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Vers les pages Lymantria dispar
La lutte biologique contre le Bombyx disparate Lymantria
dispar (L.) (Lép. Lymantriidae) au Maroc
Introduction
Acclimatation d'Ooencyrtus kuvanae
Épandage de Bacillus
thuringiensis
Lutte microbiologique à l'aide du Baculovirus
de L. dispar
Conclusion
Références bibliographiques
Parmi tous les ravageurs qui ont fait l'objet de tentatives de lutte biologique, le Bombyx disparate, Lymantria (Porthetria) dispar (L.) a suscité des travaux particulièrement soutenus et importants. Un programme est demeuré célèbre, celui mené par Crossman et Howard, dès le début du XXe siècle, en vue de la recherche, de l'importation et de l'acclimatation de nombreux ennemis naturels du défoliateur, qui avait été introduit accidentellement sur la côte est des États-Unis en 1879. Bien avant, en 1840 à Poitiers, M. Boisgiraud avait installé des Calosomes sycophantes, Calosoma sycophanta L. (Col. Carabidae), sur des peupliers infestés de chenilles de P. dispar (Greathead, 1976). En 1927, le programme américain a été jugé efficace. Les 92 millions (environ) de parasitoïdes lâchés à diverses reprises et en différents lieux n'ont pourtant empêché ni la poursuite des ravages, ni l'expansion géographique du défoliateur sur le continent nord-américain. L'effort s'est alors quelque peu relâché, faute de succès probants et du fait des très bons résultats des traitements par les insecticides de synthèse (DDT et autres). Dans les années 1970, l'European Parasite Laboratory du ministère de l'agriculture des États-Unis (USDA) a repris les prospections dans toute l'aire de répartition naturelle de P. dispar, notamment au Maroc, tandis qu'étaient publiés les comptes rendus des recherches récentes (Doane et McManus, 1974).
[R] Acclimatation d'Ooencyrtus kuvanae
Dans les années 1920, effrayés par les ravages du Bombyx disparate
dans la forêt de la Mamora (vaste subéraie proche de Rabat),
les forestiers marocains demandèrent à J. de Lépiney
(entomologiste à l'Institut scientifique chérifien) une étude
sur le ravageur. Constatant l'extrême pauvreté du cortège
des ennemis naturels et, en particulier, l'absence de tout parasitoïde
oophage, de Lépiney, en 1924, fit venir du Gypsy Moth Laboratory (aux
États-Unis) des oeufs de P. dispar renfermant le parasite japonais
Ooencyrtus kuvanae Howard (Hym. Encyrtidae). Cette première
introduction fut un échec. En 1926, plusieurs élevages furent
menés à bien dans des maisons forestières au sein de
la forêt et plusieurs milliers d'adultes du parasitoïde furent
lâchés en septembre 1927. L'opération fut
répétée les deux années suivantes. En 1929,
l'auxiliaire était considéré comme acclimaté
et c'est à lui qu'on attribuait la réduction des attaques du
Bombyx disparate observée alors (de Lépiney, 1929 ; 1932).
En 1973, les prospections menées dans tout le pays par Hérard
et Fraval (1980) montrèrent que l'Encyrtidé avait colonisé
la plupart des subéraies, surtout en plaine, et qu'il y détruisait
une bonne proportion (25 à 50%) des oeufs du défoliateur. Les
modalités de déplacement d'O. kuvanae et ses capacités
de destruction des oeufs de P. dispar ont été
précisées par Hérard (1978 ; 1979) tandis que Benazoun
et Fraval (1983) ont évalué les possibilités de
multiplication du parasite sur des oeufs morts. Toutes les observations
récentes (Fraval, 1989) ont montré que cet entomophage s'est
effectivement très bien acclimaté mais qu'il est, dans tous
les cas, incapable d'enrayer la pullulation de son hôte. La première
raison est d'ordre topologique : la femelle d'O. kuvanae, à
la recherche d'un site de ponte, ne peut atteindre que les oeufs de la couche
supérieure de la ponte de P. dispar (soit un peu plus de la
moitié de l'effectif) ou les oeufs découverts de pontes
attaquées par les prédateurs-démanteleurs
(Coléoptères Dermestidae et Trogossitidae, Lépidoptères
Tineidae et Pyralidae qui creusent dans les pontes et les bouleversent -
cf. in Villemant, 1993). La seconde raison majeure est la brutalité
des gradations de l'hôte qui s'oppose à un bon développement
des populations du parasite.
[R] Épandage de Bacillus thuringiensis
Les propriétés insecticides de la bactérie Bacillus
thuringiensis Berliner (" Bt ") sont connues depuis le début du
XXe siècle et, en 1929, Metalnikov et Chourine montraient
son efficacité vis-à-vis de L. dispar. L'homologation de cette
bactérie contre le Bombyx disparate (et contre la Processionnaire
du pin, principale cible en fait) date du début des années
70 et les essais réalisés alors au Maroc ont contribué
à vérifier la bonne efficacité et la sélectivité
de tels traitements.
Le premier essai eut lieu en 1975 (fin avril), sur une parcelle de 20 ha
de la forêt de la Mamora. La préparation (du Dipel titré
à 16 000 unités internationales / mg de matière active)
fut appliquée par avion, à raison de 1 kg de matière
active par hectare. L'aire traitée demeura feuillée, tandis
qu'alentour les arbres étaient entièrement dénudés.
Le dénombrement des parasitoïdes des oeufs et des chenilles de
la génération suivante a établi que le traitement n'avait
aucun effet néfaste sur cette faune auxiliaire. L'année suivante,
un essai similaire, fait dans le même secteur, mettait en oeuvre deux
spécialités : la Bactospéine et le Dipel. Dans les deux
cas, les populations, peu denses, de L. dispar furent anéanties.
Ces résultats positifs, joints au fait que les améliorations
technologiques apportées aux préparations leur confèrent
une efficacité plus régulière et permettent une plus
grande souplesse quant au choix de la date de l'application (Fraval, 1993),
font que le Bt est désormais utilisé dans la pratique courante
de protection phytosanitaire de la forêt (Hamdaoui, com. pers.).
L'usage de préparations à base de Bacillus thuringiensis
constitue un cas particulier de lutte biologique ; les traitements ressemblant
tout à fait à ceux qui épandent des insecticides "
classiques ". Outre leur image " biologique ", ces interventions ont l'avantage
d'épargner les différents auxiliaires (ennemis des ravageurs
et abeilles) comme la faune des dayas (mares temporaires) et d'être
d'une totale innocuité vis-à-vis du bétail (fort nombreux
dans ces forêts).
[R] Lutte microbiologique à l'aide du Baculovirus de L. dispar
Contrairement à ce qu'on connaît des pays voisins, aucune
épizootie à virus ne sévit au Maroc sur les populations
du Bombyx disparate. Le Baculovirus de L. dispar a été
étudié en Espagne (Romanyk, 1973), au Portugal (Cabral, 1977),
en Sardaigne (Luciano et Prota, 1985), en Tunisie (Rabasse et Babault, 1975).
Même placées, artificiellement ou naturellement, dans de mauvaises
conditions (chocs thermiques, surpopulation, famine, etc.), les chenilles
des subéraies du Maroc meurent sans que se développe la moindre
virose.
Une première application d'une virusine préparée en
France (INRA, La Minière) à partir de chenilles malades
récoltées en Roumanie a été faite par avion sur
16 ha d'une parcelle de subéraie en Mamora. Au bout de 30 jours, les
chenilles étaient mortes en position caractéristique, leur
corps rempli de polyèdres. Une rétrogradation imprévue
sur une vaste étendue englobant la zone traitée n'a pas permis
de connaître le devenir transcyclique du virus (Mazih, 1979, non publ.).
L'année suivante (1980), une tentative d'acclimatation (lâcher
inoculatif) a été réalisée avec le stock de virusine
restant. L'épandage s'est fait par des moyens terrestres, sur quelques
sites proches d'un dispositif expérimental régulièrement
suivi ; il visait des chenilles déjà âgées, capables
de multiplier le virus sans périr immédiatement. Une forte
mortalité a été enregistrée. Là encore,
malgré une rétrogradation de la population, le virus a pu
être repéré par frottis de chenille malades, sur le site
de lâcher, au printemps 1981 (Chakir, 1981, non publ.).
La virusine apparaît donc comme efficace vis-à-vis des populations
marocaines de L. dispar mais son usage, en tant qu'agent d'intervention
pour juguler les pullulations du défoliateur, n'est pas envisageable
actuellement : de telle préparations, obtenues à partir de
l'hôte vivant (chenilles élevées ou cultures de tissus)
sont encore trop chères. Le maintien du Baculovirus de P.
dispar au sein du cortège des ennemis du ravageur serait-il possible,
en dépit des particularités de la dynamique des populations,
très " chaotique ", de ce dernier ? Plusieurs phénomènes
s'opposent à la dispersion du virus (supposé acclimaté).
En phase de rétrogradation générale, les individus sont
très rares et, semble-t-il, disposés dans des lieux (" foyers
") éloignés les uns des autres. En phase de progradation, les
individus bien nourris et bien portants n'expriment pas les symptômes
de la virose (ne multiplient pas le virus) et en phase de culmination, les
chenilles trop nombreuses par rapport aux ressources alimentaires disponibles
meurent de faim avant d'avoir développé la maladie. De plus,
la subéraie, comme les milieux voisins, ne renferme pas d'espèce
voisine (genres Porthetria ou Lymantria) susceptible de servir
d'hôte-relais.
L'ensemble des travaux sur ces tentatives de lutte microbiologique a
été rapporté par Fraval et al. (1981).
Plusieurs opérations, ressortissant à diverses modalités
de la lutte biologique, ont été menées à bien
contre le Bombyx disparate dans les subéraies marocaines. L'introduction
d'O. kuvanae montre un cas de succès apparent, limité à
l'acclimatation : l'effet sur la dynamique des populations du défoliateur
reste imperceptible. Le virus, efficace, ne s'est pas maintenu au sein des
populations. Ceci peut être dû à un concours de circonstances,
les applications s'étant révélées faites à
la veille d'une rétrogradation générale. Il conviendrait
en conséquence de renouveler ces opérations, en combinant
lâchers inondatifs (curatifs) et lâchers inoculatifs. Actuellement,
des préparations à base de Baculovirus sont utilisées
en traitement d'espaces verts péri-urbains en Amérique du Nord
et en Allemagne. Leur coût élevé limite leur emploi aux
zones fréquentées par le public.
Il serait intéressant d'examiner d'autres organismes auxiliaires
potentiels de lutte biologique. Anastatus disparis Ruschka (Hym.
Eupelmidae) est présent - et relativement actif - en Espagne.
Calosoma sycophanta a un impact extrêmement variable, ce qui
est sans doute lié à la brutalité des gradations de
sa proie, L. dispar, et à l'absence des autres défoliateurs
pendant les périodes de latence de ce dernier (Villemant et Fraval,
1991). Ne pourrait-on pas envisager des transferts d'adultes du Calosome
depuis les forêts de Chêne vert du Moyen-Atlas où il est
très abondant ? Les prédateurs-démanteleurs constituent
une guilde originale et capable d'une bonne efficacité. L'impact de
ces entomophages pourrait sans doute être augmenté par des mesures
visant à favoriser leurs populations (nourriture imaginale...). Le
champignon Entomophaga maimaga Soper et al. (Entomphthorales,
Entomophthoraceae) a été récemment reconnu comme un
auxiliaire prometteur (Hajek et Roberts, 1991). Son introduction dans la
subéraie corse est envisagée (Hérard, com. pers.).
Dans les conditions actuelles de surexploitation des subéraies marocaines
par l'homme et le bétail, la priorité semble toutefois devoir
être donnée à des mesures sylviculturales pour garantir
la régénération et la bonne végétation
des Chênes-lièges, les arbres francs de pied et intacts
résistant naturellement très bien au Bombyx disparate (Villemant
et Fraval, 1991).
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