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In memoriam

Le Courrier de l'environnement n°18, décembre 1992

Le Porte-Queue de Corse

Comme la plupart des espèces animales et végétales à répartition endémique insulaire, le Porte-Queue de Corse, Papilio hospiton Génè, bénéficie d'un statut de protection reflétant la précarité de ses populations.

En milieu insulaire, les espèces endémiques ont en effet un pool génique restreint et s'adaptent difficilement aux nouvelles pressions environnementales excessives. Les incendies, les aménagements routiers ou immobiliers, la mise en eau de nouveaux barrages.. sont autant de contraintes brutales appliquées sur les biotopes, qui contrarient les équilibres précaires et affectent des niveaux de populations de ces espèces qui mettront plus de temps que d'autres à retrouver leur optimum. Ces espèces endémiques insulaires sont de ce fait considérées comme des espèces vulnérables de premier plan.

Cependant, selon les entomologistes qui l'étudient et l'observent chaque année en Corse et en Sardaigne, le Porte-Queue de Corse aurait tendance à échapper aux actuelles pressions d'origine anthropique. Ainsi, très lié à la grande férule (Ferula communis) qui nourrit sa chenille, on l'observe préférentiellement sur les pics et les crêtes rocheuses, à l'abri des ravages du feu, des expansions immobilières et des collectionneurs peu scrupuleux, dans des zones " refuges " d'altitude où les rares bergers ne détruisent plus systématiquement la férule qui empoisonne le bétail et où la régression des espaces agro-sylvo-pastoraux ne laisse pas le champ libre à un maquis pauvre et envahissant.

Sa répartition originelle en Corse devait certainement couvrir des espaces de plaines et de vallées que le " progrès " n'a pas épargné. Il nous faut donc veiller, grâce aux mesures internationales de protection qui le concernent, à ce que la gestion future de l'environnement corse ne le réduise pas à un simple souvenir.

par Hervé Guyot
Office pour l'information éco-entomologique (OPIE)

Papilio hospiton Gènè est inscrit sur l'arrêté du 3 août 1979 fixant la liste des insectes protégés en France, en annexe 1 de la Convention de Washington interdisant son commerce et sa circulation, en annexe 2 de la Convention de Berne interdisant sa capture sa détention, sa mise à mort intentionnelle, son commerce mort ou vivant, ainsi que la destruction ou la détérioration intentionnelle de ses biotopes, ainsi qu'en annexes 2 et 4 de la Directive habitat interdisant sa capture ou sa mise à mort intentionnelle, sa perturbation intentionnelle, sa destruction ou son ramassage intentionnel dans la nature, ainsi que la détérioration ou la destruction de ses biotopes.

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