Sujet :
Humanisme, biotechnologie et éthique de la science

Contribution initiale de
Pietro Rotili  
Istituto Sperimentale per le Colture Foraggere - Lodi

Humanisme du IIe millénaire
Biotechnologie: apports et limites
Humanisme du IIIe millénaire

Présentation par Pierre Guy
Du même auteur dans le Courrier : Rotili P., 2001. L'avenir des biotechnologies. CE, 42, 83-89. (L)

Contributions au débat et interventions


"Sujet" : ouvrage participatif auquel un premier texte sert d'amorce et que construisent progressivement les textes livrés par les lecteurs, spontanément ou suite à une sollicitation, et qui pourra prendre la forme d'un Dossier. Tout internaute devant cette page peut proposer sa contribution. Contact : Pierre Guy.

Contributions

1.  Biotechnologie et morale (Pietro Rotili) (2002)

2.  OGM : Une question d'humanité (Albert Rouet) (2002)

3. Biotechnologie - Humanisme / Éthique / Société (Alain Deshayes) (2002)

4. Vers un nouvel humanisme (Pierre Marsal) (2002)

5. Intervention de Guy Paillotin (2002)

6. Annotations de Michel Desprez (2003)

7. Remarques et questions de Georges Levesque sur la contibution de P. Marsal (2003)


 [R] Humanisme du IIe millénaire

Introduction
Combien de pauvres y a-t-il sur la Terre? Sur cette planète qui par rapport à l'Univers est plus petite qu'un atome. Cette Terre qui devient toujours plus petite au fur et à mesure que la technologie avance. Au troisième millénaire notre Terre deviendra-t-elle une grande maison dans laquelle tous les habitants vivront comme des frères? Teilhard de Chardin, grand savant et prêtre, aurait répondu affirmativement.
L' ONU a sûrement le chiffre des pauvres de la Terre, mais il n'y a pas besoin de cette estimation; il suffit de lire les journaux pour comprendre qu'il s'agit de quelques centaines de millions.
Le XXème siècle est appelé le "siècle bref" par Hobsbawn à cause du nombre d'événemets importants qui, l'un après l'autre, ont donné l'impression que le temps ait raccourci. Pour qui le temps est-il passé rapidement? Sûrement pas pour les pauvres de la Terre. Pour l'Europe l'expression "siècle bref" est bien valable.
Les deux grandes guerres, la guerre d'Espagne, la révolution bolchevique, le nazisme, le fascisme, l'implosion de l'empire bolchevique, le triomphe du capitalisme, sont les faits principaux en même temps que la destruction de six millions d'hébreux dans les camps de concentration nazistes.
On a écrit que le capitalisme a battu le communisme : mais quel communisme? Il s'agissait d'un régime policier qui se résume dans le nom du Chef : Stalinisme. En fait, le stalinisme a été une déviation du phylum du socialisme. Et l'Histoire condamne les déviations : nazisme et fascisme, déviations, cette fois-ci du phylum du capitalisme.
Il faut constater la progression impétueuse de la Nouvelle Economie. Les politiciens se flattent de résoudre avec cet instrument nouveau les problèmes du chômage. La Nouvelle Economie obéit à la même règle que la Vieille Economie, c'est à dire à la règle de base du capitalisme : compétition et profit.
Cette règle produit richesse mais aussi chômage et donc misère. Le mot d'ordre du capitalisme est de produire côute que côute. Produire pour qui ? Pour les populations qui appartiennent aux pays producteurs. Il s'agit d'un cercle infernal qui porte les pays riches à devenir toujours plus riches. De quoi ? De services, d'instruments pour communiquer, etc. Comment les pays riches peuvent-ils penser aux pays pauvres, s'ils n'arrivent pas à éliminer les zones de chômage à l'intérieur de leurs propres pays ? En deux cent cinquante ans le capitalisme a montré que ces défauts sont inhérents à son système. Il est intéressant de remarquer que ceux qui conduisent l'économie mondiale appartiennent à peu près pour 80% à la religion chrétienne. La compétition capitaliste les empèche de penser que les habitants des pays riches nagent déjà dans le superflu. Pourquoi ajouter au superflu d'autre superflu ?
En plus, il faut constater le triomphalisme de la science biologique dans le domaine de la génomique humaine et du clonage humain. Il semble que demain, ou après demain au maximum, tous les problèmes seront résolus dans ce secteur. On a l'impression d'assister à la course vers l'or comme dans les films western.
Pourquoi l'Europe chrétienne a-t-elle été le théatre de nombreuses guerres et de révolutions non seulement au "siècle bref" mais aussi aux siècles précédents ? La prédication de Jésus et de frère François d'Assises n'a servi à rien. Pourquoi? La réponse que je me suis donné est la suivante: la religion est un abri individuel, une sorte de détente.
Dans la vie sociale d'autres valeurs comptent qui sont le corollaire de la règle base du capitalisme, c'est à dire la compétition et le profit. D'ailleurs, pour la conquête des marchés on lutte durement, bien que sans canons et sans bombes.
Le vieil Humanisme, au moins aux origines, fut un mouvement culturel tout italien et se plaça entre la moitié du XIVème siècle et la moitié du XVème siècle ; mouvement qui aboutit à la Renaissance.
L' Humanisme est l'exaltation de ces activités intellectuelles qui, s'opposant à la subordination de l'humain au divin, indiquent l'Homme comme la fin irrenonçable de tout savoir. Conception tout à fait nouvelle car elle met en discussion les valeurs de la tradition chrétienne. Pétrarque fut le premier à avoir claire conscience que les textes classiques reproposaient une conception différente non seulement de la littérature mais de l'histoire et de la civilisation. Pic de la Mirandole peut être considéré comme emblème de la polémique contre la dépréciation médiévale de la condition humaine. La conception de base de l'Humanisme est que l'Homme est libre auteur et constructeur de lui- même.
Le vieil Humanisme était limité à l'Italie et après à quelques pays européens. Il intéressait un petit nombre de grands intellectuels qui ont renouvelé la culture italienne. La renaissance a été la conséquence de l'Humanisme.
Le nouvel Humanisme dont on parle et à propos duquel on écrit peut-il être égal au vieil Humanisme?
La Terre est devenue petite à cause de la télévision et des autres instruments de communication. On parle tant de globalisation et on fait tant de polémiques. Mais la globalisation existe déjà, il suffit de suivre sur les journaux le cours des Bourses les plus importantes de la Terre. La globalisation a mis en évidence les inégalités économiques énormes entre les peuples et les inégalités féroces surtout vis à vis des femmes. On lit en effet que plus d'un milliard de femmes vivent dans la misère et les mauvais traitements. C'est affreux de voir à la télévision comment les femmes sont cachées au pays des Talibans. L'Humanisme nouveau ne peut pas éviter de prendre position sur les aspects moraux de l'existence sur notre planète, religieux ou laïques ; il ne peut pas éviter de traiter des conséquences de la science biotechnologique soit sur le plan moral soit sur le plan social ; il ne peut pas ne pas tenir compte des comportements de l'Homme vis à vis de l'environnement; il ne peut pas taire les différences qui existent dans le domaine de la Connaissance.
L'Humanisme du 3ème millénaire doit pouvoir répondre aux questions suivantes :
1) Quel rôle aura la science biologique (génétique et biotechnologique) dans la vie des hommes ?
2) Les préceptes des religions demeureront-ils les mêmes ?
3) La culture humaniste continuera-t-elle à ignorer la culture scientifique et viceversa ?
4) Le modèle de l'Homme sur lequel les philosophes raisonnent aujourd'hui demeurera-t-il le même ?
5) La Connaissance demeurera-t-elle l' apanage des castes intellectuelles ?
6) La globalisation éliminera-t-elle le racisme ?
7) Sera-t-il possible de construire un Humanisme intégral pour tous les habitants de la Terre ?
8) L'Evolution biologique (darwinienne) de l'Homme continuera-t-elle ?
9) Dans quelle direction ira l'Evolution des caractères culturels acquis (lamarkienne) ?
10) Sur quelles valeurs se basera l'Humanisme intégral ?
11) L'égalisation totale entre homme et femme chez toutes les populations de la Terre se réalisera-t-elle ?
12) L'Occident renoncera-t-il à son pouvoir sur la Terre ou fera-t-il comme Samson avec les Philistins ?

L'Humanisme de Watson
James Watson, prix Nobel avec Crick pour la découverte de la double hélice de l'ADN, a été invité en France en 1995 au Colloque sur la propriété intellectuelle dans le domaine du vivant. La conférence choisie par Watson avait pour titre "Biotechnologie et Humanisme". Watson a ouvert son exposé en citant la définition du mot Humanisme contenu dans le vocabulaire anglais que je reporte: "un système de pensées et d'actions où les intérêts, les valeurs et la dignité de l'Homme sont de première importance"
La biotechnologie, soutient Watson, "interagit avec l'Humanisme en promouvant les intérêts humains en nous faisant plus sains et libérés des afflictions qui ont affecté les êtres humains à travers les siècles". Toujours selon Watson, la figure dominante dès aujourd'hui et pour des milliers d'années, sera Darwin et non le Christ ou Mahomet, car Darwin a attiré l'attention sur ce que nous sommes et a montré que les êtres humains sont un produit de l'Évolution et non pas le produit d'un programme dessiné par une puissance surnaturelle.
D'après Watson le nouvel Humanisme est fondé sur la science biologique. Il faut enseigner la biologie et surtout la génétique pour que la société puisse venir à l'aide des savants lorsque des problèmes naissent, délicats, non du point de vue moral, mais de celui de l'utilité pour l'espèce humaine.
Pour Watson, la morale en ce qui concerne la biotechnologie se situe dans l'utilité pour les êtres humains. Dans le passage concernant Jésus, Mahomet et Darwin, Watson raisonne comme si tous les êtres humains lui étaient égaux ainsi qu'aux savants qui basent leur vie seulement sur la Raison. Après les instincts, la triade de l'Homme est : Sentiment, Raison et Volonté. Si l'on met de coté (en sommeil) le Sentiment, l'Être humain devient un robot. Le Sentiment d'amour, de haine, de fraternité, d'amitié, le Sentiment religieux, le Sentiment du sacré, sont des constituants fondamentaux de la personnalité humaine. Où se trouve alors l'Humanisme ? Watson évidemment pensait à l'Occident et à la caste intellectuelle.
Il n'est plus temps de parler d'Humanisme en regardant seulement l'Occident. La Terre va devenir une grande famille. Lorsque l'Humanisme italien éclata, l'Amérique n'avait pas encore été découverte.
Les religions du troisième millénaire : Moïse et Mahomet ont laissé des codes moraux suivis par Israël et l'Islam. Ces codes résisteront-ils à l'avancée du progrès technologique ? Le millénaire est long et l'impensable peut arriver. Il suffit de se tourner en arrière et de réfléchir sur ce qu'il est arrivé sur la Terre et surtout en Occident. Aujourd'hui et demain les peuples de l'Occident voyageront à une vitesse exponentielle.
Un autre discours concerne la religion chrétienne. Dans les Évangiles il n'y a ni préceptes moraux, ni dogmes. Tout cela est venu ensuite, issu des administrateurs du Siège du Vatican. Quelle sorte de changements peut-on envisager pour la religion chrétienne ? un retour à l'Évangile.

L'Humanisme de Monod
Monod, prix Nobel de génétique avec Lwow et Jacob,dans conclusion du livre "Le hasard et la nécessité" parle de "Éthique de la Connaissance". Cette recette devrait libérer les êtres humains des angoisses: "…Nous sommes les descendants de ces hommes. C'est par eux que nous avons probablement hérité l'exigence d'une explication, l'angoisse qui nous oblige à chercher la signification de l'existence. Angoisse créatrice de tous les mythes, de toutes les religions, de toutes les philosophies, et de la science même". Quels êtres humains? La moitié du monde lutte contre la faim, la misère et la maladie. Monod parle aux élites intellectuelles. Mais ces êtres privilegiés ne sont pas angoissés par défaut de Connaissance, car ils savent que l'Homme ne pourra jamais arriver à tout connaître.
Monod aussi privilégie chez l'Être humain la Raison. Mais un Humanisme Nouveau devrait embrasser toutes les valeurs qui enrichissent l'être humain: Sentiment, Raison et Volonté. On reproche à la doctrine chrétienne de privilégier le Sentiment d'amour envers notre prochain, et pour cette raison la religion chrétienne est la plus difficile à pratiquer. Chez la société humaine les types déterminés génétiquement pour l'amour vers le prochain sont très très peu nombreux.
La proposition de Monod concernant l'Éthique de la Connaissance doît être considérée comme l'un des piliers de l'Humanisme intégral. Il y a quelques dizaines d'années les classes sociales coïncidaient avec les classes culturelles, aujourd'hui cette liaison s'est brisée et nous avons des familles très riches mais totalement ignorantes.

L'Humanisme de Edwin Schrödinger
Dans le livre de Edwin Schrödinger "Science et Humanisme" on lit, sur la couverture, "La science comme effort humain pour comprendre la condition humaine". Dans la phrase du physicien, prix Nobel, est contenue toute sa pensée sur les rapports entre Science et Humanisme. Il constate que l'éducation scientifique est incroyablement absente dans tous les pays de la Terre. Il constate que "la majorité des gens cultivés ne s'intéressent pas à la science et ne se rendent pas compte que les connaissances scientifiques font partie du substrat idéal de la vie humaine". Si Schrödinger avait vécu aujourd'hui il aurait constaté que les gens, pas seulement le peuple-masse, voient la science comme pourvoyeuse de produits technologiques qui ont enrichi et facilité la vie des populations de l'Occident.
En 1959 C.P.Snow a tenu une conférence à Cambridge dont le titre était "Les deux cultures". Le sujet suscita dans tout le monde de vifs débats. Le texte de la conférence fut publié chez Feltrinelli avec une introduction de Ludovico Geymonat. Le mérite de Snow fut de porter l'attention des savants sur un point très important de la culture occidentale, c'est à dire la séparation des deux cultures : humaniste et scientifique.
Il faut souligner que la fracture entre les deux cultures en Italie était plus profonde que chez les autres nations européennes. La cause en était dans le monopole culturel de l'idéalisme de Benedetto Croce, qui niait toute valeur cognitive à la science. Même Gramsci dans les écrits sur la Science acceptait la position crocienne. Pour franchir la fracture profonde entre le monde de la culture humaniste et celui de la culture scientifique il faut travailler sur les structures de l'école. La révolution scientifique est porteuse de progès économique et social : prolongement de la vie, abolition pour l'Occident de la faim et de la mortalité enfantine. Lorsque le crocianisme dominait en Italie, on a vu les succès les plus importants dans la Connaissance de l'Univers et de la matière : Einstein, Plank, Bohr, Schrödinger, Fermi, Joliot Curie et Enzeberger qui a découvert le principe d'indétermination chez le monde infiniment petit de la matière.
Qu'a-t-on a fait en Italie après cette époque de discussions ? Rien. Tout est resté comme auparavant. On n'a pas eu le courage d'intégrer les deux cultures non seulement dans les écoles secondaires mais dans les Universités mêmes, où ç'eût été plus simple. Par exemple : dans les facultés de sciences humaines, insérer dans les programmes la génétique et l'étude de l'évolution, et dans les programmes des facultés scientifiques insérer l'histoire de la philosophie et la philosophie des sciences. De cette façon on comblerait le fossé entre les deux cultures.
Dans la préface à l'édition anglaise de la "Logique de la découverte scientifique" Popper éclaircit d'une façon définitive sa position philosophique. "Par contre je suis convaincu qu'il existe au moins un problème scientifique auquel tous les hommes dédiés à la pensée sont intéressés. C'est le problème de la cosmologie. Le problème de comprendre le monde, y compris nous mêmes et notre Connaissance, en tant que partie du monde. Je suis convaincu que toute la science touche la cosmologie, et pour moi l'intérêt, tant de la philosophie que de la science, est uniquement dans les contributions que ces deux disciplines ont porté à ce problème".

Est-ce qu'au 3ème millénaire nous arriverons à un point où le peuple-masse sera abruti par les objets technologiques et où les gens de pouvoir aurons les objets technologiques et la Connaissance? Je pense qu'il y a des limites à la société de consommation : le peuple-masse la refusera. Aujourd'hui nous sommes à la montée de cette société et nous ne savons pas quand cette montée s'arrêtera.
Il reste le problème qui a un caractère universel: est-il possible de porter au peuple-masse de tous les continents de la Terre la grande culture pour qu'il devient peuple ?
L'Humanisme du 3ème millénaire ne peut pas faire abstraction de ce fait, comme il ne peut pas laisser de coté une symbiose avec la planète. Symbiose est synonyme d'amour pour les plantes, pour les animaux et pour l'atmosphère. L'Humanisme du 3ème millénaire ne peut pas faire abstraction de la parité entre homme et femme.

L'Humanisme d' Axel Kahn
Le livre d'Axel Kahn "Et l'homme dans tout ça ?" porte en sous-titre "Plaidoyer pour un humanisme moderne". En quoi consisterait cet Humanisme moderne ? Pour Kahn il consisterait en la promotion de la solidarité. Je me souviens du livre de L. Bourghois de 1896, cité par Kahn. Ce mot "Solidarité", oublié au cours de la première moitié du vingtième siècle, aujourd'hui est devenu presque à la mode. Les politiciens, soit de droite soit de gauche, soit les socio-biologistes l'utilisent. Ce mot a-t-il la même signification pour les deux groupes ? Pour les socio-biologistes et les politiciens de droite il est synonyme d'aumône. Kahn pense qu'il suffit d'éduquer les êtres humains à la solidarité : l'histoire récente et passée démontre le contraire.
L'esprit de solidarité et d'altruisme est contrôlé génétiquement et ceux qui le possèdent appartiennent à la 1ère et 2ème classes de la courbe de Gauss (1).
L'être humain a hérité de deux parties de l'Évolution : la partie biologique darwinienne et la partie culturelle lamarkienne. Au cours des périodes de crise la partie darwinienne se réveille et opère, tandis que la lamarkienne entre "en sommeil".Aujourd'hui l'Occident vit en tranquillité et prospérité. En même temps il y a une obsession de l'économie. La société de consommation est devenue synonyme de liberté pour le peuple-masse : je me sens libre si je peux acheter ce que je veux. Au peuple-masse les produits technologiques, aux groupes de pouvoir et à la caste intellectuelle Connaissance et produits technologiques.

L'Humanisme de Joël de Rosnais
Joël de Rosnais dans son livre "L'homme symbiotique" suppose au cours du troisième millénaire la naissance du Symbionte. De quoi s'agit-il ? Il s'agit d'un macro-organisme planétaire actuellement en construction. Super-organisme hybride, biologique, mécanique, électronique qui inclut les hommes, les machines et les réseaux de communication.
De Rosnais n'explique pas comment on peut arriver à la naissance de ce super-organisme planétaire en partant de la situation actuelle qui voit l'énorme différence entre l'Occident et le reste du monde. Il n'explique pas comment les êtres humains de l'Occident peuvent en venir à participer à la construction de ce super-organisme qui élimine toutes les compétitions qui sont l'essence du Capitalisme.
Suivant le raisonnement de de Rosnais nous aurions au troisième millénaire une sorte de paradis terrestre. Une très belle utopie. Une planète merveilleuse où les êtres humains vivraient en symbiose non seulement avec la nature mais aussi avec les machines et le complexe des réseaux de communications. Bref, de Rosnais a inventé le futur des populations de la Terre.

L' Humanisme de Heidegger
Le philosophe Beaufret juste après la fin de la deuxième guerre mondiale, en 1946, écrivit à Heidegger. Dans sa lettre il y avaient maintes questions, parmi lesquelles l'une d'importance particulière: "Comment redonner un sens à l' humanisme?" Heidegger (lettre sur l'Humanisme) a répondu : "Il l'a perdu car on a compris que l'essence de l'Humanisme est métaphysique et cela signifie maintenant que la métaphysique non seulement ne pose pas la question de la vérité de l'être mais l'exclut, car la métaphysique persiste dans l'oubli de l'être." "Restituer un sens peut signifier seulement redéterminer les sens du mot".
Je pense que la question avait un sens plus politique que philosophique. Pourquoi Heidegger a-t-il répondu ainsi ? S'il avait dû répondre du point de vue politique il aurait été embarrassé car il avait adhéré au nazisme.
"Redéterminer le sens du mot". Je ne sais pas quelle signification avait cette phrase de Heidegger. Entendre l'Humanisme comme synonyme de barbarie ? Le mot "humanitas" fut utilisé pour la première fois dans le monde de la Rome ancienne par opposition au mot "barbarie" se rapportant aux barbares qui se pressaient aux confins de l'empire. En effet le mot "barbarie" au 2ème millénaire a plus de succès que le mot Humanisme. Et c'est l'Europe chrétienne qui fait des barbaries. Il suffit de citer les événements les plus importants: la barbarie de la Sainte Inquisition qui au cours des siècles a atteint des millions d'êtres humains brûlés vivants au nom du Christ Sauveur; les expéditions aux Amériques avec le génocide des indigènes; la traite des nègres avec l'indifférence des autorités de l'Eglise; les deux dernières guerres mondiales.
Bref, si nous réfléchissons sur l'histoire de la Terre, nous ne pouvons que constater que la grande barbarie a prospéré en Europe. Après le Colonialisme la barbarie de l'Occident est revenue en Europe au XXe siècle pour faire un massacre de vies humaines. La sale guerre des tranchées en 1914-18 a servi à massacrer des millions de jeunes et à préparer la guerre mondiale de 1939-1945 avec 50 millions de morts entre soldats et civils.

L'Humanisme de Sartre
L'angoisse est-elle la conséquence du stress de compétition? Il s'agit d'une maladie.
Le titre d'une conférence tenue par Sartre à La Salle est "L'Existentialisme est un Humanisme". Le nom Existentialisme dérive du fait que Sartre a renversé le couple Essence-Existence. Après Platon, tous les philosophes ont écrit que l'essence précède l'existence. Mais ni l'assertion platonique ni la sartrienne ne sont vraies. On ne tient pas en compte que l'être humain est un produit de l'Évolution biologique (darwinienne) et de l'Évolution culturelle (lamarkienne). "nous sommes d'accord sur ce point: il n'y a pas une nature humaine ; c'est à dire : chaque époque s'écoule suivant des règles dialectiques et les hommes dépendent de l'époque et pas d'une nature humaine" écrit Sartre, prix Nobel pour la littérature, amplifiant le poids des caractères culturels acquis (héritage lamarkien) et annulant le poids de l'héritage biologique (darwinien).
L'Homo erectus, l'Homo habilis, l'Homo sapiens des origines : pour ces individus l'essence précède-t-elle ou pas l'existence ? À mon avis, ces deux entités se sont formées dialectiquement; l'une a contribué à former l'autre et vice versa. Le premier pas de l'Existentialisme est le principe de Descartes "Cogito ergo sum". Est-il applicable à nos ancêtres cités avant ? Les principes de subjectivité et d'intersubjectivité concernent l'être humain vivant sans tenir compte des effets de son histoire culturelle et biologique. Bref, l'existentialisme sartrien est une doctrine ontogénétique car il laisse de coté la préhistoire et l'histoire de l'être humain.
L' Homme du temps de Sartre n'est pas identique à l'Homme des origines, ni de l'ancienne Egypte, ni de l' Empire romain. Pourquoi? Si à partir de ces époques l'Évolution biologique a été négligeable, l'Évolution culturelle, elle, a été immense. Ce fait enrichi le fardeau de l'inconscient. L'Homme contemporain vit une vie en accélération continue. Et cela provoque stress surtout chez les personnes engagées dans la compétition : entrepreneurs, commerçants etc. Pour Sartre l'angoisse dérive de la responsabilité envers les autres. Imaginez les commandants des armées en guerre : il ont tout fait pour devenir commandants. Ils endurent tout sauf l'angoisse. Un existentialisme qui tiendrait compte de l' histoire (un existentialisme historique) pourrait être complémentaire du matérialisme historique de Marx.
L'Humanisme de Sartre n'est pas exclusivement philosophique comme celui de Heidegger. L' analyse de la condition humaine met en évidence deux mots : liberté et engagement. L' Humanisme de Sartre est centré sur la liberté comme le libéralisme de Benedetto Croce. Lorsque Sartre parle d'engagement, à qui s'adresse-t-il ? Non pas à la classe ouvrière, mais au peuple en général. Engagement pour la liberté. Mais l'index est pointé sur la bourgeoisie, la classe la plus égoïste qui a abandonné l'engagement universel après la révolution française. Elle s'est repliée sur elle-même pour défendre ses propres intérêts. La classe ouvrière au XIXème siècle a hissé le drapeau des valeurs universelles. Il suffit de suivre l'histoire de la triade : Liberté, Egalité, Fraternité. Dans cette triade sont concentrées les valeurs du véritable Humanisme jamais réalisé. Qui porte aujourd'hui le drapeau des valeurs universelles ? Personne. La classe ouvrière a déménagé dans les appartements de la petite bourgeoisie. Les valeurs universelles ont été oubliées dans l'Occident riche. La valeur maximale est la consommation. J'ai déjà eu l'occasion d'écrire que la société de la consommation, en Occident, est devenue synonyme de liberté: je me sens libre quand je peux acheter ce que je veux. J'aime penser ce que Marx aurait écrit s'il avait vécu à la fin du XXème siècle. Pour la petite bourgeoisie l'engagement sartrien est un mot vide. L'Homme des philosophes n'est pas un Homme abstrait mais un modèle de la classe dominante et de la caste intellectuelle. Marx et tous les philosophes marxistes font exception. La doctrine marxiste peut être définie comme une doctrine phylogénétique.
L'émotion et l'imagination sont les fondements du Sentiment. Chez l' Homme des origines le Sentiment précède la Raison qui est résumé dans le "Cogito" de Descartes. À partir de là l'Homme n'est plus spectateur mais il est devenu acteur et sait ce qu'est la liberté.
Il y a deux types d'angoisse: l'une est pathologique et l'autre est celle "de la fin". L'angoisse décrite par Monod est pathologique et concerne les savants qui sont en concurrence avec leur collègues ; celle décrite par Sartre concerne les classes dirigeantes. L' angoisse "de la fin" concerne plus ou moins tous les êtres humains. La cause en est le Sentiment des limites de la vie : la mort est inéluctable. Il ne suffit pas que la mort nous concerne tous. Schubert lorsqu'il se sentait oppressé par la mélancolie se mettait au piano et composait. Les sonates pour piano et quelques lieder sur des vers de Heine sont un traitement puissant de l'angoisse. Le Sentiment de l'angoisse "de la fin" ne disparaît pas mais il peut être transformé en sérénité. Cela permet de transformer le noir en lumière: la "lumière de la mort" du très beau vers de Feuerbach. Le même résultat est obtenu en lisant le Cantique des Créatures de frère François d'Assise, où la Mort est appelée soeur.

L'Humanisme de Pierrat
"Nous sommes fils des étoiles" dit Pierrat dans une conférence tenue à Colmar. "La plus petite chose qui nous constitue et dont l'origine se confond avec celle de l'Univers car nous sommes aussi vieux que lui : les atomes de notre corps ont 15 milliards d'années. L'étude de l'Homme suppose l'étude du Cosmos car l'étude du Cosmos ne peut qu'aboutir à l'Homme" dit Pierrat. Et il continue: " On ne peut pas parler de l'Homme sans parler d' Humanisme qui est l'idée que l'Homme se fait de lui- même." De cette façon nous avons plusieurs Humanismes : des agriculteurs, des ouvriers, de la petite bourgeoisie, de la haute bourgeoisie, des cardinaux, des missionaires, des peuples d'Afrique qui meurent de faim et de maladies, etc.
L'idée de Pierrat correspond à l'immense variabilité entre et à l'intérieur des populations de la planète. On pourrait aller plus loin en affirmant qu'à l'intérieur des classes sociales et culturelles chaque individu a sa propre idée de l'Humanisme. Au cours du troisième millénaire pourrait-on arriver à unifier l'idée d' Humanisme ?
La science est le moyen principal du progrès matériel et culturel mais la science ne nous sauvera pas si nous ne prenons pas la décision de sauver la Terre. Icare est le symbole du bien et du mal dans la science. Aujourd'hui, quand les biotechnologies ont démontré l'énorme capacité de transformer plantes, animaux et même êtres humains, on se demande si le moment de ne pas faire tout ce que l'on sait faire n'est pas arrivé. L'Homme se considère comme co-créateur. L'Homme "occidental" invente, découvre, construit mais ne crée pas et malheureusement ses inventions ont été faites seulement pour l'Occident et ont dévasté la planète. L'Evolution biologique et culturelle dépend désormais de nous ; nous ne la subissons plus et donc notre responsabilité est entière. Cette affirmation est seulement en partie correcte car l'Homme est entré dans le règne de la Nécessité et donc ce qu'il doit faire il le fait.
Peut-on attendre une transformation biologique ultérieure de l'Homme ? C'est possible.
Pierrat sur le thème de l'Humanisme a centré parfaitement le problème en raisonnant sur la variabilité de la condition humaine. À la fin de sa conférence, Pierrat a repris le raisonnement sur l'Homme des philosophes ; un modèle d'Homme construit sur les valeurs de la caste intellectuelle. Pierrat dit: "Qu'est-ce-que l'Homme recherche aujourd'hui?. Les questions d'aujourd'hui correspondent-elles aux affirmations d'hier ? Qu'est-ce-que le Monde ? Qu'est-ce- que la vie ? Qu'est-ce-que l'Homme ? Qu'est-ce-que Dieu ? Hier on répondait car on pensait posséder la vérité, aujourd'hui on s'interroge car on cherche la vérité".
Qui possédait la vérité hier? La verité complète personne ne la possédait et ne la possédera. Les savants ont répondu en partie à quelques unes de ces questions.
Par exemple : qu'est-ce-que l'Homme ? L'Homme est le produit de l'Évolution biologique et de l'Évolution culturelle. Quel est ce produit ? Un être autoconscient: un être conscient d'appartenir à une société d'individus semblables à lui-même ; conscient de vivre dans un milieu fait d'animaux, de plantes, d'atmosphère etc. Où va ce produit de l'Évolution ? Il est sûr qu'il va vers la mort. Est-ce que la mort touche seulement le corps ou l'esprit aussi ? Nul être humain ne sait répondre à cette question.
Qu'est-ce-que la vie ? Les réponses qu'on peut donner sont toutes différentes. Le biologiste répond suivant les règles de sa discipline. L'ignorant malheureux répond que la vie l'a dupé.
Pour tous les êtres humains la vie est un projet ébauché au cours de l'adolescence. Combien de ces projets arrivent à bonne fin ?
Chez les sociétés capitalistes, pour chacun de nous, les voies de la vie sont déjà dessinées. Il y a bien sûr des exceptions : des individus très doués qui sautent de leur voie pour aller marcher dans une voie hiérarchiquement supérieure. Je me demande quels projets prépareront les enfants qui ont déjà le portable dans la poche et disposent de tous le jouets électroniques qui arrivent sur le marché. Pas de lecture; ordinateur et télévision seulement.
Le troisième millénaire verra les migrations en masse et l'avancée de la désertification. Il y aura des hybridations entre races biologiques et entre les cultures respectives. Avec le temps, on aura un enrichissement de l'espèce humaine soit sur le plan biologique soit sur le plan culturel.
Si on demandait aux gens de l'Afrique noire, décimés par la misère et les maladies, et aux immigrés : "Qu'est-ce-que la
vie ?" comment nous répondraient-ils ?

La Cosmologie de frère François d'Assise
Pour Bacon le mot d'ordre mis en avant par les savants était " Connaître la nature pour la dominer". Il y a encore quelques uns qui raisonnent comme ça. Les entrepreneurs ont réduit en esclavage cette partie de la Nature sans défense. Mais maintenant nous sommes réduits à subir les réactions de la Nature qu'on n'a pas pu réduire en esclavage. Entre temps l'Occident dépense des tonnes de dollars pour aller sur Mars et refuse de dépenser un sou pour guérir notre planète.
Qui n'a pas lu à l'école le " Cantique des Créatures" de frère François d'Assise ? Il s'agit d'une cosmologie extraordinaire et d'un Humanisme. À cette époque là le système tolemaïque était en vogue mais frère François a eu l'intuition de la réalité du Cosmos comme on le conçoit aujourd'hui.
Frère François appelle frères et soeurs le soleil, la lune, l'eau, le vent, la Terre, l'atmosphère, comme s'il connaissait l'histoire de l'Univers. Il loue et remercie Dieu pour nous avoir donné ces précieux frères et soeurs.
Dans l'Humanisme intégral les valeurs du milieu ne sont pas inséparables des valeurs de l'être humain. En effet le Cantique des Créatures est un des piliers de l'Humanisme intégral.
À la fin du cantique, frère François remercie Dieu car Il nous a donné "soeur mort". Je me souviens des vers de Louis-Andréas Feuerbach du poème "Rimes sur la mort" que je reporte ci-après:
"Quelle lumière est dans la mort! Si claire
Nulle source ne brille : mort
Des brillants est le plus beau qui brille
À la main de Dieu: rien ne l'offusque
Nulle différence, nulle propriété.
Mort est l'âge d'or retrouvée,
sans inégalités et sans liens:
lumière qui se dilate à l'infini.
Tout être humain se fait pur une fois,
quand au moins il se trempe dans la mort
".
Le problème de la mort est vécu surtout par les personnes âgées. L'autoconscience fait ce mauvais jeu. Mais l'autoconscience est la partie la plus noble de l'être humain, celle qui le transcende. La mort est la simple conséquence de la vie : on t'a fait naître, tu dois mourir. Néammoins la plupart des Êtres humains, pressés par la peur, n'arrivent pas à préparer d'une manière adéquate la valise pour le départ. Pourquoi frère François met-il ensemble, dans les louanges au Seigneur, tous les éléments physiques de l'Univers et soeur mort ? Car l'Homme fait partie de l'Univers:
"Louange à toi, Seigneur,
pour notre sœur Mort corporelle,
de laquelle nul homme vivant peut échapper.
Malheur.à ceux qui mourront dans les péchés mortels,
Heureux ceux que
Tu trouveras dans tes très saintes volontés,
car la deuxième mort ne leur fera pas mal
."
Pourquoi ne parle-t-il pas de sœur vie ? Car la vie présente une variabilité infinie d'êtres humains: altruistes, égoïstes, voleurs, assassins etc. La mort rétablit l'égalité. On parle de personnes qui voudraient s'échapper à la mort par le clonage. Est-ce une illusion ? Il y a quelques années nous avons fait une expérience sur le clonage du trèfle blanc. Et bien, le troisième clonage a donné des plantes faibles et malades.
La deuxième mort : à quoi se réfère frère François? À la doctrine de l'évêque Irénée ? Cette doctrine ne contemple pas l'Enfer, mais contemple la deuxième mort pour les assassins et pour les mandants, c'est à dire qu'après la mort du corps, il y aura aussi celle de l'âme. Mais tous les milliards de petits pécheurs, comment se purifieront-ils ? Personne ne le sait. La doctrine chrétienne est dure à pratiquer car elle contraste avec l'essence de l'être humain - plaisir de prévaloir et esprit de compétition - possédée par la plupart des habitants de la Terre. Si personne ne le sait, chacun est libre d' imaginer le futur après la mort. Les agnostiques s'arrêtent face aux faits non vérifiables, mais il est impossible qu'ils n'aîent pas l'Espoir que l'esprit ne meurt pas avec le corps. Ainsi même les agnostiques imaginent le règne de l'Au-delà; ils imaginent que les pécheurs, après la mort du corps , entrent dans un labyrinthe d'où ils sortent après la purification pour entrer dans le Monde des Esprits. Comment peut-on imaginer le monde des Esprits ? Un monde où chaque Esprit peut retrouver le milieu où il a vécu au cours de la vie terrestre. Le monde des Esprits est la Terre avec toutes les villes, les villages et avec tous les paysages qui changent avec les saisons. Chaque Esprit peut communiquer avec n'importe qui et se déplacer où il veut. Parfaite égalité des Esprits même sur le plan de la Connaissance. Le monde des Esprits est le lieu de la parfaite félicité.
Le croyant pense au Jugement Universel, l'agnostique pense à l'Esprit qui, libéré du cerveau, c'est à dire du corps, a acquis le pouvoir de s' auto-juger avec parfaite équité.
Le Cantique des Créatures ramène à la mémoire les Noces de Cana qui sont le symbole de l'Amour comme joie de vivre, le symbole aussi de l'harmonie entre corps et esprit ( âme). En lisant l'épisode des noces de Cana l'esprit est envahi de couleurs méditérranéennes comme ceci arrive en écoutant le Te Deum de Berlioz.
Les administrateurs de la doctrine chrétienne ont brisé le symbole de l'amour comme joie de vivre et en conséquence ont brisé l'harmonie entre corps et esprit. Il ont prêché que la vie sur la Terre est un passage plein de souffrances, une vallée de larmes. Le corps a été réduit en esclavage par l'esprit. Ils ont prêché contre l'esprit des Noces de Cana.
L'histoire a tout refoulé. Aujourd'hui l'esprit est esclave du corps; tout est fait pour satisfaire les désirs du corps, les plus absurdes.
L'Homme n'arrivera jamais à la paix intérieure s'il ne retrouve pas l'équilibre entre corps et esprit comme les Noces de Cana nous l'enseignent.
Le déséquilibre entre corps et esprit a été et sera l'une des causes de toutes les malédictions des populations de la terre.

Ville et Campagne
Je me réfère non aux ouvriers agricoles (le très beau film "L'arbre des sabots") mais aux très petits propriétaires terriens disparus durant les années 50 surtout en Italie Centrale. Rentré à mon pays (Marano Equo-province de Rome) pour les fêtes de Nôel, ma mère me demanda: "qu'est-ce-que signifie-t-il décédé ?" Je lui répondis "décédé signifie mort". Et elle : "pourquoi n'ont-ils pas écrit mort sur l'affiche ?" Le mot décédé venait de la ville. Le mot mort aujourd'hui est tabou. Dans le monde paysan on l'utilisait normalement comme les mot manger et boire. Au cours des longs soirs d'hiver, près du feu, le mot mort revenait souvent dans les contes se rapportant aux morts et aux paysans très vieux.
D'autres expressions comme bien-être, bonheur, merci, je vous en prie, sérénité, liberté, s'il vous plaît et pardon n'appartenaient pas au dialecte paysan. Le mot serein concernait le ciel et le mot tranquillité concernait le malade. C'était un monde qui ne différait pas de celui de centaines d'années avant. Personne ne possédait une horloge, sauf le médecin et les instituteurs élémentaires qui venaient de Rome. Pour la population il y avait l'horloge du clocher de l'église: la grande cloche sonnait les heures, la petite les quarts d'heure. On entendait le son des cloches même dans les champs les plus éloignés. Des années plus tard, lorsque j'eus l'occasion de voir le tableau de Constable, la mémoire me ramena à ce monde qui avait disparu. Il était difficile de trouver des gens qui à l'école étaient arrivées à la troisième élémentaire. Les nouvelles ? Il y avait la radio à la maison du Fascio. Quelqu'un qui avait du temps les entendait et puis les retransmettait aux autres paysans réunis sur la place.
Les mots angoisse et dépression n'existaient pas. Pourquoi ? Il n'y avaient pas de compétiteurs; le seul pour tous était Le Père Éternel, qui, à leur avis, réglait les saisons et donc les récoltes."Que ta volonté soit faite" était la phrase la plus fréquente des hommes et des femmes. S'agissait-il de résignation ? Non, c'était obéissance au Dieu créateur professée avec simplicité extrême.
Avec la ville, est aussi disparu le Sentiment du sacré.
Haldane écrit " Personnellement, je ne regrette pas la disparition probable du paysan en faveur de l'industriel, qui me semble un type de personne supérieur à plusieurs points de vue. Au cours de l'histoire le progrès humain a coïncidé avec le progrès des villes, qui entrainaient une campagne réticente. La nourriture synthétique fera apparaître jardins fleuris et usines à la place de abattoirs et fosses à fumier, et rendra finalement la ville autosuffisante " (Haldane et Russel: Dédale et Icare).
Quel progrès ? Du point de vue moral il y a eu un recul. L'Humanisme du monde paysan a été bien supérieur à celui de la ville.
Une question: le fardeau de l'inconscient pesait-il plus chez les paysans ou chez les habitants de la ville ? Pour moi la réponse est évidente. Les habitants de la ville souffrent, en grande partie, de dépression et de
"angoisse de la fin". Autre question: aux pays où l'on professe le Bouddhisme, l'Hindouisme et le Confucianisme, le fardeau de l'inconsient est-il plus lourd que chez les chrétiens ? On peut avancer l'hypothèse que la doctrine chrétienne, étant basée sur l'amour du prochain, crée le sens de la culpabilité. La religion chrétienne est dure à pratiquer.
Presque tous les italiens sont baptisés et confirmés mais au cours de la vie se comportent suivant la courbe de Gauss.
Pourquoi dans le langage des paysans n'existait-il pas le mot "liberté" ? Car ils avaient pour patron Dieu seulement. La phrase "que Dieu nous aide" est en contraste avec la phrase utilisée par les paysans "si Dieu le veut": La première phrase vient des habitants de la ville. Sa signification glisse dans la phrase "Dieu est avec nous". Comme si Dieu était à notre service. Le honteux accaparement de Dieu par les armées qui se battaient férocement.

Les agnostiques et les croyants
Cet argument rappelle le problème de la Foi. Est- il suffisant de se dire: "Je crois en Dieu" ? Est-il suffisant d'être
baptisés ? Ce n'est pas suffisant. Ce qui compte ce sont les actions. Un agnostique qui vit en respectant la doctrine chrétienne est un vrai chrétien même s'il n'est pas baptisé et diffère les réponses face aux problèmes non vérifiables.
L'agnostique est un disciple de la Raison. Est-ce qu'il n'a pas un sentiment religieux ? Bien sûr il l'a ! Le Sentiment religieux n'est pas la Foi. Personne n'est capable de dire: "j'ai la Foi". La possession de la Foi pour tout être humain peut seulement être établie par Dieu.
L'agnostique ne nie pas la Foi. La Foi et l'agnosticisme peuvent bien coexister chez la même personne. En faisant référence à une image on peut dire que la Foi est comme le deuxième stade d'un missile, le premier stade étant assimilable à la Raison.
L'agnostique ne fait pas comme Kant, que Heine définit comme le Robespierre de la philosophie. Kant après avoir démoli les preuves de l'existence de Dieu écrit: "Il faut que le vieux Lampe ait un Dieu, sans quoi, pas de bonheur possible pour le pauvre homme…Or, l'homme doit être heureux dans ce monde…c'est ce que la raison pratique dit…je le veux bien, je...que la raison pratique garantisse donc l'existence de Dieu". Heine observe: "Kant fait une distinction entre la raison théorique et la raison pratique, et à l'aide de celle-ci, comme avec une baguette magique, ressuscite le Dieu que la raison théorique avait tué " ( Heine: Qu'est-ce-que l'Allemagne ?".)
Kant parle du vieil ami Lampe. Peut-on supposer que Kant lui-même ait eu besoin d'un Dieu ?
L'agnostique n'affronte pas le problème de l'existence de Dieu car il sait que la Raison ne peut pas résoudre ce probème.
L'athéisme est une autre situation : celui qui professe cette doctrine possède une Foi négative.
Le marxisme a hérité l'athéisme des entrailles de la culture bourgeoise. En Union Soviétique, l'athéisme a fonctionné comme religion d'État contre le christianisme orthodoxe. Erreur très grave. En Union Soviétique pouvait fleurir un Humanisme intégral ; mais aucun type d'Humanisme ne peut naître et vivre sous la dictature. Et pourtant la règle du communisme est écrite au chapitre 4 des Actes des Apôtres.
Comment les agnostiques se positionnent-ils face au problème de l'Au-delà ? Ils diffèrent de jugement, mais en eux il y a l'Espoir que l'esprit ne meurt pas avec le corps. Popper et Eccles l'appellent autoconscience. Pour Popper l'autoconscience représente le monde n° 2. Le monde n° 1 est matière et énergie et le monde n° 3 est représenté par les grands magasins de la haute culture que l'Homme a produit à travers les siècles.
Personne ne peut dire que l'Au-delà existe. Eccles, prix Nobel pour la neurophysiologie, dans le livre "Affronter la réalité", comme tous les agnostiques, raisonne sur la possibilité que le monde n° 2 de Popper (autoconscience, âme, esprit) soit immortel. On ne peut discuter. Quand et comment l'autoconscience s'est-elle formée ? Chez l'Homo erectus, l'Homo habilis et l'Homo sapiens? S'est-elle formée peu à peu, ou d'un seul coup comme le soutient Teilhard de Chardin?
Bref, l'autoconscience, que je préfère appeler esprit, est-elle le produit de l'Evolution ou elle est un don de Dieu? Dans le premier cas, admettant que l'esprit soit immortel, on peut dire que l'Evolution a créé l'immortalité de l'Homme.
Dans le domaine du christianisme, combien de catholiques connaissent les Évangiles, les Actes des Apôtres et les première et deuxième lettre de Jean? Les agnostiques non seulement connaissent ces documents mais aussi ceux qui se rapportent à toutes les autres religions de la Terre, y compris l'Animisme.
Personne n'a expliqué aux croyants qu'il y a contraste entre la Genèse de la Bible et les résultats de la paléontologie. La Genèse est un mythe assimilable à la mythologie grecque. Les agnostiques offensent-ils Dieu ? Dieu ne peut pas se sentir offensé par ses créatures qui utilisent la Raison pour se poser les trois questions fondamentales concernant la vie de tout être humain: qui suis-je, d'où viens-je, où vais-je ? La Raison ne peut répondre qu' en partie à ces questions. L'agnostique sait que la Raison peut poser des questions auxquelles, elle même, ne sait pas répondre. Elle se demande si Dieu est perceptible de la même manière par les diverses catégories sociales, c'est à dire les paysans, les ouvriers, les employés, les entrepreneurs, les intellectuels, les prêtres. L' agnostique répond que chaque être humain a son Dieu. Mais le problème sur lequel sa réflexion est plus spécialement concentrée est le suivant: Dieu a créé l'Univers et ensuite a laissé l'Univers, y compris la vie sur la Terre, suivre les règles propres à la matière et aux vivants? Lois de l'infiniment grand découvertes par Newton et par Einstein et de l'infiniment petit découvertes par Heisenberg (le principe d'incertitude). Hawking dans le livre " Du Big Bang aux Trous Noirs" écrit: " Ces lois pourraient être décrétées à l'origine par Dieu, mais il semble qu'ensuite il ait laissé l'Univers libre d'évoluer dans le respect de ces lois et qu'il s'abstient d'intervenir directement sur lui."
Le même raisonnement est valable pour notre planète qui a vécu deux "émergences". La naissance de la vie et l'apparition de l'Homme au niveau le plus haut de l'Évolution de l'espèce. Cette évolution a progressé suivant les règles découvertes par Darwin.
Jésus Christ même a été laissé libre de faire ce qu'il lui semblait juste de faire. Sa prédication, bouleversante pour ces temps là, et encore plus bouleversante aujourd'hui, ne pouvait que le conduire à la crucifixion. Si le Christ est le fils envoyé par Dieu pour reconduire les hommes sur la route de l'amour fraternel, seul les premières communautés ont vécu selon la doctrine évangélique. Blaise Pascal a écrit une œuvre pour comparer le Christianisme de son temps à celui des origines. Aujourd'hui, entre le Christianisme des origines et celui d'aujourd'hui la divergence a continué d'augmenter. Le nombre des chrétiens a augmenté, mais sont-ils chrétiens ? La plupart des croyants vont peut-être écouter la Messe tous les Dimanches, mais quand il sortent de l'Eglise il recommencent à vivre suivant la philosophie capitaliste : désir de prévaloir et esprit de compétition. Les croyants peuvent être d'accord avec les mots de Heine : "Le Monde est le grand hôtel de Dieu sans Dieu" (Heine: Qu'est-ce-que l'Allemagne ? ). Deux questions se posent. La première: l'agnostique se demande, vu l'histoire de deux millénaires, faut-il considérer que la mission de Jésus Christ sur la Terre a échoué ? Et une autre question : Qui est le plus proche de Dieu, l'agnostique ou le croyant formaliste ? Dieu n'est pas seulement Amour mai aussi Raison et Volonté. Jacques Maritain écrit dans le livre "Le paysan de la Garonne" que toutes les créatures appartiennent au Christ.
Dans "Ecce Homo", mis à part l'hypernarcissisme, il y a une phrase qui résume la position de Nietzche philosophe: "Je suis le disciple du philosophe Dionysos ; je prefère être un satyre plutôt q'un saint." Nietzche est-il fils de l'Occident? Non. Nietzche a eu l'intuition de la direction prise par l'Occident et il représente l'Occident. Les personnages du pouvoir en l'Occident ressemblent aux hommes-satyres, bien qu'ils soient baptisés et confirmés.
Le théologien dit que la Grâce est un don de Dieu. Ce don, Paul l'a obtenu sur la route de Damas. Augustin l'obtint au cours du séjour à Milan. Pascal l'obtint lorsque sa petite nièce guérit tout d'un coup d'une maladie incurable. En fait Pascal fonda son apologie du Christianisme sur les prophéties et les miracles.
L'agnostique ne juge pas la Grâce comme un don de Dieu car si Dieu est amour il ne peut pas sélectionner parmi ses créatures.
L'agnostique remplace la Grâce par la Naissance de la Foi dans le Christ. Cette Foi est une pulsion d'amour vers le prochain qui naît des profondeurs de l'être humain. Comment naît-elle ? En connaissant la vie de Jésus décrite par les Évangiles. Ce phénomène peut-il se vérifier chez tous les habitants de la Terre ?
Dans le livre "Le paysan de la Garonne", Maritain raconte que plusieurs années avant il avait dit à Jean Cocteau : "Il faut avoir l'esprit dur et le cœur doux. Et il ajoutait mélancoliquement que le monde est plein de coeurs secs avec l'esprit faible." Maritain ne songeait pas au problème génétique de l'homme. L' agnostique pense que dans le contexte du capitalisme, seul chez les êtres humains appartenants aux classes 1 et 2 de la courbe de Gauss, le phénomène de la Naissance de la Foi peut se produire. Les êtres humains restants peuvent, tout au plus, devenir des chrétiens formalistes avec leur baptême et leur confirmation.
Ni les religions ni la science n'ont amélioré les êtres humains du point de vue moral.
Je rapporte la conclusion de l'écrit de Russel: "Nous pouvons résumer cette discussion en peu de mots. La science n'a pas fourni aux hommes un plus grand autocontrôle, une plus grande bonté ou un plus grand pouvoir de domination sur leurs passions lorsque ils doîvent décider la ligne d'action à adopter. Il a donné aux communautés un plus grand pouvoir d'indulgence vis à vis des passions collectives mais, en faisant les sociétés plus organiques, il a diminué la part jouée par les passions personnelles. Les passions collectives des hommes sont en général mauvaises. Les plus fortes sont la haine et la compétition envers d'autres groupes. Donc, ce qu'aujourd'hui le pouvoir d'indulgence offre aux hommes, vis à vis de leurs passions collectives, est un mal. C'est la cause pour laquelle la science menace notre civilisation de destruction. L'unique espoir bien solide semble se trouver dans la possibilité qu'un seul groupe - disons les États Unis - arrive à dominer tout le monde, processus qui conduirait à la formation graduelle d'un gouvernement mondial, économique et politique, bien ordonné. Mais, étant donnée la stérilité de l'empire romain, le collapsus de notre civilisation serait peut être préférable à cette alternative". (Haldane et Russel: Dédale et Icare). Les mots de Russel, prix Nobel de littérature ont une valeur prophétique.

À la recherche de l'Humanisme chrétien
Le mot "humanitas" a été produit par la culture de la Rome ancienne. Ce mot s'adapte-t-il à la société romaine? D'après ce que l'Histoire nous conte ce mot est limité à la seule caste intellectuelle car la société civile n'avait pas un niveau de barbarie inférieur à celui des barbares qui se pressaient aux confins de l'empire.
Le premier Humanisme apparut sur la Terre a été le chrétien. Il est né avec la prédication de Jésus, il y a à peu près deux mille ans, et fut pratiqué par les communautés chrétiennes groupées autour des disciples. Combien de temps a duré cette période sublime riche en martyrs ? À peu près jusqu'à l'arrivée de l'empereur Constantin. À cette période là le monde chrétien se brisa en de nombreuses sectes qui s'accusaient l'une l'autre d' hérésie. Ainsi l'amour fraternel devint haine fraternelle.
Avec l'arrivée du pouvoir temporel, l'Eglise de Rome transforma l'Humanisme chrétien en barbarie chrétienne. Quelques exemples suffisent: les croisades contre les musulmans, la croisade contre les cathares, les tortures et les bûchers de la Sainte Inquisition, surtout pour les femmes, les comportements de l'Eglise de Rome face à l'esclavage et au colonialisme.
Les missionnaires des siècles passés étaient presque tous des brigands, les missionnaires d'aujourd'hui par contre sont porteurs de la doctrine évangélique.
L'Eglise de Rome a même eu un Pape condottiere (Jules II), avec la cuirasse, de l'armée du Saint Siège.
Où retrouver l'Humanisme chrétien ? Loin du Vatican, lieu de politique et des grandes cérémonies. Récemment il y a eu une grande floraison de communautés chrétiennes guidées par des prêtres de base. Ces communautés portent le drapeau évangélique : elles aident les pauvres et soignent les toxicomanes.
La même chose peut se dire des communautés chrétiennes fondées par les missionnaires d'Afrique et d'autres régions de la Terre. Îles d'amour évangélique qui sont une goutte dans un océan d'indifférence de la société hypercapitaliste. Ces îles démentent le pessimisme de Pascal sur la nature de l'Homme. Dans les "Pensées" il écrit: "L'Homme n'est donc que masque, mensonge et hypocrisie en soi même et par rapport aux autres : et toutes ces dispositions, si éloignées de la justice et de la raison, ont une racine naturelle dans son coeur." Et encore: "Mais quand j'ai cherché de plus près et, après avoir trouvé la cause de tous les maux, j'ai voulu en découvrir la raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien vraie qui consiste en le mal naturel de notre faible condition , mortelle et si misérable, que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près."
Pourquoi l'Homme serait-il misérable du point de vue moral ? D'après Pascal ce serait la conséquence du Péché Originel. Et les Hommes généreux et altruistes membres des communautés chrétiennes qui pratiquent l'amour évangélique ? Pour Pascal, Janséniste orthodoxe, ces êtres humains auraient étés touchés par la Grâce.
Deux siècles à peu près devaient se passer avant la publication de "L' origine des espèces" de Darwin qui a expliqué d'où vient l'Homme.
Ainsi la variabilité génétique de l'Homme est-elle née, à laquelle la variabilité culturelle s'est ajoutée.
J'ai représenté la variabilité génétique à l'intérieur des nations par la courbe de Gauss (Rotili: "Le clonage et la morale"). De cette courbe il résulte que la classe des êtres humains généreux et altruistes est une petite minorité. La Grâce n'a pas de rôle car, comme je l'ai écrit dans le chapitre "Agnostiques et croyants" si Dieu est amour, il ne sélectionne pas parmi ses créatures.
La Foi - conséquence de la Grâce selon Pascal - est comme le courage : deux caractères soumis au contrôle génétique et qui se manifestent dans la personnalité des individus à l'âge de l'adolescence.
La Foi n'est pas toujours nécessaire dans le domaine de la religion.
Admettant que l'Univers n'existe pas ab aeterno mais qu'il ait été créé : qui est le Créateur? Le Dieu des Hébreux, des Musulmans, des Chrétiens, les Dieux des Indiens?
Ces Dieux sont différents. Les hommes prétendent discuter du Créateur de l'Univers comme s'il était leur frère ou leur père. Cette absurdité dérive de la tradition judeo-chrétienne.
Il y a un autre problème : dans le livre-colloque "Matière à pensée" de G.P. Changeux et A. Connes ce dernier, éminent matématicien, soutient que le monde des entités matématiques est indépendant du cerveau humain. Est-il un monde platonique?
L'Évolution biologique et culturelle a toujours produit des individus exceptionnels. Pour rester dans le domaine de la religion: Confucius, Bouddha, Jésus, Mahomet, François d'Assise. Jésus peut-il être considéré dans ce groupe ?
Jésus est un personnage historique comme les autres mais il y a plusieurs éléments dans son histoire qui le détachent d'une manière radicale des personnages cités.
Jusqu'à l'âge de 30 ans Jésus était un simple menuisier comme son père. Après le baptême dans le Jourdain par Jean Baptiste, il devint un personnage public. Il fonda un mouvement. Le manifeste de son mouvement était le discours des Béatitudes qui bouleversa la doctrine hébraïque. Son action, cohérente avec les Béatitudes, consistait en la prédication dans les sinagogues de la Galilée et de la Judée et à faire les miracles. Les Scribes qui écoutaient les prédications de Jésus dans les Sinagogues en sortaient indignés.
Qu' était-il arrivé? Pascal fait l'hypothèse que le Créateur a décidé de faire connaître son Essence aux êtres humains et a choisi Jésus comme son porte parole. Les Evangiles racontent que, pendant que Jésus était baptisé par Jean Baptiste, une colombe à rayons dorés apparut. C'est le signe divin du choix de Jésus par le Créateur de l'Univers. La tradition dit que Jésus est le Messie. Pour les hébreux le Messie devait être un condottiere qui aurait racheté le peuple d'Israël. Jésus était exactement le contraire d'un condottiere d'armées. Jésus devait révéler l'Essence du Créateur: l'Amour Universel.
Jésus non seulement est le porte parole mais il est en même temps le témoignage qu'il existe un Créateur de l'Univers.
Pour ces raisons le Créateur a donné à Jésus la capacité de la puissance divine pour convaincre les foules. La foule des pauvres suivaient Jésus ; Les riches le haïssaient.Appartenaient également à la classe des riches les prêtres du temple de Jérusalem, les scribes et la plupart des Pharisiens.
La condamnation à mort de Jésus n'est pas seulement venue de la bouleversante interprétation des Écritures mais spécialement du fait qu'il prêchait la pauvreté et l'amour universel comme c'est écrit dans le discours-manifeste des Béatitudes.
La doctrine de Jésus est la doctrine du Créateur de l'Univers. Jésus n'est pas le Rédempteur, comme il dit Pascal. Une fois que la doctrine du Créateur est connue, tout être humain est libre de se racheter ou pas.
Si on se réfère à l'Ancien Testament pour trouver les antécédents de Jésus, l'histoire de la Terre se réduirait à l'histoire du peuple hébraïque. En fait, après la mort de Jésus les apôtres et le disciples ont porté la doctrine du Créateur dans tous les pays alors connus. On l'appela Christianisme du nom du Christ, le Messie. Mais Jésus n'est pas le Messie, il est le préféré de Dieu Créateur de l'Univers.
Miracles: les exorcistes et les guérisseurs opéraient au temps de Jésus et opèrent encore aujourd'hui.
Entre le malade et le guérisseur il se crée une interaction active. C'est autre chose pour les miracles ayant comme objet les éléments physiques : la transformation de l'eau en vin (noces de Cana) ; la tempête apaisée; la multiplication des pains; ou la résurrection des morts ; le fils unique de la veuve que Jésus ressuscita alors qu'on le conduisait au cimetière; la résurrection de Lazare quatre jours après la mort.
L'évangéliste Jean écrit que la résurrection de Lazare fut la goutte qui a fait déborder le vase. Caïphe, le Grand Prêtre, réuni les prêtres du temple et ils décidèrent de proursuivre Jésus. Caïphe et ses collègues craignaient pour leur pouvoir ménacé par la puissance divine de Jésus.
Le livre-colloque de Messori et Brambilla a comme titre :" Quelques raisons pour croire".
Quant à la vie de Jésus il n'y a pas besoin de la Foi, car il s'agit d'une réalité historique.Il faut l'analyser et ça suffit. Même pour la résurrection de Jésus il n'y a pas besoin de la Foi.
La résurrection de Jésus est un fait logique : le Créateur a donné à Jésus le pouvoir de ressusciter les morts; il est naturel que le Créateur ressuscite son porte-parole et le témoignage vivant de l'existence du Créateur même. En fait il ressuscite Jésus et le porte près de lui.
Il faut se demander si la logique des êtres humains entre dans la logique du Créateur de l'Univers.
Les êtres humains sont seulement indirectement fils du créateur ; ils sont le produit direct d'une longue Évolution biologique et culturelle.
A ce point intervient la Foi. Qu'est ce que fait ce Jésus à coté du Créateur de l'Univers ? A-t-il été délégué pour intervenir sur les événements des humains ?
Salvatore Quasimodo, à l'occasion du prix Nobel , a intitulé son discours "Refaire l'Homme". Seul un poète peut imaginer qu'une telle tache soit réalisable.
Le Créateur de l'Univers voit tout et écoute tout, mais il n'intervient pas ni pour punir les mauvais, ni pour récompenser les bons. Il a fait connaître son Essence et tous les Êtres pensants terrestres et pas terrestres sont libres de faire ce qu'ils veulent : Leur liberté est limitée seulement par eux mêmes et par l'environnement, y compris la société des êtres pensants. Après la mort, chacun doit expier ses péchés (voir le chapitre "François d'Assise"). Il est évident que si le Créateur le voulait, il pourrait transformer tous les Êtres pensants de l'Univers en la 1ère classe de la "courbe de Gauss" comme le supposaient Teilhard de Chardin et le musicien Messiaen.
Je suis d'un autre avis, comme je l'ai écrit dans le dernier chapitre de "Biotechnologie et Humanisme". L'histoire par nécessité déplacera ( au 3ème millénaire?) le pouvoir des classes 3ème et 4ème aux 1ère et 2ème de la "courbe de Gauss" mais n'améliorera pas génétiquement l'être humain.
En synthèse:
a) Dans la Bible sont réunies mythologie et histoire.
b) Les spécialistes affirment que le christianisme a ses racines dans l'Ancien Testament, c'est à dire dans la religion hébraïque. Les principles de l'hébraïsme, au temps de Jésus, étaient la prière, l'aumône et le jeûne. L' Amour ne rentrait pas dans la doctrine hébraïque. La crucifixion de Jésus représente la différence entre les deux religions. L'hébraïque représente la société d'aujourd'hui, capitaliste ; la doctrine de Jésus, c'est à dire celle du Dieu Créateur de l'Univers, représente la société de demain, celle communiste.
c) Le Dieu-Créateur est Simplicité et Amour.
d) Les religions de la Terre ont transformé le Céateur de l'Univers en un Dieu domestique, terrestre.
e) Le Créateur a-t-il privilégié la planète Terre? Étant Amour, le Créateur ne sélectionne pas. La planète Terre est une toute petite molécule par rapport à l'espace-temps de l'Univers. Le Dieu-Créateur a revèlé son Essence à tous les êtres pensants de l'Univers. Alors combien de Jésus y a-t-il dans l'Univers ? Il est probable qu'il y en a plusieurs, mais il est fort improbable qu'ils ressemblent au Jésus de la planète Terre.
f) Y aura-t-il la fin du temps et de l'histoire ? Je ne crois pas, car le Dieu-Créateur est Amour et ne tuera pas sa créature,c'est à dire l'Univers, et par conséquence tous les habitants de l'Univers vivront pour l'éternité : plantes, animaux et êtres pensants.
Le futur de l'espèce des êtres pensants de l'Univers est dans leur planète respective, tandis que le futur de chaque individu de l'Univers est dans l'Au-delà. En revenant à la planète Terre, la vie sur la Terre n'est rien par rapport à l'Eternité de l'Au-delà. Cela devrait pousser les êtres humains d'un certain âge à considérer cet aspect. Mais la société de la consommation cloue l'être humain au présent. L'essence de la société capitaliste - désir de prévaloir qui produit le principe de compétition - est à l'opposé de la doctrine prêchée par Jésus et donc produit remord et peur de la mort.
L'évolution biologique renforcée par l'évolution culturelle a produit , en majorité, ce type d'être humain: Notre planète en ressent les conséquences. Le troisième millénaire renversera-t-il cette situation en passant le pouvoir à la 1ère et la 2ème classes de la "courbe de Gauss" ?
Claudio Napoleoni, éminent économiste, quelques jours avant sa mort, alité dans sa chambre, causant avec des amis, disait: " Maintenant je dois aller voir où en sont-elles les choses" (Bozze 88). Evidemment Napoleoni se référait à l'Au-delà. Il est improbable que Napoleoni n'ait pas cherché à imaginer l'Au-delà. Peut-être Napoleoni ne croyait ni à l'Enfer ni au Paradis, mais à l'Au-delà seulement, interdit aux assassins et leurs mandants selon la doctrine d' Irenée, évêque de Lyon.
Je m'efforce à imaginer les probables réflexions de Napoleoni sur l'Au-delà :
a) l'Au-delà est l'Univers des Esprits (Ames), dont le corps n'occupe pas d'espace ;
b) cet Univers est le royaume de la Sérénité de l'Amour et de la Joie. Il n'y a ni argent, ni pouvoir ;
c) participent à cette triade les Esprits qui se sont purifiés de leurs péchés commis au cours de leur vie terrestre ;
d) l' Au-delà permet de rencontrer les parents, les grands parents, les amis, etc. Il permet même de connaître l'ascendance de la famille ;
e) dans l'Au-delà on vit en fraternité avec toutes les races humaines ;
f) on peut connaître quels sont les ancêtres d'il y a des millions d'années (Homo erectus, Homo habilis); on découvre que l'Homme de Néandertal enterrait ses morts : passage important dans l'histoire de l'Evolution biologique et culturelle de l'espèce humaine ;
g) on peut visiter les Au-delà d'autres probables planètes ;
h) que font-ils les Esprits dans l'Au-delà ? Ils font ce qu'ils faisaient sur la Terre comme un jeu joyeux. Il y a des villages et des villes ; ciel et mer, plaines et montagnes, mais ils n'occupent pas d'espace. Bref, l'Au-delà vit parmi nous terriens ;
i) les animaux sont comme le loup de Gubbio : ils vivent avec les Esprits. Les oiseaux non seulement sont sur les arbres mais ils jouent et chantent aussi dans les rues et les places ;
j) dans l'Au-delà il y a les jouets pour les enfants, les pistes de ski, les pistes pour l'athlétisme, les terrains de football, etc.;
k) il y a les salles de concert, les théatres, les expositions de peinture, etc. Bref, c'est un monde où chaque Esprit se réjouit d'une liberté absolue. C'est un monde où tout est jeu et sérénité. Le jeu n'existe pas dans la vie mortelle. Lorsque les enfants jouent, l'instinct de prévaloir se révèle en eux. Seulement les petits des animaux jouent. Chez les êtres humains l'instinct de prévaloir est rationalisé quand l'adolescence et la jeunesse arrivent; ainsi le jeu devient combat. Même quand il n'y a pas comparaison directe, l'esprit de victoire est le ressort toujours présent. Le jeu véritable existe seulement dans l'Au-delà: Amour fraternel et jeu ;
l) celui qui aime la musique peut connaître les musiciens d'autrefois ; qui aime la peinture et la sculpture peut connaître peintres et sculpteurs; qui aime la littérature peut connaître poètes et romanciers ; les scientistes peuvent connaître leurs collègues; les amoureux des sports peuvent connaître ceux qui étaient leurs idoles ;
m) où se trouve-t-il l'Au-delà? Il n'y a pas un lieu spécifique. Il est sur la planète Terre comme les probables Aux-delà dispersés dans l'Univers ont leur localisation dans leurs planètes respectives. Chaque planète habitée par des êtres pensants a un Au-delà à elle ;
n) Est-ce-que les Esprits regardent les mortels ? Est-ce-qu'ils se préoccupent de leurs parents mortels ? Non. Les Esprits savent que tous les mortels doivent faire leur expérience.
La vie ici-bas n'est pas un jeu: c'est avant tout compétition, espoir, illusion, douleur, joie, désir, amour, souci, envie, luxure, haine, vengeance. Et la foi ? Chez les sociétés de "consommation", la foi est une hypocrisie. Les gens autour de 75 ans devraient être éduqués à la nostalgie pour l'Au-delà, ce qui se concrétise dans la rencontre des parents, les grands parents, les amis et les amies.
Combien de catholiques ont lu la vie de Jésus racontée dans les Evangiles ? Le Dieu créateur est Simplicité et Amour. Il a été bati sur notre Dieu un chateau de mystères qui rendent sceptiques les croyants.

[R] Biotechnologie: apports et limites

La conférence d'Asilomar
En 1975 à Asilomar (Californie), il y a eu une conférence à laquelle cent quarante personnalités du domaine de la biologie, du droit et de la médecine ont participé. Le sujet de la conférence était une réflexion sur la recombinaison de l'ADN qui avait brisé les barrières du processus évolutif en donnant lieu à la technique appélée Ingénierie Génétique. Un moratoire fut proposé pour réfléchir sur cette téchnique qui aurait révolutionné les règles de la génétique. En fait un certain nombre de chercheurs étaient inquiets du fait que ces expériences pourraient créer des organismes nouveaux dangereux pour la santé publique. On décida de continuer en choisissant comme points de repère les problèmes de la sécurité et de l'utilité. Vingt cinq ans après, tous les participants de 1975 se retrouvèrent à Asilomar pour faire le bilan de la situation dans le domaine de la biologie moléculaire.
a) Tous les participants décidèrent en plein accord qu'il ne convenait plus aux chercheurs d'assumer, eux seuls, les risques de leur travail. De plus, en discutant des OGM, de la thérapie génique et de l'utilisation des informations de la génomique, on conclut que les chercheurs auraient dû s'engager davantage dans la discussion publique.
b) La thérapie génique n'a pas donné de résultats positifs. On est convenu de suspendre la recherche sur les êtres humains et de réfléchir sur les vecteurs utilisés et à utiliser.
c) Les OGM occupent aux USA un tiers de la surface de maïs et la moitié de la surface de soja et de coton. Il est donc trop tard pour revenir à un processus scientifiquement contrôlé.
d) Quant aux xéno-greffes , c'est à dire aux greffes d'organes non humains sur les êtres humains, ce qui préoccupe c'est la possibilité de transférer sur les êtres humains des souches de virus animaux. Il faudrait bien réfléchir avant de passer à l'utilisation des xéno-greffes.
e) Trop de chercheurs sont désormais liés sous plusieurs formes aux sociétés privées qui, d'une façon ou de l'autre, gagnent de l'argent avec la biologie moléculaire. Ce fait n'est pas positif (La Recherche, Juin 2000).

La Génomique Humaine
Il est difficile d'établir une date d'origine au projet Génome Humain. Certains Auteurs le font remonter à décembre 1984, lorsque le DOE (Department of Energy), agence fédérale responsable des programmes nucléaires aux USA convoqua une réunion à Alta (Utah) pour discuter sur les instruments à utiliser pour révéler les mutations chez les descendants de Hiroshima et Nagasaki. Le séquençage de l'ADN fut considéré comme l'un des moyens les plus efficaces (Danchin, La Recherche, Juin 2000).
En fait, le projet Génome Humain n'aurait pas pu être imaginé sans l'efficacité du séquençage de l'ADN et sans le développement de l'informatique qui permit d'automatiser ce processus. En 1997 la société Perkin-Elmer mettait en vente son séquenceur à capillaire qui a été la base de l'accéleration du séquençage dans tous les laboratoires du monde.
1995, signa un tournant dans le projet Génome Humain avec l'entrée dans le jeu de Craig Venter, très intéressé par le progrès technologique et qui pensait en termes industriels.
En 1998, Venter avec la Perkin-Elmer fonda la société "Celera" avec l'ambition de séquencer en trois ans le génome humain par la technique du "shotgun" sans séparation préalable des chromosomes. L'assemblage des fragments aurait été réalisé au moyen de super-ordinateurs grâce à un algorithme inventé par Gene Myers. Le séquençage devait être réalisé par des centaines d'appareils capillaires de la Perkin-Elmer.
"Celera" est une société privée. Son objectif est évidemment le profit. En effet, Venter annonça qu'il ne mettrait pas les séquences obtenues à la disposition des chercheurs de tous les pays de la Terre.
La déclaration de Bill Clinton et de Tony Blair sur le génome humain a été interprétée comme une attaque contre la brevetabilité des gènes. Sans perdre de temps, leurs porte-parole ont démenti cette interprétation.
Nous nous trouvons donc face à un mélange de valeurs propres à la science (l'amour de la Connaissance) et de rivalités politiques et économiques.
La scène est occupée, même dans ce cas, par les règles du marché libre qui agit par la protection de la propriété intellectuelle.
Rechenmann et Gautier se demandent comment interpréter les milliards de bases contenues dans le génome humain (La Recherche, Juin 2000).
La bio-informatique permet de localiser les gènes des bactéries mais pour les organismes plus complexes le taux d'erreur est proche de 50%. Quant à la découverte des fonctions des gènes, c'est autre chose. Les quatre milliards environ de paires de bases sont réparties sur vingt trois chromosomes.
Le séquençage d'un génome consiste à déterminer la suite des nucléotides qui composent la macromolécule de l'ADN. Chaque nucléotide est dénommé par la lettre initiale de la base azotée spécifique contenue dans ce long texte (quatre milliards de caractères pour l'Homme) écrit dans un alphabet de quatre lettres : A, C, G, T. L'efficacité de l'entreprise de séquençage est mesurée par le nombre de kilobases par jour. Cela est directement lié à l'importance du parc "machines". Des ordinateurs puissants sont nécessaires pour ordonner les sous-séquences ainsi obtenues pour reconstruire la séquence complète du génome.
La séquence complète du génome humain que Craig Venter et sa société Celera affirment avoir réalisé ne sera pas disponible avant qu'elle ne soit publiée. Le terme génome indique l'ensemble des gènes d'un organisme, tout en rappelant qu'il existe aussi de ADN non chromosomique.
Une fois le séquençage et l'alignement des gènes sur les chromosomes effectués, il reste le travail le plus difficile de la génomique, c'est à dire l'individualisation des fonctions des gènes. Chez les organismes eucaryotes la situation se complique beaucoup car les régions qui codifient ne représentent qu'un pourcentage très bas de la séquence totale du génome, entre 3% et 5% chez les mammifères. La voie se situe dans la recherche, dans les banques des données, de gènes ayant une séquence similaire, en se basant sur le principe qu'une homologie de structure comporte une homologie de fonction. Mais cette méthode a ses limites. Une autre difficulté de la recherche des fonctions des gènes est dans le fait que l'association de fragments provenant de gènes différents provoque l'émergence de fonctions nouvelles.
À ces difficultés liées au fonctionnement des systèmes vivants on peut ajouter celles liées à la nature incomplète et en même temps erronée des bases des séquences disponibles.
Pour toutes ces raisons les résultats produits par les ordinateurs ne représentent que des hypothèses à vérifier par l'expérimentation.
C'est pour cette raison que la priorité accordée au génome humain a été critiquée. On soutient qu'il aurait été plus utile de faire le séquençage du génome du rat qui possède de nombreux gènes homologues à ceux de l'homme et avec l'avantage que sur le rat on peut procéder à la vérification expérimentale.
S'il est facile de cumuler des données élémentaires telles que les séquences, la représentation informatique des données sur les fonctions, comme par exemple celles qui sont relatives aux voies métaboliques, pose encore des problèmes non résolus.
La fonction de certaines protéines est d'interagir avec les régions, dites régulatrices, généralement en amont des gènes, et de commander l'activation ou l'inhibition de ceux-ci. Le produit de ces gènes est, à son tour, susceptible d'agir directement ou indirectement sur l'expression d'autres gènes. Ils existent ainsi des interactions moléculaires qui adaptent les protéines aux besoins de la cellule dans un contexte donné. La connaissance de ces réseaux est un objectif très important car elle est susceptible d'expliquer la spécialisation d'un organisme pluricellulaire en même temps que son développement et sa morphogénèse.
Je résume la position de Lewontin sur la génomique humaine reportée dans son livre "Biologie et idéologie".
a) Pourquoi devrait-on connaître toute la séquence des A,C,G et T qui composent tous les gènes humains ?
On soutient que si nous avions une séquence de référence provenant d'un soi-disant individu normal et si nous la confrontions avec des morceaux de la séquence provenant d'une personne malade, alors nous pourrions localiser le défaut génétique provoquant la maladie. Nous pourrions alors traduire le code génétique de la personne malade en une protéine altérée pour voir ce qui ne va pas dans la protéine et cela pourrait nous donner des indications sur la façon de traiter la maladie. Ainsi, si les maladies sont causées par des gènes défectueux et si nous savons comment est fait un gène jusque dans se petits détails moléculaires, alors nous saurions quoi faire pour éliminer la physiologie anormale.
b) Qu'est-ce qui ne va pas dans cette façon de voir ? La première erreur est de parler de séquence génique humaine, comme si tous les êtres humains étaient égaux. En réalité, entre les protéines des séquences aminoacidiques de deux individus normaux il y a une quantité de variation énorme car une protéine donnée peut avoir une diversité de compositions aminoacidiques sans préjuger de ses fonctions. Un gène moyen, de la longueur par exemple de trois milles nucléotides, différera entre deux individus normaux de vingt nucléotides à peu près. Quel sera donc le génome qui devrait fournir la séquence pour le catalogue de la personne normale ? En outre, chaque personne normale est porteuse de plusieurs gènes défectueux en dose unitaire hérités d'un des parents qui sont cachés par une copie normale reçue de l'autre parent.
Alors, tout morceau d' ADN qui sera séquencé contiendra un certain nombre de gènes défectueux inconnus entrés dans le catalogue. Si l'ADN d'une personne affectée par une maladie était comparé à l'ADN d'une séquence normale standard, il serait impossible de décider, parmi les nombreuses différences entre les deux ADN, laquelle est responsable de la maladie.
En outre, si la maladie a une origine génétique complexe, des personnes différentes peuvent avoir la même maladie, causée par causes génétiques différentes. C'est le cas de la thalasshémie. La carence d'hémoglobine est une conséquence de défauts du gène qui codifie pour la protéine de l'hémoglobine. Il y a au moins dix sept défauts sur des parties différentes du gène, chacun donnant lieu à une réduction de la quantité d'hémoglobine. Il serait vain de chercher un nucléotide particulier pour différencier les personnes normales des thalasshémiques.
c) Le deuxième problème de séquençage du génome humain est dans la prétention que, en connaissant la configuration moléculaire de nos gènes nous saurions tout ce qu'on peut savoir sur l'Homme.
Pourquoi tant de chercheurs puissants et fameux veulent-ils séquencer le génome humain ? La réponse est en partie dans le fait que ces personnalités sont tellemnt vouées à l'idéologie des causes simples et unitaires qu' elles croient à l'efficacité de la recherche sans se poser de questions plus complexes. Mais, en partie, la réponse est bien plus grossière : c'est que participer et contrôler un projet de recherche qui vaut des milliards de dollars représente une perspective extraordinairement attrayante pour un biologiste.

Sélection végétale assistée par la biologie moléculaire
On dit sélection assistée mais on devrait dire construction variétale assistée. La sélection est seulement une phase de la construction variétale. À la notion d'assistance à la construction variétale on peut attribuer une signification large en y faisant rentrer toutes les interventions qui n'appartiennent pas au schéma classique du processus de construction variétale propre à chaque espèce. Exemple : chez le maïs l'emploi de l'autofécondation fait partie depuis des dizaines d'années du schéma de construction variétale, donc cette opération ne peut pas être appélée assistance. Différent est le cas, par exemple, de la luzerne ou du dactyle, plantes autotétraploïdes à allogamie non absolue. L'autofécondation pour ces plantes peut être considérée comme un instrument d'assistance au processus de construction variétale. En général, dans ce processus, la génétique, la physiologie, l'agronomie, la biologie moléculaire, la pathologie, la phytosociologie etc. ont leur rôle propre.
Ce processus n'est pas la somme mais l'intégration de ces disciplines. De plus, ce processus se définit-il comme science ou technologie ? Il est en même temps science et technologie. Des concepts importants tels que charge génétique, densité biologique, réaction adaptative, vigueur, linkat, complémentarité et d'autres encore, ne peuvent montrer leur valeur opérative qu'au cours du processus de construction variétale. Que devrait faire le chercheur specialisé dans l'amélioration génétique ?
Il devrait travailler sur la méthodologie de la construction variétale et les idées nouvelles sur ce processus devraient être soumises aux essais expérimentaux suivant la ligne classique de l'épistémiologie. Mais l'essai principal ne peut être que la construction d'une nouvelle variété.

Autofécondation et RFLP
À l'Institut de Lodi, pour la construction de nouvelles variétés de luzerne et de dactyle, nous travaillons en nous fondant sur la formule suivante (Rotili et al. : Congrès, Grado 1996):
Valeur du génome = qualité des gènes + qualité des linkats + interaction intra chromosome + interaction entre chromosomes (hétérozygotie).
Nos expériences ont demontré que ce n'est qu'en réduisant le niveau d'hétérozygotie que la sélection peut concentrer les gènes et les linkats favorables à la vigueur (aptitude à produire).
Les avantages principaux de l'autofécondation sont:
a) elle augmente l'efficacité de la sélection ;
b) elle rend possible l'homogénéisation du matériel végétal pour les caractères physiologiques : une grande variabilité génétique pour des caractères comme la précocité et la quantité de repousse, taux de croissance et précocité de floraison est un facteur défavorable pour la persistance et la stabilité de la production de fourrage. Une telle variabilité porte en effet sur des taux différents de récupération des réserves racinaires au moment de la coupe, avec des conséquences sur la production et la persistance.
c) L'autofécondation assistée par la sélection et la biologie moléculaire est la voie la plus efficace pour concentrer les structures génétiques (gènes et linkats) favorables à la vigueur. Par conséquence, il est possible d'améliorer la valeur des parents, c'est à dire l'Aptitude Générale à la Combinaison en terme de génétique quantitative.
Comment peut-on connaître le niveau d'hétérozygotie au cours de la phase d'autofécondation ? Il y a quelques années on ne pouvait connaître ce niveau qu'en passant à la phase d'hybridation et de multiplication. Aujourd'hui, avec la voie moléculaire, et précisément par la technique RFLP (Restriction Fragment Length Polymorphism) nous pouvons suivre, pas à pas, la dynamique du niveau d'hétérozygotie des plantes au cours de la phase d'autofécondation (Scotti et al., Theoretical and Applied Genetic, n. 101 - 2000) tout en épargnant temps et argent.

La Génomique Végétale
Qu'est-ce que la génomique? C'est l'opération de cartographie de tous les gènes d'un organisme pour comprendre leur régulation et surtout leurs fonctions. Je dirais cartographie de gènes et linkats (voir notre formule du génome). Pour l'opération "génomique", au cours des dernières années, plusieurs laboratoires publics importants se sont mobilisés en association avec des sociétés privées en France, Allemagne, USA, Canada et Japon. Cette association de publique et privé est cimentée par la possibilité de mettre en porte-feuille des brevets. L'objectif final de la génomique est de permettre la construction de nouvelles variétés qui répondent mieux aux attentes des consommateurs et des agriculteurs tant pour la qualité alimentaire que pour la sécurité environnementale.

Le rôle des marqueurs moléculaires.
Les travaux de biologie moléculaire ont permis de construire des cartes génétiques des plantes cultivées fondées sur l'emploi de sondes moléculaires. Ce sont des jalons qui permettent de déterminer les distances tout au long des chromosomes. De cette façon il est possible de localiser les composantes génétiques des caractères agronomiques par rapport à ces jalons. En définitive, on identifie des régions sur les chromosomes impliquées dans le déterminisme génétique de certains caractères. Ces régions sont dites porteuses de QTL (Quantitative Trait Loci). À ce stade, la solution consiste à faire l'inventaire des gènes qui interviennent dans la fonction étudiée. Lorsque l'un de ces gènes aura une position chromosomique compatible avec la localisation du QTL on utilisera d'autres techniques (par exemple le séquençage des allèles) pour confirmer le rôle du QTL dans la variabilité du caractère étudié. Le résultat de cette approche est directement utilisable pour la construction de variétés nouvelles. Ayant identifié les différents gènes responsables de la variabilité génétique pour le caractère étudié et les allèles les plus intéressants, on pourra, dans un programme d'amélioration génétique, utiliser ces connaissances pour construire des variétés qui réunissent ces différents allèles.
Il suffira de faire des croisements entre individus porteurs des allèles choisis et d'identifier chez la descendance les individus qui cumulent l'ensemble de ces allèles. Cette voie, nommée Sélection Assistée par Marqueurs Moléculaires est encore le point central des objectifs de la génomique végétale. Il faut ajouter, toutefois, que l'approche décrite est très laborieuse et n'utilise pas pleinement les connaissances nouvelles qui dérivent du séquençage des génomes.

Le rôle de la plante modèle
L'étude des génomes modèles est définie comme une révolution de la génomique végétale (Caboche, Biofutur, n° 172,  01997). La constitution de cartes génétiques sur des espèces végétales différentes a permis de mettre en évidence une similarité d'organisation de ces génomes.
Pour simplifier, on peut affirmer que l'ordre des gènes tout au long des chromosomes est conservé par blocs de grande amplitude entre espèces apparentées. Cela est particulièrement significatif lorsque on compare les génomes des céréales. Si l'ordre des gènes tout au long des chromosomes est conservé, leurs distances peuvent être considérablement différentes. Ainsi l'idée est née d'analyser les génomes de plantes modèles ayant des petits génomes en les soumettant à un séquençage complet, pour connaître la nature et l'ordre des gènes tout au long des chromosomes. Et ensuite de déduire l'organisation des gènes au long des chromosomes pour les autres espèces plus complexes. Cette similarité des génomes est appelée Sintenia
Si les informations acquises sur les génomes modèles peuvent servir à connaître les génomes plus complexes, alors cela vaut la peine de concentrer les efforts pour connaître les génomes choisis comme modèles. Ceci est le raisonnement fait par les biologistes moléculaires.
L' INRA français travaille, depuis dix ans environ, au séquençage intégral de l'Arabidopsis, choisie comme modèle pour les dicotylédones. Au Japon et aux USA on travaille sur le génome du riz choisi comme plante modèle pour les monocotylédones-céréales.
À partir de l'analyse des génomes modèles on pourra, au moyen des données de Sintenia, déterminer les bases moléculaires des QTL pour les espèces cultivées. Les travaux sur les génomes modèles ont besoin d'instruments bio-informatiques très puissants pour identifier les gènes des séquences génomiques et pour gérer les informations correspondantes. Ces instruments sont particulièrement importants pour rechercher les gènes ayant la même fonction chez des espèces différentes. Pour synthétiser, c'est ce que l'on dit sur la "génomique végétale".

Scepticisme sur les résultats de la génomique végétale
Je suis sceptique quant à la réussite de cette grande initiative scientifique, en ce sens que les résultats, à mon avis, ne seront pas ceux que les spécialistes du secteur attendent. Les raisons de ce scepticisme sont résumées ci-après.
a) Le généticien moléculaire fait une grande erreur d'évaluation par rapport à l'ADN qui ne code pas; c'est à dire, par rapport à toute la régulation du gène. Dire que l'ADN régulateur ne code pas, n'est pas correct. La vérité pourrait être que cet ADN répond à un code de nature différente qu'il faut découvrir. Si cela est vrai, l'ADN dit "non codant" représente une grande limitation pour la biologie moléculaire.
b) Encore une grande limitation: on sait que le taux de recombinaison entre deux gènes est génétiquement contrôlé. Par qui ? Par l'ADN codant ? On n'a pas trouvé de gènes de recombinaison qui codent.
Alors ? Par l'ADN "non codant" dont on ne sait rien ?
c) La biologie moléculaire n'aborde pas les problèmes de chronologie. Il y a un ordre chronologique dans le fonctionnement des gènes impliqués dans la morphogénèse d'un être vivant.
d) Le sigle QTL revient souvent en génomique végétale. C'est une notion ambiguë. Est-ce le locus qui est quantitatif? Il s'agirait dans ce cas d'un locus sous-divisé en sub-loci à effets cumulatifs (additivité, interaction de type Cis, etc.). Si c'est ça, nous avons à faire à un linkat et non pas à un locus. Plusieurs chercheurs se sont lancés paresseusement sur cette notion qui ne mènera nulle part.
Le linkat (voir notre formule) fut proposé par Demarly, éminent génétitien de l'Université de Paris-Orsay, en 1968 (Eucarpia, Milan). Par la suite, Demarly perfectionna la notion de linkat. Nous avons découvert le linkat chez la luzerne en 1976 (Rotili, Crop Science n°16).
Le linkat est un bloc génique particulier car : a) il possède des zones d' ADN qui régulent la valeur de recombinaison interne (crossing over intra linkat) ; b) c'est une notion de valeur sélective qui contrôle la solidité du linkat : si le contexte est défavorable la valeur de recombinaison augmente ; alors le linkat se dissocie car il ne supporte pas la charge génétique. Si le contexte est favorable le linkat renforce sa cohésion. Un bloc génique comme le linkat est, en somme,un produit de la sélection ; c) c'est une notion de régulation : chez le linkat il y a un grand nombre d'interactions Cis et donc l'expression globale est la résultante de ces interactions. L'existence du linkat a été prouvée tant au niveau moléculaire qu'au niveau génétique.
e) Le généticien moléculaire a une conception contradictoire du génome : d'un coté il le voit d'une façon simplifiée au maximum, de l'autre il lui attribue un pouvoir absolu dans la formation du phénotype. Il ignore l'épais réseau d'interactions qui existent soit à l'intérieur du génome soit entre le génome et l'environnement. C'est justement l'environnement qui modèle le phénotype. Un génome, spécialement pour la partie concernant les caractères quantitatifs, ne peut être connu si on ne fait intervenir l'environnement, entendu comme la lumière, la température et les éléments nutritifs. Bref, si l'on veut connaître la capacité productrice d'un génome il faut le soumettre à un test agronomique adéquat, pour qu'il puisse exprimer toutes ses potentialités.

Conclusions
a) Le produit de la phase de séquençage du génome n'est pas constitué par des vrais gènes mais par des petits morceaux d'ADN qui peuvent être définis comme "gènes bio-informatiques", qui deviendront veritables gènes lorsque on connaîtra leurs fonctions, et cela sera impossible avec les seules techniques génomiques .
b) Pourquoi le processus de construction variétale, dit traditionnel, a-t-il été fructueux ? C'est que les constructeurs de nouvelles variétés travaillent sur le niveau d'intégration de tous les facteurs en jeu: gènes, linkat, interactions intra génotype et interactions entre génotype et environnement.
c) Les généticiens moléculaires, plongés dans leurs techniques raffinées, ne voient pas l'unité de l'organisme vivant; ils sous-évaluent la logique qui préside à la formation du phénotype (Waddington, The Evolution of an Evolutionist, 1975).
d) Selon les spécialistes, la génomique devrait entrer en concurrence, dans la construction de nouvelles variétés, avec l'ingénierie génétique.À mon avis, il s'agit d'une illusion. Derrière la technique de l'ingénierie génétique, il y a la plus importante découverte des trente dernières années dans le domaine de la génétique. Donc je confirme, ce que j'ai déja dit ailleurs: à coté de la recherche qui construit les OGM, l'État devrait financer une recherche de contrôle des OGM mêmes. Recherche très difficile, mais il n'y a pas d'autre voie si l'on ne veut pas laisser les mains libres aux grandes compagnies internationales propriétaires des OGM, lesquelles, au nom du profit se moquent de la santé du consommateur et des dégats à l'environnement. En même temps, ce serait une très grave erreur si les autorités politiques empêchaient la recherche sur l'ingénierie génétique. Avec l'ingénierie génétique on peut briser les lois forgées par l'évolution. La limite de ce pouvoir énorme est intrinsèque aux OGM mêmes, qui peuvent être inutiles ou même nuisibles. Un exemple d'inutilité : nous pouvons transformer la luzerne de C3 en C4. Mais si cette transformation comportait la perte de la pérennité, la plante nouvelle serait-elle utile ? Elle ne serait pas utile. Par contre, il serait très utile d'obtenir une plante de luzerne à graines dix fois plus grandes que celles qu'elle a. L'intérêt majeur serait de permettre des semis de précision graine à graine, comme pour le maïs ou le blé et d'avoir une implantation régulière des luzernières. Nous obtiendrions une limitation des effets négatifs de la compétition sur le rendement, et une meilleure utilisation de la surface. Si, en plus de cette transformation, s'ajoutait la perte de l'allogamie, on aurait un double avantage.
e) Le lecteur se demandera: comment est-il possible que maints chercheurs illustres dans tout le monde se soient mis sur une route susceptible de ne pas donner les résultats espérés ? Et encore, comment les grandes compagnies privées ont-elles payé des centaines de milliards pour cette opération immense ? Evidemment, moi aussi, je me suis posé ces questions. Les réponses que je me suis donné ne m'ont pas satisfait. Je rappelle, de toutes façons, que le chercheur est un grand explorateur et en tant que tel, ce n'est pas la première fois qu'il prend une fausse route. Quant aux financiers, je rappelle que le chercheur est très bon avocat et propagandiste de ses idées.

Les organismes génétiquement modifiés (OGM)
Aperçus historiques

Quand on parle de biotechnologies, l'esprit se tourne immédiatement vers les produits transgéniques, c'est-à-dire vers les OGM. La technique avec laquelle on produit les OGM est l'ingénierie génétique. Mais les choses ne sont pas ainsi. Dans le champ des biotechnologies entrent également les cultures in vitro et l'analyse génomique. Pensons tout de suite au projet du Génome humain coordonné par le prix Nobel Dulbecco. Un projet qui va se conclure et qui certainement apportera de nombreux avantages pour l'homme dans le secteur médical. La presse s'est beaucoup occupée de ce projet, c'est pourquoi nous donnont quelques nouvelles de la génomique végétale.
Au cours des dernières années, la génomique appliquée au règne végétal a fait l'objet d'une mobilisation internationale extraordinaire: "Plants genomes initiatives" aux États-Unis, programmes "Zigia" et "Gabi" en Allemagne, "Rice Genome Research Program" au Japon. En France, une structure puissante a été crée grâce à l'association de la recherche publique (INRA, CIRAD, IRD et CNRS) et de la recherche privée (Biogemma, Rhône-Poulenc et Bio-Plante).
Des résultats de la génomique dépend, en grande partie, la capacité future de créer des variétés performantes.
Qu'est-ce que la génomique? Elle consiste à faire le catalogue de tous les gènes d'un organisme, puis à comprendre leur régulation, leurs fonctions et leurs interactions. Le programme du grand groupe français concerne l'analyse du génome pour trois espèces importantes cultivées en Europe : le maïs, le blé, le colza. Pour chacune de ces espèces, on a défini 4 lignes de recherches:
- l'analyse structurale du génome ;
- la recherche des gènes impliqués dans les résistances aux maladies ;
- des gènes impliqués dans les caractères agronomiques ;
- des gènes impliqués dans la qualité des plantes.
À noter que les résultats de ces études peuvent permettre, dans un programme d'amélioration génétique, d'avoir recours à ce qui est défini comme la sélection assistée par des marqueurs moléculaires (SAMM). Une telle approche ne demande pas de faire appel à la transgenèse, qui produit précisément les OGM.
On ne connaît pas un secteur plus finalisé, ni plus novateur que la transgenèse. Et cependant, au début, tout s'est déroulé en l'absence totale d'une demande sociale spécifique. Aujourd'hui, les choses sont différentes: les acteurs de la demande sociale sont entrés en scène et pas pour accepter passivement ce que l'on a produit ces vingt dernières années. L'origine de la transgenèse se trouve dans la recherche de base conduite dans les années 1950 et 1960. Très vite, les chercheurs se sont aperçus que les techniques très puissantes de recombinaison génétique et de clonage des gènes pouvaient aller très loin vers une application pratique capable de générer d'énormes profits mais également jusqu'à des inventions importantes pour la santé humaine. Une fois écoulé le moratoire d'Asilomar, les biologistes moléculaires américains furent les protagonistes de ce tout nouveau phénomène qui consistait à promouvoir l'exploitation économique des recherches menées au sein des universités avec des financements de l'État. Ils ont fondé des sociétés par actions, qui, à peine cotées en bourse, ont eu un énorme succès et sont passées sous contrôle des multinationales. Depuis lors, la biologie moléculaire est devenue une gigantesque affaire économique et politique. Aux États-Unis, les accords entre groupes industriels et organismes publics de recherche sont montés à des chiffres incroyables. Un exemple: l'université de Washington a reçu, en 1988, 100 millions de dollars de Monsanto pour les droits d'exploitation des recherches.
"Les universités sont un enfer de corruption" dénonce Léonard Minski, dans Scientific American, et Thomas Meyer, de l'université de Caroline du Nord, se demande: "Est-il juste que les industriels exploitent les découvertes faites avec des fonds publics ?".
La situation a changé ces dernières années. Des groupes aguerris de recherche mixtes ont surgit. Ils sont fondés sur l'association du privé et du public. Nous avons rapporté l'exemple des projets qui concernent la Génomique ; la même logique, plus pressante même, est à la base de l'activité d'ingénierie génétique pour la prodution des OGM. D'autre part, il est impensable de s'engager dans ces secteurs sans l'apport déterminant des grandes compagnies privées pour le développement des créations et pour l' introduction relative sur le marché.
Partie en retard, la France est en train de se rattraper rapidement. Le Gènopole a été inauguré il y a deux ans, au cœur de la région parisienne, précisément à Évry. Dans cette citadelle des sciences, sont concentrés les meilleurs groupes de recherche publics et privés. Les domaines de recherche sont la médecine, la pharmacologie et l'agriculture : une agriculture à même de répondre aux défis alimentaires et environnementaux. En somme, la France, selon les mots du ministre de la Recherche scientifique et technologique, a l'intention d'assumer un rôle de leader dans la compétition internationale en ce qui concerne les sciences de la vie.
En lisant cela, on ne peut faire moins que de penser à la situation de notre pays. Il me semble alors voir un grand désert dans lequel, ça et là, se détachent de minuscules bosquets de palmiers qui révèlent autant de micro-oasis.
Comme le dit Marc Van Montagu, il est toujours difficile de déterminer l'origine d'une découverte scientifique. Où et quand la technologie de la transgenèse est-elle née ? À qui en attribuer la paternité? Les premiers essais de transgenèse en laboratoire furent effectués au début des années 1980, mais ce fut le résultat d'un travail mené à Gand (Belgique) à partir de 1969 par Van Montagu et Schell sur Agrobacterium tumefaciens. Les deux chercheurs formulèrent une hypothèse qui, par sa charge révolutionnaire, laissa sceptiques presque tous leurs collègues: ils soutinrent que c'était un transert d'information génétique de la bactérie à la plante. Il ne fut possible de vérifier positivement cette hypothèse qu' à la fin des années 1970 quand, surtout par des laboratoires américains, furent mises au point les techniques de clonage des gènes.
Agrobacterium tumefaciens se révéla un excellent vecteur de gènes à insérer dans le génome de cellules végétales. Cette technologie fut utilisée dans les laboratoires du monde entier et, aujourd'hui encore, elle semble la plus efficace.
C'est depuis lors, que les grandes compagnies agrochimiques, comme Plant Genetic System, Monsanto, Zeneca, Novartis, Du Pont et d'autres, commencèrent à investir massivement dans la transgenèse. Sur le plan scientifique, nous nous trouvons face à une découverte qui repose sur un principe révolutionnaire dans le domaine de la biologie: on peut modifier des plantes avec des gènes qui proviennent d'une autre plante, ou d'une bactérie, d'une levure ou d'une cellule animale. Ce fait nous permet d'affirmer que, théoriquement, il n'y a plus de limites dans le domaine de l'amélioration génétique. Toutes les barrières technologiques ont été franchies. Vingt ans à peine se sont écoulés et, sur le marché, ont été lancés près de 400 produits OGM : environ 55% par des compagnies américaines et 45% par des européennes.
Parmi les biochimistes qui travaillent dans ce secteur, le concept de la plante comme une officine moléculaire est de plus en plus répandu. Ce modèle de plante, à mon avis, ne conduira qu'à des déconvenues, au moins pendant quelques lustres. Les microorganismes, bactéries et levures, présentent des avantages considérables dans ce domaine pour l'efficacité, la maîtrise du milieu de culture et la sécurité environmentale. Aujourd'hui, on travaille sur des structures monogéniques qui, souvent, ne sont pas fiables. Celui qui fait de l'amélioration génétique sait que l'action d'un gène n'est parfois ni unique ni uniforme. Nous ne devons pas oublier que, jusqu'à aujourd'hui, les variétés transgéniques de grande culture ont été crées pour la résistance aux désherbants et aux insectes. Ces résistances n'augmentent pas les potentialités productives en elles-mêmes de la variété. C'est une amélioration indirecte. La productivité est un caractère polygénique et des groupes génétiques qui la contrôlent sont distribués, à mon avis, sur tout le génome, spécialement dans les plantes fourragères comme la luzerne. C'est ce qui rend extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, au moins à courte échéance, l'amélioration de la productivité des plantes au moyen de l'ingénierie génétique. Au contraire, l'amélioration génétique, plus ou moins traditionnelle, sur des caractères complexes comme la capacité de production, a réussi parce que nous ne travaillons pas sur les gènes mais sur leurs fonctions. Il ne faut pas oublier non plus que la transgenèse, au fond, en est à ses premiers pas, qu'elle a à peine vingt ans. On peut affirmer que l'avenir appartient à la transgenèse et qu'elle sera certainement à même d'améliorer des fonctions de plus en plus complexes en ce qui concerne les plantes agronomiques.
Le modèle de plante cité plus haut deviendra réaliste dans, peut-être , 50 à 100 ans. Pour cette période, on peut faire l'hypothèse de la construction de plantes non présentes dans la nature et, peut-être, pourquoi pas, d'hommes géants et sur-intelligents, sans cheveux ni barbe (quel embêtement) ainsi que des femmes intelligentissimes et d'une volonté de Walkyries.
Pour l'instant, nous ne pouvons pas ne pas rappeler les succès que l'ingénierie génétique a obtenu dans le secteur médical : la production d'insuline, le vaccin contre l'hépatite B, l'hormone de croissance, les facteurs anti-hémophiles, etc.
En même temps, nous ne devons pas négliger de mentionner les résultats d'une étude du ministère de l'Agriculture des États-Unis. Ces résultats disent que, dans 12 cas sur 18, les semences génétiquement modifiées (maïs et soja) ne donnent pas de meilleures productions que les semences traditionnelles (Daily Mail, Juillet 1999).

OGM aux États-Unis et en Europe
Aux États-Unis, la diffusion des OGM n'a pas rencontré de difficulté jusqu'à la fin 1998. A contrario, en Europe, est apparue, il y a 7 ou 8 ans, une forte opposition de la part des organisations environnementale, des consommateurs et des chercheurs en écologie. L'opposition aux OGM est devenue si forte que les principales sociétés agroalimentaires comme Danone, Unilever, Nestlé ont déclaré au cours de 1999 qu'elles retiraient les OGM (soja, maïs) de leurs produits. Seule l'Espagne a continué à augmenter la culture de maïs transgénique passant de 1 500 ha en 1998 à 20 000 en 1999.
La résistance des consommateurs européens à l'introduction des OGM et la nouvelle réglementation européenne (1139/98/CE du 28 mai 1998) sur l'étiquetage obligatoire des produits génétiquement modifiés commencent à avoir des effets économiques non négligeables au Canada et aux États-Unis. En fait, beaucoup de grandes sociétés céréalières, dont Cargil (le plus grand marchand de céréales du monde) et Casco (un des plus gros acheteurs de céréales canadiens), ont déclaré en mai 1999 qu'ils éviteraient d'acheter les variétés de maïs transgénique. Entre temps, Dan Glickman, ministre de l'Agriculture des États-Unis, a réaffirmé sa demande d'ouverture du marché européen aux OGM. Il n'exclut pas des mesures de rétorsion, particulièrement douanières. En même temps, il a demandé aux groupes agro-industriels américains de procéder volontairement à l'étiquetage des produits. En outre, il a suggéré la nécessité de réaliser des études sur l'impact des OGM sur l'environnement et la santé humaine. Le Washington Post du 15 août 1999 écrit que les États-Unis sont en train de remettre en cause la politique des OGM, qui consiste à dire qu'un OGM n'a pas besoin d'une étude particulière puisqu'il est fondamentalement équivalent à un organisme non modifié. Pour parachever le tableau, ajoutons que l'étiquetage des produits OGM a été adopté également en Australie, en Nouvelle Zélande et, en partie, au Japon. Le Brésil a interdit le commerce du soja Round Up Ready de Monsanto.
Nous concluons cette brève énumération avec l'annonce de la suspension des nouvelles autorisations pour le commerce des OGM dans l'Union européenne (décision du 25 juin 1999). Mais les anciennes autorisations restent valables aujourd'hui.
Pourquoi les OGM sont-ils rejetés en Europe et par le reste de la planète?
On demande désormais partout d'étiqueter les produits OGM. À mon avis, l'étiquetage seul ne suffit pas. Il pourrait servir à couvrir l'incapacité des politiques à prendre leurs propres responsabilités.Il y a plus: un produit OGM, même étiqueté, à l'aide d'une bonne promotion, peut conquérir la faveur du consommateur comme c'est arrivé en Angleterre avec la pulpe de tomate de la multinationale Zeneca. La solution se trouve dans l'évaluation des risques pour l'environnement et la santé. En ce qui concerne ce dernier aspect, les données toxicologiques sur le produit du gène sont bien connues. L'évaluation de l'allergénicité se fonde sur la comparaison avec les substances allergéniques connues. Il s'agit d'améliorer la valeur des tests. La solution concernant le risque environnemental est plus difficile à trouver. La modélisation de flux des gènes est encore trop grossière par rapport aux exigences. Si mes informations sont correctes, dans le secteur de l'évaluation des risques des OGM pour l'environnement c'est la France, et spécialement l'INRA, qui occupe la première place, et pas seulement en Europe. "Afin que les biotechnologies s'élèvent de manière incontestable au rang de progrès pour l'humanité, il est nécessaire qu'elles démontrent qu'elles peuvent non seulement faire plus et mieux, mais aussi avec une sécurité plus grande par rapport aux méthodes classiques" soutenait Axel Kahn, alors président de la Commission française du génie biomoléculaire.
Les OGM actuellement sur le marché peuvent-ils être considérés comme sûrs pour la santé humaine et pour l'environnement ? Examinons quelques cas :
a) OGM et antibiotiques.
Selon trois chercheurs de l'université Rockfeller de New York, il est possible d'éviter l'utilisation des génes de résistance aux antibiotiques dans l'élaboration des OGM pour identifier les cellules qui ont intégré le transgènes: Cette fonction peut être assurée par un gène qui produit seulement une hormone de croissance de la plante, c'est-à-dire la cytokinine qui doit être activée par une molécule chimique. Munies de ce nouveau marqueur, les cellules transformées sont identifiées, non plus grâce à leur résistance à un antibiotique mais par leur réponse à une molécule chimique, le dexaméthasone, qui active le gène de l'hormone de croissance (Nature Biotechnology, septembre 1999).
b) Maïs Bt. Le bacille Bacillus thuringiensis (Bt) produit de nombreuses toxines qui paralysent le système digestif des insectes comme la Pyrale qui attaque le maïs. La toxine Bt est utilisée à faibles doses depuis des dizaines d'années en agriculture biologique. Selon une équipe de l'université du Kansas, la Pyrale du maïs peut développer en quelques générations une résistance à ces toxines. Ainsi, non seulement les plantes transgéniques Bt ne seront plus résistantes à la Pyrale mais les agriculteurs biologiques ne pourront plus utiliser le Bt devenu inopérant (Science, 7 mai 1999). Trois autres chercheurs de l'université de Cornell soutiennent que le pollen de maïs Bt a des effets néfastes sur le papillon Monarque. Ils ont observé que 44% des larves élevées sur des feuilles saupoudrées de pollen de maïs Bt mourraient prématurement. À la suite de cette étude, la Commission européenne a pris la décision de suspendre la procédure d'autorisation du maïs transgénique de la société Pioneer Hi-bred international au nom du principe de précaution, sans toutefois rediscuter les autorisations antérieures du maïs Bt de Monsanto et Novartis. La résistance au Bt incorporé au maïs et au coton est traitée dans une étude publiée dans Nature (5 août 1999). On doit se demander honnêtement quelle est la fréquentation des champs de maïs par le papillon. De toute manière, l'usage massif d'antiparasitaires et de désherbants cause beaucoup plus de mal à tous les insectes, spécialement aux insectes pollinisateurs.
c) Flux de gènes. La possibilité de transfert d'un gène par le pollen a été étudiée sur le colza et la betterave, seules plantes en Europe susceptibles de dissémination génique. Pour parler réellement de flux de gènes entre une plante cultivée transgénique et une population spontanée apparentée, il est nécessaire que la dispersion pollinique conduise à la formation d'hybrides interspécifiques fertiles et pérennes. D'où la nécessité d'avoir des résultats sur de nombreuses générations. Un groupe de l'INRA a étudié sur le terrain le problème et a démontré que les fécondations interspécifiques se produisent rarement mais que, lorsqu'elles surviennent, elles peuvent aboutir à la production de semences hybrides. Dans cette situation, il pourrait y avoir transfert du gène de résistance à un herbicide de la plante cultivée transgénique vers les mauvaises herbes apparentées et, donc, apparition de mauvaises herbes résistantes à la génération suivante. Dans tous les cas, les prévisions à long terme sont très difficiles. Le travail continue avec l'aide de modèles de génétique des populations qui intègrent de nombreux paramètres biologiques et environnementaux: distance de la dispersion pollinique, mode de reproduction, compétition, techniques culturales etc. En l'état actuel des connaissances, on peut résumer de la manière suivante la probabilité que des flux de gènes s'opèrent à partir des plantes transgéniques :
- chaque transgène a une probabilité non nulle de sortir de sa variété pour se répandre dans les variétés interfertiles spontanées de la même espèce dans une distance déterminée qui peut aller jusqu'à 800 m ;
- la possibilité d'introgression vers les autres espèces est faible mais réelle pour les plantes comme le colza ; un jour ou l'autre cela se réalisera (A. Coleno 1996) ;
- le transfert des transgènes vers la flore bactérienne environnante est probablement négligeable même si la réalité du phénomène à l'échelle de l'évolution est scientifiquement plausible.

Brevets
Après les premières découvertes, au début des années 1980, les techniques de l'ingénierie génétique se sont développées de manière spectaculaire. Si l'Europe a eu un rôle important dans le progrès des connaissances fondamentales, les États-Unis se sont lancés. immédiatement dans l'exploitation économique des nouvelles technologies. Les avantages sont considérables. Par exemple, dans le domaine pharmaceutique, avec les nouvelles molécules produites par les biotechnologies, le marché mondial est estimé à 373 milliards de dollars (plus de 400 millions d'euros) jusqu'en 2002. Ces faits ont soulevé la question des brevets pour les organismes vivants. C'est un problème aussi bien éthique que commercial. L' Assemblée européenne a adopté, le 23 septembre 1999, le rapport Wodarg selon lequel la protection de la propriété intellectuelle représentée par les brevets, fait partie intégrante de l'économie de marché. Mais, s'agissant d'organismes vivants, la reconnaissance de la propriété intellectuelle moyennant un brevet soulève de graves problèmes parce qu'elle peut porter préjudice aux intérêts des agriculteurs des pays en voie de développement. On lit que l'Australie est le pays qui, plus que les autres, pratique la bio-piraterie. Avec la prise de brevets, on pourra voir des faits curieux. Par exemple, les multinationales américaines ont breveté les gènes qui définissent le goût du riz Basmati, un riz naturel indien. Il ne faudra pas s'étonner si ces entreprises américaines demandent un jour aux Indiens de payer pour cultiver leur propre riz. Récemment, le Parlement européen a demandé de trouver une solution pour protéger la propriété intellectuelle et, en même temps, la valeur non remplaçable du patrimoine commun de l'humanité.
Un garant des biotechnologies. Quand on discute avec les sociétés qui s'intéressent aux OGM (Monsanto, Novartis, Zeneca, etc.), elles soutiennent la thèse que leur travail n'est pas contraire aux intérêts de la communauté mondiale ; ainsi, parfois, elles arrivent à dire qu'elles travaillent pour le bien de l'agriculture et du consommateur qu'est le public. Il est évident qu'il s'agit de mensonges et de propagande. Elles disaient la même chose à l'époque de ce qu'on a appelé la Révolution verte. Les sociétés (qui non seulement vendent des semences mais également les engrais, les anti-parasitaires et les désherbants) ont réalisé alors des gains importants, tandis que les agriculteurs des pays pauvres perdaient littéralement leur équilibre à cause de l'intervention irrationelle des nouvelles technologies. Dans le cas de la révolution biotechnologique, les problèmes sont bien plus compliqués et il ne pourrait en être autrement s'agissant d'instruments d'une puissance transformatrice jamais vue jusqu'à nos jours. Nous nous trouvons dans un monde nouveau dont nous n'avons exploré qu'une infime partie et c'est pourquoi nous devons nous attendre à aller au devant de grand risques pour l'homme, l'animal et l'environnement.
L'éthique des multinationales est le profit, et il doit en être ainsi. Sans profit, elles disparaîtraient et ce serait un mal pour la société. Nous avons cité des cas d'association privé-public dans le domaine des biotechnologies. On ne sort pas de cette logique si on ne veut pas être rétrograde.
Si on discute de ces arguments avec les chercheurs, les réponses varient : désintérêt, neutralité, engagement social. L' éthique du chercheur est de travailler pour faire avancer les connaissances, convaincu que les découvertes et inventions sont toujours positives. Statistiquement parlant, il se désintéresse de ce qui peut arriver par la suite; l'important est d'avoir réussi. Il y a deux autres acteurs sur la scène du monde des biotechnologies: l' État et le public avec ses défenseurs (les associations de consommateurs, environnementales, etc.).
Jusqu'à aujourd'hui il n'existait que la recherche créative. En vérité, en France, l'INRA a fait quelques pas en direction d'une recherche de contrôle, c'est-à-dire une recherche chargée d'évaluer des risques pour l'homme, l'animal et l'environnement. Modestes initiatives par rapport aux engagements financiers énormes de la France dans le secteur de la recherche créative. Il faut ajouter que la recherche de contrôle, dans certains cas, est beaucoup plus difficile et onéreuse que la recherche créative.
Il est évident qu'il incombe à l'État de financer la recherche de contrôle, de même que l'État doit nommer un garant des risques biotechnologiques assisté d'une commission d'experts chargée d'évaluer les résultats de la recherche de contrôle.

Conclusions
a) La mondialisation des marchés permet aux grandes compagnies de vendre en tous les pays de la Terre les semences génétiquement modifiées.
b) Le moratoire en Europe finira tôt ou tard .
c) Il faut distinguer les OGM nuisibles pour la santé des consommateurs et pour l'environnement. Comment ? Il faut séparer la recherche de production d' OGM de la recherche du contrôle des OGM. En outre les compagnies productrices d'OGM, avant de les mettre sur le marché, doivent présenter un dossier, comme cela est fait pour les produits pharmaceutiques, où il sera évident que l'OGM n'est pas nuisible pour la santé des consommateurs, ni pour l'environnement.
d) L' ingénierie génétique est une grande ressource pour l'humanité : ses produits doivent être soumis à des contrôles rigoureux.
e) La recherche de contrôle des OGM est plus difficile que la recherche de leur production, spécialement pour ce qui concerne l'environnement.
f) Les consommateurs américains ont utilisé durant 5-6 ans les OGM. Quels ont-été les résultats pour leur santé et pour l'environnement?

[R] Humanisme du IIIe millénaire

L'éthique de la science et la morale des savants
L'éthique de la science dépend de la morale des savants. L'éthique de la science a valeur absolue car son but est la connaissance de l'Univers, de la planète Terre avec toutes ses composants: plantes, animaux, êtres humains, atmosphère et eau. L'éthique de la science dépendant des savants, sa valeur absolue devient relative. Car les savants, en poursuivant leur but de connaissance, commettent des actions que l'on peut définir immorales. Par exemple la vivisection des animaux. Au cours des années 50 quand on passait à travers la place de la Minerve, à l'intérieur de la Cité Universitaire de Rome, on entendait les cris des chiens qui faisaient frissonner et suggéraient: pourquoi pas ne vivisectionner le vivisectionneur?
La technologie dérive de la science. En biologie ce principle a été bouleversé. Les spécialistes de la clonation sont devenus autant de "maître Geppetto", le constructeur de Pinocchio. Ils construisent des animaux (demain même des êtres humains) sans connaître les processus se produisant dans les cellules manipulées. Wilmut, le constructeur de la brebis Dolly, a declaré que sur 434 expériences une seule a réussi. Nous sommes revenus à la magie.
Autrefois, se dédiaient à la science seulement les personnes ayant une forte vocation. Aujourd'hui tout a changé: il y a des armées de chercheurs qui considèrent le domaine de la science comme un emploi quelconque. Ces chercheurs ne produisent pas science mais seulement banalité.
Les surdoués se posent d'abord cette question: "Comment élargir les limites de la connaissance?"
Dans le livre "Les brahmanes de la science" de S. Klaw est reportée cette phrase de A. Einstein: "Pour cette classe d'hommes la science est une sorte de sport dans la pratique duquel ils exultent, juste comme un athlète exulte dans l'exercice de sa capacité musculaire".
Ceci est tout ce qu'on voit de l'extérieur: Ces jeunes, en ruminant autour de la question posée stipulent un pacte faustien, non avec Méphistophélès - le temps de Méphistophélès est fini - mais avec l'Alter Ego de soi même qui enfonce ses racines dans l'inconscient.
Le mot d'ordre de ces jeunes chercheurs est "s'efforcer vers un but". Dans leurs manifestations il se crée en eux un sens d'impatience et d'agitation. En somme, ce pacte procure joie et angoisse. Comme Faust, ces jeunes chercheurs possèdent deux âmes. L'une pour le prochain, l'autre pour eux-mêmes. Quand ces chercheurs arrivent au seuil des 70 ans, ils redécouvrent la question qui sera la dernière de leur vie : "Existe-t-il l'Au-delà ?". Et pour tout le reste de leur vie ils oublient la science et leurs réflexions sont concentrées sur cette dernière question.

Liberté Égalité Fraternité
L'histoire des trois mots Liberté, Égalité, Fraternité est la suivante: ils furent inventés par la révolution française en 1793. Cette triade devint la devise officielle de la république après le 1848. Abrogée de nouveau au cours du deuxième empire, elle fut reprise en 1875. Aujourd'hui cette triade se trouve sur les timbres français.
C'est un moyen qui fait oublier la signification profonde de ces mots. Ils représentent la morale de l'Illuminisme.
La plus belle utopie de l'histoire. Qui dit que les grandes utopies ne deviennent pas réalité ? Le troisième millénaire sera le temps de la triade. Pouquoi ? Car dans les trois mots sont synthétisées les trois doctrines les plus importantes de l'Humanité: libéralisme, communisme et christianisme. Pour cette raison la triade est un des piliers de l'Humanisme intégral.
Le discours de Robespierre à la Convention du 24 Avril 1793 a été synthétisé dans ces trois mots fameux. En fait ils entrent dans l'histoire en 1793. Robespierre était un disciple de J. J .Rousseau.
La grande et moyenne bourgeoisie (le troisième état) haissait Robespierre. L'histoire lui a attribué la Terreur en oubliant les Hébertistes et les Enragés. Jean Jaurès fut le premier à réhabiliter Robespierre. Le discours cité est le fondement des démocraties occidentales.

Voyons quelques articles proposés par Robespierre dans le discours du 24 Avril 1793 sur les droits de l'Homme:
Art.1. Le but de toute association politique est le maintien des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme, et le développement des toutes ses facultés.
Art.2. Les principaux droits de l'Homme sont ceux de pourvoir à la conservation de son existence et la liberté.
Art.3. Ces droits appartiennent également à tous les hommes, quelle que ce soit la différence de leurs forces physiques et morales.
L'égalité des droits est établie par la nature ; la société, loin d'y porter atteinte, ne fait que la garantir contre l'abus de la force qui la rend illusoire.
Art.4. La liberté est le pouvoir qui appartient à l'Homme, d'exercer à son gré toutes ses facultés ; elle a la justice pour règle, les droits d'autrui pour bornes, la nature pour principe, et la loi pour sauvegarde.
Art.5. Le droit de s'assembler paisiblement, le droit de manifester ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière, sont des conséquences si nécessaires du principe de la liberté de l'Homme, que la nécessité de les énoncer suppose ou la présence, ou le souvenir récent du despotisme.
Art.6. La propriété est le droit qu'a chaque citoyen de jouir et de disposer à son gré de la portion de bien qui lui est garantie par la loi.
Art.7. Le droit de propriété est borné comme tous les autres par l'obligation de respecter les droits d'autrui.
Art.8. Il ne peut préjudicier ni à la sûreté, ni à la liberté, ni à l'existence, ni à la propriété de nos semblables.
Art.9. Tout trafic qui viole ce principe est essentiellement illicite et immoral.
Art.10. La société est obligée de pourvoir à la subsistance de tous ses membres, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d'exister à ceux qui sont hors d'état de travailler.
Art.11. Les secours indispensables à celui qui manque du nécessaire, sont une dette de celui qui possède le superflu. Il appartien à la loi de déterminer la manière dont cette dette doit être acquittée.
Art.12. Les citoyens, dont les revenus n'excèdent point ce qui est nécessaire à leur subsistance, sont dispensés de contribuer aux dépenses publiques; les autres doivent les supporter progressivement selon l'étendue de leur fortune.
Art.13. La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique, et mettre l'instruction à la portée de tous les citoyens
Art.14. Le peuple est souverain; le gouvernement est son ouvrage et sa propriété; les fonctionnaires publics sont ses commis.
Le peuple peut, quand il lui plaît, changer son gouvernement et révoquer ses mandataires.
Art.15. La loi est l'expression libre et solennelle de la volonté du peuple..
Art.16. La loi est égale pour tous.
Art.17. La loi ne peut défendre que ce qui est nuisible à la société; elle ne peut ordonner que ce qui lui est utile.
Art.18. Toute loi qui viole les droits imprescriptibles de l'Homme, est essentiellement injuste et tyrannique ; elle n'est point une loi.
Art.19. Dans tout état libre, la loi doit surtout défendre la liberté publique et individuelle contre l'abus de ceux qui gouvernent. Toute institution qui ne suppose pas le peuple bon et le magistrat corruptible, est vicieuse.
Art.20. Aucune portion du peuple ne peut exercer la puissance du peuple entier ; mais le vœu qu'elle exprime doit être respecté comme le vœu d'une portion du peuple qui doit concourir à former la volonté générale.
Chaque section du souverain assemblé doit jouir du droit d' exprimer sa volonté avec une entière liberté ; elle est essentiellement indépendante de toutes les autorités constituées et maîtresse de régler sa police et ses délibérations.
Art.21. Tous les citoyens sont admissibles à toutes les fonctions publiques, sans aucune autre distinction que celle des vertus et des talents, sans aucun autre titre que la confiance du peuple.
Art.22. Tous les citoyens ont un droit égal de concourir à la nomination des mandataires du peuple et à la formation de la loi.
Art.23. Pour que ces droits ne soient point illusoires et l'égalité chimérique, la société doit salarier les fonctionnaires publics, et faire en sorte que les citoyens qui vivent de leur travail, puissent assister aux assemblées publiques où la loi les appelle, sans compromettre leur existence ni celle de leur famille.
Art.24. Tout citoyen doit obéir religieusement aux magistrats et aux agents du gouvernement, lorsqu'ils sont les organes ou les exécuteurs de la loi.
Art.25. Mais tout acte contre la liberté, contre la sûreté ou contre la propriété d'un Homme, exercé par qui que ce soit, même au nom de la loi, hors des cas déterminés par elle et des formes qu'elle prescrit, est arbitraire et nul; le respect même de la loi défend de s'y soumettre ; et si on veut l'exécuter par violence, il est permis de le repousser par la force.
Art.26. Le droit de présenter des pétitions aux dépositaires de l'autorité publique appartient à tout individu. Ceux à qui elles sont adressées, doivent statuer sur les points qui en font l'objet; mais ils ne peuvent jamais ni en interdire, ni en restreindre, ni en condamner l'exercice.
Art. 27. La résistance à l'oppression est la conséquence des autres droits de l'Homme et du Citoyen.
Art.28. Il y a oppression contre le corps social lorsqu'un seul de ses membres est opprimé. Il y a oppression contre chaque membre du corps social, lorsque le corps social est opprimé.
Art.29. Lorsque le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.
Art.30. Quand la garantie sociale manque à un citoyen, il rentre dans le droit naturel de défendre lui-même tous ses droits.
Art.31. Dans l'un et l'autre cas, assujettir à des formes légales la résistance à l'oppression, est le dernier raffinement de la tyrannie.
Art. 32. Les fonctions publiques ne peuvent être considérées comme des distinctions ni comme des récompenses, mais comme des devoirs publics.
Art.33. Les délits des mandataires du peuple doivent être sévèrement et facilement punis. Nul n'a le droit de se prétendre plus inviolable que les autres citoyens.
Art.34. Le peuple a le droit de connaître toutes les opérations de ses mandataires ; ils doivent lui rendre un compte fidèle de leur gestion, et subir son jugement avec respect.
Art.35. Les Hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s'entraider selon leur pouvoir, comme les citoyens du même État.
Art.36. Celui qui opprime une seule nation se déclare ennemi de toutes.
Art.37. Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l'Homme, doivent être poursuivis par tous, non comme des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et comme des brigands rebelles.
Art.38. Les rois, les aristocrates, les tyrans , quels qu'ils soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain de la Terre qui est le genre humain et contre le législateur de l'univers qui est la nature.
Tout au long du XIXème siècle, surtout en France, il y eu lutte entre le troisième et le quatrième État.

Mondialisation
En 1931 Teilhard de Chardin écrivait: "l'âge des nations est passé. Il s'agit maintenant pour nous, si nous ne voulons pas périr, d'abandonner les vieux préjugés et de construire la Terre. Plus j'observe scientifiquement le monde, moins je vois d'autres solutions biologiques possibles que la conscience active de son unité". Soixante-dix ans sont passés et ces mots sont d'une actualité bouleversante. Aujourd'hui les effets de la Bourse de Wall Street sont perçus dans tout le monde, les biens se déplacent à une vitesse, inconcevable auparavant, dans tout le Monde, les marchandises d'un pays tel que la Chine se trouvent sur les marchés italiens et vice versa. Qu'est-ce que cela signifie? Que la Terre va devenir un seul grand continent ? Au cours du troisième millénaire la prophétie de Teilhard de Chardin va sûrement se réaliser; où sont les obstacles aujourd'hui ? Dans l'immense différence de richesse entre l'Occident- Europe, USA, Japon, Australie, Nouvelle Zélande- et les autres pays de la Terre. Si on continue de ce pas l'Occident sera suffoqué par ses produits technologiques. Il y a une limite à la consommation. Il y aura la chute des productions et l'augmentation vertigineuse du chômage. Il faut s'opposer à la mondialisation gérée par les pays du G8.
Les politiques de l'Occident comprendront-ils cette situation? Ils la comprendront mais il se tairont par crainte de perdre les votes. La course de l'Occident sera de plus en plus destructrice des richesses de la planète. Teilhard de Chardin était un optimiste dans ce sens qu'il pensait que, tôt ou tard Dieu aurait porté les habitants de la Terre au point Omega, lieu de l'amour universel.
L'histoire nous apprend que Dieu, s'il existe, a toujours laissé les hommes libres de faire ce qu'ils ont voulu. Dieu n'a pas même interféré sur l'Évolution de l'Homme, ni biologique ni culturelle, ni sur l'Évolution du Cosmos, qui s'étend suivant ses lois.
Le produit de l'Évolution humaine est représenté par la courbe de Gauss ( Rotili, Le clonage et la morale ).
Si les choses en sont à ce point, seule une grande crise économique et écologique pourra sauver l'espèce humaine. Existe-t-il une démocratie complète? Chez les démocraties occidentales chaque individu a droit de vote et possède d'autres droits, mais la grande différence de richesse réduit en grande partie l'égalité des droits.
Pour ce motif, je considère que le libéralisme crocien est une utopie comme la conception de liberté de l'existentialisme sartrien. Je rapporte les mots de George Soros (La Repubblica): "Le capitalisme crée la richesse mais ne donne pas garantie de respect de la liberté, de la démocratie et de l'état de droit. Le monde des affaires est motivé par le profit, il n'est pas fait pour sauvegarder les principes universels,…les participants sont en compétition et, s'ils pouvaient, ils élimineraient la concurrence. Ainsi la liberté, la démocratie et l'état de droit ne peuvent être confiés aux forces du marché. La globalisation empêche aux états de faire ce qu'ils veulent mais, dans la globalisation, la libre concurrence crée et renforce les inégalités au niveau national et international. Les intérêts collectifs, du maintien de la paix au respect des droits humains, à la protection de l'environnement, sont tenus en piètre considération… Pour apprécier les bénéfices de la globalisation il faut un engagement international vis à vis des thèmes négligés. " D'après les écrits de Soros il n'y a pas de quoi être optimistes. D'ailleurs la globalisation est administrée par les pays riches. Le système capitaliste global a augmenté la différence entre riches et pauvres aussi bien entre pays qu'à leur intérieur. Remédiera-t-on à cette situation ? L' Occident renoncera-t-il à commander la planète. Appellera-t-il des super-hommes et des super-femmes à gérer despotiquement la planète ? Et lorsque les milliards de perdants se rebelleront que fera l'Occident ?

Migration et races humaines
Il y a des biologistes qui soutiennent que l'évolution de l'espèce humaine est terminée. L'Homo sapiens , développé en Afrique, a occupé tous les continents et s'est stabilisé génétiquement. Cela est vrai pour le présent, mais pour le futur ? Le troisième millénaire sera le millénaire de la migration. Les migrations au cours de dizaines d'années méneront à l'hybridation des races humaines et de leurs cultures.
Si cela se vérifie, l'Évolution de l'espèce humaine entrera dans une nouvelle phase.
À propos des races humaines il y a des chercheurs qui les nient (Lévi-Strauss : Race et Histoire). Au contraire, il y a des chercheurs qui donnent aux races un poids génétique consistant. Voir le tests d'intelligence (QI) faits en USA sur blancs et noirs. Les tests ne sont pas valables car les auteurs ont oublié d'homogénéiser le milieu culturel des sujets à l'étude.
Lévi-Strauss soutient que les races n'existent pas car leur différence est seulement de nature culturelle. Dobzhanski soutient par contre que la différence entre les races est soit génétique soit culturelle, tout en soulignant que la partie génétique est négligeable par rapport à la culturelle.
P. Guy, généticien de l'INRA, se demande quelle part appartient à la partie génétique et combien à la partie culturelle. Il n'y a pas d'études dans ce sens. Au troisième millénaire tout peut arriver dans le domaine de la génétique. Il se peut qu'il y aient des personnes qui veulent être clonées: Et alors on pourra étudier ce problème (Rotili : Le clonage et la morale). Ce fait est vrai au point de vue théorique, sur le plan opératif maints doutes restent.
Y. Demarly, généticien de l'Université de Paris-Orsay, fait une estimation de la partie génétique et de la partie culturelle. La partie génétique 10%, la partie culturelle 40%, l'interaction 50%.
Lucio Caracciolo a résumé sur "La Repubblica" du 24/02/2001 la recherche sur l'immigration en Europe faite par Ivo Diamanti. L'Europe a besoin des étrangers et en même temps a peur de perdre sa propre identité culturelle, le travail et la sécurité personnelle.

Humanisme intégral
L'Humanisme des philosophes, des hommes de lettres, des savants et de toutes les religions de la Terre est un Humanisme stérile car il n'a aucun effet sur la vie quotidienne des gens. Les individus continuent à vivre leur vie suivant les règles du capitalisme. Même ceux qui appartiennent à la 1ère classe de la courbe de Gauss. Il faut un Humanisme fondé sur un système politique, économique et culturel qui mette sur le même plan tous les individus de notre planète. Un Humanisme intégral. Est-ce une utopie ?

Le 3ème millénaire portera avec lui la réalisation des utopies nées au 2ème millénaire. Comment?
L'Histoire de la Terre est entrée dans le domaine de la Nécessité absolue. Au cours de l'Histoire la Nécessité a opéré d'une manière intermittente comme, par exemple, la réalisation des villes. Athènes au temps de sa splendeur comptait 12.000 habitants et Rome au temps de l'Empire comptait plus d'un million d'habitants (Hall:"la dimension cachée").
La Nécessité de la globalisation, la Nécessité des migrations, la Nécessité du croisement entre races, la Nécessité de continuer à empoisonner l'environnement et enfin la Nécessité d'un effondrement de l'Occident qui redonnera à la planète sa liberté pour fonder un Humanisme intégral pour toutes les Nations.
L' Occident renoncera-t-il à son domaine sur la Terre ou fera-t-il comme Samson avec les Philistins ? Dans les deux cas la planète va acquérir sa liberté et le gouvernement de la Terre passera aux mains des classes 1 et 2 de la courbe de Gauss. Dans ce cas, l'Humanisme intégral pourra se réaliser sur la Terre, fondé sur trois piliers de la pensée occidentale :
a) Liberté, Égalité, Fraternité, une triade née du discours de Robespierre à la Convention du 24 Avril 1793.
b) La Cosmologie de frère François d'Assises : le Cantique des Créatures.
c) L'Éthique de la Connaissance de Monod.
À propos de l'Humanisme, Maritain écrit (Maritain: "L'Humanisme intégral"): "Au regard de l'Humanisme nouveau dont nous parlons, il faut changer l'homme bourgeois, oui ; et pour cela il faut même aussi changer l'homme, oui, et cela seul au fond nous importe : je veux dire, au sens chrétien, faire mourir le 'vieil homme' et donner place à l' 'homme nouveau' , qui se forme lentement - dans l'histoire du genre humain comme en chacun de nous - jusqu'à la plénitude de l'âge, et en qui s'accomplissent les voeux les plus profonds de notre essence. Mais cette transformation demande d'une part que l'on respecte les exigences essentielles de la nature humaine, et cette image de Dieu, et ce primat des valeurs transcendantes qui permettent justement et amorcent un renouvellement; d'autre part que l'on comprenne qu'un tel changement n'est pas l'oeuvre de l'homme seul, mais de Dieu d'abord et de l'homme avec lui, et qu'il n'est pas l'effet de moyens extrinsèques et mécaniques, mais de principes vitaux et internes : cela, c'est l'enseignement du christianisme de toujours.
Toutefois, si une nouvelle chrétienté réussit à s'instaurer, son caractère distinctif sera, croyons-nous, que cette transfiguration, - par laquelle l'homme, consentant à être changé et sachant qu'il est changé par la grâce, travaille à devenir et réaliser l'homme nouveau qu'il est de par Dieu, - cette transfiguration devra atteindre réellement, et non pas seulement d'une façon figurative, les structures de la vie sociale de l'humanité, et comporter ainsi, - dans la mesure où cela est possible ici-bas pour tel ou tel climat historique, - une véritable réalisation sociale-temporelle de l'évangile.
Teilhard de Chardin fonde sa Cosmologie sur l'Évolution. D'après Maritain, Teilhard a fait de l'Évolution une religion. La Cosmologie de Teilhard est cohérente et fondée sur la Science et la Foi.
Le concept du mal chez Teilhard consiste en la résistance de l'Homme à l'unification des populations de la Terre vers la fraternité universelle. C' est un concept qui ignore l'essence de l'Homme - désir de prévaloir et esprit de compétition - et sa liberté de faire le bien et le mal. L'histoire nous conte la férocité des hommes : l'invention de la croix par les Romains, les pratiques de la Sainte Inquisition pour brûler vivantes les personnes jugées comme hérétiques, la destruction de 6 millions d'hébreux, les attaques à la baïonnette de la 1ère guerre mondiale, les bombardements, y compris atomiques de la 2ème guerre mondiale.
Comme nous l'avons vu, la position de Maritain n'est pas loin de celle de Teilhard : la transformation de l'Homme vers la fraternité universelle (pour Teilhard le point Omega). L'Homme tout seul n'y arriverait pas.
J'essaie de résumer la pensée du père Teilhard de Chardin (œuvres publiées par les Éditions du Seuil, Paris) :
a) la densité démographique élevée et le développement scientifique créeront les conditions pour une grande société terrestre à l'intérieur de laquelle les différences entre les peuples, les religions et les races seront non annulées mais positivement dominées ;
b) nous sommes nés et vivons en fonction d'un mouvement cosmique. La direction de ce mouvement se fait vers le point Omega où l'Humanité sera hautement socialisée, où la loi de l'amour universel célèbrera son apothéose. Tous les individus seront alors purs, beaux et glorieux comme le dit Messiaen (émission de la radio française), le grand musicien chrétien qui a chanté la résurrection et la montée de l'Humanité vers la fin des temps et de l'histoire. Au cours de ce mouvement nous serions poussés non seulement par la puissance de l'Évolution, mais plus encore par la force d'attraction émanant du point final (point Omega) ;
c) la Parousie (deuxième arrivée glorieuse du Christ) aurait lieu lorsque l'Évolution de l'Humanité aura rejoint le point Omega.
Interprétant les paroles de Teilhard on est conduits à penser que la main de Dieu conduirait l'Evolution de l'Humanité vers le point Omega.
Face aux positions de Maritain et de Teilhard, l'agnostique s'arrête et regarde l'histoire de l'Humanité pleine d'atrocités et de contradictions. Il lui est difficile de croire que l'histoire de l'Humanité soit guidée par la main de Dieu.
L'agnostique pense que les habitants de la Terre rejoindront l'Humanisme intégral par leurs propres forces tout en suivant la logique de la Nécessité qui sera la base de la liberté et de la fraternité universelle.
L'agnostique n'exclut pas qu'au cours des siècles, dans ce nouveau contexte planétaire (Humanisme intégral), pourrait se vérifier le bouleversement, c'est à dire que la voie lamarkienne des caractères culturels acquis pourra dominer la voie darwinienne de l'héritage biologique. Dans ce cas l'Humanité aboutirait à l'Homme Nouveau dont parlent Maritain, Teilhard et Messiaen.

[R]


 Note
(1) Rotili dans l'article "Le clonage et la morale" présente la courbe de Gauss de la façon suivante: "L'instinct de la guerre est la pointe extrême de l'esprit de compétition qui est présent chez toutes les populations de la Terre. Si ce caractère est polygénique sa distribution est continue et nous pouvons le représenter par une courbe en cloche (courbe de Gauss) avec les classes: 1ère classe "non compétitifs" (coopératifs-altruistes), 2ème classe "peu compétitifs", 3ème classe "compétitifs" (égoïstes), 4ème classe "très compétitifs" (aggressifs). Les individus de la 2ème classe (peu compétitifs) ont "en sommeil" l'instinct de solidarité qui se réveille aux périodes de crise. Le pourcentage d'individus présents dans les quatre classes varie de nation à nation. Cette variabilité permettrait d'individualiser la courbe relative à chaque nation. [VU]


Présentation

Pietro Rotili par lui-même

Tout d'abord, je me suis occupé de blé, ensuite, à Lodi, de l'amélioration de la luzerne pendant trente ans.
En 1976, j'ai reçu le titre de docteur d'Etat auprès de l'université de Montpellier.
J'ai fait trois mois de stage à Lusignan dans l'équipe de Pierre Guy et de Pierre Jacquard. Ce fut une expérience cruciale pour moi, car à Lusignan se pratiquait l'autofécondation de la luzerne. L'amélioration génétique à Lodi fut fondée sur l'utilisation de l'autofécondation et sur la prise en compte de la compétition entre les plantes.
Nous avons fondé avec Pierre Guy le groupe Eucarpia Medicago Sativa, que nous avons animé pendant 25 ans. J'ai assuré pendant 21 ans la direction de l'Istituto Sperimentale per le Colture Foraggere de Lodi.

Introduction par Pierre Guy

Pietro Rotili est né le 18 janvier 1931 à Marano Equo, dans la campagne romaine.
Ses parents étaient paysans.
Il est connu comme scientifique, mais c'est aussi un homme engagé et un humaniste.

Scientifique :
Il a fait des études de biologie à Rome qui l'ont conduit à travailler pour le Ministero dell'Agricoltura. Il s'est occupé du blé à Rome, puis méthodiquement, patiemment il a amélioré la luzerne, Medicago sativa. De nombreuses publications, un doctorat d'Etat obtenu à Montpellier jalonnent son itinéraire scientifique (cf P. Rotili par lui -même).
Tout "naturellement", il a été nommé directeur de l'Istituto Sperimentale per le Colture Foraggere di Lodi et de ses stations expérimentales de Cagliari (Sardegna), Foggia (Puglia) et Montagnana (Veneto) .
Cet Institut a 5 Sections: Miglioramento, Biologia, Chimica, Agronomia, Alpicoltura.

Homme engagé
Pietro Rotili est un homme de conviction et d'engagement.
Il a soutenu un combat :
- pour le développement agricole au service des agriculteurs ;
- pour l'organisation de la recherche agronomique où s'inspirant du modèle français (dont l'INRA), il a soutenu une réforme de la recherche agronomique en Italie ;
- enfin, aujourd'hui, malade, atteint phusiquement par une sclérose latérale amyotrophique, mais d'une lucidité et d'une intelligence éclairées, il veut apporter au monde d'aujourd'hui un humanisme moderne, au service de notre civilisation en crise.

Humaniste
Pietro Rotili est un humaniste dans tous les sens du terme, mélomane averti, homme cultivé, sa connaissance des écrivains et des philosophes est étonnante. Agnostique, il cherche auprès des anciens mais aussi des modernes - Heidegger, Axel Kahn, Maritain, Nietsche, Sartre, Teilhard de Chardin - un sens à l'humanité, un sens de la vie pour l'homme.
Etonné, hanté par Jésus de Nazareth, il y voit le modèle d'un homme nouveau et reproche aux chrétiens de ne pas lire les Evangiles.

Ce serait le trahir que d'écrire que Pietro Rotili prétende apporter une solution universelle, mais par son cri, car il s'agit bien d'un cri, en scientifique et en homme engagé, il veut éclairer une piste pour notre humanité malade.
Il nous rappelle que l'histoire du monde occidental est jalonnée de ces hommes qui ont témoigné sur notre route.
Pietro Rotili n'est qu'un parmi d'autres, avec ses défauts et ses qualités.
Nous avons décidé de mettre ce texte "Humanisme, Biotechnologie et Ethique de la Science" sur le site Internet du Courrier de l'environnement de l'INRA, car nombreux sont ceux qui s'interrogent en Homme dans ce monde en dèsarroi où le meilleur côtoie le pire.
Nous demandons, nous proposons à tous ceux qui le voudront bien de participer à cette réflexion décapante, salvatrice, sur "Humanisme, Science et Ethique" qu'il a relancé. C'est un signe d'Espérance.

[R]