Introduction
1. Lutte microbiologique contre les insectes
défoliateurs
2. Démoustication
3. L« Opération coccinelles » de
Caen
En conclusion
Orientation bibliographique
La conservation du patrimoine naturel devient fort heureusement une
préoccupation des Etats et des gouvernements.
Parmi les différentes composantes du développement, la protection
de l'environnement est maintenant prise en compte. Une nouvelle gestion du
territoire, certes encore balbutiante, voit le jour. Il ne faut plus tarder
si l'on souhaite assurer le maintien d'une diversité de communautés
d'êtres vivants.
Les insectes font partie de cette communauté. Malgré le rôle
fondamental qu'ils jouent dans les écosystèmes, leur nombre
ne cesse cependant de régresser sans que beaucoup de nos contemporains
s'en inquiètent: en Europe 15 000 espèces d'insectes sont en
danger.
Mais aussi inattendu que ce soit, les milieux urbain et péri-urbain
restent des lieux privilégiés pour les insectes, où
ils trouvent encore abris et nourriture.
La nécessité de protéger les espaces urbains contre
les insectes phytophages (qui s'attaquent aux forêts, parcs, arbres
d'alignement, etc.), saprophages ou vecteurs, rend indispensables des
interventions phytosanitaires qui ne tiennent pas souvent compte de la
fragilité des équilibres biologiques de notre environnement.
Pourtant ces interventions pourraient intégrer cette nouvelle
donnée, d'autant que les moyens et les méthodes existent. Les
applications d'insecticides chimiques peuvent être rigoureusement
limitées au strict nécessaire et remplacées aussi souvent
que possible par des insecticides biologiques.
En milieux urbain et péri-urbain l'utilisation de la lutte biologique
doit être privilégiée: elle apporte plus de
sécurité vis-à-vis des problèmes liés
à la protection de l'environnement.
Les trois exemples suivants montrent que des possiblités existent.
En 1977, W.A. Smirnoff, par ses recherches sur l'utilisation de certains
micro-organismes entomopathogènes et celles d'autres chercheurs
effectuées par le Centre de recherches forestières des Laurentides
(Québec), était convaincu de la possibilité d'introduire
la méthode de lutte microbiologique dans la pratique courante de lutte
à l'égard des insectes défoliateurs de la forêt
urbaine et péri-urbaine au Canada.
Le Département de Loire-Atlantique a connu en 1985 une forte infestation
du papillon Bombyx cul-brun (Euproctis chrysorrhoea). Sa chenille,
urticante, est très polyphage. Les attaques répétées
affaiblissent le végétal, le rendant vulnérable à
d'autres agressions (maladies, insectes ravageurs).
Afin de réduire la population de chenilles, plusieurs méthodes
de lutte ont été appliquées: échenillage, broyage
mécanique des haies, piégeages lumineux et sexuels,
complétées par des traitements phytosanitaires, traitements
biologiques et chimiques, appliqués selon des facteurs tels que la
hauteur moyenne de la végétation, la période d'intervention,
ainsi que la sensibilité de la population et des élus aux
dégâts occasionnés dans les zones touchées.
Le traitement biologique à base de Bacillus thuringiensis,
bactérie entomopathogène qui provoque une septicémie
de la chenille après paralysie, n'est efficace que sur les deux premiers
stades larvaires. Son emploi à donc été limité
au mois d'août. Ce traitement est difficile d'emploi mais il est par
contre très sélectif et non toxique.
Le traitement chimique a été autorisé avec la
nécessité d'utiliser le diflubenzuron (Dimilin). Ce produit
agit par ingestion. Il bloque la formation de la chitine, provoquant des
lésions pendant ou après la mue. Il peut être utilisé
à tous les stades larvaires.
L'expérience réalisée en Loire-Atlantique montre que
la lutte ponctuelle ou localisée est vouée à
l'échec.
Une stratégie collective (propriétaires privés,
collectivités locales...) permet la mise en oeuvre d'une lutte
organisée: cartographie des infestations, information de la population,
et de dégager des moyens qui conditionneront l'utilisation et la mise
en place de méthodes de lutte chimiques et biologiques, compatibles
avec la protection de l'environnement.
Avec plus de 3 200 espèces décrites, les moustiques sont
répandus dans presque toutes les parties du monde. En France 62
espèces sont recensées. Trois d'entre elles sont
particulièrement agressives vis-à-vis de l'Homme: Aedes
caspius, Aedes detritus, Culex pipiens.
Les moustiques sont des vecteurs de maladies souvent graves. En France, ils
sont considérés surtout comme élément d'inconfort.
Ils assurent toutefois la propagation du virus de la myxomatose, de certaines
filarioses et de maladies bénignes telle que la fièvre
d'été.
Trois régions françaises sont surtout concernées. Il
s'agit des régions Méditerranée, Atlantique et
Rhône-Alpes, où ces Diptères font obstacle au
développement économique et touristique. Leur expérience
dans le domaine de la lutte contre les moustiques a permis d'améliorer
les méthodes, en recherchant l'application du concept de lutte
intégrée.
La lutte contre les moustiques oblige à identifier les espèces
et à connaître parfaitement leur biologie, car les interventions
se font principalement sur les gîtes larvaires. En zones urbaine et
péri-urbaine l'espèce la plus fréquemment rencontrée
est C. pipiens dont les larves occupent les eaux stagnantes et
polluées (bassins, égoûts, etc.). Le recensement aussi
complet que possible des gîtes est indispensable pour lutter efficacement
contre les moustiques.
Plusieurs méthodes de lutte sont en vigueur:
- lutte chimique: en milieu urbain, un produit insecticide, le chloropyrifos,
est utilisé en application sous très bas volume; de nombreux
cas de résistance sont maintenant observés;
- lutte mécanique: par des travaux d'aménagement (faucardage,
drainage...), les gîtes larvaires sont réduits, voire
supprimés. La mise en oeuvre de tels procédés doit
être parfaitement réfléchie et ne doit se réaliser
qu'après information des populations concernées;
- lutte biologique: dans les étendues d'eau (gîtes larvaires)
peu polluées de certaines zones urbaines, l'utilisation de poissons
larvivores, Gambusia en particulier, a donné de bons
résultats.
La lutte contre les insectes vecteurs (moustiques et simulies) est actuellement
envisageable (en partie) par l'application sur les stades larvaires aquatiques
de Bacillus thuringiensis var. israelensis (« Bti »)
et, dans un proche avenir, de B. sphaericus (De Barjac et al.,
1984). Ces bactéries spécifiques ont l'avantage de présenter
une innocuité parfaite pour les poissons, les crustacés, les
mammifères, les oiseaux, etc. B. sphaericus est très
toxique pour les larves de Culex et d'Anopheles; il a
été utilisé en région Languedoc-Roussillon et
à Montpellier avec succès. Les industriels ont d'ailleurs mis
sur le marché deux produits spécifiques: « Veckolex »
(ABBOT) et « Spaerimos » (SOLVAY). Le coût de leur utilisation
est parfaitement compétitif avec les insecticides chimiques.
Cet exemple montre que dans les trois régions concernées, la
complémentarité des moyens mis en oeuvre, grâce à
un effort pluridisciplinaire, a permis de mettre en place une méthodologie
de lutte intégrée adaptée à la problématique.
Dès 1981, le Service des Espaces verts de la ville de Caen met en
application les concepts de la lutte biologique pour lutter contre les insectes
ravageurs des espaces verts et des cultures sous serres. La ville dégage
des moyens pour mettre en place l'élevage d'insectes
prédateurs.
La formation technique du personnel est assurée par l'INRA à
la Station de lutte biologique d'Antibes. L'élevage des coccinelles,
Adalia septempunctata et A. bipunctata, est ensuite entrepris
pour lutter contre les pucerons des rosiers, Macrosiphum rosae, mais
aussi contre ceux de la végétation arbustive.
Ainsi, depuis 1982, grâce à l'utilisation des coccinelles, les
traitements chimiques contre les pucerons ont été supprimés
et, à partir de cette expérience fructueuse, d'autres espèces
de parasites et de prédateurs sont multipliées pour être
utilisées en cultures sous serres (coccinelles coccidiphages...).
Parallèlement à cette action, une information est donnée
au public sur la nécessité de protéger l'environnement:
conférences et documentation dispensées par une association
de protection de la nature (CREPAN), articles dans les bulletins municipaux
et la presse locale. Des projets éducatifs autour de ce thème
sont réalisés avec les enfants des écoles. Des coccinelles
sont distribuées gratuitement à la population pour son propre
usage.
L « opération coccinelles » a débuté
en 1982. L'élevage est assuré par une personne (2 heures par
jour). 40 000 larves sont lâchées dès la mi-mars, le
supplément est distribué à la population (près
de 7 000 larves).
Ce projet mené par le Service des espaces verts de Caen a certes des
limites, l'utilisation des prédateurs se faisant soit sur de petites
surfaces (massifs), soit en serre. Toutefois, il a permis d'interpeller le
personnel ainsi que la population de la ville sur les risques qu'entraîne
l'utilisation incontrôlée des pesticides.
Les troubles provoqués par l'utilisation de la lutte chimique sur
les écosystèmes doivent conduire à l'utilisation de
la lutte biologique contre les insectes qui causent des dommages à
un certain moment de leur développement.
Des municipalités, des collectivités territoriales, des
propriétaires privés, etc. se sont regroupés pour mener
à bien des actions de lutte en tenant compte des impératifs
écologiques. Bien sûr, la lutte chimique a été
privilégiée dans certains cas, faute de mieux. Mais au vu de
ces quelques exemples, on observe que les méthodes de lutte biologique
appliquées sont efficaces.
Le concept de lutte raisonnée mérite d'être
développé lors d'interventions sanitaires en milieux urbain
et péri-urbain, mais encore faudrait-il en avoir la volonté.
R. Guilbot est secrétaire général de l'Office pour l'Information éco-entomologique (OPIE)
Anonyme, 1987. Le Bombyx cul-brun. Rapport, Fédération des Groupements de Protection des Culture de Loire-Atlantique.
De Barjac H., Charles J.J., Bourgoin C., Larget-Thierry I., 1984. Aspects actuels de la lutte microbiologique dans le domaine de la santé. Bio-Sciences, 11(14).
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