Le Courrier de l'environnement n°43, mai 2001

Changer de lunettes pour changer la ville ?

Entre ruptures et mots-valises
Vous avez dit " ville durable " ? Premier terme de la confrontation
Second terme : un sous-système urbain méconnu


Le titre même de nos journées m'inspire une remarque liminaire. Il pourrait en effet sembler opposer écologie urbaine et développement durable, envoyer la première aux oubliettes des objets usagés et poser le second en nouvel idéal, un idéal de substitution supplémentaire en somme, apparemment destiné à conjurer l'échec d'un précurseur. Comme le disait une BD des années 1970 du mouvement des mineurs de fond : " Votre mouvement ayant échoué, vous êtes priés de passer en salle de désintégration. ".

[R] Entre ruptures et mots-valises

Je ne pense pourtant pas qu'il y ait une rupture entre les approches nourries - mais bien peu mises en œuvre - par une discipline scientifique neuve, mais une discipline quand même, et relativement autonome, l'écologie des milieux urbains, et celles qui visent à concevoir les villes dans la perspective d'un développement durable. Autrement dit : " Ville durable et écologie urbaine, même combat ! ".
Mais ces projets n'occupent pas la même place sur un échiquier particulièrement vaste depuis le Rapport " Brundtland " (validé par l'assemblée générale des Nations unies en 1987 et édité en français, mais au Québec, sous le titre Notre avenir à tous, par Les Éditions du Fleuve, en 1989) et l'Agenda 21, programme adopté en juin 1992 par les gouvernements assemblés à Rio de Janeiro, lors de la Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement, " pour encourager le développement durable et écologiquement rationnel dans tous les pays " : la nécessaire transformation de nos conceptions industrialo-occidentales du développement des sociétés.
Il y a, d'un côté, un projet de connaissance et, de l'autre, un objectif de société. Que l'un et l'autre se nourrissent, que les besoins de recherche convergent et que l'exigence de pratiques interdisciplinaires pour l'une, désectorialisées pour l'autre, présente des analogies et des familiarités n'autorise en aucune façon de les confondre. L'écologie urbaine, comme projet, et le développement durable, comme objectif, ne sont donc ni substituables, ni opposables, sauf à les considérer comme ces mots-valises jetables dont la techno-société française est friande tant ils permettent de camoufler une inertie foncière.
Deuxièmement, si, comme je le pense, rupture il y a, elle se situe un peu avant, à la fin de la période des Trente Glorieuses durant laquelle la ville était encore conçue, au-delà du geste démiurgique originel, comme une série de fonctions s'excluant les unes les autres et comme un ensemble clos de machineries juxtaposées
- quand bien même elle était déjà pensée, mais a posteriori, comme un tout quasi dématérialisé et exclusivement signifiant par certains sociologues (cf M. Castells, 1972. La question urbaine. F. Maspero, Paris, 450 p.) - et lorsqu'elle était régie par des outils sectoriels.
Cette période n'est pas close. Elle s'achève lentement. Je ne pense pas que la majorité des urbanistes, des architectes et des édiles urbains aient fait une révolution analogue à celle que le monde rural (est-ce parce qu'il est dans une situation politique difficile ?) vit depuis quelques années, en consacrant jusque dans une loi (la loi d'orientation agricole du 9 juillet 1999 - n°99-574) la multifonctionnalité de l'espace agricole et rural (à tout point de l'espace correspondent plusieurs fonctions et utilités articulées, ensemble variable d'un point à l'autre) et en acceptant de concevoir, certes un peu contraint, la multifonctionnalité - le tripode économique, social et environnemental - de l'agriculture elle-même. Combien de plans d'occupation des sols (POS) sans même les courbes de niveau et combien, encore, de projets dits de haute qualité environnementale (HQE) sans même une description succincte de leurs milieux d'insertion. Pour le sens commun, la friche urbaine n'est qu'une " dent creuse " à combler au plus vite de béton et de bitume ; d'ailleurs, elle apparaît, sur les cartes et les plans, parée de la blancheur virginale des terrae incognitae vides.
Un peu comme un chirurgien qui ignorerait l'anatomie, l'ingénierie urbaine intervient encore trop souvent sur la ville sans en connaître ni les formes, ni les milieux, ni un bon nombre de mécanismes.
Quant aux aménageurs publics ou privés, ils ont bien du mal à passer, en matière d'aménagement du territoire, de la collection des schémas d'objectifs sectoriels concurrents (autoroutes, réseaux ferrés, liaisons aériennes ou fluviales…) à des schémas de services collectifs plus intégrés (espaces naturels et ruraux, par exemple) prévus par la loi d'orientation pour l'aménagement et le développement du territoire du 4 février 1995 (n°95-115) et confirmés par la loi d'aménagement et de développement durable du territoire du 25 juin 1999 (n°99-533) et à se faire, par exemple, à l'idée d'intermodalité dans les transports.
Donc, chacun à leur manière et à côté d'autres tentatives, le projet de la ville durable et celui de l'écologie urbaine contribuent à marquer cette rupture et à la dépasser. L'écologie urbaine est seulement apparue au grand jour un peu plus tôt, à la fin des années 1970. Le projet de ville durable, un peu plus tard, à la fin des années 1980, juste avant la consécration conjuratoire, mais malheureusement vaine, de la Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement.
Il ne s'agit donc pas d'abandonner la première pour passer à la seconde sauf à prendre tout cela pour des modes passagères, des habillages conjoncturels ou des arguties de communication calés sur les rythmes électoraux ou la succession, parfois accélérée, parfois trop lente, de ministres ou de directeurs d'administration centrale en mal de slogans frais. Et, il y a entre les deux, complémentarité et continuité.
Enfin et troisièmement, ne tombons pas dans le piège technocratico-politique. L'écologie, quel que soit le milieu auquel elle s'intéresse - rural, naturel ou urbain -, est une discipline scientifique de l'ordre du descriptif et de l'explicatif qui, une fois constituée et combinée avec d'autres savoirs, peut éventuellement enrichir des technologies et des méthodes - des ingénieries, donc - utilisables pour l'aménagement et la gestion des milieux. En tout cas, ce n'est sûrement pas en soi un corps de règles et de normes techniques directement opérationnelles. Cette confusion, fréquente chez les politiques et les techniciens (cf dans les politiques successives du ministère de l'Environnement, le glissement des " Protocoles d'environnement urbain " de 1983 aux " Chartes d'écologie urbaine " qui ont leur ont été substituées depuis) et suggérée par certains scientifiques (rappelons-nous, en 1992, pendant la Conférence de Rio, l'Appel de Heidelberg - cf P. Legrand, 1992. Le quiproquo de Heidelberg. Le Courrier de la cellule environnement de l'INRA, 17, 57-61), n'est que l'avatar larvé et techniciste d'un positivisme étroit, pendant apparemment respectable et académique de la deep ecology.
Laissons donc l'écologie urbaine à sa place
- projet de connaissances de l'ordre du scientifique sur les milieux urbains - et laissons-lui le temps de se constituer avant de la mettre à toutes les sauces des angoisses existentielles d'élus et de techniciens tétanisés par l'échec de l'urbanisme de la Cité radieuse.
Après ces amuse-neurones, passons aux choses sérieuses.
Encore que, pour qui écoute entre les lignes, tout ait déjà été presque dit.
Oui, il faut penser différemment le technique !
Je réponds sans aucun doute par l'affirmative à la question qu'il nous est proposé de discuter cet après-midi : " Faut-il de nouvelles façons de penser le technique ? ". Oui, il faut de nouvelles façons de penser le technique. Incidemment, et Natures Sciences Sociétés est bien placée pour le constater, je rappellerai que ces nouvelles problématiques issues du projet de développement durable imposent aussi de nouvelles façons de " penser le scientifique ", et pas seulement les concepts et les méthodes mais aussi les organisations, les structures et leurs règles de fonctionnement. Le parallèle mériterait d'être poursuivi et profondément exploré, tant la question est devenue lancinante pour les institutions de recherche.
Pour donner corps à cette affirmation et tenter de convaincre, je suis parti de deux références, l'une abstraite et politique et l'autre concrète et technique, que j'ai fait converger.

[R] Vous avez dit " ville durable " ? Premier terme de la confrontation

D'une part, j'ai repris en la complétant (compléments entre crochets) un peu la définition qu'a donnée de la " ville durable " - raccourci pour " ville adaptée à un développement durable " (il y a des villes qui durent et qui, paradoxalement, ne sont pas durables… Et, d'ailleurs, la ville doit-elle durer pour être conforme à un projet de développement durable ? Le développement durable ne serait-il pas à la fois contre-intuitif et contre-inductif ?) -, la Commission française du développement durable, en 1996 (cf Contribution au débat national, Rapport 1996, Eléments de bilan, p. 108) :
" La 'ville durable' est une agglomération [i.e. un établissement humain dense, selon la terminologie de l'Agenda 21] dont le fonctionnement social, biophysique [et écologique], les projets et l'évolution s'inscrivent dans les perspectives ouvertes par le développement durable.
C'est donc une ville :
- dont les habitants disposent des moyens d'agir pour qu'elle soit organisée et fonctionne dans des conditions politiques, institutionnelles sociales et culturelles, satisfaisantes et équitable pour tous (ce que l'on pourrait appeler les conditions de citoyenneté) ;
- dont [le système], son fonctionnement et sa dynamique satisfont à des objectifs de [pérennité] de conditions biologiques satisfaisantes [pour la vie humaine], de [maintien d'un haut degré de biodiversité] et de qualité des milieux, et de limitation des consommations (ce que l'on pourrait appeler les conditions d'égalité écologique) ;
- qui ne compromet ni le renouvellement des ressources naturelles alentour, ni le fonctionnement, les relations et les dynamiques des écosystèmes micro régionaux englobants, ni, enfin, les grands équilibres régionaux et planétaires indispensables au développement durable des autres communautés (ce que l'on pourrait appeler les conditions d'égalité planétaires) ;
- et qui s'attache à préserver les capacités de survie et les potentialités de choix des générations futures (ce que l'on pourrait appeler les conditions d'égalité ou d'équité différées). "
Cette définition est bien sûr imparfaite, en devenir. J'ai cependant la faiblesse de préférer les concepts flous qui excitent la réflexion aux concepts aboutis, en général épuisés, trompeurs et sclérosants.
Il y manque, peut-être, une référence aux conditions d'équilibre du réseau des villes, une autre à leur hinterland social et économique. Et ceux qui pensent encore qu'environnement et écosystèmes ne sont pas des concepts bio-culturels, n'excluant pas l'Homme, croiront que " les petites fleurs et les petits oiseaux " y ont la part belle.
Mais c'est un point de repère suffisant et déjà discriminant. Si je pose la question de la place des habitants et de leurs moyens d'agir, si je pose celle des rapports du POS à la zone inondable, au bassin versant et à la rivière, je constate vite que cette capacité discriminante est efficace pour évaluer les politiques urbaines concrètes comme les modèles d'ingénierie ou d'organisation. Elle permet même d'annoncer quelques catastrophes ou dysfonctionnements.

[R] Second terme : un sous-système urbain méconnu

D'autre part, en second lieu, je me suis donné comme autre point de repère un outil cartographique analytique du tissu végétal urbain, le Cadastre vertâ, que nous avons mis au point et utilisé, Christian Garnier, Emmanuel Guille, Alain Radureau et moi, au milieu des années 1970, dans un petit bureau d'études environnementales, Eco-Projet (cf E. Guille, P. Legrand, A. Radureau, 1978. Villes, végétations et Cadastre vert. Métropolis, 32, 44-48).
C'est un système de cartographie fine, " populaire " (c'est-à-dire qui peut être mise en œuvre sans compétence particulière par la population, au travers d'associations de base, par exemple), évolutive et capable d'intégrer des données floues et incomplètes, qui décrit non pas les espaces verts mais la physionomie de toutes les végétations, quelles qu'elles soient, présentes dans le tissu urbain. Nous l'avions conçu parce que nous constations l'inefficacité et même la contre-performance des outils d'analyse traditionnels qui produisent une représentation, certes conforme aux canons de l'urbanisme mais trompeuse, d'une réalité urbaine observable et vécue dont ils font disparaître des pans entiers.
Les études que nous avons conduites ensuite sur ce système des végétations urbaines ont permis d'approcher quelques dimensions de la durabilité d'une ville : auto-reproductibilité et complexité des systèmes écologiques, rôles dans les micro- et macro-cycles écologiques, multifonctionnalité et souplesse des usages, connectivité avec d'autres milieux et d'autres éléments ou ressources (eaux, faune, sols, par exemple), haut degré de biodiversité, etc.
Je me suis ensuite posé la question suivante : quels présupposés, quels concepts et quels outils de l'urbanisme traditionnel, cette approche remet-elle en cause ?

[R] Conceptions et ingénieries ne résistent pas à la mise en perspective

En premier lieu, et très généralement, une pareille approche repose sur l'idée que la ville est un écosystème et que cet écosystème, dans une certaine mesure autonome par rapport aux dimensions sociales, est un objet légitime de savoirs. Contrairement à ce que pensait M. Castells (op. cit., p.164), la ville n'est pas un amas de " formes sociales particulières " et bâtir une " théorie spécifique de l'espace " urbain est envisageable. Cela ne tombe pas sous le sens et c'est même encore parfois contrebattu.
Et l'urbanisme fut longtemps fondé - de la République de Platon à la Cité radieuse de Le Corbusier - sur des idéologies plutôt que sur des savoirs. On voit encore les ravages d'une conception d'artefact absolu et technique dans les concours d'urbanisme ou d'architecture, comme " Les Esquisses vertes " (organisé par l'ARENE, agence régionale pour l'environnement et l'énergie d'Île-de-France) qui, cette année 2000, ne proposaient pas un seul projet de réelle haute qualité environnementale. D'ailleurs, souvent, avant la ville, la terre est vierge, plate et sans histoire, pensent encore bien des urbanistes…
Pourtant, à l'analyse et sur la base de la représentation qu'en donne le Cadastre vert, il apparaît que la répartition des végétations urbaines dans les tissus urbains répond plus à des lois statistiques de répartition aléatoire (comme à Fives-Lille, dans le Nord ; cf P. Legrand, 1981. Les accidents structurels et la végétation urbaine - mémoire de diplôme d'architecte DPLG. École d'architecture de Paris-La Villette, Paris, 1981, 168 p. + ann.) de la famille de celles qu'on identifie en milieu rural qu'à des règles de composition urbanistiques, fonctionnalistes ou esthétiques, qui, d'ailleurs, ignorent purement et simplement certains composants essentiels de ces végétations (la micro-agriculture urbaine ou les friches, par exemple, mais aussi certains végétaux spontanés).
Ensuite, cette approche a montré l'incompatibilité entre ce système urbain et toute une série d'outils conceptuels ou opérationnels de la planification et de l'aménagement urbain :
- le zonage spatial et la monofonctionnalité face aux multifonctionnalités évolutives et aux systèmes aux limites floues (la ville recèle, par exemple et comme les milieux ruraux et naturels, d'écotones - zones de transition riches et complexes) ;
- la notion d'espace vert, réductrice, esthétisante et artificialisante face à un système complexe, aléatoire et, dans une large mesure, autonome et à haut degré de biodiversité : le tissu végétal urbain ;
- les indicateurs quantitatifs simplistes (le mètre carré d'espace vert par habitant, par exemple) face à la complexité et à la variabilité des composants, des formes, des utilités, des usages et des références sociales et culturelles ;
- des catégories de végétaux adaptés, par exemple, aux standards de l'horticulture et à un entretien à forte pression anthropique face à des écosystèmes spécifiques et hétérogènes et à une biodiversité végétale étendue (et inattendue… Pour s'en convaincre, cf B. Lizet, A.-E. Wolf et J. Celecia (éd.), 1997. Sauvages dans la ville. De l'inventaire naturaliste à l'écologie urbaine. Hommage à Paul Jovet. JATBA, 1997, 34(2), 607 p.) et à ses capacités d'accueil pour des faunes sauvages, par exemple ;
- des techniques de représentation et de projection qui ne permettent de rendre compte ou, encore moins, de concevoir ni le flou et la complexité intrinsèques à ces systèmes, ni l'imbrication bâti/végétal, ni la fragmentation, ni l'"épaisseur " stratigraphique du système, ni ses dimensions aléatoires, ni ses dynamiques propres, etc. ;
- des méthodes de programmation, de conception et d'entretien qui, en général, acceptent mal que le citoyen (incompétent, dit-on) s'approprie des représentations et des projets et, encore moins, y trouve les moyens de contrebalancer le pouvoir des techniciens, des technocrates et, même parfois, des élus ;- etc.
Autrement dit, un bon nombre des caractéristiques urbaines accessibles par l'observation ou par les analyses menées sur la base d'une hypothèse théorique globale (" La ville comme un écosystème ") sont niées par les conceptions de la ville et les ingénieries qui prédominent actuellement : la diversité, l'imbrication, la fragmentation, l'aléatoire, les cinétiques et la multiplicité des intervenants, par exemple…
Pourtant, ce système urbain répond bien aux critères de durabilité avancés par la définition de la Commission française du développement durable. Reprenez-en les quatre paragraphes-cribles. Je pourrais, pour le montrer concrètement, vous renvoyer à l'analyse des fonctions, des corrélations et des utilités des environ 80 ha de micro-agriculture urbaine répartis sur les 350 ha de la ville de Châteaubriant (Loire-Atlantique ; cf  P. Legrand, 1982. Cadastre vert. Analyse de l'Atlas des végétations urbaines de Châteaubriant : les secteurs nord-est et central. Ville de Châteaubriant/École nationale des ponts et chaussées - CERGRENE, 54 p. + ann.) comme à d'autres travaux sur Rennes, Lille, Nantes, Nancy (cf Chr. Garnier et P. Legrand, 1997. Le Cadastre Vert, Méthodologie, Bilan d'une expérience et perspectives de recherches. JATBA, 34(2), 373-393).
D'ailleurs, même la Food and Agriculture Organisation (FAO) commence, par exemple, à s'intéresser à cette même micro-agriculture urbaine interstitielle dans les agglomérations des Pays en voie de développement (cf Questions relatives à l'agriculture urbaine. Organisation mondiale pour l'alimentation et l'agriculture, Le Courrier de l'environnement de l'INRA, 36, 107-108). Et, en France et en Europe, des ingénieries alternatives se développent, comme la gestion différenciée des espaces verts sur l'initiative de certains corps techniques ou de certaines municipalités (cf, par exemple, Vers la gestion différenciée des Espaces verts. Actes du Colloque de Strasbourg - 24-26 octobre 1994. CNFPT et IVF, 1995, 231 p., ou la tentative encore modeste de la haute qualité environnementale - HQE).

Il me faut conclure.
J'espère vous avoir montré que la problématique du développement durable appliquée à la ville imposait un changement radical des paradigmes conceptuels qui ont actuellement cours, quand on pense la ville, et de leur traduction en termes d'ingénierie, et que ce changement, qui est amorcé sans être encore définitif tant les résistances sont fortes, s'appuie, notamment, sur une écologie urbaine elle-même en devenir.
Pour finir de vous convaincre, sachez que le programme Man and Biosphere de l'UNESCO se pose actuellement et très sérieusement la question de constituer de réserves de biosphère urbaines.
Tout cela n'est pas étonnant. Paul Jovet (cf J.-M. Drouin, 1997. Paul Jovet : Les concepts de l'écologie végétale à l'épreuve de la ville. JATBA, 34(2), 75-89) avait déjà montré, il y a un bon demi-siècle, que les plantes messicoles pourchassées en Île-de-France trouvaient refuge dans Paris même.
Et n'importe quel jardinier amateur sait que, derrière ses poireaux et ses carottes et même dans un jardin de sous-préfecture, il y a des valeurs culturelles, peut-être un projet de culture biologique, des utilités économiques, du paysage, des faunes, un coin en désordre, un sol, un climat, des échanges et des interactions biologiques, des rapports à l'eau, d'autres, matériels ou immatériels, avec ses voisins, d'autres encore avec des amis, quelques inimitiés parfois, des outils, des pratiques, des firmes agrochimiques et des jardineries, des associations locales ou nationales, et bien d'autres choses encore qui font que la vie est la vie.

Adresse aux Pairs : ceci a l'odeur d'une communication scientifique, ça en a l'allure, même, ça en a le goût, peut-être. Mais, ça n'en est pas une… tout en en ayant la prétention. Ce fut prononcé pour une réunion de débat, ouverte. Ça s'adresse peut-être aussi aux impairs…
Mais, sans aucun doute, ça n'arrive pas à la cheville de Georges Perec, maître de l'imitation délectable des textes scientifiques (Cantatrix sopranica L. et autres écrits scientifiques. La Librairie du XXe siècle, Seuil, 1991, 118 p.).
Pourtant ville et chanteuse soprano sont de bien beaux objets pour la recherche scientifique…

[R]