Le Courrier de l'environnement n°32, décembre 1997

La conditionnalité environnementale des aides à l'agriculture

 

Un constat
Des expériences à l'étranger

Exigences minimales pour la Production intégrée en Suisse (en exploitations de grandes cultures) : (encadré)


[R] Un constat

Une exigence de la société
L'agriculture aujourd'hui ne peut plus ignorer le respect de l'environnement et l'équilibre des territoires. Les demandes de la société couvrent aussi bien la lutte contre les pollutions de l'eau, de l'air ou du sol que l'équilibre des grands agro-systèmes ou la lutte contre le gaspillage des ressources (eau, énergie sous toutes ses formes, matières premières...).
Or " les grandes exploitations céréalières du Nord de l'Union européenne ne sont pas parmi les plus favorables à l'environnement, pourtant ce sont celles qui bénéficient le plus largement des aides publiques sans qu'aucun effort significatif ne soit exigé d'elles en contrepartie " (Groupe de Bruges : Agriculture: un tournant nécessaire, 1996, Édition de l'Aube).
Le respect d'un cadre de bonne conduite pourrait à l'avenir déterminer l'attribution des aides directes à l'agriculture.
Une volonté politique de l'Union européenne
Ce principe de " conditionnalité environnementale " est au cœur des débats de la Commission de l'UE.
" La Commission a entamé la discussion sur la nécessité pour le développement de la politique agricole d'intégrer totalement les considérations environnementales. Ceci est vital à la fois pour l'environnement et pour l'avenir de l'agriculture européenne " (R. Bjerregard, commissaire à la DG XI, à l'inauguration du nouveau forum consultatif sur l'environnement et le développement durable. Bruxelles, 5 juin 1997).

[R] Des expériences à l'étranger

Afin d'anticiper cette évolution des mentalités et des politiques, plusieurs pays ont mis en place à titre expérimental, au niveau national ou des Länder pour l'Allemagne, des systèmes permettant de conditionner les aides publiques à un effort des agriculteurs pour limiter les pollutions et les gaspillages de ressources. Deux méthodes ont été testées : le cahier des charges et les écopoints.

La Suisse
un cahier des charges Production intégrée

Dès 1987, un groupe de travail regroupant chercheurs, agronomes du développement agricole et agriculteurs, a travaillé sur les principes et méthodes d'appréciation de la production intégrée. Ceci a servi de base à la rédaction d'un cahier des charges Production intégrée (PI) testé sur un échantillon de quelques centaines d'agriculteurs volontaires puis, depuis 3 ans, étendu à toute la Confédération.

L'Allemagne et l'Autriche :
des écopoints et le programme MEKA
En 1992, le Bade-Wurtemberg a lancé le programme MEKA (Marktenlastung und Kulturlandschaft Programm) qui est fondé sur un système de points. L'agriculteur, sur une base volontaire, choisit des pratiques qui lui conviennent, chaque pratique culturale proposée correspondant à un certain nombre de points transformables en Deutsche Mark avec un plafond par exploitation.
Les agriculteurs autrichiens disposent au travers des écopoints d'un système équivalent un peu plus complet sur le plan agronomique.
Malgré leur faiblesse théorique (compensation entre critères, c'est-à-dire qu'une très mauvaise valeur en écopoints pour la gestion des pesticides peut être contrebalancée, dans la note globale, par une bonne valeur en écopoints pour la fertilisation azotée, par exemple), et le fait qu'il n'incite pas l'agriculteur à adopter une démarche globale, ces systèmes à points sont simples, lisibles, facilement gérables sur le plan administratif, adaptables régionalement et évolutifs. De plus, ils se sont avérés efficaces sur le plan environnemental (rapport ITADA, 1996).

En France : pas d'anticipation
En panne de stratégie
Face à ce foisonnement d'initiatives chez nos voisins européens, la France est restée en panne de stratégie et ne peut aujourd'hui présenter à la Commission européenne d'alternative adaptée au contexte de l'agriculture française. Une coopération entre le ministère de l'Agriculture et le ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement est nécessaire pour définir les objectifs et les moyens à mettre en œuvre en tirant partie à la fois de l'expérience de nos partenaires de l'UE et d'actions menées en France qui pourraient se révéler potentiellement utiles tels les plans de développement durable (PDD) ou les opérations lancées par des groupes d'agriculteurs volontaires (cahier des charges du réseau FR CIVAM Bretagne, par exemple).
En panne d'instrument
Il est donc urgent de développer une méthode adaptée à nos types d'agriculture. Cela pourrait se traduire par le renforcement des rares pôles scientifiques qui travaillent sur ce thème et par la mise en place de structures horizontales dans le développement agricole français quasi uniquement structuré aujourd'hui par filières.
En panne de débat
La mise en place, sur le thème de la conditionnalité environnementale des aides à l'agriculture, d'un vaste débat sans arrière-pensée entre tous les acteurs concernés est nécessaire. Celui-ci permettra de préciser les demandes de toutes les composantes du monde agricole et du monde associatif.
Dans un second temps, la recherche devra fournir aux décideurs politiques des instruments permettant de passer de la conditionnalité environnementale à la conditionnalité de durabilité, intégrant, en plus des aspects environnementaux et économiques, les aspects sociaux, de gestion du territoire et de qualité des produits.
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Exigences minimales pour la Production intégrée en Suisse (en exploitations de grandes cultures) :(encadré)
- convention signée qui ouvre droit à la formation sur la PI ;
- tenue d'un cahier d'enregistrement des informations à la parcelle ;
- respect d'une diversité minimum de culture dans l'assolement ;
- couverture minimale du sol en hiver ;
- les apports en N et P ne doivent pas excéder de plus de 10 % les besoins des cultures ;
- type de traitement phytosanitaire spécifique à respecter (certaines matières actives sont prohibées, vérification régulière des pulvérisateurs, etc.) ;
- surfaces de compensations écologiques (arbres isolés, haies, fossés, murets, jachère florale, prairie sèche, etc.).
Certaines contributions financières sont perçues par l'agriculteur à 100 % en-dessous de 50 ha et à 50 % au-dessus.
Office fédéral de l'agriculture, Berne, 1995

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