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Le Courrier de l'environnement n°32, décembre 1997

la relation de communication entre l’éleveur et ses animaux :
un domaine encore à explorer

1. La question et les enjeux
2. Relation homme/animal, éleveur/animal et communication
3. Quelques clés d’entrée pour une étude de la relation de communication entre éleveurs et animaux
En conclusion

Références bibliographiques


La relation de communication entre l’éleveur et ses animaux demeure un domaine de recherche encore largement inexploré, alors que l’évolution actuelle de l’agriculture dans les sociétés occidentales et la place qu’occupe l’élevage au sein de cette agriculture mettent en relief ce domaine à plus d’un titre. Dans cet article, très largement basé sur mes recherches bibliographiques, je soulignerai l’intérêt de ce sujet dans le champ des recherches sur le bien-être animal et situerai cette problématique dans celui des qualifications et des compétences liées au métier d’éleveur. Puis je livrerai quelques pistes de réflexion, destinées à poser des bases pour une étude de la communication entre éleveurs et animaux et qui me paraissent pouvoir être proposées à la réflexion et au débat. Les animaux élevés par l’homme sont très divers ; mon propos, ici, concerne notamment les bovins, les porcins et les ovins.

[R] 1. La question et les enjeux

Hommes et animaux partagent un monde commun depuis ce que l’on a coutume d’appeler « la domestication » des différentes espèces animales, étape que Digard (1990) décrit plus précisément comme la mise en place, au cours de l’histoire, de systèmes domesticatoires, parties prenantes de l’évolution des sociétés humaines. Si les motivations à l’origine de ces processus sont le plus souvent présentées comme reposant sur un désir profond des hommes de s’approprier et de dominer la nature, deux aspects essentiels de la création du lien entre hommes et animaux sont curieusement sous-estimés, ceux de la communication et de l’affectivité (1) . Or, si, comme Gould le précise : « Nous n’avons pas changé depuis 40 000 ou 50 000 ans »(2) , et bien que l’organisation des sociétés humaines ait subi de profondes évolutions, il est peut-être intéressant de lire l’histoire des processus domesticatoires à la lumière des motivations que nous avons aujourd’hui à vivre avec les animaux, d’autant que, comme Haudricourt le soulignait en 1962, les processus de domestication ont entraîné des rapports avec les animaux « d’un type amical et qui ne sont pas sans rappeler ceux que les hommes entretiennent entre eux à l’intérieur d’un groupe ». Animal objet de transfert et expression de pouvoir certainement (3), mais doit-on pour autant négliger la part affective profonde que nous partageons avec les animaux et qui, loin d’être uniquement un « transfert » qui s’exprimerait en réponse à des relations humaines dégradées, pourrait être une forme parmi d’autres de notre capacité commune à communiquer et à aimer (4). Comment hommes et animaux pourraient-ils d’ailleurs cohabiter s’ils ne partageaient pas, même de façon minimale, certains éléments d’un langage commun et certaines motivations communes à être ensemble ?

La demande sociale en faveur du bien-être de l’animal d’élevage
Une partie des consommateurs et des citoyens occidentaux revendiquent aujourd’hui bien-être et respect pour l’animal d’élevage. Le bien-être de l’animal d’élevage, comme le nôtre d’ailleurs, n’est sans doute pas uniquement affaire d’environnement matériel ou de replétion, et l’on peut avancer l’hypothèse que la qualité des liens de communication qu’entretiennent éleveurs et animaux participe du bien-être de l’animal comme de celui de la personne au travail avec les animaux. Ce thème de la communication entre éleveurs et animaux n’a jusqu’à présent que trop peu retenu l’attention des chercheurs bien que la communication représente pour de nombreux éleveurs, non seulement un facteur de bien-être animal et humain, mais également un objet de profonde curiosité. Lors d’une récente émission télévisée consacrée aux agriculteurs, un éleveur regrettait le manque de travaux scientifiques réalisés sur ce sujet (5). « Il y a quelque chose » mais nous ne savons pas quoi. La bibliographie scientifique sur ce thème reste accessoire à celle concernant la relation homme/animal et ses incidences sur la productivité en élevage, et à celle relative au comportement animal ; et cette relation n’étant réellement décrite nulle part.
La question de la communication entre éleveurs et animaux n’est pas intéressante à étudier du seul point de vue du bien-être animal. Communiquer, c’est donner du sens, et c’est précisément sur la question du sens que portent beaucoup des critiques de consommateurs et de citoyens contre l’élevage industriel. L’élevage n’est pas une activité productive parmi d’autres. Il est au coeur de notre relation à l’animal et à la nature, et plus globalement au vivant. Il nous renvoie aux rapports que nous construisons avec nous-mêmes. Les éleveurs ont donc à double titre un rôle de communication, avec leurs animaux tout d’abord mais également avec les consommateurs et citoyens qui construisent un lien de plus en plus virtuel avec la nature, dont ils se sentent pourtant si proches, et sont ignorants des conditions réelles dans lesquelles sont produits les biens alimentaires.
Concernant plus particulièrement l’alimentation carnée, des interrogations d’ordre philosophique viennent s’ajouter au questionnement sur les façons de produire. Les préoccupations éthiques engendrées par l’évolution des sociétés occidentales mettent à jour certaines interrogations de fond sur l’utilisation de l’animal à des fins alimentaires. La disparition du clivage animal familier/animal d’élevage amène en fait à une assimilation par les citadins de l’ensemble des animaux à l’animal familier. L’animal sauvage (l’ours, le loup), l’animal domestique (le porc, le mouton, la vache) et l’animal familier (le chat, le chien) sont regroupés dans un même ensemble, l’Animal, opposé à l’Homme, dans des rhétoriques composites où se mêlent nature et culture, animalité et humanité, droits des animaux, culpabilité et pouvoir, santé et spiritualité... Ces orientations ne doivent pas être sous-estimées car ce sont elles qui peuvent amener à adopter certaines attitudes (végétarisme, bouddhisme, anti-spécisme) de refus de l’alimentation carnée.
Les critiques faites aux éleveurs concernant le bien-être animal en élevage, particulièrement dans les systèmes industriels, et celles qui leur sont faites, comme à l’ensemble des agriculteurs, concernant la protection de l’environnement et les qualités des produits, me paraissent pouvoir être regroupées dans un même questionnement autour du métier d’éleveur. Etre éleveur aujourd’hui, est-ce seulement être producteur de biens d’origine animale ?

La requalification du métier d’éleveur
L’évolution de l’agriculture dans les pays européens, l’émergence de « nouvelles fonctions » dévolues aux agriculteurs, le développement des biotechnologies comme nouvelles formes de domestication et d’utilisation de l’animal, jettent un éclairage neuf sur le métier d’éleveur. Il est notable que face à cette évolution, de nombreux éleveurs continuent de trouver une justification à leur travail en terme de résultats quantitatifs, selon les critères de compétence décrits jusqu’à présent dans les écoles agricoles, comme dans les discours syndicaux et professionnels (Porcher, 1997) : l’éleveur compétent est l’éleveur performant ; la « production animale » est chiffrable et l’animal en soi n’est-il pas d’ailleurs le plus souvent exclu du raisonnement zootechnique ?
En production porcine, par exemple, caillebotis, contention permanente des animaux, distribution automatique de nourriture, raccourcissement du cycle de production, division du travail et conduite en bandes ont réduit le temps de présence moyen de l’éleveur auprès des animaux et éclaté l’unité du travail. Cela n'a pu se faire sans une évolution des mentalités, c'est-à-dire des représentations liées au travail de l'éleveur et à l'animal d'élevage.
Réfléchir sur le métier d’éleveur, c’est d’abord interroger la relation de la personne à ses animaux dans ses multiples enjeux (personnels, professionnels, sociaux...). L’éleveur est l’élément central de l’environnement de l’animal et, à ce titre, il peut agir de façon positive ou négative sur son bien être. Il le fait naître, le nourrit, le soigne, le tue, ou plus fréquemment le fait tuer. Il intervient sur le corps de l’animal (bouclage, tatouage, castration, reproduction...), dans l’espace commun du bâtiment ou du lieu d’élevage qu’il a lui-même défini, voire construit. Il est en relation avec les animaux mais y a-t-il pour autant communication entre eux ?
La place et le statut de l'animal auprès des uns et des autres est, il me semble, au coeur du débat. Les éleveurs pour pouvoir travailler dans les conditions de l'élevage industriel ont réifié l'animal. On constate le phénomène inverse en milieu urbain - où est concentrée la majeure partie des consommateurs et des citoyens - et où l'on assiste à une personnification grandissante des animaux familiers qui tend à en faire des sujets (de droit, par exemple). La remise en cause actuelle des méthodes de production utilisées en élevage intègre une critique implicite aux éleveurs, celle de ne pas aimer leurs animaux. Alors que les associations de protection animale, les consommateurs et les non-consommateurs de viande argumentent leurs positions sur des bases essentiellement éthiques, la question centrale de la souffrance des animaux renvoie à celle de l’affectif en jeu dans la relation de l’homme à l’animal. « L’amour des animaux » serait le monopole des défenseurs et des protecteurs tandis que les éleveurs feraient figure d’exploiteurs sans morale d’un « matériel » animal. Or nombreux sont les éleveurs qui disent aimer leurs animaux et leur être attachés. L’ambiguïté propre à ce métier, qui lie la mort à toute relation affective avec les bêtes, les oblige à gérer ce lien afin de minimiser la souffrance des bêtes, et la leur (Sens et Soriano, 1995).
Formulée de cette manière, la question du bien-être animal et de la communication déborde évidemment l’activité d’élevage. Mais de quoi parlent au juste les protagonistes du débat ? Le problème posé n’est-il pas celui de la légitimité de l’appropriation de l’animal ? Il serait légitime d’héberger chiens, chats, hamsters, poissons rouges... dans le but de les aimer et illégitime d’héberger veaux, vaches, cochons, couvées dans le but de les tuer pour les manger. Dans les deux cas pourtant, on aboutit à un enfermement de l’animal et à un détournement de sa « nature ». L’animal objet d’amour est-il plus libre que l’animal objet alimentaire ? Où se situe la frontière entre le tolérable et l’intolérable dans cette manoeuvre commune d’appropriation à des fins uniquement humaines ? (mais le sont-elles ?). Qu’est-ce qui pose réellement problème dans l’alimentation carnée ? La mort de l’animal est-elle au centre du questionnement ?
Aborder la question du bien-être de l’animal d’élevage par la voie de la communication, c’est donc par là même questionner la fonction de l’élevage et des éleveurs dans nos sociétés. Mais comment peut-on aborder cette complexe question de la communication entre éleveurs et animaux ? Après avoir présenté les résultats bibliographiques les plus marquants, quelques clés d’entrée seront proposées pour une étude de ce domaine qui présente un intérêt pour l’ensemble des acteurs sociaux.

[R]  2. Relation homme/animal, éleveur/animal et communication  

Les éléments de bibliographie rassemblés sur le sujet de la relation homme/animal, éleveur/animal peuvent être structurés -de manière non exhaustive- sur la base des points suivants :

Sur l’intérêt d’une relation homme/animal positive
Les travaux d’Hemsworth (1981, 1987, 1992b) et de Seabrook (1986, 1987, 1990) ont mis en évidence l’incidence positive d’un certain type de relation de « sympathie » sur le comportement des animaux avec l’homme (réduction de la peur et du stress) et sur la productivité (capacités de reproduction des truies et verrats, croissance des jeunes porcs, quantité de lait produite). Les résultats obtenus à la suite de ces travaux expérimentaux trouvent des limites dans la difficulté qui existe à mesurer de façon comportementale ou physiologique les réactions des animaux sans induire de biais par le fait même de pratiquer des mesures. Les différences constatées entre expérimentateurs ou selon les systèmes de mesure retenus en sont témoin (Seabrook et Bartle, 1992). On observe par ailleurs une grande variabilité individuelle entre animaux (Lawrence et al., 1991).

Sur les facteurs influençant la relation homme/animal ou éleveur/animal
La période favorable à l’établissement de la relation a été étudiée de façon expérimentale (Scott, 1992 ; Hemsworth, 1986a, 1992a ; Boissy et Bouissou, 1988 ; Boivin, 1991) ainsi que la fréquence des relations et leur nature (Scott, 1992 ; Tanida et al., 1994, 1995 ; Gonyou et al., 1986). Les périodes sensibles sont différentes selon les espèces animales, quoique situées dans le jeune âge. La fréquence des relations et leur persistance durant la période sensible sont des facteurs favorables à l’établissement et au maintien d’une relation de confiance de la part de l’animal. En situation d’élevage, la personnalité de l’éleveur et les comportements qui y sont liés semblent jouer un rôle prépondérant (Dryden et Seabrook, 1986 ; Seabrook et Bartle, 1992 ; Hemsworth, 1989 ; Ravel et al., 1996).

Sur les moyens de communication des animaux et leur aptitude à communiquer
Les travaux concernant la communication entre hommes et animaux concernent surtout les animaux familiers (chiens, chats, chevaux, dauphins...) et les grands singes. Chez ces derniers, on s’intéresse particulièrement à la capacité d’acquisition des langages humains non verbaux (6) . L’importance du regard dans la communication chez les primates a été relevée (Serpell, 1986). Cet auteur explique d’ailleurs le succès des chiens et des chats auprès des humains par leur capacité à s’exprimer de manière non verbale. L’utilisation de ces animaux, ainsi que du cheval et du dauphin, à des fins thérapeutiques s’accompagne de travaux sur la communication entre l’homme et ces animaux. Coy (1988) relève la capacité d’empathie mutuelle qui existe entre hommes et animaux et la capacité de l’animal à anticiper les comportements humains.
Quant aux moyens de communication de l’animal d’élevage, ils ont été relativement peu étudiés. Hemsworth (1986b) souligne que manipuler implique un contact physique, visuel, auditif et olfactif entre l’éleveur et ses animaux. Seabrook et Bartle (1992) remarquent la complexité du lien entre éleveur et animaux et déplorent le fait que des facteurs comme la perception par l’animal des mouvements humains, des odeurs corporelles humaines, des signaux émis par l’homme n’aient pas retenu l’attention des chercheurs.

Sur l’importance des représentations dans la mise en place des pratiques d’élevage
Comprendre les systèmes de communication mis en place entre éleveurs et animaux nécessite d’appréhender le système de représentations des éleveurs. On peut définir les représentations comme une reconstitution du réel qui a une réalité et une signification (Moscovici, 1991). Le discours des éleveurs exprime ces représentations ; le « porc-machine » est une représentation autant que le « porc-chien », mais elles n’engendrent pas les mêmes pratiques d’élevage ni les mêmes façons de se comporter avec l’animal (Salmona, 1994 ; Soriano, 1985). L’étude des représentations passe par l’étude du langage. La pensée, du moins une certaine forme de pensée, est construite par le langage (7) . Il y a des points communs entre la façon dont les personnes expliquent les choses et leurs façons de créer leurs représentations. Les idées, les mots, le langage, les images, les symboles, ne sont pas considérés comme des réalités secondaires. Ils sont la réalité (Windish, 1982). C’est cette réalité qui est donnée à entendre et à lire dans des entretiens. La recouper avec l’analyse des pratiques permet d’éclairer le système de pensée des éleveurs (Darre, 1985, 1996).

[R]  3. Quelques clés d’entrée pour une étude de la relation de communication entre éleveurs et animaux

La plupart des mots et des concepts utilisés pour décrire une relation dans le langage courant, voire dans la littérature scientifique relative à la relation homme-animal, ne sont pas expliqués et sont pris pour synonymes les uns des autres. Leur définition paraît aller de soi. Il n’en est rien et je crois important de préciser le sens de certains afin d’assurer une réflexion fondée quant à la place de l’affectivité dans la relation de communication, l’intérêt de l’animal à cette relation et ses moyens de communication, le statut de l’animal observé par le chercheur, qui me semblent être des points clés de recherche sur le sujet.

Une définition de la communication
Il n’existe pas, à ma connaissance, de définition propre à la communication entre hommes et animaux. Communiquer, c’est « être en relation avec » et la relation suppose un « lien de dépendance ou d’influence réciproque entre des personnes ». La caractéristique essentielle de la communication est la réciprocité. « La communication est d’abord une perception ». « Ce par quoi une personne en influence une autre et est influencée ». Pour Freud, la communication se fait d’inconscient à inconscient par la perception d’indices dont les individus n’ont pas conscience. Pour l’Ecole de Palo Alto (8) : tout comportement est communication :« Une bonne communication aboutit à créer un état d’esprit commun ».
On pourrait retenir simplement la définition suivante « communiquer signifie mettre ou avoir quelque chose en commun (9) », ce quelque chose en commun amenant lors de l’échange à une modification des comportements d’un ou des acteurs de la communication (Dewsbury, 1978, cité par Estep et Hetts, 1992) et retenir par ailleurs l’idée de Watzlawick (1972) selon laquelle « on ne peut pas ne pas communiquer ».
Affectivité : Ensemble des sentiments, des émotions et des passions d’un individu. On distingue trois domaines imbriqués dans la vie de l’homme : l’activité, l’intelligence et l’affectivité. Bien plus qu’une simple composante de la vie psychique, l’affectivité en est la base. C’est par elle que l’être humain se situe dans le monde et dans ses relations avec autrui (Dictionnaire usuel de psychologie, Sillamy, 1993).
Aimer : « Éprouver de l’affection, de l’amitié, de la tendresse, de la sympathie pour quelqu’un » ; syn. d’amour = affection, attachement, inclination, tendresse (Robert, 1994).
L’amour, d’un point de vue étymologique (grec) et philosophique, recouvre trois aspects : l’éros (le désir de l’autre = le sentiment amoureux), la philia qui « désigne une relation empreinte de réciprocité et d’estime mutuelle, terme souvent traduit par amitié mais le sentiment a une portée plus large puisqu’il consiste en l’affection montrée à autrui et la volonté d’entretenir avec lui des rapports où se manifeste une certaine excellence morale », l’agapé qui est l’amour consacré à autrui considéré dans sa qualité fondamentale d’être humain et de prochain, c’est un sentiment sans attente de réciprocité et d’une certaine façon indépendant de ce qu’est l’aimé (amour de Dieu, par exemple). Ces trois sentiments au sein de l’amour ont en commun le désir de faire le bien d’un objet aimé (Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, Canto-Sperber, 1997). Les différentes définitions que l’on peut trouver de l’amour se rapportent à des sentiments entre humains ou entre humains et une entité. « L’amour des bêtes » n’a pas sa propre définition et est d’ailleurs ignoré des dictionnaires (quid des « 30 millions d’amis » ?). Il me semble que des trois composantes ci-dessus, philia est la forme d’amour qui exprimerait au plus près ce que le sens commun désigne par « amour » lorsque celui ci s’adresse aux animaux. Plutôt que de parler d’amour, il serait plus précis alors de parler d’amitié : « sentiment réciproque d’affection ou de sympathie qui ne se fonde ni sur les liens du sang ni sur l’attrait sexuel » (Sillamy, 1993). Les facteurs essentiels à l’éclosion et à la durabilité de l’amitié sont la proximité, le voisinage, le contact (Sillamy, 1993). « Le thème le plus souvent invoqué par les personnes interrogées pour définir l’amitié est celui de la communication : l’amitié arrache le moi à la solitude, permet l’échange et les confidences » (Maisonneuve, 1997).

Attachement et communication
Le concept d’attachement est important à retenir car « être attaché » aux animaux est récurrent dans le discours des éleveurs autour de leurs bêtes (Porcher, 1996). Les comportements médiatisant la fonction d’attachement présentent de fortes similitudes avec les comportements de communication éleveur/animal décrits par les éleveurs (Salmona, 1994 ; Porcher, 1997).
- Sentiment qui unit une personne aux personnes ou aux choses qu’elle affectionne : Þ affection, amitié, amour, estime, lien - contr. : détachement, aversion, dégoût, indifférence. (Robert, 1994).
- Sentiment qui nous unit à une autre personne (Sillamy, 1993).
- Recherche et maintien de la proximité avec un autre individu (Bowlby, 1978). L’attachement désigne un lien spécifique d’un individu avec un autre (Zazzo, 1972). L’attachement est un système d’affection mère-petit prenant place au sein de systèmes d’affectivités rattachant les individus aux membres de leur espèce (Harlow, 1979).
Les comportements médiatisant la fonction d’attachement dans le système d’attachement mère-petit des psychanalystes et des éthologues sont des comportements de communication : appeler et répondre à l’appel par la voix, regarder, capter le regard et suivre des yeux, suivre (following), étreindre, rechercher la proximité physique et contrôler la distance d’éloignement (comportement de retrieving de la mère, de surveillance de la distance d’éloignement de la part du petit), rechercher la chaleur du corps, caresser, allaiter (Bowlby, 1978). Les comportements liés au sourire, qui a une fonction d’appel, et à la parole sont spécifiques de l’humain.

Communication, affectivité et apprentissage
L’effet positif de l’affectivité dans les situations d’apprentissage est connu (Bowlby, 1978 ; Cyrulnik, 1983, 1993, 1997). La reconnaissance de cette part affective dans la relation à l’animal pourrait être un facteur favorable à la communication. En effet, de nombreux entretiens d’éleveurs révèlent que ceux-ci disent aimer leurs animaux. Que mettent les personnes derrière cette affirmation ? Différents travaux personnels (Porcher, 1996, 1997) me laissent penser que, d’une part, les personnes mettent la même chose derrière ce verbe et que, d’autre part, ce sentiment exprime leur plaisir à être avec les animaux. Ils apprécient la proximité physique des bêtes, leur contact, l’échange d’affection et de reconnaissance qu’ils disent obtenir en retour. Ils décrivent une « affinité » avec l’animal, autrement dit une relation, un lieu de convergence. Aimer les bêtes pourrait signifier principalement aimer être avec les bêtes, avoir pour elles un attachement, et aimer communiquer avec elles.
L’existence dans de nombreux élevages d’un lien privilégié entre un animal (ou plusieurs) et l’éleveur amène à s’interroger sur le fait de reconnaître les animaux. Les animaux préférés sont très souvent remarqués par l’éleveur grâce à leur bonne adaptation à l’élevage mais aussi à leur adéquation avec le caractère de celui-ci (bonne production, bon caractère - ou type de caractère et de comportements qui plaisent à l’éleveur -, bonne santé - ou fragilité qui suscite l’attention -, facilité de manipulation...). Remarquer un animal, lui manifester son intérêt, lui présupposer des capacités de compréhension et de communication ne sont-ils pas des facteurs favorables à l’émergence de ces capacités - effet Pygmalion - (Davis et Balfour, 1992) ? Le « bon animal » est-ce celui qui produit bien, du fait de facteurs propres à l’animal ou est-ce celui que l’éleveur a distingué des autres et qui, de ce fait, produit bien ? Les représentations des éleveurs concernant « le bon animal » auraient donc des conséquences directes sur les capacités de compréhension des animaux, lors de manipulations par exemple.

Le statut de l’animal observé
Le fait d’utiliser le concept de communication pour caractériser un échange entre homme et animal suppose de considérer l’animal comme sujet de la relation qui existe entre lui et l’éleveur et non comme objet. Cette question épistémologique de l’éthologie est évidemment centrale (10) et est au coeur du travail sur les représentations des éleveurs. Elle implique l’intégration du chercheur, et l’explicitation de ses propres représentations (référentiel de l’observateur), dans le processus de recherche. En effet, il n’y a pas de réalité indépendante de l’observateur et la manière de formuler les questions induit le champ possible des réponses que l’on peut obtenir (Watzlawick, cité par Cyrulnik, 1983). Exposer et assumer sa subjectivité, c’est quelque part tendre vers plus d’objectivité. La rhédibitoire accusation d’anthropomorphisme derrière laquelle se réfugie certains comportementalistes est elle-même à mettre en cause, en ce sens qu’elle est un frein à la mise au point de protocoles adéquats et au choix d’hypothèses réellement adaptées à la recherche sur la relation entre l’homme et l’animal. John Bowlby, psychanalyste pionnier des travaux sur l’attachement mère-petit écrivait en 1978 : « Le fait que les mots dénotant un sentiment servent à prédire un comportement signifie qu’on peut les utiliser sur un mode scientifique rigoureux non seulement à propos des humains mais aussi à propos des animaux. Effectivement, ils offrent une sténographie indispensable pour ce qui autrement ne serait que des descriptions longues, maladroites et inadéquates. Hebb (1946) a été parmi les premiers à l’expliciter. Dans les études de chimpanzés où l’on a comparé différentes façons de décrire l’état d’un animal, on s’est aperçu qu’on observait de bonnes prédictions du comportement lorsque l’observateur utilisait des concepts de l’émotion franchement anthropomorphiques ; alors que lorsqu’on tentait une description plus détaillée « objective », on n’obtenait que des séries d’actes spécifiques inutiles pour une prédiction » (p. 173). Strum (1990) remarque d’ailleurs : « Est-il anthropomorphique de croire que les babouins manipulent leurs partenaires sociaux avec intelligence, qu’ils font des choix judicieux, qu’ils prennent des décisions ; de penser que, même sans langage, ils disposent de symboles mentaux qui leur permettent de réfléchir d’abord et d’agir ensuite, et d’établir de remarquables contrats de réciprocité ? Tout bien pesé, il me paraît singulièrement humain, particulièrement anthropocentrique de ne pas reconnaître ces facultés » (p. 198).
Remarquons d’autre part que l’animal élevé est un individu même lorsqu’il est élevé en groupe comme dans le cas du mouton : on manipule des moutons, mais l’animal qu’on pèse, qu’on numérote ou qu’on décide d’envoyer à l’abattoir est l’individu X, différencié des autres le temps de la manipulation, et la relation instaurée lors du travail, si elle représente la rencontre de l’éleveur et du groupe, est aussi celle de deux individualités, celle de la personne et celle de l’animal. C’est l’ensemble de toutes ces imperceptibles relations individuelles, ainsi que celles des animaux entre eux, qui construisent la relation de l’éleveur et de ses bêtes et qui font que certains traits de la personnalité de l’éleveur peuvent, par exemple, se lire au travers du comportement de l’ensemble de son troupeau.

L’intérêt pour l’animal de la communication éleveur-animal
On peut faire l’hypothèse que l’animal a besoin ou envie de communication, et cela d’autant plus que le milieu le contraint souvent à l’inactivité. L’animal élevé dans les conditions industrielles est paradoxalement « humanisé ». Coupé du milieu naturel, contraint à des rapports de groupe différents de ceux habituels à son espèce, ou à la solitude physique, ses besoins ne peuvent plus être lus seulement en terme de besoins « naturels ». Une troupe de laies dans une châtaigneraie n’a apparemment nul besoin de communication avec l’homme, ce qui n’est pas le cas d’un lot de porcs dans une case de porcherie. Si l’on se réfère à l’échelle des besoins de Maslow (1970), on pourrait décrire comme satisfaits les besoins élémentaires de l’animal (se nourrir, ne pas avoir froid, ne pas souffrir de maladie, ne pas craindre un prédateur et, dans une certaine mesure, se reproduire) et donc considérer que ses besoins se situent à un niveau supérieur, celui des relations.
On peut se demander par ailleurs si les races très sélectionnées, type vaches Holstein ou porcs Large White, n’ont pas, du fait de la sélection sur des critères de productivité et d’adaptation à un environnement construit par l’homme, été sélectionnées aussi sur des critères d’acceptation de la proximité et des exigences humaines. Cette sélection semble rendre en effet ces races plus dépendantes - comparés aux porcs corses, par exemple, les porcs croisés Large White ont beaucoup moins d’efficacité à se nourrir de façon autonome s’ils sont élevés en plein air (Peyraud, 1980) - , et plus sensibles à l’activité humaine qui les entoure (les Holstein sont par exemple décrites par certains éleveurs comme des vaches douces et obéissantes - « le top de la domestication » -). On peut penser que ces animaux sont aussi plus enclins et réceptifs à la communication avec l’homme et qu’elle leur est nécessaire. La remarque que m’a faite un jour un éleveur « En fait, les bêtes sont sélectionnées sur la bêtise » me laisse penser que l’implication croissante de l’homme dans la « construction » de l’animal rend indispensable de s’intéresser à la communication.

Les moyens de la communication
L’animal communique de façon orale et par son comportement (ainsi que par des voies olfactives). L’intuition, « ce mystérieux moyen par lequel nous arrivons à la solution d’un problème sans le soumettre au raisonnement » (11) , le non-verbal (12) , l’atemporel, l’analogique peuvent être considérés comme les modes essentiels de son appréhension de l’environnement (ces modes sont ceux décrits comme dévolus chez les humains au « cerveau droit »). La pensée, la communication humaine passent par le langage verbal et non verbal ainsi que par les émotions : « qui ne ressent pas profondément ne pense pas » (Yourcenar, 1980). Le comportement de l’éleveur comme celui de l’animal, sont également moyens de communication. Si le langage verbal n’est pas supposé connu de l’animal, la voix qui véhicule les affects (Salmona, 1994) est néanmoins porteuse de messages perceptibles par l’animal. Fox (1985) souligne d’ailleurs que certaines expressions vocales et comportementales sont analogues chez l’homme et l’animal (manifestations de douleur, de plaisir, de peur, de colère...).
Comme il y a de l’animal dans l’humain, n’y aurait-il pas de « l’humain dans l’animal (13) » qui se serait accroché aux ramifications du « buisson touffu (14) » de l’évolution ? L’ensemble de ce qui fait notre « humanité » est-il uniquement l’apanage des hommes ? L’intuition n’est-elle pas l’exemple d’une capacité commune à l’homme et à l’animal ? Le langage du corps n’est-il pas l’exemple d’un moyen de communication lui aussi partagé ? Puisque les éleveurs communiquent avec les animaux (si ce n’était pas le cas, toute manipulation serait impossible), il est logique de penser qu’ils le font sur la base d’un langage commun. Ce sont des éléments de ce langage commun qu’il est important de mettre à jour.

[R]  En conclusion

Etre éleveur, et c’est apparemment un paradoxe puisque le profil de l’éleveur compétent, décrit notamment par Seabrook, révèle des personnalités plutôt portées sur la solitude et l’indépendance, est un métier de la communication. Métier de la technique et de la passion, comme le dit Soriano, métier de la vie et de la mort, au coeur de nos sociétés prises entre compassion et oubli, éthique et compétitivité.
Mais, la mort des animaux d’élevage, qu’à peu près seules les personnes travaillant en abattoirs assument, n’est pas une métaphore et, pour autant que le milliard d’animaux abattus en France chaque année (15) aboutisse bien dans l’assiette des consommateurs, il est nécessaire de la regarder en face et de regarder également pour ce qu’ils sont les systèmes industriels d’exploitation des animaux qui les pourvoient en majeure partie. Une récente description des compétences nécessaires aux salariés travaillant en élevage porcin  (16) présente un référentiel professionnel d’où est exclue toute compétence rattachée aux qualités dites « humaines » (patience, affection, compassion, douceur...) et qui sont pourtant celles décrites par les éleveurs eux-mêmes comme essentielles à l’exercice de ce métier (« surtout il faut être patient et aimer les animaux »). Cette abstraction des compétences historiques de l’éleveur en élevage porcin actuellement confirme, il me semble, le fait que le salarié dans ce type d’élevage n’est pas éleveur mais ouvrier, plus ou moins qualifié. Dans ce processus industriel au sein duquel l’élevage est une unité de production, l’éleveur un ouvrier et l’animal un matériel, comment poser la question du bien-être de l’animal ?

"le bon éleveur, c’est celui qui aime ses bêtes, qui sait les comprendre et leur parler ». Cet éleveur là, comme Seabrook et Hemsworth l’ont montré, a aussi de bons résultats en matière de productivité. Cet éleveur là « est bien avec ses bêtes et ses bêtes sont bien avec lui ». Cet éleveur là a dix mille ans et vraisemblablement beaucoup de choses à nous apprendre. Pourtant aujourd’hui, que savons-nous de lui (17) ?

Cet article a été écrit dans le cadre d’une thèse dirigée par Joseph Bonnemaire (INRA SAD, Paris), que l’auteur remercie pour son aide à la mise au point du manuscrit.


[R] Notes  
(1) Lorenz (1983) comme Serpell (1986) font l'hypothèse que les animaux d'élevage ont d'abord été des animaux familiers et que c'est paut-être la capacité d'aimer les animaux qui a été à l'origine de la domestication. [VU]
(2) "Les entretiens du XXIe siècle" de l'UNESCO; le Monde du 16 septembre 1997. [VU]
(3) Voir l'article concernant les chiens d'attaque dans le Monde du 24/9/97 et la revue Panoramiques n°31 -"Mon chien, c'est quelqu'un", 4e trimestre 1997, Arléa-Corlet. [VU]
(4) "L'esprit humain est profondément sous-développé, ainsi que nos possibilités affectives. Des possibilités extraordinaires, liées à la complexité de notre cerveau existent" E. morin. Les entretiens du XXIe siècle de l'UNESCO. Le Monde du 16 septembre 1997. [VU]
(5) Je pense qu'il y a une sorte de télépathie qui s'installe entre l'agriculteur et la bête pour, je pense que vous verrez, quand la recherche avancera beaucoup plus, je suis persuadé qu'on verra que peut-être, c'est pas une forme d'intelligence, mais c'est une forme de compréhension, ou est-ce qu'on dégage des ondes, qu'elles captent, je n'en sais rien [...] moi je crois que les bêtes, elles savent qui c'est qui les fait naître, elles savent qui c'est qui les a soignées et elles savent qui c'est qui les aime [...]" M. Roucan, éleveur de vaches Salers. "Ca se discute" 5 mars 1997, France 2. [VU]
(6) Apprentissage du language américain des sourds-muets, par exemple. [VU]
(7) La définition de "pensée" est au sens large "tout ensemble de représentations, d'images, dans la conscience". La place des émotions, de l'affectivité et du corps dans ce processus est de plus en plus mise en lumière (B. Cyrulnik, 1988; A. Damasio, 1994; D. La plane 1997) [VU]
(8) Groupe de Palo Alto: créé en 1953, ce groupe a rassemblé des chercheurs et des cliniciens autour de G. Bateson et Don D. Jackson à l'institut de recherche mentale de Palo Alto (Californie). Il s'est particulièrement ontéressé à l'étude du comportement en tant que fonction de communication et d'interaction dans certains systèmes sociaux, notamment dans la famille. [VU]
(9) Dictionnaire d'éthique et de philosophie morale -sous la direction de M. Canto-Sperber, PUF, 1996. [VU]
(10) A. Gallo, 1988. Pour une approche psycho-éthologique du comportement animal. Thèse, université Paul-Sabatier, Toulouse,. Psychologie animale [VU]
(11) A. Damasio, 1995. L'erreur de Descartes. Odile Jacob, Paris. [VU]
(12) Sur la pensée non verbale et les rapports entre language et pensée, voir La pensée d'outre-mots de D. Laplane (1997) -Les empêcheurs de penser en rond. Synthélabo. Lire aussi de Cyrulnik "le jour où l'on comprendra qu'une pensée sans laguage existe chez les animaux, nous mourrons de honte pour les avoir enfermés dans les zoos et les avoir humiliés par nos rires" (1983, p. 143). [VU]
(13) M. Blanc, 1991. De l'humain dans l'animal. Alliage, L'animal, l'homme [VU].
(14) cf S. J. Gould, 1996. Comme les huit doigts de la main. Seuil. [VU]
(15) Burgat F., 1995. L'animal dans les pratiques de consommation. PUF, Que sais-je.[VU]
(16) P. de Langhe: Le métier de salarié en élevage porcin. Atout Porc, juillet 1997. [VU]
(17) Les pistes de réflexion proposées ici ne demandent qu'à être développées... Critiques et propositions seront attentivement, patiemment et amicalement reçues ! [VU]


[R]  Références bibliographiques      

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