Le Courrier de la Cellule Environnement n°15, novembre 1991

produire autrement

1. La logique des systèmes de culture productivistes
2. Vers des systèmes de culture intégrés ; éléments de réflexion
3. Méthodes d'évaluation des nouveaux systèmes de culture
Conclusion

Références bibliographiques


Le contexte général de la production agricole en Europe de l'Ouest est en train de profondément changer : l'accroissement de la productivité à l'hectare, objectif traditionnel, est remis en cause par la saturation des marchés ; l'amélioration de la qualité des produits, la maîtrise de l'environnement, la gestion de l'espace rural deviennent les maîtres-mots du cahier des charges de l'agriculture.
Les systèmes de culture vont devoir s'adapter : il faut apprendre à cultiver en limitant les fuites d'azote nitrique ; il faut apprendre à maîtriser les risques de résidus de pesticides dans les sols, les eaux ou les produits végétaux ; il faut apprendre à diversifier la conduite des cultures selon les situations pédoclimatiques et les exigences de qualité ou de volume de production liés au débouchés des produits...
L'objet de ce texte, issu de réflexions d'agronomes, est de s'interroger sur les voies que pourra emprunter la mise au point de ces nouvelles manières de produire. Il sera divisé en trois parties :
- une analyse des points forts et des points faibles des systèmes de culture actuellement dominants, que l'on a pu, dans la mesure où leur objectif essentiel était l'accroissement de la production, qualifier de productivistes. Cette analyse constitue une base incontournable si l'on veut que les solutions proposées répondent aux besoins des agriculteurs ;
- des éléments de proposition pour une évolution des systèmes de culture dans le sens souhaité ;
- enfin, quelques réflexions sur les méthodes d'évaluation des nouveaux systèmes de culture : expérimentation et suivi d'exploitations.

[R] 1. La logique des systèmes de culture productivistes

Cette logique sera illustrée par deux exemples, le cas de la production de blé dans le bassin Parisien et celui de la production fourragère en montagne vosgienne. Il nous semble cependant que les quatre points que nous avons retenus (qui déterminent les sous-titres ci-dessous) s'appliquent bien à la plupart des systèmes de culture en grande culture, comme en productions fruitière, maraîchère ou fourragère.

Une grande cohérence entre les techniques appliquées
L'objectif en céréaliculture est, aujourd'hui d'obtenir le rendement maximum permis par le milieu physique. Pour cela, les agriculteurs disposent depuis les années 70 des moyens de maîtriser la majorité des facteurs limitant la production : la verse (variétés résistantes, régulateurs de croissance), les maladies (fongicides), la nutrition azotée (méthode des bilans avec règles de fractionnement de l'engrais permettant d'éviter les carences), les insectes parasites (insecticides) et les mauvaises herbes (avec une large panoplie de désherbants). Partant, c'est le fonctionnement photosynthétique du couvert qui devient, en dernier ressort, le facteur limitant la production.
Le mouvement d'intensification de la fin des années 70 et du début des années 80, qui a touché toute l'Europe du Nord-Ouest et est à l'origine du système technique actuel, s'est fondé sur la volonté d'associer à la maîtrise des différents facteurs limitants, la recherche d'une maximisation de l'interception de l'énergie lumineuse : il a ainsi été conseillé, pour allonger la durée du cycle cultural, d'avancer les semis et, pour accroître la surface foliaire en début de cycle, d'augmenter les densités (Bouchet, 1982). Ainsi, en dix ans (de 1975 à 1985), la proportion de semis effectués avant la fin du mois d'octobre est-elle passée, en région Centre par exemple, de 31,6 % à 58,4 % (SCEES, 1975 ; 1978) ; pour une même date de semis, la quantité de semence employée à l'hectare a augmenté de plus de 30 %.
Or les semis précoces (en octobre) accroissent les risques de levées automnales de graminées adventices, de piétin-verse (Pseudocercosporella herpotrichoides), de verse et d'attaques de pucerons d'automne vecteurs de virus. Les semis denses augmentent, quant à eux, les risques de verse et de maladies cryptogamiques (piétin-verse, oïdium, etc.). Tant que des produits phytosanitaires performants n'étaient pas disponibles, ces changements techniques n'étaient pas envisageables ; pour pallier les risques induits par les semis d'octobre, les agriculteurs ont dû avoir recours au désherbage de prélevée (ou de postlevée précoce) systématique, à une protection fongicide accrue et, souvent, à un insecticide d'automne.
Entre 1980 et 1985, ce mode de culture intensive a été massivement adopté par les agriculteurs, en toute région. Le rendement visé est, explicitement, le plus élevé possible qui soit permis par le milieu physique et les variétés disponibles. Dans les régions les plus favorables, il dépasse 100 q/ha. A la fin des années 80, les techniciens de pointe s'interrogent sur l'opportunité du quatrième fongicide, du troisième régulateur de croissance, du troisième insecticide... (Auboin, 1990 ; Chamroux, 1990 ; Tissier et Fougeroux, 1990). Mais, en dépit de l'augmentation des rendements, les marges brutes plafonnent (tab. I).
Dans la montagne vosgienne, l'utilisation de l'ensilage d'herbe pour l'alimentation des vaches laitières s'est généralisée à la fin des années 70. Elle présentait, en effet, pour les agriculteurs le double avantage de régulariser la qualité de l'alimentation du bétail d'une année sur l'autre et d'étaler les travaux, ce qui rendait la production moins sensible aux aléas climatiques lors de la période des foins de première coupe, une partie des prairies de fauche ayant été ensilées trois à quatre semaines auparavant. Cependant, les semences de pissenlit, seule plante en graine à cette époque, étaient ensilées avec l'herbe au printemps. Celles-ci transitent donc par les animaux pour se retrouver dans le lisier qui est épandu sur la plupart des parcelles en automne-hiver et après chaque coupe. Ainsi le pissenlit envahit-il en quatre à cinq ans les prairies, obligeant à désherber. Faute de désherbants très sélectifs, les légumineuses sont du même coup éliminées, ce qui contraint à sursemer (en trèfle blanc ou trèfle violet). L'opération, pourtant coûteuse, doit être recommencée régulièrement, la source de pollution par le pissenlit n'étant pas éliminée en une fois sur l'ensemble de l'exploitation.

Tableau I. Evolution de la marge brute en blé dans le département de la Somme
(d'après données OCEA, in Caillez, 1991)
Moyenne
1980/1985
1985
1986
1987
1988
1989
Rendement
(q/ha)
Marge brute
(F. courants)
Marge brute
(F. constants 1989)
     66,5

5 328

7 383
     75

5 542

6 407
     75

5 741

6 304
     59

3 683

3 919
     83

6 314

6 491
     83

6 108

6 408

Ces systèmes de culture sont très cohérents : toutes les techniques sont liées entre elles par une solide logique agronomique. La clef de voûte de cette cohérence, ce sont les produits phytosanitaires.

Une forte dépendance vis-à-vis des produits phytosanitaires
L'intensification de la culture du blé, comme celle de la prairie vosgienne, a été permise par les phytosanitaires, mais elle a rendu la production encore plus dépendante de ceux-ci (1). On entend souvent, en région céréalière, les agriculteurs remarquer que "les variétés d'aujourd'hui sont plus sensibles aux maladies que les variétés anciennes". Les sélectionneurs et les pathologistes savent bien qu'il n'en est rien : c'est la manière actuelle de cultiver qui augmente la pression des maladies - et donc la dépendance vis-à-vis des fongicides.
Cette dépendance a été accrue par la réduction des temps de travaux, mouvement qui a marqué les dernières décennies (Tirel, 1991). Le lisier, dont on a vu le rôle dans la dissémination du pissenlit est préféré au fumier, entre autres pour réduire les temps de travaux ; on peut citer, en production céréalière, la substitution du désherbage au travail du sol pour lutter contre les mauvaises herbes, désherbage rendu encore plus nécessaire par l'emploi de moissonneuses-batteuses, qui recrachent derrière elles les graines d'adventices (par exemple de vulpin).
Des stratégies de réduction de risques fondées sur un suremploi des intrants
En culture céréalière, les pratiques de surfertilisation (2) constituent un fait d'observation courante (Cerf et Meynard, 1988; Sebillotte et Meynard, 1990). On leur impute, à juste titre, une responsabilité importante dans la pollution des eaux souterraines par les nitrates dans les régions de grande culture.
Il est important de bien voir que ces surfertilisations relèvent de stratégies d'assurance, très cohérentes avec la recherche du rendement maximum.
En effet, au moment où il détermine sa dose d'engrais, l'agriculteur ne sait pas quel sera le climat de l'année, ni donc si celle-ci sera favorable à un rendement élevé (auquel cas une dose d'azote relativement forte serait nécessaire pour satisfaire les besoins). Le choix de l'agriculteur est cependant très simple : il sait que la perte financière est environ huit fois plus élevée si la fumure appliquée est inférieure à l'optimum de 40 kg/ha que si elle lui est supérieure d'autant.
Il choisit donc, le plus souvent, de majorer les doses apportées pour être sûr que si, par chance, l'année climatique autorise des rendements très élevés, la dose d'engrais soit suffisante. En conséquence, chaque fois que le climat ne permet qu'un rendement médiocre ou moyen, une partie de l'engrais reste inutilisée et potentiellement polluante. Une stratégie équivalente, où l'on accepte un surcoût d'intrant par souci de sécurité, se retrouve pour les régulateurs de croissance, les insecticides et les fongicides (Wahl et al., 1985). Dans ce dernier cas, elle est d'autant plus cohérente que l'excès d'azote-même augmente les risques de maladies (Cassini et Pauvert, 1975 ; Meynard, 1985).
Dans l'exemple de la production laitière en moyenne montagne, la stratégie d'assurance consiste à faire de l'ensilage, et, dans le droit fil de la logique d'intensification, à éliminer chimiquement le pissenlit sur l'ensemble de l'exploitation. Si elle est cohérente sur le plan agronomique, cette solution augmente les risques de pollution par les herbicides dans des zones qui ont souvent des vocations de "châteaux d'eau".
Si l'on veut réduire les excès de fertilisation, ou de traitements phytosanitaires, il est clair que l'on ne pourra se contenter de dire aux agriculteurs de raisonner leurs interventions : il faudra aussi leur donner un minimum de garanties sur le fait que les démarches proposées n'entraîneront pas d'accroissement de risques économiques insupportables par rapport à leur stratégie actuelle.

Le rendement et la marge brute sont les seuls critères utilisés pour l'évaluation des systèmes de culture. C'est peut-être plus par le caractère très restrictif de ses critères d'évaluation que par ses objectifs que l'agriculture actuelle peut être qualifiée de productiviste. On n'observe généralement pas de valorisation d'autres critères (évolution d'indicateurs physiques, chimiques ou biologiques de fertilité, qualité alimentaire des produits récoltés, bilans entrée-sortie d'éléments minéraux, etc.).
Schématiquement, les systèmes de culture sont considérés comme satisfaisants, s'ils autorisent un rendement jugé correct. On les fait évoluer dès lors que le rendement est jugé trop faible par rapport à celui obtenu par les voisins, ou dans des expérimentations dont on a connaissance (3).
De fait, l'agriculture actuelle ne pratique pas un autocontrôle réel de ses sorties : elle ne saurait, dans ces conditions, être "reproductible".
Les nouveaux systèmes à inventer devront être plus respectueux des écosystèmes, moins polluants pour les eaux superficielles ou souterraines, mieux raisonnés en fonction de la qualité du produit récolté, mais sans que cela entraîne un accroissement des temps de travaux qui serait peu compatible avec le contexte économique actuel ; sans que cela entraîne non plus pour les agriculteurs un accroissement insupportable de la variabilité interannuelle du revenu. Si le passage à l'agriculture biologique peut, pour certaines exploitations, répondre à ces conditions, il nous paraît clair que cela ne pourra, dans le contexte actuel, constituer une solution pour la grande masse des agriculteurs. C'est cette masse pourtant qu'il s'agit de toucher si l'on veut que nos efforts concourent à une réelle diminution des pollutions et des perturbations des écosystèmes liés à l'agriculture productiviste.

[R] 2. Vers des systèmes de culture intégrés ; éléments de réflexion

Quelques définitions
La plupart des exemples que nous présentons ici se réfèrent aux travaux d'agronomes qui, bien qu'ils n'en fassent pas explicitement mention, se reconnaissent dans le concept de production agricole intégrée. Cette terminologie a été proposée dans le cadre de l'OILB (Organisation internationale de lutte biologique) en 1977 par des agronomes et des zoologistes à partir de leur expérience de la lutte intégrée en vergers. C'est pourquoi nous avons repris par la suite dans nos intitulés le vocable "intégré" qui correspond à l'esprit de ce que nous voulons présenter.
Au cours des années 60, l'arboriculture utilisait de plus en plus massivement et systématiquement les produits phytosanitaires pour maîtriser les populations de ravageurs et les maladies (jusqu'à trente traitements par saison). Zoologistes et agronomes suggérèrent d'intervenir avec des pesticides choisis en fonction de leur "moindre incidence écologique" et en fonction du "risque réel" apprécié à "l'échelle de la parcelle" grâce à la mise en oeuvre "d'indicateurs de diagnostic" permettant de surveiller le niveau de populations des ravageurs ainsi que l'activité des organismes auxiliaires par référence à des "seuils de tolérance". (Milaire, 1986).
A la lutte raisonnée (chimique) vinrent s'ajouter des procédés de lutte biologique (emploi d'auxiliaires : insectes entomophages ou germes entomopathogènes) et l'usage de phéromones . Leur conjonction conduisit à ce qui est appelé la lutte intégrée, dont les essais d'application débutèrent en 1970 en arboriculture. L'association de mesures phytotechniques (conduite des arbres, nutrition, etc.) et, plus généralement, de tout moyen utile et compatible pour réguler les populations de ravageurs et les maladies amena à la protection intégrée ou IPM : Integrated Pest Management (Altieri et al., 1983).
Il était en effet évident que la protection des cultures ne pouvait être dissociée des autres facteurs concourant à la production agricole (Louvet, 1988). De cette constatation, s'est dégagé le concept plus général de productions agricoles intégrées ou systèmes de production intégrés (Integrated Farming Systems) ou encore, en raccourci, d'agriculture intégrée. Il s'agit d'un mode de production comportant la mise en oeuvre des techniques les plus conformes à des exigences d'ordre économique et écologique dans la perspective d'optimiser la qualité des produits agricoles.
Ce concept a été mis en application par des groupements d'arboriculteurs en Suisse (GALTI) ou en France (COVAPI). Mais il est applicable à l'ensemble des productions agricoles ; on parle dans un sens voisin aux Etats-Unis de Low Input Sustainable Agriculture (4) et, en Europe, de "Ecologically Oriented Agriculture" et d'"integrierten Landbau". A l'extrême, les systèmes de production concernés peuvent ne faire intervenir aucune substance chimique de synthèse. C'est le cas de l'agriculture biologique (respectivement "Organic Farming "et "ökologischen Landbau").
Appliqué par les agronomes à la gestion des systèmes de grandes cultures, le concept de système de culture intégré correspond à la mise en oeuvre simultanée de mesures phytotechniques cohérentes, de la protection intégrée des cultures et de la lutte raisonnée contre les adventices ( Spiertz et Zadoks, 1989).
Les objectifs d'un tel mode de gestion sont : - la rentabilité économique, - le respect de l'environnement et la préservation des ressources naturelles (sol, eau, paysage, biodiversité, etc.), - la qualité des produits et la limitation des risques pour la santé publique, - la prise en compte de la diversité des situations, - une bonne intégration au niveau social et politique.
Il est évident que pour atteindre ces objectifs, on ne peut concevoir de solution passe-partout. La diversité des situations, mais aussi l'incertitude concernant l'évolution future du contexte socio-économique font qu'il ne faut pas chercher à bâtir un système optimum, universel et immuable, mais plutôt mettre au point les moyens de s'adapter à des contextes divers et variables. Nous ne cherchons pas à présenter ici des modalités de conduite des cultures meilleures que les modalités actuelles, évoquées plus haut, mais à développer une réflexion sur les méthodes de travail qui permettront de les adapter et de les faire évoluer si nécessaire.
Les trois paragraphes ci-après permettront d'aborder successivement : - la mise au point des itinéraires techniques (5) et des systèmes de culture (amélioration des choix techniques au niveau de la parcelle) ; - le raisonnement de la répartition spatiale des systèmes de culture, la réduction des pollutions, de l'érosion, des effets des insecticides sur les écosystèmes nécessitant, en effet, de prendre en considération la localisation des cultures, les effets de voisinage entre parcelles et les assolements régionaux (ceci a, jusqu'ici, peu été étudié par les agronomes) ; - l'évaluation a posteriori des systèmes de culture et assolements, dans le but de permettre aux agriculteurs et à leurs conseillers de faire évoluer les pratiques d'une année à l'autre en les adaptant au mieux aux milieux physique et socio-économique.

Mettre au point des systèmes de culture à la fois rentables et reproductibles
La limitation des suremplois d'engrais et de produits phytosanitaires passe par la mise au point d'autres modalités de gestion des risques dans les systèmes de culture. Trois voies de recherche, non exclusives, seront présentées : - la mise au point d'indicateurs permettant d'adapter au jour le jour les décisions à l'état du peuplement végétal et du milieu ; - la conception de nouveaux itinéraires techniques ; - une utilisation plus rationnelle des successions culturales (6) d'autre part.
Le principe des indicateurs est connu : une observation ou une mesure au champ ou sur un poste météorologique local permettent d'ajuster précisément la date ou les modalités d'une décision technique. Avec les progrès de la connaissance, on dispose d'indicateurs de plus en plus objectifs et fiables. Evoquons, à titre d'exemple le cas des tensiomètres utilisés en irrigation, plus sensibles et précis que les observations de flétrissements foliaires, ainsi que le suivi, selon une méthodologie très codifiée, des maladies et parasites, à la base du raisonnement de la protection intégrée dans les vergers (COVAPI).
La mise au point de ces indicateurs ne doit pas être considérée comme une simple Erreur ! Source du renvoi introuvable. de recherches cognitives, mais comme un sujet de recherche à part entière. Par exemple, cela fait longtemps que l'on a identifié les principaux mécanismes de l'assimilation des nitrates par les plantes et que l'on sait pourquoi la teneur en nitrates d'un tissu réagit rapidement à un manque d'azote. Pourtant l'utilisation d'un indicateur "teneur en nitrate dans la plante"- en vue d'un ajustement plus précis de la fertilisation azotée du blé - a nécessité que l'on vérifie sa spécificité (un bon indicateur de la nutrition azotée sera influencé uniquement par les variations de la nutrition azotée) et sa robustesse (l'indicateur doit permettre de reconnaître toutes les situations où l'azote est facteur limitant, quelle qu'en soit la cause) (Gonzalez-Montaner et al., 1987; Justes, non publié).
L'expérience montre que l'usage de certains indicateurs, très pertinents sur le plan théorique mais complexes ou coûteux à mettre en oeuvre sur chaque parcelle (on peut penser au reliquat d'azote minéral après hiver) est difficilement concevable sans la mise en place d'une organisation spécifique au niveau régional (Taureau et Ailliot, 1991).
Pour les agriculteurs, le développement de l'usage des indicateurs devrait permettre des économies substantielles d'intrants, mais suppose un changement dans l'équilibre des temps de travaux : moins de temps passé sur le tracteur, plus de temps de vigilance.
Voyons maintenant la conception des itinéraires techniques, il n'est pas question d'évoquer ici toutes les techniques qui permettent de réduire les risques de lixiviation (7) des nitrates (des cultures intercalaires à l'enfouissement des pailles), ou les risques phytosanitaires (de la lutte biologique au choix de variétés résistantes). Nous restreignons notre propos à l'idée simple qu'il est possible de sortir du cercle infernal où sont enfermées toutes les productions sans quota : la recherche du rendement le plus élevé possible (de plus en plus élevé, puisque les prix baissent) avec les conséquences que l'on sait, gaspillages et pollutions.
Afin qu'une baisse de production n'entraîne pas une baisse de marge, elle doit être accompagnée d'une diminution substantielle des quantités d'intrants employées ; afin que ces économies d'intrants ne se traduisent pas par un accroissement de la variabilité du résultat économique, il faut mettre en oeuvre d'autres méthodes de limitation des risques phytosanitaires ou des stress nutritionnels. C'est donc un ensemble d'interactions entre techniques culturales, milieu et peuplement végétal qu'il faut gérer, et donc un ensemble de risques qu'il faut prendre en considération simultanément. Plusieurs travaux récents montrent le parti que l'on peut tirer de la modélisation du fonctionnement du champ cultivé pour une telle gestion intégrée de l'ensemble des techniques culturales (Mishoe et al., 1984 ; Fisher, 1984 ; Meynard, 1985 ; Whisler et al., 1986 ; Sebillotte, 1987 ; Limaux, 1989).
On illustrera une telle démarche par l'exemple de la conception d'itinéraires techniques du blé d'hiver : sur la base des mêmes modèles d'élaboration du rendement, on peut mettre au point aussi bien un itinéraire technique intensif (l'objectif est le rendement maximum, voir ci-dessus). que des itinéraires techniques plus économes et potentiellement moins polluants (Meynard, 1985).
Le premier itinéraire technique (A) est conçu en vue de l'obtention d'un rendement de plus de 80 q/ha. On vise donc simultanément un nombre de grains/m¨ élevé et le poids de mille grains maximum compatible avec celui-ci. Les éléments de modélisation dont on dispose permettent de déterminer les nombres d'épis et de plantes/m¨ qu'il faut au moins égaler pour atteindre le nombre de grains/m¨ visé (cf. tab. II). Les besoins en azote, et donc la fertilisation, sont déduits de ces objectifs intermédiaires. Les risques de verse et de maladies sont importants, du fait de la densité de peuplement et de la fertilisation azotée, et l'on sait que, dans ces conditions, il est nécessaire d'appliquer au moins un régulateur de croissance et deux traitements fongicides.

Tableau II. Eléments de la conception d'itinéraires techniques pour deux objectifs de rendements différents
(d'après Meynard, 1985, Picardie, sol lessivé sur limon loessique, variété Fidel)
Itinéraires techniques A B
Objectifs
. Rendement (q/ha)
. Nbre de grains/m
. Nbre d'épis/m
. Biomasse aérienne en début de montaison (g/m¨)
. N absorbé (ensemble du cycle)
. N absorbé début de montaison

80 à 90
19 500
600
80
240
50

65 à 75
16 000
475
54
195
30
Techniques culturales
. Semis : nombre de plantes recherchées
- avant le 25/10
- après le 11/11
. Fertilisation azotée (kg/ha) :
- 1er apport
- dose totale (précédent betteraves, hiver pluvieux)
. Traitements :
- Régulateur de croissance
- Fongicides


240
450

70
175

oui
> 2


160
230

40
130

non
selon obs.

A : rendement maximum, qualité d'intrants adaptée ;
B : rendement inférieur aux potentialités, économie d'intrants.

Dans le deuxième itinéraire technique (B), la réduction des risques phytosanitaires est obtenue par le biais d'une réduction, de 15 q/ha, de l'objectif de production : les nombres de grains, d'épis et de plantes/m¨ strictement nécessaires sont plus faibles que dans le cas précédent : les besoins en azote, les risques de verse et de maladies sont corrélativement réduits, ce qui permet de réaliser des économies sur la fumure azotée, les traitements (pas de régulateur de croissance et réduction du nombre de fongicides), et les semences. Il est également possible d'envisager un semis plus tardif, limitant les risques d'attaque de pucerons tant à l'automne qu'au printemps, ou le choix de variétés résistantes, éventuellement en mélange, pour réduire les applications de fongicides (8).
Le test de ces deux itinéraires techniques illustre bien le changement de logique qui est caractéristique du second. Le rendement obtenu avec celui-ci est, très fréquemment, inférieur à celui de l'itinéraire plus intensif, au sein d'un même essai ; mais B atteint beaucoup plus souvent son objectif que l'itinéraire A (cf. ci-après, tab. VI) et la différence des rendements mesurée à la récolte est, pratiquement toujours, inférieure à la différence fixée par les objectifs.
Il en résulte d'une part, que les marges brutes obtenues avec les deux itinéraires techniques sont relativement proches, avec un avantage pour B, qui croît d'autant plus que le prix du blé baisse, et d'autre part, que l'azote apporté est mieux valorisé en B qu'en A où le rendement visé était souvent trop ambitieux (tab. VI).
On voit donc que, par rapport à un système qui n'était pas même très intensif, on peut réussir à réduire, par ce qu'on pourrait appeler une Erreur ! Source du renvoi introuvable., le nombre de traitements et les excès d'azote sans perdre d'argent et sans accroître l'irrégularité du rendement.
Au niveau de l'ensemble du système de culture (choix des successions et des itinéraires techniques), une utilisation analogue des modèles bute encore sur l'insuffisance de la modélisation des effets-précédent, voire des effets cumulatifs (9)
Certaines réductions de risques, de mauvaises herbes, de nématodes, de maladies ou d'insectes, ne peuvent se raisonner complètement qu'en prenant en considération les successions de culture. On connaît d'autre part l'intérêt des cultures intercalaires vis-à-vis de la réduction des pertes nitriques. Il serait cependant dangereux là encore de considérer additivement les différentes mesures de réduction de risques : la pratique des cultures intercalaires augmente, dans certains cas, les invasions de limaces ; où est le gain pour l'environnement si la réduction de la pollution nitrique se paie par l'emploi d'un molluscicide ?
On prend aujourd'hui de plus en plus conscience de la nécessité d'une interdépendance des itinéraires appliqués à deux cultures successives. Comment conduire un maïs après soja, ou un blé après un pois en tenant compte de l'effet-précédent ? Comment conduire le pois ou le soja pour rendre cet effet-précédent le plus favorable possible ? (10). Comment utiliser au mieux les pesticides pour ne pas hypothéquer l'avenir d'une parcelle à cause de la rémanence de ceux-ci ? Ainsi la replantation sur une ancienne houblonnière après quinze ans de céréaliculture peut-elle être impossible à cause de la rémanence, pendant plus de dix ans, des produits phytosanitaires utilisés sur blé.
Le mythe de la "remise à zéro" des effets-précédent par l'emploi des pesticides et des engrais est, heureusement, en train de s'effondrer.

Mieux raisonner les assolements et la répartition spatiale des systèmes de culture

Le choix des systèmes de culture en fonction du milieu a toujours été pratiqué par les agriculteurs. Pour ne citer que des exemples simples, rappelons la localisation privilégiée des cultures d'été sur terres profondes ou, en zone septentrionale, des vignes sur les pentes bien orientées. Mais cette localisation était, jusqu'ici, raisonnée essentiellement en fonction d'une optimisation des coûts ou de la productivité : il faut aujourd'hui y rajouter les contraintes liées à l'environnement.
Les questions de risques de pollution par les nitrates sont, à ce titre, très illustratives : Sebillotte et Meynard (1990) proposent de classer, pour un système de culture donné, les milieux en fonction de deux critères :
- Les risques d'entraînement d'azote au-delà des racines les plus profondes des cultures, durant un cycle climatique annuel. Ils dépendent avant tout du bilan hydrique (pluie + irrigation - évapotranspiration - ruissellement) en période d'excédent et de la profondeur de sol accessible aux racines.
- La variabilité interannuelle des potentialités agricoles, prises ici comme borne supérieure des objectifs de rendement des agriculteurs. Plus celle-ci est grande, plus il est difficile de prévoir correctement les besoins en azote, ce qui augmente les risques de reliquats élevés de cet élément dans le sol à la récolte. La variabilité des potentialités dépendra beaucoup du bilan hydrique en période de déficit (donc de la réserve utile des sols, entre autres) et de l'hydromorphie (Boiffin et Sebillotte, 1982).
Une classification des milieux (tab. III) permet d'une part, de juger les risques liés à la mise en oeuvre du système de culture considéré, dans chacun des milieux et d'autre part, de définir par type de milieu, les stratégies les mieux adaptées pour limiter les fuites nitriques : en a, un ajustement de la fertilisation aux besoins est suffisant ; en d, il est souhaitable, soit de régulariser les rendements, pour faciliter l'estimation des besoins, soit d'envisager, chaque fois que le rendement visé n'aura pas été atteint, la réalisation de cultures intercalaires ; en f, l'occupation du sol en période d'excédent climatique par une culture "piège à azote" apparaît comme une nécessité absolue.

Tableau III. Grille de classification des parcelles cultivées selon la variabilité interannuelle des potentialités agricoles et les risques de lixiviation de l'azote
(d'après Sebillotte et Meynard, 1990)
Risques de lixiviation hors de portée
des racines les plus profondes durant
les cycles culturaux successifs
faibles
à nuls
intermédiaires

forts
à
certains
Variabilité interannuelle
des potentialités agricoles :
- faible : Besoins en N
assez prévisibles
- forte : besoins en N
imprévisibles



a

d



b

e



c

f

Il faut insister sur le fait que le classement des milieux dans ce tableau est contingent aux systèmes de culture. En France, si l'on remplace des cultures récoltées avant la sécheresse estivale par des cultures d'été, la variabilité des potentialités des milieux à faible réserve en eau est augmentée ; si l'on introduit l'irrigation, on régularise au contraire ces potentialités, mais on augmente probablement les risques de lixiviation d'azote. On voit donc qu'il n'est pas possible d'établir des cartes de risques de pollution sans se référer aux systèmes de culture pratiqués. L'évolution très rapide et la diversité, dans le contexte économique actuel, des systèmes de culture conduit même à s'interroger sur l'intérêt de telles cartes.
Pour l'agriculteur, l'unité de gestion élémentaire est la parcelle agricole, et c'est à ce niveau que nous nous sommes situés jusqu'ici. Il faut cependant considérer, pour une maîtrise correcte de l'impact des systèmes de culture sur l'environnement, ce qui se passe à des niveaux d'échelle plus vastes et tenter de maîtriser les effets de voisinage.
Prenons l'exemple de l'érosion par ruissellement concentré, telle qu'on la rencontre dans le Nord-Ouest de l'Europe, en région de grande culture, et particulièrement sur des sols de limon loessique. Papy et Boiffin (1982) montrent que les risques d'érosion sont les plus grands quand une parcelle au sol compact (favorable au ruissellement) domine dans un bassin versant une parcelle qui vient d'être ameublie (favorable au départ de terre). C'est le cas, par exemple à l'automne, des parcelles de betteraves ou de pommes de terre après récolte, dominant des semis de blé ; ou, au printemps, de parcelles de blé dominant des semis de pois, de lin, ou de betteraves. A l'inverse, les risques sont nuls ou faibles tant que les positions hautes sont occupées par des parcelles fraîchement travaillées. Ces auteurs montrent que l'on peut, sans changer obligatoirement de système de culture, limiter considérablement les risques d'érosion en changeant l'affectation des cultures aux parcelles.
Il est certain que, dans les années à venir, les agronomes devront, beaucoup plus qu'ils ne l'ont fait jusqu'ici, s'intéresser aux relations spatiales entre parcelles. Des fuites nitriques importantes peuvent être tolérables sur une parcelle si elle est noyée dans un ensemble n'émettant pas de nitrates. La maîtrise des populations de parasites aériens, comme les insectes, doit se raisonner, au niveau d'une aire dépassant largement le cadre des parcelles agricoles, en jouant à la fois sur le maintien des populations d'auxiliaires et la surface occupée par des cultures sensibles (Riba et Silvy, 1989). Il sera, à ce titre, intéressant d'observer si l'extension, prévue, des jachères a un rôle favorable sur le développement des populations d'auxiliaires (ou, éventuellement, de ravageurs). Vis-à-vis de certains parasites, il existe des résistances génétiques qui sont parfois bien mal valorisées : l'importance des épidémies récentes de rouille jaune du blé n'est-elle pas, en partie, liée à la place très importante dans les assolements, de la variété sensible Thésée ? Ne pourrait-on pas envisager que l'emploi de variétés résistantes aux agents pathogènes soit encouragé, par exemple, par un soutien spécifique des cours ?
Il est probable, de fait, que beaucoup de problèmes d'environnement pourraient être, au moins partiellement, résolus par une meilleure répartition spatiale des systèmes de culture. Mais les solutions devront tenir compte d'une difficulté majeure : la dispersion des centres de décision, dès que les surfaces concernées dépassent celles de l'exploitation agricole.

Apprendre à évaluer a posteriori des pratiques agricoles
Aujourd'hui, les agronomes disposent de plus en plus d'outils et de méthodes pour évaluer a posteriori les pratiques agricoles ; ils savent identifier et hiérarchiser les facteurs limitants du rendement sur une parcelle, déterminer l'origine d'une mauvaise utilisation de l'azote, repérer les excès de fertilisation, etc. Ces diagnostics, fondés sur des méthodologies éprouvées, sont de plus en plus souvent mis en oeuvre pour identifier, dans une région, les problèmes techniques dont l'étude doit être privilégiée (Meynard et Sebillotte, 1983 ; Meynard, 1985 ; Thierry, 1986 ; Fleury et Limaux, 1987 ; Lanquetuit, 1988 ; Michaux, 1988 ; Limaux, 1989 ; Pouzet, 1989 ; Gras et al., 1989). Ces diagnostics jouent ainsi un rôle essentiel dans l'établissement de programmes de recherche comme de développement.
On ne peut que s'étonner, dans ces conditions, que les agriculteurs restent aussi démunis qu'il y a vingt ans quand il s'agit de faire le bilan de leur campagne, définir ce qui a marché conformément aux prévisions, et tirer parti des erreurs pour améliorer les systèmes de culture pour les années à venir. Nous donnerons ici deux exemples de moyens d'évaluation des pratiques, d'ores et déjà opérationnels.
L'analyse du rendement : Pour des cultures comme les céréales, le maïs ou les protéagineux, le simple recueil du poids de 1 000 grains, en plus du rendement, améliore considérablement la fiabilité d'un diagnostic. Soit un agriculteur ayant deux parcelles de blé, sur un même type de sol, avec un même précédent cultural, et sur lesquelles il a appliqué des itinéraires techniques voisins (semis à trois jours d'intervalle, même variété, même fertilisation, mêmes traitements phytosanitaires, à l'exception du troisième traitement fongicide, qui n'a été effectué que sur la parcelle n° 1). Le rendement de la parcelle n° 2 est de 60 q/ha, celui de la parcelle n° 1 est quant à lui conforme à l'objectif de 75 q/ha.
Avec logique (au moins en apparence), notre agriculteur pourra conclure que l'échec enregistré sur la parcelle n° 2 est lié à l'absence du troisième traitement fongicide. L'examen des composantes du rendement (tab. IV) permet d'éviter, dans un tel cas, de commettre une telle erreur de diagnostic : le rendement plus élevé de la parcelle n° 1 est lié essentiellement à un nombre de grains/m¨ plus élevé. Ce troisième fongicide, appliqué après la floraison, n'est certainement pas en cause. C'est avant la floraison qu'il faut chercher l'origine de la différence de rendement ; peut-être (ce serait facile à vérifier en examinant le calendrier des pluies) faudrait-il invoquer un effet des conditions de semis ?

Tableau IV. Exemple d'analyse du rendement




Rendement
obtenu


Rendement
objectif
(q/ha)

Poids
de 1 000
grains
(g)
Nombre
de grains
grains par m¨
(établi par
calcul)
Poids
de 1 000
grains
potentiel
(!)
Parcelle n° 1
Parcelle n° 2
75
60
75
75
39
40
19 200
15 000
40
40

(!) Poids de 1 000 grains potentiel variétal pour l'année considérée (même variété, même type de sol, mêmes lieu et année).

Dans un tel exemple, un diagnostic correct permet :
- d'éviter de considérer que la stratégie "trois fongicides" est la seule bonne (au contraire, on peut noter que les poids de 1 000 grains obtenus sur les deux parcelles sont proches du potentiel variétal, et s'interroger sur l'intérêt du troisième fongicide) ;
- de discuter, et si possible d'améliorer, les règles de décision mises en oeuvre dans le choix de la date de semis ;
- de supputer que l'azote apporté a été mal utilisé sur la parcelle n° 2 puisque, dans les conditions de culture ouest-européennes, les variations du nombre de grains/m¨ sont très liées aux variations des quantités d'azote absorbé. On pourra envisager, en conséquence, la mise en place d'une culture intercalaire sur cette parcelle.
La réalisation de diagnostics aussi simples nécessite avant tout l'existence de références régionales, la diffusion (annuelle) de poids de 1 000 grains potentiels par variété, et un certain nombre de règles d'interprétation des itinéraires techniques. Au niveau de groupes d'agriculteurs, il est possible d'améliorer la fiabilité de tels diagnostics en confrontant les résultats d'un plus grand nombre de parcelles.
Le suivi des éléments minéraux, par des analyses, dans les plantes ou dans le sol, de même que les bilans a posteriori, permettent une évaluation des pratiques de fertilisation.
On peut illustrer l'utilisation des analyses foliaires par les conseils donnés dans le cadre du COVAPI (cf. encadré). L'adaptation de la fumure est constante, grâce au suivi de la nutrition du verger.
Une utilisation analogue des analyses de sol pour une parcelle donnée permettrait, par le suivi de fertilité, d'ajuster régulièrement la fumure de fond.
Les bilans d'éléments minéraux, enfin, sont recommandés par les agronomes au niveau de la parcelle... mais rarement faits par les agriculteurs, à cause, entre autres, de l'incertitude sur les données de base ? quantités et composition des effluents d'élevage par exemple (Cerf et Meynard, 1988). Mais cet obstacle n'existe pas pour un bilan pluriannuel des entrées-sorties au niveau de l'exploitation, tel que celui préconisé par le CORPEN (Bedekovic, 1990) : aliments du bétail, engrais, produits animaux ou végétaux vendus ont des compositions connues ; les données de comptabilité courante sont suffisantes pour effectuer un tel bilan et identifier les situations à excédent structurel. Pourquoi les centres de gestion, qui disposent des données nécessaires, n'aideraient-ils pas les agriculteurs dans cette tâche ?

Commentaires d'analyses de feuilles et fruits
(réalisées sur pommier en 1989 par le COVAPI)
Exemple 1 :
"Surveiller l'alimentation azotée, qui est en diminution par rapport à 1988; la teneur en zinc paraît assez élevée suite aux 4 applications de composés phytosanitaires contenant cet élément.Dans l'ensemble poursuivre le programme de fertilisation adopté"
Exemple 2 :
"Une diminution de la ferilisation potassique peut encore être réalisée; poursuivre les apports de calcium après le stade J? pour recentrer le rapport K/Ca autour de la référence"

Les différentes voies d'amélioration des systèmes de culture développées contribueront, sans doute, à diminuer les quantités d'intrants employées et souvent les rendements visés. En ce sens, des systèmes de culture intégrés pourront constituer une voie pour une réduction des excédents, pour les produits de grandes culture en particulier. Mais cette convergence ne doit pas conduire à une confusion.
En effet, d'une part, la réduction des quantités d'intrants n'est pas gage d'une réduction des pollutions ; ainsi l'augmentation des surfaces en protéagineux, qui permet de réduire les achats d'engrais azotés, pourrait-elle au contraire augmenter les risques de fuites nitriques. D'autre part, la réduction des coûts de production passe aussi pour les agriculteurs par une réduction des charges de structure, qui pourra induire une plus grande difficulté à appliquer les techniques culturales aux moments optimaux, et donc à leur assurer l'efficience maximale. Extensification n'est pas synonyme de respect de l'environnement.

[R] 3. Méthodes d'évaluation des nouveaux systèmes de culture

Pour effectuer le passage de la conception des systèmes de culture intégrés à leur mise en pratique par les agriculteurs, nous devons disposer d'outils expérimentaux permettant : - d'évaluer ces systèmes, par rapport aux objectifs de départ ; - de tester leur "faisabilité" technique ; - de démontrer leur pertinence aux utilisateurs potentiels.
Si l'on sait mettre en place des dispositifs à caractère démonstratif, par contre les méthodes qui permettront d'évaluer des systèmes de culture sont moins connues. L'étude des systèmes de culture nécessite, en effet, une reconversion par rapport aux méthodes de travail habituellement employées en écophysiologie végétale et en phytotechnie où l'on teste l'effet sur quelques variables d'un ou deux facteurs que l'on essaie de maîtriser au mieux.

Les essais "systèmes de culture"
La première méthode d'approche consiste à réaliser des expérimentations (champs d'essais) mettant en comparaison en un même lieu (même sol, même climat) des successions de cultures et des mesures techniques différentes. Les essais "itinéraires techniques"évoqués plus haut (comparaison d'un itinéraire à haut objectif de rendement et d'un itinéraire à objectif réduit) ou l'essai "système de culture" de l'INRA de Toulouse où l'on compare des rotations plus ou moins intensives (Debaecke et Hilaire, 1990) en constituent des exemples.
Entre les traitements expérimentaux comparés, lors d'une année donnée, varient à la fois la fertilisation, la densité de semis, la protection phytosanitaire, voire l'irrigation ou le précédent cultural. Il n'est pas possible, le plus souvent, de ménager des variantes aux systèmes examinés (par exemple une variante du système de culture X recevant la dose d'engrais du système de culture Y) pour vérifier analytiquement la validité de tous les choix. C'est donc la globalité du système qui est éprouvée.
Pour autant, le test n'est pas seulement global. En effet, ce qui est mis en expérimentation, ce ne sont pas des modalités techniques figées, définies sur le papier au début de l'expérimentation, mais des règles d'action, qui permettront, au moment voulu, d'adapter le choix technique à la situation (état du sol et du peuplement végétal, climat passé et probable).
Chaque corps de règles est défini par rapport à des objectifs précis, quantifiés ou non, mais explicités a priori (par exemple : objectif de rendement du blé de 80 q/ha, pas de limitation de la production par les parasites ou les maladies, objectif de quantité d'azote absorbé de 240 kg/ha sur l'ensemble du cycle, augmentation de la teneur en matière organique du sol et de la quantité de vers de terre).
Le test des systèmes de culture est la vérification de l'adéquation des règles d'action choisies, par rapport à l'atteinte des différents objectifs (globaux et intermédiaires).
Il n'y a donc pas de comparaison directe des systèmes de culture ; il y a d'abord comparaison des résultats de chacun des systèmes mis en expérimentation à ses objectifs, puis comparaison des taux d'atteinte des objectifs par chacun des systèmes de culture (tab. V). Une comparaison directe n'est envisageable que lorsque les systèmes répondent aux mêmes objectifs.

Tableau V. Evaluation d'itinéraires techniques du blé
(D'après Meynard, 1989a. 28 essais de 1982 à 1986, Picardie)
Les itinéraires techniques sont ceux du tab. II
Itinéraires techniques A B
1) Critères d'évaluation pour lesquels les objectifs des 2 itinéraires techniques sont différents :
- Taux d'atteinte du rendement minimal attendu
- Taux d'atteinte de l'objectif du nombre de grains/m
- Taux d'atteinte de l'objectif de poids de 1 000 grains

16/28
15/28
13/28

21/28
20/28
13/28
2) Critères pour lesquels les objectifs des 2 itinéraires sont identiques :
- Objectif marge brute maximum :
. Nbre de cas où A>B (prix 86)
. Nbre de cas où B>A
- Objectif régularité maximum du rendement
. Ecart-type du rendement (q/ha)
- Objectif utilisation optimale de l'azote
. Nombre de cas où N non utilisé est supérieur en A
. Nombre de cas où N non utilisé est supérieur en B


7/28


11,4

22/28



21/28

11,0


6/28

On conçoit bien que de tels essais doivent faire l'objet de nombreux contrôles de terrain, pour la vérification de l'atteinte des objectifs intermédiaires (par exemple : état structural du sol, quantités d'éléments minéraux métabolisés ou restitués, etc.). Ces contrôles permettent non seulement de vérifier la cohérence des règles d'action, mais aussi d'effectuer un diagnostic des causes de non-atteinte des objectifs. Il est clair également, ainsi que le souligne Sebillotte (1990), que toutes les espèces doivent être présentes tous les ans, pour mettre à jour les interactions des systèmes de culture avec le climat.
Trop souvent sont réalisées des expérimentations "systèmes de culture" dans lesquelles seuls les objectifs globaux sont précisés. Aucune évaluation analytique n'est alors réellement possible ; les comparaisons entre itinéraire technique de l'agriculteur et itinéraire technique proposé par la recherche ou le développement n'ont pour les raisons ci-dessus aucune valeur de test, tout au plus ont-elles une valeur de démonstration.
La limite principale de tels essais est qu'ils prennent souvent assez mal en considération l'insertion des systèmes de culture dans le système de production : c'est pour cette raison que de nombreux auteurs se sont attachés à réaliser des expérimentations au niveau du système de production (fermes expérimentales)(11)

Les fermes expérimentales
L'approche "fermes expérimentales", peu pratiquée en France, l'a plus été dans d'autres pays d'Europe.
Les systèmes de culture intégrés sont éprouvés soit dans le cadre d'une ferme expérimentale dont chaque sole est subdivisée, chaque partie étant gérée indépendamment, soit dans le cadre de plusieurs fermes expérimentales menées en parallèle.
La première méthode a été utilisée d'abord à Lautenbach en Allemagne, ex-RFA (Eltiri, 1989), deux systèmes de culture, "integrated"et "conventional", sont mis en place sur l'ensemble de l'exploitation sur des parcelles adjacentes. La seconde méthode a été développée à Nagélé aux Pays-Bas (Vereijken, 1989), où sont menées en parallèle trois fermes expérimentales avec chacune des systèmes de production différents ("organic", "integrated"et "conventional"). Des expérimentations de ce type ont été mises en place en France par l'ITCF dans le cadre de "microfermes".
Mieux que les études au niveau de la parcelle, les expérimentations de systèmes de production permettent d'appréhender la faisabilité technique des propositions.
Leur évaluation, plus complexe que dans le cas précédent, doit être réalisée à deux niveaux : d'une part, à celui de la parcelle, selon les modalités déjà précisées, et d'autre part, à celui de l'exploitation, en analysant la compatibilité des systèmes de culture proposés du point de vue de l'organisation du travail, de l'occupation de l'espace, de leur contribution au revenu net, etc.
L'expérience acquise depuis plus de douze ans à Lautenbach et à Nagélé fait cependant apparaître que la gestion des fermes expérimentales ne reflète que très imparfaitement ce qui pourrait se passer en condition réelle chez un agriculteur, les facteurs influençant les prises de décisions du responsable de la ferme expérimentale étant en partie biaisés. Malgré leur coût, ces projets ont constitué des outils capables de fédérer des chercheurs d'horizons différents et permettant une évaluation pluridisciplinaire des systèmes testés.

Les suivis d'exploitation
Conscients du caractère peu extrapolable de ces fermes expérimentales, certains auteurs, comme Sebillotte (1978) ou Vereijken (comm. pers.), proposent de leur substituer des suivis de réseaux d'exploitations. Si ces exploitations tentent de répondre à un même cahier des charges et d'appliquer les mêmes conseils, le réseau permet d'analyser la gamme d'applicabilité des techniques et leur robustesse. En ce sens, il constitue bien la base expérimentale de leur examen. Les agriculteurs bénéficient, de plus, d'un retour de l'évaluation, qui leur permet d'adapter leurs systèmes de culture au cours du temps et le suivi peut ainsi déboucher sur une évaluation des outils d'évaluation eux-mêmes !
Un tel réseau s'apparente déjà, cependant, très largement aux méthodes d'enquête, dont il a les avantages : il peut repérer les innovations, identifier les contraintes, et, dans des situations réelles, mettre en évidence des questions qui peuvent ensuite être reprises et analysées finement au travers d'expérimentations classiques qui simuleront, par exemple, les contraintes relevées au niveau des parcelles des agriculteurs ; il en a les inconvénients : risques de confusion d'effets dans les interprétations, pas de maîtrise réelle des facteurs de variation (Sebillotte, 1978).
Expérimentation et modélisation
Il ne faut pas perdre de vue que la mise en place et le suivi des expérimentations sont coûteux en temps et que ces études s'inscrivent dans la durée. En effet, outre le fait de devoir attendre la fin d'une rotation pour faire une évaluation, il faut noter que certains indicateurs biophysiques ne donneront de réponses qu'au bout de plusieurs années (évolution des mauvaises herbes, caractéristiques physiques des sols, etc.).
De ce fait, le nombre d'essais réalisés n'est jamais très élevé, et le nombre de systèmes, de culture ou de production mis à l'épreuve jamais très grand.
Ainsi que nous l'avons souligné plus haut, la modélisation du fonctionnement du champ cultivé, voire de l'exploitation, constitue un complément indispensable à l'expérimentation :- elle permet de trier dans les solutions qui méritent d'être expérimentées (cf. en 2. : Mettre au point des systèmes de culture à la fois rentables et reproductibles) ; - elle aide à réaliser les diagnostics nécessaires à l'évaluation (cf. en 3. : Les essais "systèmes de culture") ; - elle peut servir, enfin, de base à l'extrapolation de résultats établis sur quelques expérimentations.

 [R]Conclusion

Notre conviction est, qu'à terme, une évolution des systèmes de culture dans le sens d'une plus grande reproductibilité est inéluctable. Il faut la préparer, l'amorcer le plus vite possible, tant que les dégâts irréversibles restent limités.
Ceci suppose une mobilisation conjointe de la profession agricole, de ses partenaires économiques, des pouvoirs publics et de la recherche.
Pour les agriculteurs, il s'agit d'une remise en cause de fond . S'ils s'affirment de plus en plus sensibles aux problèmes posés par les excès d'azote ou de pesticides, ils n'ont toujours pas renoncé au mirage des rendements toujours plus hauts. La conversion sera d'autant plus difficile que les nouveaux systèmes de culture nécessiteront un savoir-faire inusité (gestion précise des interactions, évaluation a posteriori). L'encadrement direct de l'agriculture a un rôle positif à jouer dans cette mutation, en aidant à la mise au point de solutions adaptées aux conditions locales, en concevant ou en diffusant des outils d'aide à la décision.
Les pouvoirs publics n'auront une action incitative efficace que s'ils se fondent sur une analyse complète de la situation. Des mesures partielles, basées sur une vision caricaturale des phénomènes ("les engrais sont la source des pollutions, "l'extensification permettra de réduire les nuisances") n'auront qu'une efficacité limitée. Une action cohérente au niveau de l'ensemble de la filière agricole est nécessaire. L'encouragement à l'utilisation, par les agriculteurs, de variétés résistantes aux agents pathogènes, par exemple, suppose de favoriser la sélection de telles variétés, donc de revoir les procédures d'inscription et le financement du progrès génétique. La diminution de l'emploi des pesticides implique non seulement une sensibilisation des agriculteurs, mais aussi l'octroi aux entreprises d'approvisionnement et de collecte des moyens de développer leurs marges dans d'autres secteurs. L'encouragement à la mise en place de labels (garantissant le produit ou le mode de production) est, sans doute, une voie à explorer.
Les organismes de recherche ont un rôle essentiel à jouer : d'abord parce que la logique interne du système agricole actuel est très forte, on l'a vu, et que les solutions les plus novatrices devront venir de l'extérieur. Mais aussi parce que la nouvelle problématique de la production nécessite l'acquisition de connaissances considérables : connaissances de base, sur la physico-chimie des polluants ou le fonctionnement des biocénoses, par exemple ; connaissances synthétiques orientées vers l'action : mise au point d'indicateurs, de méthodes de conception d'itinéraires techniques ou de systèmes de culture, de méthodes de raisonnement des assolements, de méthodes d'évaluation des systèmes de culture enfin.
Il paraît clair - mais il est bon de le rappeler - que la biologie moléculaire et les transgénoses ne permettront pas de résoudre tous les problèmes : on ne pilote pas en effet des systèmes aussi complexes que les systèmes agricoles en changeant quelques gènes. L'illusion du "tout chimique" se dissipe. Ne lui en substituons pas une autre.


Notes

(1) A un autre niveau la "révolution verte"des années 1970 en Inde a d'ailleurs eu les mêmes conséquences.[VU]
(2) Application de doses d'engrais supérieures à ce qui serait strictement nécessaire pour obtenir la meilleure marge brute sur la culture.[VU]
(3) On verra plus loin que le rendement est lui-même un critère trop global pour que l'on puisse interpréter clairement ses variations.[VU]
(4) Dans Alternative Agriculture, publié en 1989 par le National Research Council (Conseil National de la Recherche des Etats-Unis, à Washington).
L'expression américaine "sustainable agriculture" peut se traduire par agriculture "durable"ou reproductible". Alors que l'expression européenne insiste sur les moyens ("intégré), l'expression américaine, à juste titre, insiste sur les objectifs de ces modes de production.[VU]
(5) On entend par itinéraire technique la combinaison des techniques employées par un agriculteur sur une parcelle pour conduire une culture (du travail du sol à la récolte, en passant par le choix des variétés, la fertilisation, etc.) (cf. in Sebillotte, 1987, p. ex.). [VU]
(6) Successions culturales : suites de cultures pratiquées sur la parcelle. Le rendement de la culture en place dépend du précédent cultural (apport ou non d'azote, de germes pathogènes, travaux du sol qu'il a requis, etc.)..[VU]
(7) Lixiviation : entraînement d'éléments solubles du sol par l'eau.[VU]
(8) Travaux en cours à l'INRA, laboratoires d'Agronomie et de Pathologie de Grignon, unité de recherche intégrée SRIV La Verrière (de Vallavieille-Pope et al., 1991).[VU]
(9) On trouvera une analyse critique des connaissances utilisables dans Debaeke et Hilaire (1990).[VU]
(10) Travaux en cours, par Th. Doré, à la chaire d'Agronomie de l'INA-PG.[VU]
(11) On relèvera, cependant, qu'il est possible d'inclure dans la formulation des règles d'action les contraintes imposées aux systèmes de culture par les systèmes de production (cf. par exemple Capillon et Fleury (1986) ainsi que Meynard et Aubry (1988).[VU]

 [R] Références bibliographiques

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