Le Courrier de la Cellule Environnement n°16, avril 1992

La forêt qui cache l'arbre

par Philippe Pointereau  

1. Le dramatique recul des forêts sur notre planète
2. La disparition de notre forêt linéaire
3. Plantations de terres agricoles
4. La qualité de nos forêts
5. Forêts des DOM-TOM
6. Mise en place d'un réseau de "réserves intégrales" ou de  "forêts vierges"

Références bibliographiques
Annexe
(le Réseau forêts de France Nature Environnement)
Le rebelle (poème)

Le plus vieil arbre au monde, logé dans les White Mountains aux Etats-Unis, Pinus aristata, aurait environ 4 900 ans et le plus vieil arbre de France serait une Aubépine, âgée de 1 500 ans, située à Saint-Mars-sur-la-Futaie, en Mayenne. Cette longévité naturelle de l'arbre, qui atteint généralement plusieurs siècles, et le fait que l'âge d'exploitabilité (critère technico-économique) d'un arbre dépasse le plus souvent quatre-vingt ans (et peut atteindre deux siècles pour certains Chênes), font forcément des espaces boisés des lieux peu anthropisés et souvent à forte valeur écologique. Ceci, nous le verrons, est à nuancer, car la différence est grande entre une plantation monospécifique de Douglas et une vieille futaie de montagne, mais elle reste certainement moins grande qu'entre cette futaie et un champ de Maïs irrigué.
Aussi les espaces boisés constituent-ils un enjeu important pour les protecteurs de la nature, non seulement par les qualités que leur confère cette stabilité dans le temps et dans l'espace, mais aussi par l'importance de leur surface (15,5 millions d'hectares en France, soit 28 % du territoire d'après l'enquête Utilisation du territoire - 1990 du SCEES (1).
La longévité naturelle de l'arbre, qui s'oppose radicalement à nos politiques à court terme (à courte vue), ne doit cependant pas nous faire oublier que des changements importants continuent de traverser nos forêts françaises ainsi que toutes les sylves de notre planète. Ces changements, s'ils sont parfois fois rassurants, prennent aussi des allures de menace.
Je vous propose donc un petit détour dans la réflexion qui se tisse et s'élabore au sein du Réseau forêt de France Nature Environnement.

[R] 1. Le dramatique recul des forêts sur notre planète

Il en a toujours été ainsi, peut-on répondre. L'homme a défriché pour développer une agriculture qui lui procure beaucoup d'aliments qui ne pouvaient se trouver en quantité suffisante en forêt.
Mais toujours est-il que, malgré l'absence d'outils d'évaluation à l'échelle de la planète (hormis les quelques données de la FAO), il est clair que les espaces boisés reculent, et cela d'une façon dramatique dans les forêts tropicales (Brésil, Birmanie, Malaisie, Madagascar, Côte d'Ivoire, Haïti, Philippines, etc.), mais aussi en Chine, au Canada, en URSS, en Inde et au Chili. Les seuls qui semblent afficher un bilan positif sont les pays industrialisés (USA, Europe de l'Ouest, Japon), ceux-là même qui sont les principaux consommateurs de produits issus de la forêt.
Ce recul est à imputer en premier lieu à la croissance de la population mondiale qui entraîne une demande supplémentaire en terres agricoles et en produits extraits de la forêt : bois d'oeuvre, bois de feu, bois pour le papier, gomme, caoutchouc ; mais aussi aux conséquences directes et indirectes de l'inégalité des échanges nord-sud et de la surconsommation des pays industrialisés.
Ce qui est plus dramatique (pour l'avenir), c'est le faible taux de reforestation, qui traduit l'inadaptabilité des politiques de reboisement dans la plupart des pays et d'autre part le manque de connaissance des espèces et des conditions de germination des graines, de leur dissémination, etc. qui limitent le développement d'une réelle sylviculture tropicale.
En quoi cela nous concerne-t-il ? Il est évident que nous sommes directement touchés par cette situation, pour ne pas dire responsables.
L'Europe importe aujourd'hui 115 millions de mètres cubes d'EBR (équivalent bois rond) provenant des forêts boréales et tropicales et en importera 175 millions de mètres cubes en l'an 2 000. La France, quant à elle, malgré son taux de boisement élevé, n'est toujours pas autosuffisante du fait de sa consommation en pâte et papier. La France importe par ailleurs des produits qui ont une valeur " forêt " : le café ou le cacao (2), dont la mise en culture a nécessité le déboisement de vastes territoires (Côte d'Ivoire) et qui sont aujourd'hui en surproduction, ou l'acier qui consomme pour son élaboration du charbon de bois (Brésil). Autrement dit, l'Europe aurait besoin d'une forêt grande comme la France pour faire face à ses besoins globaux en bois.
Pour l'instant, l'homme continue donc de faire fondre son capital " forêt ", ce qui, à terme, menacera les derniers peuples indigènes forestiers et les derniers grands espaces sauvages.
Notre consommation effrénée de produits dérivés de la forêt dans les pays industrialisés doit s'arrêter. Et encore heureux qu'un Chinois ou un Indien se contente de 12 kg de papier par an contre 149 kg pour un Français et 303 kg pour un Nord-Américain - on retrouve là la même situation que pour la consommation d'énergie : 0,66 TEP/Chinois/an, 3,53 TEP/Français/an, 7,58 TEP/Nord-Américain/an.
Pour mettre un frein à la consommation et aboutir à une meilleure répartition mondiale, il faudrait développer dans les pays industrialisés une politique de recyclage du papier et des autres produits à base de bois (comme les palettes dont on sait qu'elles ne sont maintenant plus recyclées ; le consommateur va payer 2 fois, une fois en achetant ses briques et son ciment et une autre fois pour éliminer ce " déchet ", et c'est tout bénéfice pour les industriels), durabilité des meubles, amélioration du rendement des chaudières à bois. Et pourquoi pas, à terme, inverser les flux d'échange et exporter du bois vers les pays du Sud qui n'en ont pas assez ?
D'autant que ce bois (et ses produits dérivés) est un matériau noble et peu polluant qui peut se substituer aux matières plastiques, à l'aluminium ou au béton dans la construction, l'ameublement et l'emballage. Ses utilisations sont illimitées. Imaginez la demande si toutes les maisons individuelles se construisaient en bois ou si le chauffage au bois remplaçait le chauffage électrique ! Le bois est une ressource essentielle dans la mise en place d'un développement durable.

[R] 2. La disparition de notre forêt linéaire

Ce n'est pas parce que les surfaces forestières se sont accrues que tout va bien en France. Derrière cette vérité qu'est la croissance des surfaces forestières se cache la disparition de tout ce qui est boisé et n'a pas le nom de forêt : les arbres isolés, les haies et les bosquets (petits boisements, d'une surface inférieure à 0,5 ha). La forêt qui cache l'arbre. Généralement, cette forêt est appelé bocage. Le bocage était cette structure mise en place depuis plusieurs siècles qui conciliait la chèvre et le chou, la forêt et l'agriculture. Totalement artificiel, le bocage était une belle réussite de l'homme, de son génie écologique, de l'agroforesterie avant la lettre, ou tout simplement du bon sens et du savoir-faire.
En 1990, cette forêt occupait 4,3 % de la SAU (surface agricole utile) et 8 % des espaces boisés (53 % dans le département de la Manche) et devait représenter plus de 20 % des espaces boisés au XIXe siècle, pour l'ensemble de la France.
Bref, cette forêt chargée d'histoire est tout simplement en train de disparaître de notre pays, de nos statistiques et bientôt de nos mémoires. Pas moins de 350 000 ha de haies, d'arbres épars et de bosquets ont ainsi disparu entre 1960 et 1990 (cf. tableau I).
Les raisons en sont connues : la restructuration foncière, qu'elle passe ou non par la procédure de remembrement (13,4 millions d'hectares remembrés entre 1945 et 1989) et plus généralement l'intensification de l'agriculture (matériel, pivot d'irrigation, culture plutôt que prairie), le vieillissement généralisé de ces peuplements, la mort de l'Orme et l'artificialisation (route, habitations...), et la mise en place généralisée des réseaux aériens de distribution de l'électricité et du téléphone.

Tableau I. Evolution des espaces boisés en France métropolitaine et dans les Dom-Tom
(Source : TERUTI-SCEES)

- Parmi les " arbres épars ", ne sont comptabilisés ni les arbres d'alignement des bords des routes et des parkings, ni les arbres des cimetières, ni les arbres des landes (qui sont des surfaces où le taux de boisement est inférieur à 10 %) ;
- Les " bosquets " sont des boisements d'une surface comprise entre 0,05 et 0,50 ha ;
- Les arbres qui se trouvent dans les haies sont comptabilisés dans " arbres épars ".

Force est de constater que les remembrements en France ne sont pas écologiques et ne l'ont jamais été. Sauf dans de très rares cas, les dévouées PQPN (personnes qualifiées pour la protection de la nature), tout comme certains bureaux d'études, qui réalisent de vraies études d'impact, ne feront jamais le poids dans la procédure. Aussi, face à cette situation dramatique, France Nature Environnement a-t-elle demandé l'arrêt des aides de l'Etat et des collectivités territoriales aux procédures de remembrement et la reconversion de cette ligne budgétaire dans un vaste programme de restauration des milieux naturels qui comprendrait, en outre, un plan de restauration de l'arbre et des haies.
Il est grand temps de se préoccuper de l'avenir de notre forêt linéaire qui, avec une surface somme toute très faible (2,4 % du territoire en 1990), structure nos paysages et offre ces " menus produits externes " qui n'entraient dans aucune comptabilité (régularisation et qualité des eaux, protection des sols...) mais qui, par ailleurs, sont étudiés en détail depuis vingt ans dans nos laboratoires de recherche.
de geler et de boiser 1 à 2 % du territoire, soit l'équivalent des surfaces de forêt linéaire détruites depuis trente ans. D'autres proposent de développer des taillis à courte rotation (TCR) pour la production d'énergie, ce que faisait le bocage depuis longtemps avec en plus une prime écologique.
Nous tournons en rond et, comme dirait François Terrasson, " le brise-vent a remplacé la bouchure ". Mais cette boucle coûte et va coûter cher à la société. Rappelons que le remembrement a coûté environ 5 000 F/ha et que la restauration des 350 000 km de haies détruites coûtera 10 milliards de francs.
Quant à la mémoire de nos statistiques, rappelons que, faute de moyens financiers, l'Inventaire forestiers national risque d'abandonner l'inventaire des arbres épars et des haies dans certains départements. Nos enfants sauront-ils qu'autrefois une partie de la France était bocagère et que les arbres poussaient le long des ruisseaux ?

[R] 3. Plantations de terres agricoles

Le boisement peut être une bonne chose, tout dépend dans quelles conditions il se réalise. Les propositions que nous avons faites et qui valent aussi pour les boisements effectués dans le cadre du FFN (Fonds forestier national) - sont les suivantes :
- reconstruction des 350 000 ha de forêts linéaires détruites depuis 1960 ;
- priorité dans les régions à faible taux de boisement (Nord-Pas-de-Calais, Pays de Loire, Poitou-Charentes) ;
- priorité aux essences locales ;
- garantie dans le temps de la part des propriétaires du non-déboisement des espaces boisés existants sur des exploitations et des boisements réalisés ;
- interdiction de boisements sur des biotopes particuliers (pelouses calcaires, tourbières, landes remarquables...) ;
- boisement le long des cours d'eau et des fleuves, sur une bande dont la largeur reste à définir ;
- réalisation d'études paysagères et écologiques pour tous les boisements d'importance.

[R] 4. La qualité de nos forêts

Cette phrase simpliste mais vraie qui dit que nos forêts s'accroissent (vérité qui doit être tempérée par le recul de notre forêt linéaire - dont on ne dit d'ailleurs pas la surface qu'elle occupait au XIXe siècle) cache une autre réalité, celles des flux. En effet, 100 000 ha déboisés d'un côté, plus 100 000 ha boisés de l'autre ne donnent rien, si l'on ne s'intéresse qu'au bilan.
Ces échanges entre la forêt et les autres utilisations du sol sont en fait plus importants qu'il ne paraît. Ces flux sont difficiles à saisir et un important travail pourrait être entrepris pour valoriser les données de l'Inventaire forestier national, de l'enquête Utilisation du territoire (TERUTI) et les dossiers de demande d'autorisation de défrichement.
Si les boisements, pratiquement tous réalisés sous l'égide du FFN, sont à peu près connus (cf tableau I) on connaît moins bien le phénomène de boisement naturel à partir des landes et les types et la localisation de forêts défrichées (forêts alluviales, forêts péri-urbaines, etc.).
Cette connaissance des flux est nécessaire car il est clair qu'un hectare de monoculture de Douglas planté n'a pas la même valeur patrimoniale qu'un hectare de ripisylve qui protège les rives et fixe les nitrates ou qu'un hectare de forêt situé en zone péri-urbaine qui est destiné à recevoir de nombreux visiteurs (plus de 100 millions en 1990, pour les seules forêts d'Ile-de-France).
Cela nous amène à nous poser des questions sur la conservation de la biodiversité de nos forêts, notion qui comprend la conservation des ressources génétiques forestières et la conservation de la faune et de la flore sylvestre.
Une forêt étant plus qu'un espace vert et pas seulement une usine à bois, comment pouvons-nous approcher cette notion qualitative et patrimoniale par opposition à une notion quantitative faisant appel aux surfaces et aux volumes des forêts pour tracer un bilan plus objectif des évolutions de ce siècle ?

Posons-nous déjà certaines questions :
- comment ont évolué les populations d'animaux forestiers, des grands Mammifères (Ours bruns, Lynx, Cerfs...) en passant par les Oiseaux (Grand Tétras, Gélinotte, Pics, Autour, Aigle botté, Gobe-mouches à collier...) jusqu'aux Insectes (Papillons, Carabes...), sans oublier la microfaune du sol ? ;
- comment a évolué la flore forestière, Champignons, Lichens, fleurs et toutes les essences secondaires, Ifs, composants des haies, Merisiers, Alisiers, Tilleuls, etc. ? ;
- comment évolue l'état sanitaire de nos forêts, leur sensibilité aux risques de chablis, aux incendies ?

Tout ceci afin de déboucher sur les liens étroits qui unissent sylviculture et biodiversité. Comment adapter la sylviculture aux objectifs patrimoniaux ? La recherche a ici un rôle fondamental à jouer en développant de vastes programmes pluridisciplinaires.
Les associations de protection de la nature, quant à elles, tentent de s'opposer à la monoculture d'arbres qui va de pair avec la régularisation de la forêt et la pénétration d'intrants (clônage, mécanisation du travail du sol, des éclaircies et de la récolte, pesticides, engrais), et une diminution du nombre d'emplois par hectare de forêt (ce qui ne fait qu'aggraver la spirale de la désertification rurale que l'on essaye d'arrêter par ailleurs...). Si la futaie régulière, qui nécessite une coupe rase et souvent une régénération artificielle, n'est pas toujours un mal et reste obligatoire en plantation sur terrain nu, elle est la voie royale d'entrée de tous les intrants en forêt. Pour cette raison, le traitement en futaie irrégulière, en futaie jardinée ou en taillis sous futaie nous semble apporter de meilleures garanties pour la conservation de la biodiversité de nos forêts. Et en cela, France Nature Environnement rejoint les propositions pour une sylviculture proche de la nature de l'association Prosylva et propose de mettre en place un réseau de références de parcelles forestières privées ou publiques gérées selon ces principes.
Quant à l'usage des pesticides en forêt, l'objectif est leur élimination à terme, objectif que nous avons clairement affiché à la première réunion du groupe " phytocides " mis en place par le département Santé des forêts de la DERF (direction de l'Espace rural et de la Forêt). La biocénose forestière est plus complexe que l'agriculture et mérite de ce fait une attention toute particulière. Une gestion saine doit permettre d'éviter dans une large mesure les problèmes phytosanitaires.

[R] 5. Forêts des DOM-TOM
Si, en France métropolitaine, la surface forestière s'accroît, elle recule dans les DOM-TOM. On pourrait ainsi être amené à constater que les espaces boisés français diminuent (si bien sûr on considère que les DOM-TOM font partie de la France). Sont particulièrement menacées les forêts naturelles des îles (Réunion, Martinique, Guadeloupe, Nouvelle-Calédonie). Ces forêts, rappelons-le, sont d'une grande richesse (elles renferment de nombreuses espèces endémiques) et jouent un rôle écologique majeur (comme par exemple la mangrove).
Nous demandons donc que la France affiche une politique claire et patrimoniale pour l'ensemble des forêts tropicales qu'elle possède : celles des îles et celle de Guyane. Qu'en est-il du parc national de Guyane et des menaces engendrées par la mine de Yoou, par les projets de route et de barrage ? Qu'a-t-on prévu pour la protection des derniers boisements de Kaori géants de Nouvelle-Calédonie ?

[R] 6. Mise en place d'un réseau de "réserves intégrales"ou de "forêts vierges"

En plus d'un réseau de forêts pour la conservation des ressources génétiques, nous demandons la constitution d'un réseau de réserves intégrales qui devrait occuper 0,5 % du territoire métropolitain. Les forêts qui entreraient dans ce réseau seraient en priorité les réserves biologiques intégrales (malheureusement peu nombreuses) et certaines forêts ou parcelles de forêt remarquables. Les forêts situées dans les parcs nationaux et régionaux, les réserves naturelles, les acquisitions du Conservatoire du littoral ou d'Espace naturel de France et des départements pourraient être des zones prioritaires. Ces dernières devraient pouvoir couvrir à terme la plupart des écosystèmes forestiers représentés sur notre territoire.
Comme le dit très bien Hans Voegeli, ces réserves peuvent apporter des réponses à certaines questions comme celles-ci : Comment se déroule la régénération sans intervention humaine ? Comment se développent les populations animales ? Quelle influence la strate herbacée exerce-t-elle sur la régénération des diverses essences ? Comment les recrûs se développent-ils sans soins ? Dans quelle mesure les cadavres des arbres gênent-ils la régénération ? Comment l'ombre des vieux bois influence-t-elle la vitalité des jeunes arbres ainsi que la forme de leur tige et de leur cime ? Comment les fourrés se développent-ils sans soins ? Comment se comportent les essences dans le mélange pied à
pied ?
Et pourquoi ne pas imaginer, à l'instar de la réserve intégrale de Bielowesca en Pologne, la constitution d'une importante réserve intégrale de plusieurs milliers d'hectares au coeur de la forêt d'Orléans. Sur cette grande réserve intégrale en devenir pourrait être concentré un vaste programme de recherche en foresterie et écologie, couplé à des actions de vulgarisation et d'animation auprès du public.
Il reste donc beaucoup à faire tant pour la forêt française que pour l'ensemble des forêts de la planète et sur ce point la recherche a un rôle privilégié à jouer.
La forêt est certainement l'un des espaces où pourrait se mettre rapidement en place un " développement durable " qui concilie à la fois la production de ressources renouvelables pour l'homme, la conservation de la biodiversité et des valeurs écologiques fondamentales de la forêt et le maintien d'un espace libre et sauvage indispensable à l'équilibre de l'homme, qui se demande comment sur son ordinateur pourrait bien lui écrire un poème.

Philippe Pointereau est responsabledu Réseau forêt de France Nature Environnement
Fédération françaisedes sociétés de protection de la nature FFSPN 57, rue Cuvier, 75231 Paris cedex 05.


[R] Références bibliographiques
BOURDU R., 1989. Arbres souverains. Ed. du May, 150 pp.
FRANCE NATURE ENVIRONNEMENT, 1983. Forêts et protection de la Nature, pour une politique forestière écologique. Ed. France Nature Environnement, Paris, 191 pp.
FRANCE NATURE ENVIRONNEMENT, 1991. 40 actions pour l'arbre et la forêt. Ed. France Nature Environnement, Paris, 100 pp.
GROUPE DE TRAVAIL PIREN-NITRATES, 1981. Les nitrates dans la forêt alluviale. Doc. CNRS/min. Environnement, Strasbourg, 51 pp..
POINTEREAU P., 1990. Les grands traits de l'évolution de l'agriculture française et les incidences sur l'environnement. Ed. Solagro, 60 pp.
POINTEREAU P., 1991. Propositions du Réseau forêt de France Nature Environnement concernant la protection, la gestion et le suivi scientifique de nos patrimoines naturels forestiers. Rev. for. fr. (à paraître).
TURCKHEIM B. DE, 1990. L'intensité en sylviculture : quelques réflexions sur l'orientation de la gestion dans nos forêts. Rev. for. fr., 42(5), 10 pp.
VOEGELI H., 1990. Le rôle de la forêt vierge, des associations forestières naturelles et des forêts de rapport soustraites à toute intervention humaine pour la sylviculture proche de la nature et la protection de la nature. J. for. suisse, 2, 30 pp.

[R]Annexe : Le réseau forêt de France Nature Environnement (RFFNE)

Pour protéger, il faut aimer et connaître
Le Réseau forêt a été créé en 1985 au sein des associations de France Nature Environnement. Il regroupe actuellement 600 personnes, dont plus de 50 correspondants étrangers. La coordination est assurée par P. Pointereau.
Son constat : les forêts sur la planète reculent pour de multiples raisons. Aucune solution simple n'existe, car la déforestation ne peut être abordée sans parler du développement. Le bois et ses dérivés sont l'un des principaux produits du commerce international. La France et l'Europe, qui sont importateurs nets de bois, ne peuvent donc se dissocier du devenir des forêts tropicales et boréales.
Plus près, chez nous, la forêt semble se porter mieux, à l'abri des grands défrichements. Mais les problèmes sont plus insidieux, moins voyants. Les plantations monospécifiques entreprises par le Fonds forestier national ne doivent pas occulter le démembrement de notre forêt linéaire, le recul des forêts péri-urbaines et alluviales, les menaces qui pèsent sur les dernières forêts naturelles des DOM-TOM, les conséquences à long terme de la pollution atmosphérique, de l'usage des pesticides ou du clônage des arbres qui, en modifiant le fonctionnement de l'écosystème forestier, peuvent l'affaiblir à terme.
La régression d'animaux forestiers tels que l'Ours brun ou le Grand Tétras, véritables indicateurs biologiques, montre la fragilité des écosystèmes forestiers et le travail à accomplir pour conserver la richesse biologique de nos forêts.
Ses finalités : rechercher un état d'équilibre dynamique entre l'homme et la forêt permettant la mise en place d'un développement compatible avec une conservation durable.
Ses buts : protéger la forêt linéaire (arbres isolés, bosquets, haies) et les écosystèmes forestiers contre toutes les menaces extérieures ; - conserver la diversité biologique des forêts (conservation de la faune et de la flore sylvestres).
Ses objectifs : sensibiliser les citoyens, l'administration et les élus au rôle écologique de la forêt indispensable à de nombreuses activités économiques ; favoriser les usages de la forêt compatibles avec le maintien de son état et de sa diversité.
Ses moyens :
- la publication de la Lettre des Sylves : cette lettre bimensuelle diffuse des informations concernant la forêt et l'environnement. 15 lettres ont été publiées à ce jour. Le tirage est actuellement de 700 exemplaires, dont 100 sont diffusés auprès de journalistes et de revues ;
- la publication d'un livre Forêt et environnement : ce livre publié en 1985, disponible à FNE, détaille les problèmes écologiques de la forêt française et présente des propositions ;
- un plan de formation des cadres associatifs : le RFFNE organise régulièrement, avec d'autres partenaires, des stages à destination de ses membres pour parfaire la connaissance de la forêt française, de sa gestion et de son utilisation ; 4 stages de 3 jours ont déjà été organisés : - Forêt et environnement à Saint-Girons (octobre 1988) ; - Sylviculture à Nancy (mai 1990) ; - Politique forestière à Nancy-sur-Vernisson (octobre 1990) ; - Forêt méditerranéenne à Cogolin (mai 1991) ;
- une participation constructive aux groupes de travail régionaux et nationaux : - Conseil supérieur de la forêt et des produits forestiers (représentant : P. Lebreton) ; - Groupe de travail sur la protection des ressources génétiques forestières (représentant : P. Guy) ; - groupe de travail du Commissariat au Plan sur la prospective dans le domaine de la forêt et du bois (représentant : P. Pointereau) ; - groupe de travail sur l'emploi des pesticides en forêt (représentant : M. Deconchat) ; - commission régionale de la forêt et des produits forestiers (les associations disposent d'un représentant dans chacune des commissions régionales chargées de l'élaboration et du suivi des orientations régionales forestières) ;
- des interventions actives pour la sauvegarde du patrimoine forestier : le RFFNE et les associations interviennent régulièrement pour sauvegarder les formations boisées d'intérêt écologique ou ayant une fonction sociale importante dans le cadre : - des plans d'occupation des sols ; - des demandes d'autorisation de défrichement ; - des remembrements (boisements linéaires et arbres épars) ; - des enquêtes d'utilité publique (création de nouvelles voies de communication) ;
- des prises de position dans les colloques et les congrès forestiers ;
- la mise en place d'un partenariat avec les différents acteurs de la forêt (administrations, propriétaires, gestionnaires, utilisateurs).


Notes
(1) SCEES: service central des études économiques et statistiques, ministère de l'Agriculture et de la Forêt.[VU]
(2) La consommation française de cacao équivaut à 360000 ha de culture.[VU]



[R] Le rebelle

Quand il devint certain
Que l'inventaire était clos
Que toutes les plantes
Et les animaux étaient connus
Qu'il n'était plus nécessaire
D'aller se salir à faire du terrain,
Et qu'il suffisait de pianoter sur le terminal
de la Banque Mondiale des Données du Vivant
Pour tout savoir sur tel territoire,
Pour calculer l'impact,
Pour modifier et corriger le projet
Pour...
Tout devint plus simple,
Les scientifiques devinrent des archivistes,
Les urbains, plus urbains
Et les amoureux de la nature
S'abonnèrent au réseau cablé "Télé-Nat".
C'est alors qu'un enfant
S'introduisit dans le réseau informatique
Et pointa les coordonnées géographiques
D'une vieille forêt
Dont il avait lu l'histoire dans un conte.
Il effaca toutes les données
De la mémoire de l'ordinateur sur cette forêt.
C'est un cadeau,
Que l'enfant donnait
A ceux qui plus tard
Se poseraient sur la Terre
Et trouveraient une vieille forêt
Au milieu d'un grand désert.

S. Rossi
Membre du Réseau forêt

[R]


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