Le Courrier de la Cellule Environnement n°18, décembre 1992

quantifions... le phytosanitaire

L'article ci-dessous (1) est une compilation de données tirées des publications dont la liste est fournie en fin d'article et classifiées ainsi :
1. Menaces et dégâts (pour les cultures)
2. Introductions accidentelles de ravageurs
3. Marché phytosanitaire mondial
4. Marché européen
5. Marché français
6. Coût d'un produit phytosanitaire
7. Coût et place dans le marché de la lutte biologique
8. Organismes transgéniques, micro-organismes recombinés

Encadré : La littérature phytosanitaire spécialisée

Références bibliographiques et sources


[R] 1. Menaces et dégâts (pour les cultures)

97% de la production agricole sont obtenus sur environ 3% de la surface totale des sols de la planète, avec une population humaine en accroissement permanent dans les 20 prochaines années.
Les Insectes représentent 55% du nombre d'espèces (animales et végétales) de la planète, soit près des 2/3 du monde animal ; 850 000 espèces environ ont été décrites, soit 1 million en comptant les synonymes : ce chiffre est loin de la réalité, puisque plusieurs milliers d'espèces sont découvertes et décrites chaque année (en même temps que 50 000 espèces disparaissent...). Les estimations du nombre réel d'espèces existantes varient de 3 à 30 millions... Une valeur raisonnable serait aux environs de 5 millions.
En France, 35 000 espèces ont été décrites et on estime qu'il en existe environ 80 000 (J.?Y. Rasplus, comm. pers.).
Environ 67 000 espèces limitent la production agricole mondiale : 9 000 espèces d'Insectes et Acariens, 50 000 espèces de pathogènes des plantes et 8 000 espèces de mauvaises herbes ; 5% d'entre elles soit 3 350 espèces peuvent être considérées comme ayant une incidence majeure.
Le nombre d'espèces d'Insectes ayant une importance agronomique en Europe est estimé à 350 (J.?Y. Rasplus, comm. pers.) (2)
Pour la France, l'ACTA a édité des fiches descriptives, au nombre d'une centaine, sur les principaux ravageurs des cultures à l'attention des praticiens : 26 fiches traitent de Lépidoptères, 18 de Coléoptères, 13 de Diptères, 9 d'Homoptères, 3 de Thysanoptères, 3 d'Hyménoptères et 1 d'Orthoptère, les autres étant consacrées aux Rongeurs, Oiseaux, Nématodes, etc..
Tous les ans, les pertes de récolte dans le monde sont de 340 millions de tonnes de riz, 200 millions de tonnes de maïs, 140 millions de tonnes de blé (soit 3 fois la production française).
40% des récoltes sont perdues du fait de l'action combinée des Insectes, des maladies et des mauvaises herbes : 47% pour le riz (dont 27% par les Insectes) - par ex., au Japon, le rice stripe virus détruit 10% des rizières -, 36% pour le maïs (dont 13% par les Insectes), 25% pour le blé (dont 5% par les Insectes), 54% pour la canne à sucre (dont 19,5% par les Insectes), 34% pour le coton (dont 16% par les Insectes)
Aux USA, 37% des récoltes sont perdues, dont 13% par les Insectes, 12% par les agents phytopathogènes et 12% par les mauvaises herbes.
Pour Riba et Silvy (1989), ces pertes sont de 20 à 40% avant récolte et de 10 à 20% après récolte (denrées stockées).
Une menace, le potentiel de reproduction des Insectes :
- Un simple couple de mouches domestiques peut, au bout de 5 années, dans des conditions optimales de développement et en l'absence de tous ses antagonistes naturels, engendrer une descendance qui recouvrirait la terre entière d'une masse grouillante de 1,5 m de hauteur (J.?Y. Rasplus, 1992).
- en 8 mois, une femelle de Puceron du chou pourrait donner 156.1022 descendants en 16 générations, chaque femelle donnant 41 jeunes ;
- au bout de 3 mois, la descendance d'une femelle du Puceron vert du pêcher engendrant 30 à 70 femelles reproductrices en moins de 2 semaines, pourrait atteindre plusieurs milliards d'individus.
Les vols du Criquet pèlerin couvrent couramment plus de 1 000 km2 et sont formés d'environ 40 milliards d'individus ; chacun mangeant son propre poids de nourriture, un essaim de Criquets peut engloutir jusqu'à 80 000 t de végétaux par jour. Le coût de la lutte mise en place par la communauté internationale pour tenter de contrôler le fléau a été de 300 millions de dollars en 1987-1988.
Aux Pays-Bas, les Pucerons entraînent jusqu'à 20% des pertes de rendement sur céréales.
A l'île de La Réunion, le Ver blanc Hoplochelus marginalis Fairmaire, introduit accidentellement en 1972, provoque des dégâts importants sur la canne à sucre : chute de rendement de 20 à 50% sur les parcelles les plus touchées, perte globale de 30 000 à 45 000 tonnes sur la campagne 89-90. Importance économique de cette culture à La Réunion : 35% de la production agricole.
La Fourmi-manioc est au 1er rang des ravageurs agricoles guadeloupéens : les dégâts peuvent représenter 20 à 30% de la production de certaines cultures et les pertes financières dues à ces défoliations peuvent atteindre, dans les conditions actuelles de traitement, 1 million de francs par an, essentiellement sur les cultures vivrières et fruitières. Les Fourmis champignonnistes défoliatrices, dont la Fourmi-manioc est le seul représentant en Guadeloupe, sont classées par l'United States Department of Agriculture (USDA) parmi les ravageurs les plus nuisibles des zones tropicales et subtropicales américaines.
La Mouche méditerranéenne des fruits, Ceratitis capitata (Weid.), est considérée comme l'un des Insectes ravageurs les plus destructifs et craints dans le monde. Les coûts des programmes d'éradication ont considérablement augmenté depuis 1929 : en 1956, la campagne Floride prit 18 mois et coûta 11 millions de $ ; en 1980-1982, la campagne Californie a coûté plus de 100 millions de $.
Sur cotonnier, au Tchad, en l'absence de protection insecticide, les pertes de production peuvent être évaluées à 50% de la production potentielle ; les surfaces traitées, inexistantes il y a 25 ans, représentent actuellement plus de 80% du total des superficies.
Le 1er cas de résistance des Insectes aux insecticides a été signalé en 1908, ou en 1914, selon les auteurs.
Depuis, le phénomène n'a cessé d'évoluer : 5 cas en 1928, 7 en 1938, 14 en 1948, 137 en 1960, 364 en 1975, 474 en 1980, entre 500 et 600 en 1984 ; à l'heure actuelle plus de 500 espèces d'Arthropodes sont considérées comme étant résistantes à au moins une matière active (3).
Du fait de la résistance, les ravages causés aux récoltes augmentent ; le coût dû à l'augmentation de la résistance était estimé à 133 millions de dollars aux Etats-Unis en 1980.

[R] 2. Introductions accidentelles de ravageurs

Selon une étude faite aux USA, on comptait, en 1971, 1 115 espèces d'Arthropodes reconnues d'origine étrangère, 1 835 en 1977, et la liste continue de s'accroître d'environ 11 espèces par an malgré le système de quarantaine mis en place. Sur l'ensemble des USA, les espèces étrangères représentent 39% des 600 ravageurs importants et sont responsables d'une part importante des pertes de récolte (50% en Californie).

Opogona sacchari

L'Organisation européenne de protection des plantes (OEPP) a recensé 13 espèces non-européennes dont il convient de surveiller attentivement l'introduction accidentelle et 18 espèces indigènes dont il faut éviter l'établissement sur le territoire des autres pays membres de l'organisation.
En France, M. Martinez et J.-P. Chambon signalaient, en 1987, 6 ravageurs dangereux nouvellement introduits : Corythucha ciliata (Say) (le Tigre du platane), Hyphantria cunea (Drury) (l'Ecaille fileuse), Liriomyza trifolii (Burgess) (la Mineuse serpentine américaine), Phoracantha semipunctata Fabricius (Cérambycide ravageur des Eucalyptus), Frankliniella occidentalis (Pergande) (Thrips californien) et Parectopa robiniella (Clemens) (Mineuse des feuilles du robinier faux acacia), ainsi que 6 autres espèces de moindre importance économique : Graphocephala fennahi Young (Cicadelle du rhododendron), Gonipterus scutellatus Gyllenhal (Charançon de l'eucalyptus), Opogona sacchari (Bojer) (Teigne des plantes tropicales), Allococcus euphorbiae (Cochenille du géranium), Sarucallis kahawaluokalani (Kirkaldy) (Puceron asiatique) et Metcalfa pruinosa (Say.) (Hom. Flatidae).
Depuis, au moins 2 autres espèces ont été introduites : Bemisia tabaci (Genn.) (Mouche blanche du tabac) et Liriomyza huidobrensis (Blanchard) (Mouche mineuse sud-américaine).

[R] 3. Marché phytosanitaire mondial

Les 3 premiers marchés phytosanitaires sont : les Etats-Unis (5 678 millions de $ de ventes en 1991), le Japon (2 602 millions de $ de ventes en 1991) et la France (2 182 millions de $ de ventes en 1991).

Classement des firmes
CA = chiffre d'affaires
1991 1990 Firme Pays CA 91 (millions $)
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
1
2
4
3
5
6
7
8
9
10
CIBA-GEIGY
ICI
RHONE-POULENC
BAYER
DU PONT
DOW ELANCO
MONSANTO
HOECHST
BASF
SCHERING
Suisse
G-B
France
Allemagne
USA
USA
USA
Allemagne
Allemagne
Allemagne
2 920
2 412
1 958
1 927
1 768
1 593
1 551
1 356
1 294
918

10 firmes assurent à elles seules 75% du chiffre d'affaires global. Le marché mondial des pesticides en 1991 est estimé à 22 milliards de dollars. Sa croissance a été de 1,5% en 1991 (contre 3% en 1988 et 1989 et 1% en 1990), mais en tenant compte de l'inflation et des conversions des devises, cela correspond à une diminution réelle de 2%.
D'une manière générale, les compagnies américaines ont augmenté leur chiffre d'affaires de 15% en 1991 (les compagnies européennes de 4%).
Pour 1992, on prévoit une faible croissance (< 1%).

Utilisation par produit selon le niveau de développement :
Herb. Fong. Insect.
Pays industrialisés
Pays en développement
bas
moyen
haut
50%

18%
42%
39%
22%

12%
18%
26%
24%

69%
37%
32%

Considérant l'utilisation par produits en 1991, on constate que les herbicides représentent 44% (arrivent en tête aux USA et en Europe occidentale) ; suivent les insecticides avec 29% (sont les 1ers dans les pays à climats chauds) puis les fongicides avec 21% (n'ont un rôle important qu'en Europe occidentale).
Ce sont les herbicides qui ont le plus augmenté, alors que les fongicides ont connu la croissance la plus faible (à cause de la diminution de leur utilisation sur céréales).
Dans les pays industrialisés, les herbicides sont d'abord utilisés pour diminuer la charge de travail et économiser de la main d'oeuvre, alors que dans le tiers monde les mauvaises herbes sont encore arrachées à la main. En ce qui concerne les Insectes, leurs populations croissent beaucoup plus rapidement sous climat tropical et sub-tropical.

Evolution des marchés par produits et prévision pour 1995 (en millions de $) :
1972
1989
1995
augm./an
entre 1989 et 1995
Herbicides
Insecticides
Fongicides
Régul. de croissance
Nématicides
4 160
4 090
2 525
375
410
9 500
6 200##
4 490
800
510
10 940#
7 110
5 055
1 080
575
2,4%
2,3%
2,0%
5,1%
2,0%
Total
dont biopesticides
11 500
20
21 500
90###
24 760
120
2,4%
5,5%

# Essor fantastique du marché des herbicides qui représentent presque 50% du marché total. D'ailleurs à la conférence de Brighton de 1991 ( " Brighton Crop Protection Conference, Pests and Diseases "), sur les 11 nouvelles molécules présentées, 10 étaient des herbicides.
## Dont 1 200 pour les pyréthrinoïdes, qui représentent 20% des insecticides (Roussel-Uclaf étant le 1er producteur avec 30%)
Evolution annuelle par famille d'insecticides :
2,2% pour les pyréthrinoïdes
-5% pour les organochlorérs
+1,2% pour les organophosphorés
+1% pour les carbamates
### Dont 85% de Bacillus thuringiensis

Utilisation dans le monde :
Europe occidentale
Amérique du Nord
Extrême-Orient
Amérique du Sud
Europe de l'Est et ex-URSS
autres
32% (le marché reste stable)
26%
23% (déclin du marché japonais)
8%
6%
6%

Les pays du tiers monde ne représentent que 26% du marché mondial alors que plus de 55% de la terre utilisée pour la production agricole est dans ces pays. Mais l'expansion attendue est importante : en 1993, le marché des pesticides dans le tiers monde pourrait représenter 1 575 millions de $. Onze pays représentent 80% du marché mondial : USA, Japon, France, URSS, Brésil, Angleterre, Italie, Canada, Allemagne, Inde et Espagne.
Une étude économique américaine (Erreur ! Source du renvoi introuvable.) fait apparaître que sans produits phytosanitaires et sans engrais chimiques, les volumes des principales productions céréalières des Etats-Unis chuteraient de 40 à 70%, ceux des fruits et légumes de 50%, alors que le prix des aliments augmenterait d'au moins 45%.

Utilisation par culture en 1991
Fruits et légumes
Céréales
Riz
Cotonnier
Maïs
Soja
Betterave à sucre
Colza
Autres
24% *
17% *
12% *
11%
9%
7%
3%
2%
14%

* ces 3 cultures consomment plus de la moitié des pesticides

[R] 4. Marché européen
Classement des firmes pour l'année 1991 par ordre décroissant de chiffre d'affaires (en millions de $):
Firme Pays CA
CIBA-GEIGY
ICI
RHONE-POULENC
BAYER
HOECHST
BASF
SCHERING
SANDOZ
SHELL
Suisse
GB
France
Allemagne
Allemagne
Allemagne
Allemagne
Suisse
GB/NLD
2 920
2 412
1 958
1 927
1 356
1 294
918
806
780

Une fois réalisé, le marché unique occupera la première place au plan mondial (30,2% du marché mondial).

En 1991, l'Europe de l'Ouest et de l'Est représentent 35,3% du marché mondial.
L'industrie européenne de la protection des plantes emploie quelques 30 000 personnes dont 5 000 chercheurs.
Les dépenses en recherche/développement par l'industrie phytosanitaire européenne sont d'environ 1 milliard d'écus par an (60% des dépenses mondiales).

Les phytos dans le collimateur
A la conférence internationale organisée à Wageningen (Pays-Bas) par l'OILB/SROP (4) en septembre 1991 sur la lutte biologique et intégrée des cultures, l'évolution des politiques de protection des végétaux a été présentée pour cinq pays européens : Allemagne, Italie, France, Pays-Bas, Suède. Ces pays, auxquels il faut ajouter le Danemark mais non la France, ont décidé des mesures législatives et gouvernementales pour réduire de plus de 50% en tonnage l'usage des pesticides et des engrais dans les cinq à dix ans à venir, ce, afin de réduire la pollution et l'impact sur l'environnement... Ces mesures préfigurent ce qui pourrait être une politique commune en matière de protection des plantes.
De quatre décennies de recherche en lutte biologique et protection intégrée, coordonnées par l'OILB, a résulté, dans certains systèmes de protection et de production des cultures, une diminution de la composante pesticides des intrants (réduction de 30 à 85%, exceptionnellement 95%). La faisabilité économique et écologique de plusieurs systèmes a été prouvée et ils peuvent par conséquent être appliqués à une bien plus grande échelle qu'à présent. Exemples :
- lutte biologique et intégrée en serres, principalement en cultures légumières (sur 30% des cultures sous serres européennes) ;
- lutte dirigée et intégrée en cultures fruitières (sur 15 et 7% des cultures européennes, respectivement)
- lutte intégrée en vignoble (sur 20% du vignoble européen)
- lutte dirigée en cultures céréalières (sur 5% des cultures européennes)
- lutte biologique contre les insectes du maïs (sur moins de 5% des cultures européennes)
- lutte dirigée en cultures légumières (sur moins de 5% des cultures européennes)
- lutte génétique contre les insectes de l'oignon (sur moins de 5% des surfaces européennes)
- gestion intégrée de la protection dans les systèmes de gestion intégrée des cultures (exploitation des interactions bénéficiant de tous les intrants : en cours d'évaluation sur des exploitations aux Pays-Bas et en Allemagne)

Aux Pays-Bas, les quelques 20 000 ha consacrés à la bulbiculture nécessitent près de 2 000 tonnes de produits phytosanitaires par an. Le gouvernement hollandais a décidé de faire adopter par son parlement un plan pluri-annuel visant à réduire les utilisations de produits phytosanitaires de 35% d'ici 1995 et de 50% d'ici l'an 2000... Plus de 67 matières actives actuellement utilisées sont sur la sellette... Le gouvernement néerlandais espère que, d'ici 1994, près de 30% des exploitations agricoles pratiqueront l'agriculture intégrée... En 1989, la dose de matière active/ha était en moyenne 10 fois plus forte (50 kg) aux Pays-Bas qu'en France (5 kg).
La Grande-Bretagne compte, elle, atteindre 30% de réduction d'ici l'an 2000.
La directive communautaire qui va réglementer la mise sur le marché des produits de protection des plantes dans la CEE est parue le 25 juillet 1991 : les Etats-membres disposent de deux ans pour la mettre en application. Pour les produits déjà sur le marché, la communauté s'est accordée 10 ans pour réviser l'ensemble des matières actives déjà autorisées dans les 12 Etats-membres. C'est ainsi que plus de 500 matières actives devront être réexaminées.

[R] 5. Marché phytosanitaire français

C'est le 2e marché mondial en valeur (après les USA), le 3e en volume (après les USA et le Japon).
Il représente environ 9% du marché mondial (11% d'après Dow Elanco), et occupe le 1er rang au niveau européen ; la France est le 3e pays utilisateur de pesticides après les Etats-Unis et le Japon.
Le chiffre d'affaires hors taxes des ventes réalisées par les adhérents de l'UIPP a atteint 16 milliards de F en 1991 (en progression de 1,3% par rapport à 1990).
Les 5 principaux clients sont l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l'Italie et l'Espagne.
En France métropolitaine, 12,3% d'augmentation des ventes par rapport à 1989. Diminution des exportations : 10% de moins qu'en 1989 (cette diminution ne concerne pas que les industriels français, elle provient de la diminution de la demande dans le tiers monde et dans les pays de l'Est) ; on s'attend à ce que 1991 soit l'année la plus mauvaise depuis 1987, avec stagnation ou même légère chute des ventes ; en 1990, les ventes à la CEE représentent 57% de nos exportations.
L'année 1991 a été difficile pour l'industrie des phytosanitaires. Pour la première fois, elle enregistre un recul de son activité de 3,8% sur le marché français (ventes en métropole). Cette tendance se confirme et s'aggrave pour le premier trimestre 1992 au cours duquel le chiffre d'affaires a baissé de 10,5%. Selon le président de l'UIPP, cette baisse significative du chiffre d'affaires est liée à la prudence des achats dans le secteur de la distribution, à l'entrée en vigueur de certains règlements communautaires, à une diminution des doses d'utilisation et enfin à la 4e année de sécheresse consécutive. Les entreprises ont accru sensiblement leurs investissements de recherche et de développement du fait des études croissantes engagées dans le domaine de l'environnement et résolument orientées vers la découverte de nouvelles molécules. En revanche, les exportations sont en hausse de 8,4% et, dans le même temps, les importations reculent de 3,5% (l'année reste donc positive avec + 1,3%).
Rhône-Poulenc était la 4e firme mondiale en 1990 ; en 1991, c'est la 3e, représentant 8,8% du marché mondial. Son chiffre d'affaires s'élevait à 1 958 millions de $, avec une croissance depuis 1987 plus rapide que celle du marché pendant cette période ; cette firme vise secrètement la 1ère place mondiale (prévision des ventes de produits phytosanitaires en 2000 = 15 à 16 milliards de F) ; 665 millions de F sont consacrés à la recherche et au développement en 1990 contre 420 en 1986 ; elle compte 1 200 chercheurs parmi ses 8 000 collaborateurs.
Entre octobre 1990 et juin 1991, on note l'apparition de 5 nouvelles matières actives importantes en France (1 herbicide, 2 acaricides et 2 insecticides).
La quantité moyenne de pesticides utilisée par hectare en France est de 4 à 5 kg.

Répartition des ventes par famille de pesticide en 1991 (ci-contre) :

- Fongicides : les ventes continuent de monter = 37,7% du marché (34,5% en 1989)
- Herbicides: ils ont diminué mais représentent toujours le plus gros chiffre affaires = 38,2%
- Insecticides : ils ne représentent plus que 15,6% du marché global (21% en 1989)
- Produits divers : ils restent stables = 8,5%

Répartition par culture :
Céréales                                                 42%
Vigne                                                      18%
Oléagineux                                              10%
Maïs                                                         8%
Betterave                                                  7%
Vergers                                                     3%
Autres                                                     12%
(maraîchage, horticulture, protéagineux).

En considérant l'ensemble du champ d'application, près de 10 000 spécialités commercialisées sont autorisées à la vente en France, composées de 700 à 800 matières actives différentes et pour environ 800 demandeurs. On peut estimer que 500 à 600 nouvelles spécialités et 15 à 20 nouvelles matières actives s'y rajoutent tous les ans.
En 1990, 16 nouvelles matières actives autorisées à la vente contre 12 en 1989 : 7 herbicides, 4 insecticides-acaricides, 1 fongicide, 1 régulateur de croissance, 3 divers.

Charge financière pour l'agriculteur : pour l'ensemble de l'agriculture française, de 1970 à 1986, la part des produits phytosanitaires par rapport aux autres consommations intermédiaires a plus que doublé et se rapproche de plus en plus de la charge engrais. En 1991, le poste phytosanitaire a représenté 11,2% des consommations intermédiaires. Depuis 1990, la part des dépenses phytos dans les coûts d'exploitation est à peu près constante (7% en viticulture et 5% en arboriculture). Cependant, en valeur absolue, les coûts de la phytopharmacie varient considérablement d'une culture à une autre ; les plus gros consommateurs de produits de traitement étant les arboriculteurs et les maraîchers (+ de 1 500 F/ha en 1985), les viticulteurs (1 000 à 1 800 F/ha), puis les cultivateurs de céréales et grandes cultures (600 à 700 F/ha).
En dépit des masses financières importantes, tant en matière de production que de consommation de pesticides, le coût de la protection phytosanitaire est relativement modéré. Par exemple, en céréaliculture, seulement 9% des charges d'exploitation sont consacrées au poste phytosanitaire alors que les engrais correspondent à 15% des frais. Dans le domaine du maraîchage, il représente seulement 3% des charges d'exploitation alors que les semences représentent 10%.
Pour la première fois en 1991, les achats des agriculteurs en engrais et en produits phytosanitaires ont diminué : ce sont les effets d'un changement de comportement dans l'agriculture.

Importance des contrôles phytosanitaires : depuis le 1er janvier 1988, l'accord de Schengen, conclu entre le Bénélux, l'Allemagne et la France, limite les contrôles phytosanitaires entre ces 3 pays aux seuls produits présentant des risques de contamination importants.
Au cours de la décennie 1978-1987, 110 agents titulaires en moyenne par an ont été requis pour remplir ces tâches auprès de 133 agences de douane réparties sur l'ensemble du territoire.
Pour cette même période, les interventions du Service de la protection des végétaux (SPV) sont :
- à l'importation : en 1987, 3 049 216 t de produits végétaux traitées, pour 216 900 certificats phytosanitaires ; en moyenne par an sur cette décennie, 3 280 000 t de denrées ont fait l'objet de 218 000 interventions.
- à l'exportation : en 1987, 13 673 854 t traitées pour 213 690 certificats ; en 1989, trafic de produits végétaux = 38 millions de tonnes (sans doute 50 millions à l'échéance de l'an 2000).

Opérations de contrôle phytosanitaire
Quantité (t) Interventions
Exportation vers des pays tiers
Importations en provenance des pays tiers
Exportations vers la CEE
Importations en provenance de la CEE
Total
  1 070 000
     780 000
12 650 000
  2 500 000
17 000 000
        16 000
        20 000
      194 000
      190 000
      420 000


Nouvelle échelle des taxes d'homologation des pesticides (arrêté du 14 mai 1991, JO du 12 juin 1991 : taxe suivant le degré de toxicité du produit) :
- hautement toxique, toxique, cancérigène, tératogène, mutagène      25 000 F ;
- nocif, irritant, corrosif                                                                    15 000 F ;
- non classé                                                                                       5 000 F ;
- non classé et persistant                                                                    2 500 F.
A l'heure actuelle, 80% des produits qui sortent des pulvérisateurs sont perdus, soit qu'ils n'atteignent pas les plantes, soit qu'ils n'adhèrent pas ou n'y pénètrent pas suffisamment avant d'être lessivés par les eaux de pluie ou d'être dégradés par la lumière.

[R] 6. Coût d'un produit phytosanitaire

Les nouvelles matières actives doivent faire face, pour arriver sur le marché, à des exigences de plus en plus élevées en matière d'écotoxicologie en particulier : le coût des études réservées à l'impact d'une nouvelle molécule sur l'environnement a été multiplié par un facteur 3 au cours de ces 10 dernières années et représente aujourd'hui 10% des investissements nécessaires à l'obtention d'une 1ère homologation.
Toutes les données concordent actuellement pour estimer le coût de développement d'un produit agrochimique, sans tenir compte des produits n'allant pas jusqu'à l'autorisation provisoire de vente (APV), à 67,7 millions de francs. La durée de la mise au point d'un nouveau produit est d'environ 8 ans ; les chances de succès pour le nouveau produit d'atteindre le stade suivant sont de 1/22 500 (=22 500 molécules testées pour 1 produit en APV, autorisation provisoire de vente).
Le coût de développement d'un produit agrochimique, en tenant compte des produits n'aboutissant pas à une APV, sont de 622 millions de francs (dont environ 1/3 pour les études toxicologiques).
Les coûts de mise au point des produits augmentent : la recherche est de plus en plus pointue, de plus en plus équipée, de plus en plus exigeante. La mise au point des produits est donc de plus en plus chère alors que le temps d'utilisation exclusive, permis par la prise de brevets, lui, n'augmente pas. Il y a quelques années, on sortait 1 molécule sur le marché pour 10 000 synthétisées, maintenant c'est 1 sur 20 000 ou même 25 000. De ce fait, une dizaine seulement de ces molécules est présentée chaque année par l'industrie phytosanitaire (11 ont été présentées à la conférence de Brighton en 1991), et l'horizon des industriels est immédiatement mondial (on ne développe pas une molécule pour un marché étroit et on examine en priorité les cultures majeures = riz, maïs, vigne, soja...).
Le problème du coût doit être relié à la courbe de vie d'un produit : la phase de rentabilisation est courte : 20 ans de brevet dont 5 à 6 ans absorbés avant la mise sur le marché.
A titre de comparaison : 231 millions de $, tel est, selon la Pharmaceutical Manufacturers Association, le coût du développement d'un nouveau médicament en 1990 (54 millions en 1976), soit environ 15 fois plus que celui d'un nouveau pesticide.

Coût d'un produit phytosanitaire /phase de développement
Phase de développement
durée
(années)
coût
(106 F)
chances
de succès
Recherche
1ère synthèsetests labo et serres
2e synthèse, essais au champ et en petites parcelles
1
2
0,021
0,77
1/150
1/20
Développement

Amélioration, synthèse,développement, innocuité
Formulation, essais biologiques,études toxicologiques,
homologations
2

3
9,45

59,85
1/5

1/1,5
total 8 70 1/22 500


[R] 7. Coût et place dans le marché de la lutte biologique
Le marché des biopesticides représente 1% du marché des pesticides, soit environ 90 millions de $, mais on prévoit que ce chiffre va augmenter de 5 à 10% d'ici l'an 2000, ce qui représentera alors un marché d'environ 300 millions de dollars (selon une autre estimation, il serait de 1 milliard de $ en l'an 2000).
D'après une information fournie par la firme Calliope, il y aurait, en décembre 1991, 32 biopesticides en cours d'homologation dont 18 insecticides, 7 fongicides, 3 herbicides.
Les produits à base de Bacillus thuringiensis (Bt) représentent environ 90% du marché des biopesticides ; les ventes de Bt ont plus que doublé ces 4 dernières années et on pense que, dans l'avenir, elles vont augmenter de 20% ou plus par an : les toxines de Bt sont de plus en plus utilisées dans les plantes transgéniques.
La production annuelle de Bt est de 2 à 3 000 t et devrait atteindre les 10 000 t d'ici l'an 2000.
Le Bt est surtout utilisé en cultures et en forêts en Amérique du Nord (57,2 millions de $), en Europe occidentale (0,7 millions de $), en Amérique centrale et du Sud (8,1 millions de $), en Afrique et au Moyen-Orient (12,9 millions de $), en Extrême-Orient (24 millions de $) et en Australie (2,1 millions de $).
Mycogen (USA), qui possède plusieurs milliers de souches d'origines différentes de Bt, annonce qu'elle dispose à présent de souches toxiques non seulement pour des Nématodes mais aussi pour des Protozoaires, des Trématodes, des Homoptères et la Mouche domestique. Les délais prévisibles de mise sur le marché seront probablement de l'ordre de 5 ans au minimum. Sur les 39 brevets portant sur des souches de B. thuringiensis, 22 sont détenus par Mycogen.
Rappel : B. thuringiensis a été découvert pour la 1ère fois dans des larves de Ver à soie malades, en 1901, par le Japonais Ishiwata ; le 1er produit a été commercialisé en 1958 aux USA ; en France, les premiers produits commercialisés furent la Bactospéine et le Dipel en 1972. La période d'homologation est relativement courte (6 mois à 1 an) et le coût est relativement faible (max. 500 000 $) (contre 7 à 10 ans et plusieurs millions de $ de coût pour l'homologation d'insecticides).
En 30 ans d'utilisation, 2 cas de résistance seulement ont été signalés (Plodia interpunctella en grains stockés et Plutella xylostella sur légumes). Ceci s'est produit depuis 1986 dans des cultures ayant subi de très nombreux traitements (jusqu'à 15) avec des souches de Bt. Le développement de la résistance à Bt commence à faire du bruit. Après Hawaï (où la résistance à Bt chez Plutella xylostella a doublé entre 1986 et 1989), des résistances ont été décrites dans l'Etat de New York, en Floride, au Japon et aux Philippines ; à tel point qu'industriels - dont ceux qui ont créé en juin 1991 un consortium pour l'étude de ce phénomène - et associations pour l'environnement se sont mis d'accord sur le besoin de mettre en place des stratégies pour combattre cette résistance.
70 000 ha de terrain ont été traités en Italie avec Bt depuis le début de sa mise sur le marché.
L'intégration de Bt dans les programmes de lutte entraîne des bénéfices financiers substantiels pour les maraîchers : une étude sur céleri montre que le programme lutte intégrée avec Bt donne un bénéfice net de 1 047 $/ha (contre 393 $/ha pour un programme pesticide conventionnel).
Production de virus : en France, le pilote de production de l'unité du Magneraud a une capacité de production de 75 000 chenilles virosées/jour, assurant, après les pertes dues à l'extraction et à la formulation, la possibilité de traiter 30 ha de cultures ; l'usine de production commerciale conçue par la société Calliope doit permettre d'atteindre, en continu, une production journalière de l'ordre de 200 000 chenilles virosées.
Utilisation du champignon Beauveria bassiana contre la Pyrale du maïs en France : ce traitement présente une bonne efficacité, de l'ordre de 75%, à un coût équivalent à celui des insecticides chimiques actuellement utilisés.
Les Trichogrammes (5) sont utilisés dans plusieurs pays parfois sur de très grandes surfaces pour détruire les Lépidoptères ravageurs des cultures : 7 millions d'hectares de cultures sont traités/an dans la CEI (ex-URSS) par des lâchers massifs de Trichogrammes, 1 million d'hectares en Chine, 350 000 ha aux USA et 1 million d'hectares au Mexique.
Utilisation des Trichogrammes contre la Pyrale du maïs en France : une unité pilote de fabrication (Valbonne) pour traiter annuellement près de 15 000 ha fournit 14 milliards d'oeufs d'Ephestia kuehniella comprenant 3,5 milliards de Trichogrammes dont les arrêts de développement sont thermiquement contrôlés.
En 1989, cette unité a produit la quantité de Trichogrammes nécessaire pour traiter 10 000 ha de maïs dont 7 000 en France, 3 000 en Autriche, Allemagne et Suisse. Finalement, explique B. Raynaud, sous-directeur de l'Union nationale des coopératives agricoles d'approvisionnement (UNCAA), l'application de Trichogrammes ne revient pas plus cher que les traitements chimiques (son coût est de l'ordre de 290 F/ha), avec d'aussi bons résultats ; pour 1990, il prévoyait une production permettant de traiter 11 000 ha.
En 1991, l'unité pilote a permis de traiter 14 200 ha de maïs. Les travaux de construction d'une usine, sur le même site que l'unité pilote (Valbonne) ont démarré. Il est prévu de pouvoir traiter à terme 60 000 ha, avec une 1ère phase de 30 000 ha dès 1993 (comm. pers. de M. Kabiri, UNCAA, déc. 1991).
Insecticides perturbateurs de la mue et régulateurs de croissance : le 1er produit, le diflubenzuron, a été lancé en 1977 ; le chiffre d'affaires n'a jamais dépassé 30 millions de $ ; depuis, de très nombreuses substances ont été lancées ou vont l'être prochainement et, pourtant, le chiffre d'affaires prévisionnel pour 1995 n'arrive pas à dépasser les 200 millions de $ bien que des brevets pour près de 200 produits aient été déposés ces dernières années.
La valorisation économique de programmes d'introduction-acclimatation en lutte biologique est tout à fait remarquable puisque les experts s'accordent à considérer qu'un programme réussi permet une économie de 30 $ pour 1 investi. Au delà de cette moyenne, des succès remarquables ont été enregistrés ; ainsi on estime que de 1985 à l'an 2000, le programme de lutte contre la Cochenille du manioc aura coûté près de 15 millions de $ pour une économie de plus de 200 millions de $.
Un producteur anglais de concombres dépensait 20 000 £/an d'insecticides chimiques ; en 1981, il construisit une unité de production d'Encarsia formosa et de Phytoseiulus persimilis pour un coût de 20 000 £ ; depuis, la dépense en pesticides ne s'élève qu'à 1 000 £ alors que l'obtention de produits sans résidus lui donne une plus-value de 500 000 £.
Cependant, les données ne sont pas toujours aussi éloquentes et exigent d'être estimées avec rigueur ; aussi, bien que rentable en France, le coût de la protection biologique annuelle d'1 ha de pommes est inférieur de 30 £ au coût de la lutte chimique en Angleterre ; en fait, on doit soustraire à ce bénéfice d'une part 9 £/ha de coût salarial supplémentaire et 60 £ de pertes dues au fait qu'en moyenne 4% supplémentaires de fruits sont attaqués.
A Cavaillon (France), un agriculteur utilise la lutte intégrée depuis 7 ans sur 1,5 ha de tomates sous serre en hors sol (Encarsia formosa contre les Aleurodes et Diglyphus isaea contre la mineuse). Le coût de cette lutte est de 1,60 à 2 F du m2.
L'acclimatation d'auxiliaires exotiques est une méthode peu coûteuse : 1 $ investi en lutte biologique classique rapporterait 30 $ contre 5 en lutte chimique ; on estime que 35% des introductions tentées sont écologiquement stables et 60% d'entre elles ont une incidence économique sensible, bien qu'un succès complet n'ait été observé que dans 16% des cas.
En France, en cultures protégées, la lutte biologique n'a cessé de se développer pour atteindre aujourd'hui plus de 800 ha de cultures sous serre, essentiellement de tomates (600 ha) et concombres (150 ha).
Après plus d'un siècle de lutte biologique classique (6), les entomologistes dressent un bilan : seuls 0,2% des 67 000 ravageurs connus ont pu être maîtrisés au moyen de l'introduction d'auxiliaires exotiques.
La ferme de Nagele (Hollande), possède 3 systèmes expérimentaux de culture : écologique, conventionnel et intégré. Les rendements obtenus entre 1985 et 1988 pour les 3 types de systèmes agricoles montrent que, pour la plupart des espèces qui y sont cultivées, le rendement a été plus faible dans les systèmes intégré et écologique que dans le système conventionnel : moins 9,8% et moins 25,5% en moyenne respectivement. Dans le système intégré, les apports totaux de pesticides ont été diminués de 63%.
En France, un groupe de chercheurs et techniciens de plusieurs organismes (CETIOM, ITCF, ACTA) met en place actuellement 4 expériences de systèmes intégrés (Meuse, Calvados, Toulouse, Essonne) : l'objectif est de réduire de 35% les apports d'engrais et de pesticides sur toutes les rotations mises en place ; les résultats devraient être connus en 1991.
Les différents bilans économiques réalisés depuis 1970 confirment que l'économie réalisée sur le coût de la protection phytosanitaire peut atteindre en lutte raisonnée 30 à 40% par rapport à la lutte conventionnelle, et ce malgré l'utilisation de produits spécifiques généralement plus chers.
En Indonésie, où environ 60 insecticides ont été retirés du marché à partir de 1986, on a pu constater que l'adoption de la lutte intégrée en riziculture n'entraînait pas de perte de rendement et permettait au gouvernement d'économiser 150 millions de $/an en fourniture d'insecticides ; malgré cela, l'utilisation de la lutte intégrée ne concerne encore que 3,7% des agriculteurs asiatiques (1%, d'après Agrow).

Comparaison des coûts insecticides biologiques / chimiques
dans l'exemple de 1 000 m2 de concombre sous verre (en DM/m2)

produits coût moyen
Encarsia formosa
Phytoseiulus persimilis
Amblyseius barkeri
Aphidoletes aphidimyza

Aphidius matricariae

Coût de la main d'oeuvre pour 20 h
    0,20
    0,20
    0,20
    0,20
    0,20

500
Coût total lutte biologique
Coût insecticides chimiques
     1,5
     0,5 à 0,7

[R] 8. Organismes transgéniques, micro-organismes recombinés

En 1991, l'USDA a autorisé 88 essais au champ de plantes génétiquement modifiées (en tête Monsanto avec 16 essais, puis Calgène 10 ; les 3 plantes les plus testées sont la pomme de terre, le maïs et la tomate).
L'European Patent Office a actuellement 35 demandes de brevets sur des animaux transgéniques et plus de 100 demandes concernant des plantes transgéniques.
Le marché américain potentiel du cotonnier génétiquement modifié (pour ses qualités textiles, pour sa résistance aux herbicides ou pour la qualité de son huile) serait de 400 millions de $, d'après Genetic Technology News.
Selon Monsanto, des variétés de coton transgénique, porteuses de gènes de résistance aux larves de Lépidoptères issus de la bactérie Bacillus thuringiensis pourraient être mises à la disposition des agriculteurs américains vers 1995.
Les autorisations pour des essais en plein champ de plantes transformées sont de plus en plus nombreuses. L'Environment Canada's Biotechnology Section a ainsi annoncé que leur nombre est passé de 5 en 1988 à 25 en 1989 et 27 en 1990. Pour cette dernière année, les essais ont porté sur 7 espèces différentes : le canola, le lin, la luzerne, la tomate, le tabac, le maïs et la pomme de terre.
Une étude récente, réalisée par le ministère allemand de la Recherche et de la Technologie sur les organismes recombinés relargués dans l'environnement, a permis de dénombrer 167 expériences de ce type de par le monde ; la majorité d'entre elles (112) concernent des plantes transgéniques, les autres concernent soit des micro-organismes (36) soit des virus (19).
Comparée aux USA qui restent, en quantité, en 1ère position avec 76 expériences depuis le printemps 1988, l'Europe est assez active, et plus spécifiquement la France, la Belgique et le Royaume-Uni. Ainsi, en France, 28 essais en champ sont officiellement recensés dont 19 avec des plantes transgéniques ; en Belgique, ce nombre s'élève à 12 (dont 10 avec des plantes transgéniques) et à 8 au Royaume-Uni.
Les Pays-Bas, l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne, la Suède et la Finlande ont respectivement 6, 3, 2, 1,1 et 1 essais en champ impliquant des organismes recombinés.
Créée en 1986, la Commission française du génie biomoléculaire reçoit, au fil des années, un nombre croissant de dossiers concernant l'utilisation dans la nature d'organismes génétiquement manipulés : 8 en 1987, 15 en 1989 et 32 en 1991 (30 sur les plantes, 1 sur les animaux transgéniques et 1 sur un vaccin vivant). En 1991, elle a rendu 21 avis favorables dans les conditions d'expérimentation proposées, 10 en attente après que les conditions expérimentales soient revues et 1 dossier a été retiré.
La 2e conférence internationale sur le thème Release of genetically engineered microorganisms (REGEM 2), qui s'est tenue début août 1991 à Nottingham, a été l'occasion de faire le point sur le développement de ces techniques, par comparaison avec la réunion précédente 3 ans auparavant. On compte actuellement plus de 200 essais en milieu ouvert aux USA et presque 200 dans les pays de l'OCDE, la plupart sur des plantes.
Le génie génétique pourrait améliorer significativement les rendements des cultures dans les décennies à venir ; les organismes modifiés pour lutter contre les ravageurs, les mauvaises herbes et les pathogènes pourrait aider à réduire la perte, qui est d'environ 37% (plus de 64 milliards de $), de production agricole due aux ravageurs. Ces organismes modifiés peuvent partiellement réduire une partie des 4 milliards de $ dépensés en application de pesticides, qui non seulement détruisent les ennemis naturels mais posent aussi des problèmes sociaux, d'environnement et de santé publique.
Une enquête effectuée auprès d'un échantillon de 870 consommateurs hollandais indique que ceux-ci ne sont pas très chauds pourt utiliser des produits de l'ingéniérie génétique.Parmi eux, 75% savaient de quoi il s'agissait et parmi ces 75%, 75% détenaient leur savoir des médias en général.


[R] Encadré

La littérature phytosanitaire spécialisée

Recensement des documents publiés en 1991 par interrogation de la base du Commonwealth Agricultural Bureaux (CAB), accessible par un organisme serveur (renseignements auprès de l'auteur de l'article).
A noter que la même interrogation peut se faire - en français - sur la base française PASCAL du CNRS (qui comporte une section Zoologie agricole), accessible par Minitel, en composant le n° 36 29 36 01. Les deux bases sont complémentaires.
mot-clé (CAB) effectif mot-clé équivalent (PASCAL)
pest control
insect control
integrated control
pest management
integrated pest management
supervised control
biological control
microbial pesticides
pesticide resistance
chemical control of insects
crop damage by insects
books & pest control
genetically modified organisms
552
039
249
201
231
002
817
259
028
327
004
034
006
lutte contre les ravageurs
lutte contre les insectes
lutte intégrée
lutte anti-déprédateur
lutte intégrée
lutte dirigée
lutte biologique
pesticides microbiens
résistance aux pesticides
résistance aux insecticides
dégâts aux cultures par les insectes
livres & lutte contre les ravageurs
organismes génétiquement modifiés


Notes

(1) Ce texte, écrit pour InfoZoo n°6 (février 1991) a été mis à jour par l'auteur pour sa publication dans le Courrier. InfoZoo est le bulletin d'information des zoologistes de l'INRA, édité par le département de zoologie (La Minière, 75285 Guyancourt). [VU]
(2) NDLR: le logiciel hypermédia européen sur disque compact HYPP (annoncé dans le Courrier n°17, p.93), qui présentera, en textes et surtout en images, les ennemis des cultures les plus importants en Europe occidentale, comportera aux alentours de 350 "fiches" de ravageurs. [VU]
(3) Pour la résistance à Bacillus thuringiensis, voir en 8, ci-après. [VU]
(4) Organisation internationale de lutte biologique / section-paléarctique [VU]
(5) Voir à ce propos l'article de Nicole Hawlitzky, la lutte à l'aide de Trichogrammes, paru dans le Courrier de la Cellule Environnement de l'INRA n°16, pp.9 à 26.[VU]
(6) Le Courrier de la Cellule Environnement de l'INRA a traité, dans son n°15 de novembre 1991 de "La lutte biologique: un aperçu historique" sous la plume de P. Jourdheuil, P. Grison et A. Fraval (pp. 37-60).[VU]


[R] Références bibliographiques et sources

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