In memoriam

Le Courrier de l'environnement n°46, juin 2002

la Moule perlière, Margaritifera margaritifera

La Moule perlière appartient à la famille des Margaritiféridés qui forme, avec la famille des Unionidés, le joli groupe des Nayades.

Réputée pour ses perles, l'espèce a été activement collectée par l'homme depuis fort longtemps puisque Jules César aurait conquis les Îles britanniques dans le seul but d'y récupérer le précieux ornement. Les ramassages intensifs ont fortement décimé les populations même si l'arrivée des perles des pays tropicaux, présentant un bien plus bel orient, a relégué la perle d'eau douce au second rang.

Vivant uniquement dans les rivières oligotrophes sur terrains siliceux, la Moule perlière ne peut plus se reproduire si le taux de nitrates dépasse 1,7 mg/l. Des valeurs largement dépassées par des eaux minérales pourtant réputées et que la charité seule nous empêche de citer. Sédentaire et vivant plus de cent ans (maximum 200 ans) dans un substrat qui doit rester stable, la population disparaît à la moindre transformation physique de son habitat.

Sans prédateur, cette espèce a formé jadis de véritables pavages sur les fonds des rivières où les millions d'individus filtraient sans relâche une eau rendue translucide. Depuis, moins de 100 000 individus persistent dans 80 rivières de France avec une reproduction constatée dans une petite dizaine d'entre elles. Ramassages, curages, entretien de rivières et, surtout, eutrophisation semblent avoir eu raison de ce bio-indicateur historique des cours d'eau restés dans leur état originel.

Gilbert Cochet
correspondant au Muséum national d'histoire naturelle
Le Village, 07130 Saint-Romain-de-Lerps
gilbert.cochet@wanadoo.fr

dessin de Béatrice Kremer-Cochet

[R]