Sauve qui peut ! n°08 (1996)

Les ressources génétiques des protéagineux

La situation actuelle des ressources génétiques des protéagineux
Evolution des ressources génétiques des protéagineux

encadré1
Tué par les féveroles ?

Encadré2
Les âmes des morts


Il n'y a pas eu en France, jusqu'à ces dernières années, de véritable politique de gestion, des ressources génétiques coordonnée au sein d'un organisme spécialisé (Germplasm Institute ou baque dé gènes) comme cela se trouve dans nombre de pays étrangers. L'INRA, le GEVES et les établissements privés de sélection (EPS) entretiennent chacun des collections, collections de référence et collections de travail, sans que celles ci soient coordonnées ou harmonisées.
Le résultat de cette situation est un éparpillement des ressources sur un grand nombre de sites, l'existence de doublons dans les collections et un manque d'homogénéité dans les stratégies de caractérisation, de maintien et de multiplication des stocks génétiques. Cela interdit l'édition d'un Catalogue français des ressources génétiques et donc, entraîne des difficultés de diffusion et d'échange des ressources génétiques détenues par les différents organismes impliqués, ainsi qu'une méconnaissance, en particulier de l'étranger, du patrimoine génétique de la France en matière de protéagineux.
Cette situation devrait changer dans les prochaines années avec la mise en place d'un plan de gestion des ressources génétiques, sous l'égide du BRG pour la partie française d'une part et de l'IPGRI-FAO pour la composante européenne d'autre part. Le projet de Charte nationale des ressources génétiques devrait à terme proposer une solution intégrée au niveau des différents partenaires français, public et privés, pour la gestion commune d'une collection de base des différentes espèces protéagineuses. Le travail actuellement en cours pour l'ensemble des espèces de grande diffusion devrait être prochainement concrétisé par l'agrément d'une charte homogène et cohérente.
Par ailleurs, lors d'une conférence tenue à Copenhague en juillet 1995 et réunissant les principaux partenaires de l'Europe de l'Ouest et de l'Est, il a été décidé d'unir nos efforts afin de constituer un projet de base européenne des protéagineux. Il s'agit dans un premier temps de gérer une base de données informatisée, indépendamment des ressources " physiques " que représentent les graines correspondantes. Dans ce cadre, la France est chargée en particulier de gérer la base Vicia faba (fève, féverole) et d'harmoniser les catalogues existant aujourd'hui chez les partenaires européens du projet IPGRI-FAO.

[R] La situation actuelle des ressources génétiques des protéagineux

Les principales espèces protéagineuses pour lesquelles des ressources génétiques sont actuellement maintenues en France sont les suivantes : Pisum sativum, Vicia faba var minor, Vicia faba var major, Vicia faba var equina, Vicia faba var paucijuga, Lupinus albus, Lupinus mutabilis, Lupinus luteus, Lupinus angustifolius, Phaseolus vulgaris, Lens esculenta et Cicer arietinum. Les descripteurs utilisés pour caractériser ces ressources sont variables selon les espèces considérées (tableau ci-dessous).
Descripteurs utilisés Lupin Pois Féverole
Origine du matériel
géographique
génétique
Caractères phénologiques
Caractères morphologiques
quantitatifs
qualitatifs
Productivité
Qualité
Résistances aux pathogènes
Caractères physiologiques
Marqueurs
enzymatiques
infra rouge
moléculaires (RFLP)

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L'un des objectifs fixés dans le cadre de l'harmonisation des bases de données est d'arriver à une homogénéisation de ces descripteurs au niveau national pour les différentes espèces et les différents partenaires, ainsi qu'au niveau européen, au moins pour les " données de passeport " (codes, origines, synonymes, pedigree, etc.).
Si l'on exclut les collections de travail composées essentiellement de matériel en disjonction, les collections actuellement recensées en France, regroupant les divers organismes concernés - INRA, GEVES, Groupement des sélectionneurs de pois (GSP) - représentent un nombre d'accessions important mais comportant de nombreux doublons. Une récapitulation faite en 1995 donne les valeurs indiquées dans le tableau ci-dessous.
Ces collections sont conservées et entretenues en France par divers organismes.
Espèces Nombre d'accessions
Pois
Féveroles
Lupins
Lentilles
Haricots

6 000
2 900
2 400
   400
1 400

Total

          13 100

Collections du GEVES
Le GEVES maintient au Magneraud (Charente-Maritime) une collection importante de pois (1 740 cultivars) et de haricots (1 400 cultivars environ). Les collections de féveroles (130), de lupins (38) et de lentilles (12) sont plus modestes.

Collections de l'INRA
Pois protéagineux. Quatre laboratoires : Versailles (Yvelines), Mons (Somme), Rennes (Ille-et-Vilaine) et Dijon (Côte-d'Or) possèdent des collections représentant plus de 4 000 cultivars provenant de banques mondiales : Gatersleben (Allemagne), Pulmann, Beltsville (Etats-Unis), Nordik bank (Suède), etc., d'échanges entre organismes et instituts et de prospections. La structuration à l'INRA de cette collection est en cours sous la direction d'un groupe de travail animé par Isabelle Lejeune, dont le but est d'établir une liste non redondante entre les différentes stations et de déterminer la collection de base permettant d'aboutir à une collection nationale.

Féverole. Deux laboratoires (Rennes et Dijon) entretiennent une collection de 2 750 cultivars avec une prédominance de cultivars de type printemps à Dijon et de cultivars de type hiver à Rennes. Ces collections proviennent essentiellement de vieilles populations locales françaises : Gers, Picardie, Côte-d'or et Vendée, de banques mondiales de gènes : Gatersleben, Bari (Italie), Sadovo (Bulgarie), Vavilov (Russie), d'organismes internationaux comme l'International Centre for Agricultural Research (Grande Bretagne), Unilever, Cebeco (Pays-Bas), INRA Maroc, INRA Tunisie, universités allemandes, etc.
Pour les genres Pisum et Vicia en particulier, des prospections dans des centres d'origine (Ethiopie, Erythrée, Proche-Orient, Moyen-Orient, Sud-Est asiatique, Nord de l'Inde) et dans des centres de diversification ou de domestication anciens (Chine, Amérique du Sud) seraient utiles pour accroître la variabilité de ces espèces et introduire dans les collections des caractères inexistants (ou perdus) dans les cultivars maintenus en France aujourd'hui. Dans toutes ces régions existe une très grande variabilité essentiellement liée au mode de culture très concentré autour de populations locales spécifiques et donc très diverses. II est à craindre que le développement des techniques agricoles, et en particulier le développement des variétés commerciales améliorées, fasse disparaître ces populations qui risquent d'être définitivement perdues à terme.
Lupin. Un laboratoire (Lusignan, Deux-Sèvres) possède une importante collection de lupins (2 250 cultivars environ) dont une grande partie provient de collectes de prospections réalisées en grande partie par le laboratoire en Grèce, Turquie, Espagne, Portugal, Açores, etc.
Collections du secteur de la sélection privée
Le secteur privé entretien des collections de base et de travail sur les principales espèces protéagineuses, mais la collection de base la plus importante est une collection " pois " maintenue dans le cadre du Groupement des sélectionneurs de pois (GSP), rassemblant 8 sélectionneurs privés, par Martine Duparque à Mons (environ 950 cultivars).

[R] Evolution des ressources génétiques des protéagineux
Les objectifs d'homogénéisation des bases de données et d'harmonisation des collections au plan national et européen dans le cadre de la Charte nationale des ressources génétiques, d'une part, et dans le cadre des bases de données européennes, d'autre part, restent la priorité. Les travaux en cours devraient aboutir dans le courant de l'année 1996.
Par ailleurs, l'INRA a mis en place un réseau multilocal d'évaluation du matériel. Essentiellement destiné à estimer dans un contexte multilocal le potentiel de production des obtentions variétales de ses laboratoires, le Groupe protéagineux de lINRA pense aussi utiliser ce réseau pour une gestion
dynamique de ses collections.


[R] encadré1
Tué par les féveroles ?

Pythagore, le philosophe du VIe siècle avant JC aurait trouvé la mort, assassiné par le peuple de Crotone dans le Sud-Est de l'Italie. Poursuivi, il arriva à la lisière d'un champ de fèves et préféra être tué plutôt que d'y pénétrer. La même aventure a également été attribuée à des disciples de Pythagore, qui furent mis en pièces par les soldats de Dyonisos pour n'avoir pas voulu pénétrer dans un champ de fèves. Quelle qu'en fût la cause, il parait évident que le mouvement pythagoricien n'aimait pas beaucoup les fèves.


[R] Encadré2
Les âmes des morts

Pline l'Ancien dans son Naturalis Historiae disait " II a été reporté que les âmes des morts sont contenues dans une fève, et c'est la raison pour laquelle les fèves ont toujours été utilisées dans les sacrifices à la mémoire des parents morts ". Lucius écrivait au lie siècle après JC que manger une fève ou manger la tête de son propre père étaient des crimes semblables, et que Dialis, grand prêtre de Jupiter, interdisait de manger ou même de mentionner le nom de la fève.
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