones basses, très peuplées, de contrées du Tiers-Monde. Presque tous les experts s'accordent sur ce scénario. Ainsi ceux du  Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Comment réduire efficacement les émissions de CO2 ? Par des mesures conjointes entre, par exemple, un pays développé (qui a le savoir-faire et les moyens mais chez qui toute réduction  supplémentaire coûte extrêmement cher) et un pays sous-développé (sans grands moyens mais où il est relativement facile de réduire significativement les dégagements de CO2). Ceci ouvre un marché, pas forcément bien vu de chacun, qui doit en tous cas être réglementé et encadré.
par François Falloux, Banque mondiale AFTES, Environmental Adv. J3137, 1818 H Street NW, DC-20433 Washington DC (Etats-Unis)
Ffalloux@worldbank.org

[R] Résumé à l’intention des décideurs : aspects socio-économiques de l’évolution du climat (L)
Chargé de chargé de procéder à des « évaluations techniques des aspects socio-économiques des effets de l'évolution du climat, de l'adaptation à ces incidences et de son atténuation, à court et à long terme et sur les plans régional et mondial », un sous-ensemble du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), livre ici un texte riche, où chaque expression a été pesée. En 11 chapitres : - Introduction ; - Portée de l'avaluation ; - Cadre décisionnel pour gaire face à l'évolution du climat ; - Equité et considérations d'ordre social ; - Equité entre générations et actualisation ; - Applicabilité de l'évaluation des coûts et des bénéfices ; - Coût social du changement climatique résultant des activités humaines : dommages imputable sà l'augmentation des gaz à effet de serre ; - Evaluation générale des stratégies ; - coût des diverses possibilités d'intervention ; - Modèles d'évaluation intégrée ; - Evaluation économique des instruments de lutte contre les gaz à effet de serre.
par le GIEC, immeuble OMM, 41, av. Gyuseppe-Motta, CP 2300, 1211 Genève (Suisse)
IPCC_sec@gateway.wmo.ch

[R] Changements climatiques et effet de serre. Des réponses existent... Reste à les mettre en œuvre (L)
Dans la perspective de la conférence de Kyoto (1er au 12 décembre 1997), les Etats-Iles, très menacés par les conséquences d'un réchauffement planétaire, demandent une réduction forte des émissions de CO2. Face à eux, les Européens sont "timides" et les Etats-Uniens "cyniques". Mais même un compromis "au rabais", graâce aux ONG et aux associations, pourra relancer les pratiques alternatives.
par Antoine Bonduelle et Hélène Connor, Réseau action climats-France, 7, imp. Charles-Petit, 75011 Paris.
racf@wanadoo.fr


Ce numéro 31, tiré à 10 500 exemplaires, est adressé à 9 700 destinataires.