Introduction
1. Des pionniers à une recherche structurée
et coordonnée sur le plan international
2. Les réalisations de la lutte biologique par
entomophages
3. Les travaux et les réalisations en lutte
microbiologique
En guise de conclusion
En phytopathologie
La lutte biologique dans le domaine agronomique (quelques
définitions) encadré 1
Quelques méthodes alternatives de la lutte chimique
encadré 2
La lutte biologique contre le Doryphore encadré
3
Actualités encadré 4
Orientation et références bibliographiques
Dans le domaine agronomique, on entend par lutte biologique toute forme
d'utilisation d'organismes vivants ayant pour but de limiter la pullulation
et/ou la nocivité des divers ennemis des cultures. Rongeurs, Insectes
et Acariens, Nématodes, agents des maladies des plantes et mauvaises
herbes sont justiciables d'une telle lutte, qui est basée sur des
relations naturelles entre individus ou entre espèces, mises à
profit par l'Homme de diverses manières (voir encadré 1).
L'organisme vivant utilisé comme agent de lutte est un « auxiliaire
» de l'Homme.
L'écologie reconnait à toutes ces pratiques une unité
conceptuelle relativement simple. Dans la plupart des cas, on exploite des
relations d'antagonisme entre espèces consommatrices
(proie/prédateur ou hôte/parasites), appartenant à des
niveaux trophiques (1) successifs. La
mauvaise herbe est dévorée par un Insecte phytophage, la chenille
mangeuse de feuilles est tuée par un virus, le lapin (ravageur forestier)
de même (celui dans ce cas de la myxomatose), l'Acarien ravageur d'un
arbre fruitier est la proie d'une Punaise, le serpent venimeux pour le
bétail est chassé par une Mangouste.
Apparaît d'emblée la question de la spécialisation de
ces différents auxiliaires, qui ne doivent pas risquer de s'en prendre
ni aux plantes cultivées, aux Arthropodes utiles, au gibier, aux divers
animaux d'élevage ni à l'Homme. Apparaissent secondairement
les problèmes relatifs à la coïncidence chronologique
des présences des uns et des autres, à la concurrence que peuvent
se livrer les différents antagonistes d'un même organisme
indésirable, à leur résistance aux aléas du climat
et à la raréfaction de leurs ressources alimentaires, à
leur compatibilité avec les pratiques agronomiques, etc.
Tous les chapitres de l'écologie sont à passer en revue ! Et
l'histoire de la lutte biologique est grosso modo celle d'une prise
de conscience de la complexité des phénomènes en jeu
et d'allers et retours fructueux entre les progrès des pratiques -
au départ empiriques - et les avancées des théories
bâties par les zoologistes puis par les écologues pour expliquer
les insuccès et parfaire l'efficacité de la lutte.
Pour le praticien de la lutte, les opérations de lutte biologique
sont d'une grande diversité. Les manipulations d'organismes vivants
sont plus ou moins accessibles à l'agriculteur ; dans certains cas,
il ne pourra être procédé qu'à une lutte collective
réalisée par des équipes de haute technicité
(cas entre autres, de la lutte autocide) L'unité conceptuelle des
écologues n'apparait guère à son niveau, et lutte biologique
sensu stricto (emploi d'entomophages) et lutte microbiologique sont
traitées souvent séparément. Cependant une
préoccupation commune s'impose : celle d'observer la situation du
milieu (la culture, le verger avec leurs différents composants) dans
lequel on introduit un élément vivant difficile souvent à
obtenir, fragile et à l'efficacité limitée à
certaines conditions.
D'où découle (aussi bien par le raisonnement théorique
que petit à petit dans une pratique réfléchie) l'idée
d'une gestion de la lutte intégrant l'emploi de plusieurs armes
(biologiques et autres) dans le souci de perturber au minimum les
mécanismes régulateurs existants (antagonistes naturels surtout)
et sans viser la destruction du ravageur jusqu'au dernier (éradication)
- ne serait-ce que pour laisser vivre ses antagonistes. La lutte biologique
conduit à la « lutte intégrée », elle même
se développant en une « agriculture intégrée ».
Elle se situe ainsi avec ses supports théoriques et son expérience
pratique à l'origine d'un type d'agronomie ambitionnant des progrès
qualitatifs au niveau des productions accompagnés d'un amoindrissement
des coûts écologiques.
La lutte biologique a connu une succession de phases diverses. Elle se pratique
en fait depuis la domestication du Chat (agent de lutte contre les Rongeurs
déprédateurs des denrées stockées). Elle est
connue depuis bien longtemps des « bons jardins » qui installent
des Coccinelles sur les plantes colonisées par des Pucerons, tandis
que la protection traditionnellement accordée à certains Oiseaux
insectivores comme l'installation active de nichoirs relève de ce
qu'on appelle aujourd'hui la « favorisation » des ennemis naturels.
Au XIXe siècle, on employa le Porc pour détruire les formes
hivernant dans la litière d'Insectes ravageurs des forêts et
des volailles dans les champs. La fin de ce siècle vit la mise en
oeuvre d'Insectes auxiliaires contre des Insectes nuisibles et des mauvaises
herbes.
C'est à C.V. Riley (2), jeune
autodidacte responsable de l'Entomologie pour l'Etat du Missouri, que l'on
doit la première opération spectaculairement réussie
de lutte biologique par entomophage. C'était il y a un tout petit
plus d'un siècle. Les vergers d'agrumes, en Californie, étaient
ravagés par une Cochenille introduite accidentellement d'Australie
en 1868, Icerya purchasi, contre laquelle les moyens de l'époque
étaient impuissants. Convaincu que l'innocuité de la Cochenille
dans son pays d'origine était due à des antagonistes, Riley
envoya une mission en Australie, d'où furent rapportés divers
entomophages, dont la Coccinelle Rodolia (Novius) cardinalis (nommée
Vedalia beetle en américain). Multiplié en élevage,
cet auxiliaire fut distribué aux agrumiculteurs ; il fallut moins
de deux ans pour que les effectifs de la Cochenille fussent réduits
au point que les dégâts devinssent insignifiants (on dit que
la densité de population est tombée en dessous de son seuil
de nocivité, expression et notion clés en luttes biologique
et intégrée).
Cette affaire, très célèbre, est exemplaire : un
raisonnement judicieux débouche réellement sur une action qui
apporte une solution durable au problème phytosanitaire ; d'autre
part, faute de support théorique suffisant et dans l'attente d'une
meilleure « communication » entre l'entomologie appliquée
et l'écologie fondamentale, alors balbutiante, on fut incapable de
généraliser la méthode. Cette affaire est à
rapprocher de la première application de la lutte autocide promue
et réalisée par E.F. Knipling dans les années 50, pour
débarrasser le Sud des Etats-Unis d'un Diptère nuisible au
bétail, Cochlyomyia hominivorax, la Lucilie bouchère
(encadré 1). Dans les deux cas, le succès a entraîné
une certaine euphorie, qui n'était pas de mise.

Figure 1 Ooencyrtus kuvanae
C'est un micro-hyménoptère parasite des oeufs de Porthetria
dispar, nommé ainsi par L.O. Howard qui le reçut du Prof.
Kuvana du Japon, le multiplia et le lâcha sur la côte Est des
Etats-Unis. Au Maroc, où le Bombyx disparate n'avait pas de parasite
oophage, il fut introduit (depuis les USA) par J. de Lépiney, en 1927.
S'il s'est ramarquablement bien acclimaté, il n'a pas empêché
les pullulations cycliques du défoliateur de se poursuivre. in
Fraval (1989)
Au tout début du siècle, toujours aux USA, s'était
répandu - à partir d'une introduction volontaire, en 1879,
en provenance de France... - un fléau des forêts de feuillus
: le Bombyx disparate, Porthetria (Lymantria) dispar, qu'on entreprit
de combattre avec des armes biologiques (notamment).
Il apparut bien vite à L.O. Howard, responsable de cette lutte, qu'on
n'aurait pas, comme dans le cas de la Cochenille australienne, la chance
de pouvoir compter sur un unique auxiliaire. On entreprit donc la collecte
de parasites et de prédateurs dans l'aire d'origine (Japon, Corée)
et d'extension ancienne (Europe, Iran, Afrique du Nord) de l'Insecte,
développa des techniques d'élevage et de multiplication en
masse, mit au point des méthodes des lâchers et de contrôle
d'efficacité.
L'effort mené contre ce « Gypsy moth » et, en parallèle,
contre le Bombyx cul-brun (3), lui
aussi introduit d'Europe, fut très important et engagea une soixantaine
d'auxiliaires. Le résultat fut lent à se manifester et tout
provisoire. Dans le cas de P. dispar, le « succès »
constaté en 1927 et attribué aux 92 millions de parasites (environ)
lâchés à diverses reprises et en différents sites,
n'interrompit pas en fait l'extension de l'espèce aux Etats-Unis ni
ses pullulations cycliques.
La lutte contre P. dispar, une « Guerre de trente ans »
selon les termes de P. Acot, eut en tous cas un grand retentissement
scientifique, mettant notamment en lumière la nécessité
de disposer d'agents dont l'efficacité augmente avec la densité
du ravageur cible de la lutte (on parlera plus tard de facteur dépendant
de la densité).

Figure 2. Le Bombyx disparate Porthetria
dispar
En haut à gauche: papillon femelle et sa ponte, papillon mâle;
en bas à droite: chenilles de différents stades et chrysalides
dans son cocon (réduit à quelques fils lâches). in
Guénaux (1909)
Compliquée, incertaine, en tout cas d'application limitée à
des « cas favorables » déterminés trop souvent
après coup et nécessitant chacun des investigations
particulières, la lutte biologique subit une sorte d'éclipse.
Durant la IIe Guerre mondiale, l'apparition d'insecticides de synthèse
puissants, faciles d'emploi, bon marché et très peu toxiques
(cas du DDT) - mis en pratique dans un premier temps pour lutter contre les
Insectes parasites de l'Homme et vecteurs de maladies puis très rapidement
appliqués contre des ravageurs des cultures et des forêts -
la relégua à l'arrière plan.
C'est paradoxalement l'extraordinaire développement de la lutte chimique
qui ranima les efforts de recherche et de mise en oeuvre de moyens biologiques
- ce parmi d'autres modes de luttes alternatives (voir encadré 2).
En effet, on s'aperçut très vite d « effets secondaires
indésirables » comme l'apparition de populations résistantes
(obligeant à multiplier les applications et à augmenter les
doses) et la manifestation de résurgences (pullulations brusques
après une période de faibles effectifs du ravageur) ou
l'émergence de nouveaux déprédateurs (notamment des
Acariens, jusque là négligeables).
A la préoccupation de pallier une lutte chimique devenue pour partie
inefficace s'ajoutera celle de combattre les ravageurs dans le respect de
la nature ; il sera montré en effet que certains insecticides (le
DDT en particulier) ont des effets néfastes pour la faune, à
long terme, très loin du site d'épandage. La lutte biologique
sera à la base de la lutte intégrée appelée par
la prise de conscience de ces nouveaux problèmes et dangers ; elle
sera aussi - pour répondre à une demande de certains consommateurs
- une composante essentielle de l'agriculture biologique qui bannit tout
intrant de synthèse.
Pour en revenir au Bombyx disparate, les efforts de prospection et d'introduction
d'antagonistes reprirent, vers 1970, sur une échelle très vaste,
à partir des USA, avec un arsenal théorique et technique
considérablement amélioré. Des équipes furent
envoyées en Europe, en Asie, au Maroc. Des entomophages qu'elles
expédièrent, via un laboratoire de
quarantaine (4), peu se sont maintenus
en nature. On demeure à l'heure actuelle largement incapable de
prévoir comme de maîtriser les pullulations de cet Insecte qui
provoque des nuisances graves dans les zones de forêt
fréquentées par le public, lequel exige de plus en plus l'abandon
de tout moyen chimique... Le Cul-brun, quant à lui, a disparu (à
un site près) du continent, selon un mécanisme qui reste
inexpliqué. Les efforts tout à fait exceptionnels consacrés
à ces deux défoliateurs forestiers auront en tout cas servi
à développer des connaissances, des techniques, à former
des techniciens, et la lutte biologique compte effectivement de nombreux
succès.
Les deux dernières décennies auront vu le développement
spectaculaire d'une forme de lutte biologique très proche dans ses
techniques d'application des traitements chimiques habituels, loin des pratiques
entomologiques des "importateurs-acclimateurs". C'est l'emploi
d'insecticides bactériens (à base de diverses souches Bacillus
thuringiensis) et viraux, notamment contre les Bombyx disparates des
forêts récréatives et péri-urbaines
(5) évoqués plus haut.
Ces généralités évoquées, et les grands
exemples de lutte biologique - américains
(6) - rappelés, suivons les événements
qui jalonnent son histoire en France (7) -
et dans les parties du monde où les chercheurs de ce pays ont
oeuvré.
Au premières expérimentations très empiriques
succédera une phase de mise en place d'une recherche organisée
au sein principalement de l'IRA (Institut de la recherche agronomique), en
liaison avec les organismes étrangers. Puis après une
éclipse, la période 1955-1975 sera celle de multiples
réalisations d'une part, dans le domaine de l'emploi des animaux
entomophages (Insectes, Acariens et Nématodes) développé
surtout à Antibes et d'autre part, dans celui de la mise en oeuvre
de micro-organismes pathogènes (Bactéries et Virus), promue
par les équipes de la station de recherche de La
Minière (8).
La prise de conscience en France de l'intérêt appliqué
des organismes entomophages n'est pas nouvelle puisque, dès 1840,
Boisgiraud recommandait la récolte de Carabiques et de Staphylins
pour limiter les pullulations du Bombyx disparate. Pour faire face à
l'invasion catastrophique du Phylloxéra de la Vigne, C.V. Riley
(cité plus haut) envoyait en 1873 à Planchon
(9) l'Acarien prédateur Tyroglyphus
phylloxerae tandis que l'année suivante, L. Pasteur, arrivé
au terme de ses illustres travaux sur les maladies du Ver à soie,
préconisait l'emploi d'agents microbiens et notamment de Champignons
et exposait les grandes lignes de cette nouvelle forme de lutte.
Dès lors, lutte microbiologique et lutte biologique vont subir des
destinées étroitement parallèles. Initiées toutes
deux par des personnalités prestigieuses, elles connaîtront
deux phases de développement d'inégale importance, la
première explosive, dominée par l'empirisme et l'improvisation
qui se situe aux alentours de la Ière Guerre mondiale, la seconde,
rationnelle et méthodique qui s'est progressivement et laborieusement
mise en place après la IIe Guerre mondiale.
Sur la lancée des travaux de L. Pasteur, on assiste, à partir
des années 1880, à une floraison de publications en langue
française portant sur l'inventaire biosystématique des
microorganismes entomoparasites, notamment des Champignons. La maîtrise
des conditions de production de ces agents permet très rapidement
de passer au stade de l'expérimentation de laboratoire et de terrain.
Des essais de traitement à plus ou moins grande échelle sont
ainsi réalisés contre les vers blancs (larves du Hanneton commun)
par A. Giard, E. Le Moult, Metalnikov, contre les Altises de la Vigne, contre
les Acridiens et surtout contre les Vers de la grappe. Dans le cadre d'un
vaste programme d'études sur l'Eudémis et la Cochylis,
l'expérimentation d'agents microbiologiques de lutte mobilise vers
1911-1913, à côté de mycologues de formation tels Fron,
E. Chatton, Le Moult, pratiquement tous les responsables des stations
entomologiques régionales dont A. Paillot (à Beaune puis à
Saint-Genis-laval), J. de Feytaud (à Bordeaux) et F. Picard (à
Montpellier).
Les échecs successivement enregistrés calmeront brutalement
cet engouement et stopperont pratiquement toute expérimentation
d'envergure pendant près d'un demi-siècle. Dès 1922,
A. Paillot tire les enseignements de cette série d'échecs et
souligne la nécessité de reprendre les recherches sur des bases
plus rationnelles. « On a voulu se servir dune cornue que lon
ne connaissait pas », dira-t-il quelques années plus tard.
Fidèle à sa pensée, durant toute sa carrière
scientifique, c'est à dire pendant encore plus de vingt années,
il se consacrera à l'acquisition des connaissances de base sur la
pathologie des Insectes mais ne sera guère suivi si l'on excepte la
contribution originale pour l'époque de Madeleine Arnaud à
l'écologie des Beauveria.
Avec un décalage d'une à deux décennies, l'histoire
événementielle de la lutte biologique sensu stricto
est en tous points comparable à celle de la lutte microbiologique.
C'est également un savant, ayant déjà acquis une
notoriété internationale par ses travaux sur la biologie des
Hyménoptères parasites et plus particulièrement par
la découverte des phénomènes de
polyembryonie (10), en l'occurrence
P. Marchal, professeur à l'Institut national agronomique et directeur,
depuis 1907, de la Station entomologique de Paris, qui sera le catalyseur
et le moteur de cette nouvelle orientation de recherches.
Toutefois, la maîtrise des conditions d'élevage de ce type d'agent
biologique, voire même celle de leurs hôtes et de leurs proies,
étant loin d'être acquise à cette époque, les
essais d'utilisation d'entomophages se limiteront dans ce cas à des
tentatives d'acclimatation d'espèces d'origine exotique, essais qui
connaissent déjà, depuis la fin du XIXe siècle, un
succès considérable aux Etats-Unis, illustré par
l'opération « Vedalia beetle » contée ci-dessus.
P. Marchal bénéficiera d'un accès privilégié
au matériel biologique américain d'origine exotique ou
indigène du fait des excellentes relations qu'il entretien avec L.O.
Howard, chef de l'Agricultural Bureau of Entomology à l'USDA
(US Department of Agriculture).
Il a connu ce dernier en 1907 lorsqu'il est venu en France pour installer
à Rennes une station temporaire dans le cadre du programme d'introduction
de parasites du Bombyx disparate et du Bombyx cul-brun ; cette station
(dirigée par J. Vuillet jusqu'à sa fermeture en 1912), est
chargée de la centralisation du matériel récolté
dans différents pays d'Europe et de son expédition aux Etats-Unis.
Une autre station, chargée uniquement de récoltes locales,
sera installée à Hyères ; elle constituera l'embryon
du futur European Parasite Laboratory de l'USDA, depuis
transféré dans la région Parisienne (à Sèvres,
puis à Béhoust dans les Yvelines), bientôt
déplacé à Montpellier.
L.O. Howard fera obtenir à P. Marchal une bourse lui permettant
d'effectuer en 1913 une remarquable mission d'étude aux Etats-Unis
sur les sciences biologiques appliquées à l'agriculture et
la lutte contre les ennemis des cultures.
Le véritable point de départ de la lutte biologique à
l'aide d'entomophages en France est constitué par l'acclimatation
réalisée en 1912 par J. Vuillet et Poirault (directeur de la
villa Thuret à Antibes et inspecteur du Service phytopathologique)
de la Coccinelle Rodolia cardinalis destinée à lutter
contre la Cochenille australienne, qui, introduite quelques années
auparavant en Italie, venait d'être signalée à
Saint-Jean-Cap-Ferrat.
Dès lors P. Marchal, soit seul, soit avec l'appui de ses collaborateurs
P. Vayssière, R. Poutiers et B. Trouvelot, va effectuer entre 1913
et 1924 toute une série d'essais d'acclimatation dont deux au moins
donneront des résultats très encourageants ; il s'agit de la
Coccinelle Cryptolaemus montrouzieri prédatrice de diverses
Cochenilles Pseudococcines et de l'Hyménoptère Aphelinus
mali, parasite du Puceron lanigère (ravageur du Pommier).
Il est à noter qu'à l'instar de la lutte microbiologique, la
lutte biologique à l'aide d'entomophages ne reste pas à cette
époque l'apanage d'un seul laboratoire. Si, du moins de 1917 à
1929, l'insectarium de Menton (cf. ci-dessous) a certes une vocation bien
affirmée dans ce domaine, en fait toutes les stations entomologiques
vont par exemple participer aux essais d'acclimatation d'Aphelinus mali.
Montpellier et Bordeaux s'associeront au moins temporairement à d'autres
opérations. Montargis avec L. Gaumont, Saint-Genis-Laval avec A. Paillot
et Faure, apportent une contribution notable à la connaissance des
biocénoses parasitaires de Pucerons, de Lépidoptères
(Piérides, etc.) et de Coléoptères (Baris sp.).
Enfin, Bordeaux assurera le leadership des opérations d'introduction
de divers ennemis du Doryphore (voir encadré 3).
Pour maintenir la comparaison avec le domaine des entomopathogènes,
si le travail d'inventaire biocénotique est activement poussé,
les études biologiques et écologiques, bases indispensables
à l'élaboration d'une stratégie rationnelle de gestion
des populations d'entomophages sont extrêmement rares et se limitent
pratiquement aux travaux de Marchal sur les parasites des Hyponomeutes, des
Cécidomyies et sur les Trichogrammes ainsi qu'à la thèse
de B. Trouvelot sur Habrobracon johannseni. Pourtant, dès 1925,
ce dernier souligne la complexité des problèmes biologiques
posés par les opérations d'acclimatation.
En fait, malgré la notoriété nationale et internationale
de ces premiers pionniers, les moyens dévolus à la lutte biologique
et microbiologique sont restés squelettiques, voire inexistants
jusqu'à un passé récent.
C'est seulement après la IIe Guerre mondiale que, grâce aux
talents de persuasion et à la ténacité d'illustres
prédécesseurs tels P. Vayssière, titulaire de la chaire
d'entomologie coloniale au Muséum national d'histoire naturelle,
secrétaire général de l'Union internationale des sciences
biologiques (UISB) et conseiller scientifique des instituts d'outre-mer,
A.-S. Balachowsky alors chef du service de parasitologie végétale
à l'institut Pasteur, B. Trouvelot, directeur de la station centrale
de Zoologie agricole à l'INRA et son adjoint P. Grison, qu'a pu se
mettre en place une véritable politique rationnelle de recherches
dans ce domaine.
Il fallait une forte dose de conviction et de confiance pour adopter une
telle attitude à une époque où la lutte chimique poursuivait
une ascension triomphante et où la façon dont elle était
pratiquée, c'est-à-dire sous forme de calendriers de traitements
à caractère intensif et souvent préventif, avec des
produits à large spectre d'action et souvent très rémanents,
déniait tout avenir à la lutte biologique, du fait de
l'extrême sensibilité des agents les plus actifs (entomophages)
à la plupart des matières actives alors utilisées, du
fait plus simplement de la quasi-disparition de tout hôte ou proie
potentielle nécessaire à la survie de ces auxiliaires.
Cette antinomie apparente, jointe au triomphalisme alors affiché par
certains supporters de la lutte biologique qui pouvait laisser croire qu'ils
détenaient l'alternative idéale à la lutte chimique,
a créé entre tenants des deux types d'intervention un climat
de polémique et d'incompréhension (actuellement, et depuis
l'avènement de la lutte intégrée, bien estompé)
et qui a été certainement préjudiciable à
l'instauration d'un dialogue et d'une collaboration au moment même
où ils allaient s'avérer de plus en plus indispensables.
En effet, dès la fin de la décennie 1950-1960, commençaient
à se préciser les inconvénients inhérents à
une pratique de la lutte chimique trop intensive et trop aveugle et à
s'élaborer, au niveau de la recherche, de nouveaux concepts mieux
adaptés aux impératifs de la biologie et de l'écologie.
A la notion d'éradication aussi illusoire que dangereuse - se substitue
celle de lutte intégrée, de gestion des populations de ravageurs.
L'objectif essentiel est alors d'éviter qu'un organisme nuisible ne
franchisse un seuil économiquement intolérable, ceci grâce
certes à la lutte chimique mais en association avec toute autre forme
compatible de prévention ou de protection.
Dès lors, toute velléité d'exclusion entre lutte chimique
et biologique, véritable combat du pot de fer contre le pot de terre,
se trouve abolie et, au contraire, toutes les conditions se trouvent
théoriquement remplies pour une promotion des recherches sur les
entomophages et les entomopathogènes, soit en tant qu'éléments
entrant dans la détermination du risque et de la prise de décision
de traitement, soit en tant que facteur de régulation qu'il convient
de préserver et de mieux exploiter.
Tirant enfin les enseignements du passé, les rénovateurs de
la lutte biologique ont alors conçu un système opérationnel
radicalement différent de celui précédemment
décrit.
Conscient de la nécessité de développer les recherches
de base tant sur les ravageurs à combattre que sur les auxiliaires
à utiliser, de disposer d'infrastructures techniques permettant de
maîtriser les problèmes d'introduction, de production, et
d'utilisation des agents biologiques de lutte, B. Trouvelot, dès 1943,
affiche sa volonté de créer des laboratoires
spécialisés et en particulier de redonner à la station
d'Antibes sa vocation première.
Certes l'historicité, parfois plus que la rationalité, va
définir les implantations et ce programme mettra plus d'une décennie
à se réaliser avec la construction de la station de La
Minière en 1955 et l'aménagement de la station de
Saint-Christol-lès-Alès en 1957 pour les secteurs des
entomopathogènes, avec les premières affectations de
spécialistes des Insectes entomophages dans la nouvelle station de
Zoologie agricole d'Antibes en 1955, et enfin la création d'une
unité « Nématodes entomoparasites », associée
au recrutement de Ch. Laumond en 1968 à la station de recherches sur
les Nématodes. Tous ces laboratoires vont être progressivement
dotés de moyens en personnel et en équipement qui les placeront
à un niveau tout à fait compétitif au plan
international.
S'il est indéniable que l'INRA a pris d'emblée une position
clé dans le concert international, l'effort français dans ce
domaine ne se limitera pas à ce seul institut. En France
métropolitaine, l'institut Pasteur, et plus secondairement
l'Université, vont participer à cette renaissance.
La contribution sera également importante au sein des organismes de
recherches travaillant outre-mer : dans les diverses implantations de l'ORSTOM
(Office pour la recherche scientifique et technique outre-mer), Tananarive,
Adiopodoumé, Brazzaville et surtout Nouméa, se développent
à partir des années 1960-1965 les recherches sur les Arthropodes
entomophages avec P. Cochereau, puis J. Chazeau, J. Gutierrez, G. Fabres
et B. Delobel, sur les Nématodes entomoparasites avec D. Van Waerrebeke,
sur les entomopathogènes avec P. Monsarrat.
L'IRCT (Institut de recherche sur le coton et les fibres tropicales)
s'intéresse plus particulièrement à la lutte microbiologique
contre les Insectes du cotonnier et, sous la responsabilité d'A. Angelini,
un laboratoire spécialisé dans ce type d'études est
installé à Bouaké (Côte d'Ivoire).
A Madagascar, tout d'abord avec J. Brenière, Appert, et Betbeder,
à La Réunion ensuite avec Etienne, l'IRAT (Institut de recherches
d'agronomie tropicale) participe à de vastes programmes d'introductions
d'entomophages. L'INRA-Antilles, notamment sous la direction de P.-F. Galichet,
réalise également quelques essais de lutte biologique.
Il se créé entre ces différentes implantations un
échange permanent d'informations et de matériel biologique.
Ce réseau à l'échelle du globe n'a certes jamais obtenu,
à l'instar de son homologue anglo-saxon, le Commonwealth Institute
of Biological Control (CIBC), un statut légal et un financement
officiel. Il n'en a pas moins démontré son efficacité
en de multiples circonstances.
Le souci de voir de développer une coopération la plus large
possible tant au plan national qu'international sera d'ailleurs une autre
caractéristique fondamentale de cette phase de renaissance de la lutte
biologique.
Consciente de la nécessité d'associer plus étroitement
les scientifiques de différents horizons, de stimuler les liaisons
avec les organismes responsables du développement agricole ainsi que
les firmes industrielles de façon à accélérer
le transfert à la pratique des résultats de la recherche, la
Délégation à la recherche scientifique et technique
(DGRST), à partir de 1965, décide de soutenir directement la
lutte biologique par le canal de comités ad hoc.
Bénéficiant de la confiance du Prof. Aigrain, alors
délégué général, P. Grison a certainement
joué un rôle essentiel dans cette prise de décision et
sera d'ailleurs le président du premier comité dit de «
Lutte biologique » qui, pendant cinq ans, apportera un appui financier
considérable à divers projets dont nous reparlerons
ultérieurement. Cette aide se poursuivra ensuite, de façon
toutefois plus modeste, au sein d'un nouveau comité « Equilibres
et lutte biologique » animé conjointement par le Prof. Sauvage,
directeur du CEPE à Montpellier et par P. Grison.
Dès la fin de la guerre, alors que les moyens d'investigation
étaient encore très réduits, il a paru utile d'une part,
de donner à la lutte biologique un statut officiel et d'autre part,
de coordonner et d'intensifier, pour un meilleur rendement, les recherches
et applications dans ce domaine à la fois en Europe et dans le bassin
Méditerranéen, où les problèmes sont souvent
communs à plusieurs Etats, dans le Proche et le Moyen-Orient, l'Afrique
du Nord et l'Afrique noire, régions avec lesquelles nous avions des
relations privilégiées.
Ainsi que le relate P. Grison en 1980, la mise en place d'une structure
opérationnelle s'avéra assez laborieuse.
« Cest à la suite de voeux émis lors dun colloque
restreint qui sest tenu en marge du Congrès international
dentomologie de Stockholm en 1948 et auquel participaient notamment
A.-S. Balachowsky, P. Grison, P. Vayssière et F. Silvestri, directeur
du laboratoire dEntomologie agricole de Portici (Italie) que lUnion
international des sciences biologiques (UISB) décida en 1950 de
créer une Commission internationale de lutte biologique (CILB) au
sein de sa division de Biologie animale.
« Au cours des réunions préparatoires qui se sont
successivement tenues à Madrid (1951), Portici (1952) et Colmar (1954)
deux tendances saffrontèrent sur le système
dorganisation à adopter. P. Vayssière proposait un
laboratoire central qui aurait été à Menton, la villa
"Maria Serena" où venait de s'installer Ghesquière à
son retour du Congo Belge ; la gestion en eut été assurée
par l'UISB, les Etats devant souscrire des "tables de travail" d'un montant
de 200 000 F de l'époque pour en assurer le fonctionnement. Trouvelot,
auquel se rallia A.-S. Balachowsky, optait pour une organisation autonome
dépendant directement des Etats ou des organismes commanditaires,
membres officiels de la CILB.
« Cest cette formule qui prévalut et les premiers membres
fondateurs furent la Belgique, le Portugal (Ultra Mar) et le ministère
français de lAgriculture »
Bien que la première assemblée générale statutaire
ne se soit tenue à Paris que les 26, 27 et 28 février 1958,
sous la présidence de Braconnier, directeur de l'INRA, la CILB
commença à fonctionner dès 1956.
Le rôle dominant joué par les scientifiques français
et francophones dans la création et la mise en route de cette organisation
est attesté par la composition du bureau exécutif tel qu'il
est issu des réunions de Darmstadt (15 et 16 fév. 1956) puis
d'Antibes (du 20 au 22 nov. 1956). Il comprenait A. S. Balachowsky comme
président, P. Vayssière et Van den Bruel (Institut agronomique
de Gembloux) comme vice-présidents, P. Grison comme secrétaire
général et P. Bovey (Polytechnikum, Zurich) comme trésorier.
Si l'on excepte le remplacement de P. Vayssière par Davatchi, professeur
de Protection des plantes à la faculté d'Agriculture de
Théhéran-Karadj, cette composition va rester pratiquement
inchangée pendant de nombreuses années, la deuxième
assemblée générale de Tunis (du 16 au 20 sept. 1962)
ne faisant que reconduire le précédent bureau. C'est seulement
à la troisième assemblée générale de Montreux
(du 16 au 20 sept. 1965) que la situation va se modifier du fait du succès
croissant de la CILB.
Elle rassemble alors 27 membres officiels appartenant à 15 pays de
l'Europe occidentale, de l'Afrique et du Moyen-Orient. C'est pourquoi la
CILB décide alors de prendre le nom d « Organisation
internationale de lutte biologique contre les animaux et les plantes nuisibles
» (OILB) et de se doter de statuts adaptés à une structure
plus « mondialiste ». Cette dernière mission sera assurée
par un nouveau conseil élu a l'assemblée générale
de Paris et présidé par E. Biliotti.
A l'aval de cette instance mondiale sont créées des sections
régionales dont la Section régionale ouest-paléarctique
(SROP) qui regroupera les pays compris dans les limites de la CILB originelle
et dont les statuts seront approuvés à l'assemblée
générale de Rome en avril 1971.
Malgré cette internationalisation de droit, l'empreinte française
restera très forte, notamment au niveau de la SROP, qui sera d'ailleurs
présidée jusqu'en 1977 par E. Biliotti
(11).
L'un des traits de génie du premier président de l'organisation
a été de lancer, dès 1956, la revue Entomophaga
qui, placée sous la houlette de G. Remaudière, s'imposera
rapidement comme la grande revue internationale de lutte biologique et à
la rédaction-en-chef de laquelle se succéderont B. Hurpin,
C. Bénassy et J.-M. Rabasse.
Dès le début de son activité, la CILB s'est
préoccupée également de stimuler les recherches
taxinomiques (12) sur les entomophages
et de faciliter aux entomologistes et écologistes des instituts et
stations de recherches ou d'essais des pays membres l'identification du
matériel d'étude. A cette fin, elle créa au Muséum
d'histoire naturelle de Genève, d'abord sous la responsabilité
de Ch. Ferrière puis de Besuchet un centre d'identification des
entomophages.
« Lapplication de la lutte biologique ne peut se concevoir sans
une vaste organisation technique disposant des moyens matériels suffidants
pour assurer efficacement la plus grande multiplication et la plus large
duffusion possible des parasites entomophages et des microorganismes
pathogènes »s et des microorganismes pathogènes »,
insiste P. Grison.
On conçoit alors que chaque problème spécifique ait
donné lieu à la constitution d'un groupe de travail ad hoc
à la fois pluridisciplinaire et international. Dès 1956, au
colloque d'Antibes, sont mis en place ou proposés des groupes de travail
(lutte biologique contre Hyphantria cunea, les Mouches des Fruits,
le Doryphore, le Pou de San-José, etc.) qui, comme nous le verrons
ultérieurement, seront caractérisés par une véritable
coopération de travail avec répartition des tâches au
plan inter-instituts et inter-états.
Cette structure en groupes de travail sera conservée et largement
diversifiée au fur et à mesure du développement de l'OILB.
Elle créera au niveau des chercheurs de l'Europe et du bassin
Méditerranéen un flux permanent d'idées, d'informations
techniques et de matériel biologique dont tout le monde tirera largement
profit même si l'objectif initial, c'est à dire une réelle
solidarité et synergie dans le travail de recherche et d'application,
sera peu à peu négligé avec l'inflation des effectifs.
Les résultats obtenus par cette organisation sont suffisamment
éloquents pour qu'en 1973 la Commission des communautés
européennes demande à son président un rapport sur les
conditions et les possibilités de développement de la lutte
biologique en agriculture et décide, quelques années plus tard,
de financer un vaste programme de recherches dans ce domaine, programme qui
s'inspirera largement de la thématique définie par l'OILB/SROP.
Au plan de l'application, la période 1955-1975 se caractérise
par une diversification des méthodes d'intervention. Certes les
acclimatations d'espèces d'origine exotique vont reprendre, selon
des méthodes plus élaborées et selon un rythme nettement
plus soutenu mais, parallèlement, on assistera à la mise en
place des premiers essais pratiques de traitements biologiques basés
sur des lâchers périodiques d'entomophages ; on étudiera
diverses manipulations de l'environnement et notamment certaines adaptations
de la lutte chimique susceptibles d'améliorer la survie et la
multiplication des auxiliaires indigènes ou introduits.
Une partie très importante des programmes de recherches sera
dorénavant consacrée à des études de base à
caractère biosystématique, bioécologique, éthologique
ou physiologique.
Par ailleurs, la nécessité se fera rapidement sentir de
développer, tant au plan national qu'international, d'autres
activités en marge de la recherche, telles que l'information, la formation
et l'encadrement, tant des futurs chercheurs que des utilisateurs de la
recherche.
Cette diversification des missions ne pourra être menée à
bien que dans la mesure où l'outil de travail c'est-à-dire
essentiellement au niveau de l'INRA, la station de Zoologie et de Lutte
biologique d'Antibes, s'adaptera quantitativement et qualitativement à
ces nouvelles missions. C'est la naissance qui eut lieu en fait à
Menton - et l'évolution de cette station que nous allons relater dans
les paragraphes qui suivent.
Impressionné par les résultats obtenus quelques années
plus tôt avec l'acclimatation de Rodolia cardinalis, le Syndicat
des propriétaires d'oliveraies et des industries oléicoles
de Provence offre, en 1917, au ministère de l'Agriculture de mettre
à sa disposition une propriété sur le littoral des
Alpes-Maritimes pour y établir un insectarium.
Il sera installé à Menton, autour des villas Pâquerette
et Bluette puis Maria Serena et connaîtra, sous la direction de R.
Poutiers, une activité intense : élevage et distribution de
Rodolia cardinalis ; essai d'acclimatation d'Opius concolor,
parasite de la Mouche de l'olive reçu de Tunisie ; aide à la
dissémination de Prospaltella berlesei, parasite de la Cochenille
du Mûrier, récemment apparue dans la région ; essai
d'élevage d'un parasite de la Teigne de la Pomme de terre, élevage
de la Coccinelle Cryptolaemus montrouzieri et son lâcher sur
divers foyers de Cochenille Pseudoccoccines le long de la côte ; enfin
lutte contre le Puceron lanigère avec Aphelinus mali.
En 1928, R. Poutiers prend la direction de la station d'Entomologie que l'IRA
crée à Antibes, dans une annexe de la villa Thuret et y
transfère le matériel de Menton. En 1929, arrive A.-S. Balachowsky,
en provenance d'Alger via Versailles, qui possède à son actif
une opération originale de transfert de Coccinelles dévoreuses
de la Cochenille blanche du Palmier dattier depuis les zones d'infestations
anciennes vers le front d'attaque du ravageur.
R. Pussard lui succédera (de 1935 à 1955) ; il élèvera
et distribuera, entre autres, un agent de lutte biologique contre les Moustiques,
le Poisson Gambusia holbrooki qui en consomme les larves aquatiques.
Les recherches ne redémarrent qu'en 1954, à Menton, avec le
travail de V. Labeyrie sur Macrocentrus ancylivorus, qui servira à
combattre la Teigne de la Pomme de terre dans tout le Midi, jusqu'à
Bordeaux. L'année suivante, de jeunes chercheurs spécialisés
en lutte biologique sont affectés à Antibes : C. Bénassy
- qui avait lancé à Saint-Genis-Laval les premiers travaux
sur Prospaltella perniciosi, ennemi de Pou de San-José (Cochenille
des arbres fruitiers à pépins) y est rejoint par V. Labeyrie.
P. Grison assure l'intérim d'une direction qui revient, en 1957, à
E. Biliotti.
Ce dernier décuple les effectifs et lance de nouveaux programmes de
recherche : biocénose de la Processionnaire du Pin (avec Ham, G. Demolin
et P. du Merle), bioécologie des Coccinelles (G. Iperti), cependant
que sont menées d'importantes opérations de lutte biologique
: Opius concolor contre la Mouche de l'olive (P. Delanoue et Y.
Arambourg).
E. Biliotti, accédant à la direction du département
de Zoologie, rejoint le centre INRA de Versailles et P. Jourdheuil lui
succède. L'équipe se voit renforcée de ses meilleurs
élèves de Toulouse : Panis, Madeleine Pralavorio-Bertran, J.-C.
Onillon et A. Ferran. L'équipe processionnaire s'installe à
Avignon (station de Recherches forestières). Une annexe est construite
non loin d'Antibes à Valbonne, qui deviendra le laboratoire
Emile-Biliotti.
Dans ce cadre, se sont déroulées parallèlement les
opérations d'acclimatation et de lâchers périodiques.
Les acclimatations
Leur succès, sauf miracle, dépend - on le comprend bien
désormais - de la maîtrise de l'élevage de l'auxiliaire
de façon à pouvoir le lâcher en abondance suffisante
à plusieurs reprises en plusieurs lieux, et d'une connaissance
détaillée de la bioécologie tant de l'auxiliaire que
du ravageur à combattre, pour optimiser l'intervention mais aussi
pour être capable de tirer des enseignements du succès comme
de l'échec éventuels. Cette démarche n'a en fait
été suivi qu'exceptionnellement par les spécialistes
étrangers.
Les acclimatations sont très nombreuses à partir de 1960, tant
en métropole qu'outre-mer. Pour ce qui est de la France, plus de 20
espèces exotiques sont mises en élevage et testées de
1960 à 1975. Dix d'entre elles sont effectivement acclimatées.
Tandis que plus d'une centaines d'opérations de lutte biologique ont
été réalisées sur le territoire de l'ex-empire
français, parmi lesquelles 36 au moins ont abouti à l'acclimatation
des entomophages (les résultats d'une dizaine d'essais restant
inconnus).
On signalera la reprise de la lutte contre la Cochenille blanche du Palmier
dattier, avec cette fois la Coccinelle Chilochorus bipustulatus
découverte en Iran par Gaillot (Muséum national d'histoire
naturelle), élevée par P. Brun et G. Iperti (INRA),
lâchée en Mauritanie (avec succès) par Y. Laudého
et Choppin de Janvry de l'IRFA (Institut français de recherches sur
les fruits et agrumes), opération qui sera reprise au Niger, au Mali
et au Maroc.
On ne manquera pas, surtout, de souligner l'originalité et la
qualité des démarches intellectuelles qui ont permis de raisonner
(et de réussir) la lutte contre un fléau des agrumes, l'Aleurode
(« mouche blanche ») Aleurothrixus floccosus, apparu en
1967 à Nice et à Malaga. En 1971, J.-C. Onillon reçoit
du Chili et « installe » l'Hyménoptère Cales noaki.
Son efficacité est telle qu'il fait disparaître les formes de
son hôte qui assurent sa survie hivernale : cette sorte de suicide
fait que l'Aleurode développe une nouvelle pullulation brutale
(résurgence) et ceci se reproduirait de façon cyclique si,
en 1975, n'avait été introduit un agent complémentaire,
Amitus spiriferus, originaire d'Amérique centrale. L'Aleurode
des agrumes est désormais un ravageur bien maîtrisé.
Les lâchers périodiques
Il s'agit d'enrichir périodiquement le milieu en entomophages exotiques
ou indigènes (encadré 1). L'idée remonte à la
fin du XIXe siècle mais la première participation française
à une opération d'envergure est celle de G. Remaudière
entre 1960 et 1963 au programme iranien de lutte biologique contre les Punaises
des Céréales, mettant un jeu des lâchers inondatifs de
plusieurs espèces d'Asolcus (Hyménoptères)
multipliés sur des oeufs de Punaises. Un programme analogue sera
développé, autour de 1970, par J. Voegelé et M. Laraichi
au Maroc.
L'élevage de masse de la Cératite (Mouche
méditerranéenne des fruits) une fois au point, on put
procéder à une production en masse d'Opius concolor et
à une lutte par épandages inondatifs de cet auxiliaire sur
les olivettes des Iles éoliennes et dans la région de Palerme
(Y. Arambourg en collaboration avec les collègues Italiens). La lutte
contre la Mouche de l'olive se poursuivit en Grèce (Y. Laudého
et M. Canard) mais fut en butte à des problèmes de
financement.
Au Maroc, C. Bénassy et D. Euverte, à partir de 1966, introduisent
Aphytis melinus pour lutter contre deux des Cochenilles des agrumes,
le « Pou rouge », jugulé sans problème, et le «
Pou de Californie », justiciable de lâchers répétés.
Un insectarium expérimental, à Rabat, puis une installation
en grandeur réelle, à Mechra bel Ksiri, produisent les
Aphytis élevés sur un hôte de substitution (une
Cochenille) lui-même élevé sur des pastèques.
L'insectarium capable d'assurer le « traitement » de 150 ha par
an, fonctionnera jusqu'en 1990, financé par l'ASPAM (Association des
producteurs d'agrumes au Maroc).
En France-même, c'est surtout à partir de 1970 que se multiplient
les expérimentations, toujours à partir de la station d'Antibes.
Soixante essais ont mis en jeu plus de 40 espèces, avec des
résultats significatifs dans la plupart des cas.
P. Grison soulignait, dès 1962, que « La conception moderne de
la lutte biologique se traduit par lapplication de traitements biologiques
et qu'il ne suffit cependant pas de démontrer leur efficacité
; il convient « pour chaque problème, de procéder à
la mise en place des dispositions devant assurer leur intégration
dans léconomie dune production agricole ou forestière.
Or nos pays nont pas envisagé lextension des moyens techniques
assurant lapplication pratique des méthodes de lutte biologique
».
Ceci impliquait que la recherche prenne l'initiative d'une coopération
dans trois directions privilégiées :
- vers l'industrie pour transformer, si nécessaire, l'essai
démonstratif en une méthode de lutte fiable, relativement facile
d'emploi et d'un prix concurrentiel avec les pesticides chimiques ;
- avec les autres laboratoires et disciplines de recherche pour que cette
méthode puisse s'intégrer dans un système cohérent
et compatible de protection à appliquer à l'ensemble des ravageurs
d'une culture déterminée ;
- avec les milieux professionnels agricoles pour que les futurs utilisateurs
de la méthode soient parfaitement avertis de ses conditions d'emploi,
de ses possibilités et de ses limites.
Et les efforts, concentrés sur un nombre limité de cas, furent
dans tous les cas couronnés de succès, mais ne
débouchèrent sur les réalisations pratiques qu'au bout
de 6 à 10 ans de recherches et d'expérimentations partielles.
Citons l'emploi de Metaphycus helvolus et Diversinervus elegans
(Hyménoptères) contre la Cochenille noire de l'Olivier,
de l'Acarien Phytoseiulus persimilis, prédateur de
Tétranyques (Acariens phytophages), du parasite d'Aleurodes Encarsia
formosa, des Trichogrammes dont la production en autorise l'emploi sur
plusieurs dizaines de milliers d'hectares. Tous ces développements
ont associé, à l'INRA, des groupements professionnels locaux,
des chambres d'agriculture, des coopératives, des firmes, l'UNCAA
(Union nationale des coopératives agricoles d'approvisionnement).
Troisième volet des activités menées dans le cadre de
la lutte biologique, la protection des auxiliaires au sein des
agrobiocénoses (13) ou leur «
favorisation » rassemble des pratiques modifiant le milieu pour garantir
non seulement la survie et l'efficacité des entomophages introduits
ou épandus, mais aussi celle de tous les ennemis naturels existants.
Les zones refuges (haies, zones incultes, sites d'altitude) sont à
protéger mais les échanges fauniques entre elles et les zones
de cultures ont moins retenu l'attention que les risques encourus par les
agents de lutte biologique au sein de systèmes agricoles où
l'usage de traitements chimiques est de règle.
La « lutte chimique raisonnée » vise à éviter
toute rencontre, dans le temps et dans l'espace entre le toxique et l'auxiliaire.
Elle nécessite une étude fine du fonctionnement de la
biocénose de la culture. Son application à la protection du
Colza a permis de reprendre cette culture dans le Lauragais, où un
Charançon et la Cécidomyie des siliques avaient anéanti
irrémédiablement les rendements. Ce succès a permis
de la généraliser et de l'adapter à d'autres
spéculations, Olivier et agrumes.
D'autre part, il a été recherché des matières
actives agropharmaceutiques épargnant les auxiliaires, dans un premier
temps pour débarrasser les élevages d'entomophages de concurrents
indésirables et, surtout, pour disposer de pesticides compatibles
avec l'usage - sous serres - de Phytoseiulus persimilis et d'Encarsia
formosa ou de parasites de Pucerons comme Diaretiella rapae (travaux
en collaboration avec Coulon puis Delorme du département de
Phytopharmacie).
Dès 1976-1977 on a disposé des moyens pratiques d'une lutte
intégrée efficace en milieu horticole. En verger, ce sont notamment
les travaux de Blaisinger (station de Zoologie INRA de Colmar) et de H. Audemard
(station de Zoologie et Apidologie INRA d'Avignon) au sein d'un groupe OILB
(lutte intégrée en arboriculture), en liaison avec l'ACTA
(Association ce coordination des techniques agricoles), qui ont pu conduire
à préciser les produits phytosanitaires compatibles avec l'emploi
d'entomophages.
Tous ces résultats d'ordre appliqué n'ont pu être obtenus
que par un développement corrélatif des recherches dites de
base, proches de disciplines fondamentales, et menées le plus souvent
au sein des mêmes équipes.
L'identification des éléments des biocénoses,
déjà bien engagé avant la IIe Guerre mondiale, a
été poursuivie non seulement pour les espèces cultivés
mais aussi au niveau des forêts méditerranéennes et
tempérées et de spéculations tropicales. Ce sont des
entreprises énormes et très rarement achevées, même
si le but est de connaître le cortège des ennemis d'une unique
espèce (cf. en fig. 3, page suivante, celui - simplifié - du
Bombyx disparate). La diminution des effectifs de taxinomistes n'est pas
toujours palliée par le recours aux individus et institutions
étrangers et bien des chercheurs engagés dans la lutte biologique
ont dû s'atteler à l'étude d'un groupe taxonomique. Mais
beaucoup plus intéressant que l'inventaire est l'établissement
d'un schéma fonctionnel, bâti à partir d'études
bioécologiques enregistrant les fluctuations spatio-temporelles des
populations concernées. De 1955 à 1975, l'écologie
d'essentiellement descriptive, est devenue quantitative, en partie sous
l'influence des collègues anglo-saxons, et grâce à l'appui
de la DGRST qui a donné accès à des moyens performants
de relevés et d'analyse de données.
Il faut toutefois constater qu'il n'en est résulté que très
peu d'analyses complètes et que les déplacements des individus
ont été en général presque ignorés. Un
résultat général important se dégage de toutes
ces études, qui va à l'encontre d'une idée largement
répandue : le rôle régulateur des entomophages
(empêchant les pullulations des ravageurs) n'est pas nécessairement
fonction de la stabilité et de la richesse en espèces de la
biocénose.
Toujours au chapitre de ces études de base, les observations au
laboratoire d'animaux en élevage ont permis de préciser leurs
caractéristiques de reproduction, de cycle de vie, de sensibilité
aux aléas climatiques, de mode d'alimentation et de performances de
nutrition et de choix du site du ponte. Ces deux dernier aspects ont - à
la suite des travaux pionniers pour la France d'E. Biliotti - été
particulièrement étudiés.
Les élevages de masse sont, comme on l'a vu à la base des
opérations de lutte biologique et doivent assurer la « fabrication
» d'auxiliaires en respectant des impératifs de quantité,
de qualité et de prix de revient. D'où le développement,
à partir des années 70, d'une véritable zootechnie.
L'élevage d'un parasite ou d'un prédateur directement sur un
milieu artificiel ou synthétique est l'idéal poursuivi ; les
réalisations ne sont pas encore sorties du domaine expérimental.
La production se fait donc à partir d'hôtes et de proies vivants,
dont il faut assurer l'élevage, sur un milieu aussi simple que possible.
Heureusement, beaucoup d'entomophages acceptent de se développer aux
dépens de « bêtes de laboratoire » bien adaptées
à une simplification des manipulations. Citons la Teigne des ruches
- pour plusieurs Tachinaires (Mouches parasites de chenilles) - et un ver
de farine, Ephestia kuehniella - à la base de l «
industrie » du Trichogramme notamment.
A. Paillot (IRA), Chorine et Metalnikov (institut Pasteur) avaient montré
la voie mais les échecs pratiques furent beaucoup plus nombreux que
les succès et la méthode fut abandonnée.
En 1946 et 1949, E.A. Steinhaus relança l'intérêt de
la lutte microbiologique par ses comptes rendus des opérations de
lutte (sur plusieurs dizaines de milliers d'hectares) menées avec
succès dans le Nord-Est des Etats-Unis contre la larve souterraine
de Popilia japonica, un Hanneton nuisible aux prairies (et aux terrains
de golf).
A l'instar de l'emploi d'organismes entomophages, celui des microbes
pathogènes pour les ravageurs implique une connaissance fine de la
biocénose de ceux-ci, mais aussi des recherches de pathologie et de
microbiologie développées en collaboration avec la station
INRA de Saint-Christol-les-Alès et l'institut Pasteur.
En lutte microbiologique, le choix du couple pathogène / hôte
revêt une autre signification et c'est après avoir essayé
près de 50 espèces et souches de Bactéries sporogènes
contre 5 espèces de chenilles que E.A. Steinhaus a pu dégager
un cas d'application efficace de ce mode de lutte.

Principaux éléments du cortège des ennemis
de Porthetria dispar en forêt de Chêne-liège de
la Mamora (Maroc)
d'après Villemant et Fraval, 1991.
Parasite des oeufs : Ok : Ooencyrtus kuvanae (introduit).
Prédateurs-démanteleurs des pontes (Coléoptères)
: Dl : Dermestes lardarius ; Tm : Tenebroides mauritanicus ;
Dt : Dasytes terminalis ; At : Akis tingitana ; Tv :
Trogoderma versicolor ; A* : Anthrenus (Hexanthrenus) sp. nov.,
en cours de description.
Prédateurs-démanteleurs des pontes (Lépidoptères)
: Ac : Aglossa caprealis.
Parasites des chenilles : Cm : Cotesia melanoscela ; Mp : Meteorus
pulchricornis - et leurs parasites (hyperparasites) : Dc : Dibrachys
cavus ; Bs : Brachymeria secundaria ; Ga : Gelis areator
- ; Pi : Palexorista inconspicua.
Prédateurs des chenilles : Csc : Crematogaster scutellaris ;
Csy : Calosoma sycophanta ; Pc : Parus coeruleus.
Parasites des chrysalides : Bi : Brachymeria intermedia ; Ci :
Coccygomimus instigator ; Ma : Monodontomerus aereus (à
la fois parasite et hyperparasite).
Prédateurs de chrysalides : Csy : Calosoma sycophanta.
Il s'agit d'employer la souche la plus virulente contre l'espèce la
plus sensible. Au microbiologiste de réunir des collections - et d'en
caractériser les éléments ; à l'entomologiste
de proposer l'Insecte sensible qui sera la cible du traitement.
Les premières manipulations (notamment à la Station centrale
de Zoologie de Versailles) de ravageurs malades, atteints de bactérioses
et viroses, ne tardèrent pas à provoquer des hécatombes
parmi les élevages des collègues et c'est dans un souci d'isolement
que fut érigé, à partir de 1955, un laboratoire annexe
à La Minière. Dirigé par P. Grison, ses préoccupations
étaient en grande partie d'ordre biocénotique. Cette installation
devint station de Lutte biologique et de Biocénotique à
l'arrivée de B. Hurpin (en 1958), en charge du problème du
Hanneton commun. E. Biliotti et P. Grison suivaient les
gradations (14) de la Processionnaire
du Pin et, avec le concours de la firme La Quinoléine jugeant
l'expérimentation d'insecticides non chimique porteuse d'avenir -
et de C. Vago (de Saint-Christol-les-Alès), une petite quantité
d'une suspension obtenue par broyage de chenilles malades d'une virose
polyédrique fut essayée, en octobre 1956, au Mont-Ventoux,
non loin de Malaucène.
Les résultats furent encourageants mais il fallait procéder
à une application à l'échelle de l'écosystème.
L « Opération Ventoux » de 1958 et 1959 mobilisa La
Minière, avec l'appui de Saint-Christol et d'Antibes. Elle vit la
multiplication de l'agent pathogène sur un élevage monstre
de 200 000 chenilles (conduit à Malaucène par G. Demolin et
G. Dusaussoy), pour assurer la préparation (par La Quinoléine)
de 30 t de poudre, épandue sur 500 ha. Le tout fut
filmé (15) et les résultats
positifs à court terme et jugés encourageants - abondamment
commentés.
Parallèlement aux virus de Lépidoptères, l'équipe
D. Martouret - A. Burgerjon, de La Minière, s'intéresse à
la Bactérie Bacillus thuringiensis ; B. Hurpin, avec le concours
de P. Robert, se consacre à Bacillus popiliae et à des
Rickettsies, en liaison avec son travail sur les Hannetons. Les Champignons
entomopathogènes (du groupe des Fungi imperfecti) sont
confiés à P. Ferron. Parallèlement, Remaudière,
à l'institut Pasteur, travaille sur les Pucerons et la possibilité
de les combattre avec des Entomophthorales (Champignons).
Deux doctrines se dégagent très tôt :
- la première stratégie d'utilisation d'agents
entomopathogènes consiste à déclencher artificiellement
des épizooties, maladies qui se répandent très vite
dans les populations des ravageurs et provoquent - comme cela se constate
souvent dans la nature notamment chez des ravageurs forestiers - leur disparition
brusque ;
- la seconde consiste à épandre - à la manière
d'un insecticide classique - une préparation à base d'un
micro-organisme (conservé en « vie ralentie » sous sa forme
de résistance).
L'une et l'autre de ces voies correspondent grosso modo, selon la
présentation théorique de la lutte biologique (encadré
1), à l'acclimatation - ici on parlera d'inoculation - et aux
lâchers inondatifs répétés - on parle alors de
traitement.
Introduction d'épizooties
L « Opération Ventoux » évoquée ci-dessus
ressortit à ce mode de lutte. Elle n'eut, au delà des
mortalités observées à court terme, aucun effet bien
net sur le cours ultérieur des gradations de la Processionnaire.
A. Fraval et A. Mazih tenteront (en 1977-78) d'acclimater au Maroc en forêt
de Chêne-liège (en liaison avec G. Biache et A. Burgerjon, de
La Minière) un virus « classique » de Porthetria
dispar, absent de cette aire géographique, avec de bons résultas
immédiats. Les suites éventuelles ont été
masquées par la disparition - jusqu'à présent - du
défoliateur de la zone d'inoculation.
Une souche locale de Bacillus popiliae, employée contre le Hanneton
commun dans la Sarthe, s'avéra insuffisamment virulente et en
définitive inopérante. Contrairement à Popilia japonica
aux Etats-Unis, notre Hanneton a un cycle triennal, ce qui fait que ses larves
(vers blancs) ne sont actives à une température suffisante
pour le développement de la maladie qu'un été sur trois.
Il fut de plus impossible de multiplier la Bactérie sur milieu
artificiel.
Le déclenchement artificiel d'épizooties permanentes (ou tout
au moins durables) ne semble possible que dans des cas exceptionnels, celui
de Popilia japonica, déjà cité mais aussi celui
de la Tenthrède Neodiprion sertifer au Canada, où l'agent
pathogène demeure dans le milieu d'une génération à
la suivante de l'hôte et où la permanence de l'épizootie
maintient l'inoculum à une haute densité.
Traitements biologiques
Avec cette façon de procéder, on abandonne l'idée d'une
action pérenne et on vise la destruction immédiate d'une part
suffisamment importante de la population du ravageur (ou de l'Insecte
indésirable) pour que sa nocivité s'annule.
Bacillus thuringiensis (« Bt »), des virus à
polyèdres nucléaires (16)
et des Champignons ont été essayés à ce
titre.
Bacillus thuringiensis a fait l'objet d'une somme importante de travaux à
La Minière, conduits par A. Burgerjon et D. Martouret, sur son mode
d'action, le titrage biologique de ses préparations, son emploi dans
la pratique agricole. La Piéride du Chou (élevée à
l'insectarium de La Minière) puis Ephestia kuehniella furent
les espèces témoins. La collaboration de Mlles de Barjac et
Lecadet (institut Pasteur) aura été très importante,
pour la collection et la caractérisation des souches de cette
Bactérie et pour l'examen de ses propriétés toxiques,
tandis que celles successives de Roger Bellon, Péchiney-Progyl et
Rhône-Poulenc auront permis d'aborder les aspects industriels de la
fabrication d'un produit commercial, la Bactospéine
(17), dont l'efficacité et l'innocuité pour
les Vertébrés ont été dûment homologuées
(en 1972, pour la lutte contre les Lépidoptères). Avec l'appui
financier de la DGRST, une opération en taille réelle avait
été menée sur 2 700 ha de mélézin
traités en juin-juillet 1967 pour combattre la Tordeuse du
Mélèze. Cette chenille était extrêmement bien
suivie dans ses gradations par P. Bovey et C. Auer, chercheurs suisses.
Les différentes préparations à base de Bt verront leurs
emplois confortés en protection des forêts et des vergers,
s'étendre à l'horticulture, aux grandes cultures et même
à l'apiculture (contre la Teigne des ruches) et, encore grâce
à la souche particulière israelensis, à la
santé publique, en lutte contre les larves (aquatiques) des
Moustiques.
Dans le développement de cet agent de lutte, pratique d'emploi et
sûr pour l'environnement, la France aura joué un rôle
parmi les plus novateurs.
Dans le domaine des virus, c'est à partir de 1972 qu'on put donner
à ces recherches un élan nouveau (après plusieurs
insuccès), en s'intéressant d'une part aux Noctuelles (surtout
à Mamestra brassicae, Noctuelle du Chou) et à
Porthetria dispar, d'autre part et ce grâce aux progrès
réalisés aux Etats-Unis (notamment).
On y était en effet parvenu à élever les chenilles
nécessaires à la production de virus sur des milieux artificiels
bon marché (18) ; on y avait
obtenu des succès à répétition sur des vastes
superficies de Cotonnier et de Tabac infestés par des chenilles de
Noctuelles ; on avait enfin acquis la certitude de l'innocuité de
telles préparations pour les Vertébrés (dont l'Homme),
les autres Insectes (dont les entomophages et les pollinisateurs) et pour
les végétaux.
Les recherches poursuivies à La Minière visèrent
particulièrement la mise au point des préparations (élevage,
broyage des cadavres, conditionnement), le titrage biologique (avec un Insecte
de référence), la définition des limites de la
spécificité des virus de diverses origines, la mise au point
d'adjuvants pour protéger les préparations des rayonnements
du soleil, le contrôle de l'identité du virus issu des
élevages.
Les deux virus (contre Mamestra et Porthetria) se
révélèrent efficaces - à condition toutefois
d'être appliqués très tôt dans le développement
des chenilles - et les connaissances accumulées satisfaisaient aux
critères de l'homologation, en cours d'obtention auprès de
multiples instances administratives.
Le premier Champignon étudié à La Minière fut
Beauveria tenella (Hyphomycète), agent de la muscardine blanche
des vers blancs, mycose toujours présente chez ces ravageurs mais,
sauf exception, en densité insuffisante pour infléchir le devenir
des populations.
Aux investigations proprement mycologiques se sont alliées des recherches
technologiques pour produire des éléments infectants pour les
vers blancs, à épandre sur les cultures menacées. Les
premiers résultats des tests faits dans la région de Besançon
sur des prairies permanentes ont été positifs, montrant un
effet prolongé de l'intervention - par le maintien d'un inoculum dans
le sol. Mais le ravageur disparut de la région
(19), à la suite de la sécheresse
prolongée de l'année 1976.
Beauveria bassiana fut essayé, par J. Fargues contre le Doryphore,
Coléoptère ravageur d'une culture annuelle, avec deux
générations par an, bien différent donc du Hanneton.
On y avait été encouragé par des résultats en
provenance d'URSS, affirmant l'intérêt d'une association de
doses réduites de Beauveria et d'un insecticide (soit dit en
passant, l'association d'un agent biologique et de doses subléthales
d'un toxique a constitué initialement une voie privilégiée
de la lutte intégrée). J. Fargues montra vite l'inconsistance
de ces résultats. Les essais menés dans le Cottentin, sans
addition d'insecticide, conduisirent à des mortalités du Doryphore
satisfaisantes et on s'attacha à disposer d'une préparation
utilisable en pratique agricole, de bonne conservation et non allergène
pour les manipulateurs (20).
Le même Beauveria bassiana s'est avéré efficace
contre chenilles hivernantes et les chrysalides du Carpocapse (ver des pommes).
Par ailleurs, en liaison avec l'institut Pasteur et la station de Rennes,
les Entomophthorales susceptibles d'être à la base d'un
aphicide (21) biologique furent
recensées.
Dans son acception classique - celle de la période couverte par notre
aperçu historique - la lutte biologique ne résout certes qu'un
nombre limité de problèmes phytosanitaires. Les raisons sont
d'ordre biologique : il peut n'exister aucun organisme entomophage capable
de remplir le rôle d'auxiliaire efficace dans la zone des
dégâts du ravageur ; le système écologique
centré sur le ravageur peut être d'une complexité trop
grande pour les moyens intellectuels actuels
(22). Les raisons sont dans certains cas d'ordre technologique
: on ne sait pas stocker convenablement l'agent de lutte microbiologique,
par exemple. Si l'économique est toujours sous-jacent, la limitation
peut être d'ordre purement commercial comme dans le cas d'un insecticide
à base de virus, très spécifique
(23), pour lequel la surface concernée est trop
faible et de plus très irrégulière d'une année
sur l'autre...
L'histoire de la lutte biologique est faite de beaucoup de succès
et de beaucoup (plus ?) d'échecs, en tous cas de plus en plus de
réflexions, d'expérimentations et de contrôles a
posteriori qui ont permis d'accumuler une compétence
considérable, non seulement au niveau de l'application et de la pratique
phytosanitaire, mais aussi en sciences de base et singulièrement en
écologie. Elles ont, rappelons-le, montré la complexité
de la constitution et du fonctionnement du milieu vivant qu'est un champ,
une forêt, la végétation d'une serre... et appris à
le traiter avec plus de circonspection, voire de respect.
L'histoire de la lutte biologique n'est bien sûr pas achevée.
Les quelques traits de son développement récent, en France,
sont dessinés par P. Ferron, chef du département de Zoologie
de l'INRA (encadré 4). Ils montrent bien qu'elle constitue un ensemble
de méthodes de lutte à l'efficacité éprouvée
et au coût compétitif. Comme jadis, les améliorations
sont attendues d'un renforcement des connaissances en sciences du vivant,
celles traitant de l'être vivant en soi (zoologie, botanique,
microbiologie, etc.) et celles considérant l'être vivant avec
son environnement - y compris agrotechnique - (les différentes composantes
de l'écologie), sans omettre les « outils de connaissance »
(comme la biométrie par exemple). S'y ajoute depuis peu la
possibilité de modifier l'être vivant - autrement que par la
sélection. Mais ceci est une autre histoire...
c'est à dire dans le domaine des maladies des plantes causées par des Champignons, des Bactéries ou des Virus, la lutte microbiologique a également sa place, depuis quelques années. Elle exploite - tout comme dans le domaine des ravageurs ou dans celui des ennemis de l'Homme et des animaux domestiques - ce que les écologues appellent des relations de compétition et des relations d'antagonisme ; mais les mécanismes, dans le monde des germes phytopathogènes, sont bien différents et de plus très variés. Par exemple, dans le cas des Virus, on utilise le phénomène de la prémunition ; la plante n'a pas de système immunitaire et ne peut guérir d'une virose ; en revanche, une fois infectée par une souche faible d'un virus (une variante de ce virus qui ne provoque pas de symptômes), elle devient insensible à une souche sévère (qui affecte le rendement) du même virus. Le Dossier de l'INRA La lutte microbiologique présente fort bien le sujet et détaille les exemples du chancre du Châtaignier, des Champignons du sol, du plomb des arbres fruitiers et de la pourriture grise, des Bactéries glaçogènes, de la galle du collet des arbres, et enfin des Virus de la Tomate, du Papayer, des agrumes ; dans tous ces cas, il existe une solution de lutte biologique efficace, entrée dans la pratique agricole ou sur le point de quitter le domaine de l'expérimentation.
Elle est basée sur l'exploitation par l'Homme et à son profit
d'une relation naturelle entre un animal consommateur d'une ressource
végétale de l'Homme et un autre organisme, le plus souvent
un parasite, un prédateur ou un agent pathogène du premier,
qui le tue à plus ou moins brève échéance en
s'en nourrissant.
On considérera, pour la clarté des explications, qu'il s'agit
d'Insectes ravageurs de plante cultivées. Le principe vaut pour toutes
sortes d'animaux, de microbes et de plantes indésirables.
Dans de rares cas, le second animal est un compétiteur du premier.
C'en est ainsi, notamment en lutte autocide (cf. ci-après)
l Si l'organisme antagoniste du ravageur (l'auxiliaire) est un animal, il
s'agit de lutte biologique au sens restreint, ou lutte par entomophage.
L'auxiliaire peut être un Vertébré (Oiseau ou Poisson
insectivore) ou un Nématode ; dans la plupart des cas, c'est un autre
Insecte. Les prédateurs (qui tuent et mangent plusieurs proies au
cours de leur développement) se distinguent des parasitoïdes
(parasites, qui vivent aux dépens d'un unique hôte, lequel meurt
après l'achèvement du développement du parasitoïde).
Il existe des parasites d'oeufs, de larves, de nymphes. Leurs biologies sont
extraordinairement variées et les relations hôte-parasite sont
très complexes, incluant des échanges hormonaux et des messages
chimiques interspécifiques, par des kairomones.
l Si l'organisme antagoniste est un microorganisme, on parle de lutte
microbiologique.
L'agent pathogène auxiliaire peut être un Champignon, une
Bactérie, un Virus, un Protozoaire, une Rickettsie. Il infecte
l'hôte en général par ingestion et possède une
forme de résistance lui permettant de passer - et de demeurer - dans
le milieu (sol, feuillage, litière).
L'agent pathogène se multiplie dans l'hôte et cause sa mort
par destruction de tissus, par septicémie, parfois par l'émission
d'une substance toxique (cas de Bactéries). Les cadavres de l'hôte
libèrent les agents pathogènes dans le milieu.
l Si l'organisme antagoniste peut, à la suite de son apport par l'Homme
au contact de l'Insecte cible, se développer et se maintenir aux
dépens de cet Insecte, sans nécessiter une nouvelle intervention,
on est dans le cas de la lutte biologique par acclimatation.
Ainsi en est-il lorsque on fait appel à un entomophage ou à
un agent pathogène exotique contre un ravageur précédemment
introduit ou parvenu naturellement d'une autre région du globe.
En cas d'acclimatation réussie et d'efficacité suffisante,
la lutte biologique « seffectue toute seule », l'auxiliaire
devenant un agent efficace et permanent (sur de nombreuses années
au moins) de la répression du ravageur. L'effort initial est
particulièrement bien valorisé.
l Si l'organisme antagoniste doit être lâché ou inoculé
(en grand nombre) à chaque fois que l'effectif du ravageur croît
dangereusement, on est dans le cas de la lutte biologique inondative
Il faut alors maîtriser les techniques de multiplication de l'entomophage
(en insectarium) ou du germe pathogène (en fermenteurs pour les
Bactéries, sur le vivant pour les virus), de conditionnement de stockage
et d'épandage, tout en maintenant constante la qualité du produit.
De tels auxiliaires, destinés à des applications
répétées dans une pratique agricole courante font l'objet
de multiples contrôles pour s'assurer de leur innocuité pour
les êtres vivants non cibles. Leur gamme d'hôtes (en principe
très limitée) est examinée tout autant que leurs
éventuelles propriétés toxiques ou allergènes.
Par sélection et par des opérations de génie
génétique, on cherche à améliorer ces auxiliaires,
en leur conférant par exemple des propriétés de
résistance aux climats extrêmes, aux insecticides ou aux
fongicides.
l Aux frontières de la lutte biologique: la lutte autocide (encore
dénommée lutte par mâles stériles).
Elle a pour principe l'introduction (en grand nombre) dans une population
naturelle d'individus mâles (de la même espèce) modifiés
(rendus stériles par l'application de rayonnements ionisants) mais
au comportement sexuel intact. Ces mâles manipulés (les auxiliaires)
seront, une fois lâchés, en compétition avec les mâles
sauvages. S'il sont (par exemple) 9 fois plus nombreux que leurs
congénères « naturels », et si les femelles n'acceptent
qu'un accouplement, 9 femelles sur 10 n'auront pas de descendance. Au bout
de peu de générations, l'apport de mâles stériles
continuant, la population cible est anéantie.
Ce mode de lutte fut appliquée en grand pour la première fois
(et avec un franc succès pour ce qui est du sud des Etats-Unis) à
la Lucilie bouchère, Mouche vivant très dispersée, peu
accessible aux traitements classiques, mais dont les asticots se
développant dans les plaies du bétail - et de l'Homme - provoquent
des pertes considérables. Ces dernières années, la Lucilie
fut malencontreusement introduite en Libye, et une lutte autocide énergique
en est venue à bout.
La Cératite (ver des fruits) est actuellement combattue en Amérique
centrale par ce procédé, dont l'application à la France
(travaux de l'INRA d'Avignon) et à l'Afrique du Nord a été
tentée, sans succès.
La lutte autocide repose sur un principe très astucieux mais son emploi
semble restreint à quelques très rares cas bien
adaptés.
l Au delà de la lutte biologique...
Les scientifiques travaillent actuellement à mettre au point l'utilisation
des toxines des Champignons et des Bactéries entomopathogènes,
soit en tant que matière active phytopharmaceutique à ranger
à côté des insecticides classiques, soit en tant que
substances qu'on fait fabriquer par la plante génétiquement
modifiée.
Dans ce dernier cas, toutes les manipulations délicates de la lutte
microbiologique « classique » sont court-circuitées mais
ne doit-on pas redouter l'apparition de lignées d'Insectes
résistants ?
- Les méthodes biologiques : pour mémoire
- Les méthodes mécaniques :
Le chasse-mouches, le bâton (ou le fusil), la brosse, l'échenilloir,
le secouage (Insectes des grains), mais aussi les barrières (moustiquaire,
grillage) et l'emballage, la glu, etc.
- Les méthodes physiques :
Le froid, le chaud, les micro-ondes, les radiations ionisantes, les infra-sons,
les ultra-sons, les U.V., etc.
- Les méthodes psychiques :
Les leurres, les appâts, les pièges, les épouvantails...
avec leurs développements modernes par utilisation de pièges
lumineux munis de grilles d'électrocution (dans les magasins, autour
des piscines, etc.), d'attractifs alimentaires (empoisonnés), de
phéromones (de synthèse) de rapprochement des sexes ou
d'agrégation, de cris d'alarme enregistrés, etc., à
rapprocher des plantes-pièges.
- La lutte par confusion utilise un analogue de synthèse de la
phéromone de rapprochement des sexes (produit volatil émis
par la femelle vierge d'un papillon - par exemple -, capable d'attirer les
mâles à très grande distance) non pas en vue de capturer
ces mâles dans un piège, mais pour les désorienter. La
phéromone est épandue sur le verger ou la forêt ; dans
cette atmosphère saturée de signaux sexuels, les papillons
mâles sont incapables de détecter les femelles, qui restent
donc infécondes.
- Les méthodes culturales (ou environnementales) :
Elles comportent d'une part l'emploi de variétés résistantes,
plantes entières ou porte-greffe sélectionnées, voire
maintenant génétiquement modifiées, qui opposent aux
ravageurs des barrières a priori (mécaniques, chimiques)
ou a posteriori (une fois ingérée, la plante est plus
ou moins indigeste ou toxique ou noie l'agresseur dans la résine ou
la sève) ou qui tolèrent ou compensent très vite les
déprédations. C'est l'exploitation de propriétés
naturelles de résistance aux Insectes phytophages (et aux agents
pathogènes) que possèdent certaines lignées de
plantes.
Elles consistent d'autre part à créer des modifications du
milieu défavorables aux animaux nuisibles : par éclaircie,
dessiccation superficielle du sol, élimination des abris et des
résidus de culture, enlèvement des arbres abîmés
et des bois gisants propices aux ravageurs de faiblesse, etc.
Le Doryphore, Leptinotarsa decemlineata, est, rappelons-le, un
Coléoptère originaire du Colorado, où il vivait
discrètement sur des Solanées sauvages.
La Pomme de terre (originaire du Pérou via l'Europe) le rejoint,
apportée par les colons. De cette rencontre naît un problème
phytosanitaire majeur. En 1927, le Doryphore prend pied à Bordeaux
pour une conquête de l'Europe qu'il poursuit encore.
La lutte biologique a pour point de départ la mission réalisée
aux Etats-Unis de mai à août 1928 par L. Trouvelot afin
d'étudier les parasites et prédateurs de ce ravageur.
S'assurant la collaboration de Huckett à la ferme expérimentale
de Riverhead près de New-York et celle de Cecill à la ferme
expérimentale de Geneva au sud du lac Ontario, il monte un réseau
de collecte et d'expédition d'entomophages qui en 1928, 1929 et 1930
fera parvenir à la station de Bordeaux des échantillons plus
ou moins abondants des 5 espèces suivantes : les Hémiptères
Perillus bioculatus et Podisus maculiventris, le Carabique
Lebia grandis et les Tachinaires Doryphorophaga aberrans et
D. doryphorae. Peu d'individus arrivent vivants et les essais
d'élevage échouent faute d'une maîtrise de la production
de l'hôte.
En 1933, cet obstacle étant au moins partiellement surmonté,
J. Brunneteau est envoyé à son tour aux Etats-Unis où
il peut reprendre la collecte et l'expédition des différents
auxiliaires précités, opérations qui seront poursuivies
par les collègues américains de Riverhead et de Geneva en 1934
et 1935.
A ce moment, face à l'ampleur prise par le problème Doryphore,
les effectifs de chercheurs de la station de Bordeaux placés sous
la responsabilité de J. de Feytaud ont été notablement
étoffés et il est dès lors possible d'envisager un travail
en profondeur qui, outre l'étude de bioécologie du ravageur
directement prise en charge par ce dernier, comporte l'analyse des
caractéristiques biologiques tant des parasites locaux et notamment
des Tachinaires susceptibles de s'adapter à ce nouvel hôte (L.
Mesnil, 1936) que des auxiliaires introduits, la maîtrise de
l'élevage de ces derniers et la répétition dans le temps
et dans l'espace d'essais d'acclimatation. De Lapparent prend en charge
l'étude de P. maculiventris, J. Brunneteau celle de D. aberrans
et F. Chaboussou celle de L. grandis.
Les élevages et les essais de colonisation, du moins pour certaines
espèces comme P. bioculatus, se poursuivront au moins jusqu'en
1941-1942 mais ne pourront jamais mettre en oeuvre plus de quelques milliers
d'individus dans le meilleur des cas.
Ces opérations sont reprises à partir de 1956 lorsque, à
Darmstadt, les Prof. Franz et Szmidt reçoivent de Belleville (Canada)
une nouvelle souche de P. bioculatus et mettent au point un élevage
de masse de cet auxiliaire. Les essais de lâchers inondatifs
réalisés en 1961 par P. Portier et J.-R. Le Berre dans le Cotentin
puis par T. Jermy en 1964 et 1965 à Kesthely en Hongrie à partir
d'un matériel (respectivement 40 000 et 57 000 larves) produit par
8 instituts européens dont les stations INRA d'Antibes et de Versailles,
montrent que si ce prédateur est suffisamment efficace pour juguler
temporairement une pullulation de Doryphores, il ne peut s'acclimater
définitivement faute d'une coïncidence chronologique suffisante
entre le cycle de l'hôte et celui de la Punaise.
Le choix par B. Trouvelot des lieux de récolte des auxiliaires dans
les zones atlantiques des Etats-Unis avait sa logique : il partait du principe
que des antagonistes qui avaient pu accompagner le Doryphore aussi loin de
son habitat d'origine devaient présenter les meilleures facultés
d'adaptation. Malheureusement, ni à l'époque de ses travaux,
ni encore dans les années 60, on n'avait l'habitude de prendre en
compte les notions de variabilité génétique des populations,
de coadaptation et de coévolution.
Combien d'échecs partiels ou totaux d'acclimatation ne sont-ils pas
dûs à l'utilisation au départ d'un inoculum trop réduit
(parfois, il subsiste à l'arrivée une seule femelle en vie...
heureusement fécondée !) ou trop monomorphe. Une discussion
s'engagea avec J. De Wilde (directeur de l'Institut d'entomologie de Wageningen)
sur la possibilité de financer, conjointement avec une université
américaine, une étude de la variabilité, à
l'échelle de ce sous-continent, des populations de certains ennemis
du Doryphore. Mais le problème de ce ravageur avait perdu beaucoup
de son acuité en Europe occidentale... et le coeur n'y était
plus.
Aujourd'hui, les procédés de lutte biologique sont entrés
dans la pratique agricole, dans le cadre de la stratégie dite de lutte
intégrée, aussi bien en arboriculture fruitière qu'en
cultures protégées sous serre. On remarquera que, dans les
deux cas, les cultures concernées alimentent le marché des
produits consommés en frais, ce qui traduit indéniablement
de la part des praticiens le souci de conquérir des marchés
avec les meilleurs arguments de qualité de leurs produits indemnes
de résidus. Le spectaculaire succès de la recherche agronomique
dans la lutte contre la Mouche mineuse serpentine américaine, ravageur
accidentellement introduit au début des années 80 et très
rapidement devenu résistant aux pesticides chimiques du commerce,
grâce à la mise en oeuvre de mesures prophylactiques et l'emploi
d'auxiliaire entomophages, à permis l'extension du procédé
de lutte intégrée sur près de 1 000 ha de serres. La
firme Duclos, près de Marseille, assure la production et la
commercialisation des auxiliaires nécessaires.
En grande culture céréalière, c'est la Pyrale du Maïs
qui fait l'objet d'actions convergentes aux résultats aussi performants
que ceux obtenus avec les meilleurs insecticides chimiques. L'UNCAA assure
la fourniture industrielle de Trichogrammes permettant chaque la protection
de plus de 10 000 ha de Maïs et concentre ses moyens à Valbonne,
près d'Antibes, pour construire en 1992 la première usine d'une
capacité de 40 000 ha/an ; la firme Calliope, de son côté,
a mis au point avec l'INRA un procédé de fermentation semi-solide
d'une souche du Champignon Beauveria bassiana hautement active sur
cette Pyrale. De même, Calliope aménage en 1992 à Pau
une usine de production de biopesticides à base de Baculovirus
pathogènes des Lépidoptères Noctuidae (les
Noctuelles) ravageurs des grandes cultures industrielles et
maraîchères.
Quant à la Bactérie Bacillus thuringiensis, elle retient
plus que jamais l'intérêt des grandes firmes phytosanitaires
qui estiment qu'elle pourrait à moyen terme couvrir près de
10 % du marché phytosanitaire mondial ; en effet les spectaculaires
progrès obtenus dans la connaissance du déterminisme
moléculaire de l'action entomopathogène de ses toxines, la
transformation génétique des souches ou celle des plantes,
semblent offrir des perspectives fort prometteuses, même si
déjà les chercheurs se préoccupent à juste titre
du risque de voir se développer des populations de ravageurs
résistantes à ce pesticide de l'an 2000 !
Demain, la production industrielle de Baculovirus entomopathogènes
éventuellement modifiés au travers de la maîtrise
économique de la multiplication de cellules animales en fermentateur,
on encore celle de Nématodes entomopathogènes du genre
Steinernema, quand les difficultés de sa symbiose avec une
bactérie du genre Xenorhabdus auront été
surmontées, illustrent sans doute aussi le succès croissant
des biopesticides.
On n'oubliera pas pour autant l'intérêt scientifique et agronomique
de la stratégie d'introduction-acclimatation d'auxiliaires exotiques,
illustrée actuellement par la spectaculaire colonisation des sols
à Canne à sucre de l'Ile de la Réunion par une souche
malgache d'un Champignon entomopathogène du genre Beauveria,
particulièrement efficace dans la lutte contre le ver blanc
Hoplochelus marginatus.
Au plan fondamental, les recherches engagées depuis peu tant en dynamique
et génétique des populations d'une part, que dans le domaine
des interactions entre plante cultivée - ravageur des cultures et
parasites de ceux-ci, devraient être de nature à conforter cette
stratégie de lutte en lui permettant d'accéder à une
véritable gestion des populations, dans une approche bien comprise
de la gestion des agrosystèmes et donc de l'espace rural.
(1) Les végétaux verts
chlorophylliens sont des organismes producteurs de matière organique
(fabriquée à partir du gaz carbonique, de l'eau et
d'éléments minéraux du sol, l'énergie étant
fournie par le Soleil; les animaux herbivores (=phytophages) qui s'en nourrissent
sont des consommateurs qui occupent le premier niveau trophique; les animaux
carnivores qui dévorent les herbivores sont au second niveau trophique;
eux-mêmes sont consommés, etc.[VU]
(2) Riley avait déjà à son actif
l'introduction aux Etats-Unis d'un hyménoptère parasite
(apanteles glomeratus) de la Piéride du chou. Pour combattre
le phylloxera, puceron d'origine américaine qui était en train
de ruiner la viticulture (et l'économie) du Midi de la France, il
proposa un Acarien, sans succès. Par contre il choisit et expédia
des variétés résistantes qui, utilisées
comme porte-greffe, apportèrent la solution à la crise
phylloxérique, autre chapitre mémorable de l'histoire de la
zoologie agricole. [VU]
(3) Euproctis chrysorrhoea, de son nom scientifique,
appartient à la même famille des Lymantriidae et est
également un grand défoliateur des arbres feuillus des zones
tempérées de l'hémisphère nord; ses jeunes larves
vivent dans un "nid" collectif. [VU]
(4) Installation spéciale ("insect proof")
où, avant de lâcher dans la nature un auxiliaire introduit,
on le met en observation pour vérifier ses capacités d'adaptation
et déceler d'éventuels inconvénients.
[VU]
(5) Les espaces verts des villes et leurs environs sont un
lieu privilégié pour toutes les formes de lutte biologique.
Le Courrier a publié sur ce sujet un article de R. Guilbot
dans son n°13, pp. 31 à 34.[VU]
(6) Pourquoi l'Amérique (les Etats-Unis)? parce qu'on
y trouvait (contrairement à l'Europe de l'époque) à
la fois un environnement économique où les ravages des
déprédateurs -à la mesure des surfaces toujours plus
concidérables exploitées en monoculture et aggravés
par le dynamisme des ravageurs pour beaucoup récemment naturalisés
(avec très peu d'ennemis -étant durement ressentis et des
structures de recherche appliquée très efficaces. D'un autre
côté, les nuisibles récemment introduits sont plus faciles
à combattre par les entomophages; ceci s'illustrera aussi notamment
en Australie et en Afrique du Sud. [VU]
(7) Dans ce texte, les événements postérieurs
à 1975 (environ) ne sont qu'évoqués. Parmi eux,
la lutte par Trichogrammes sera développée dans ces colonnes(
prochain numéro) par Nicole Hawlizky (INRA
Versailles).[VU]
(8) La Minière, hameau de Guyancourt, partie de la
ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines (dans le département du
même nom), est à quelques km au sud de Versailles.
[VU]
(9) Un des experts chargés de trouver la cause du
dépérissement de la vigne -il découvrit et identifia
la Puceron américain, Phylloxera- et d'y porter remède-il
se contenta de préconiser des fumures abondantes (voir l'ouvrage
récent de P. Pouget, coéd. INRA-OIV).
[VU]
(10) L'oeuf embryonné se divise: ainsi d'un seul
oeuf fécondé déposé par la femelle dans le corps
de la chenille-hôte écoloront plusieurs dizaines de
larves. [VU]
(11) Son secrétaire général actuel
est S. Poitout (INRA Zoologie, station de Montfavet-Avignon); il succède
à R. Bassino (ACTA), lui-même ayant succédé à
P. Ferron (INRA Zoologie, station de la Minière) qui accupera ce poste
de 1978 à 1983. [VU]
(12) La taxinomie, pratiquée par des taxinomistes,
est la science du classement des êtres vivants en ordres, familles,
tribus, genres espèces (catégories appelées taxons).
[VU]
(13) La biocénose est l'ensemble des êtres
vivants d'un milieu physique (biotope) avec laquel elle forme un
écosystème. Biocénose se décline avec
différents préfixes: agrobiocénose (du champ cultivé),
agroentomocénose (les insectes du champ) etc.
[VU]
(14) En dynamique des populations (branche de l'écologie
qui analyse les fluctuations des effectifs des animaux et en recherche les
causes) on définit -surtout pour les ravageurs forestiers- des phases:
progradation (l'effectif croît de génération en
génération), culmination (correspond au maximum de pullulation),
rétrogadation et latence (l'effectif demeure très faible).
Ces phases constituent une gradation, qui survient plus ou moins cycliquement.
[VU]
(15) Thaumetopoea fut le titre de ce film. Plus tard,
son réalisateur, R. Enrico touchera des publics plus vastes, avec
d'autres sujets... [VU]
(16) Ils se manifestent, au microscope optique, sous
forme de corps polyédriques envahissant le noyau des cellules qu'ils
parasitent. [VU]
(17) La marque sera reprise par Biochem en 1975; elle est
actuellement détenue par Solvay. [VU]
(18) Les virus, à la différence des
Bactéries, sont des parasites cellulaires stricts qui ne peuvent
être multipliés que sur le vivant: insecte-hôte en
élevage ou culture de tissus. [VU]
(19) le Hanneton commun ne pose actuellement plus que des
problèmes très localisés, ceci vraissemblablement du
fait de l'évolution des systèmes de culture.
[VU]
(20) Le Doryphore a lui aussi disparu de la liste des
ravageurs dangereux en France. [VU]
(21) Spécialité phytopharmaceutique destinée
à tuer les pucerons (Aphidoidea).
[VU]
(22) Le Bombyx disparate, si souvent cité dans ces
lignes, tant étudié, et toujours redoutable, se révèle
"non modélisable". Ce constat établi par les chercheurs
nord-américains est tout à fait partagé par ceux qui
ont étudié récemment ce ravageur au Maroc (A. Fraval,
Claire Villemant et coll). [VU]
(23) Il en serait exactement de même avec une
matière active chimique: les traitements d'assurance,
déclenchés à la lecture d'un calendrier établi
une fois pour toutes avaient du bon... d'un certain point de vue.
[VU]
Acot P., 1981. L'histoire de la lutte biologique. Le Courrier de
la Nature, 75, 2-8; ibid., 76, 7-12.
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scientifique : M. Clerjeau. Coll. « Les dossiers de lINRA), 10
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INRA-DIC, 1990. La lutte microbiologique (en phytopathologie). Resp.
scientifiques : M. Clerjeau et P. Davet. Coll. « Les dossiers de
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Labeyrie V., 1991. Lutte biologique : les vertus des parasites. Sciences
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et recherche biologique : contradictions et complémentarité.
In P. Bye, C. Descoins & A. Deshayes : Phytosanitaires, protection
des plantes, biopesticides. Coll. « Un point sur... », éd.
INRA-Editions, Paris, 127-161.
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et d'exploitation d'organismes transgéniques. InfoZoo (doc.
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Riba G., Silvy C. 1989. Combattre les ravageurs des cultures ; enjeux
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Villemant C., Fraval A. (ed.), 1991. La faune du
Chêne-liège. Coll. « Documents scientifiques et techniques
», éd. Actes Editions, Rabat, (à paraître).
Le Bulletin Technique d'Information, de septembre-octobre 1978
(n° 332-333) était consacré à : La lutte biologique
en protection des cultures
Après un avant-propos de P. Jourdheuil, au sommaire :
I Lutte biologique contre les insectes à l'aide d'entomophages
P. Jourdheuil : Lutte biologique à l'aide d'insectes entomophages,
présentation des problèmes et stratégies
d'utilisation.
C. Benassy : La lutte biologique contre les cochenilles diaspines des
arbres.
A. Panis : Modalités d'emploi des auxiliaires contre les cochenilles
farineuses et lécanines.
J.-C. Onillon : Modalités d'emploi des hyménoptères
parasites dans la lutte contre les aleurodes.
G. Iperti : Emploi des coccinelles.
Madeleine Pralavorio : Perspectives de lutte biologique contre les
tétranyques, acariens nuisibles aux cultures sous serres.
J. Voegele, P. Jourdheuil : utilisation des trichogrammes.
C. Laumond : Les nématodes entomoparasites. Perspectives d'utilisation
en lutte biologique.
II Lutte microbiologique
B. Hurpin : La lutte microbiologique, situation et perspectives.
D. Martouret : Emplois de Bacillus thuringiensis
B. Hurpin : Les virus d'insectes et leur emploi en lutte biologique.
P. Ferron : Lutte biologique contre les insectes ravageurs des cultures au
moyen de champignons entomopathogènes.
III Lutte biologique contre les organismes phytopathogènes
J. Ponchet : Lutte biologique contre les organismes phytopathogènes
. Orientation des recherches et perspectives.
J. Grente : Utilisation de l'hypovirulence contagieuse : la lutte biologique
contre le chancre à l'Endothia du châtaignier.
J. Bulit : Utilisation des antagonismes microbiens.
J.-P. Marrou : Application de la prémunition entre souches de virus
à la protection des plantes contre les maladies à virus.
IV Lutte biologique contre les mauvaises herbes
G. Barralis : Emploi d'organismes vivants dans la lutte contre les mauvaises
herbes.
Périodiques consacrés à la lutte biologique
Adalia
Club protection raisonnée. Rhodiagri-Littorale ; 1025, rue
Henri-Becquerel, 34036 Montpellier cedex.
Biocontrol Science and Technology
Editor-in-chief : C.C. Payne. Carfax Publishing Company, PO Box 25, Abdington,
Oxfordshire 0X143UE (Royaume-Uni).
Biological control
Editors : Raghavan Charudattan, H.K. Kaya, W.J. Lewis et C.E. Rogers. Academic
Press. 6277 Sea Harbor Drive, Orlando, Floride 32887-4900 (Etats-Unis).
Chinese Journal of Biological Control
Biological Control Laboratory. Chinese Academy of Agricultural Science ;
30 Bai Shi Qiao Road, Pékin 100081 (République populaire de
Chine).
Egyptian Journal of Biological Pest Control
Egyptian Society of Biological Control of Pests. Biological Control Laboratory,
Faculty of Agriculture, université du Caire, Gizeh (Egypte).
Entomophaga
Revue pour la promotion de la protection biologique et intégrée,
publiée par l'OILB. Rédacteur en chef : J.-M. Rabasse (INRA
Zoologie, Antibes). Lavoisier Abonnements ; 14, rue de Provigny, 94326 Cachan
cedex.