Les Dossiers de l'environnement n°19

Protection intégrée des cultures :
évolution du concept et de son application

Concept de lutte intégrée
Concept de pest management
Définitions et interprétations
Integrated pest management ou IPM
Protection intégrée
Protection intégrée des cultures et systèmes de production intégrée
Conclusion

Encadré 1. Définitions
Encadré 2. Protection des cultures dans le contexte d'une agriculture durable
Encadré 3 Lutte intégrée, protection intégrée, production intégrée

Références bibliographiques


Depuis une quarantaine d'années, la protection des cultures contre les organismes nuisibles accorde, sous des formes souvent diverses et parfois contradictoires, une importance croissante au concept de lutte intégrée. Cette évolution est due à la nécessité de renouveler les stratégies de défense contre acariens, insectes, mauvaises herbes, micro-organismes, nématodes, virus… en respectant mieux les ressources de la biosphère tout en répondant aux lois du marché et aux besoins et aspirations de la société.
Cette nouvelle stratégie repose, d'une part, sur le principe d'intégration de différentes méthodes de lutte (dont les techniques sont sélectionnées pour leurs effets aussi réduits que possible sur l'environnement) et, d'autre part, sur une aide personnalisée à la décision permettant à l'agriculteur d'évaluer les risques réellement encourus au niveau de chacune de ses parcelles afin qu'il puisse décider quand et comment intervenir.
Elle répond à des critères d'ordre économique, écologique et toxicologique et s'inscrit ainsi dans le contexte de systèmes de production raisonnée assurant un maintien durable de la biosphère.
Deux écoles se sont confrontées lors de l'élaboration de ce nouveau concept de lutte contre les organismes nuisibles aux cultures :
- l'école californienne, connue pour ses investissements dans la lutte biologique et ben au fait des problèmes posés par l'usage intensif des pesticides chimiques en grandes cultures ;
- l'école australienne qui privilégie la gestion des populations de ravageurs, ou pest management, par des méthodes préventives donnant la préférence aux divers moyens biologiques de lutte.
À ces différences notables de sensibilité se sont surimposées des diversités d'usage qu'on peut regrouper suivant leurs objectifs (figure1 et encadré1, ci-après) :
- d'une part, l'application de règles permettant de réduire les quantités de pesticides utilisées dans la lutte chimique. Cet objectif a été particulièrement recherché par les États-Unis au travers de grands programmes de vulgarisation lancés dans les années 1970, ainsi que par la FAO pour les cultures tropicales fortement consommatrices de pesticides (coton, riz). Ces actions, dont on ne doit pas sous-estimer l'importance, relèvent d'une étape préliminaire de la lutte intégrée dénommée, en Europe, lutte chimique raisonnée ou encore lutte chimique dirigée ;
- d'autre part, la mise au point d'une véritable stratégie de lutte intégrée exploitable par les producteurs, à l'image de l'action persévérante menée en Europe, dès 1965, par la section régionale de l'Organisation internationale de lutte biologique (OILB/SROP). La stratégie ainsi proposée, après avoir été longuement soumise à l'épreuve du terrain et des producteurs dans divers pays de l'Europe de l'Ouest, a défini les étapes d'un parcours technique permettant d'accéder véritablement à la lutte et à la " protection intégrée ", voire à la " production intégrée ".
Ces variations de sensibilité et d'interpréta-tion expliquent la prolifération de publica-tions diverses visant des publics très diffé-rents. Leurs auteurs ont souvent justifié leurs choix par des définitions qui, sorties de leur contexte, peuvent donner au lecteur non averti des vues subjectives qui entretiennent la confusion. On ne doit donc pas trop s'étonner que la consultation du site Internet, ouvert par le Centre de protection intégrée des, plantes de l'Université de l'Orégon (États-Unis), révèle que la définition du concept de lutte intégrée a fait l'objet de plus d'une soixantaine de variantes au cours des 30 dernières années (2). Au cours de la der-nière décennie, les positions des uns et des autres se sont cependant sensiblement rap-prochées, sans doute sous l'influence de la prise en considération progressive d'une né-cessaire gestion globale des ressources de la biosphère, concrétisée par les recommanda-tions prises lors de la conférence des Nations unies sur l'environnement et le développe-ment de 1992, à Rio de Janeiro. Une indé-niable confusion persiste cependant, tant dans le vocabulaire que dans les esprits (3, 4).
Cette mise au point vise à en préciser les ef-fets pervers pour susciter un effort concerté d'harmonisation des vocabulaires et d'inter-prétation des concepts, qui paraît aujourd'hui indispensable à un développement cohérent des connaissances et des applications dans le domaine de la protection des cultures.

[R] Concept de lutte intégrée

C'est à la fin des années 50 que les entomo-logistes californiens ont formulé le concept de lutte intégrée, à partir de leurs observa-tions (confortées d'ailleurs par celles d'ento-mologistes australiens, canadiens et euro-péens) sur les conséquences néfastes des traitements chimiques répétés en grandes cultures. Ils ont ainsi préconisé l'association, contre les arthropodes ravageurs des cultu-res, des moyens de lutte chimique et biologi-que, sous réserve de leur compatibilité (5). Quel-ques années plus tard, la même école californienne a proposé, à juste titre, d'élargir ce concept initial, d'une part, en substituant à la seule lutte biologique l'ensemble des méthodes biologiques de lutte et, d'autre part, en ap-pliquant ce nouveau concept à la totalité des organismes nuisibles aux plantes cultivées (6).
L'originalité du concept de lutte intégrée tenait au fait que les méthodes biologiques tradition-nelles de lutte retrouveraient ainsi leurs lettres de noblesse dans le cadre d'une prise de posi-tion novatrice sur le lien à établir entre la décision d'intervention et le risque réellement encouru, fai-sant entrer en ligne de compte, pour la première fois, la notion de seuil économique de nuisibi-lité. Le respect de la notion de seuil, reposant donc sur l'estima-tion d'un niveau de population, conduisait à rejeter l'idée d'éradi-cation des organismes nuisibles, objectif encore trop fréquemment associé dans les esprits à la lutte chimique traditionnelle, tout en soulignant l'importance des équi-libres naturels au travers du rôle bénéfique des organismes auxi-liaires de l'agriculteur.

[R] Concept de pest management

Le concept de pest management, qui est sans réel équivalent dans notre langue met l'accent sur la notion de gestion. Il pourrait être traduit littéralement en français par " gestion des organismes nuisibles aux cultures " ou, mieux encore, par " gestion des populations d'organismes nuisibles aux cultures ". Les expériences australiennes de protection des cultures, mettant prioritairement en oeuvre la méthode de lutte biologique (et non chimique), en constituent les sources (7, 8).
La définition donnée par Rabb (9) ne traduit pourtant pas clairement cette stratégie : " Sélection, intégration et application d'actions de lutte contre les organismes nuisibles aux cultures, en fonction de leurs conséquences prévisibles dans les domaines économiques, écologiques et sociologiques. " La formulation de ce concept est contemporaine de celle de la lutte intégrée, d'abord sous la forme de " protective management of noxious species ", puis sous une forme bientôt réduite à " pest management " (10). Il est très significatif de retenir cette formulation initiale qui souligne l'importance donnée aux moyens préventifs de lutte.
On remarquera, en outre, la convergence de cette stratégie avec celle aujourd'hui préconisée sous la forme de mesures prophylactiques, dans la mise en oeuvre de la lutte intégrée en cultures sous serre par exemple. La sélection de ces mesures préventives postule la connaissance préalable des phénomènes parasitaires dans leur contexte écologique, l'agro-écosystème considéré étant pris comme niveau d'organisation et d'intervention. Les dimensions spatio-temporelles de ces phénomènes, tels qu'ils ont déjà été identifiés en épidémiologie (discipline aujourd'hui malheureusement délaissée), acquièrent dès lors une importance majeure (11). Ce concept de pest management n'exclut cependant pas l'emploi des pesticides chimiques. Le principe fondamental est de ne les utiliser qu'en dernier recours, après épuisement effectif de toutes les solutions préventives et des solutions curatives de nature biologique. Cette attitude est sans doute psychologiquement difficile à faire admettre aux producteurs des sociétés de consommation. En revanche, l'application d'un tel concept ne rencontre aucune difficulté dans les agricultures de subsistance des pays en développement, où l'accès au marché des pesticides du commerce généralement trop onéreux, est réduit ou nul.

[R] Définitions et interprétations

Une première synthèse de ces deux concepts a rapidement été adoptée sur le plan international, tant sous sa forme première (lutte intégrée = integrated control) que sous une forme dérivée (integrated pest control, souvent désignée par son acronyme IPC). La définition fondatrice, adoptée en 1967 par le groupe d'experts réunis par la FAO, identifie clairement la lutte intégrée comme un système de gestion des populations d'organismes nuisibles, en fonction de critères économiques, par l'intégration et non la juxtaposition de toutes les techniques connues aux facteurs naturels de régulation (12) (encadré1). Il est regrettable que ces mêmes experts aient ensuite jugé opportun, en 1972, de reformuler cette définition initiale en substituant à l'expression " système de gestion des populations de ravageurs " celle de " lutte aménagée ", dont l'interprétation est source d'ambiguïté. On remarquera en effet que la définition fondatrice rompait avec une tradition phytosanitaire reposant sur un concept de lutte pour adopter, pour la première fois dans ce domaine, celui de gestion de populations nuisibles et utiles. La prise en compte de la sensibilité écologique du concept de pest management a d'ailleurs été sans doute jugée insuffisante par ou pour une opinion américaine encore sous l'influence de la publication du Printemps silencieux en 1962 (13). L'Académie américaine des sciences (NAS) précisa en effet bientôt les bases d'une stratégie d'application suivant laquelle le recours aux pesticides chimiques ne devait être envisagé qu'en cas de nécessité et d'une manière non dommageable pour les auxiliaires indigènes, la mise en oeuvre des moyens de lutte biologique étant par ailleurs encouragée (l 4). Pour la première fois, en 1970 il était même fait état de la priorité à donner, dans les actions de développement, à la compréhension du rôle des facteurs intrinsèques et extrinsèques responsables des fluctuations des niveaux de populations de ravageurs (15). Quelques années plus tard, les responsables européens du groupe de travail Lutte intégrée en verger de l'OILB/ SROP franchissaient une étape décisive en donnant clairement la priorité aux moyens biologiques de lutte sur les moyens chimiques (16).

[R] Integrated pest management ou IPM

Ces mêmes travaux de la NAS, puis ceux du Conseil américain sur la qualité de l'environnement (CEQ), ont été à l'origine de l'expression integrated pest management, ou IPM, vraisemblable contraction des expressions integrated control et pest management (17, 18). Les hommes politiques, notamment les présidents successifs des États-Unis, dans leurs messages à la nation, ont fréquemment utilisé ce concept pour évoquer la nécessaire protection de l'environnement ; les grands donateurs et les agences internationales de développement en ont fait un de leurs moyens privilégiés d'expression dans les pays en développement. Les médias l'ont fait adopter par le grand public, d'autant plus facilement qu'il n'évoquait plus la notion d'éradication, illustrée par l'emploi massif de pesticides chimiques dont on s'efforçait, dans le même temps, de limiter les usages.
Diverses définitions ont été données à l'IPM (2) ; les premières furent sensiblement comparables à celles données à la lutte intégrée, avec une affirmation plus nette de la priorité accordée aux moyens biologiques de lutte. C'est pourquoi beaucoup d'auteurs considèrent à tort que les expressions sont synonymes. On peut regretter, à cet égard, que la notion de gestion, pourtant explicitement mentionnée dans l'intitulé, n'ait pas été mieux exploitée. Quant aux applications de l'IPM ayant fait l'objet des grands programmes nationaux américains, elles ont finalement eu des effets contraires à ceux qui étaient attendus : privilégiant l'évaluation du risque et l'aide à la décision, au détriment de l'intégration de solutions de remplacement, elles ont en effet semblé favoriser l'utilisation raisonnée des pesticides chimiques au point d'être considérées, par dérision, comme relevant d'un " insecticide pest management " (19) ! Pourtant, le choix stratégique de porter prioritairement les efforts sur l'évaluation des risques et sur l'aide à la décision reposait sans doute sur une vision réaliste des problèmes d'application. Les réticences manifestées aujourd'hui par de nombreux producteurs, adeptes pourtant déclarés de la lutte intégrée, ne tiennent-elles pas pour l'essentiel à l'importance de l'investissement personnel dans la mise en oeuvre concrète des pratiques de ce nouveau concept pour obtenir des résultats fiables assurant la rentabilisation des investissements ?
Comme souvent, de tels excès ont rapidement engendré des effets contraires, qui se sont inscrits dans la prise progressive de conscience de la nécessité d'adopter de nouveaux concepts d'exploitation des ressources de la biosphère, à l'initiative de divers chercheurs américains et européens (4), puis du Conseil américain de la recherche (NRC, National Research Council) (20). Une rénovation du concept original a été proposée, sous la forme d'une preventive IPM accordant à nouveau une importance prépondérante aux mesures prophylactiques mentionnées précédemment, d'une biologically intensive JPM ou biointensive IPM (4), ou encore d'une ecologically based IPM, ou EBPM (21). Ces diverses expressions ont, semble-t-il, plus pour objet d'attirer l'attention des décideurs et des responsables de programmes de recherche sur la nécessité d'un retour aux sources que d'être adoptées par le grand public.

[R] Protection intégrée

En même temps, en Europe de l'Ouest, une stratégie restée fidèle aux concepts originels était patiemment élaborée à l'instigation des groupes de travail de l'OILB/SROP. Celui qui se consacrait à la " lutte intégrée en arboriculture fruitière " a incontestablement fait oeuvre de pionnier. Confronté à la diversité des organismes nuisibles aux pommiers, il a été conduit à préconiser simultanément, et d'une façon cohérente, des techniques de lutte intégrée contre différents ravageurs en un même lieu, le verger. Cette particularité, pourtant banale, a logiquement conduit à la définition d'une stratégie de " protection intégrée " englobant toutes les techniques susceptibles d'être appliquées dans un même agro-écosystème, en respectant les critères économiques, écologiques et toxicologiques spécifiques. Cette stratégie a fait l'objet d'une publication originale, connue des spécialistes sous la forme du " message d'Ovronnaz " (16). Son esprit anime désormais la communauté des chercheurs, ingénieurs et techniciens ayant en charge la mise au point et le développement de stratégies globales de lutte appliquées à d'autres agro-écosystèmes, tels ceux constitués par les cultures protégées et le vignoble (22). Elle est illustrée par un schéma qui explicite le raisonnement de ses auteurs (fig. 1).
Partant d'expressions comme la " lutte chimi-que aveugle " pour caractériser l'étape initiale de la lutte chimique contre les nui-sibles selon un calendrier de traitement ignorant le risque encouru dans les parcelles, les étapes succes-sives d'un itinéraire technique et culturel sont clairement décrites.
La première étape à franchir consiste à éviter les traitements systématiques en liant la déci-sion d'intervention à une information sur le risque encouru au niveau régional. La fiabilité du système est ainsi bien relative puisque le risque réel au niveau de la parcelle considérée n'est pas pris en compte. De nombreux traite-ments s'avèrent de ce fait encore superflus (lutte chimique conseillée).
La deuxième étape vise la personnalisation du risque encouru au niveau de la parcelle de culture, en recourant à la technique du seuil de tolérance qui implique l'estimation du niveau de population. En cas de nécessité absolue, le choix de pesticides à faible répercussion écologique, exerçant une action limitée sur les auxiliaires indigènes, est recommandé. Cette étape est délicate à franchir car elle demande un investissement important du producteur ainsi qu'une assistance technique. Il faut en effet qu'il maîtrise les procédés de comptage et de détermination et reçoive des informations objectives lui permettant de choisir les spécialités phytosanitaires du commerce adaptées à ses besoins (lutte chimique dirigée dite aussi lutte chimique raisonnée).
La troisième étape permet d'atteindre ensuite le stade de la lutte intégrée contre un ravageur (ou, mieux, de la protection intégrée contre l'ensemble des organismes nuisibles à une culture) dans un contexte agronomique déterminé.
Elle est caractérisée par l'intégration, au système précédent, de moyens biologiques de lutte, de manière à réduire le recours à la lutte chimique : procédés culturaux, sélection variétale, lutte biologique moyens biotechniques. L'expérience a montré que le succès d'une telle intégration implique l'adoption d'une position déterminée quant à la priorité à accorder aux moyens biologiques de lutte. Elle suppose aussi que des mesures préventives aient été effectivement prises en temps et lieux opportuns pour réduire l'importance des risques phytosanitaires encourus.

[R] Protection intégrée des cultures et systèmes de production intégrée

La prise de conscience d'un épuisement prévisible des ressources de la biosphère a indéniablement favorisé le retour aux bases écologiques de la protection des cultures. La nécessité de protéger la diversité biologique implique à elle seule un réaménagement profond des pratiques culturales, la nature et la composition des populations et peuplements en étant directement affectées. Sur le plan phytosanitaire, cette nouvelle stratégie peut avoir des répercussions bénéfiques grâce à une meilleure gestion des complexes parasitaires. Dans un tel contexte, le recours aux techniques chimiques curatives doit évidemment être plus que jamais maîtrisé. Il est non moins clair que les méthodes biologiques de lutte ainsi privilégiées doivent être aussi préalablement soumises avec rigueur au principe de précaution, d'autant plus que les progrès obtenus en matière de caractérisation du monde vivant par les techniques biologiques, biochimiques et moléculaires nous le permettent.
Les prises de position récentes de la FAO et des Centres internationaux de recherche agronomique (CIRA) illustrent particulièrement bien cette évolution.
Aux directives de la FAO sur la lutte intégrée contre les ennemis des grandes cultures telles que le coton et le riz, visant essentiellement à raisonner les procédés chimiques de lutte, a succédé, en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l'environnement (PNUE) et la Banque mondiale, un nouveau programme dénommé Global IPM Facility. Il donne au concept de lutte intégrée un rôle central en agriculture, en application des recommandations prises en conclusion de la Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement (Rio de Janeiro, 1992). De plus, les CIRA ont modifié leur stratégie d'action depuis une dizaine d'années en adoptant d'abord le concept d'IPM puis en accordant la priorité aux méthodes biologiques de lutte (23).
Fidèle à ses principes et à ses traditions, l'OILB/SROP a affiché simultanément une stratégie innovante, permettant de placer la protection des cultures dans ce nouveau contexte dit de production intégrée, en promulguant des directives pour les exploitations sollicitant son label (24). Ces directives portent sur les sept points suivants :
- aspects agronomiques généraux, concernant aussi bien les cultures annuelles que pérennes et visant essentiellement le rythme et l'intensité des opérations culturales (rotation des cultures, choix des cultivars, faible intensité du travail du sol ;
- gestion des éléments nutritifs et des engrais, visant à établir un équilibre sur une même rotation pour les cultures annuelles ou un équilibre annuel pour les cultures pérennes au travers d'un planning de fertilisation ;
- maintien et amélioration de la fertilité des sols, contrôle de l'érosion ;
- diversité biologique et paysage, la première étant considérée comme l'une des principales ressources de l'exploitation pour minimiser l'apport de pesticides (notion de surfaces de compensation écologique, aménagement de la taille des parcelles cultivées…) ;
- stratégie phytosanitaire privilégiant une approche préventive des problèmes en tenant compte des mécanismes de régulation naturelle ;
- qualité des produits agricoles ;
- production animale.
Cette nouvelle stratégie phytosanitaire a été présentée par l'OILB/SROP à l'occasion du vingtième anniversaire du message d'Ovronnaz (25).
Dans ce cadre, la protection des cultures s'articule autour de deux séquences :
- la prévention, organisée autour de l'exploitation optimale des ressources naturelles, la mise en œuvre de pratiques culturales sans effet négatif sur l'agro-écosystème et sur la protection, voire l'augmentation des organismes auxiliaires ;
- la lutte au moyen de procédés agissant exclusivement sur les organismes nuisibles et, dans le cas où l'ensemble des mesures précédentes se révèleraient insuffisantes, au moyen de procédés moins sélectifs dont, en dernier recours, les pes-ticides chimiques de faible rémanence. Le pas-sage de l'une à l'autre de ces deux séquences est assujetti à une aide à la décision mettant en œuvre des systèmes de modélisation et de prévision des risques adaptés aux carac-téristiques écolo-giques, agronomiques et éco-nomiques de l'ag-ro-écosystème considéré (encadré 2).

[R] Conclusion

Le concept de lutte intégrée contre les organismes nuisibles aux cultures a été élaboré il y a une quarantaine d'années pour répondre aux problèmes posés par l'utilisation exclusive et massive de la lutte chimique. Il s'efforce de concilier les avantages de deux stratégies différentes, l'une reposant sur l'emploi curatif, au niveau de la parcelle, de pesticides de synthèse, très efficaces mais peu sélectifs, faciles d'emploi et relativement peu coûteux, l'autre privilégiant une approche écologique de la régulation des populations et considérant de ce fait l'agro-écosystème comme le niveau d'organisation et d'intervention préventives (26). La mise en œuvre de la lutte intégrée s'est avérée délicate car elle implique, d'une part la mise à la disposition des producteurs de solutions techniques de remplacement aussi fiables que les solutions dites traditionnelles et d'autre part, un niveau de technicité les autorisant non seulement à formuler un diagnostic approprié sur chacune de leurs parcelles mais encore à définir la stratégie d'intervention la plus adaptée à leurs besoins. C'est dire combien la mise en place de systèmes informatisés d'aide à la décision est devenue nécessaire, de même que l'organisation d'une nouvelle profession, celle de conseiller phytosanitaire, indépendante bien sûr des réseaux de distribution commerciale.
En dépit de ces réelles difficultés, le concept d'intégration de différentes techniques de lutte contre les ennemis des cultures a été adopté, sous des formes diverses certes, par la société soucieuse autant de la satisfaction de ses besoins alimentaires immédiats que de la qualité de son mode de vie. Au-delà des expressions, encore faut-il s'entendre sur le sens qu'on leur donne, ce qui ne semble pas être toujours le cas. On peut comprendre, par exemple, que la GCPF, ou Global Crop Protection Federation (ex GIFAP, Groupement international des fabricants de produits phytosanitaires), défende les intérêts de ses membres en adoptant une attitude réservée vis-à-vis des interprétations les plus récentes du concept de lutte intégrée faisant appel aux spécialités phytosanitaires seulement en dernier recours (27). On peut, en revanche, ne pas approuver l'adoption de l'expression " protection raisonnée" par les producteurs lors de la conférence internationale sur les ravageurs de 1997 (CIRA, Montpellier 1997) (28). Celle-ci est apparemment plus destinée à donner au grand public une image rassurante de la protection des cultures, fidèle en cela aux objectifs de l'association européenne EIF (European Initiative for Integrated Farming), créée par de grandes firmes phytosanitaires et la profession agricole et relayée en France par l'association FARRE (Forum de l'agriculture raisonnée respectueuse de l'environnement), qu'à afficher une véritable stratégie de lutte répondant aux principes d'un développement durable. L'analyse comparée de ces deux concepts, protection intégrée d'une part et protection raisonnée d'autre part, met en effet en évidence des différences significatives tant au niveau de la stratégie que des objectifs, même si les méthodes mises en oeuvre sont bien identiques (29).
En Europe, les principes de la protection intégrée rappelés précédemment ne sont véritablement appliqués qu'à quelques cultures de haute rentabilité (arboriculture fruitière, cultures protégées sous serre et viticulture) (30). Dans la majorité des autres cas, on en est encore au stade d'une lutte chimique raisonnée, bénéficiant certes des résultats les plus récents de la technique sous la forme de la protection raisonnée évoquée ci-dessus. Une évolution significative résultera de l'adoption et de la généralisation d'actions préventives (pratiques culturales, sélection variétale) permettant une réduction du risque grâce à des techniques aujourd'hui renouvelées par un intérêt croissant pour l'agro-écologie (31, 32) et le génie génétique (33). Ces techniques nouvelles résulteront elles-mêmes d'une connaissance approfondie des mécanismes biologiques tant au niveau cellulaire et moléculaire qu'à celui des populations et des peuplements. Leur intégration dans de nouveaux systèmes de culture devra être précédée de mesures d'impact sur la diversité biologique des agro-écosystèmes considérés.
L'adoption de cette stratégie impliquera une sensible modification des mentalités: il s'agira " d'un complet retournement pour nombre de biologistes et d'agronomes, dont l'objectif ne sera plus de comprendre pour dominer la nature, mais de comprendre pour s'intégrer à elle " (29).
Les actions curatives ne doivent pas être négligées pour autant eu égard à leur grande efficacité en cas de péril, à l'image des antibiotiques en médecine, bien que les phénomènes de résistance menacent aussi la durée de vie commerciale des pesticides, mettant en cause la rentabilité des investissements consentis par les groupes industriels. Certes, la panoplie des moyens curatifs peut être limitée ou complétée par la mise au point de biopesticides et de procédés biotechniques tels que la confusion sexuelle à l'aide de phéromones.
La lutte intégrée est ainsi considérée comme une stratégie de protection des cultures mettant en oeuvre, d'une façon hiérarchisée et structurée en fonction des caractéristiques de l'agro-écosystème étudié, d'abord des mesures préventives puis, en cas de besoin, des mesures curatives, choisies, les unes comme les autres, en fonction de leur compatibilité avec les principes d'un développement durable.
La prise en considération des problèmes phytosanitaires, aussi bien au niveau d'une parcelle de culture particulière que pour l'ensemble des exploitations d'un même écosystème, permet de gérer à la fois localement et globalement, individuellement et collectivement des phénomènes biologiques spécifiques aux populations parasitaires concernées tels que le développement d'une résistance aux pesticides utilisés. Ceci donne une importance déterminante aux outils d'aide à la décision dans le processus d'adoption, par les producteurs, d'une nouvelle conception de la défense des cultures, ce qui implique une meilleure intégration des stratégies phytosanitaires dans la conception et la mise en oeuvre de systèmes de culture.


[R] Encadré 1.
Définitions
d'après Milaire (1)

Lutte biologique
- biological control (EU, GB), lucha biológica (E), biologische Bekämpfung, biologische Schädlingsbekämpfung (D), lotta biologica (l) luta biologica (P) : utilisation d'organismes vivants pour empêcher ou réduire les pertes ou dommages causés par des organismes nuisibles (OILB/SROP, 1971).

Lutte intégrée
- integrated control or integrated pest control (EU, GB), control integrado, lucha integrada (E), integrierte Bekämpfung, integrierte Schädlingsbekämpfung (D), lotta integrada (I), luta integrada (P) : système de gestion des populations de ravageurs qui, dans le contexte de l'environnement associé et des dynamiques des populations des espèces nuisibles, met en oeuvre toutes les techniques appropriées, d'une manière aussi compatible que possible, pour les maintenir à des niveaux inférieurs à ceux causant des dommages d'importance économique. Dans son sens restreint, elle s'applique à la gestion d'une seule espèce de ravageur dans des cultures données ou dans des lieux particuliers. Dans son sens élargi, elle s'applique à la gestion harmonieuse de toutes les populations d'organismes nuisibles dans leur environnement agricole ou forestier. Ce n'est pas une simple juxtaposition ou superposition de deux techniques de lutte (telles que la lutte chimique et la lutte biologique) mais l'intégration de toutes les techniques de gestion adaptées aux facteurs naturels de régulation et de limitation de l'environnement (FAO, 1967).
Lutte raisonnée
- lutte dirigée (CH), supervised control (GB), lucha razonada, lucha dirigida (E), gezielte Bekämpfung, gezielte Schädlingsbekämpfung (D), lotta guidata (l), luta dirigida (P) : phase d'approche de la lutte intégrée consistant en un aménagement progressif de la lutte chimique grâce à l'utilisation des seuils de tolérance économique et à l'emploi raisonné de produits spécifiques ou peu polyvalents (OILB/SROP, 1973).

Protection intégrée
- integrated plant protection, integrated pest management (EU), integrated crop protection (GB), proteccion integrada (E), integrierte Pflanzenschutz (D), protezione integrata, protezione ecologica (l), proteccao entegrada (P) : système de lutte contre les organismes nuisibles qui utilise un ensemble de méthodes satisfaisant les exigences à la fois économiques, écologiques et toxicologiques, en réservant la priorité à la mise en oeuvre délibérée des éléments naturels de limitation et en respectant les seuils de tolérance IOILB/SROP, 1973).

Production agricole intégrée
- integrated agricultural production (GB), integrierte Pflanzenproduktion (D), produzione agricola integrada (l), produccao agricola integrada (P) : système de production mettant en oeuvre un ensemble de techniques culturales satisfaisant à la fois les exigences écologiques, économiques et toxicologiques, en vue d'obtenir une récolte qualitativement optimale (OILB/SROP, 1980).

Production intégrée (exploitation agricole intégrée)
- integrated production (integrated farming) (GB), integrierte Produktion (integrierte Landbewirtschaflung (D) : système agricole de production d'aliments et des autres produits de haute qualité qui utilise des ressources et des mécanismes de régulation naturels pour remplacer des apports dommageables à l'environnement et qui assure à long terme une agriculture viable IOILB/SROP, 1993).


[R] Encadré 2.
Protection des cultures dans le contexte d'une agriculture durable
d'après Boller et al. (25)

1. Protection indirecte des cultures (actions préventives) :
- exploitation optimale des ressources naturelles ;
- pratiques agricoles sans effet négatif sur l'agro-écosystème ;
- protection et augmentation des auxiliaires.

2. Décision d'application de moyens directs de protection des cultures (sur la base de systèmes de modélisation et de prévision)

3. Protection directe des cultures (actions curatives) :
- moyens sélectifs de lutte, biologiques ou biotechniques ;
- en dernier recours, moyens non sélectifs de lutte mais de faible rémanence.


[R] Encadré 3.
Lutte intégrée, protection intégrée, production intégrée
D'après les dictionnaires (Larousse, Quillet) " intégrer " signifie " incorporer dans un ensemble, faire entrer dans un tout comme partie intégrante ". Son emploi en protection des cultures est donc judicieux pour exprimer, sous la forme " lutte intégrée " ou mieux encore " protection intégrée ", l'association dans une même stratégie de lune contre les ennemis des cultures de techniques différentes, telles que les techniques chimiques et biologiques. L'OILB définit son extension d'usage en agriculture avec les expressions " protection intégrée ", puis " production intégrée ", cette dernière prenant en considération des aspects écologiques et agro-économiques (encadré 1).


Remerciements
La bibliographie sur les concepts de lutte intégrée et d'IPM est très riche ; la synthèse ci-dessus ne fait mention que d'un nombre réduit de références dont la sélection s'est avérée délicate. Plus de 400 documents ont en effet été identifiés et consultés grâce aux bons soins de Christine Silvy, documentaliste du CBGP à Montpellier. Par son intermédiaire, j'ai eu accès aux fonds documentaires des laboratoires et organismes d'enseignement et de recherche membres d'Agropolis, ainsi qu'à ceux des bibliothèques centrales du CSIRO (Black Mountain Library de Canberra) et de l'USDA (National Agricultural Library de Beltsville). Je remercie tout particulièrement François Leclant, professeur à l'ENSAM (chaire d'écologie animale et de zoologie agricole), Mark Lonsdale et John Scott, directeurs du laboratoire australien de lutte biologique (CSIRO), Lloyd Knutson et Chuck Quimby, directeurs du laboratoire américain de lutte biologique (EBCL/USDA), tous les deux implantés à Montpellier, de m'avoir autorisé à fréquenter leur bibliothèque. Dans la mesure du possible, la rédaction finale de cette synthèse a tenu compte des remarques, critiques et suggestions de mes collègues Charles Descoins, André Fougeroux, Alain Fraval, Pierre Grison, Henri Milaire et Jean-Michel Rabasse, que je remercie très sincèrement.


[R] Références bibliographiques

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