In memoriam

Le Courrier de l'environnement n°52, septembre 2004

Le Grand Capricorne

Cerambyx cerdo (Coléoptère Cérambycidé)

Il est beau et imposant (5 cm), brun foncé.

Il travaille. Dans le bois des chênes, sa larve creuse, durant 2 à 3 ans, une galerie ovale où la vermoulure s'accumule.

Il est intéressant à observer : les mâles, aux antennes dépassant le corps, se livrent à des combats territoriaux. On ne sait pas pourquoi ils stridulent ni exactement ce dont ils se nourrissent (pollen, exsudats sucrés ?).

Il est rare au nord de la Loire, où il subsiste principalement dans quelques forêts anciennes, dans des sites où se pratique une activité sylvopastorale ou dans de vieux réseaux bocagers avec des arbres têtards ou émondés. Il est de ce fait protégé.

Il est banal au sud de la France, dangereux quand il mine de gros chênes d'ornement. Le traitement, imposé pour garantir la sécurité des gens, est coûteux (injections de résines insecticides dans ses galeries) et en contravention avec son statut.

Il est une peste au Maroc où, dans la subéraie, il s'installe sur des arbres passagèrement affaiblis et en permet l'envahissement par le dangereux Hypoxylon mediterraneum, agent du Charbon de la mère, mycose fatale pour les sujets de forêts très menacées par ailleurs.

Mais il est bon : d'aucuns le mangent en brochettes.

Pour lui, trésor de la biodiversité ou ravageur forestier majeur, selon la latitude et les lieux, on souhaite des statuts de protection différenciés.

Alain Fraval

alain.fraval@insectes.org

Dessin Claire Villemant

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