Vers la page d'accueil du Courrier de l'environnement de l'INRA


Le Courrier de l'environnement n°25, septembre 1995

Le Courrier, l'environnement et l'INRA

par Guy Paillotin

Son portrait par Rousso

Le Courrier de l'Environnement de l'INRA publie son vingt-cinquième numéro et tous ceux qui ont oeuvré à cette publication célèbrent à juste titre cet événement. Vingt cinq numéros c'est un excellent score, mais cette performance est d'autant plus significative que le Courrier s'est forgé une belle réputation à l'INRA comme à l'extérieur de notre Institut.

Etonnante - mais instructive - aventure que celle de cette revue qui est bien davantage le fruit d'une intuition de son créateur, Patrick Legrand, que d'une volonté délibérée de la direction générale de l'INRA !

L'INRA a cependant toujours eu le souci de conduire des recherches sur l'environnement ou, plus exactement, un certain nombre d'individualités de l'INRA ont porté ce souci. Ainsi Jacques Lecomte et Mme Périgaud animèrent depuis le début des années 80 un groupe de réflexion et assurèrent la représentation de notre Institut dans diverses instances concernées par l'environnement. Curieusement, c'est le départ à la retraite de Mme Périgaud en 1985 qui fournit l'occasion de redéfinir sous son impulsion la place des recherches sur l'environnement à l'INRA et le rôle que pourrait prendre une structure de coordination de ces recherches.

N'étant pas totalement convaincu de la nécessité de créer une telle structure, j'organise une réunion des scientifiques de l'INRA intéressés par les questions touchant à l'environnement en présence de M. Chabason, responsable de la recherche au sein du ministère de l'Environnement.

De cette réunion, il ressort que nos structures hiérarchiques ne peuvent pas - spontanément du moins et à elles seules - assurer le développement des recherches de l'INRA sur l'environnement alors même que l'intérêt de celles-ci est tout à fait évident.

Ainsi fut créé un club des scientifiques de l'INRA intéressés par l'environnement, au premier rang duquel figurait d'ailleurs Bernard Chevassus-au-Louis (1), et une structure légère de coordination appelée " Cellule Environnement ". Sur la suggestion de M. Chabason, nous réintégrons P. Legrand pour lui confier le secrétariat de cette structure.

Il faudra peu de temps à P. Legrand pour me proposer la création d'une revue, ce que j'accepte immédiatement à la surprise de beaucoup, puisque nous entamions à l'époque une refonte de notre politique éditoriale fondée sur des principes de rigueur scientifique dont le Courrier n'était pas a priori totalement paré. Ceci témoigne de la capacité de conviction de P. Legrand et peut-être de ma part du souci que j'ai appris de Jacques Poly (2) de laisser de l'espace à l'originalité, à l'esprit d'initiative et à la controverse.

Ainsi naît le Courrier de la Cellule Environnement - devenu maintenant le Courrier de l'Environnement de l'INRA - qui accompagnera et précédera même, il faut le reconnaître, l'amplification de l'engagement de l'Institut dans le domaine de l'environnement. Cet engagement est aujourd'hui résolument affirmé et sans aucun doute le Courrier a beaucoup fait pour que nous épousions une vocation que beaucoup nous reconnaissaient avant même que nous en prenions pleinement conscience.

Dès mon retour à l'INRA en 1991, Hervé Bichat (3) et moi demandons à Jean-Claude Rémy (4) de rédiger un rapport sur l'environnement et sur le rôle que doit jouer l'INRA dans ce domaine. Ce rapport, riche dans son contenu, est approuvé par notre conseil d'administration et se traduit rapidement dans les faits.

Le secteur du Milieu physique et de l'Agronomie change de titre, devient le secteur Environnement physique et Agronomie, et introduit explicitement l'environnement dans ses objectifs. De façon beaucoup plus approfondie il vient de confirmer cette évolution et de produire un schéma directeur où figurent en bonne place, et avec quelle pertinence, nombre de questions liées à l'environnement : la préservation de nos ressources naturelles, l'analyse des impacts des pratiques agricoles sur les grands équilibres climatiques, la maîtrise d'une activité agricole durable, efficace et de qualité...

Les secteurs des Productions animales et végétales ne sont pas en reste, qu'il s'agisse de méthodes d'élevage respectueuses de l'environnement, de pratiques plus extensives, de progrès génétiques soucieux des équilibres écologiques, de conduite de la sylviculture, de lutte biologique intelligente, de la préservation de la biodiversité... Partout le désir d'innover qui est notre moteur est complété par celui de bien articuler nos nouveaux savoirs et savoir-faire avec les grands équilibres écologiques qui régulent la nature.

Il en va de même pour le secteur des Industries agro-alimentaires et pour le nouveau secteur SESAMES (5) qui, du traitement des effluents à l'économie de l'environnement, complètent, ô combien, le dispositif si riche qui est le nôtre dans ce domaine.

Cette richesse conduit parfois, et c'est bon en soi, au foisonnement. Le foisonnement appelle de la cohérence. C'est le rôle de la délégation à l'Environnement qu'anime Alain Perrier et dont le Courrier est aujourd'hui " l'organe " d'information.

J.-C. Rémy, au moment où il se mettait à l'oeuvre pour rédiger son rapport, me confiait son inquiétude : l'INRA avait, selon lui, pris beaucoup de retard sur l'ensemble des organismes de recherche pour mettre en valeur sa politique en matière d'environnement. A certains égards son jugement était sévère : le Courrier de l'environnement n'était-il pas déjà très apprécié à l'extérieur de la maison et des actions incitatives n'avaient-elles pas été lancées et fort bien conduites sur des thèmes liés à l'environnement ? Il avait cependant raison si on se situait sur le plan des effets d'annonce. Tous les organismes de recherche faisaient alors grand bruit sur leur engagement en faveur de l'environnement et plusieurs organismes spécialisés dans le domaine voyaient le jour, tandis que l'INRA restait bien silencieux.

En réalité je n'étais pas inquiet. Les effets d'annonce sont surtout importants pour ceux qui ont beaucoup à prouver. Or l'INRA a, de par ses compétences, de très nombreux atouts à faire valoir. D'où viendrait donc le succès du Courrier, s'il n'y avait pas ce socle très solide des recherches de l'INRA ? De très nombreux thèmes : la biodiversité, la gestion des ressources naturelles et de la faune sauvage, les impacts de l'agriculture, du génie génétique, de la sylviculture et de l'hydrobiologie sur notre cadre de vie, l'économie de l'environnement, la dépollution et la " biorémédiation ", les évolutions climatiques et, notamment, le rôle qu'y jouent les forêts, etc. étaient déjà sur le métier. Sans doute l'INRA ignorait-t-il ses propres talents et négligeait-t-il certains problèmes majeurs comme ceux de la gestion globale de la ressource " eau ", de l'évolution des métiers de l'agriculture et de l'espace rural sous les effets combinés de la PAC et de la demande sociale. Une telle ignorance est aujourd'hui derrière nous. Mais les mises en garde de J.-C. Rémy auront été extrêmement utiles : l'INRA libère son énergie créatrice et anticipe plus systématiquement dans un domaine qui lui est plus que familier.

Au-delà de ses compétences scientifiques, il est un deuxième élément qui lie fortement l'INRA à l'environnement : ce sont ses rapports si forts avec l'agriculture. En 1991 - nous revenons encore à l'époque du rapport de J.-C. Rémy -, la profession agricole est extrêmement inquiète. A la fin du mois de septembre elle manifeste avec force et détermination dans les rues de Paris. La nouvelle Politique agricole commune pose en termes nouveaux et ambigus la relation entre l'agriculture et la nation. C'est bien autour de l'occupation active de l'espace, de l'équilibre entre villes et campagnes, de la répartition harmonieuse de l'emploi sur notre territoire que s'organise tant bien que mal la réflexion. Michel Sebillotte, mobilisé dans cette période difficile qu'on a déjà un peu oubliée, fait entendre, sur ma demande, la voix de la Recherche agronomique. Il rappelle combien notre approche de l'environnement doit être teintée d'humanisme, combien au-delà des normes elle doit laisser la place à l'homme. C'est d'ailleurs depuis bien longtemps le message fort des agriculteurs, et c'est aussi le nôtre, car l'INRA ne saurait se dégager de son histoire et de ses sources les plus profondes. Certes d'autres voix se sont fait entendre pour contester le rôle privilégié que pourraient avoir les agriculteurs dans la gestion de notre environnement. Ces avis doivent être entendus car ils sont stimulants, mais enfin comment oublier que plus de 80% de notre sol appartient aux agriculteurs et que ce sont eux qui, par leur travail productif, donnent une âme à l'espace où nous vivons. L'INRA est tout à fait fidèle à ses sources. Je n'en vois pour preuve que le souci si responsable que manifestent nos chercheurs à bien articuler le progrès scientifique et technique, notamment dans le domaine des biotechnologies, avec les aspirations les plus profondes de nos concitoyens. Voilà bien un domaine où un organisme de recherche publique doit dire le vrai et apporter son expertise aux responsables politiques de notre pays. Nous l'avons fait à propos de l'hormone de lactation, nous le faisons à propos des plantes transgéniques. Il ne s'agit pas de s'opposer au progrès technique, auquel d'ailleurs nous contribuons, mais de le rendre appropriable par le citoyen. C'est déjà ce que voulait la Jeunesse agricole chrétienne (JAC) au moment où se construisait notre agriculture moderne. L'enjeu s'étend aujourd'hui à tous les citoyens et non point uniquement aux agriculteurs. Il y a là l'un des termes du contrat passé entre l'agriculture et notre pays : gérer raisonnablement, durablement notre terre tout à la fois source de richesses et référence culturelle.

Un troisième élément lie fortement l'INRA à l'environnement. Je veux parler ici de notre intérêt porté à l'alimentation. On a, un peu rapidement, ramené l'alimentation a un simple acte " d'entretien biologique ". Il n'en est rien en fait et le recul pris par les consommateurs vis-à-vis de la consommation est venu rappeler que l'homme vit aussi de rêves, mieux même d'espérance. Comment ne pas saluer les efforts faits par les industries agro-alimentaires et certaines grandes surfaces - après que nous l'ayons appelé de nos voeux - de renouer avec le terroir, avec l'espace et avec le temps. En définitive nos recherches visent à assurer une meilleure relation, une relation plus raisonnable de chaque citoyen-consommateur avec son environnement.

C'est dire combien le rôle du Courrier de l'environnement est central dans la vie de l'Institut. L'INRA ne peut pas prospérer - et nous voulons qu'il prospère ! - sans être à l'écoute de ceux qui profitent de ses recherches. Certes en premier lieu il s'agit des agriculteurs et des industriels de l'agro-alimentaire, mais en définitive notre interlocuteur ultime et privilégié doit être le citoyen, le consommateur. Nous sommes la science et la technique au service de la vie quotidienne. Quoi souhaiter de mieux ? J'ai le sentiment très fort que le Courrier de l'environnement a compris cette vocation si particulière de l'INRA. Je lui souhaite donc longue vie.

Retour à l'Album. [R]



Notes

(1) Alors chef du département d'Hydrobiologie et Faune sauvage, actuellement directeur général de l'INRA. [vu]

(2) Président-directeur général de l'INRA jusqu'en 1989. [vu]

(3) Directeur général de l'INRA de 1991 à 1992, actuellement directeur général de l'Enseignement et de la Recherche au ministère de l'Agriculture. [vu]

(4) Professeur de l'université de Montpellier, alors directeur scientifique du secteur Milieu physique et Agronomie. [vu]

(5) SESAMES : Sciences sociales et économiques pour l'agro-alimentaire et Méthodes d'étude des systèmes. Il regroupe les départements de Biométrie, d'Economie et de Sociologie rurales, et de recherches sur les Systèmes agraires et le Développement. [vu]

[R]


Vers la page d'accueil du Courrier de l'environnement de l'INRA