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In memoriam

Le Courrier de l'environnement n°20, septembre 1993

la Grue japonaise

La Grue Japonaise (Grus japonesis), blanche et noire, tête calottée de rouge, est un animal hautement symbolique au Japon, les Aïnous la considérant comme la divinité des marais. Une des raisons de cet attachement culturel tient peut-être à sa taille impressionnante de 1,4 m, pour une envergure de 2,2 à 2,4 m et un poids de 10 à 15 kg, mais plus vraisemblablement à son comportement nuptial comprenant une parade dansée et des vocalisations très démonstratives.

Aujourd'hui, l'effectif total est estimé à 1 600 individus, se reproduisant le long des berges des fleuves Amour et Oussouri à l'Est de la Sibérie ainsi qu'au Nord-Est de la Chine et à l'Est de l'île la plus septentrionale de l'archipel nippon, Hokkaïdo.

Dans cette île, jusqu'au XIXe siècle, les observations de grues étaient régulières. Par la suite, leur effectif a diminué régulièrement. L'espèce, bien que protégée en 1882, a été considérée comme éteinte au début de ce siècle, une disparition imputée à la chasse et au développement économique au cours de l'ère Meiji.

En 1924, la redécouverte de 10 individus dans les marais de Kushiro a déclenché une mobilisation générale pour conserver cette population japonaise. Grâce aux mesures de protection (réserves, aménagement des lignes électriques), mais aussi à l'élevage et au nourrissage, l'effectif est passé de 33 individus en 1952 à 611 en janvier 1993.

Dès 1925, les marais de Kushiro bénéficièrent du statut de zone de préservation pour l'espèce. Dix ans plus tard, la Grue et 2 700 ha de zones humides devenaient des " monuments naturels ". La désignation de plus de 7 700 ha de marais en site Ramsar (1980) leur a conféré une valeur internationale. Ces divers labels se trouvent confortés depuis 1987 par la création du parc national de Kushiro Shitsugen d'une superficie de 26 861 ha.

Des programmes d'élevage, accompagnés de recherches étho-écologiques, ont été menés dans de petites réserves à partir de 1958. La reproduction, l'éclosion et le développement des jeunes ont réussi en semi-captivité ; les individus lâchés ont formé des couples dans le marais.

Mais ce sauvetage doit encore davantage aux habitants des villages proches du marais qui ont commencé à nourrir les grues pendant l'hiver 1950. Aujourd'hui, 1 600 bénévoles gèrent 24 postes de nourrissage.

Ces concentrations importantes de grues ont permis de sensibiliser les visiteurs, les scolaires et même les politiques : Kushiro a en effet accueilli en 1993 la Ve Conférence de la convention de Ramsar qui vise à la conservation des zones humides d'importance internationale.

par Geneviève Barnaud
Muséum national d'histoire naturelle, Paris

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