In memoriam

Le Courrier de l'environnement n°29, décembre 1996

Alosa alosa et Alosa fallax


dessin R. Sabatié

Les Aloses sont largement réparties à travers le monde et peuvent être regroupées en Aloses du Nouveau Monde, de la Province ponto-caspienne, de l'Atlantique-Est et de Méditerranée. Le genre Alosa renferme 16 espèces et 27 sous-espèces, dont la plupart sont anadromes : les individus regagnent les fleuves après une croissance en mer qui dure, chez l'Alose vraie (Alosa alosa L.) et chez la feinte (A. fallax Lac.), de 2 à 8 ans selon l'espèce et le sexe. Leur poids atteint alors 1 à 3 kg.

Ces poissons ont subi et supportent encore pendant leur migration génésique saisonnière de nombreux impacts anthropiques : barrages non équipés qui bloquent les accès aux frayères, carrières de granulats, pollutions urbaines et industrielles diverses. L'Alose vraie est la plus sensible à ces dégradations puisqu'elle se reproduit, avec une prise de risque majeur, dans les parties hautes du fleuve. Il en est résulté, depuis cinquante ans, une fragmentation très nette de son aire de répartition - qui s'étendait de la Norvège au Maroc -, une disparition totale de populations dans de nombreux bassins versants et une réduction drastique des voies migratoires chez les populations relictuelles. Son aire actuelle sur l'Atlantique est limitée au sud par le fleuve portugais Mondego et au nord par la Loire.

Les aloses se reproduisent alors sur des frayères forcées où la survie des larves est délicate, où des hybrides féconds apparaissent et se reproduisent avec l'une des deux espèces parentes. Hybridation et introgression (incorporation de gènes étrangers dans certaines populations) sont les conséquences directes de ces pertubations qui accentuent les facteurs de variabilité de la population en eau douce. Malgré certaines réussites en France (Garonne) où les populations sont redevenues abondantes grâce aux actions du plan " Migrateurs " et du contrat " Retour aux sources " et la mise en place de projets de restauration des voies migratoires, les aloses sont extrêmement menacées - surtout les populations méridionales (Portugal, Maroc) - en l'absence d'une quelconque protection juridique internationale.

Pourtant, ces grands migrateurs sont des ressources patrimoniales renouvelables qui ont une valeur socio-économique locale pérennisant la pêche fluviale et incitant à une pêche de loisir. Ils sont dignes d'un haut intérêt scientifique sur plusieurs points (espèces bio-indicatrices, faible distance génétique et hybridation résultante qui pose le problème de spéciation, attrait de pouvoir caractériser et conserver leur biodiversité biologique et génétique).

Une prise de conscience s'impose, leur avenir est en jeu...

par Richard Sabatié
ENSAR, laboratoire Halieutique et INRA, laboratoire d'Ecologie aquatique,
65, rue de Saint-Brieuc, 35000 Rennes.

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