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Le Courrier de l'environnement n°33, avril 1998

vieilles lunes ?
les normes pour les bâtiments d'élevage ont cent cinquante ans, le code de bonnes pratiques agricoles en a cent...

1. Comment sortir de l'épuisement des terres ?
2. Les normes pour les bâtiments d'élevage
3. Le Code de bonnes pratiques agricoles

Sommaire du chapitre « Des engrais et des amendements » (encadré)
Schéma du raisonnement de Mathieu de Dombasle (encadré)
Les normes pour les bâtiments d'élevage (encadré)
Le lessivage des nitrates vers 1900 (encadré)
Le code des bonnes pratiques agricoles, vers 1905 (encadré)
Références bibliographiques


En faisant de la bibliographie sur la pollution des eaux souterraines par les nitrates d'origine agricole, de vieux bouquins m'ont fait découvrir l'état d'avancement des connaissances il y a un siècle, connaissances quelque peu mises au placard par la suite, avant d'être remises à l'honneur récemment. Voici donc où on en était (déjà !) il y a cent cinquante et cent ans... et, d'abord, pourquoi et comment on y était arrivé.
De la fin du Moyen Âge jusqu'au XIXe siècle, limités en particulier par des facteurs édaphiques, les rendements stagnent à des niveaux très bas si on les juge d'après nos critères actuels. Le seul apport d'éléments nutritifs provient du fumier. Ce que l'on peut écrire sous la forme de l'équation :

Production de grain = f (effectif bétail)

Telle que nous la lisons dans les textes cités par Ingold (1994), à la fin du Moyen Âge cette dépendance peut être schématisée ainsi :

toutes les terres cultivables sont cultivées,
ne sont laissées en pâture que les terres incultivables (lourdes et humides),
la faible disponibilité de fumier limite les rendements des cultures.

[R] 1. Comment sortir de l'épuisement des terres ?

Lorsque l'Histoire de l'Agronomie en France de Boulaine est sortie en 1992, l'ouvrage m'a paru biaisé par la volonté de justifier les engrais chimiques face aux remises en cause récentes. Mais la lecture des textes d'il y a deux siècles me force à lui donner raison au moins sur un point : au XVIIIe siècle en France et sauf exception, les maigres récoltes payaient à peine l'énergie considérable dépensée à travailler des terres épuisées, au point qu'une partie du territoire était à l'abandon. Dans un Mémoire sur les défrichemens de 1760, le marquis de Turbilly décrit ainsi l'état de l'agriculture :
« De tous les objets qui méritent l'attention du Gouvernement, il n'en est point de plus important que la culture des terres. L'on en voit en France une si grande quantité d'abandonnées, que tout bon Citoyen, qui voyage dans les Provinces, ne peut s'empêcher d'en gémir. Ce Royaume, sous l'un des plus heureux climats de l'Univers, des plus tempérés et des plus propres à toutes sortes de productions, a près de la moitié de son terrein en friche ; l'autre moitié est si mal cultivée en général, qu'elle rapporterait au moins le double, si elle était travaillée convenablement » (p. VI).

1.1. L'écobuage, une solution violente à court terme
Le marquis propose de remettre à l'honneur l'écobuage, « méthode [...] connue de toute ancienneté en Anjou, ainsi qu'en différents autres Païs, mais très superficiellement ; jamais elle n'a été poussée au degré de perfection, où j'ose dire que l'ont amenée » 22 ans de ses expérimentations. L'écobuage consiste à découper au printemps des lanières de gazon de 4 pouces d'épaisseur, les laisser sécher puis en faire des tas brûlés en juin, épandre les cendres au labour en automne avant un semis de céréale d'hiver à densité moitié de l'habituelle. Il permet d'éliminer durablement les mauvaises herbes qui concurrencent les cultures et d'obtenir pendant plusieurs années des rendements intéressants. Mais il n'était qu'une solution à court terme, permettant de tirer violemment (par la minéralisation lors de la combustion) le peu de matières minérales encore présentes, mais achevant d'appauvrir les terres à long terme... C'est ce qu'observera M. de Dombasle deux générations plus tard :
« L'écobuage est encore un moyen fréquemment employé pour l'exécution des défrichements dans les terres de landes ou de bruyères : son action est certainement analogue à celle des amendements calcaires, avec cette différence que non seulement l'écobuage n'apporte pas de nouvelles matières organiques dans le sol, mais qu'il détruit même une partie de celles qui y existaient. Cette pratique ne peut donc convenir qu'aux terrains qui possédaient de l'humus en grande abondance ; mais là il peut être utile, pourvu qu'on n'abuse pas de la fertilité passagère qu'il communique ordinairement aux terrains ».
Turbilly lui même notait que, même à court terme, il peut être nécessaire de compléter l'écobuage par un apport de fumier :
« Mais où prendre, m'objectera-t-on, ce fumier ? On n'en a déjà pas assez le plus souvent pour engraisser les terres anciennement en valeur, et il ne faut pas améliorer ce défrichemens à leurs dépens. Je vais lever à cette difficulté, et donner les moyens d'en trouver : ils consistent dans les différentes façons de composer chaque année les fumiers artificiels (...) » (p. 104).
Ce que Turbilly décrit ensuite pour faire ces « fumiers artificiels » (en particulier pp. 114-115 : l'utilisation des cendres de « fourneaux perpétuels » de gazons) revient dans tous les cas à prélever de la fertilité sur les terrains incultes pour la transférer sur les terrains cultivés. Il y a donc appauvrissement d'une partie du territoire pour maintenir la fertilité dans une autre. Mathieu de Dombasle recommande les mêmes transferts. Mais, fait essentiel, il ajoute les prairies artificielles, c'est-à-dire la possibilité de ne pas épuiser (nous savons maintenant que cela ne concerne que l'azote) les terrains de départ :
« Le cultivateur soigneux et prévoyant doit avoir pour but de conserver indéfiniment à ces terrains d'abord très-productifs le même degré de fertilité : on atteint ce but, si l'on a soin de ne pas tarder à employer les terrains défrichés à produire des prairies artificielles, qui seront la matière première des fumiers à l'aide desquels on perpétuera la fertilité du sol. Si l'on a laissé arriver l'époque de l'épuisement avant d'établir des prairies artificielles, ou avant de cultiver d'autres plantes destinées à la nourriture du bétail, on a compromis gravement et pour longtemps la fertilité du terrain, car, dans son épuisement, il ne pourra plus fournir que peu de nourriture pour le bétail ; et l'on ne doit jamais oublier, dans de telles circonstances, que la fertilité du sol tend à se reproduire elle-même, lorsqu'on dirige convenablement les opérations, tandis que la stérilité une fois arrivée se perpétue malgré nous, ou résiste du moins pendant longtemps à nos efforts, parce qu'elle nous laisse privés de ressources pour la combattre. On doit donc, aussitôt qu'on a senti la convenance d'appliquer des engrais à un sol de défrichement, le soumettre, de même que les autres terres arables, à un assolement qui produise la quantité de fumier nécessaire pour le maintenir constamment dans le haut état de fertilité où il doit être encore alors ».

1.2. La révolution fourragère
La fumure dépend donc toujours de l'effectif du bétail. Celui-ci peut-il être augmenté grâce à la révolution fourragère importée d'Angleterre ? L'azote minéralisable dans le sol étant pratiquement épuisé, il fallait trouver une autre source. La fixation symbiotique de l'azote n'était pas encore découverte, mais ses effets agronomiques étaient connus depuis très longtemps : déjà dans l'Antiquité, Virgile mentionnait la possibilité de remplacer le repos par une légumineuse dans les rotations bisannuelles de l'agriculture méditerranéenne. Inclure des prairies artificielles dans la rotation en supprimant le repos permettait à la fois d'enrichir le sol en azote et de produire plus de fumier. Mais la révolution fourragère ne concernait que l'azote, pas les autres éléments, eux aussi épuisés - en particulier le phosphore (Boulaine). Dès qu'on augmente l'azote présent dans le milieu, c'est un autre élément, en général le phosphore qui devient limitant. La révolution fourragère n'a donc pu apporter tous ses bénéfices - et donc être adoptée par tous - que lorsque les engrais phosphorés ont été disponibles. En voici un exemple dans le Lyonnais et le Beaujolais :
« Prairies artificielles.
Elles n'apparaissent que très lentement dans la région, sur l'initiative de quelques grands propriétaires [...]. Sous l'Empire, la luzerne et le trèfle sont encore cités comme des curiosités ; le maire de Saint-Genis-Laval, dans l'Enquête de 1806, tire gloire de ses luzernières et de ses plantations de mûriers.
La luzerne se répand assez vite dans les grands domaines de la plaine de Saône ; elle donne quatre coupes dans l'année (40 à 50 quintaux à l'hectare) mais nécessite une bonne fumure. Elle ne permet pas de sortir du cercle infernal : point de fourrage, pas de bestiaux ; pas de bestiaux, point de fumier ; pas de fumier, pas de fourrage ! Sur le plateau lyonnais domine le trèfle, moins exigeant, mais beaucoup moins productif. Il n'est pas possible de chiffrer les surfaces en prairies artificielles ; en 1815, le préfet Chabrol donne 6 000 hectares, chiffre très forcé ; il faut attendre 1840 pour le retrouver.
On garde plutôt l'impression, jusqu'en 1830, d'un semis d'expériences individuelles, que ne peuvent tenter que les possesseurs de grands domaines ; les petits paysans ne s'y risquent pas, car les graines sont chères, l'espace mesuré et le résultat incertain. Dans une deuxième phase, après 1830, le trèfle surtout entre de façon plus générale dans les assolements. Loin de faire disparaître la jachère, que signale encore très largement l'Enquête de 1852, il contribue à augmenter la quantité de fourrages et permet un accroissement du troupeau.
» (Garrier, 1973, t. 1).

1.3. Faire engrais de toute chose
On connaissait certes d'autres sources de fertilité. Tout d'abord le salpêtre (nitrate de potassium). Sa capacité de nourrir les plantes avait été découverte par l'Allemand Gerber au milieu du XVIIe siècle. Mais la faible production naturelle était aggravée par la concurrence d'une activité beaucoup plus noble que l'agriculture : la guerre (tab. I, ci-dessous).
Ensuite des tas de déchets les plus divers. Mais la disponibilité en était très limitée, soit en quantité, soit géographiquement à côté des lieux de production. Tous les ouvrages de l'époque en donnent des listes « à la Prévert » ; dans les années 1830, le sommaire du chapitre « Des engrais et des amendements » du Traité d'Agriculture de Mathieu de Dombasle (encadré p. 49) en est un exemple.

Tableau I. Dates des découvertes (Europe moderne)
(d'après Drouineau, 1892, Payne, 1990, Boulaine, 1995 et 1996)

Nutrition minérale des plantes
Entrevue (« sels » du fumier) 1563 . Bernard Palissy (F)
Expérimentée (nitre = salpêtre) 1659 Johannes Glauber (D)
Affirmée 1792 Lavoisier (F)
Démontrée 1840 J. von Liebig (D)
Principalement par les racine
(sauf pour le carbone)
2e moitié
XIXe siècle
démonstration progressive,
nombreux auteurs

Cycle de l'azote dans la nature
Premier exposé 1840 Jean-Baptiste Dumas (F)
Échanges gazeux dans les 2 sens entre
plantes et atmosphère, décomposition
MO libère azote gazeux
1856 Jules Reiset (F)

Dénitrification
Existence dans sol (sans voir intervention
microbes)
1867 R.A. Smith (GB)
Seulement en l'absence d'oxygène 1873 A.T. Schloesing (F)
Bactéries resp. observées ; antiseptiques
stoppent la réaction
1875 E. Meusel (F)
Quel que soit le cation : ion nitrate 1882 U. Gayon et G. Dupetit (F)
Oxygène inhibe mais ne tue pas bactéries 1883 A. Springer (USA)
Culture pure bactéries dénitrifiantes 1886 U. Gayon et G. Dupetit (F)

Nitrification (oxydation ammoniaque)
Observée et nommée, sans connaître
mécanismes
v. 1790
Par micro-organismes : entrevue v. 1850 Boussingault (F)
"           "         "          : suggérée 1862 Pasteur (F)
"           "         "          : démontrée 1877 Schloesing & Müntz (F)
Isolement micro-organisme responsable 1893 S. Winogradsky (Rus/F)

Fixation de l'azote gazeux
Par plantes, affirmée mais non démontrée v. 1850 G. Ville puis J. Reiset (F)
Présence micro-organismes dans nodules
légumineuses
1858/1866 Lachmann / Voronine
Fixation de N par organismes inférieurs
dans nodules des légumineuses
1888 Hellriegel & Wilfarth (D)
Démonstration quantitative (bilan plante
et atmosphère)
1892 Schloesing fils & Laurent (F)
Isolement bactérie responsable
(Rhizobium leguminosarum)
1898 M.W. Beijerinck (NL)

On cherchait à récupérer tout ce qui pouvait faire engrais. Dans le style réaliste, « le comble fut atteint le 14 juin 1865 quand un certain E. Robert adressa à la Société d'Agriculture une note sur "La terre des cimetières employée comme engrais" » (Boulaine, 1996). Dans le style lyrique, la récupération des déchets et vidanges de fosses d'aisance (« engrais flamand ») a pu être recommandée ainsi :
« Ces tas d'ordures au coin des bornes, ces tombereaux de boue cahotés la nuit, dans les rues, ces affreux tonneaux de la voirie, ces fétides écoulements de fange souterraine que le pavé vous cache, savez-vous ce que c'est ? C'est de la prairie en fleurs, c'est de l'herbe verte, c'est du serpolet, du thym et de la sauge, c'est du gibier, c'est du bétail, c'est le mugissement satisfait des grands boeufs le soir. C'est du foin parfumé, du blé doré et du pain sur votre table... »
C'est beau comme du Victor Hugo... C'est du Victor Hugo, dans Les misérables : l'intestin de Léviathan, 1864 (cité par Boulaine, 1996 : 252).
En France au moins, cette recherche dura jusqu'à la fin du XIXe siècle :
« C'est encore par le déploiement d'une ingéniosité presque sans limite que s'obtiennent les amendements (sic) nécessaires du sol. Le paysan fait engrais de tout, au prix d'un travail et d'une perte de temps considérables. De ce point de vue, rien n'a changé entre les témoignages du début du siècle et les enseignements de l'Enquête décennale de 1892. On recueille la boue des chemins, on dirige sur les prairies de multiples rigoles pour l'écoulement des eaux usées, on entasse les cendres, les vieux chiffons, les feuilles mortes. On va acheter (ou se faire donner) en ville les os (cornaille ou poudre d'os), les tourteaux, le sang caillé des abattoirs. Tout autour de Lyon, l'air est empesté par l'actif commerce des "boues et vidanges" : encore laissé en 1886 à des "associations d'agriculteurs", il est repris après 1880 par des compagnies urbaines qui traitent et revendent les matières fertilisantes dans les cantons voisins. [...] La variété de ces pratiques peut faire illusion ; elle trompe même les contemporains (à plusieurs reprises, entre 1875 et 1890, le Conseil général se félicite de « l'emploi général des engrais industriels » et de l'amélioration des terres qui en résulte). Le bilan réel reste profondément négatif » (Garrier, 1973, t. I, p. 347-348).

[R]  Les normes pour les bâtiments d'élevage    

2.1. En fin de compte, la surface cultivée dépend toujours de la production de fumier...
La révolution fourragère ne supprimait pas l'équation Production de grain = f (effectif bétail)
Mais, alors que dans le schéma fait pour le Moyen Âge, la production fourragère était cantonnée aux terrains incultivables du saltus, souvent utilisés collectivement, la révolution fourragère l'introduisait sur les bonnes terres de l'ager, possédées individuellement. Elle modifiait donc non seulement les paramètres numériques de l'équation, mais surtout elle permettait d'inverser le raisonnement sous-jacent. C'est ce raisonnement inversé qu'expose Mathieu de Dombasle, dans les lignes qui suivent.

2.2. « De la production du fumier dans ses rapports avec l'étendue des terres et la quantité des fourrages (voir encadré ci-après)
[Mathieu de Dombasle intercale ce que l'on appelle maintenant des « normes » et un exemple numérique]
Un des problèmes les plus importants que doit se proposer l'homme qui se place à la tête de l'exploitation d'une ferme, est de déterminer la quantité de fumier dont il aura besoin pour fertiliser ses terres, le nombre de bestiaux qui lui sera nécessaire pour produire ce fumier, et l'étendue de terre qu'il devra consacrer à la nourriture de ces bestiaux, ainsi qu'à la production des pailles qui doivent être employées en litière. (p. 82) [...]
La quantité de fumier dont on a besoin dans une exploitation dépend beaucoup de l'assolement qu'on veut y adopter, puisque, si l'on consacre par exemple une grande partie de l'exploitation à des pâturages permanents, ou à des prairies artificielles qui améliorent le sol, on aura besoin de moins de fumier. On pourrait croire aussi qu'une ferme composée de terres épuisées aura besoin de beaucoup plus de fumier que celles qui se trouvent déjà à un haut état de fertilité. Cela serait vrai si l'on voulait soumettre l'une et l'autre au même mode de culture. Cependant l'inverse a lieu partout dans la pratique, et l'on produit généralement beaucoup plus de fumier dans les fermes en bon état de culture que dans les exploitations en sol pauvre. Il ne peut en être autrement, puisqu'une production abondante de fourrages et de pailles est elle-même un effet de la fécondité du sol. C'est certainement la plus grave des difficultés qu'on éprouve dans l'amélioration des sols épuisés par une mauvaise culture, car si la production des engrais est le principe de la fécondité du sol, elle en est aussi la conséquence ; et dans les circonstances dont je viens de parler, ce n'est guère que graduellement que l'on peut s'élever à une production suffisante de fumier. (p. 82-83) [...]
Si nous considérons maintenant les moyens par lesquels on peut produire cette quantité de fumier, nous partirons de la base indiquée par Thaër, savoir que le fourrage sec employé à la nourriture des animaux, en y joignant la paille comme litière, double de poids en se convertissant en fumier. Les aliments frais, comme les fourrages verts et les racines, ne doivent entrer dans ce calcul que pour la portion de foin ou de fourrages secs qu'ils représentent par leur valeur nutritive. Cette donnée se vérifie assez généralement dans la pratique, pourvu que les animaux soient tenus constamment à l'étable, qu'on leur donne une litière assez abondante pour absorber toutes les urines, et que les étables soient disposées de manière qu'aucune partie de ces dernières n'en sorte, si ce n'est sous forme de fumier. (p. 85) [...]
[suivent des calculs de production par animal en fonction de l'alimentation]
On comprend facilement, d'après ce que je viens de dire, que la production du fumier est en rapport avec la quantité des fourrages consommés, et non pas avec le nombre des bestiaux : la tête de vache que j'ai supposé produire 13 voitures de fumier dans l'année n'en donne peut-être pas plus de 3 ou 4, dans beaucoup d'exploitations où les animaux ne reçoivent presque rien que de la paille pendant l'hiver, et sont nourris pendant l'été dans de maigres pâturages où ils passent une grande partie de la journée ; et encore, dans ce cas, cette petite quantité de fumier est d'une qualité très-inférieure à celui qui est produit par des animaux bien nourris. Ainsi, toutes les fois que l'on compte par tête d'animaux pour la production du fumier, il faut supposer qu'ils reçoivent une nourriture déterminée. (p. 86-87) [...]
[suivent des calculs de nombre d'animaux et besoins de fourrage]
Il est impossible de fixer l'étendue de terre qui sera nécessaire pour produire ces diverses espèces de fourrages, car cette étendue dépend de la fertilité du sol, et aussi du genre de produit auquel on le consacre. De bonnes prairies naturelles donnent ordinairement, en deux coupes, 5 000 kg de foin par hectare ; dans un sol riche, le trèfle, les vesces, ou d'autres fourrages analogues, pourront donner en moyenne un produit égal à celui des prairies ; [...] Chacun devra donc calculer, d'après les produits présumés de son terrain en fourrages de diverses espèces, l'étendue qu'il devra leur consacrer pour nourrir son bétail. En général, dans les sols de fertilité moyenne, il est nécessaire d'augmenter de moitié de l'étendue totale de la ferme à des récoltes destinées à la nourriture des bestiaux, en y comprenant les prairies naturelles, pour s'assurer d'une production suffisante de fumier. (p. 88-89) [...]
[suivent des calculs sur la production de paille]
C'est par des calculs du genre de celui que je viens de présenter, qu'on cherche à établir le niveau, dans une exploitation rurale, entre la production et l'emploi des fumiers, entre le nombre de bestiaux qui doivent produire ces fumiers et l'étendue de terre nécessaire pour fournir à ces bestiaux la nourriture et la litière. C'est par la disposition des assolements qu'on réalise les résultats de ces calculs, et c'est par l'observation des faits recueillis dans la pratique des premières années que l'on rectifie les bases de ces calculs qui pourraient en avoir besoin selon les circonstances » (p. 90-91).
Défrichements pour faire des cultures vivrières ou pour produire du fourrage qui à son tour fournira le fumier pour ces cultures vivrières : avec l'augmentation de population, jamais en France il n'y a eu plus de surfaces labourées et moins de forêts qu'au milieu du XIXe siècle.

2.3. ...donc il faut valoriser au mieux ces fumiers
Fréquences d'apport suivant les types de sols
« Dans les sols légers, sablonneux ou calcaires, les fumures doivent être peu abondantes, mais fréquemment réitérées ; tandis que dans les sols argileux, on peut fumer plus copieusement et moins fréquemment, parce que l'humus, entrant en combinaison avec l'argile, se conserve mieux pour les récoltes suivantes ; mais, en définitive, la quantité de fumier qu'on doit consacrer aux sols de diverses espèces est à peu près la même sur une série d'un certain nombre d'années, en supposant égalité de production et égalité dans l'état primitif de fécondité » (pp. 82-83).
Les normes pour les bâtiments d'élevage
Comme il n'y a jamais assez de fumier, la première chose à faire est d'éviter d'en perdre, dès sa production et son stockage (Mathieu de Dombasle, vers 1840) :
« [...] pourvu que les animaux soient tenus constamment à l'étable, qu'on leur donne une litière assez abondante pour absorber toutes les urines, et que les étables soient disposées de manière qu'aucune partie de ces dernières n'en sorte, si ce n'est sous forme de fumier » (p. 85).
« On conçoit que cette opération [le mélange de terre au fumier] puisse être utile, si l'on suppose que les tas de fumier sont disposés avec négligence, en sorte que le liquide, chargé de principes fécondants que la terre doit absorber, se fût écoulé sans cela en pure perte ; mais si ce liquide est recueilli avec soin, le rôle que joue la terre ici n'est d'aucune utilité, car le mélange de cette terre avec le fumier n'aura de propriétés fécondantes que celles qui étaient particulières à ces deux substances, si on les avait employées séparément » (p. 95-96).
« Des moyens de recueillir et de conserver le fumier.
J'ai déjà dit que les étables doivent être disposées de telle manière qu'il ne s'écoule en dehors aucune portion des urines, à moins qu'on ne veuille recueillir celles-ci dans des citernes, pour les employer sous forme d'engrais liquide. Je supposerai, dans ce que je vais dire, que l'on recueille tous les excréments du bétail, y compris les urines, sous forme de fumier, en faisant absorber ces dernières par une suffisante quantité de litière » (p. 106).
« [Chevaux] Ces écuries, au reste, doivent, de même que les étables des bêtes à cornes, être disposées de manière qu'aucune partie des urines ne puisse s'écouler à l'extérieur » (p. 108).
« Les places à fumier que l'on forme près des étables doivent être établies avec beaucoup de soin, pour que le fumier y fermente convenablement et qu'il ne perde aucune partie de l'engrais » (p. 110). « On a souvent conseillé aussi de couvrir les tas de fumier d'une toiture ou hangar destiné à les garantir des pluies ou du soleil. L'action sur eux du soleil est nuisible, à la vérité ; mais, pour la pluie, quand le fumier ne reçoit que celle qui tombe à sa surface, il est bien peu de cas où la quantité d'eau qu'elle lui transmet soit trop considérable, et presque toujours l'arrosement qui en résulte est plus utile que nuisible » (p. 111) [rappelons que M. de D. recommande de grandes quantités de litière] [...]. « Je supposerai donc que le tas de fumier repose sur la surface naturelle du sol, et sans être recouvert par une toiture. On fera choix, à cet effet, d'une place où il soit facile de la garantir des eaux qui y seraient amenées par la pente naturelle du terrain ou par la gouttière des toitures voisines : on en unira la surface, ainsi que les alentours. Il n'est presque jamais nécessaire de paver cette place, ou de faire aucune disposition pour empêcher que le jus du fumier s'infiltre sous le sol, car, même sous un terrain sablonneux, si l'on fouille dans une place qui a été occupée par un tas de fumier pendant de longues années, on peut reconnaître que le sol ne s'est imprégné de jus de fumier qu'à la profondeur de quelques pouces ; et l'infiltration ne fait plus aucun progrès, lorsqu'elle est arrivée à ce point. Cependant, sur un terrain extrêmement perméable, on pourrait enlever 3 ou 4 pouces d'épaisseur de la terre, dans la place que doit occuper le tas de fumier, et remplacer la terre enlevée par de l'argile ou par une terre argileuse.

Au pourtour du tas de fumier, et en contact immédiat avec le pied du tas, doit régner une rigole, que l'on tient constamment nettoyée et qui conduit tout le liquide s'écoulant du tas dans le réservoir à purin placé à la partie la plus basse du terrain [...]. Les dimensions de la fosse seront proportionnées à celles de la place à fumier ; et il faudra la faire d'autant plus grande qu'on voudra enlever les purins plus rarement. [...] La rigole dont j'ai parlé tout à l'heure, et qui règne au pourtour du tas de fumier, n'est pas creusée dans le sol, mais elle est formée par une petite levée de terre, qui règne aussi tout autour, en dehors de la rigole, afin d'empêcher qu'aucune portion des eaux venant de l'extérieur ne puisse se mêler au liquide qui s'écoule du tas. [...] En dehors de la levée, on creuse un peu le terrain en cassis, sur les points d'où les eaux pourraient arriver de l'extérieur, afin de les conduire loin du tas de fumier et du réservoir à purin » (p. 111-114).

[R]  3. Le Code de bonnes pratiques agricoles      

3.1. Révolutions et découvertes
L'histoire des découvertes et des débats concernant la nutrition azotée des plantes et les transformations de l'azote dans le sol a été écrite par Boulaine (1989, 1992/96, 1995...) et, pour la microbiologie, par Payne (1990). Je ne ferai ici que rappeler les dates essentielles (tableau I). Quatre événements ou découvertes ont complètement changé les données du problème ; j'associerai chacun à des noms célèbres.

Lavoisier : la balance au service des bilans
L'affirmation que « rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme », déjà énoncée sous une autre forme dans l'Antiquité (Lucrèce), conduit naturellement à la méthode des bilans, essayée avec plus ou moins de rigueur et de bonheur par des chercheurs des siècles précédents. Grâce à ses collaborations avec les spécialistes de nombreuses disciplines, Lavoisier - d'abord géologue, puis physicien, agronome, chimiste...(1) - eut le mérite de systématiser l'un et l'autre, avec des instruments adéquats, particulièrement nécessaires lorsqu'il y a des phases gazeuses - et c'est le cas de la chimie de l'azote ! :
« La balance de Lavoisier n'apporte pas simplement un gain de précision dans les mesures expérimentales. Elle est juge suprême dans les débats théoriques [...].
Avec ses balances, Lavoisier transforme la méthode expérimentale en pratique de comptable. A chaque étape, il fait le bilan des réactions effectuées. Il pèse avant l'expérience, il pèse après. Il pèse le tout, il pèse chaque élément du système. [...] Lavoisier a fait de la conservation de la quantité de matière le levier de sa pratique expérimentale. Le principe, même implicite, conditionne toute la chimie des bilans » (Bensaude-Vincent, 1989).
Le principe de la conservation de la matière est la base imposée de toute réflexion sur l'alimentation des plantes et la fertilisation ! Voici comment, dans les années 1830, Mathieu de Dombasle l'avait intégré : « On doit bien se persuader qu'on ne retrouvera dans le compost que ce qu'on y a mis, c'est-à-dire que le mélange ne pourra jamais créer de nouveaux principes de fécondité, et ne pourra être utile qu'en facilitant la décomposition de certaines substances organiques qu'on y aura fait entrer » (p. 95).
Tous les travaux ultérieurs, en particulier ceux sur la nutrition minérale des plantes, reposeront sur ces bases.

Liebig : la nutrition minérale des plantes (1840)
« La théorie de la nutrition minérale des plantes expose que celles-ci absorbent par leurs racines et par leurs feuilles des éléments chimiques à l'état de combinaisons simples (gaz ou sels d'acides minéraux). Les composés organiques du sol, notamment l'humus, ne sont que des réserves qui fournissent les éléments minéraux après leur dégradation et leur décomposition. [...] Cette théorie est accompagnée de deux lois : la loi de restitution - « Le principe fondamental est de rendre toujours à la terre, en pleine mesure, n'importe sous quelle forme, tout ce qu'on lui enlève par les récoltes» et la loi du minimum - « Les éléments fertilisants doivent être restitués tous dans une juste proportion» ». (Boulaine, 1995 et 1997).
« L'utilisation pratique des découvertes de Liebig et de ses contemporains fut longue à se manifester car des oppositions sérieuses se manifestèrent » (id.). Et, de toutes façons, sa conclusion (2) fondamentale ne trouvera sa pleine application que lorsque la chimie sera capable de synthétiser industriellement l'azote minéral en grandes quantités. En attendant, on importera des engrais naturels du bout du monde et on fera d'autres découvertes fondamentales.

Tableau II. L'azote entre l'agriculture et la guerre

1
Du XIIIe au début du XIXe siècles

2
1878-1881

3
A partir de 1860

l'une ou l'autre

l'une pour l'autre

l'une avec l'autre

concurrence

Guerre du Pacifique

Chimie des explosifs=chimie des engrais
bond grâce à la Première Guerre mondiale

salpêtre
dilemme cornélien

engrais                    poudre à               canon

nitrate d'ammonium+pétrole
dynamite (nitroglycérine stabilisée)
fulmicoton (nitrocellulose)
TNT (trinitrotoluène)

Bolivar et San Martín : l'indépendance de l'Amérique latine
L'indépendance des pays d'Amérique latine marque la fin du monopole colonial et l'ouverture aux échanges internationaux. Les déserts qui bordent la côte Pacifique du Pérou, de la Bolivie et du Chili contiennent deux sources d'engrais : en altitude, le nitrate de soude (en espagnol salitre) des lacs salés et, sur les îles côtières, le guano des oiseaux marins. Ce dernier est un engrais complet, contenant 3 à 9% N, 6 à 9% P2O5, 2 à 3% K2O.
Des quantités considérables de ces deux matériaux seront importées durant tout le XIXe siècle - par des voiliers faisant le tour du cap Horn : le guano après 1820, les nitrates après 1840. L'usage agricole des nitrates fut bientôt concurrencé par celui de matière première principale pour la naissante industrie chimique de l'azote, en particulier celle des explosifs (tab. II, ci-dessus). Pour en conquérir les gisements, l'Allemagne, par Chiliens interposés, fera la guerre à la France qui jusque là en contrôlait la majeure partie par Péruviens et Boliviens interposés (Guerre du Pacifique, appelée là-bas Guerra del salitre, 1879-1883). L'Allemagne emporta le morceau et le Chili rallongea de rien moins que 850 km. La Bolivie et le Pérou mettront des décennies à se remettre, la première de la perte de l'accès à la mer (500 km de côte !) et le second des destructions occasionnées par la guerre (n'eût été l'ultimatum d'une escadre internationale veillant au bon déroulement du conflit, les Chiliens auraient terminé de raser Lima qu'ils occupaient et avaient incendié). L'ironie de l'histoire veut que l'Allemagne s'empare des nitrates au moment même où ses chimistes vont lui permettre de les remplacer par la synthèse industrielle. Par contre, il ne reste plus à la France que le guano dont les gisements vont s'épuiser.

Pasteur, Reiset et al. : le cycle de l'azote dans le sol
En France, J.-B. Dumas et J.-B. Boussingault, refusant les conclusions de Liebig, profitèrent de leur pouvoir pour bloquer pendant une génération les recherches sur la fertilisation minérale des plantes (Boulaine, 1995, 1996, 1997). C'est peut-être ce qui, paradoxalement, favorisa le développement d'une autre discipline en laissant le champ libre à Pasteur et à ses élèves pour découvrir, dans le sol comme ailleurs, l'extraordinaire activité des microbes : nitrification (minéralisation de la matière organique), dénitrification, fixation symbiotique de l'azote (tableau I).
Dans le prolongement de la recherche d'engrais par tout moyen évoqué précédemment, on va alors essayer de mettre à profit ces découvertes, en commençant par les microbes.

3.2. L'éperdue course à l'azote
Dans le dernier tiers du XIXe siècle, en France, la nutrition minérale des plantes est enfin admise mais l'azote reste rare, ce qui est rare est cher, donc on cherche partout à en trouver ou, au moins, à l'économiser.
On a cherché tous les moyens d'enrichir le sol en azote (Payne, 1990).
Fixation symbiotique
« Nobbe et Hiltener eurent l'idée de préparer sous le nom de nitragine des cultures pures de bactéries fixatrices d'azote destinées à être répandues sur les sols devant porter des légumineuses, afin d'en obtenir de plus grosses récoltes en favorisant la formation des nodosités ; les résultats, d'une manière générale, n'ont pas été très satisfaisants. Ceron et Stoklasa préparèrent aussi, sous le nom d'alinite, des cultures pures de bactéries fixant l'azote de l'air non pas sur des plantes, mais sur le sol ; les résultats ne furent pas non plus encourageants » (Larousse Agricole, 1921 : 129).
Si l'on ne pouvait augmenter les entrées d'azote dans le système, il fallait au moins réduire les sorties, les pertes.
Dénitrification
Dès la découverte de la dénitrification microbienne dans le sol, énormément de travaux vont chercher à la supprimer pour économiser l'azote. Duclaux, en 1883, était consterné de ce que les bactéries responsables de la dénitrification et les bactéries nitrifiantes vivaient les unes à côté des autres dans le sol. On ira jusqu'à imaginer de traiter les fumiers à l'acide sulfurique pour tuer ces maudites bactéries... Rien à faire, il fallut se rendre à l'évidence, il y en avait partout et il était impossible de s'en débarrasser.
Réduire les pertes par lessivage
Restait une autre cause de pertes de nitrates, inexplorée jusque là, au moins de façon systématique. Dès 1659, Johannes Glauber, après avoir montré la possibilité de faire pousser des plantes sur du sable avec une solution de salpêtre, soulignait l'intérêt de réutiliser la solution drainée pour ne pas perdre la « précieuse liqueur » (cité par Robin et al., 1996).
Dans une Encyclopédie d'Hygiène de 1892, Drouineau écrivait :
« Des quantités considérables de nitrate incessamment fabriqué par l'oxydation des matières azotées, il se forme deux parts : l'une sert à nourrir la plante, l'autre, entraînée dans le sous-sol par les eaux, s'en va soit dans les nappes souterraines, soit à la mer » (p. 398-399). Suivent les quantités « déversées à la mer [par les fleuves], c'est-à-dire perdues pour la culture », selon Boussingault : par la Seine, 238 t de nitrate par jour, par le Rhin, 193 t, par le Nil en basses eaux, 301 t. « Chaque année, ces trois fleuves seulement déversent à la mer une quantité d'azote nitrique une fois et demie plus grande que celle que représente l'ensemble de nos importations de nitrates de Chili pour la même période de temps ».
Les facteurs favorisant ou permettant d'éviter les pertes en nitrates par lessivage sont très finement analysés par Sabatier en 1890 :
« Comme on le verra plus loin, la matière organique de l'humus se transforme incessamment dans le sol avec production de nitrates qui servent à la nutrition des plantes. [...] Il faut que les racines utilisent aussitôt en les absorbant, les nitrates ainsi formés, sinon les pluies les emporteront dans les régions souterraines. Ce départ est d'autant plus facile que le sol est plus sablonneux et plus perméable ; il est moins à craindre pour les cultures à racines profondes qui peuvent fixer plus complètement sur leur trajet les nitrates ainsi emportés. S'il en est ainsi, ces nitrates doivent se retrouver dans les eaux de drainage avec toutes les matières solubles que la terre est incapable de retenir.
Composition des eaux de drainage
[...] M. Berthelot a publié récemment quelques déterminations précises sur l'enlèvement des nitrates par la pluie dans un sol maintenu sans végétation pendant quatre mois d'été. Une surface déterminée de cette terre a reçu 232 litres d'eau de pluie qui lui ont apporté 14 cg d'azote ammoniacal et 6 cg d'azote nitrique, soit en tout 20 cg d'azote. Le drainage a donné 83 litres d'eau contenant 524 cg d'azote nitrique, c'est-à-dire beaucoup plus que la pluie n'en avait fourni ; les nitrates correspondants provenaient de la transformation de la matière humique du sol.
M. Warington, à Rothamsted, a poursuivi pendant neuf années consécutives des recherches sur ce sujet. Un hectare de terre maintenu sans culture a reçu annuellement une moyenne de 8 500 mètres cubes d'eau de pluie ; la quantité d'eau de drainage recueillie à la profondeur de 1,5 m a été en moyenne de 4 300 mètres cubes, soit seulement la moitié, le reste ayant été restitué à l'atmosphère par l'évaporation de la surface. L'eau drainée contenait en moyenne par litre [...] 41,2 mg d'acide nitrique. La dose totale d'acide nitrique emportée par le drainage se trouvait donc égale à 177 kg [46 kg d'azote (3) ], quantité bien supérieure aux apports azotés de la pluie. C'est d'octobre en février, saison où les pluies sont fréquentes, que la perte de nitrates est la plus importante.

Des observations semblables ont été faites simultanément sur des sols cultivés ayant porté annuellement pendant plus de quarante ans des récoltes de blé. L'un de ces champs n'a jamais reçu d'engrais pendant cette longue période ; l'autre a reçu chaque année par hectare 14 tonnes de fumier. La quantité d'eau drainée a été toujours plus faible que dans les champs laissés sans culture : cela tient surtout à la transpiration considérable des récoltes pendant l'été. Un litre d'eau de drainage renfermait par litre les poids suivants d'azote nitrique :

Terre sans engrais
mg

Terre fumée
mg

Mars à mai

1,6

2,9

Juin à août

0,1

1,2

Septembre à novembre

4,0

8,2

Décembre à février

4,3

5,8

Moyenne générale

3,4

5,8


Ces doses sont beaucoup moindres que dans les champs laissés en jachère, ce qui montre l'importance de l'assimilation par les plantes. Au printemps, cette absorption a lieu avec beaucoup d'énergie, et dans un sol sans engrais, tous les nitrates disponibles sont alors utilisés pour la végétation : les eaux de drainage n'en emportent que des traces.
A partir de septembre, quand les récoltes ont été enlevées du sol, la proportion de nitrates emportés croît beaucoup, atteint son maximum vers le mois d'octobre, puis diminue régulièrement jusqu'au mois de mars où elle redevient assez petite.

Pour les sols fumés chaque année, les pertes de nitrates sont plus fortes, mais ont lieu de la même manière. C'est toujours pendant la jachère que ces pertes sont les plus importantes.
On n'a guère de renseignements sur la composition des eaux de drainage d'un sol qui porte des récoltes fourragères, ou d'une terre maintenue en prairie naturelle ou couverte de bois. Il est probable toutefois que la perte des nitrates doit être beaucoup moindre, parce que les racines occupent plus profondément le sol et que la végétation n'y est pas interrompue pendant les mois d'automne. Dans les forêts, cette perte doit être tout à fait nulle
» (p. 74-78).
Ces connaissances ont immédiatement été diffusées dans les campagnes :
- du côté de l'école laïque, dans les manuels du primaire : « Les engrais solubles que les terres sableuses renferment sont, à la moindre pluie, entraînés dans le sous-sol. Il ne faut jamais y mettre qu'une petite quantité d'engrais à la fois, et répéter souvent cette opération. [...] Tous les nitrates sont solubles dans l'eau [...] les eaux de pluie peuvent les entraîner dans les profondeurs du sol où ils sont perdus ». « Si l'azote nitrique n'est pas absorbé par les racines des plantes, il est entraîné dans les sources par les eaux pluviales. [...] La Seine[...] entraîne chaque année dans la mer une quantité d'acide nitrique qui peut être évaluée à 19 000 t, ce qui correspond à plus du tiers de la quantité d'azote nitrique que la France importe chaque année sous forme de nitrate de soude » (Barillot, 1896, 49 ; 1897, 32, 68-69). « LECTURE À EXPLIQUER. Les nitrates sont le produit de la nitrification de la matière organique et de l'ammoniaque. Ils échappent complètement à la terre, qui n'exerce pas sa faculté absorbante à leur égard. Aussi convient-il, quand on emploie les nitrates comme engrais, de les donner à l'époque où la végétation est en activité et peut les assimiler à bref délai ; autrement ils risquent d'être perdus pour les plantes » (Th. Schloesing, de l'Institut, in : BARILLOT, 1896, 63) ;
- du côté de la « calotte » : un agriculteur de l'Yonne a retrouvé pour nous dans ses archives un numéro datant de 1902 du bulletin paroissial de son village, Chichery-la-Ville. Entre un article en faveur du repos hebdomadaire et, sous la rubrique Hygiène, un autre sur les méfaits pour la santé de la vie sédentaire dans un bureau à l'atmosphère viciée, y figure le texte suivant de Dehérain, professeur d'agriculture à Grignon :
« AGRICULTURE - La nitrification est la cause qui tend sans cesse à diminuer le stock d'azote des terres arables ; l'azote nitrique ne persiste pas dans le sol, il est ou bien saisi par les racines, utilisé ou même emmagasiné par la plante, ou dissous par l'eau qui circule dans le sol, entraîné et perdu. Toutes les pratiques agricoles qui favorisent la nitrification occasionnent des pertes d'azote, mais comme la formation des nitrates est la condition même de la fertilité, il importe de bien savoir quand il faut exalter la nitrification, quand, au contraire, il serait avantageux de la restreindre ».
« (Un hectare de terre nue a perdu, pendant l'arrière-saison, après une récolte de maïs, 14,5 kg d'azote nitrique, c'est-à-dire presque la valeur de 100 kg de nitrate de soude). » (la suite de ce texte dans les recommandations ci-dessous).
Avant 1914, on connaissait l'essentiel de ce qui se passe dans le sol. On savait quelles pratiques agricoles, quels couverts végétaux, quels types de sol, favorisent ou au contraire permettent d'éviter les pertes de nitrates ; j'en propose ici un résumé (encadré ci-dessous).

3.3. Le code de bonnes pratiques agricoles, vers 1900
De ces connaissances étaient déduites des recommandations pratiques :
« Conséquences pratiques. - 1°L'emploi des nitrates comme engrais exige quelques précautions. On ne doit les fournir au sol que lorsque la végétation est très active et capable de les consommer rapidement. Il ne faut donc pas les répandre avant l'hiver, mais seulement au printemps, en couverture ; il vaudrait encore mieux, si c'était possible, en échelonner la distribution et les répandre à petites doses au fur et à mesure des besoins de la végétation. D'après les recherches de M. Berthelot, c'est avant la floraison que l'utilisation est habituellement le plus énergique.
- 2°Les eaux de drainage sont généralement riches en nitrates ; on devra donc chercher à les utiliser pour l'irrigation de terres placées plus bas.
Les ruisseaux, qui reçoivent beaucoup de ces eaux souterraines, contiennent assez souvent une quantité notable d'azote nitrique, et leur valeur pour les arrosages de prairies est ainsi beaucoup accrue. Mais peu à peu les végétaux qui se développent dans leurs eaux, et aussi les algues microscopiques qui les remplissent, consomment les nitrates, dont il ne reste plus quelquefois que des doses très faibles. On a un grand intérêt à être fixé sur ce point » (Sabatier, 1890). « Les nitrates formés au printemps servent à assurer le développement des récoltes ; mais ceux de l'été sont le plus souvent sans emploi : dès le mois de juin, les blés cessent de les utiliser. Ils ne peuvent que s'accumuler dans la terre, d'où les pluies abondantes de l'automne les emporteront en pure perte. Il y a donc, quand c'est possible, un intérêt réel à empêcher cet appauvrissement inutile du sol, par l'emploi de cultures dérobées qui, couvrant la surface, utilisent les nitrates et dessèchent le sol qui ne laisse passer que peu d'eau pauvre en nitrate. [...] Si, aussitôt après l'enlèvement des récoltes, dans la terre labourée promptement, on sème des graines de plantes à végétation rapide [...], celles-ci ne tardent pas à se développer, en absorbant la plus grande partie des nitrates qu'a formés le sol. En outre, la transpiration qui a lieu dans les tiges et les feuilles évapore de grandes quantités d'eau et contribue ainsi à dessécher les couches profondes de la terre. Quand arrivent les pluies torrentielles de l'automne, le sol les retient en totalité ; la migration des nitrates est rendue nulle ou minime
» (Sabatier, 1905) (4)
« Les grandes pertes d'azote des terres labourées ont lieu à l'automne et rien ne peut être plus utile que de les diminuer en procédant, aussitôt après la moisson, à un léger labour de déchaumage, pour semer une plante à végétation rapide qui s'emparera des nitrates et les conservant dans ses tissus, soit simplement emmagasinés, soit au contraire en utilisant leur azote à la formation des albuminoïdes, rendra au sol au moment où elle sera enfouie par les grands labours, tout l'azote, qui, sans cette culture, aurait été perdu » (Dehérain, 1902).
« Terres légères. Les terres légères sablonneuses, calcaires ont en général la réputation de consommer beaucoup de fumier ; cela tient à ce que leurs propriétés absorbantes sont faibles, à ce que l'azote s'y nitrifie facilement et que par la suite les eaux pluviales peuvent l'enlever. Pour éviter ces inconvénients, il faut donner aux terres légères de faibles fumures, mais en les répétant plus souvent, et ne pas appliquer ces fumures un trop long temps avant l'époque de la végétation, afin de les soustraire à la déperdition due au lavage par les eaux pluviales ». « 3°) Terres calcaires » : constatations et recommandations similaires. (Drouineau, 1892, p. 806-807). Cette recommandation reprend, en la précisant et l'expliquant, celle faite cinquante ans plus tôt par Mathieu de Dombasle.

Remerciements : À tous les collègues des unités INRA-SAD de Paris-Grignon, Toulouse et Versailles-Dijon - documentalistes, secrétaires, chercheurs et enseignants - qui m'ont permis de réunir la documentation utilisée ici.

Post-scriptum (NDLR) : Ce morceau d'histoire montre que les problèmes posés par la nutrition azotée des plantes sont de longue date une préoccupation des agronomes des agriculteurs et l'abondance soudaine des nitrates produits industriellement a conduit à une dégradation des pratiques et des savoirs techniques que nous avons maintenant bien des difficultés à requalifier.


[R]  Sommaire du chapitre « Des engrais et des amendements »    
du Traité d'Agriculture de Mathieu de Dombasle, vers 1840 (encadré)
(d'abord les produits d'origine animale, ensuite ceux d'origine végétale)
PREMIÈRE SECTION - Des fumiers 79
DEUXIÈME SECTION - Des diverses autres substances qui peuvent
s'employer comme engrais

1. Des matières fécales et des diverses préparations de cette substance
2. Des fientes de volailles
3. Des chiffons de laine, de plumes, de la bourre, des poils
des animaux et des rognures de cuir
4. Des rognures ou râpures de cornes
5. Des os réduits en poudre
6. Du sang des animaux et du noir animal
7. Des débris des animaux morts par accident ou abattus
8. Des résidus des fabriques de colle forte et des tanneries
9. Des boues des villes
10. De l'engrais produit par les plantes qui ont végété sur le sol même (5)
11 Des diverses parties de végétaux recueillies pour servir d'engrais
12. De la tourbe
13. Des tourteaux de graines oléagineuses
14. Des touraillons de brasseries
15. De la suie
16. De l'écobuage
130

130
134
135

137
138
140
144
145
146
147
153
155
157
160
161
162 à 169


[R] Schéma du raisonnement de Mathieu de Dombasle (encadré)

Chapitre « De la production du fumier dans ses rapports avec l'étendue des terres et la quantité des fourrages »
1 - L'objectif est le maintien de la fertilité : rendre à la terre ce que les récoltes prélèvent ;(6)
2 - en fonction des rendements sortis, calculer la quantité de fumier nécessaire ;
3 - la production de fumier est en proportion non pas du nombre de bestiaux mais de la quantité de fourrage qu'on leur donne :
tonnage fumier produit = 2 x MS (fourrage + paille)        (d'après Thaër)
4 - la surface de fourrages nécessaire s'obtient en divisant la quantité à produire par leur rendement ;
5 - la quantité de fumier à apporter ne dépend que de ce que sortent les récoltes et pas des types de sol, ce que ces derniers font varier est la fréquence des apports.


[R] Les normes pour les bâtiments d'élevage (encadré)

(Mathieu de Dombasle, vers 1840)
1 - Aucune portion des urines ne doit s'écouler des étables, à moins de les recueillir dans des citernes pour les employer comme engrais liquide.
2 - Les places à fumier doivent être protégées des eaux qui y seraient amenées par la pente naturelle du terrain ou par la gouttière des toitures voisines.
3 - Dans les terrains très perméables, une couche d'argile évitera l'infiltration du jus sous les places à fumier.
4 - Tout le liquide s'écoulant du tas de fumier doit être conduit par une rigole vers la fosse à purin.
5 - Les dimensions de la fosse seront proportionnées à celles de la place à fumier, et il faudra la faire d'autant plus grande qu'on voudra enlever les purins plus rarement.
6- Aucune portion des eaux venant de l'extérieur ne devra pouvoir se mêler au purin.


[R]  Le lessivage des nitrates vers 1900 (encadré)

Les nitrates perdus par lessivage sont produits par la minéralisation de l'humus du sol après la récolte. Ils sont entraînés par les eaux excédentaires drainant en période hivernale, à une époque où les prélèvements par la végétation sont faibles. Les pertes sont plus abondantes dans les sols peu épais et perméables, en l'absence de végétation (sol nu, jachère) et après labour ou épandage de fumier. Elles sont réduites ou nulles sous une végétation permanente (prairies, forêts) et/ou profondément enracinée.


[R]  Le code des bonnes pratiques agricoles, vers 1905 (encadré)

1- Pas de sols nus en hiver : cultures intermédiaires.
2- Pas d'engrais minéraux à l'automne.
3- Apports minéraux au printemps, fractionnés suivant les besoins de la végétation.
4- Raisonner la fumure organique sur « une série d'un certain nombre d'années ».
5- Apports de fumier à doses faibles mais fréquentes sur sols filtrants et peu profonds.
6- Récupérer les eaux de drainage chargées en nitrates pour arroser les prairies (!).



[R] Notes
(1) Sans oublier : administrateur et financier, commissaire à la régie des poudres et salpêtres, fermier général etc. [VU]
(2) La découverte de Liebig est la conclusion d'un travail de synthèse en grande partie bibliographique. Il démontre ce que d'autres avaient expérimenté ou affirmé auparavant [VU]
(3) Sabatier applique un coefficient de passage de l'azote au nitrate de 3,85. [VU]
(4) Je tiens à mentionner que je dois la connaissance de l'ouvrage de Sabatier au bulletin ISA Environnement, n°39 de décembre 1993. [VU]
(5) Il s'agit des résidus de culture et des engrais verts.[VU]
(6) Même s'il ne le cite pas, M. de Dombasle avait à l'évidence intégré le "Rien ne se crée, rien ne se perd" de Lavoisier. Mais à l'époque, on savait seulement que "L'analyse chimique nous démontre que le fumier se compose des mêmes principes que les végétaux qu'il est destiné à alimenter, savoir le carbone, l'oxygène, l'hydrogène et l'azote, auxquels sont combinés quelques substances terreuses ou alcalines, avec de très petites proportions de substances métalliques et spécialement de fer. Les quatre principes dont je viens de parler, et qui composent les substances organiques, forment, dans le fumier, des combinaisons qui se modifient considérablement, sans aucun doute, aux diverses périodes de la fermentation spontanée de ce dernier"(p.79). [VU]



[R]  Références bibliographiques      

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