Le Courrier de l'environnement n°36, mars 1999

Exemples de gestion conservatoire en Bourgogne

Missions et fonctionnement du Conservatoire
Le pâturage extensif au CSNB
Le marais des Proux
Les pelouses calcaires de la Côte dijonnaise

Bibliographie


Les menaces qui pèsent sur notre environnement, la banalisation des paysages ont provoqué des prises de conscience et la mobilisation d'hommes et de femmes de bonne volonté. Ainsi, la loi de 1976 a posé le principe de la protection de la nature. Depuis, les initiatives se sont multipliées et diversifiées. Des outils de gestion sont nés. Modestes dans un premier temps, ils ont su devenir crédibles, développant une activité de plus en plus importante : le Conservatoire des sites naturels bourguignons (CSNB) en est un exemple !

Le CSNB, association disposant de moyens assez faibles au départ, a réussi à assurer ses missions avec dynamisme et efficacité. Sa structure et son mode de fonctionnement ont permis une évolution importante des surfaces gérées. L'une des originalité de la politique de gestion du Conservatoire est, notamment, de donner une large place aux herbivores domestiques dans la maîtrise de la végétation des sites.

[R] Missions et fonctionnement du Conservatoire

Connaître, protéger, gérer et valoriser
Le Conservatoire remplit ces quatre missions. Son premier travail consiste donc à définir les sites sur lesquels il va intervenir, car " il ne sert à rien de protéger par la loi des espèces animales ou végétales sans préserver leur milieu de vie "(1). Pour cela, un conseil scientifique, constitué de spécialistes de la flore, de la faune et de la gestion des milieux, détermine les lieux et les actions prioritaires. Ce conseil a également comme rôle de valider les plans de gestion des sites. Ainsi, en Bourgogne les biotopes retenus en priorité sont :
- plans d'eau tels que bras morts, mares, vieux étangs ;
- prairies humides et tourbeuses ;
- prairies mésophiles de fauche à avoine élevée ;
- pelouses calcaires mésophiles ;
- pelouses acidophiles ;
- types de forêts rares ;
- grottes et carrières à chauves-souris.
Mais également :
- marais tourbeux acides et alcalins, molinaies calcaires ;
- trois types de landes acides (à bruyère à quatre angles, à bruyère cendrée et à genêts pileux/ajonc d'Europe) ;
- sources acides, éboulis et falaises, et sites géologiques.
La protection de sites qui ne bénéficient pas de mesures réglementaires, passe impérativement par la maîtrise du foncier. Celle-ci peut se faire de diverses façons. Par acquisition, bien sûr ; ainsi le CSNB est propriétaire de 400,2 ha répartis en 20 sites. Toutefois, il faut remarquer que les achats représentent seulement 13% de la surface gérée. L'essentiel de la maîtrise foncière, soit 81,5% de la surface, est assuré par des conventions de gestion. Ces chiffres traduisent bien la volonté d'une démarche consensuelle issue de négociations avec les propriétaires et les acteurs locaux. Enfin, le reste de la surface est loué (0,5%) ou relève de baux emphytéotiques (5%).
Cependant, disposer d'espaces n'est pas suffisant, il est également indispensable de les gérer, c'est-à-dire restaurer et entretenir leur patrimoine biologique. C'est pourquoi un plan de gestion est établi pour chaque site. Il va induire, si nécessaire, des travaux de réhabilitation qui seront réalisés par l'équipe technique du Conservatoire, un suivi de la flore et de la faune de la part du service scientifique et un entretien assuré dans bon nombre de cas par des agriculteurs et des éleveurs en fonction d'accords formalisés dans un cahier des charges.
Il est clair qu'une des priorités du CSNB est de mettre en place une gestion bien adaptée à chaque site et qui tient compte des atouts et des contraintes du terrain, en ne négligeant aucune des occasions offertes.
Néanmoins, le Conservatoire oriente la gestion de certains sites, peu fragiles, vers l'accueil du public : sentiers éducatifs, observatoires de faune, panneaux d'information, visites guidées… Mais il ne se borne pas à accueillir, il a également développé des actions de communication avec la publication d'une revue, Le Sabot de Vénus et d'un document thématique annuel Patrimoine naturel de Bourgogne. Enfin, un colloque régional rassemble tous les ans les acteurs de l'environnement en Bourgogne et leur permet de se retrouver, de s'informer et de débattre avec des spécialistes. Les actes de ces rencontres alimentent la série Patrimoine de Bourgogne qui comporte déjà six titres.

Structure, financement et fonctionnement

Le dynamisme qui se manifeste à travers les activités du Conservatoire est étroitement lié aux moyens mis en place pour assurer les missions.
En effet, le CSNB est une association d'intérêt général déclarée en 1986 et affiliée à la fédération nationale des conservatoires régionaux, Espaces naturels de France (ENF). Il s'est doté d'un conseil d'administration composé de trois collèges :
- des membres physiques élus lors de l'assemblée générale ;
- des membres de droit qui sont les présidents des associations déléguées départementales du Conservatoire ;
- des membres associés représentant les différents partenaires concernés par le patrimoine naturel en Bourgogne, notamment L'État (DIREN, DRJS, DRAF, Académie de Dijon), la Région (conseil régional, CESR), les départements (conseil général), les agences de l'eau (Seine-Normandie, Rhône-Méditerranée-Corse, Loire-Bretagne), ainsi que l'ONF, le PNR du Morvan, la SAFER, l'université de Bourgogne, la chambre syndicale des Experts agricoles et forestiers, la chambre régionale de l'Agriculture, le Comité régional cynégétique (2).


Konik Polski

Ainsi, le Conservatoire a su mettre en place un réseau de partenaires fortement impliqués dans la protection et dans la gestion du patrimoine naturel en Bourgogne. Il en résulte un financement des différents partenaires et provenant de cotisations des adhérents, de subventions de l'Union européenne, de l'État, du conseil régional, de ressources propres (contrats d'études, chantiers, ventes de publications), de dons de particuliers et de mécénat d'entreprises.
Ce sont ces fonds qui permettent au CSNB de fonctionner et de se développer. Désormais, il dispose d'une équipe pluridisciplinaire expérimentée pour accomplir les missions fixées. Une vingtaine de personnes réparties en cinq services travaillent de concert à la gestion et à l'entretien de la centaine de sites. Le service scientifique élabore les plans de gestion et assure le suivi de la gestion, guidant ainsi l'équipe technique qui assume la concrétisation des projets. Le service conservation est plus particulièrement affecté à la gestion des trois réserves naturelles dont le Conservatoire a la charge (RN de Bois du Parc, RN du Val de Loire et RN de La Truchère-Ratenelle). L'équipe communication joue un rôle important puisqu'elle veille à l'information des adhérents, anime le réseau des conservateurs bénévoles et s'occupe du tourisme de site. Un service administratif complète l'ensemble du personnel placé sous la responsabilité d'Alain Chiffaut,directeur du Conservatoire. Le CSNB à travers son conseil d'administration, ses adhérents, ses partenaires et son personnel a connu en douze ans une croissance considérable. Il gère aujourd'hui, dans les quatre départements bourguignons, 3 104 ha répartis en 101 sites. Il faut souligner que pour un quart de cette surface cette gestion est fondée sur la pratique du pâturage par des herbivores domestiques rustiques.

[R] Le pâturage extensif au CSNB

Il convient, ici, de rappeler les grandes lignes de ce mode de gestion.
La gestion écologique par le pâturage extensif
Il est généralement admis que les milieux ouverts présentent une diversité biologique importante. Il est nécessaire, de façon à la préserver, de limiter la dynamique de végétation. Or, cette maîtrise de la végétation était spontanément assurée de grands herbivores sauvages. Ces derniers ont malheureusement disparus, remplacés par des animaux domestiques et des pratiques de pastoralisme. Aujourd'hui ces pratiques sont considérées comme obsolètes par la profession agricole et abandonnées. Il en résulte un enfrichement et une dynamique de boisement de milieux autrefois ouverts.
L'objectif des gestionnaires d'espaces naturels est donc de conserver et de restaurer ces milieux. Leur pâturage en extensif par des animaux domestiques rustiques est une méthode " douce ", qui permet une gestion préventive, pérenne et endogène.
Toutefois, les situations de gestions sont à la fois complexes et diversifiées et il n'est pas facile a priori de généraliser. Il est cependant possible de distinguer plusieurs tendances répondant à des logiques écologiques, patrimoniales et économiques.
Le choix de l'espèce est avant tout dicté par le milieu : bovins et équins dans les zones humides, ovins sur les pelouses sèches.
Le choix de la race est l'objet d'un débat : certains utilisent des races qualifiées de " primitives " telles que les bovins d'Écosse ou les chevaux Konik Polski (fig. ci-dessus), alors que d'autres optent pour des races rustiques françaises telles que les bovins Casta, les chevaux Pottok ou les moutons d'Ouessant. Ils poursuivent ainsi un double objectif de préservation du milieu et de conservation génétique des races françaises à très petits effectifs.
La conduite du troupeau résulte bien souvent des conditions socio-économiques locales. Lorsque cela est possible un contrat est passé avec un agriculteur qui fera alors pâturer ses animaux sur le site en respectant un cahier des charges en conformité avec les mesures agri-environnementales. Dans d'autres cas de figure, le gestionnaire possède son troupeau et adopte des pratiques plus naturalistes : les animaux sont installés sur le site et les interventions sont réduites au minimum (pas de complémentation alimentaire, simple surveillance de la reproduction, aucun traitement sanitaire sauf les prophylaxies obligatoires).
Les gestionnaires d'espaces naturels sont de plus en plus nombreux à s'intéresser à ces méthodes. En particulier, les Conservatoires développent de façon considérable depuis quelques années le pâturage. Le CSNB est ainsi riche d'expériences variées (plus de 20 sites pâturés) et relativement anciennes : en effet, certains sites supportent des animaux depuis plus de 5 ans.
L'exemple du Conservatoire
Le tableau I regroupe les sites du Conservatoire pâturés par des animaux. Y figurent leur localisation géographique, leur surface, le type de troupeau et le mode de maîtrise du foncier. Force est de constater que le CSNB s'adapte aux différentes contraintes de terrain et ne se cantonne pas à une seule forme de gestion. Sur certains sites la tendance est au naturalisme, sur d'autres ce sont les mesures agri-environnementales qui sont exploitées ; dans la Côte dijonnaise une expérience originale à mi-chemin entre l'écologique et l'agricole a vu le jour en 1994.
La suite de ce propos expose les éléments essentiels de la gestion de deux sites : Le marais des Proux (Yonne) et Les pelouses calcaires de la Côte dijonnaise (Côte-d'Or).


Carte de la Bourgogne situant le marais des Proux (1) et les pelouses calcaires (2)

[R] Le marais des Proux

Le site
Le Marais des Proux est situé à mi-chemin entre Auxerre et Cosne-sur-Loire, dans la vallée du Branlin. D'une surface de 17 ha, cet endroit typique de Puisaye est constitué d'un tiers de prairies humides, un tiers de cariçaies et un tiers de saulaie-aulnaie. Son intérêt écologique tient à des formations alluviales rares à l'échelle du département ainsi qu'à la présence de Gentiane pneumonanthe, protégée sur le plan régional, et d'Ophiglosse vulgaire, qui est une espèce très rare.
Le Conservatoire s'est donc rendu acquéreur de 15,3 ha et environ 2 ha font l'objet d'un accord tacite avec le propriétaire. La vallée du Branlin est importante en ce qui concerne la diversité des milieux et les parcelles des Proux sont les témoins d'une activité humaine : leur pâturage est nécessaire de façon à les maintenir en l'état.
Les terrains ont été achetés en 1995 à un éleveur de bovins Charolais, dont l'exploitation jouxte le site : lors de la cession à son fils, il a souhaité vendre ces parcelles difficiles à exploiter. Le CSNB a alors saisi cette occasion qui s'intégrait parfaitement dans un projet plus vaste de protection de la vallée du Branlin. Le pâturage n'a donc été interrompu que pendant une année.
Ce sont de petits chevaux polonais (Konik Polski) qui pâturent librement le site. Le chargement est de l'ordre de 0,4 animaux ha. Il faut noter que les épineux ne sont pas consommés et qu'il y a des sur- ou sous-fréquentations de certains endroits variables selon les saisons. Le troupeau, qui comprend 3 juments, 1 pouliche, 2 poulains et 1 étalon, se reproduit librement. Lorsque l'effectif devient trop important, les animaux en excédent sont envoyés sur d'autres sites. Bien que les interventions sanitaires soient inexistantes, l'état corporel des chevaux reste satisfaisant. Cela semblerait attester à la fois d'une bonne résistance au parasitisme et d'une ressource alimentaire suffisante. Enfin, il faut signaler que l'abri construit sur le site il y a quelques années est très peu utilisé par les animaux qui ne paraissent pas importunés par la pluie et préfèrent stationner sous les arbres lors des grosses chaleurs.
La gestion
Le premier objectif est de conserver la diversité biologique en maintenant le milieu ouvert et c'est bien évidemment dans ce sens qu'a été établi le plan de gestion du site en 1997. Mais d'autres objectifs sont également ciblés : d'une part, la gestion du site ne doit pas être coûteuse et, d'autre part, il y a une intention de conservation génétique. En effet, le Konik Polski est une race " primitive ", proche du Tarpan, qui fait l'objet d'un élevage conservatoire dans plusieurs haras nationaux polonais. Les haras français ne reconnaissent pas cette race récemment introduite à l'initiative du Conservatoire des sites naturels lorrains.
Ainsi, aux Proux, la gestion par le pâturage a été choisie parce que d'une part, c'est au pâturage que le milieu doit sa diversité biologique et que, d'autre part, hormis l'achat des animaux, c'est un moyen de gestion peu coûteux.
Le Conservatoire a opté pour une conduite du troupeau qui vise à replacer l'animal dans des conditions les plus naturelles possibles et à restreindre les interventions humaines. Dans la pratique cela se traduit par une conduite de l'alimentation déterminée par l'état du milieu - le chargement est ajusté jusqu'à l'obtention de résultats satisfaisants -, par une absence d'intervention en ce qui concerne la reproduction essentiellement liée à la décision de laisser le troupeau évoluer spontanément et par la suppression de tout traitement de façon à ce qu'il n'y ait pas d'intrant sur le site.
Le plan de gestion relatif au site prévoit, outre l'inventaire botanique réalisé en 1997, des relevés tous les 3 ans afin d'évaluer l'impact du pâturage sur la végétation. Des exclos ont également été posés, ils permettront d'apprécier l'évolution du milieu hors pâturage.
Il ne s'agit pas, ici, d'un site prestigieux ; cependant il est multiplication, au premier abord facile, d'endroits de ce genre est une action de protection de la nature qui pourrait s'avérer constructive.

Tableau I. Sites du Conservatoire pâturés par des animaux
Site ha Biotope Troupeau / gérant Foncier
La Gorgeotte (Lignerolles)
Etang de Villers-Rotin (Villers-Rotin)
Pré André (Gurgy)
Marais des Pospis (Cussey)
Château-Renard (Gevrey Chambertin)
La Montagne (Vosne Romanée)

Les Charrières (Vosne Romanée)
Sur la Chaume (Pommard)
La Montagne (Couchey)
Lavaux (Couchey)
Combe Grisard (Morey Saint Denis)

Rue de Vergy (Morey Saint Denis)
Les Friches (Brochon)
Champ Sement (Brochon)
Montagne de la Chaume (Nantoux)
9,6
38
3
3,8

8
16
10
38
33
12
13
7
50
10
100
Marais alcalin
Plan d'eau/Bois
Prairie à narcisses
Marais alluvial






Pelouse calcaire




4 Equins Konik Polski / CSNB
6 Equins Konik Polski / CSNB
Bovins Charolais / Agriculteur
2 Equins Konik Polski / CSNB





500 Ovins
Est à laine Mérinos
Berger





Convention et location
Convention propriétaire
Convention propriétaire
Convention commune





Convention commune




Prairies d'Ouroux (Ouroux)
La Croisette (Roussillon en Morvan)
Au Crot Barat (Sennecey)

Mont de Crâ (Tournus-Plottes)
(Saint Senin du Bois)
77
4,2

3,8
22

3,2
Prairie alluviale
Tourbière
Prairie alluviale
Pelouse calcaire
Prairie humide
500 Ovins Est à laine Mérinos /Berger
2 Equins Camargue / Eleveur
Bovins Charolais /Agriculteur
Bovins Charolais /Agriculteur

2 Equins Konik Polski /CSNB
Propriété CSNB
Propriété CSNB
Location
Convention commune
Convention commune
Prairie de Sacy (Sacy)
Gâtine Beauchet (Treigny)
Marais des Proux (Mézilles)
Prés Moutte et Buisson (Saint Sauveur et Saints)
13
7
15.3
1.6
Prairie à narcisses
Lande
Prairie humide
Pré humide, bois
Bovins Charolais /Agriculteur
2 Equins Konik Polski / CSNB
7 Equins Konik Polski /CSNB
Equins et Bovins Percheron et Normand / JADIS
Convention et location
Propriété  CSNB
Propriété  CSNB
Convention propriétaire
Ile de Tinjat (Saint Hilaire-Lamenay)
Ile de Maison Rouge (Sougy)
Ile de Brain (Decize)
105
50.6
55.1
Pelouse, lande
Pelouse sableuse
Lande
Bovins Charolais / Agriculteur
Bovins Charolais / Agriculteur
Bovins Charolais / Agriculteur
Propriété CSNB
Bail commune
Propriété CSNB

[R] Les pelouses calcaires de la Côte dijonnaise

Le site
Les pelouses calcaires de la Côte dijonnaise s'étalent de Couchey (sud de Dijon) à Monthelie (sud de Beaune). Ce site a la particularité d'être discontinu, puisque ses 300 ha sont répartis en 23 pelouses appartenant à 11 communes. Ces pelouses sèches à arides présentent une richesse faunistique et floristique importante qui a justifié de les proposer comme site du réseau Natura 2000 (directive européenne Habitats 92/43 du 21 mai 1992).
Le Conservatoire a mis en place des conventions de gestion avec, d'une part, les communes propriétaires des pelouses et, d'autre part, avec G. Cavaillé, berger qui souhaitait pratiquer cette activité traditionnelle qui consiste à pâturer en parcours. Ainsi, une superficie d'environ 300 ha est pâturée, depuis 1994, par ses 500 brebis Est à laine Mérinos.
Les brebis ne sont présentes que quelques jours par ans sur chaque parcelle (460 jours-brebis/ha). L'hivernage, provoqué par une demande des chasseurs, se fait sur un autre site du CSNB, les prairies d'Ouroux en Val de Saône. Le troupeau est alors conduit de façon classique avec des apports en fourrages, céréales, minéraux et vitamines. Les agnelages ont lieu en avril-mai, les brebis reçoivent une complémentation énergétique et les agneaux doubles ou rejetés sont allaités artificiellement. Par ailleurs, les animaux sont régulièrement traités contre les parasites et le piétin, mais ceci en dehors des pelouses de façon à éviter les intrants. Il faut signaler une opération médiatique tout à fait originale : le parrainage des brebis par le public (100 F ou 15,24 €F/brebis) destiné à couvrir les frais techniques ne pouvant être pris en charge par le berger, notamment le transport par camion des moutons lorsque le troupeau doit être déplacé sur des distances importantes.
Le suivi du site est assez intense, il est effectué par les scientifiques du Conservatoire mais aussi par des universités dijonnaises. La flore est particulièrement surveillée, des transects et des exclos permettent d'évaluer l'impact du pâturage. Le suivi ornithologique est également important et régulier permettant là aussi une évaluation de la gestion. Enfin, les Lépidoptères et les Orthoptères ne sont pas négligés, bien que les études les concernant soient plus irrégulières.
La gestion
L'objectif essentiel est de préserver la richesse patrimoniale de l'endroit, tant paysagère que floristique et faunistique. Mais deux autres objectifs sont également visés : promouvoir le Conservatoire vis à vis du public et créer des références en matière de gestion des pelouses calcaires par le pastoralisme.
La gestion des pelouses de la Côte Dijonnaise résulte donc de l'opportunité de la rencontre entre le berger et les représentants du Conservatoire et d'une politique du Conservatoire favorable à la restauration de pratiques traditionnelles.
Il s'agit, ici, d'adopter des pratiques pastorales traditionnelles favorables au maintien en l'état des pelouses tout en conservant une certaine productivité nécessaire pour assurer un revenu au berger. Concrètement cela se manifeste, d'une part, par un pâturage itinérant sur les différentes parcelles pendant la belle saison et un hivernage sur des prairies humides et, d'autre part, par certain nombre de contraintes pour le berger lorsque les animaux sont sur les pelouses. Il existe une convention de gestion entre le CSNB et le berger fixant les modalités du pâturage et en particulier la charge à l'hectare et l'intensité des passages en fonction des types de pelouses.
Le plan de gestion du site prévoyait un suivi scientifique important. Ayant désormais un recul de cinq années le Conservatoire a effectué une première synthèse de l'évolution de la flore des pelouses qui tend à montrer que l'abandon du pâturage serait un facteur négatif, que le pâturage semble ralentir le processus d'enfrichement - voire l'inverser - et qu'il est nécessaire de tenir compte d'autres facteurs tels que le climat, la fréquentation humaine, le pâturage d'autres espèces.
L'idée de sous-traiter le pâturage à un éleveur est séduisante, mais elle semble fragile et difficilement reproductible, car elle repose sur l'entente et la confiance réciproque de deux partenaires ayant des compétences complémentaires et des objectifs différents. Ainsi qu'il a été dit plus haut, le Conservatoire a opté, dans une large mesure, pour la gestion des sites par le pâturage extensif. Il convient cependant de remarquer qu'il a travaillé au cas par cas, choisissant chaque fois la solution qui semblait la plus adaptée au site en fonction des opportunités du terrain.
Il coopère dans de nombreux cas (9 sites sur 27) avec des agriculteurs locaux selon un cahier des charges en conformité avec les mesures agri-environnementales et précisant les contraintes purement locales. Les milieux concernés par cette coopération sont des sites où l'interruption du pâturage est récente et où la dynamique de végétation plutôt faible ne nécessite que des travaux de gestion limités.
Dans d'autres cas (6 sur 27), le CSNB assure lui-même le pâturage grâce à un troupeau de 23 chevaux Konik Polski dont 6 appartiennent à un adhérent. Il faut néanmoins noter que le volet zootechnique n'est pas une priorité du Conservatoire, un état de fait probablement lié à l'absence de compétence dans ce domaine. Les sites pâturés par les Konik Polski sont presque exclusivement des milieux humides (marais, prairies humides) qui ont des dynamiques de végétation importantes et où le pâturage doit être continu.
Enfin, l'expérience originale du pâturage des pelouses calcaires de la Côte dijonnaise par des ovins concerne les autres sites (11 + 1/27) relevant de la gestion écologique par le pâturage. Elle est l'une des toutes premières instituées en Bourgogne et son originalité réside, d'une part, dans l'association avec un berger et, d'autre part, dans le suivi scientifique important dont elle a fait l'objet.
Le suivi des autres sites semble moins lourd, mais il faut tenir compte du fait qu'ils sont beaucoup plus récents et ne présentent pas le recul nécessaire à une évaluation objective de l'impact du pâturage.
La gestion par le pâturage, bien qu'importante, n'est qu'une facette des activités du Conservatoire. Fort de ses succès, il fourmille de projets… Sa structure associative est un atout considérable qui lui procure souplesse, rapidité et facilité d'adaptation.
Il se tourne, aujourd'hui, davantage vers les professionnels de l'agriculture et participe, dans le cadre de mesures européennes dites agri-environnementales, aux " opérations locales-milieux naturels " de Bourgogne. Il conforte ainsi, l'indispensable coopération nécessaire à l'évolution de pratiques à vocation exclusivement économique vers une agriculture durable.

Tableau II. Synoptique des plans de gestion du marais des proux et des pelouses calcaires

Marais des Proux Pelouses calcaires (Dijon)
Finalité Préserver le mileu de vie des espèces animales et végétales
Objectifs






Restauration et entretien des prairies abandonnées

Restauration expérimentale d'une prairie hygrophile à patir d'une
filipendulaie-phalaridaie à l'abandon

Entretien de milieux rares: prairies à scorzoères et formation à
Potentilla palustris
Maintien en l'état des formations boisées
Maintien d'un paysage de landes ouvertes en évitant la recolonisation
forestière et arbusive, ainsi que la dominance des graminées
sociales
Conservation d'un recouvrement arbusif de 20 à 50%




Plan de travail





Relevés botaniques : tous les 3 ans




Pâturage extensif par 7 à 9 chevaux Konik Polski
Défrichage et arrachage des ronces : tous les 5 ans
Pose d'enclos et coupes de saules : tous les 5 ans
Suivi botanique : tous les ans
Suivi ornithologique : tous les 5 ans
>Suivi des orthoptères et des lépidoptères diurnes
Tous les ans puis tous les 5 ans
Adhésion au protocole des CREN du Nord-est de la France
Pâturage extensif itinérant par 500 brebis Est à laine
Mérinos
Débroussaillage : tous les 5 à 10 ans
Fauche et broyage : fréquence variable selon les pelouses

[R]


Notes
(1) Extrait de la Charte établie en 1988 par les espaces naturels de France [VU]
(2) CESR: Conseil économique et social régional ; DIREN: Direction régionale de l'Environnement ; DRAF : Rirection régionale de l'Agriculture et de la Forêt ; DRJS : Direction régionale de la Jeunesse et des Sports ; ENF : Espaces naturels de France ; ONF : office national des forêts ; PNR : Parc naturel régional ; RN : réserve naturelle ; SAFER : Société d'aménagement foncier et d'établissement rural. [VU]


[R] Bibliographie

Le Sabot de Vénus n°1 à 10. Conservatoire des sites naturels bourguignons (CSNB).
Audiot A., 1995. Races d'hier pour l'élevage de demain. INRA Éditions, Paris, 229 p.
Agou P, Hermant D, Chiffaut A, 1997. Diagnostic écologique et plan de gestion biologique des formations marécageuses de la vallée du Branlin. CSNB, 29 p.
Chiffaut A, Garcia B., 1994. Les pelouses calcaires de la Côte bourguignonne : Diagnostic écologique et étude de faisabilité d'un retour au pâturage. CSNB, 84 p.
Dutoit T, Alard D., 1996. Mesures agri-environnementales et conservation des pelouses sèches : Premier bilan en Seine-Maritime. Cour. Env. INRA, 25, 63-70.
Perrier A., Legrand P., Sadorge L., 1996. Animaux Domestiques et gestion de l'espace. Dossiers de l'environnement de l'INRA, n°11, 118 p.
Le Neveu C., Lecomte T., 1990. La gestion des zones humides par le pâturage extensif. ATEN, 107 p
Lecomte T. et al., 1995. Gestion écologique par le pâturage : l'expérience des Réserves naturelles de France. ATEN, 76 p.
Maubert P., Dutoit T., 1995. Connaître et gérer les pelouses calcicoles. ATEN, 65 p.
Proffit C., 1997. La gestion des espaces naturels sensibles par le pâturage : Fonctionnement et perspectives. Mém. ENESAD/INRA, Dijon, 46 p.
Patrimoine naturel de Bourgogne n°1 : Les milieux naturels de Bourgogne. 1993. CSNB, 37 p.
Patrimoine naturel de Bourgogne n°2 : La Loire et l'Allier en Bourgogne. 1994. CSNB, 32 p.
Patrimoine naturel de Bourgogne n°3 :Les pelouses calcaires de Bourgogne. 1995. CSNB, 27 p.
Patrimoine naturel de Bourgogne n°4 : Le bocage de Bourgogne. 1996. CSNB, 32 p.
Patrimoine naturel de Bourgogne n°5 : Les tourbières en Bourgogne. 1997. CSNB, 25 p.