Les peintures d'Alain Fraval :
paysages ?

Du 12 mars au 29 avril 1998, La Galerie 147 a exposé trente œuvres d'Alain Fraval. Ces mêmes murs avaient également accueilli, il y a exactement deux ans, une dizaines d'huiles de cet artiste secret, ce qui a permis aux spectateurs de mesurer le chemin parcouru.

Car l'évolution s'impose : la palette a changé. Les tons ont refroidi. Les bleus et jaunes, toujours présents, se sont parfois fondus dans le vert. La recherche s'est intériorisée encore, épurée, comme dans les monochromes superbes qui lui ouvrent des pistes nouvelles et prometteuses. Jusqu'aux formats de ces tableaux sans titre, qui se sont réduits.

Jamais pourtant la signature ne fait de doute. Jamais le changement ne menace la permanence et la maîtrise d'un style dominé par la présence de motifs architecturaux puissants, fractures, symétries, cloisonnements, répétitions, qui rythment l'espace du tableau, délimitant de grandes surfaces homogènes et ménageant des recoins où la couleur rythmée, maltraitée, chaotique, semble défier la structure de l'ensemble, avant de laisser voir qu'elle s'organise tout aussi rigoureusement, à une échelle beaucoup plus fixe.

Cet affrontement systématique de l'ordre et du désordre, où la nécessité naît du hasard de l'autoorganisation de la matière picturale, ce jeu constant des niveaux d'échelle, évoquent irrésistiblement le spectacle macro- ou microscopique de la nature, source inépuisable de l'inspiration de l'auteur. Ici, c'est un paysage qui surgit. marais salant, cultures en terrasses ou jardin anglais. Là, c'est l'aile d'un papillon qui bat, les cellules d'un vaisseau qui palpitent.

Partout, c'est le talent d'Alain Fraval, créateur du naturalisme abstrait. qui transparaît.

Étienne Landais


Les tableaux exposés à la Galerie 147. Retour à l'entrée de la galerie