Les Dossiers de l'environnement n°19

Quantifions… le phytosanitaire III

1. Dégâts occasionnés par les ravageurs
2. Marché phytosanitaire (mondial, européen, français)
    pesticides chimiques

3. Biopesticides (et firmes)

Bibliographie


Cet article est une compilation de données essentiellement quantitatives tirées des publications dont la liste est donnée à la fin ; il n'a aucune prétention d'exhaustivité, ne prétend faire ni une analyse ni une synthèse des différents sujets abordés, mais, constitué de sortes de brèves, a pour objet de rassembler des informations succinctes et significatives, dont certaines justifieraient une analyse complémentaire.

Il fait suite à Quantifions le phytosanitaire I (Courrier de l'Environnement n°18, pp. 29-44, 1992) et Quantifions le phytosanitaire II (Courrier de l'Environnement n°25, pp. 80-91, 1995).

Avec les rubriques habituelles : - Dégâts occasionnés par les ravageurs ; - Marché phytosanitaire (mondial, européen, français), pesticides chimiques ; - Biopesticides (et firmes).

[R] 1. Dégâts occasionnés par les ravageurs

- Les pertes mondiales estimées par les ravageurs et les pathogènes des cultures (avant et après récolte), y compris les nutriments du sol supprimés par les mauvaises herbes et les maladies des animaux sont estimées à plusieurs milliards de $ (1) (1999).
- Malgré les progrès de la lutte intégrée, on estime que les pertes avant et après récoltes causées par l'ensemble des ravageurs avoisine 30%, le même pourcentage qu'au début du siècle (1999).
- Les pertes annuelles dues aux mauvaises herbes se chiffrent en millards de $/an; ces pertes dépendent de la culture et de la région géographique ; les plus grosses pertes sont enregistrées sous les Tropiques où les conditions de culture sont bonnes et les mesures de lutte biologique faibles, ce qui permet aux mauvaises herbes de bien s'établir.
- Pertes annuelles de production potentielle de 3 cultures dues à différents agents

cultures

production potentielle (Mt)

ravageurs

pertes (Mt) dues aux maladies

mauvaises herbes

céréales

1468

204 (40%)

135 (27%)

167 (33%)

cultures sucrières

1330

228 (36%)

232 (37%)

175 (26%)

cultures légumières

280

23 (29%)

31 (40%)

24 (31%)

- Pertes annuelles de production dûes à différents agents dans différentes parties du monde

Région

ravageurs

maladies

mauvaises herbes

Monde

14

12

10

Europe

5

13

7

Amérique du Nord

9

11

8

Afrique

13

13

16

Asie

21

11

11

- Infestation de criquets au Kazakhstan au début de l'année 1999, qui ont détruit 4 millions d'hectares de cultures.
- En Algérie, les criquets ont détruit 7 000 ha de cultures dans les régions de Sidi Bel-Abbes et Youb (1999).
- En 1998, Madagascar a subi la forte infestation de criquets depuis 40 ans : environ 10 millions d'ha attaqués dans le sud du pays en 1998 : le gouvernement a mis en place un programme de lutte avec l'aide du ministère de l'Agriculture, de la FAO et de l'armée. La FAO, après avoir lancé un appel de 12 milliards de $, en a obtenu 8 et affirme que la lutte peut prendre plusieurs années.
- Le gouvernement du Kazakhstan va dépenser 14,8 millions de $ en 2000 pour acheter des pesticides contre les criquets ; en effet une infestation de criquets a eu lieu début 1999 qui a détruit 4 millions d'ha de cultures ; le pays avait déjà alloué 637 millions pour lutter contre ce ravageur en 1999.
- La chrysomèle des racines du maïs (Diabrotica longicornis) est un ravageur majeur du maïs aux Etats-Unis : plus de 1 000 millions de $ de dégâts par an
- L'Union européenne va financer (596 400 €) un programme de lutte contre Ceratitis capitata et Aleurothrixus floccosus à Madère.
- L'Union européenne va financer 750 000 € pour des programmes de lutte contre les ravageurs dans les DOM-TOM (Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion) : évaluation des risques phytosanitaires et mise en œuvre de la lutte biologique et intégrée.
- Les aleurodes sont présents dans 17 états du Brésil et causent 500 millions de dégâts chaque année dans le pays. Ils attaquent le coton, les tomates, le melon… et les insecticides seuls sont inefficaces.
- Les rats causent de plus en plus de dégâts aux cultures au Vietnam : 53 000 ha de cultures rien que pour le mois de janvier 1998 (93 000 ha en 1995) ; ils dévastent également les champs de riz aux Philippines.
- Le riz est une des cultures céréalières les plus importantes du monde et sert de nourriture de base pour 3 millards d'individus, surtout dans les pays en développement. Plus de 200 millions de tonnes de riz sont perdues chaque année du fait de stress abiotiques et de facteurs biotiques tels que les insectes. Les plus nuisibles d'entre eux sont les Lépidoptères foreurs des tiges, qui causent des pertes annuelles d'environ 10 millions de tonnes.
- Un projet conjoint de lutte contre les vers blancs (larves de Coléoptères Scarabéidés) sur arachide s'est mis en place en Inde en 1998, financé par l'ACIAR (Australain Centre for International Agricultural Research). Les cultures d'arachide couvrent environ 8,6 millions d'ha en Inde et les vers blancs causent environ 800 millions de $ de dégâts par an ; en Australie, environ 730 000 $US par an.
- L'industrie de la viande et l'industrie laitière apporte chaque année 4,1 milliards de $ à l'économie canadienne mais chaque année les insectes, acariens et tiques coûtent 600 millions de $ à l'industrie. Les principaux ravageurs sont les groupes des mouches de la bouse qui attaquent le bétail. Un projet de lutte biologique contre ces ravageurs est mené conjointement par Agriculture et Agroalimentaire Canada et Alberta Agriculture, Food and Rural Development (étude sur les parasites et prédateurs naturels).
- La jacinthe d'eau, Eichhornia crassipes a été introduite en Inde en 1888 ou 1889 et s'est établie au Bengale vers 1896. Aujourd'hui, on la trouve dans tout le pays sur environ 200 000 ha de surfaces aquatiques. Elle entraîne de graves conséquences sur l'utilisation et la gestion des ressources aquatiques ; quand les densités sont fortes, cela entraîne des interférences avec la navigation et la génération de puissance électrique. Le flux d'eau est réduit de 40 à 95% dans les canaux d'irrigation. Elles interfèrent aussi avec la germination des graines et l'établissement des semences dans les cultures de riz paddy ; dans le seul Bengale occidental, les pertes sont estimées à environ 110 millions de roupies (3 millions de $US) ; une autre étude dans la même région a estimé à 45 millions de kg les poissons perdus à cause d'elle. Il est également dit que dans une eau couverte à 100% par la jacinthe d'eau, la production de poisson est réduite à zéro, et réduite à 75% dans une eau partiellement couverte.
- Les mauvaises herbes sont les ravageurs les plus significatifs d'un point de vue économique et environnemental et les herbicides sont les pesticides les plus utilisés dans le monde (47% des ventes phytosanitaires) ; dans les PED, le désherbage, généralement manuel, représente près de 60% du travail avant récolte
- Les évaluations économiques a posteriori de la lutte biologique classique, à la fois par les ravageurs arthropodes et mauvaises herbes ont été revues récemment en Australie : la lutte biologique réussie contre Xanthium occidentale dans l'Etat du Queensland s'est traduite en 1991 par des bénéfices de 720 000 $, soit un bénéfice de 2,3:1. Les évaluations de la lutte réussie contre Chondrilla juncea et le Sénéçon de Jacob ont montré des rapports bénéfice/coût de 112 et 15. Une évaluation de la lutte contre Salvinia au Sri Lanka par le charançon Cyrtobagous salviniae a donné un rapport bénéfice/coût impressionnant de 1 675 ; dans ce cas, les coûts étaient faibles du fait que le charançon avait déjà été testé et utilisé en Australie. Cependant les bénéfices comme les coûts sont particulièrement difficiles à déterminer pour les mauvaises herbes des milieux naturels pour lesquelles les coûts agricoles ne sont pas impliqués.
- En France, les pullulations de deux campagnols prairiaux (le Campagnol des champs, Microtus arvalis, et le Campagnol terrestre, Arvicola terrestris) sévissent régulièrement dans la plupart des régions à vocation herbagère et concernent parfois plusieurs centaines de milliers d'ha, à raison de plusieurs centaines d'individus par ha. Des vagues de pullulations prennent naissance localement en moins de 6 mois et peuvent s'étendre sur des régions entières en moins de 24 mois.
- L'Institut d'agriculture de Colombie, l'ICA, demande instamment aux planteurs de café d'utiliser les méthodes de lutte intégrée pour lutter contre le Solyte des graines de café, Stephanoderes hampei. Plus de 50 000 litres d'insecticides ont été vendus dans la première moitié de 1999 pour lutter contre ce ravageur. L'ICA dit que la plupart de ces produits présentent des risques élevés de toxicité.

[R] 2. Marché phytosanitaire (mondial, européen, français)
    pesticides chimiques

- Le marché phytosanitaire mondial a augmenté de 5% en 1998 par rapport à 1997, soit 31 000 millions de dollars au niveau utilisateur final ; la région qui a connu la plus forte croissance est l'Amérique latine (12,5% d'augmentation). L'Amérique du Nord représente le plus gros marché, avec 30% des ventes totales.
On s'attend à ce que ce marché s'accroisse de 1,4% par an dans les 5 prochaines années, ce qui représenterait environ 33 500 millions de dollars en 2003 (au niveau utilisateur final).

Marché par région mondiale

Amérique du Nord

31,8

Europe occidentale

26

Extrême Orient

18,3

Amérique Latine

15,6

Europe de l'Est

3,2

Reste du monde

5,1

Marché par catégorie de produits

Herbicides

49 %

Insecticides

27 %

Fongicides

20 %

Autres

4 %

Les ventes de fongicides ont augmenté (augmentation probablement due aux condtions climatiques), par contre les ventes d'herbicides et d'insecticides ont stagné.

Le marché par firmes (en milliards d’euros)

Aventis (= AgrEvo + Rhone Poulenc) (Allemagne, France)

3,9

Novartis (Suisse)

3,5

Monsanto (Etats-Unis)

2,5

Astra-Zeneca (Grande-Bretagne, Suède)

2,3

Du Pont (Etats-Unis)

2,3

Bayer (Allemagne)

1,9

Dow (Etats-Unis)

1,7

Cyanamid (Etats-Unis)

1,7

BASF

1,5

Le marché par cultures et par catégorie de produits (en millions de DM – 1DM = env. 0,5 )
 

Céréales

Maïs

Riz

Soja

Coton

Herbicides

3,9

4,5

1,7

3,6

1

Fongicides

2,6

<0,1

1

<0,1

<0,1

Insecticides

0,3

1,1

1,3

0,3

1,8

Total

6,8

5,7

4

4

2,9

Les herbicides = 90% des pesticides sur soja ; les insecticides = 65% des pesticides sur coton ; les herbicides + fongicides >90% du marché des pesticides sur cultures légumières.

Le marché par culture en %

Fruits et légumes

26%

Coton

8%

Céréales

16%

Soja

8%

Riz

11%

Betterave à sucre

3%

Maïs

12%

Colza

2%

autres

14%

- Le marché phytosanitaire sud-américain a augmenté de 10% par an depuis 1990 et croît 2 fois plus vite que le marché des États-Unis ; la croissance est particulièrement forte en Argentine et au Brésil qui présentent le plus grand potentiel (dans les autres pays, la croissance est freinée par les problèmes climatiques, par ex El Niño, et l'instabilité politique); en 1998, il était de 4 400 millions de $ ; plus récemment, les plantes génétiquement modifiées exprimant la toxine de Bacillus thuringiensis ont été introduites en Amérique du Sud ; par exemple en Argentine des maïs et coton résistants aux insectes ont été plantés sur 17 000 et 8 000 ha, respectivement en 1998/1999.
- Marché phytosanitaire européen : 7 900 millions de $ en 2004, selon les prédictions d'une firme consultante, Frost & Sullivan ; il a stagné depuis le milieu des années 1990 et est actuellement en turbulence du fait de l'introduction des OGM (organismes génétiquement modifiés); son avenir est un peu incertain du fait de la nouvelle pôlitique agricole commune et du gel des OGM décidé par l'Union européenne; il est également prédit qu'en 2004, la France occupera 34% de ce marché.
- La vente de pesticides dans l'Union européenne a augmenté de 6% en 1996, soit 299 826 t de substances actives (elle avait diminué de 13% entre 1991 et 1995). Les plus fortes augmentations de ventes sont pour l'Espagne (+19%), la France (+11%) et le Royaue-Uni (+6%). Les fongicides représentent 41% de ces ventes, les herbicides 39% et les insecticides 12%.
- La Cour européenne de justice a décidé que les produits phytosanitaires devaient être homologués dans chaque état membre de l'Union européenne avant d'être vendus, même s'ils ont déjà été approuvés dans un autre pays de l'Union européenne.
- Le marché européen des fongicides sur céréales va augmenter de 30% d'ici 2010, prédit la compagnie britannique Produce Studies (le blé = 75% du marché fongicides/céréales en 1997 et on prévoit que ce serait presque 90% d'ici 2010). L'ensemble du marché fongicides/céréales pour l'Europe (occidentale et de l'Est) avoisine 1 160 millions de $ (au niveau utilisateur final) (=95% pour l'Europe occidentale), mais cette évolution dépendra aussi des réformes de la politique agricole communautaire.
- Une nouvelle législation européenne est prévue sur les produits phytosanitaires pour être adoptée en 2002.
- Marché phytosanitaire français : les ventes globales de produits phytosanitaires par les membres de l'UIPP (Union des industries de la protection des plantes, représente 96% du marché français avec 29 firmes membres) se sont accrues en 1998 pour la 4e année consécutive et dépassent les 20 millards de francs en 1998 (2), soit 5% de plus qu'en 1997. Les ventes en France d'herbicides se sont accrues de 11,3%, celles des fongicides de 5% (performance élevée d'une nouvelle famille de produits, les strobilurines), par contre celles des insecticides a diminué de 6,5%. Les variations de % de ventes totales sont respectivement de 3,1/-1,3/+25,8. La forte augmentation des ventes totales d'insecticides est due à une augmentation de 47,3% des exportations d'insecticides.

- Les % de ventes totales (ventes en France + exportations) par catégorie de produit :

Herbicides

37,1%

Fongicides

32,1%

Insecticides

22,2%


La France est le plus gros marché phytosanitaire d'Europe. L'avenir est incertain, lié à la réforme de la PAC et à la loi d'orientation.

Ventes en France + exportations, par catégorie de produit, en millions de francs :

Fongicides

6 524

Insecticides

4 511

Herbicides

7 544

Divers

1 750

Total

20 329

- Proposition du gouvernement français d'instituer une taxe sur les pesticides ; cette mesure est déjà mise en œuvre au Danemark, en Suède et en Belgique.
- On s'attend à ce que le marché phytosanitaire français s'accroisse de 3 à 4% en 1998 par rapport à 1997, du fait des bonnes ventes de fongicides ; ceux-ci sont surtout utilisés sur céréales et vigne ; ils représentent le 1er marché, avant les herbicides.
- Une fusion de 2 firmes en projet pour la fin de 1999 : Rhone Poulenc et AgrEvo, formeraient AVENTIS, qui serait ainsi la 1ère firme phytosanitaire mondiale, avec 15% du marché mondial.
- Les intrants phytosanitaires représentent en France 13 millards de chiffre d'affaires, soit 4 à 5% du chiffre d'affaires de l'agriculture ; on cherche à réduire l'emploi des intrants ; certaines études montrent que cette réduction pourrait atteindre 10% sans dommage.

[R] 3. Biopesticides (et firmes)

- Les biopesticides représentent moins de 1% du marché mondial des pesticides ; les ventes de bioinsecticides ont compté en 1998 pour 1,6% de ce marché, soit environ 500 millions de $.
- Le coût et le temps pour commercialiser un biopesticide est de de 2 à millions de $ et de 2 à 4 ans (100 millions de $ et 7 à 10 ans pour un nouveau produit chimique).
- Le directeur de la firme américaine AgraQuest (biofongicide Serenade, = Bacillus subtilis) dit qu'il ne faut que de 2 à 4 ans pour commercialiser un produit naturel et que cela ne coûte qu'entre 300 000 et 5 millions de $ ; 5 000 isolats sont criblés pour la bactérie contre 60 000 pour une substance active traditionnelle.
- En 1995, le marché mondial des biopestcides était de 250 millions de $ (40 pour les auxiliaires, 60 pour les phéromones et 150 pour les pesticides microbiens = bactéries, virus, champignons).
- En France, en 1997, l'agriculture biologique était pratiquée sur 137 000 ha (= moins 9% par rapport à 1996 et moins 40% par rapport à 1987) ; elle occupe la 4e place derrière l'Italie (640 000 ha), l'Allemagne (390 000 ha) et l'Autriche (345 000 ha)
- Le parasitoïde Trichogramma spp. est utilisé sur 52 ha de cultures contonnières dans la Province de Gorgan au nord de l'Iran pour lutter contre les ravageurs du coton (financement par la Banque mondiale) - avec un résultat apparemment meilleur qu'avec les pesticides traditionnels.
- Le gouvernement Tanzanien va lancer un programme de 5 ans de lutte contre la Jacinthe d'eau, Eichhornia crassipes et d'autres mauvaises herbes aquatiques en Afrique de l'Est (utilisation de méthodes biologiques et physiques).
- Les méthodes de lutte biologique sont maintenant bien établies dans différentes régions au Brésil : par exemple dans les états du sud, de Santa Catarina et Paran, des « guêpes » ont été utilisées pendant 20 ans contre la cicadelle de la pomme de terre et sont maintenant utilisées au Paraguay, Uruguay, Bolivie, Argentine et Chili.
- Des chercheurs de l'université de Birmingham (Royaume-Uni) pensent que les difficultés de conservation à long terme des prédateurs à utiliser dans des programmes de lutte biologique pourraient être surmontées en utilisant des techniques similaires à celles développées par les cliniques de fertilité humaine : une technique qui consiste à enlever les embryons de Syrphes de leurs œufs et de les traiter avec un produit chimique pour qu'ils survivent à des températures très basses (-196°C) pourrait être utilisée dans la lutte contre les pucerons (1 syrphe peut consommer plus de 500 pucerons).
- Le premier biopesticide approuvé par la directive européenne d'homologation sur les pesticides microbiens est le PreFeRal (Paecilomyces fumosoroseus) de la firme Biobest.
- Le premier bio-insecticide pour lutter contre les criquets a été homologué en Afrique du Sud, avec d'autres homologations prévues en Afrique de l'Est et occidentale : il s'agit de Metarhizium anisopliae « green muscle », produit commercialisé par la firme Biological Control products (Durban, Afrique du Sud); ce produit contient les spores d'une souche virulente du champignon Metarhizium anisopliae, spores formulées dans de l'huile et appliquées en volume ultra bas (moins de 1 l/ha) ; le champignon tue les criquets en 6 à 21 jours ; il est plus efficace que les insecticides chimiques, et est utilisé contre les stades juvéniles au sol. Il a été développé dans le cadre du programme LUBILOSA (lutte biologique contre les criquets), conduit par CABI Bioscience et financé par des agences de développement au Royaume-Uni, Canada, Pays-Bas et Suisse.
- Une équipe plurisdisciplinaire de chercheurs en Israël s'est mise en place pour développer des insecticides microbiens pour lutter contre une série de ravageurs et maladies des plantes pour les commercialiser dans le monde. Il s'agit d'un programme sur 5 ans, dont le budget de recherche est de 4,5 millions de $, mené par l'Institut de protection des plantes de l'ARO (Agricultural Research Organization) de Bet Dagan (Israël), qui se focalisera sur la lutte contre les insectes et arthropodes avec des nématodes, sur l'utilisation de baculovirus contre les Lépidoptères, sur l'utilisation de champignons entomopathogènes contre les aleurodes et les thrips, sur l'utilisation de champignons et bactéries contre les nématodes et les maladies dans le sol. Il est prévu de commercialiser une souche de champignon mycorrhizien qui augmente la résistance des plantes aux pathogènes du sol tels que Rhizoctonia spp. et Pythium spp.
- Un programme de lutte biologique contre l'acarien Mononychellus tanajoa par des acariens prédateurs (Typhlodromus aripo) dans 18 pays d'Afrique producteurs de manioc, a entraîné une diminution de 60% des populations d'acariens. L'IFAD (International Fund for Agricultural Development) qui a financé 1,5 million de $ les 3 dernières années à l'IITA de Cotonou (International Institute of Tropical Agriculture), par l'UNDP (United Nations Development Programme) et le DANIDA (Danish International Development Agency) ; le prédateur s'est établi avec succès en Afrique occidentale, centrale et de l'est. C'est la 1e fois qu'on utilise la lutte biologique classique contre un acarien ravageur des cultures à l'échelle d'un continent.
- Les Mouches tsé tsé (Glossina sp.) infestent environ 10 millions de km2 en Afrique sub-saharienne. Ce sont d'importants vecteurs de la maladie du sommeil et de la maladie de « nagana » chez le bétail. Les principaux efforts pour lutter contre elles toutes ces dernières années ont été de la destruction de la végétation et/ou l’éradication de leurs hôtes sauvages à l'application à grande échelle d'insecticides chimiques. Plus récemment, des méthodes non nuisibles à l'environnement ont été développées comme le piégeage ou les appâts ou la technique de lâchers d'insectes stériles. Aucune méthode ne s'est montrée satisfaisante. à l'ICIPE (International Centre of Insect Physiology and Ecology) à Nairobi (Kenya), une souche locale de Metarhizium anisopliae a été utilisée mais elle semble être plus efficace au laboratoire qu'au champ.
-  L'académie russe des Sciences (Moscou) cherche à commercialiser une méthode de lutte contre les vers du cotonnier. La méthode consiste à utiliser un émetteur puissant de lumière UV. Les insectes sont attirés le long d’un rayon de cette lumière sur les bordures des champs, où ils pondent leurs œufs dans des conditions dé­favorables. Les essais au champ ont montré qu'il est possible d'éliminer les ravageurs de 400 ha de coton en une nuit. Pour unen zone de 3 000 ha, le coût de la lutte serait de 200 000 $ mais les agri­culteurs écono­miseraient jus­qu'à 1,6 mil­lion de $ en coûts de pes­ticides et de main d’œuvre.
- La chaîne française de supermarchés Auchan va introduire une série de produits étiquetés comme étant issus de la lutte intégrée : c'est le 1er super­mar­ché à rejoindre le réseau FARRE ; il sera suivi par Casino.
- Les chercheurs de l'Agricultural Genetic Engineering Research Institute (Giza, Egypte) ont isolé une souche de Bacillus thuringiensis qui serait bien plus active que celles actuellement commercialisées. La nouvelle souche produit 18 toxines alors que les souches actuelles en produisent juste 1 ou 2 et est active contre les Lépidoptères, Coléoptères, Diptères et Nématodes. Les chercheurs ont séquencé et breveté quelques uns des gènes-clés codant pour les toxines et ont signé un accord commercial avec Pioneer Hi-Bred International.
- L'usine de biopesticides chinoise Huanye à Shijiazhuang a démarré la commercialisation d'un nouveau biopesticide viral Huanye n°2, pour lutter contre la Teigne des crucifères, Plutella xylostella,sur légumes. L'efficacité au champ serait de 92% et ce serait la 1ère utilisation d'un virus contre ce ravageur.
- Aux Pays-Bas, une commission récemment mise en place, incluant l'organisation des agriculteurs hollandais, la LTO, et des représentants du ministère de l'Agriculture, est en train d'étudier la possibilité de simplifier les procédures d'homologation des biopesticides ; cela nécessitera des révisions de l'Acte néerlandais sur les pesticides ; on s'orienterait vers une exemption pour les pesticides à base de substances végétales et on diminuera les exigences pour les phéromones.
- Biobest a reçu l'homologation en Suisse de son insecticide botanique à base d'azadirachtine, Neemix, pour la lutte contre le Puceron cendré du pommier, Dysaphis plantaginea. Le produit peut être utilisé dans des vergers de pommiers géré en agriculture biologique ou faire partie de pro­grammes de lutte intégrée.
- Pour Calliope, les biopes­ticides ont représenté 2% des ventes en 1997.
- Des cultivateurs de riz paddy en Malaisie ont économisé 105 $ par hec­tare en pesticides en élevant des poissons dans leurs champs, ce qui a entraîné l'élimination des rava­geurs ; il s'agissait d'un pro­jet pilote de 10 ha qui a ensuite été étendu.
- Des chercheurs en méde­cine ont appelé à un mo­ratoire sur l'utilisation de la bactérie Burkolderia capacia (demande d'homologation comme biofon­gicide par la firme Agrium, Canada) à cause des problèmes de liens avec des infections des poumons chez des personnes souffrant de fibrose cystique. Les chercheurs disent que B. cepacia est résistante à la plupart des antibiotiques et tue environ 1/3 des patients atteints de fibrose cystique infectée.
- Le réseau français d'agriculture raisonnée FARRE comptait 58 fermes de rencontre début 1997 ; il en compte 233 en septembre 1999 avec 37 départements engagés dans cette démarche.
- L'ACTA (Paris) crée une commission « Agriculture raisonnée » afin de répondre aux besoins de recherche, de développement et d'information sur les systèmes de production dits « intégrés » ; elle permettra de coordonner et de structurer, au sein de l'ACTA, l'offre des instituts et centres techniques agricoles et des autres organismes de recherche.
- La Nouvelle-Zélande a des problèmes de ravageurs vertébrés exotiques majeurs et investit environ 100 millions de $NZ/an pour la lutte contre eux et la recherche. La lutte biologique est la seule solution durable répandue pour beaucoup de ces problèmes. L'utilisation de la RHD (Rabbit Haemorrhagic Disease) contre les lapins est la 1ère tentative moderne en Nouvelle-Zélande de lutte biologique contre un ravageur vertébré.
- En France, 30 000 ha sont concernés par la lutte contre la Pyrale du maïs, Ostrinia nubilalis, à l'aide de lâchers d'œufs de trichogrammes, insecte parasite de la larve de pyrale. La technique s'est beaucoup améliorée depuis 3 ou 4 ans. Il est désormais possible d'effectuer un seul lâcher par an, contre 2 auparavant. En cas d'infestation moyenne, c'est devenu aussi efficace que la lutte chimique. En revanche, en cas de forte infestation, ce qui n'est pas fréquent, la lutte chimique reste la plus performante. Mais dans les deux cas, le maïs OGM reste plus efficace. La lutte biologique coûte 280 à 300 F/ha contre 180 à 250 F/ha pour la lutte chimique.
- La lutte intégrée est aussi en pleine évolution en culture sous abris, en particulier en serre verre chauffée. C'est sur la tomate que la technique est la plus avancée. En 1998, sur 1 400 ha de tomates en France, 700 ha étaient conduits ainsi et les chiffres augmentent chaque année.
- Les coûts de développement et d'homologation d'un agent pathogène naturel sont bien meilleur marché que ceux d'un insecticide chimique, environ 0,5 million de $ pour un baculovirus ou un nouveau Bt, comparé à plusieurs millions de $ pour la plupart des produits chimiques aux États-Unis.


[R] Bibliographie
(documents et articles-sources)
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Biocontrol News and Information, 1998, 1999
Pest Management News, Spring 1998
Plein Farre, 1999
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Auber D.,1999. Les résultats du marché phytosanitaire en 1998. Phytoma Déf. Vég., 518, 8.
Delattre P., Chaste B., Silvy C., 2000. Lutte biologique et rongeurs. Ce dossier, p.35.
Kogan M., 1999. Integrated pest management : constructive criticism or revisionism. Phytoparasitica, 27(2), 93-96.
McFadyen R.E.C., 1998. Lutte biologique contre les mauvaises herbes. Ce dossier, p. 137 (Annu. Rev. Entomol. 43, 369-393).
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[R]


Notes
(1)1$US = 1 € [VU]
(2)Chiffre d'affaires : 20,329 millions de F en 1998.[VU]