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In memoriam

Le Courrier de l'environnement n°25, septembre 1995

la Battarée phalloïde, Battarea phalloides (Dicks) ex. Pers.

C.B.

Dans nos décomptes inquiets des éléments d'une biodiversité qui va s'amenuisant et a fortiori dans les documents officiels (tels la Directive habitats), les champignons sont oubliés ; ou plutôt omis, car il est très difficile d'estimer l'abondance et la vulnérabilité de ces êtres qui se manifestent, dans certaines conditions, par leurs carpophores (chapeaux) et, dans d'autres, restent pratiquement indétectables, " réduits " à leur mycélium souterrain.

La Battarée phalloïde est l'une de ces nombreuses espèces dont on ne sait que très peu de choses. Son aspect est étrange : un pied fibreux, solide, pour partie enfoui dans le substrat et sortant d'une volve membraneuse, se prolonge par une tête concave atteignant 12 cm de diamètre où se mélangent l'ocre et le blanc. Elle est inféodée aux sols sableux secs (plus rarement à la sciure). Son aire de répartition et sa systématique restent à préciser, plusieurs sous-espèces (voire espèces...) se partagent l'Europe, une partie de l'Asie, l'Afrique du Nord et certaines régions tropicales. Son intérêt gastronomique est nul : notre battarée n'est ni comestible ni toxique, elle est tout simplement inconsommable.

Elle est donc ignorée des ramasseurs de champignons qui écument les sous-bois et prennent d'assaut les pharmacies, les expositions mycologiques et les sociétés savantes à l'automne. Si 20% d'entre eux seulement se tournaient vers l'identification précise des champignons, comestibles ou non, nous disposerions alors de données multiples qui permettraient, dans le prolongement de la liste rouge des champignons menacés, en cours d'élaboration en France, de mieux préserver les espèces les plus rares.

Poursuivons le rêve : si quelques-uns parmi les jeunes chercheurs pouvaient échapper à l'attraction des disciplines du gène et de la molécule, la mycologie, science des champignons, prendrait un nouvel essor et participerait davantage à l'inventaire et à la préservation du vivant.

Par Francis Oliverau, DIREN Centre, 131, faubourg Bannier,45042 Orléans cedex.

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