Les Brèves du Courrier

n°43

Matière dernière (le chanvre dans tous ses états), Les malades du 4x4 (un virus décime les mordus), Baromètre (les Français et la science), Le déclin (des papillons au Royaume-Uni), Les surprises du développement (Blow up en Thaïlande), Pièce de veau à l'anglaise (Phénix monte sur les planches), Les progrès du marsisme (Mars, Internet et les OGM...), La fourmi et la mandarine (lutte bio en Chine), Le mal-être animal (brebis irlandaises accablées), Dérabication (à coups d'OGM !), Ballon renifleur (de méthane bovin), L'épuisement des ressources (en tequila), Pour que les publications soient publiques (les chercheurs menacent les éditeurs), Terreur à rayures (le Doryphore), Les abeilles conceptualisent (avec si peu de neurones ?), Un ver ça va, deux verres... (où l'on saoule les hérissons).


ÉTATS-UNIS
Les malades du 4x4

Les " souris sylvestres " d'un parc de loisirs de l'Utah, à 115 miles de Salt Lake City, où l'on pratique le hors piste en véhicule tout terrain, moto comme auto, sont affectées par une maladie à hantavirus 3 fois plus que leurs congénères.
D'après les rodentologues de l'université de l'Utah, ceci est dû à la promiscuité. Les souris s'entassent en effet dans les espaces réduits épargnés par les pneus - où elles finissent par se battre et se mordre (sang et salive sont les vecteurs de ce virus dans le monde des rongeurs).
Lu sur Infoscience le 16 février 2001 à
www.infoservice.fr

FRANCE
Baromètre

Les crises écologiques et alimentaires auraient-elles creusé un fossé entre les gens et la science ? L'Usine nouvelle et le ministère de l'Éducation nationale ont fait réaliser un sondage par la SOFRES. Résultat : les Français font, pour la plupart, confiance à la science et aux progrès scientifique et technique (88%), à la police (75%), à l'Administration (63%), aux grandes entreprises (58%), à la justice (52%) ; mais bien peu aux médias (29%).
Depuis que ce genre de sondage est pratiqué (trente ans) le nombre de personnes qui pense que la science apporte plus de mal que de bien a été divisé par deux.
D'après l'Usine nouvelle n°2766, du 15 février 2001, en ligne à www.usinenouvelle.com

ROYAUME-UNI
Pièce de veau à l'anglaise

Pour 160 000 euros, Phénix s'est vu offrir un rôle de 6 semaines dans la pièce de théâtre Jack and the Beanstalk.
Phénix, comme son nom l'indique, a survécu aux bûchers éradicateurs de la fièvre aphteuse. Mal tué, il a été découvert 5 jours plus tard par les désinfecteurs de carcasses venus s'occuper du troupeau abattu parce que voisin de bovins malades.
D'après une dépêche AFP du 3 mai 2001.
NDLR : pendant ce temps là, un autre veau, albanais celui-là, se laissait acheter 28 000 euros par une association vétérinaire états-unienne. Il était né avec deux têtes (AFP, 2 mai 2001).

THAÏLANDE
Les surprises du développement

Les zoologues de la WCS (société de conservation de la vie sauvage) avaient installé, pour surveiller une zone de 200 km2, 41 appareils photos à déclenchement automatique. Au terme de la période d'observation, le bilan est de 2 appareils détruits par des éléphants, 8 volés (par Homo sapiens), 348 photos exploitables après développement et les portraits, attendus, de tigres, léopards, panthères, éléphants, divers oiseaux et lézards.
Et, dans un coin de la photo 37 d'une pellicule 36 poses, un Crocodile de Siam, réputé disparu de la contrée et réduit - en tant qu'espèce - à quelques individus survivants en Indochine. Nos zoologues
- initialement partis à la chasse (photographique) au tigre - ont eu la chance, en plus, de repérer les traces d'un congénère du reptile miraculé, non loin de là.
D'après " Le crocodile de Siam joue la star " de Françoise Dupuy-Maury, lu sur Info Science Actualités, le 10 mai 2001 (www.infosciences.fr).
NDLR : en France, non loin de Paris, on a truffé un site de caméras de surveillance, dans le cadre d'un programme de sociologie expérimentale et opérative. Des millions de volontaires surveillent chacun leur écran, à longueur de journée. C'est évidemment l'espoir de découvrir une race de poisson rouge qu'on croyait disparue qui soutient ce patient travail d'observation collectif.

SYSTÈME SOLAIRE
Les progrès du marsisme

Des hommes pourraient aller sur Mars avant 2020, a proféré Daniel Goldin (NASA). Même si tous les efforts sont faits en ce sens, il faudra au moins 10 ans pour faire décoller la fusée, puis 6 bons mois pour la voir amarsir, puis 1 an au plus de séjour là-bas (là-haut ?), encore quelques mois de voyage retour (s'il est possible…) et on pourra se préparer à s'y installer.
Et à y réfléchir aux problèmes d'environnement qu'on y aura apportés.
D'après une dépêche AFP du 9 mai 2001.
NDLR : on y lira, parce qu'on ne pourra pas s'en passer, via Internet, le Courrier de l'environnement, dont, soit dit en passant la rubrique " Autres repères, autres paysages " acceptera alors d'étudier les propositions d'articles sur les milieux martiens.
En effet, mais ce sera peu confortable. À peine ces lignes écrites, l'architecture du futur réseau extraterrestre - mise au point par le Jet Propulsion Laboratory de la NASA°- était dévoilée (cliquer sur
www.ietf.org, section internet-drafts) : il faudra de 8 à 40 minutes pour que le message chemine entre ici-bas et là-bas (selon la distance, variable, entre les deux planètes), le débit sera réduit et il y aura pas mal d'erreurs de transmission.
D'après
Libération du 29 mai 2001.
NDLR : à notre
martien@cour.envir.org.mars, on enverra le Courrier par morceaux, ça prendra le temps qu'il faudra, il ne sera pas dit qu'on aura délaissé un destinataire parce qu'il est trop loin (et tout vert).
Ce qui est sûr et certain c'est qu'on cultivera des OGM sur Mars en 2007. Selon une équipe de l'université de Floride, à Gainesville, une fusée y emportera des graines de cultivars d'Arabette des dames,
Arabidopsis thaliana, munis d'un gène ad hoc pour réagir (en émettant une lumière bleue) qui à la sécheresse, qui à la température, qui à un excès de métaux lourds, qui à la présence de peroxydes… Une façon de recueillir des données sur le sol martien tout en travaillant à l'amélioration des plantes pour sa mise en culture (éventuelle).
Pratiquement, le robot d'exploration martienne, choisira un site, marquera un arrêt, grattera le sol, l'analysera, l'ameublira, l'amendera, ajustera son pH, le fertilisera, ne fera aucun traitement insecticide, plantera les graines et déploiera un abri plastique sur la parcelle. Les agronomes enregistreront les luisances et publieront (voir à
www.inra.mars).
D'après " Genetically modified earth plants will glow from Mars ", UF News, le 26 avril 2001 (www.napa.ufl.edu).
NDLR : nous ne dirons rien des préparatifs, car ils se font dans le secret, de l'envoi d'une sonde contestataire débarquant un robot muni d'une faux.

IRLANDE
Le mal-être animal

Touchée par la fièvre aphteuse le 22 mars 2001, l'Irlande a pratiqué l'abattage préventif des ovins. Très exactement 30 540 brebis ont été sacrifiées. Tout aussi exactement, 37 165 demandes de primes (compensatoires, réparatrices et consolatoires) ont été déposées.
D'après une dépêche AFP datée de Dublin du 14 mai 2001.
NDLR : on est contents pour les 6 625 brebis qui ont traversé l'incinération sans se roussir le moindre bout de laine et qui vivent riches, désormais ; mais peut-on paître tranquille avec un tel poids sur la conscience ?

ROYAUME-UNI
Terreur à rayures

Après la peste porcine et la fièvre aphteuse, voici que le Royaume-Uni doit faire face à une nouvelle menace agricole étrangère et qu'il met en alerte les services officiels et la population contre un envahisseur petit mais coriace, capable - profitant du réchauffement climatique - de prendre tarse avec succès sur l'île et d'y dévorer les champs de pomme de terre en une nuit.
D'après All ports alert for striped menace, The Times 15 mai 2001.
NDLR : on a lu - on lira - un article sur le Doryphore, Leptinotarsa decemlineata (Coléoptère Chrysomélidé) dans Insectes n°120.

FRANCE
Dérabication

La rage, virose mortelle véhiculée essentiellement par les renards, avait fait une réapparition dans l'Est de la France en 1968 après un demi-siècle d'absence. Elle a de nouveau disparu et la France est aujourd'hui indemne - le Journal officiel l'a publié le 10 mai 2001 - suite à une campagne de vaccination des renards fort bien menée.
Goupil recevait sa dose de vaccin dans une délicieuse tablette congelée larguée d'hélicoptère, un appât fait de graisses animales et de farines de poisson dégageant une puanteur exquise en dégelant. La friandise cachait un virus vivant génétiquement manipulé (autorisé depuis 1992 dans l'Union européenne).
Aucun cas de rage n'a été enregistré depuis fin 1988 mais la vigilance est de rigueur, des chauves-souris pourraient réimporter la zoonose.
D'après, notamment, Jean-Yves Nau, dans le Monde du 16 mai 2001.

PLANÈTE
Pour que les publications soient publiques

Fin mai 2001, quelque 23 000 chercheurs de 158 pays ont signé une pétition pour réclamer l'accès libre et gratuit aux publications scientifiques, 6 mois après leur parution dans les revues scientifiques. Les éditeurs de celles-ci s'estiment propriétaires ad vitam aeternam des articles sélectionnés et publiés dans leurs colonnes (sur papier et/ou sur Internet) et renâclent à mettre ces textes à disposition de la communauté scientifique sans rétribution (souvent très élevée).
Pour les promoteurs de cette action, les revues jouent un rôle important pour lequel elles sont bien rétribuées : abonnements, subventions, voire contributions des auteurs. Au-delà de quelques mois, elles devraient déposer leur " fonds " dans une vaste base de données, ouverte à tous. Laquelle base est d'ailleurs en train de se construire, grâce au travail coopératif des chercheurs, qui menacent de mettre en place des systèmes alternatifs et de boycotter les éditeurs.
D'après une dépêche AFP du 12 avril 2001 lue sur Sciences Actualités à www.cité-sciences.fr
le site des contestataires : www.publiclibraryofscience.org

AUSTRALIE
Matière dernière

Alan Crosky, docteur en métallurgie, enseignant à la School of Materials Sciences and Engineering de l'université de Nouvelle-Galles du Sud (Australie), promeut la réalisation de carrosseries de voitures en chanvre, à la place de l'acier, coûteux à recycler.
D'après une dépêche AFP du 21 mai 2001.
NDLR 1 : Cannabis sativa se cultive facilement, avec très peu d'intrants, sur des chanvrières. Il fournit outre le chènevis - destiné aux oiseleurs et aux pêcheurs -, la chenevotte (fibre centrale de la tige) et les fibres (de la périphérie). De la première, on fait déjà - et depuis belle lurette - des matériaux de construction et d'isolation, ainsi que de la litière, des seconds des cordes, des tissus, du papier.
NDLR 2 : on ne fait rien d'autre du chanvre, encore moins de certains cultivars.

NOUVELLE-ZÉLANDE
Ballon renifleur

Le bétail réchauffe l'atmosphère, un tout petit peu au niveau de l'étable et plus globalement par effet de serre au travers du méthane émis dans l'environnement.
Le problème est suffisamment important pour : a) avoir fait l'objet d'un article dans le Courrier, signé Daniel Sauvant (c'était le n°18, de décembre 1992), et b) justifier le survol des troupeaux par un ballon muni des appareillages propres à mesurer les flatulences des ruminants.
Le petit bé se passe dans la province du Waikato, connue pour la qualité et l'intensité de son élevage et le ballon est orange.
Lu sur le site du Monde, le 10 mai 2001, à tout.lemonde.fr/

MEXIQUE
L'épuisement des ressources

La consommation de tequila a augmenté de 112% depuis 1985 aux États-Unis, en dépit d'un prix à la pompe (pardon, au bar) qui atteint celui des vrais cognacs. Il s'en boit 16 millions de gallons (la même unité de volume que pour l'essence) bon an mal an, ce qui inquiète les défenseurs de l'agave bleu - dont le jus rentre pour au moins 50% dans la composition d'une tequila honnête. Cet agave ne pousse que dans certaines régions du Mexique et souffre, outre d'une surexploitation croissante, d'une mycose (qui s'est montrée particulièrement agressive en 1997).
Il faut 8 à 10 ans pour qu'un agave mûrisse, 15 ans pour qu'il fleurisse ; il meurt alors mais a rejeté du pied. Les plantations ne suffisent pas à satisfaire l'offre et des récolteurs pourchassent les pieds sauvages dans la forêt. Le plan de sauvetage prévoit le retour aux pratiques ancestrales de récolte et la labélisation d'une " sustainable tequila " (en anglais dans le texte).
Sans oublier la protection des pollinisateurs de cette Agavacée, notamment la chauve-souris, " Murciélo narigudo ".
D'après, notamment, Environmental News Network du 7 mai 2001 (www.enn.com).

PLANÈTE
Les abeilles conceptualisent

On croyait jusque-là que la pensée abstraite était l'apanage de certains vertébrés, Homo sapiens, dauphin, pigeon… Expérimentant sur l'Abeille domestique (Apis mellifera, Hyménoptère Apidé), Martin Giurfa (Université libre de Berlin, Allemagne) et ses collaborateurs ont montré que les concepts du semblable et du différent étaient accessibles à cet insecte.
Leur appareillage : le classique tube en Y. À l'entrée, une marque bleue ; aux extrémités, une marque bleue et une jaune au bout de l'autre branche. L'abeille est récompensée par du sirop si elle choisit la branche bleue. Rapidement, l'abeille prend d'emblée le " bon " chemin (qui va de bleu à bleu). Si l'on remplace la marque colorée par un autre signe, des rayures par exemple, l'abeille (expérimentée) n'hésite pas : elle va vers la branche marquée de la même façon que l'entrée. Un marquage qui peut être olfactif.
L'abeille sait donc généraliser à un autre sens l'association apprise… Un résultat nouveau, vu que l'animal a (relativement) très peu de neurones.
D'après " Bee smart ", de Jay Withgot, paru dans Academic Press daily/inScight du 18 avril 2001 (www.academicpress.com/insight/).

ROYAUME-UNI
Le déclin

Au cours des deux derniers siècles, au Royaume-Uni, plus de la moitié des 59 espèces de papillons de jour (Lépidoptères) ont décliné - en termes de présence géographique - de plus de 20% ; 15 d'entre elles de plus de 50% et 5 ont disparu. D'autres ont vu leur abondance réduite. La cause principale est la disparition locale des habitats ou leur fragmentation, associée aux changements des pratiques agricoles et forestières.
Le réchauffement (de plus de 1°C) des moyennes printanière et estivales ces 25 dernières années a toutefois permis à certains papillons d'étendre leur aire de répartition vers le Nord. Le rapport du Joint Nature Conservation Committee ajoute que les programmes de sauvetage des espèces les plus menacées ont été sans effet notable.
D'après " UK butterfly decline steepens ", d'Alex Kirby, lu sur BBC News le 25 avril 2001 (news.bbc.co.uk/).

ROYAUME-UNI
Un ver, ça va, deux verres…

La guerre contre les limaces a conduit, d'une part, certain Anglais à mettre au point un slugbot, qui prélève et digère ces gastéropodes ravageurs (cf la Brève " Où l'on ne verra plus repasser les limaces ", Courrier n°31, août 1997) et, d'autre part, l'Anglais moyen à laisser traîner de la bière au fond de verres ou de pots de yaourts d'où lesdites limaces ne ressortent pas vivantes.
Or, les hérissons, amateurs de ces appâts cervoisés, boivent immodérément, se coincent le museau dans le piège ou ne l'en retirent que pour s'endormir, oubliant de se mettre en boule. Et là, ils sont une proie facile pour les oiseaux.
Favoriser l'ivrognerie chez les hérissons est répréhensible et le jardinier risque jusqu'à 6 mois de prison.
D'après une dépêche AFP du 18 mai 2001.
NDLR: ce jeune hérisson finira mal, finissez vos bouteilles de bière!

CHINE
La fourmi et la mandarine

Oecophylla smaragdina (Hyménoptère Formicidé) est une fourmi tisserande, jaune, forte, carnassière entomophage. Cela fait 17 siècles, au moins, que les agrumiculteurs chinois de la province de canton l'emploient comme auxiliaire de lutte biologique contre les insectes phytophages nombreux et dangereux sur les Citrus. En atteste une publication de Hsi Han datée de 304 où il écrit que les gens de Chio-Chi achètent les nids soyeux de grosses fourmis jaunes-roussâtres et les pendent dans leur verger, évitant ainsi de récolter des fruits abîmés.
À partir du Xe siècle, on ne s'est plus contenté de récupérer de-ci de-là des nids en nature. Des vessies de porc, appâtées avec de la graisse, servaient à piéger les fourmis, à les stocker et à les lâcher (Chuang Chi-Yu, 1130). Au XVIIe siècle, on a installé des ponts de bambou entre les arbres pour assurer une bonne répartition de l'agent de lutte biologique.
Est-ce efficace ? Si les écophylles détruisent bien les chenilles (Lépidoptères), elles favorisent plutôt les cochenilles (Homoptères) dont le miellat fait leur régal. Pourtant, les petits protégés de la grosse fourmi jaune ne causent que des dégâts limités, étant victimes en masse des insectes parasitoïdes (Hyménoptères, essentiellement).
Depuis deux ou trois décennies, la pratique s'est perdue, au profit de l'emploi d'insecticides de synthèse. Mais on y revient… Et la protection biologique " à l'ancienne ", écologiquement sûre, coûte moins cher.

D'après " The ant and the mandarin " de Stéphanie Pain, paru dans le New Scientist magazine du 14 avril 2001.
Photo à www.geocities.com/RainForest/Vines/8983/insects/insects.html

[R] Vers l'Album des Brèves