Les Brèves du Courrier

n°45

Biodélinquance (oiseaux volés) ; Ingrats ! (oiseaux pas fauchés) ; Menu santé (sans tigre ni ours) ; Vachement poli (c'est fou !) ; Tigres sans moteur (faune sans ardeur) ; Les apiculteurs font de la résistance (chez le Varroa) ; Eau-GM (rinçures de pieds de maïs) ; La biodiversité entre deux baguettes (cobra frit, etc.) ; Nouvelles farines animales (au Ténébrion meunier) ; Chasse-mouches (les éléphants sont effarouchants) ; Les guenons sont l'avenir des singes (stages de réinsertion) ; Une chrysope surprise (avec des yeux dorés...) ; Nouveau régime (Michka se met au chasseur) ; Chenilles et carottes (années de bombance, années de disette...) ; Média d'élevage (avec effet boeuf) ; Pas de pot pour les hérissons (chez McDonald's avec les Mc Flurry) ; Trafic d'arsenic (avec les bogongs comme fourmis) ; Au rapport, l'azote ! (pourquoi tant de N ?) ; Violence urbaine (les loups sont entrés dans la ville) ; Cuisine japonaise (porc maigre, porc vert) ; Le mouton rend chèvre (on ne peut plus compter dessus) ; Métalliculture lourde (des remèdes aux plantes contre le plomb) ; Loi anti-pucerons (l'inclonabilité est inaphidienne) ; Éclatement provoqué par la globalisation (chaîne alimentaire transtlantique) ; Raisonnables ? (les Français et l'agriculture raisonnée) ; Les méfaits des portables (suite) (vers grossissant) ; Royale indifférence (vis-à-vis du maïs Bt, de la part du Monarque) ; Céréles roller (pneus au maïs) ; Vases comm'nicants (chez Vivendi...) ; Du grisou dans les neurones (les Mines et leur ministère) ; Tout fluo, tout beau (riches perruches ondulées) ; Quinze ans ! (C'est l'âge du Courrier).


BRÉSIL
Biodélinquance

RENCTAS, le réseau national brésilien contre le trafic des animaux sauvages, estime à plus d'un milliard d'euros le revenu annuel généré par la vente - illégale - de quelque 38 millions de bêtes. Le marché porte essentiellement sur les oiseaux (82%), les mammifères et les serpents participant pour, respectivement, 14 et 3%. La part interceptée par la police s'élève à 0,45%. Le secteur arrive au 3e rang des acteurs de l'économie, derrière les trafics d'armes et de drogues.

Les acheteurs, des collection-neurs, sont états-uniens, alle-mands, néerlandais, belges et français. Ils se partagent, dans cet ordre, les 10% de spécimens qui survivent au voyage.
D'après BBC News, lu le 13 novembre 2001 à news.bbc.co.uk

PAYS-BAS
Ingrats !

Prise comme modèle par l'Union européenne pour la mise en place - au prix d'1,7 milliard d'euros - de mesures agri-environnementales, connue sous le vocable de " green farming ", la pratique instaurée de subventionner les agriculteurs pour qu'ils retardent la fauchaison et laissent ainsi les oiseaux couver… se révèle être un fiasco. C'est ce qu'a révélé la comparaison de parcelles " conventionnelles " et de parcelles " green " faite par D. Kleijn de l'université d'agronomie de Wageningen (et publiée dans Nature, 413, 723.). L'avifaune y est la même et il s'avère que les espèces les plus communes fréquentent plutôt moins les zones " avi-favorables ".
Une des explications à ce phénomène décourageant serait la relative rareté des vers de terre dans ces agro-systèmes moins fertilisés en azote.
D'après " Eco-flop ", par Fred Pearce, lu sur NewScientist.com, le 20 octobre 2001 à wwww.newscientist.com

CAMBODGE
Menu santé

Une centaine de restaurateurs de Phnom Penh ont été rassemblés par le gouverneur Seng Tong pour s'entendre interdire de servir désormais du tigre, de l'ours, du porc-épic, de la tortue et autres reptiles. Pour beaucoup de clients, des parties choisies de ces échantillons de la faune sauvage sont des remèdes contre les maladies et les insuffisances sexuelles. Aux chefs, menacés de poursuites et de fermeture en cas de contravention, le gouverneur a livré cette formule : " Si les gens veulent être en bonne santé, ils doivent consommer des mets normaux et faire de l'exercice ".
D'après " Tigers, Bears to Vanish From Cambodian Menus " lu sur Yahoo! News, le 16 novembre 2001, à dailynews.yahoo.com

JAPON
Vachement poli

Yukio Hatoyama, chef du parti démocratique (d'opposition), a déclaré, lors d'un déjeuner de presse que " Même les vaches folles ont des droits et notamment celui de ne pas être traitées de " folles " […] Le terme " fou " est un mot banni de la langue japonaise et nous ne pouvons l'utiliser pour des êtres humains ".
Au menu, il y avait du veau sauté.
D'après Yahoo! Actualités du 13 novembre 2001, lu à fr.news.yahoo.com

CHINE
Tigres sans moteur

Dans le Sud de la Chine, 49 tigres et tigresses vivent en zoo sans se soucier de chasser des proies ni de trouver un abri pour la nuit ni de fabriquer des tigrons - préoccupations de la vingtaine de leurs congénères encore sauvages. La vie en captivité serait la cause d'une infertilité due en grande partie à l'impuissance des messieurs-tigres. Pour perpétuer cette espèce en grand péril, leurs soigneurs vont leur faire avaler du Viagra, avant, sans doute, de suivre l'exemple de leurs collègues en charge de pandas géants tout aussi paresseux et de leur administrer, en plus du médicament, des vidéos de congénères in coitum.
D'après une dépêche de Reuters, du 6 décembre 2001, lue à actu.nomade.fr

ROYAUME UNI
Les apiculteurs font de la résistance

Destructeur du couvain de l'abeille domestique, Apis mellifera (Hyménoptère Apidé), l'acarien Varroa destructor (= V. jacobsoni) a envahi le Royaume-Uni à partir de 1992. Pour tenter de s'en débarrasser, les apiculteurs ont recours à des bandelettes imprégnées de pyréthrinoïdes, acaricides inoffensifs pour les abeilles et ne laissant pas de résidu dans le miel.
Une inspection a révélé l'existence de populations de Varroa résistants, entraînant une recrudescence des pertes de ruches.
À l'origine, il y a sans doute les mauvaises pratiques d'apiculteurs qui laissent les bandelettes en permanence dans les ruches, au lieu de les enlever au bout de 6 semaines, comme le prévoit le mode d'emploi dans le souci d'éviter l'apparition d'une résistance…
D'après " Honeybee killer strikes back ", lu sur BBC News, le 23 novembre 2001, à news.bbc.co.uk
La varroase sur Internet, c'est notamment chez Apiservice à www.apiculture.com/coms/pathologies/varroase.htm

CANADA
Eau-GM

Le Saint-Laurent serait-il contaminé par la toxine insecticide produite par le maïs-Bt ? L'analyse de prélèvements d'eau et de sédiments à l'embouchure de la rivière Richelieu, affluent du Saint-Laurent, en a révélé des " traces ". Reste à reconstituer son cheminement depuis le champ, c'est-à-dire les racines du maïs (transgénique, résistant à la Pyrale du maïs, Ostrinia nubilalis, Lépidoptère Pyralidé). Y aurait-il acquisition du gène par des bactéries du sol ? Aux doses présentes, la toxine ne serait pas plus dangereuse pour ces faunes du sol et aquatique que les pesticides qui s'y trouvent aussi, à l'état de résidus.
Au Québec, 40% du maïs est du maïs-Bt.
D'après, par Judith Lachapelle, " OGM dans le fleuve : loin de la pollution " paru dans La Presse du 19 décembre 2001, lu à www.cyberpresse.ca

CHINE
La biodiversité entre deux baguettes

Plus de 10 000 tonnes de serpent - vipères et cobras surtout - sont servis dans les restaurants et les tables d'hôte chaque année, frits ou en soupe. Les ressources s'amenuisent. Sur 209 serpents chinois, 43 sont sur la liste officielle des espèces en danger. La capture de ces animaux est en principe illégale mais la demande est forte : leur chair a, croit-on, des propriétés nutritionnelles intéressantes, leur sang mêlé à du vin est très prisé dans le Sud, leur venin soigne de nombreuses affections, leur peau et d'autres organes augmentent la puissance sexuelle…
D'après " China's snakes at risk ", lu sur BBC News le 6 décembre 2001 (news.bbc.co.uk).

MEXIQUE
Nouvelles farines animales

Pourquoi ne pas " supplémenter " les farines de céréales - comme celle de maïs qui sert à faire les tortillas mexicaines - avec de la farine de Tenebrio molitor (Coléoptère Ténébrionidé) ? Le Ténébrion meunier, ou Ver de farine, est ainsi nommé non pas du fait de sa propension à se faire moudre chez les meuniers, mais en raison de son appétit pour la farine (de céréales). C'est, en effet, un ravageur de cette denrée très actif et très redouté.
Expérimentant sur 20 étudiants (volontaires), E. Aguilar-Miranda et son équipe ont montré tout l'intérêt, pour améliorer le régime des Mexicains manquant de protéines, de faire les tortillas à deux farines, maïs + coléo (travaux publiés dans Journal of Agricultural and Food Chemistry). D'autant plus que leur goût s'en trouve nettement amélioré.
Pour David Thurham, nutritioniste spécialiste du Tiers Monde à l'université d'Ultser (Irlande du Nord), l'usage des insectes comme complément alimentaire serait possible si les gens l'acceptaient. Or, si l'entomophagie est courante - au moins comme amuse-gueules ou nourriture de disette - dans certaines sociétés, beaucoup de gens sont parfaitement dégoûtés a priori.
D'après " Grubs up grain's protein " par Erica Klarreich, Nature science update, 11 décembre 2001 (www.nature.com).

NDLR 1 : la sagesse populaire dit depuis toujours qu'un ver - une chenille de Carpocapse, Cydia pomonella, Lépidoptère Tortricidé - dans une pomme, " c'est de la viande ". Itou pour une bruche (Bruchus rufimanus, Col. Bruchidé) dans une fève. Etc.
NDLR 2 : améliorer la saveur d'une tortilla, c'est une bonne action, vu que cette sorte de galette a parfaitement le goût et l'odeur de chiffon bouilli.

INDE
Chasse mouches

Des chercheurs de l'Université de Californie ont observé, dans le parc national de Nagarhole, les interactions pachyderme/diptère. Et de conclure que, pour ce qui est de fabriquer - avec les matériaux locaux (branches d'arbre entre autres), au moyen de leur pattes avant et de leur trompe, en ajustant la taille de rameau, en retirant telle feuille gênante, etc., des outils efficaces pour persécuter les mouches qui les agacent -, les éléphants ont des capacités intellectuelles (et entomologiques) égales à celles des grands singes.
D'après " Elephanten basteln sich Fliegenwedel ", lu sur Spiegel Online à www.spiegel.de

CONGO
Les guenons sont l'avenir des singes

Une organisation non gouvernementale, HELP, s'est donnée mission de relâcher dans la nature des chimpanzés captifs, souvent des jeunes récupérés après l'abattage de leur mère par des braconniers. Ce genre de démarche suscite les doutes de la plupart des primatologues et même des sarcasmes de la part de certains. Les grands singes, en effet, ont dans leur milieu naturel une structure sociale forte qui provoque le rejet des intrus.
Pourtant, pour l'association Habitat écologique et liberté des primates, qui organise pour les singes candidats de longs stages de réinsertion, c'est une réussite. Or, Mékoutou, mâle pionnier de l'opération, s'est fait tout de suite attaquer et, de son compère Dolisie, on n'a retrouvé que le crâne tandis que David a disparu. Mais Choupette vient de mettre bas, preuve qu'elle n'est pas restée complètement seule tout le temps. Des femelles ex-captives ont été vues attirer des mâles sauvages…
D'après une dépêche AFP du 28 déc. 2001, lue à www.larecherche.fr
NDLR : oui, une bonne préparation à l'après-cage est essentielle, qu'il s'agisse de perdreaux d'élevage qu'on voit rester là comme des abrutis au bout du fusil des " chasseurs " ou des magots marocains ex-alsaciens qui, relâchés dans la cédraie, tendaient surtout la main au passage des touristes.

ROYAUME-UNI
Une chrysope surprise

Expérimentant au champ la nepetalactone, un attractif pour pucerons (Hémiptères Aphididés), des entomologistes de l'Institut de Rothamsted et de l'Imperial College, ont eu la surprise - et la joie - de capturer Peyerimhoffina gracilis, une chrysope (Neuroptère Chrysopidé) absente de l'entomofaune anglaise.
Précisons que :
- la nepetalactone est un analogue d'une hormone de rapprochement des sexes chez les pucerons, qui attire aussi leurs Hyménoptères parasitoïdes ;
- elle est tirée de la cataire, Nepeta cataria, plante qui attire et ravit les chats (Felis catus) ;
- les chrysopes, " mouches aux yeux d'or ", sont des familières des maisons où les imagos passent l'hiver avant de se retrouver sur les vitres ;
- ces insectes sont de gros consommateurs de pucerons : le développement d'un seul coûte 1 000 à 10 000 individus à la gent aphidienne. Ils sont donc des auxiliaires précieux ;
- l'apparition de cette espèce au Royaume-Uni pourrait bien être un effet du réchauffement du climat ;
- vendue (sur Internet) sous son nom anglais (catmint), la cataire est un enivrant et un hallucinogène léger (pour l'internaute, pas seulement pour le chat) à ne pas fumer ni boire en infusion.
Ref. biblio. : Donato B., Brooker J. B., Pickett J. A., Hardie J., 2001. Peyrimhoffina gracilis (Schneider, 1851) (Neur : Chrysopidae) : A green lacewing new to Britain. Entomologist's Record and Journal of Variation, 113 (3), 131-135.

RUSSIE
Nouveau régime

Bon, ça s'est passé très, très loin, près de Landakoz, dans l'Extrême-Orient, mais quand même, ça se signale : un ours a mangé un chasseur.
Peut-être que le plantigrade a, en fait, profité de l'aubaine du zoocide mort de froid. C'est en tous cas une nouveauté à enregistrer, car lors de précédentes fringales, Michka (c'est un nom d'ours courant là-bas) s'en prenait toujours aux cueilleurs de baies et de champignon.
D'après Yahoo ! Actualités du 24 décembre 2001, lu à fr.news.yahoo.com

ÉTATS-UNIS
Chenilles et carottes

Coloradia pandora (Lépidoptère Saturniidé) est grand, brun et ne se nourrit pas. Sa chenille, également d'une taille remarquable (3 pouces de long), dévore les aiguilles de Pinus depuis le Montana jusqu'au Nord du Mexique. Son développement dure deux ans, avec la phase nymphale dans le sol.
Les Indiens Pinte enfumaient les chenilles pour les récolter, les sécher et les accommoder en pot-au-feu avec des légumes. Chez les Modoc et les Klamath, on se régalait des chrysalides grillées. Aux uns comme aux autres et, à leur suite, aux forestiers exploitant les pins pondersa, il n'a pas échappé que l'espèce - ressource ou ravageur - subissait des fluctuations d'abondance cycliques.
En repérant, sur des carottes de bois prélevées dans 14 vieux peuplements de l'Orégon, les cernes caractéristiques des années de défoliation, J.-H. Speer et ses collègues ont pu remonter dans le temps bien au-delà des souvenirs des uns et des autres, sur 622 ans. Et montrer que Coloradia a toujours fluctué, selon deux rythmes, l'un de 20 ans et l'autre de 40 (environ) et que les pullulations étaient particulièrement fortes lorsqu'il y avait coïncidence des deux. Et défaire l'hypothèse d'attaques plus massives et plus fréquentes au XXe siècle, du fait de l'action de l'homme et/ou du réchauffement du climat ; en effet, ce siècle aura été exceptionnellement calme sur le front de ce défoliateur. Mais sans pouvoir expliquer les causes de ces deux cycles.
D'après la lettre du DSF n°24, décembre 2001 et la Forest pest leaflet n°114 " The Pandora Moth " (1968) à www.fs.fed.us/r6/nr/fid/fidls/pandora.pdf.
Travaux publiés dans Ecology 82(3), 679-697.
Le suivi des pullulations " cycliques " des défoliateurs est un grand sujet d'entomologie forestière ; voir, par exemple, le cas de Lymantria dispar au Maroc à www.inra.fr/dpenv/ld.htm

JAPON
Média d'élevage

L'abandon d'un animal est très sévèrement puni. Pourtant, 6 vaches se sont retrouvées toutes seules au centre de Tokyo, lundi 7 janvier 2002. Des vaches au cuir peint de messages " Nous sommes saines ", " Pas d'ESB ", " Koizumi à l'aide ! ".
Les éleveurs japonais, frappés de stupeur par l'apparition de la maladie de la vache folle en septembre 2001, critiquent l'action de leur gouvernement (dirigé par M. Koizumi ).
D'après " Six vaches militent contre l'ESB dans le centre de Tokyo ", lu sur Yahoo ! Actualités le 7 janvier 2002 à www.fr.news.yahoo.com
NDLR : pour suivre de près l'actualité française et mondiale de l'ESB, plutôt que d'examiner ce qui pourrait être écrit sur les vaches, cliquez sur notre page " Vache folle en ligne " à www.inra.fr/dpenv/vchfol00.htm

ROYAUME-UNI
Pas de pot pour les hérissons

Les hérissons anglais sont friands des glaces Mc Flurry servies par McDonald's dans des gobelets en carton. Ils n'hésitent pas à y mettre le museau, pour lécher les restes abandonnés, jusqu'à s'y retrouver coincés par leurs piquants et s'y étouffer. Les associations britanniques de défense des animaux ont demandé au célèbre fastfoudiste de modifier la géométrie des gobelets, sans succès. Elles demandent donc aux clients de jeter les emballages à la poubelle.
D'après " Mc Do, tueur de hérissons " dans Le Monde du 9 janvier 2002.
NDLR 1 : le slogan de Mc Flurry est " De quoi te faire tourner la tête " (www.mcflurry.ch).
NDLR 2 : les hérissons anglais, pour ce faire, disposent - et que trop - déjà de bière (voir " Un verre, ça va, deux verres " dans le Courrier n°43).

AUSTRALIE
Trafic d'arsenic

Les noctuelles Agrotis infusa (Lépidoptères Noctuidés) vivent de l'automne au printemps aux dépens de plantes annuelles et sont considérées comme des ravageurs souvent nuisibles aux pâturages et aux cultures des basses terres de l'est de l'Australie. Avant la mauvaise saison, l'insecte entreprend, au vol, une longue migration (de quelque 1 000 km) pour aller estiver en altitude dans les Montagnes neigeuses et les Alpes victoriennes. Là, cavernes et crevasses sont tapissées tout l'été durant, de novembre à janvier, de couches de ces papillons.
Ces bogongs constituaient une source de nourriture importante pour les aborigènes. Délogées, les noctuelles étaient ramassées, cuites dans le sable, remuées dans la cendre pour détacher pattes et ailes, frottées sur un filet pour enlever les têtes et, enfin, mangées telles quelles ou incorporées dans un gâteau.
Une saine nourriture qui ne l'est plus. Les fortes pluies de l'été 2000/2001, ont lavé ces grottes, entraînant la mort des plantes irriguées avec cette eau chargée de débris. Le poison s'est avéré être l'arsenic. Qu'on n'a trouvé en forte concentration que dans les noctuelles - qui n'ont pu que l'apporter des plaines, où sa présence résulte de traitements phytosanitaires.
C'est la première fois qu'on met en évidence le transport - en quantités sublétales - d'un polluant par des insectes et sa concentration à des doses dangereuses loin de sa source.
Article original : Long Distance Transport of Arsenic by Migrating Bogony Moths from Agricultural Lowlands, to Mountain Ecosystems, par Ken Green, Linda Broome, Dean Heinze et Suart Johnston, paru en 2001 dans The Victorian Naturalist, 118 (4), en ligne à www.arias.org.au/pdfs_docs/green.pdf

PLANETE
Au rapport, l'azote !

D'après Géo-2000, le rapport sur l'avenir de l'environnement mondial réalisé à l'initiative du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), " on en vient de plus en plus à admettre que l'azote fait problème au niveau mondial car certaines régions reçoivent des quantités de composés azotés qui aboutissent à des modifications non souhaitées des écosystèmes comme, par exemple, la prolifération de certains végétaux. […] on assiste à une fertilisation tous azimuts, c'est-à-dire à une expérience planétaire incontrôlée dans une large mesure."
Ce rapport retient donc l'azote d'origine anthropique au nombre des facteurs de dégradation de l'environnement révélateurs les grandes tendances au niveau mondial, au même titre que l'évolution du climat, les feux de forêts, les proliférations d'espèces, la multiplication des guerres " locales "…
D'après Géo2000, l'Avenir de l'Environnement mondial, accessible à www.grid.unep.ch/geo2000/
NDLR : Oh, rage ! Oh, ingrats ! Quoi, l'azote banni ? Que n'ai-je nourri pour finir au pilori ? Et ne suis-je blanchi dans les travaux fermiers Que pour voir en un jour flétrir tant de progrès ?

TURQUIE
Violence urbaine

En faction devant les résidences de vice-gouverneurs, à Tunceli, deux policiers se sont fait agresser par trois loups descendus de la montagne. Leur uniforme déchiré, mais pas blessés, nos deux fonctionnaires ont demandé à leur chef le droit de tirer sur leurs assaillants. Lequel a refusé au motif que des passants auraient pu être atteints. Les renforts sont arrivés, du côté policier, ce que voyant, nos loups, toujours aussi affamés se sont esquivés.
D' après " Des loups attaquent des policiers en Turquie ", lu sur Yahoo ! Actualités le 15 janvier 2002, à www.fr.news.yahoo.com

JAPON
Cuisine japonaise

Akira Iritani, de l'université de Kinki, a annoncé la production de porcs à la chair 20% moins riche en graisses saturées (mauvaises pour la santé des suivores). Ces cochons doivent cette qualité à un gène, " FAD2 ", emprunté à l'épinard, Spinacia oleracea. Le rendement de la manip est faible mais les transgènes - premiers animaux chez qui fonctionne un gène de plante - se portent bien et ce, jusqu'à la troisième génération.
D'après " Du porc 'fourré' au gène d'épinard pour améliorer la qualité de la viande ", dépêche AFP du 24 janvier 2002, lue à www.lemonde.fr
NDLR : reste à mettre au point le porc docile, qui ne se rebiffe pas, qui se laisse faire, qui ne saute pas de côté, qui ne se crispe pas, qui ne va pas se vautrer, en tous cas qui n'attire pas l'opprobre universelle des consommateurs sur celui (celle) qui le manipule - entre ses deux baguettes.

PLANÈTE
Le mouton rend chèvre

Matériel et méthodes : à 50 personnes souffrant d'insomnie, une équipe de l'université d'Oxford a proposé soit de compter des moutons, soit de s'imaginer une chute d'eau. Résultat et discussion : les moutons sautant sont beaucoup moins efficaces que l'eau vive. Compter des moutons permet de " penser à autre chose " mais énerve, observer de l'eau couler endort.
D' après " Shafe zählen hilft nicht ", lu dans Spiegel on line le 24 janvier 2002 à www.spiegel.de
Conclusion [NDLR] : Les caprins étant phyllogénétiquement et zootechniquement proches des ovins, il convient d'allouer aux chercheurs de ce secteur des crédits pour mesurer leur vertu dormitive et vérifier l'hypothèse qu'ils sont d'aussi piètres somnifères.

FRANCE
Métalliculture lourde

À Noyelles-Godault (Pas-de-Calais), autour de l'usine de métaux non ferreux Metaleurop, les sols sont lourdement pollués, notamment par le plomb, ce que dénonce l'association Environnement et développement alternatif depuis 1977.
En 1998, un agriculteur a mis ses terres plombées à la disposition des chercheurs et techniciens de l'Espace biotique (groupe bénévole) pour y expérimenter la stabilisation (les polluants sont mélangés à des cendres), la phytostabilisation (ces polluants sont fixés par des plantes dans leur racine) et la phytoextraction (ils s'accumulent dans la partie aérienne qui est ensuite incinérée). Metaleurop vient d'engager 610 000 Æ pour accélérer la mise au point de ce dernier procédé (nommé phytomining).
D'après Le Monde du 29 janvier 2002.

FRANCE
Loi anti-pucerons

Premier des " principaux points du projet de loi relatif à la bioéthique, dont l'Assemblée nationale a achevé l'examen dans la nuit de jeudi à vendredi : Clonage : interdiction du clonage reproductif qui vise à reproduire des êtres humains, animaux et végétaux génétiquement identiques (comme la brebis Dolly) ". La dépêche de l'AFP du 18 janvier 2002, reproduite en ces termes par tous les serveurs de nouvelles sur la Toile, précise que la réalisation d'un clonage reproductif est constitutive d'un crime puni de 20 ans de réclusion.
NDLR : apprenant ça, les pucerons ont frémi des cornicules et la fédération aphidienne a voulu rappeler au législateur qu'au travers de ces dispositions, d'une part, on prive beaucoup de ces Hémiptères de leur subsistance - la pomme de terre, qu'on multipliait par bouturage sans vergogne jusque-là - et, d'autre part, on insulte la puceronitude, dont la parthénogenèse n'est pas le moindre des fondements (depuis les fondatrigènes jusqu'aux sexupares).
PS : arrivé au Sénat, le projet le loi, tel qu'il est donné à lire à www.senat.fr/leg/pjl01-189_mono.html n'indique, plus sagement, que ceci : " Interdiction du clonage reproductif, Article 15. Au chapitre II du titre Ier du livre Ier du Code civil, il est inséré, après le deuxième alinéa de l'article 16-4, un alinéa ainsi rédigé : 'Est interdite toute intervention ayant pour but de faire naître un enfant, ou se développer un embryon humain, qui ne seraient pas directement issus des gamètes d'un homme et d'une femme' ".

ROYAUME-UNI
Éclatement provoqué par la globalisation

C'est pire que la myxomatose pour les lapins, a déclaré à la BBC Tom Langton, directeur du Froglife trust, évoquant une maladie à virus qui frappe un animal aussi familier et pareillement incomestible (localement), la grenouille.
Les individus atteints meurent en masse et de façon horrible. Le problème est sérieux : les grenouilles occupent une position-clé dans l'écosystème, mangeant beaucoup d'animalcules (elles sont les amies du jardinier anglais) et nourrissant tous les prédateurs, du héron au hérisson.
Tant que les poissons rouges importés en Angleterre venaient d'Italie, il n'y avait pas de problème. Désormais, beaucoup arrivent des États Unis. Ils apportent avec eux des éclats de crapauds (malades). Telle est l'explication de l'épizootie. En effet, les crapauds, friands de la provende distribuée aux poissons rouges dans les élevages exportateurs, explosent au contact des projectiles que les pisciculteurs leur envoient au moyen d'un fusil. Les poissons récupèrent les morceaux et infectent à leur tour les grenouilles de leur pays d'accueil.
D'après " Mystery virus ravages UK frogs ", par Alex Kirby, lu le 28 janvier 2002 sur BBC News à news.bbc.co.uk

FRANCE
Raisonnables ?

La SOFRES a interrogé 500 personnes de plus de 15 ans entre le 7 et 9 février pour estimer l'attitude des Français vis-à-vis de l'environnement.
On notera que 54% sont prêts à payer plus cher des produits respectant l'environnement - mais ils ne sont que 2% à accepter 50% d'augmentation. On retiendra que, pour 82% de l'échantillon, " ce que doit faire en priorité le monde agricole pour respecter l'environnement ", c'est d'" offrir des conditions d'élevage plus saines aux animaux et veiller à la qualité de leur alimentation ".
Quant à l'agriculture raisonnée, 27% en ont entendu parler, 70% estiment savoir ce que cela signifie, 82% estiment que les produits de l'agriculture raisonnée sont une bonne solution pour mieux respecter l'environnement, et 7% que le label AR est plus représentatif du respect de l'environnement.
D'après Millefeuille Presse, lu sur www.terre-net.fr le 25 février 2002.

ROYAUME-UNI
Les méfaits des portables (suite)

David de Pomerai et son équipe, chercheurs à l'université de Nottingham, ont mis en évidence des effets notables d'ondes sur un ver. Les ondes sont analogues à celles qui font communiquer les téléphones portables. Le ver est un Nématode, Caenorhabditis elegans, bête de labo connue pour être faite de 959 cellules somatiques - un record d'économie. Les effets sont différents de ceux d'un échauffement (" effet micro-onde ") : la proportion d'individus fertiles augmente et les vers sont plus grands de 10%. Et nos nelminthologues de chercher une explication...
D'après " Mobile phone emissions increase worm fertility " par Duncan graham-Rowe, lu sur NewScientist.com le 6 février 2002 à www.newscientist.com
NDLR : les nématodes - ravageurs dangereux des cultures - vont-ils pulluler dans nos campagnes hérissées d'antennes-relais ? Et les autres vers ? Faudra-t-il des hameçons plus gros ? Et les alexandrins à 13,2 pieds, ça aura l'air de quoi ? D'un gag téléphoné ?

ÉTATS-UNIS
Royale indifférence

Le danger encouru par le Monarque, Danaus plexippus, Lépidoptère Danaidé, avait été annoncé en 1999 à très grand fracas, sur la base de manips de labo.
Un groupe d'experts indépendants a, depuis, mesuré un danger très faible, imputable surtout à un cultivar qui n'est plus commercialisé.
Le ministère américain de l'Agriculture (ARS) a mis des entomologistes au travail pour répondre à deux questions claires : - combien de grains de pollen de maïs Bt faut-il que la chenille ingère pour que se manifestent des effets nocifs ; et - quelle est la probabilité qu'une chenille, en nature, avale cette quantité ? Les résultats viennent d'être publiés. Il faut de 10 (pour un cultivar qui n'est plus en usage) à 1 000 grains de pollen Bt par cm2 de feuille d'Asclépiade, plante nourricière du Monarque, pour provoquer une diminution de taille. Dans un champ de maïs, on trouve en moyenne 170 grains/cm2, rarement jusqu'à 600, sur cette mauvaise herbe.
Et Mark K. Sears, entomologiste qui a tué - les heurtant du pare-brise de son véhicule de service - 2 papillons, a provoqué là une mortalité bien supérieure à ce qui, dans l'état actuel des connaissances, peut être imputé au maïs transgénique. Mais sans doute inférieure à celle qui aurait suivi un traitement classique du maïs.
D'après " Bt Corn Not a Threat to Monarchs ", Agricultural Research, février 2002, lu à www.ars.usda.gov/is/AR

FRANCE
Céréales roller

Il existe maintenant des gommes où l'amidon de maïs remplace une partie de la silice. Évidemment, les pneus, un peu plus chers, sont " plus légers, plus sûrs, moins bruyants, moins polluants " et, au bout du compte (-tours, évidemment), ils réduiraient les émissions de gaz à effet de serre du véhicule.
Mais rien n'est annoncé sur les avantages de ces pneus en fin de vie. Encore un peu de recherche, et viendra s'ajouter aux options les plus courantes - stockage délicatement paysager, transfert discret vers les PVD, combustion en cimenterie - une valorisation nouvelle : l'ensilage. Le vieux pneu sert déjà souvent de contrepoids pour les bâches qui couvrent l'ensilage traditionnel de maïs. L'ensilage de pneus permettrait, lui, de compenser la fin des farines animales et, si le maïs de base n'est pas OGM (mais, gare alors aux crevaisons dues à la Pyrale et autres insectes foreurs…) et s'il est cultivé dans les règles, le pneu comme l'ensilage obtiendront le label bio.
D'après L'Entreprise n° 197, février 2002.

GLOBE
Vases comm'nicants

Selon les analystes, la moitié du chiffre d'affaires 2001 de Vivendi Universal (VU), 58,2 milliards d'euros, provient de sa filiale (à 63%) Vivendi Environnement (VE), autrement dit des services aux collectivités en matière d'eau, de déchets, de propreté, d'environnement… Conclusion, comme les perspectives de VU sont incertaines et que VE a, quant à elle, vu augmenter son chiffre d'affaires de 10,9% en 2001, il n'est pas impossible que ce soient les efforts collectifs dans le domaine de l'environnement, ici et ailleurs, qui soutiennent le développement de VU dans les secteurs de la communication, des médias, de la musique, là-bas.
Une nouvelle forme d'avance sur recettes ?
D'après Le Revenu, n° 656, 8 février 2002.
NDLR1 : on ne prête qu'aux riches…
NDLR2 : à ce compte-là, entre pompe et canal, ya pas photo. Autant alors se débarrasser de Canal+…

FRANCE
Du grisou dans les neurones

Au fond, cela commençait plutôt bien. Un brillant polytechnicien, ingénieur du non moins brillant corps des mines, militait pour un grand " ministère du Développement durable ". Évidemment, ça a été gâté par un aveu désarmant : " Le corps des mines doit, sous peine de disparaître, retrouver une vocation de service public ". Tiens donc ! Ce grand corps d'État aurait-il perdu sa vocation ? Depuis longtemps ? " Ce ministère est un second souffle pour lui " (non, pas " serait " ; vous avez bien lu " est ". Quelle belle assurance !).
Et, puis, il y a la cerise sur le gâteau : " Non, le social dans le développement durable est une conception écolo (sic) de gauche ".
Deux choses sont sûres : D'une part, la déclaration de Rio sur l'environnement et le développement et l'Agenda 21, feuilles de route pour le XXIe siècle, résultats de la Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement réunie à Rio de Janeiro du 3 au 14 juin 1992, ne sont pas encore parvenus au fond de la mine. D'autre part, ni les Nations unies ni les 154 États signataires ne sont réputés être " écolo de gauche "…
Tout cela vaut donc bien un petit rappel extrait d'Action 21. Déclaration de Rio sur l'environnement et le développement. (Principaux textes de la Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement. CNUED, New York, 1993, p.3).
Principe 1 de la Déclaration de Rio : les êtres humains sont au centre des préoccupations du développement durable. Ils ont droit à une vie saine et productive en harmonie avec la nature. […]
Principe 3 : Le droit au développement doit être réalisé de façon à satisfaire équitablement les besoins relatifs au développement et à l'environnement des générations présentes et futures.
Principe 4 : Pour parvenir à un développement durable, la protection de l'environnement doit faire partie intégrante du processus de développement et ne peut être considérée isolement.
D'après Environnement Stratégies, février 2002.

ÉCOSSE-AUSTRALIE
Tout fluo, tout beau

Deux chercheurs, respectivement de Glasgow et de Brisbane, viennent de publier dans Science que chez les perruches ondulées, si les couleurs visibles et voyantes attirent les amateurs ornithophiles, ce sont les reflets ultraviolets (non perçus par l'œil humain) qui impressionnent l'autre au moment du rapprochement des sexes.
Pour le montrer, nos ornithologistes ont oint certains individus d'écran total et les témoins d'un gel de pétrole.
Pourquoi cette attirance pour le fluo ? Sans doute parce que cette couleur de plumes est biologiquement coûteuse à produire et que l'oiseau qui y arrive a d'autres capacités intéressantes.
D'après une dépêche Reuters datée du 4 janvier de Washington, lue sur Environmental News Network à www.enn.com/news/
NDLR : Toute allusion à des chercheurs qui, leur ayant greffé avec difficulté des gènes de méduse, s'excitent sur les lapins ou les drosophiles fluo serait purement fortuite.

UNIVERS
Quinze ans !

Depuis le numéro zéro, daté de septembre 1986, le Courrier a crû et s'est multiplié, le progrès technique a fait rage, l'équipe s'est aguerrie (beaucoup) et étoffée (un peu), le lectorat a pullulé... En ce début mars 2002, le présent numéro se boucle. Bilan. En 44 livraisons, le Courrier a publié (refaites les comptes, si vous doutez) 4 990 pages, 716 dessins de Rousso, 388 articles, 3 265 fiches bibliographiques, 154 dessins de Claire Brenot, 940 Brèves.
Sachez qu'un exemplaire (actuel) pèse un peu moins de 500 g (de la cellulose en grande partie) et consomme quelque 500 000 caractères (réutilisables sans déperdition) pour former plus de 80 000 mots (et faites les totaux vous-mêmes si vous voulez, sachant que le tirage est passé de 50 à 13 000 exemplaires). Bref, La collection complète, c'est un trésor de 12 kg.


Où partent les Courriers ?
Plus de 10% des destinataires habitent l'étranger. Voici, en deux cartes (ci-contre), leur répartition planétaire.

[R] Vers l'Album des Brèves