La présentation du débat, la critique de B. Combes : texte originel et version courte, la défense de J. Godin et M. Vivier. Lire l'article originel.
Les lecteurs du Courrier ont lu - ou au moins entrevu - dans le n° 25 un article intitulé Les Mustélidés dans les forêts du Nord de la France ; leurs fluctuations d'effectifs de 1975 à 1987, signé José Godin et Emile Vivier. En guise d'aide-mémoire, cette présentation très succincte, répandue sur Internet (sommaire détaillé du Courrier n°25) : " Fouine, putois, belette et hermine, autant de petits carnassiers que les chasseurs cherchent à détruire sous prétexte qu'ils seraient si nombreux et si voraces que le gibier subirait des pertes intolérables. Une analyse des résultats de capture sur une période relativement longue, associée à l'examen des régimes alimentaires des populations de ces espèces de Mustélidés, montrent qu'ils ne sont aucunement des nuisibles ".
Un lecteur du Courrier, Benoît Combes, a lu cet article qui l'a fait bondir et, en bon lecteur, a adressé à la rédaction une critique détaillée, argumentée, copieuse et véhémente (pour ne pas dire plus), indiquant d'emblée que le texte " est tout sauf le résultat d'une étude. L'apparence scientifique que les auteurs ont voulu lui donner est regrétablement dénuée de toute l'objectivité et surtout de la rigueur que se doit d'avoir une publication digne de ce nom ". La Rédaction a transmis cette réaction (sous sa forme longue initiale puis sous une forme plus ramassée, que B. Combes a bien voulu rédiger à notre demande) aux auteurs de l'article, lesquels ont répondu point par point. Ils commencent ainsi : " Nous ferons remarquer au lecteur qu'il ne suffit pas d'avoir un a priori contre les le Mustélidés, d'être farouchement convaincu sans aucun motif de leur nuisibilité, de taxer ceux qui essaient de savoir si cette nuisibilité est réelle de scientisme, d'obscurantisme, etc. et de s'exprimer en termes diffamatoires pour convaincre son auditoire. "
Des deux côtés, le ton est très vif, les arguments sont variés, l'attaque ad hominem est virulente (mais reste limitée). Les éléments versés au débat par l'un et par les autres, pour intéressants qu'il soient, ne peuvent être appréciés que par un tout petit nombre de spécialistes, compétents à la fois en biologie des petits mammifères sauvages, en cynégétique, en dynamique des populations, entre autres.... Le Courrier ne cache pas qu'il a publié, pour l'intérêt de son sujet, un difficile, technique, et qui aurait sans doute été refusé par beaucoup de comités de lecture de revues de publications primaires (ce que ne veut pas être le Courrier). Interrogé, notre expert (Michel Pascal), a bien trouvé que, d'un point de vue méthodologique, les auteurs ont poussé bien loin l'interprétation des chiffres issus des piégeages dont ils disposaient et tiré des conclusions que seule une étude comparative de situations différentes évoluant (simultanément) aurait pu étayer complètement.
L'attaque critique (du lecteur B. Combes) et la défense des auteurs, J. Godin et E. Vivier, sont des éléments importants du débat. Nos lecteurs branchés les trouveront donc in extenso ici, sur notre infoservice ; à nos lecteurs à brancher (ou débranchés), nous en enverrons volontiers une copie (sur du bon vieux papier de photocopieuse).
Un grand merci en tous cas à B. Combes, J. Godin et E. Vivier pour avoir, avec toute leur sincérité et toute leur compétence, mené une très utile discussion, qu'ils devraient avoir l'occasion de poursuivre dans d'autres enceintes.
A.F.
Mesdames, Messieurs du comité de rédaction du Courrier de l'Environnement de l'INRA
Il me parait important d'émettre quelques réserves quant au bien fondé scientifique de l'article sur les mustélidés du Nord de la France de Messieurs Godin & Vivier du n°25. Dans le sommaire, cet article est dans l'encart "problématiques et débats", je souhaite donc débattre sur ce document qui, à mon avis n'a pas sa place dans cette revue de qualité que j'apprécie réellement (et je ne dis pas ça simplement pour que cette lettre soit lue jusqu'au bout).
Tout d'abord, quels sont les objectifs des auteurs ? déterminer si les populations de mustélidés dans les fôrets du Nord de la France sont ou ne sont pas en surnombre. Que veut dire cette question ? Qu'est ce qu'un surnombre d'animaux ?. Et surtout comment parvenir à ce résultat ?
Dans cette optique, la lecture de ce rapport me laisse particulièrement perplexe par son manque de rigueur et d'objectivité, je laisserais de côté ce dernier critère pour éviter de trop polémiquer. On sait toutefois dès les premières lignes quels seront les termes de la conclusion. Il y a malheureusement à chaque paragraphe, à peu près, quelques allégations qui me laissent chancelant.
Premier paragraphe: A quelle époque se situe pour les auteurs "l'homme primitif" qui compte dans ses rangs des pasteurs?. Comme il y a une ségrégation qui est faite entre les "chasseurs et, donc, les "non chasseurs" qui ne sont apparus que récemment, j'en conclue que cette ère dite primitive s'achève à la fin de la première moitié de ce siècle avec l'apparition de l'homme devenu "que citadin" qui a découvert la viande dans les supermarchés.
Deuxième paragraphe: De loin le moins tendancieux de tout le document, on y relève simplement le terme de "destruction systématique" des nuisibles qui me parait être un tantinet exagéré alors qu'on nous montre un peu plus loin que les effectifs se renouvellent correctement chaque année. On ne peut pas, à proprement parler, évoquer une réelle destruction systématique qui n'est ni tentée car cela relève de l'impossible, ni souhaitée car cela serait aberrant. Mais bon, ce n'est pas très grave, même si cela n'a rien à faire dans un débat technique.
Méthodologie: Chap. 1.1 Les données.: Dans la littérature, je n'ai jamais trouvé de documents qui utilisent les données de piégeage comme critère de calcul de la densité d'une espèce. Tout au plus sont elles utilisées pour certifier de la présence ou absence de l'espèce en question et , éventuellement, quand la valeur du piégeage est bien cadrée, des tendances d'évolution de l'espèce. De surcroît, on ne sait pas si ces données ne concernent que les territoires référencés ou l'ensemble du département.
De plus, en 12 ans, surtout depuis 1975, le piégeage a connu un grand nombre de modifications dans les textes qui le réglementent. C'est un facteur de variation important qui ne semble pas avoir été pris en compte. En effet, même si la pression du piégeage est dite constante par le nombre de piégeurs, ou celui de pièges utilisés, son intensité est également fonction des possibilités légales du moment.
Le dernier paragraphe de ce chapitre, quant à lui, est consternant car on y parle des forets domaniales de l'ONF depuis le début et les auteurs nous citent les gibiers qui y sont chassés. Hors, à part la bécasse, ces espèces ne sont pas spécialement inféodées au milieu forestier. Le rat musqué, le canard et la perdrix (qui est grise, car la rouge n'existe pas à l'état naturel à cette latitude en France) sont un peu anachroniques dans les lots de chasse ONF.
Ensuite, est il justifié de se référer au tableau de chasse faisan, espèce magnifique à l'état sauvage, quand on parle de l'impact de la prédation. C'est exactement comme si on lisait que pendant une période donnée, on notait une augmentation des prédateurs alors qu'on enregistrait une baisse de ventes des pintades sous vide dans les grandes surfaces; et donc que les prédateurs ont une influence quelconque sur la vente des pintades surgelées. Est ce que ces événements sont corrélables ?
Chapitre 1.2 Analyse des données : paroxysme de l'incongruité quand on évalue la densité de prédateurs en rapportant le nombre d'animaux prélevés à l'ensemble des 30 000 hectares des forets domaniales ONF. Ce qui signifie que l'ensemble des populations de prédateurs ont toutes été détruites sur l'ensemble de la surface concernée pour pouvoir déterminer la densité au kilomètre carré. Et encore faudrait il renouveler l'opération chaque année ! Allons ce n'est pas sérieux ou alors il manque cruellement un ou deux paragraphes pour expliquer cette mise en relation pour le moins fantaisiste.
Deuxième paragraphe: Totalement incompréhensible. Le seul élément que l'on retire de ces lignes c'est que, pour pouvoir lancer des propos aussi invraisemblables, les auteurs n'ont jamais un pied sur le terrain. Tout y est mélangé et on ne sait pas si c'est la densité de prédateurs qui est corrélable avec le tableau de chasse ou si c'est l'intensité de piégeage.
On nous a annoncé au début que l'effort de piégeage était constant d'une année sur l'autre tant en hommes qu'en matériel, et là on tergiverse sur des efficacité plus ou moins grandes de piégeages, il faudrait savoir !. Quant à la pose d'hypothèses qui veulent que si on piège beaucoup il y aura de gros ou de petits tableaux suivant le rôle sanitaire des prédateurs c'est parfaitement incohérent. En effet, Je ne comprends pas comment, si les tableaux de chasse sont dépendants des prédateurs, ce qui est en partie inepte, il serait possible d'avoir plus de gibier prélevé si les populations de prédateurs sont en augmentation ( seule chose que l'on peut déduire d'un volume de prises plus fort dans les relevés de piégeage, à pression de piégeage constant ).
Et je ne comprends guère mieux comment, par la récolte d'animaux malades, les prédateurs auraient un effet multiplicateur à court terme sur les populations d'espèces gibier (de tir de surcroît). Certes, ce rôle sanitaire est indéniable mais il n'a jamais contribué à faire augmenter les effectifs de proies quelles qu'elles soient. Et puis, cette image d'Epinal du bon prédateur qui arrête son régime végétarien et se sacrifie pour aller consommer les pauvres proies malades et faibles, c'est un peu juste comme argument technique.
Ce n'est pas par souci écologique que les prédateurs mangent les plus faibles et les plus jeunes mais parce que ceux ci sont plus faciles à attraper. Ainsi quand une poule perdrix, ou n'importe quelle autre espèce, en pleine santé, couvant un douzaine d'oeufs, se fait dévorer sur son nid et sa ponte avec, où est le rôle sanitaire du prédateur qui vient de mettre un terme à la vie d'au moins 8 oiseaux susceptibles d'arriver à l'âge adulte, même si l'acte est tout à fait naturel par ailleurs.
La troisième hypothèse dont les alternatives sont qu'il y a ou qu'il n'y a pas de corrélation suivant la prépondérance des espèces gibier comme proies dans le régime alimentaire des mustélidés, est de la même veine.
Troisième paragraphe: C'est l'aveu d'une totale méconnaissance des principes élémentaires de terrain. Comme si il y avait en nature un choix fait par les prédateurs de s'attaquer plus préférentiellement à une tranche d'âge plutôt qu'à une autre, alors que c'est l'opportunité, la disponibilité et surtout la facilité de capture qui dictent le choix. A croire également, en lisant ce paragraphe, que les jeunes ne contribuent aux tableaux de chasse de l'année suivante que parce que, s'ils ont survécu aux attaques des prédateurs, ils seront reproducteurs l'année d'après. Hors, vieux et jeunes de l'année, ensemble, contribuent de la même façon au tableau de chasse de la saison qui suit la reproduction. Ceux qui ont réussi à passer l'hiver, qu'ils soient nés de l'année ou antérieurement, participeront chacun à la reproduction avec plus ou moins de bonheur au printemps suivant. Ce ne sont, en tout cas, sûrement pas les carnets de piégeage ou les tableaux de chasse qui vont permettre de distinguer si la prédation par les mustélidés s'est effectuée plus sur les jeunes ou sur les adultes.
Enfin au terme de ce paragraphe, les auteurs nous parlent de séries de recherche de corrélation et je ne comprends pas où elles sont placées dans le document; à l'exception des données brutes de tableaux de chasse et de relevés de piégeage, aucun graphique, aucun tableau de résultats de ces calculs n'apparaissent alors qu'on conclue plus loin à une corrélation positive ou négative, c'est très regrettable.
Résultats et discussions 2.1 L'allure des variations des effectifs: On ne parle plus de corrélation, mais on nous apprend que les populations de belettes et d'hermines suivent "conformément à leur stratégie de reproduction de type "r" les variations de densité de gibier. C'est amusant parce qu'on nous explique pendant les deux premières pages que l'on recherche l'impact éventuel d'une population de prédateurs sur la faune gibier et là, on nous donne les conséquences d'une augmentation des effectifs d'espèces gibier sur les populations de prédateurs. En outre si le phénomène décrit est bien exact dans les trois premières périodes, il devient plus nuancé dans les années suivantes notamment pour l'année 82-83 qui voit les populations de lapins, proie la plus vraisemblable, légèrement croître alors que les belettes ont connu une chute de plus de 50 %. Par ailleurs, ces deux charmants carnivores que sont l'hermine et la belette, étant quand même très spécialisés sur les micromammifères et principalement les campagnols, le lapin et le lièvre sont des proies secondaires et ce ne sont sûrement pas les fluctuations de leurs effectifs qui vont intervenir dans la démographie de ces petits mustélidés. En revanche, le mode de vie de la belette fait que lors des années de disparition brutales cycliques des petits rongeurs auxquels elle est inféodée, la réponse sur les proies secondaires est immédiate et souvent violente.
La fouine: la droite de régression (que l'on ne voit pas) indiquerait une tendance à la hausse des populations de fouines. Là, la comparaison avec d'autres pays apporte des renseignements fondamentaux; comme si les populations de fouines du Danemark ou d'Allemagne ou d'Angleterre devaient toutes suivre les mêmes évolutions au même moment. C'est grotesque mais de toute manière comme cela contrarie les auteurs, ceux ci estiment que les résultats ne sont pas suffisants, alors...
Les autres paragraphes sont d'une valeur identique car la comparaison avec le putois en Nouvelle Zélande ou en Russie laisse le lecteur parfaitement froid.
2.2 Y a t il surnombre des mustélidés: Un chapitre suave où les auteurs n'hésitent pas à comparer des techniques précises (captures, marquage, recaptures) dans des biotopes particuliers sur des surfaces données, généralement petites, où l'évaluation des effectifs se fait de manière exhaustive, autant que faire se peut, et dont les résultats sont éventuellement applicables à d'autres secteurs répondant aux mêmes critères écologiques, avec le simple rapport d'un résultat de piégeage sur des centaines de milliers d'hectares de forêts du Nord-Pas-de-Calais. Alors là, franchement c'est faire injure à ces chercheurs de terrain que sont les Delattre, les Pascal et autres.
Et quand bien même cela serait comparable, çela m'étrangle rien que de l'écrire, il n'est pas dit, dans les références citées, que ces effectifs ne sont pas responsables de quatre, cinq ou dix fois plus de dégâts sur la petite faune, gibier ou non. De toute manière, ce n'est pas une valeur numéraire par unité de surface qui détermine si une population prédatrice ou déprédatrice va être génératrice de dommages sur la faune ou sur les végétaux. De toutes petites populations peuvent, en effet, engendrer beaucoup plus de dégâts que d'autres connaissant des densités massives dans des contextes différents.
Cette histoire de densité ne rassure que les auteurs qui donnent l'impression d'avoir bien trop peur que l'on puisse juger comme abondant une espèce prédatrice.
2.3 Impact des mustélidés sur les ...: Ce chapitre est, lui aussi tout à fait remarquable,
La fouine: Comme cela a déjà été remarqué, on se trouve devant le fait accompli, il y a des corrélations (sur le faisan de tir, on croit rêver!) ou il n'y en a pas. Comme aucun calcul, aucun graphe, aucun tableau ne sont là pour étayer ce discours, il est facile de conclure à ce qu'on veut. Et comme de toute manière pour la fouine il n'y a pas de résultats probants, les auteurs se réfèrent à la bibliographie, de manière très succincte, pour affirmer que l'impact des fouines sur les espèces gibier n'a jamais été démontré par Waechter (sic). Pour être exact, cet impact n'a jamais été calculé non plus.
Dans le même ouvrage ( Libois et Waechter, 1991), dont messieurs Godin et Vivier n'ont curieusement sélectionné que quelques bribes, on peut également lire sous la plume du même WAECHTER que la fouine peut être responsable de véritable carnages car ce n'est pas la satiété qui déclenche le phénomène d'extinction de l'attaque mais l'absence de mouvement. Et beaucoup d'autres auteurs apportent leurs observations sur la consommation de nombreuses proies animales et notamment aviennes. Le caractère frugivore en milieu non anthropique n'est qu'un phénomène saisonnier lié à la disponibilité alimentaire du moment puisque le choix de la nourriture se fait au hasard des rencontres. Et je constate, en outre, que certains auteurs, toujours d'après cet ouvrage, ont constaté une prédation très forte sur des oeufs de tortues au point qu'ils ont envisagé de protéger les nid, hélas, sans succès (peut être qu'avec un peu de piégeage...).
Le putois: Une fois encore quelques chiffres font défaut, mais on finit par s'y habituer. Et on nous démontre que plus on piège de putois et moins il y a de lièvres puisque il existe un corrélation négative ! C'est effarant !. Et en plus les auteurs ont pu déterminer par les relevés de piégeages que ce sont des lapins jeunes qui sont consommés dans les forêts du NORD de la FRANCE ! Ont ils suivi des putois et palpé les cubitus des cadavres de lapins prédatés pour déterminer l'âge des proies ? Si oui, il est dommage qu'il n'en fassent pas mention ou qu'ils n'évoquent même pas ce qui leur permet ces affirmations.
La belette: Les qualificatifs finissent par manquer. Voilà deux auteurs qui semblent vouloir démontrer que non seulement la belette est insignifiante pour les espèces gibier, admettons, mais ils lui attribuent, en plus, des vertus régulatrices sur les populations de rats musqués, préférentiellement les jeunes, qui doivent déjà faire au moins cinq ou six fois leur poids. Et d'ajouter allègrement qu'aucune mention de rats musqués dans le régime alimentaire de la belette n'a été trouvée dans la bibliographie. Mais MM. Godin et Vivier, eux (il y en a un des deux qui a vu , une fois, une belette suivre une trace de rat musqué, alors... !), ont trouvé une corrélation très nette. Ce qui permet de rassurer le lecteur sur le rôle plus qu'utile de la belette. Rôle que personne n'a jamais mis en cause par ailleurs sur les populations de campagnols.
Et ils vont encore plus loin en affirmant que la simple lecture des tableaux de chasse et des résultats de piégeage confirme que la prédation sur les lapins se fait, encore une fois, sur des jeunes (donc c'est bon pour les populations), mais surtout, ils arrivent à déterminer que ce sont des mâles qui accomplissent cet acte prédatoire (renseignement qui, entre nous, n'a absolument aucune utilité dans une étude cherchant à évaluer l'impact de la prédation sur des espèces proies), et là je dis BRAVO !, ce n'est pas donné à tout le monde de pouvoir tirer des informations pareilles de ce genre de renseignements.
Si on lit ce que Delattre écrit dans son ouvrage sur l'espèce, on y découvre que lors des phases de déclin des populations de Microtus, auxquels la belette est plus spécialement inféodée, le report sur des proies secondaires, notamment les passereaux, peut entraîner une déprédation de près de 50 % des nids présents, et que la destruction des couvées de perdrix apparaît également dans les mêmes circonstances, phénomène auquel j'ai fait allusion plus haut.
Je passerai sur le chapitre de l'hermine, qui est fondu dans le même moule, pour arriver à la récapitulation qui est faramineuse. Ainsi, nous apprenons allègrement que, non seulement il n'y a aucun impact négatif des mustélidés sur les perdrix, les bécasses, les canards, qui, signalons le, n'ont pas été mentionnés une seule fois dans les résultats de l'étude. Que plus il y avait de fouines, plus il y avait de faisans lâchés. Ou encore que l'augmentation des fouines est forcément inductrice d'une augmentation des lièvres et des lapins parce qu'elles mangent des malades. Et enfin, par contre, que ces mêmes mustélidés font des ravages colossaux sur les populations elle même jugées nuisibles et donc sont utiles. Et bien, ce paragraphe est vraiment une apothéose dans l'antiscientifisme primaire, on part de rien, on mélange tout, on emploie quelques termes"savants" et on arrive à ce que l'on voulait prouver au départ. Rien, absolument rien dans ces allégations n'est vraisemblable simplement parce que cela ne repose sur rien de fondé mais sur de vieux mythes idéalisés dont on fait des théorèmes.
Conclusion Bien entendu, nous avons droit au bouquet final qui reprend les fallacieuses conclusions que nous venons d'examiner mais nous avons droit, en sus, à l'affirmation répétée que les mustélidés ne sont pas surabondants, et il faut oser, pour conclure de cette manière avec des informations qui, bien que tout à fait concrètes, n'en sont pas moins inadaptées.
En revanche les auteurs regrettent que l'étude soit limitée dans le temps et dans l'espace, alors qu'elle porte sur 12 ans et 30 000 hectares, qui sont des chiffres honorables, même si ils ne signifient, effectivement, absolument rien étant donné les zones d'ombre qu'ils comprennent.
L'évaluation de l'impact d'un cortège de prédateurs sur un cortège de proies est, me semble-t-il, une tâche particulièrement difficile qui dépasse la simple comparaison des nombres d'individus entre eux. Les relations prédateurs proie sont bien connues en tant qu'acte spécifique mais beaucoup moins bien en terme de relation quantitative, surtout s'il s'agit de prédateurs généralistes. L'ensemble des facteurs conjugués qui peuvent intervenir sur l'abondance des populations de proies ou de prédateurs est très complexe et également très variable dans le temps et dans l'espace. Un ensemble d'évènements indépendants permet d'aboutir spontanément à cette relation de prédation qui, elle même, est un des morceau du puzzle complexe d'un écosystème particulier. Quant à déterminer, à partir de cela, quel nombre de prédateurs pour quel nombre de proies sur quelle superficie, il m'apparait, sans pontifier, que les deux auteurs ont quelque peu élagué leur étude pour parvenir à un quelconque résultat.
Et nous finissons, en outre, par une petite phrase plus personnelle que scientifique puisqu'elle n'a aucun rapport avec les résultats de cette étude dont, concrètement, il est difficile de tirer la moindre vraie conclusion. Doit on rappeler que le classement "nuisible" d'une espèce n'est qu'un terme juridique, et non pas une appréciation, qui remonte à des décennies en arrière et qui permet d'employer le piégeage comme mode de capture pendant une période autorisée dépassant la fermeture générale de la chasse.
Il suffirait de faire du piégeage un mode de chasse légal et non plus un outil de régulation et faire une période d'ouverture spécifique pour certaines espèces, ce qui n'a rien d'insurmontable, écologiquement et légalement, pour faire disparaître le terme de "nuisible" du vocable juridique ou cynégétique. Malheureusement, avec des gens comme ces auteurs, qui ont oublié de réfléchir avant de comprendre, on est loin d'aboutir.
Peu m'importe la réalité de cette conclusion, car je ne connais pas la situation des mustélidés dans cette région et ce n'est pas cette étude partisane qui va m'en apprendre plus. Mais elle n'est pas obtenue par l'observation, ni par le calcul, mais par idéologie et ressemble fort, en qualité, aux diagnostics que portaient les médecins au moyen âge sur certains maux dont ils ne connaissaient absolument rien, parcequ'ils navaient pas la moindre idée de ce qui se trouvait dans le corps humain.
Je me suis exprimé longuement, je m'en excuse, mais je ne pouvais laisser passer de telles niaiseries sans y ajouter mes remarques qui, je vous l'assure, n'ont pas pour objectif de critiquer la sensibilité des deux auteurs, que je ne juge pas, mais j'ai réellement été choqué par une telle absence d'objectivité sous couvert scientifique. Chacun peut avoir ses idées et sa perception de la vie ou de la nature mais qu'on ne se serve pas d'une apparence scientifique pour donner a ses orientations personnelles une notion d'indéniabilité.
Veuillez recevoir avec ces longues lignes l'expression de mes salutations respectueuses et mes remerciements pour être arrivés au bout de ce laïus.
Benoît Combes
Monsieur,
Votre réponse rapide et votre invitation à faire de mon courrier un résumé me pousse à vous retourner aussi rapidement un texte plus concis que le premier. J'admets volontiers que celui ci était effectivement un peu long mais je tenais à être assez précis. Je vais m'appliquer à rédiger quelque chose de plus digeste et je vous sais gré d'avoir bien voulu transmettre mon courrier aux auteurs.
Je trouve que l'article sur les Mustélidés du Nord de la France de MM. Godin et Vivier est tout sauf le résultat d'une étude. L'apparence scientifique que les auteurs ont voulu lui donner est regrétablement dénuée de toute l'objectivité et surtout de la rigueur que se doit d'avoir une publication digne de ce nom.
Chaque paragraphe contient des invraisemblances qui laisse le lecteur perplexe sinon pantois. Puisque les auteurs ont reçu le courrier qui en faisait l'inventaire, je vais tenter d'en exposer l'essentiel.
Je passerai rapidement sur la notion d'"homme primitif" évoquée dans le premier paragraphe car on a du mal à situer la fin de cette ère qui connaît déjà des pasteurs et qui fait la distinction très nette entre chasseurs et non chasseurs. En fait "l'homme évolué" apparaît avec la notion de non chasseur, c'est à dire à la fin de notre siècle. Mais peu importe...
Il faut passer outre également sur les expressions du style "exterminations" ou "destruction systématique des Mustélidés" qui n'ont que le défaut d'être outrageusement exagérées et pour le moins stupides si elles étaient ne fût ce qu'espérées.
Faut il insister davantage sur les citations bibliographiques qui sont largement écornées pour ne pas desservir la teneur des propos des auteurs ? Il suffira aux lecteurs de se référer à l'excellente collection sur les carnivores de France éditée par la SFEPM pour faire la part des choses.
Faut il prêter attention à une étude qui met en relation des populations de Mustélidés et des volumes de faisans lâchés quelques heures avant l'ouverture journalière de la chasse ?
Quel crédit peut on accorder à des gens qui ne savent même pas que la perdrix qui est chassée dans le nord de la France est la Perdrix grise (l'autre, la rouge, n'existant pas à l'état naturel dans cette partie de l'Hexagone), ou encore qui font état de tableaux de chasse de canards (lesquels?), de perdrix, ou de rats musqués dans les massifs forestiers ?
Que dire de ces auteurs qui croient que les populations de fouines ou de putois dans cette région subissent au même moment les mêmes phénomènes démographiques que les populations de leurs cousins en Russie, au Danemark ou mieux, en Nouvelle Zélande !
Que dire d'un article qui fait mention de calculs, de droites de régression, d'études de corrélation, dont on ne voit strictement rien mais dont on se sert tout de même pour arriver à une conclusion ?
Quels sont les critères, dans les seuls tableaux qui apparaissent pour étayer le texte, qui permettent aux auteurs d'affirmer que ce sont préférentiellement les jeunes lapins qui sont victimes des belettes. Ou mieux encore, que ce sont les mâles qui accomplissent l'acte prédatoire! D'autant plus que tout le monde s'accorde à dire que c'est l'opportunité, la disponibilité et surtout la facilité de capture qui dictent le choix de l'attaque.
A croire également, en lisant ce texte (3e§, Chap.1.2.), que les jeunes de l'année "n" ne contribuent aux tableaux de chasse de l'année suivante "n+1" que parce que, s'ils ont survécu aux attaques des prédateurs, ils seront reproducteurs l'année d'après. Hors, vieux et jeunes de l'année "n", ensemble, contribuent de la même façon au tableau de chasse de la saison qui suit la reproduction en "n". Ceux qui ont réussi à passer l'hiver, qu'ils soient nés de l'année "n" ou antérieurement, participeront chacun à la reproduction, avec plus ou moins de bonheur, au printemps suivant "n+1".
Faut il prendre au sérieux l'hypothèse qui veut que l'acte de prédation sur des animaux malades (ou du gibier de tir! (chap.1.2, 2e§)) entraîne une quelconque augmentation des effectifs de la population proie. Même si par ailleurs, le rôle sanitaire de certains prédateurs est évident. L'image d'Epinal du bon prédateur qui arrête son régime végétarien pour aller consommer, par devoir, les pauvres proies malades et faibles, c'est un peu juste comme argument technique.
Que penser encore d'une étude qui part d'un postulat spécifiant que la pression du piégeage est une activité stable sur ces 12 années, tant en homme qu'en matériel, (sans tenir compte des facteurs de variations importants comme le climat ou, plus indirectement, la législation en vigueur sur cette activité et différente, de surcroît sur les deux départements) et qui prend comme hypothèse que des variations dans le volume de prises seraient dues à un effort de piégeage plus ou moins intense ?
Quelle est la logique d'une étude basée sur l'impact des prédateurs sur des populations proies et qui, dans la discussion (§ 2.1), évoque la réponse des prédateurs à une évolution du nombre de proies ?
Où est le caractère scientifique de la tentative de corrélation des "fluctuations" des populations de belettes avec celles des piégeages de rats musqués ( si tenté que les prise de rats musqués reflètent un tant soit peu les niveaux d'effectifs de l'espèce, dans les forêts du Nord) alors que même les auteurs reconnaissent que rien dans la bibliographie ne leur permet de penser que le rat musqué puisse faire partie, même occasionnellement, des proies de la belette. (Il y a bien un des deux auteurs qui a vu, une fois, une belette suivre la trace d'un rat musqué, alors...). Personne n'a jamais mis en doute les relations très fines, proches de l'inféodation, entre un prédateur spécialiste comme la belette et les populations de ses proies, comme les campagnols du genre Microtus, mais de là à affirmer une relation démographique parallèle et consécutive entre un prédateur et un type de proie qui est bien moins qu'occasionnelle !
Quelle est la valeur d'une conclusion qui veut que certains Mustélidés prélevant des jeunes sur une espèce proie aient un effet bénéfique sur la population de cette espèce, en l'occurrence, le lièvre ou le lapin, c'est à dire des espèces appréciées, et, prélevant des jeunes d'une autre espèce proie (le rat musqué) aient un impact négatif sur les effectifs de cette espèce (qui est, celle ci , moins appréciée) ?
Quelle valeur peut on accorder à des résultats qui sont fiables ou non suivant que cela contrarie ou non la philosophie des auteurs (§ la fouine Chap.2.1)
Mais le pire, dans tout ce fatras, c'est d'avoir osé évaluer la densité aux cent hectares des populations de chacun des prédateurs cités en faisant, le plus allègrement du monde le rapport, entre des relevés de piégeage et une surface de 30 000 hectares. Pour cela il aurait fallu que la totalité des animaux aient été piégés sur l'ensemble de cette immense surface et ce, chaque année pendant 12 ans ! Et les auteurs sont tout content de pouvoir comparer leurs résultats avec ceux des chercheurs que sont les Delattre, les Pascal, et les autres. Rappelons que ces derniers ont, par une méthode connue et reconnue (capture-marquage-recapture), évalué très exhaustivement la densité d'une espèce particulière, sur un biotope particulier, bien défini, sur une surface donnée, généralement petite, ce n'est vraiment pas le cas dans cette "étude". Cette sinistre comparaison fait vraiment injure à ces hommes et à leurs travaux et à toute la déontologie scientifique! (Mais comme cela permet de conclure que les densités de prédateurs sont très faibles, quelle importance !)
Peu m'importe la réalité de cette conclusion, car je ne connais pas la situation des Mustélidés dans cette région et ce n'est pas cette étude partisane qui va m'en apprendre plus. Mais elle n'est pas obtenue par l'observation, ni par le calcul, mais par idéologie et ressemble fort, en qualité, aux diagnostics que portaient les médecins au moyen âge sur certains maux dont ils ne connaissaient absolument rien, parce qu'ils n'avaient pas la moindre idée de ce qui se trouvait dans le corps humain.
Chacun peut avoir ses idées et sa perception de la vie et de la nature mais, pour les défendre, de grâce, qu'on ne se serve pas d'une apparence scientifique pour donner à ses orientations personnelles une notion d'indéniabilité.
Veuillez recevoir, avec ces interrogations, l'expression de mes salutations respectueuses.
Benoît Combes
En préambule, nous ferons remarquer au lecteur qu'il ne suffit pas d'avoir un a priori contre les les Mustélidés, d'être farouchement convaincu sans aucun motif de leur nuisibilité, de taxer ceux qui essaient de savoir si cette nuisibilité est réelle de scientisme, d'obscurantisme, etc. et de s'exprimer en termes diffamatoires pour convaincre son auditoire. Bien que le débat nous semble stérile compte tenu de la teneur des contestations et de la manière de les exprimer, nous répondrons point par point aux critiques formulées quand elles sont compréhensibles.
Les expressions "exterminations" et "destruction systématique" des Mustélidés ne sont aucunement exagérées dans la mesure où, dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, les espèces en question sont systématiquement inscrites chaque année sur la liste des nuisibles (y compris sur le territoire de communes dans lesquelles leur présence n'a même pas été démontrée...).
Les références bibliographiques que nous utilisons et dont Monsieur Combes conteste la validité, figurent pour l'essentiel dans les fascicules de la collection sur les carnivores de France auxquels Monsieur Combes renvoie le lecteur. Il ne semble pas avoir lu lui-même ces ouvrages, sinon il les y aurait trouvé lesdites références.
L'un des motifs de classement des Mustélidés en tant qu'animaux nuisibles dans les deux départements étant qu'ils occasionneraient des dégâts importants au gibier d'élevage (lâché ou non) et sauvage, il est parfaitement justifié d'essayer de savoir si cette affirmation est gratuite ou motivée.
Naturalistes de terrain depuis plus de trente ans pour le plus novice d'entre nous et ayant participé à tous les inventaires faunistiques régionaux et nationaux (à l'échelle de la région), nous sommes parfaitement au courant du statut de la faune régionale. Nous apprenons donc à Monsieur Combes, qui semble l'ignorer, que la Perdrix grise n'est pas un oiseau forestier même si c'est l'espèce que l'on trouve naturellement dans le Nord et dans le Pas-de-Calais et que la perdrix le plus souvent tirée en forêt est bien la Perdrix rouge, naturellement absente de la région mais introduite artificiellement par les chasseurs. Nous lui apprenons aussi que beaucoup de forêts régionales sont pour le moins humides (à titre d'exemple, la réserve biologique domaniale de la mare à Goriaux en forêt de Saint-Amand-Raismes-Wallers comporte un plan d'eau intraforestier de quelque 100 ha) et qu'il n'est donc pas étonnant que dans les tableaux de chasse réalisés en forêt, figurent les "canards". Les tableaux de chasse qui nous ont été communiqués ne comportaient pas le nom des espèces (sans doute à cause des erreurs de détermination susceptibles d'être faites par les chasseurs) et nous n'avons pas pu les fournir. Quant aux captures de rats musqués "intraforestiers", elles proviennent de tableaux de piégeage officiels et n'ont rien de surprenant pour quiconque possède un minimum de connaissances sur cette espèce et sur notre région.
Les références bibliographiques citées à propos de la Fouine et du Putois et considérées comme "exotiques" et dénuées de tout intérêt par Monsieur Combes ne viennent pas à l'appui de l'explication de phénomènes ponctuels (explication d'un fait donné à une période donnée et simultanément dans les deux sites éloignés oà ils se déroulent) comme il essaie de le faire croire ; en revanche, elles illustrent des phénomènes généraux ayant trait à la dynamique des populations qui existe aussi hors de nos frontières. D'autre part, nous ne comprenons pas pour quel motif notre bibliographie devrait rester strictement "hexagonale et franco-française" et ignorer les travaux effectués à l'étranger.
Les tests statistiques employés dont Monsieur Combes regrette l'absence ont été effectués rigoureusement et transmis avec l'original de l'article à la rédaction de la revue. Celle-ci n'a pas jugé bon les publier compte tenu du fait que le détail des résultats (des tableaux de chiffres) n'intéresserait pas le lecteur. Nous avons donné notre accord pour ne pas publier les tableaux et pour simplement citer le type de test employé et le résultat obtenu. Ces tableaux sont à la disposition de Monsieur Combes.
Monsieur Combes ne doit pas être plus familier des travaux scientifiques que des articles scientifiques (sa méconnaissance de la façon de construire une bibliographie le démontrait déjà). Dans sa critique formulée à propos de la Belette, il mélange les résultats et leur discussion et feint de ne pas avoir trouvé les justificatifs en se rapportant à des tableaux qui ne concernent pas le résultat qu'il conteste. De plus, il se contredit dans ses propres affirmations à propos de la prédation car si c'est la disponibilité et la facilité de capture des proies qui dictent le choix du prédateur, comme il l'affirme, il est évident que ce sont plutôt les jeunes individus d'une espèce (en l'occurrence du Lapin), plus nombreux, plus petits et moins expérimentés, qui feront l'objet du choix du prédateur plutôt que les adultes ; or il prétend que c'est faux. Dans ce même paragraphe, Monsieur Combes manifeste des difficultés à comprendre qu'un jeune de l'année n devient adulte (et reproducteur) l'année n+1 et que si les jeunes sont victimes de la prédation lors de l'année n, ils ne contribuent pas à l'effectif reproducteur de l'année n+1. D'autre part, il est faux de penser que les adultes et les jeunes de l'année n participent de la même façon au tableau de chasse de l'année n à moins d'admettre que les chasseurs tuent aussi les lapereaux (de la taille du poing ?).
Nous ne comprenons pas pourquoi l'hypothèse selon laquelle l'incidence du rôle sanitaire de la prédation se traduirait par une augmentation des effectifs de l'espèce proie ne pourrait pas être prise au sérieux, ceci d'autant plus que Monsieur Combes lui-même affirme que ce rôle sanitaire est évident. La suppression des individus malades par un prédateur ralentit le développement de l'épizootie et se traduit forcément par une chute de la mortalité et donc par une augmentation des effectifs par rapport à ce qui se serait produit en l'absence d'une prédation sélective sur les individus malades.
L'explication de la relative stabilité de la pression de piégeage a été avancée dans l'article (en 1.2.) : nous y renvoyons Monsieur Combes. Nous ne comprenons pas la liaison que fait Monsieur Combes entre les variations climatiques et la "stabilité" de la pression de piégeage, deux phénomène totalement indépendants ! Il ignore donc aussi la façon de se poser des questions et d'y répondre dans un cadre scientifique. De plus, il apparaît à l'évidence que Monsieur Combes connaît aussi mal la réglementation en vigueur à propos du piégeage que la distribution de la faune dans notre région. En effet, la réglementation du piégeage est nationale et pas départementale (seule la liste des espèces susceptibles d'être classées nuisibles est établie à l'échelle départementale). Les principaux textes concernent l'homologation des pièges (arrêtés ministériels du 26/05/1987, 12/08/1988, 02/07/1992 et la réglementation du piégeage (instruction PN/S2 n°89.2 du 11/01/1989). La modification de la réglementation est postérieure à l'acquisition des données utilisées dans cette étude et la modification de la réglementation n'a donc aucune incidence sur les résultats.
Monsieur Combes raisonne à partir d'a priori fort peu scientifiques. il n'est pas interdit et encore moins farfelu de tester statistiquement l'existence d'une éventuelle relation entre les effectifs de Belette (espèce prédatrice) et ceux de Rat musqué (espèce proie potentielle). Ce test apportera une réponse positive ou négative qui permettra de conclure à l'existence ou à l'absence de corrélation (nous lui passons l'erreur qu'il fait dans ce paragraphe entre les observations d'Hermine et pas de Belette suivant les coulées de Rat musqué). Monsieur Combes affirme encore dans ce paragraphe qu'il n'existe pas de relation entre la démographie des espèces prédatrices et de leurs proies (parallèlement ou consécutivement). A l'évidence, Monsieur Combes ignore tout du système prédateurs-proies, et nous le renvoyons à la littérature en lui conseillant de s'intéresser plus particulièrement au modèle de Lokta-Volterra (1925), ancêtre de tous les modèles d'interactions.
Les deux points suivants de la critique étant incompréhensibles, nous sommes au regret de ne pouvoir y répondre.
La critique de l'estimation d'une densité sur la base des données de piégeage montre que Monsieur Combes ignore aussi beaucoup de choses sur la façon de collecter des données et de les analyser. Dans notre article, il est question de fluctuations d'effectifs et quand nous parlons de densité, nous avons précisé qu'il s'agissait de densités d'animaux piégés et pas de densités tout court. Pour obtenir une idée précise de la densité (donnée absolue), il est évident que la méthode le plus adaptée est celle de capture-marquage-recapture. Cela n'empêche que des estimations des effectifs et de leurs fluctuations puissent être faites à partir d'échantillonnages aussi variés que le piégeage suppressif, l'étude des relevés de traces dans la neige, le commerce des peaux. On obtient des données relatives en ce sens qu'elles sont proportionnelles à la densité et on peut considérer que les densités obtenues par le piégeage suppressif continu sont une valeur par défaut de la densité réelle. Elles en sont parfois très proches puisque le piégeage suppressif continu a en son temps totalement éliminé le Putois de plusieurs régions de Grande-Bretagne. Dans le cas qui nous intéresse, d'une part, nous maintenons qu'un piégeage systématique pendant douze ans sans grande modification de la pression de piégeage et s'exerçant toute l'année consiste bien en un piégeage suppressif continu, que les densités d'animaux capturés sont un reflet de leur densité réelle et nous ne comprenons pas pourquoi il serait interdit de comparer cette densité à celles obtenues par d'autres auteurs, éventuellement avec d'autres techniques, parfois beaucoup moins précises que celle du piégeage suppressif continu (traces dans la neige et commerce des peaux). Enfin nous faisons remarquer que nos résultats concordent avec ce qui existe dans la littérature.
Quant à la conclusion de Monsieur Combes, elle est à la hauteur de ses critiques. L'ensemble consiste donc d'une part en un dénigrement systématique et sans fondement scientifique de tout ce qui va à l'encontre de ses idées préconçues sur les Mustélidés, et, d'autre part, en une série de jugements de valeur exprimés en termes insultants, voire diffamatoires à notre égard que nous laissons au lecteur le soin d'apprécier à leur juste mesure...
José Godin et Emile Vivier
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