Le Courrier de l'environnement n°28, août 1996

Ethnographie et développement durable
Une étude de cas dans une zone d'Andalousie orientale (1)

Franquisme et modèle autarcique de développement
Les innovations techniques et le modèle de développement
Imaginaire et pragmatisme
Citadins et ruraux : les conflits autour de l'environnement
Conclusions

Bibliographie


Cet article a pour objet de décrire une zone rurale de l'Andalousie méditerranéenne qui, depuis environ trois décennies, s'est notablement transformée sur une bonne partie de son territoire, grâce à l'adoption de nouvelles techniques culturales, dont, en particulier, l'installation de serres en plastique bien adaptées à la production d'extra-primeurs.
Cette zone, dont le nom traditionnel est campo de Nijar, est située au nord de la province d'Alméria. Son climat semi-aride se caractérise par une moyenne annuelle d'ensoleillement extrêmement élevée et par un faible niveau pluviométrique. deux tendances méritent d'être soulignées pour une bonne compréhension de ce processus. La première, et la plus ancienne, concerne un programme de colonisation durant le régime franquiste qui a été suivi quelques années plus tard d'une série d'initiatives privées destinées à améliorer les techniques de production ; à leur tour, ces améliorations ont entraîné un certain nombre de modifications des processus de travail agricole, ainsi que de profonds changements dans la structure de la propriété ; finalement, elles ont conduit les petits exploitants agricoles locaux, nouvellement installés dans la région, à accroître progressivement leurs investissements productifs. La seconde tendance, plus récente, s'amorce avec la décision prise en 1987 par les pouvoirs publics régionaux de créer un parc naturel, à proximité de la zone d'extension des cultures intensives.
Un trait commun caractérise ces deux périodes : le manque de participation des producteurs agricoles et, plus généralement, des résidents locaux, dans les processus de décision affectant leur propre habitat et ce malgré le retour de l'Espagne à un régime démocratique. Aujourd'hui, les rapports entre les acteurs locaux et les pouvoirs publics sont toujours inspirés du même modèle vertical que celui qui structurait l'ensemble des rapports sous le franquisme. Dans la description de chacune de ces périodes, nous efforceront de souligner les contraintes économiques objectives, tout en tenant compte des facteurs écologiquement limitants et des conflits qui en résultent.

[R] Franquisme et modèle autarcique de développement

En 1952, quelque six mille hectares situés au coeur de la plaine de Nijar firent l'objet d'un programme officiel d'irrigation selon les modalités fixées par le régime franquiste et appliquées dans d'autres régions d'Espagne. Néanmoins, dans le cas précis de la région de Nijar, l'envergure du projet ne se refléta pas dans les faits : à l'issue de sa mise en application, entre 1953 et 1961, dix-sept puits, seulement, avaient été creusés, tandis que la mise en place du réseau d'irrigation ne concernait au plus que 540 ha, qui avaient fait l'objet d'une expropriation et d'une redistribution à de petits exploitants, le reste demeurant entre les mains de particuliers. Toujours selon le plan de colonisation, chaque famille de colon avait droit à un lopin de terre cultivable de 4 ha, superficie qui fut réduite de moitié par la suite avec l'introduction de nouvelles techniques productives. Dans cette première période, quatre villages de colonisation furent construits près des champs de culture. Il convient de préciser que la réforme agraire appliquée sous le franquisme ne visait pas à une redistribution de la grande propriété mais simplement à un maintien de la population dans les zones rurales les plus déshéritées moyennant une consolidation de la petite exploitation directe et grâce à l'aide technique et financière de l'Etat. Cette réforme s'inspirait essentiellement d'un modèle de développement autarcique et paternaliste (Bosque Maurel, 1984) qui pouvait difficilement survivre longtemps au régime qui la fondait, puisqu'elle ne tenait aucunement compte du marché, du moins à ses débuts. Le choix des méthodes de culture, le choix des produits cultivés et l'écoulement des produits étaient du ressort des représentants locaux du gouvernement. Les premiers colons qui avaient eu droit à un lopin de terre, à l'issue de la sélection faite par l'organisme responsable de l'opération de colonisation, l'Instituto de colonización, devait se soumettre à ses directives. De fait, l'institut de colonisation se servit de la zone comme d'un terrain favorable à l'expérimentation de cultures adaptées à un climat semi-aride. Les descriptions faites par les premiers colons soulignent le manque d'initiative dans lequel les tenaient les agents de l'Institut (Provansal et Molina, 1991). C'est probablement la raison pour laquelle cette première période se solda par un échec. Plusieurs colons abandonnèrent leurs terres ; ceux qui demeurèrent sur place furent amenés, comme nous allons le voir, à modifier du tout au tout le modèle cultural qui leur avait été imposé au début de l'opération.

[R] Les innovations techniques et le modèle de développement

Grâce à une initiative individuelle, selon la version locale, ou grâce à l'initiative de l'Institut de colonisation, selon la version officielle, un nouveau modèle cultural fut adopté au milieu des années soixante. Cela consistait à aménager des carrés de culture recouverts d'une épaisse couche de fumier que l'on recouvrait à son tour de sable et que l'on protégeait des variations climatiques par une haie serrée de roseaux. Le sable permet de retenir l'humidité et signifie donc une économie d'eau par rapport aux techniques traditionnelles d'arrosage. De surcroît, il retient plus longtemps la chaleur et favorise une croissance plus rapide des plantes, ouvrant ainsi aux cultivateurs de nouveaux débouchés, notamment celui des primeurs. Par la suite, ces haies furent remplacées par des revêtements en plastique, sous forme de tunnels, puis de serres. Très performant dans ses résultats, ce modèle fut rapidement adopté par l'ensemble des colons, provoquant en outre un afflux de nouveaux arrivants. Contrairement aux colons, il s'agissait de petits propriétaires privés qui avaient acheté un lopin de terre, généralement grâce à l'argent épargné en émigration. Ces parcelles étaient pour la plupart issues du démembrement des grandes ou moyennes propriétés voisines du périmètre irrigué qui n'avaient pas été soumises à expropriation (2). Elles permettaient ainsi, à une famille de petits cultivateurs de tirer sa subsistance d'une surface réduite - entre 2 et 2,5 ha en moyenne. Au cours des années soixante-dix, les agriculteurs cherchèrent encore à améliorer leur rendement en pratiquant deux campagnes : campagne d'hiver pour les tomates, les pastèques et différentes variétés de melons et campagne d'automne pour les haricots verts, les courgettes, les poivrons et les concombres. Ces nouvelles cultures impliquaient des contraintes différentes, en particulier une intensification du travail pendant les récoltes. Toutefois, la contrainte la plus forte qui pesait sur l'ensemble de la région et sur les cultivateurs en particulier, était d'ordre écologique : ce développement rapide et en quelque sorte imprévu menaçait la nappe phréatique dont les ressources n'étaient pas renouvelables. Cette situation créa un nouveau malentendu entre les organismes publics et les producteurs. Quelques précisions semblent nécessaires à cet égard. Tandis que le nombre de petits exploitants privés augmentait, un coup de frein était donné au programme officiel de colonisation, notamment au développement du système d'irrigation. Au début des années soixante-dix, un nouvel organisme, l'IRYDA, Instituto de Reforma y de Desarrollo Agrario, venait remplacer l'Institut de colonisation. Il avait pour mission de gérer le contentieux de toutes les opérations de colonisation, qui, désormais, ne correspondaient plus à la nouvelle orientation politique en matière agraire et d'administrer les réseaux publics d'irrigation. de fait, à Campo de Nijar même, il existait davantage de puits privés que de puits gérés par l'IRYDA. Comme cela a déjà été souligné, ces puits existaient antérieurement à l'opération de colonisation sur les domaines non soumis à expropriation. L'eau de ces puits a donc été vendue aux petits exploitants privés à un prix bien supérieur à celui des puits publics. D'où la pression exercée localement sur l'administration pour qu'elle multipliât les forages mais rien n'y fit. En 1973, la décision fut prise d'interdire tout nouveau forage. Dès lors, les subventions publiques furent soumises à restriction, afin de décourager l'installation de nouvelles exploitations agricoles. Celles-ci continueront à apparaître et à accroître leur superficie mais à un rythme beaucoup plus lent. Si l'on compare la commune de Nijar à une région voisine - Campo de Dalias - également consacrée aux cultures intensives, l'on peut dire sans risque de se tromper que le développement à Nijar a été beaucoup moins spectaculaire et plus lent qu'à Dalias (3). Les mesures restrictives concernant l'eau et les crédits ont signifié un changement de tendance pour les petits exploitants agricoles de Nijar : la relative prospérité qu'ils avaient atteint au prix d'un dur labeur leur a semblé menacée et ils en ont rendu responsables les pouvoirs publics. A cela s'ajoute un certain nombre de facteurs négatifs liés au marché : concurrence d'autres régions plus performantes comme celle de Dalias, absence totale de contrôle sur les réseaux de distribution, etc., qui les a amenés à adopter chaque fois des techniques plus coûteuses et plus complexes, comme les serres en plastique à deux toits, l'irrigation au goutte à goutte et à abuser des fertilisants chimiques et des pesticides pour maintenir leurs rendements et leurs bénéfices ; tout cela au détriment de l'environnement et de la qualité des produits.

[R] Imaginaire et pragmatisme

Le fait que ces petits exploitants n'aient ni la maîtrise du marché ni celle des décisions concernant leurs moyens de production, en particulier l'eau, ne facilite guère le sens de leur responsabilité vis-a-vis de l'environnement. Il est intéressant à cet égard de souligner comment les petits producteurs locaux ont réagi aux mesures prises par les pouvoirs publics pour limiter la consommation d'eau. En effet, pendant les années quatre-vingt, alors que l'épuisement de la nappe phréatique et la qualité médiocre de l'eau, notamment son degré de salinité élevé, étaient la préoccupation majeure de l'administration dans toute la province, nombreux furent les exploitants agricoles qui refusèrent la version officielle et lui préfèrèrent un mythe local : selon un radiesthésiste de la région qui s'appuyait sur d'anciens récits de bergers et de pêcheurs, la nappe phréatique de Nijar serait alimentée par une rivière souterraine traversant la Méditerranée en provenance de Sibérie. A plusieurs reprises, au cours de notre travail de terrain, nous avons pu constater combien les agriculteurs avaient à coeur de réfuter le rapport officiel sur l'eau de la zone d'agriculture intensive, ainsi que le résultat des contrôles périodiques sur les niveaux de l'eau et sa composition chimique. Pour eux, ces rapports se fondaient sur des données fausses puisqu'ils démentaient le rapport initial réalisé par une entreprise allemande, préalablement à l'opération de colonisation, et ne faisaient que refléter le parti-pris des pouvoirs publics cherchant à favoriser d'autres zones. Néanmoins la réalité finit par s'imposer d'elle-même : parallèlement à leur propre interprétation locale, un certain nombre de petits exploitants prirent des dispositions pour améliorer l'usage de l'eau. Une association locale d'usagers de l'eau - La SAT, Sociedad Agraria de Transformacion - dont la création remonte à plus d'une vingtaine d'années auparavant, compte à l'heure actuelle près de 1 500 associés, autrement dit à peu près la moitié des agriculteurs opérant dans la zone. Ils ont réussi à maintenir des prix modérés et, sans adopter tout à fait le pessimisme de l'administration, ils ont pris progressivement conscience des problèmes liés à l'eau, denrée rare localement et, de surcroît, de médiocre qualité. En outre, au printemps dernier, ils ont engagé des négociations à l'échelon régional et provincial pour que les pouvoirs publics dégagent les crédits nécessaires à la modernisation du vieux système d'irrigation. Même réalisme en ce qui concerne la planification de la production : alors que, au début de l'agriculture intensive, les exploitants faisaient preuve d'un comportement individualiste marqué, élaborant chacun pour soi et sans aucune concertation leurs stratégies de production et de commercialisation, par peur de la concurrence locale, ils ont fini par admettre que c'est seulement en s'associant entre eux qu'ils pourront affronter avec succès la concurrence de régions voisines et tenir leur place sur le marché. Après plusieurs tentatives infructueuses, une coopérative de commercialisation, Coprohnifar, a été créée il y a quelques années ; non seulement, elle réglemente la production entre les différents maraîchers qui en font partie et joue le rôle d'interlocuteur autorisé vis-à-vis des acheteurs extérieurs, mais elle contribue à faire prendre conscience aux producteurs de leur responsabilité en matière écologique, et plus précisément des conséquences néfastes engendrées par un abus de pesticides.


illustration
carte CB

[R] Citadins et ruraux : les conflits autour de l'environnement

Campo de Nijar jouit d'un paysage insolite et sauvage où alternent zones de steppe, désert, marais salant et zones montagneuses recelant de riches ressources minières. Le littoral, au relief escarpé, se déploie capricieusement sur plusieurs dizaines de kilomètres pratiquement inhabités. L'espace semi-maritime, semi-terrestre qui borde le lieu-dit Las Salinas de Cabo de Gata constitue une réserve naturelle d'espèces végétales et animales uniques en Europe. Pour toutes ces raisons, le littoral de Campo de Nijar a toujours représenté pour les habitants de la ville d'Alméria un endroit privilégié et protégé, parce que à l'écart des zones du tourisme de masse, où ils allaient passer leurs week-end et leurs vacances. Face à l'extension des cultures sous serres et à l'augmentation des déchets de plastique, ces résidents temporaires ont réagi et se sont mobilisés pour protéger ce qu'il considéraient comme leur petit paradis écologique. Plusieurs association locales de défense de l'environnement se sont créées. Grâce à l'appui dont elles ont bénéficié à l'échelon provincial, elles ont obtenu la création d'un parc naturel en 1987, le parc de Cabo Gata-Nijar. Le terroir du parc couvre essentiellement le bord de mer et une étroite frange de l'intérieur qui ne comporte qu'un très petit nombre de parcelles cultivées. Toutefois, les limites du parc ont tracé une frontière symbolique entre le périmètre de cultures intensives et la zone avoisinante où, désormais, elles peuvent s'étendre. En effet, toute nouvelle installation de serre en plastique est formellement interdite sur le territoire du parc, tandis que les initiatives de promotion touristique ou immobilière sont sévèrement contrôlées et que les villages situés dans l'enceinte du parc sont soumis à de nombreuses restrictions en matière urbanistique. Or, ceci est un autre sujet de friction entre les pouvoirs publics et la population résidente. En effet, le tourisme, essentiellement de caractère familial - restauration et hébergement rustiques - a constitué une source de revenus pour un certain nombre de foyers non liés à l'agriculture. Pour eux aussi, le parc naturel représente un facteur plutôt négatif, tandis que pour la population possédant quelques arpents de terre ou quelques mètres carrés de terrain, dans la zone côtière, il ferme la voie à toute éventuelle opération foncière et, par là même, à toute espérance de gain, si petit soit-il, à travers la revalorisation et la vente de leur modeste capital foncier. En somme, le modèle de développement durable qui, sans conteste, a suscité l'initiative des pouvoirs publics actuels et la création du parc naturel contredit frontalement le modèle de développement antérieur, quelque peu anarchique, amorcé dans le cadre d'une politique agraire paternaliste, repris en force et corrigé par les exploitants eux-même, grâce à l'adoption des cultures intensives. Par ailleurs, ce modèle de développement durable, qui a inspiré le texte fondateur du parc et les mesures concernant sa gestion, se pose en modèle " officiel ", s'opposant ainsi au modèle " autochtone " qui se veut modèle de " survie ", car il demeure défini par les acteurs locaux comme un " gagne-pain " permettant d'éviter pour une fois l'exode auquel étaient soumis leurs parents et grands-parents. Pourtant, les temps ont changé et certains sont parvenus à obtenir de confortables gains, au prix, il est vrai, d'un dur labeur. Quand le parc a été créé, une fois de plus, les acteurs locaux se sont sentis étrangers à leur propre environnement. Néanmoins, cette décision a servi de catalyseur dans la mesure où, par la suite et dans la pratique, ce sentiment d'aliénation - dans le sens littéral du terme - a amorcé, quoique sur le mode négatif, un processus d'identification : les habitants se sont sentis dépossédés d'un territoire auquel jusque là ils ne s'étaient pas identifiés symboliquement, soit parce qu'il étaient nouveaux venus dans la région, soit parce qu'ils revenaient d'émigration, mais, qui, au moment même où des restrictions s'imposaient, devenait " leur " paysage a posteriori. A cela s'ajoute leur pratique, autrement dit leurs initiatives, en tant que collectif, et leur capacité à s'associer. Autant de facteurs qui ont contribué à les rendre progressivement conscients du potentiel esthétique de leur environnement et de sa fragilité écologique.

[R] Conclusions

En somme, sur un même territoire et autour d'un même élément symbolique, autrement dit d'un même paysage, les pratiques qui se sont instaurées et les conflits qui y sont liés ont servi de révélateur des clivages d'intérêts entre différents secteurs ou acteurs sociaux. ces conflits ont opposé les producteurs - vus de l'extérieur comme prédateurs -, les consommateurs - vus localement comme citadins privilégiés - et les gestionnaires généralement représentés par les pouvoirs publics. Les producteurs qui ont atteint un niveau de vie beaucoup plus élevé que celui auquel pouvaient aspirer leurs parents ressentent intensément la précarité de leur bien-être actuel lié à la précarité des ressources en eau, contradiction dont ils cherchent à s'échapper soit par l'imaginaire, soit par une pression sur l'administration. Ce n'est que tout récemment que la notion de " paysage " esthétiquement parlant s'est introduite timidement parmi eux, à travers un processus d'identification auquel leurs propres pratiques et leur propre capacité de reproduction ne sont pas étrangères. Pour leur part, les " consommateurs " ont une vision bucolique et poétique d'un environnement qui n'est le leur qu'en certaines périodes. De profession libérale ou intellectuelle, appartenant à la classe moyenne, ils craignent que leurs désirs d'évasion et leur goût de l'insolite soient annulés par les producteurs et ils font pression sur les pouvoirs publics provinciaux pour que les mesures de protection adoptées soient effectives. Les gestionnaires sont, entre les deux secteurs, soumis de surcroît a des contraintes électorales. De fait, on peut se demander si ces clivages ne proviennent pas du fait que les décisions publiques ont toujours prises sans consultation préalable des autochtones. Déjà, à l'époque de l'Institut de colonisation, les colons étaient soumis aux décisions de l'administration et des techniciens chargés de les appliquer. A l'époque de l'IRYDA, ce schéma vertical a persisté dans ses grandes lignes, toute décision concernant le régime de subvention ou le transfert de compétences sur le système d'irrigation étant prise sans leur avis. L'intention de l'IRYDA était de se retirer comme organe de régulation, mais la décision même de ce retrait s'est faite d'en haut, provoquent une situation de laissez-faire qui a incité les agriculteurs à s'organiser, parfois aux dépens de l'équilibre environnemental, mais pas toujours. Le parc naturel et aussi les problèmes liés à l'eau ont aidé les producteurs à admettre en partie leur rôle de " prédateur ", mais sans remettre en question bien entendu les conditions mêmes de leur subsistance. En fait, et cela nous servira pour conclure, c'est seulement à travers une identification au territoire transformé en terroir et à travers une pleine reconnaissance de ses fonctions économiques, sociales et symboliques, ainsi qu'à travers une conscience claire de la dépendance étroite qui existe entre groupes humains et espaces que la population locale peut admettre certaines contraintes, mais sous la condition expresse que ces contraintes soient discutées au préalable par les intéressés. Il ne peut y avoir de développement durable réel sans l'accord et la participation de tous les acteurs en présence et sans un modèle de rapports horizontaux entre toutes les parties impliquées.


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Notes

(1). Cet article est la synthèse abrégée d'une première phase de travail de terrain réalisé dans la région de Nijar entre 1982 et 1986 avec la participation de Pedro Molina, professeur à l'université d'Alméria, et d'une seconde phase de terrain amorcée en 1994, à laquelle a participé Carmina Gaona, étudiante en doctorat du département de Sociologie de l'université de Barcelone.[VU]
(2). Les grandes propriétés disposant de systèmes d'arrosage propres - sources ou ruisseaux exploités par norias, puits, etc. - n'étaient pas touchées par l'expropriation. Elles furent divisées en lots et vendues par leur propriétaires, lorsque les cultures intensives de primeurs s'implantèrent.[VU]
(3). Bien que disposant de deux nappes phréatiques, la zone de Dalias a été également frappée par des mesures restrictives : quoique la pratique se soit maintenue, l'installation de toute nouvelle serre en plastique y est interdite.[VU]


Bibliographie

Bosque Maurel J., 1984. Del INC al IRYDA : analisis de los resultados obtenidos por la politica de colonizacion posterior a la guerra civil. Agricultura y sociedad, 32, 153-191.
De los Llanos C., 1990. L'Andalousie dans l'Europe. L'essor du secteur fruitier et maraîcher. Madrid. Casa Velasquez.
Provansal D., Molina P. (ed.), 1991. Etnologia de Andalucia Oriental - Parentesco, agricultura y pesca. Barcelone, Anthropos.
Provansal D., Molina P., 1989. Production et reproduction en Andalousie Orientale. Information sur les sciences sociales, 28(3), 41-52.
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