Les Brèves du Courrier

n°40

Du porc pour le museau (des cosmétiques à partir du lisier, via des algues) ; Chasse de précision (un gypaète barbu descendu par un vengeur d'Eschyle ?) ; La Main verte de la pieuvre (écobusiness et mafia) ; Gardes champètres biotech (vétérinaires légistes) ; Île au trésor (Palmyra et ses oiseaux, réchappée de riches projets) ; Le retour du Pèlerin (le faucon, réchappé du DDT, préfère les gratte-ciel) ; Immigration (drôle d'oiseaux à Bruxelles) ; Prem' (Fournel-les-bains, premier site Natura 2000) ; Chers disparus (tuer des animaux menacés est ruineux) ; Désopilant (comment analyser la peau de l'ours sans l'avoir tué) ; La mort des abeilles (Ursus arctos, prédateur du couvain) ; " Asticot " de chez Halieute (parfumez vos appâts) ; Pas qu'une poignée de dirhams en moins (la dégradation de l'environnement coûte cher au Maroc) ; Les dangers de l'at-home (l'éponge, c'est terrible) ; In memoriam ( à Melles, un monument ursin) ; Parents pauvres (des gros crédits pour la loutre, des pièces jaunes pour les libellules) ; Bilan d'un siècle écoulé (un bilan écologique) ; Le large spectre des pesticides (l'avion, le rat et l'insecticide) ; Chasse première (Neandertal passait son temps à chasser) ; Poule vedette (l'artiste, la poule et les réglements sur les cages à poule) ; Chien y es-tu ? (les louves italiennes ne fautent pas) ; Enclumes (l'anvil - insecticide - et l'édile - le maire entêté de New-York) ; Horreur sur la toile (l'abominable Ichneumon et la très complaisante araignée).


PAYS-BAS
Du porc pour le museau

Gerrit Boeijink, propriétaire d'une entreprise de cultures hydroponiques souhaite fournir aux fabricants de cosmétiques une algue riche en minéraux et en protéines, qu'il cultivera sur du lisier de porc. Lesdits cosmétiques sont des produits pour s'oindre l'épiderme - rouges à lèvres, crèmes, lotions - mais l'algue en question pourrait aussi entrer dans la composition de pilules diététiques et de comprimés de vitamines.
D'après une dépêche Associated Press lue sur Yahoo Actualités, le jeudi 16 mars 2000 à fr.news.yahoo.com

FRANCE
Chasse de précision

C'est en 456 avant JC que le poète grec Eschyle fut tué, par un hasard dont on n'a pas trouvé d'équivalent en grandeur depuis. Montaigne nous l'a ainsi conté : " Aeschillus, menassé de la cheute d'une maison, a beau se tenir à l'airtr, le voyla assomé d'un toict de tortue qui eschappa des pattes d'un aigle en l'air ". Les ornithologues sont formels : l'" aigle " était un Gypaète barbu, un grand (2,8 m d'envergure) et bel oiseau majestueux qui se nourrit surtout d'os - qu'il a l'habitude de faire choir pour en extraire la moelle (idem pour les tortues entières).
Le 11 mars 2000, un congénère du poèticide a été trouvé mort à la Bollène Vésubie. Il s'appelait Mounier et avait été lâché en 1993 dans le parc national du Mercantour. Sa trajectoire a croisé celle de 2 plombs de chasse. A-t-il été confondu avec une tortue ?
D'après le communiqué de presse du parc national du Mercantour du 20 mars 2000.

ITALIE
La Main verte de la pieuvre

D'après les écologistes de Legambiente, les crimes et délits environnementaux ont été en augmentation en 1999. En valeur, ceux-ci sont passés de 2 milliards d'euros en 1998 à 13,4 en 1999 ; en nombre de clans s'occupant de telles " affaires ", de 110 à 138. Quelles affaires ? Surtout la gestion des déchets, le trafic des animaux et le recyclage illégal de ciment et de vieux câbles et aussi les constructions illégales. Où ? Pour près de 43% en Campanie, Calabre, Sicile et dans les Pouilles, où la Mafia est tranquillement puissante.
D'après ENDS Environment Daily, du 27 mars 2000.
Sur Internet : www.ends.co.uk/envdaily

ÉTATS-UNIS
Gardes champêtres biotech

Le National Fish and Wildlife Forensics Laboratory d'Ashland (Oregon) se dit unique au monde et différent de ses homologues consacrés à la médecine légale, lesquels ont affaire à une seule espèce, Homo sapiens, alors que le travail du NFWFL est à 90% de rechercher à quelle espèce appartient la " pièce à conviction ".
Le labo reçoit du gibier, des trophées, des cornes, de l'écaille, des pattes d'ours, du faux caviar… et met en œuvre les techniques les plus modernes d'analyse d'ADN. Il travaille également à la constitution de banques de marqueurs génétiques pour des espèces particulièrement surveillées comme l'élan, l'ours et le loup.
D'après the Scientist, du 24 avril 2000, lu sur www.the-scientist.com/
NDLR : braconniers et trafiquants, vous êtes faits : l'ADN se mettra toujours à table. Et ne vous recyclez pas dans le faux Louis XVII…

PACIFIQUE
Île au trésor

L'île de Palmyra, au sud de Hawaï (à 1 680 km de cet archipel états-unien), vient d'être achetée à la famille Fullard-Leo pour en faire une réserve de faune et de flore par le Nature Conservancy, une organisation internationale à but non lucratif crée en 1951. L'île n'est habitée que de légendes de pirates et d'oiseaux marins par millions ; elle sert d'étape aux migrants entre l'Alaska et la Polynésie française ; ses côtes hébergent des animaux tant du Pacifique oriental que du Pacifique occidental.
Ces 272 ha auraient pourtant pu servir à autre chose ; les propriétaires ont en effet reçu des propositions pour y aménager un dépôt de déchets nucléaires, y bâtir une station balnéaire et/ou un ensemble de casinos.
D'après une dépêche de l'AFP datée de Washington du 4 mai 2000.

ÉTATS-UNIS
Le retour du Pèlerin

À l'instar d'autres oiseaux prédateurs comme le Pygargue à tête blanche et le Balbuzard pêcheur, le Faucon pèlerin a été la victime inattendue d'un insecticide, le DDT. Il y a trente ans, les États-Unis ne comptaient plus que 39 couples, soit 5% des effectifs historiques. L'interdiction du DDT en 1972, reconnu capable - via ses produits de dégradation disséminés au travers des chaînes alimentaires - d'amincir la coquille de l'œuf des oiseaux, a permis une restauration spectaculaire de l'espèce.
Falco peregrinus avait bien des atouts : il se reproduit en captivité, le jeune apprend tout seul à voler et à chasser, l'espèce possède une grande plasticité. Désormais les faucons réintroduits à partir d'élevages pondent et élèvent leurs jeunes dans la nature. Quelle nature ? Leurs falaises ancestrales ont été colonisées par d'autres rapaces, qui consomment volontiers du fauconneau, et la moitié des nids actuels sont installés sur les bâtiments, les cheminées et les ponts, sans compter les nichoirs faits d'une caisse en bois. À Chicago, où ils prospèrent, leur menu est riche de pigeons et de moineaux. Protégés des prédateurs naturels sur les rebords des fenêtres des gratte-ciel, les oisillons sont soumis au taux de mortalité ancestral, 60%, car 6 sur 10 s'écrasent au sol, au milieu de la circulation.
D'après Janet Ginsburg : " The Peregrine Falcon, a conservation success story " lu dans Environmental News Network à www.enn.com/

BELGIQUE
Immigration

Les Bruxellois ornithophiles se réjouissent, leurs voisins gênés par le bruit protestent, les ornithologues conservateurs déplorent. Les zoologistes expliquent par la conjugaison d'un climat clément, de la sélection (involontaire) d'une souche himalayenne adaptée au froid et de sauvetages (volontaires) d'individus frigorifiés, le maintien in natura de la Perruche à collier (oiseau indien, vert à collerette rose) depuis 1974.
Quant à la Perriche jeune-veuve, issue d'Argentine, et à la Perruche d'Alexandre, afghane, qui sillonnent le ciel de Bruxelles, leur arrivée est liée au trafic d'oiseaux, florissant paraît-il. Pour ces espèces, bien que parvenues de façon écologiquement incorrecte, la Ligue royale de protection des oiseaux demande l'application des lois de protection car, comme dit son président, Roger Arnhem, " une fois que la bêtise est faite, il faut l'assumer ".
D'après Yahoo ! Actualités du 22 avril 2000, lu à fr.news.yahoo.com/

FRANCE
Prem'

Natura 2000, projet défini par la directive européenne " Habitats " de 1992 - et qui vise à instaurer un réseau européen pour assurer " la conservation de la diversité biologique dans l'aménagement du territoire " tarde à se mettre en place en France. Les 1 300 sites recensés en 1996 (12% du territoire) sont parfois soumis aux protestations plus ou moins justifiées d'agriculteurs, sylviculteurs, chasseurs, pêcheurs et propriétaires fonciers.
À la mi-mai 2000, un premier site " pilote " a signé la convention Natura 2000 : le vallon du Fournel-les-Bains à l'Argentière-la-Bessée (Hautes-Alpes), 2 000 ha à la flore riche, avec une remarquable prairie de chardons bleus, en bordure du parc national des Écrins. Une première dotation annuelle de 700 000 francs (un peu plus de 100 000 €) de la part du ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement servira au financement d'installations, d'équipements, de contrats agro-environnementaux et d'études scientifiques.
D'après une dépêche de l'AFP du 17 mai 2000, lue sur le serveur de dépêches de la Cité des sciences et de l'industrie (www.cite-sciences.fr/actu/index.html).

CANADA
Chers disparus

Pour les contrevenants, individus ou dirigeants d'entreprise, tuer des animaux d'espèces menacées de disparition pourra coûter cinq ans de geôle et, respectivement, 250 000 (175 000 €) et un million (700 000 €) de dollars canadiens. Le projet du ministère de l'Environnement prévoit aussi de renforcer la préservation des territoires essentiels à la survie de ces espèces et d'indemniser les propriétaires privés affectés par l'application de cette loi.
D'après une dépêche AFP du 2 avril 2000.

AMÉRIQUE DU NORD
Désopilant

Le dénombrement des ours, du Grizzly en l'occurrence, a toujours été difficile et les effectifs obtenus étaient entachés d'une importante incertitude. Traques, captures et anesthésie pour la pose de colliers radio-émetteurs, surveillance aérienne étaient des moyens dérangeants tant pour les animaux que pour les touristes.
L'analyse de l'ADN contenu dans les poils d'ours récupérés au moyen d'un piège ad hoc vient de permettre un recensement précis - avec identification de l'espèce, de l'individu, du sexe - des ours états-uniens proches de la frontière canadienne. Le piège à ours ? Un appât aux fragrances puissantes, à base notamment de poisson pas frais et de sang de bœuf, entouré d'une clôture lâche en fil de fer barbelé - où laisser quelques touffes de son pelage au passage.
D'après un communiqué de l'US Geological Survey lu sur ScienceDaily à www.sciencedaily.com

FRANCE
La mort des abeilles

L'abeille domestique, Apis mellifera (Hyménoptères, Apidés) possède beaucoup d'ennemis animaux, de la Teigne des ruches, Galleria melonella (Lépidoptères Pyralidés) au Sphinx tête de mort, Acherontia atropos (Lépidoptères Sphingidés).
Tout récemment, vers le 11 avril 2000, s'est manifesté en Ariège, au-dessus du village d'Orlu, un prédateur du couvain, animal de forte taille et peu respectueux des clôtures, Ursus arctos (Carnivores Uursidés).
Les moyens de lutte ? Outre les barrières électriques, le plus efficace sera ceci : l'arrêté pris par le maire d'Orlu, daté du 13 avril 2000, stipulant, en son article I, que " Est interdite la divagation de l'ours à moins de 300 mètres du village d'Orlu et à moins de 150 m des voies de communication ".
D'après la Dépêche en ligne (www.ladepeche.com) et l'arrêté du maire d'Orlu. Le 14 avril 2000, repris de www.inra.fr/OPIE-Insectes/pa.htm

FRANCE
" Asticot " de chez Halieute

" N'hésitez pas à introduire dans vos amorces des arômes, vous serez surpris ". En effet, poursuit le conseiller en pêche au coup, " les arômes liquides peuvent être très efficaces dans la pêche du gardon et de la brème ". Arômes " sélectionnés " : vanille, caramel, crème, chènevis, maïs, ver de terre, asticot, ail, épices douces, pomme de terre, coriandre, genièvre, sassafras, cacahouète, maïs vert, écrevisse.
D'après www.guerl.com/coup.htm

MAROC
Pas qu'une poignée de dirhams en moins

Le secrétariat d'État à l'Environnement marocain a chiffré ce que coûte au royaume la dégradation de l'environnement : 20 milliards de dirhams (2 milliards d'euros), soit plus de 8% du produit intérieur brut.
Les atteintes à l'environnement les plus graves sont l'urbanisation, l'érosion des sols, la disparition de " couvert végétal " (31 000 ha chaque année) et l'extraction des sables côtiers.
D'après une dépêche de l'AFP, datée de Rabat du 5 juin 2000
NDLR : On a lu, on lira, sous le titre " La Mamora et ses ennemis ", sous la plume d'Alain Fraval (rédac. chef du Courrier) et de Claire Villemant, un exposé sur un exemple forestier de problème environnemental dans ce pays, paru dans le Dossier n°15 (1997, pp. 133-146) et consultable en ligne à www.inra.fr/dpenv/d15mamor.htm

ÉTATS-UNIS
Les dangers de l'at home

Les diarrhées - souvent bénignes - provoquées par des bactéries (Shigella, Salmonella, Serratia) ou des virus ne sont pas toutes à mettre au compte d'aliments mal préparés, mal conditionnés, mal conservés. Comme l'ont montré Patricia Rusin, Charles Gerba et Sheri Maxwell (université d'Arizona à Tucson), expérimentant avec Serratia rubidea et le virus PR01, des objets d'usage courant dans la cuisine et ses environs sont sources potentielles de contamination, les microbes passant aisément par ces voies de la main souillée d'un quidam (selles, morve…) et les lèvres ou le nez ou l'œil d'un autre usager des lieux.
Les travaux - dénombrement de particules survivantes et infectantes - ont porté sur le combiné téléphonique, la poignée du robinet et - peut-être le pire de tous les dangers culinaires (cuisinesques ?) - l'éponge.
D'après un communiqué de l'American Society for Microbiology, lu sur Science Daily à www.sciencedaily.com

FRANCE
In memoriam

Selon le projet des la Fédération des accompagnateurs en montagne des Pyrénées, un " mémorial ours " sera édifié à Melles (Haute-Garonne). Il sera " dédié à l'élimination d'un des derniers représentants de la faune sauvage et au saccage de la richesse biologique de ces régions " et portera les noms des parlementaires ayant voté pour l'amendement " Bonrepaux ".
D'après une dépêche de l'AFP datée de Toulouse du 6 juin 200
NDLR 1 : Augustin Bonrepaux, député socialiste de l'Ariège, avait rédigé un amendement à la loi chasse - qui ordonnait la capture immédiate des ours slovènes introduits en 1996 ; ils consommaient en effet quelques brebis des estives.
NDLR 2 : le Conseil constitutionnel, écolo sans le savoir, y a mis bon ordre. Il a exclu définitivement cet amendement de la loi relative à la chasse, acceptée le 28 juin dernier, au motif que, voté en termes identiques lors des lectures préliminaires au Sénat et à l'Assemblée, il n'aurait pas dû être amendé lors de la lecture définitive par les députés, un peu gênés de passer pour des éradicateurs de nounours.

ROYAUME-UNI
Parents pauvres

Aux animaux emblématiques, chéris, charismatiques (et qui ont une bonne tête) va la grosse partie des fonds pour la protection de la faune. Aux insectes et autres invertébrés, insignifiants pour beaucoup de gens, une portion congrue. Ces derniers méritent pourtant autant de sympathie - et d'engagements financiers - de la part du public que les loutre, écureuil roux et campagnol aquatique [NDLR : il s'agit d'Arvicola sapidus, animal peu fréquent et sans statut particulier en France].
Les Odonates, par exemple, sont en danger. Pour maintenir les effectifs de Demoiselles et préserver les sites, il faudrait 55 000 £ sur trois ans. Autres exemples : les coûts de préservation sont de 65 000, 35 000, 30 000 £ pour respectivement Curimopsis nigrita (mire pill beetle), Formica exsecta (narrow-head ant) et Formica transkaucasica (bog ant).
Des sommes à comparer aux 750 000 £ que les organisations de protection de la nature se sont débrouillées pour engager afin de développer - pendant trois ans - le suivi des loutres…
D'après BBC News du 5 juin 2000, lu à news.bbc.co.uk/
NDLR : 1£=1,6€.

PLANÈTE
Bilan d'un siècle écoulé

Surexploités, les écosystèmes terrestres sont en déclin et, si l'on n'y porte aucun remède, cette dégradation générale aura des conséquences désastreuses pour l'humanité et toutes les espèces vivantes de la planète. Ainsi est présenté le bilan établi par plus de 175 chercheurs du monde entier durant deux ans de travaux, pour le compte du Programme environnement des Nation unies, la Banque mondiale et le World Resources Institute (WRI). Le rapport définitif, intitulé Ressources mondiales 2000-2001, sera publié en septembre 2000.
Les principaux éléments chiffrés sont, notamment : la disparition en un siècle de la moitié des zones humides, de la moitié des forêts, 9% des espèces d'arbres en voie de disparition, une surcapacité de 40% de pêche de la flotte mondiale, la surpêche de 70% des stocks halieutiques principaux, la dégradation des deux tiers des sols agricoles au cours des 4 dernières décennies, la conversion à l'agriculture de 30% des forêts primaires, la fragmentation de 60% des écosystèmes fluviaux (barrages, détournements, canaux), 20% des espèces de poissons d'eau douce disparues ou en danger.
Les auteurs soulignent le fossé qui sépare - en allant s'élargissant ? ce que l'on sait actuellement sur les écosystèmes (quantitativement et qualitativement) et ce qu'il faudrait savoir pour en assurer une gestion correcte, dans l'objectif d'un développement durable.
D'après " New report reveal widespread decline in world's ecosystems ", lu à www.wri.org/wri/wr2000

ÉGYPTE
Le large spectre des pesticides

Les passagers d'un vol régulier entre le Koweït et Le Caire ont été pris de panique, durant les quatre heures du trajet, du fait des allées et venues d'un rat. Alerté par le pilote, les " autorités de l'aéroport ", après avoir fait sortir les passagers, ont projeté dans l'appareil refermé… un insecticide.
D'après une dépêche AFP datée du Caire, du 14 juin 2000, lue sur Nomade (actu.nomade.fr/)

EUROPE
Chasse première

Quel est le régime alimentaire naturel (si l'on peut dire) d'Homo sapiens ? En termes zoologiques, cette espèce de Mammifères Hominidés est-elle zoophage (carnivore), phytophage (végétarienne), nécrophage (charognarde), voire cléthrophage (ça veut dire mangeuse de graines) ? Pour beaucoup, H. sapiens était polyphage opportuniste (omnivore sachant profiter de toute aubaine) et plutôt friand des restes faisandés d'animaux tués par des fauves.
Une équipe anglo-américaine vient, par l'analyse isotopique de deux os de Néandertaliens découverts en Croatie, d'établir que les Européens de l'époque (il y a 28 000 ans) mangeaient presque uniquement de la viande. Les indices archéologiques permettent d'ajouter qu'ils se la procuraient par la chasse.
Et l'équipe de chercheurs d'en conclure que ce rameau éteint de notre espèce - fort capable de bien exploiter le milieu - était moderne.
D'après une note de l'université Washington à Saint-Louis (États-Unis) lue à www.sciencedaily.com
NDLR : même si Cr- Magnon (nous, donc) n'est pas Neandertal, la chasse reste un moteur passionnel puissant pour l'homme vraiment moderne occidentalo-français. En témoigne, la haute tenue des débats à l'Assemblée nationale, comme au Sénat, qui ont eu lieu au premier semestre lors de la discussion de la loi relative à la chasse.

SUISSE
Poule vedette

L'art permet-il de transgresser les lois en général et d'en prendre à son aise avec celles qui déterminent la dimension des cages à poules en particulier ? Que nenni. Le sculpteur Saverio Lucariello l'a appris à ses dépens, qui avait osé se représenter en statue à l'échelle 1/1, la tête surmontée d'une poule vivante encagée lui picorant le crâne et exposer l'œuvre à la Foire internationale de Bâle, ArtBasel. Un marchand d'art, trouvant la cage trop petite au regard des normes en vigueur, a alerté la maréchaussée qui, mesures faites, a ordonné la libération du volatile, qu'on a dû confier au clown d'un cirque voisin…
D'après Harry Bellet, dans Le Monde du 23 juin 2000 (www.lemonde.fr).
NDLR : l'INRA, engagé dans des travaux sur le bien-être des volailles d'élevage, signant à l'occasion des installations avec animaux vivants dans des salons (de l'agriculture) et abritant parfois des expositions artistiques, ne fait jamais rien de pouléthiquement incorrect.

ITALIE
Chien y est-tu ?

Dans les années 1970, ne survivaient qu'environ 200 loups dans 10 zones isolées des Apennins. Protégée depuis 1976, la population a crû de 7% par an, atteignant les 400 individus aujourd'hui. Une expansion démographique qui se traduit par une expansion géographique ; certaines parties des Alpes françaises se sont vues ainsi repeuplées, on le sait.
Les loups sont en compétition avec les chiens sauvages, avec qui ils partagent territoires, proies et mode de vie. Une équipe européenne a entrepris de rechercher s'il avait pu arriver dans ces conditions que les chiens sauvages et les louves copulassent. L'examen de l'ADN a montré que les loups bulgares possédaient un peu de patrimoine génétique du chien, prouvant l'existence d'une hybridation. En revanche, point de trace canine, en Italie. Les louves n'y auraient jamais fauté avec les chiens.
D'après les recherches d'Ettore Randi (net0271@iperbole.bologna.it) et al., signalées par Eurekalert.

ÉTATS-UNIS
Enclumes

C'est à grands déversements d'Anvil (= enclume), un pyréthrinoïde de synthèse dont la matière active est la suméthrine, que le maire de New-York, Rudolph Giuliani, s'entête à en éradiquer les Culex (Diptères Culicidés) vecteurs de la fièvre West Nile (7 New-Yorkais morts sur 62 malades en 1999). En 1999, il avait attaqué le problème au malathion (organo-phosphoré) - insecticide qui aurait causé le cancer dudit maire...
Les associations de défense de l'environnement jugent ces traitements dangereux pour les gens et la faune sauvage, inutiles car inefficaces - dans certains quartiers, les responsables ont refusé de l'appliquer -, maladroits - mieux aurait valu traiter les gîtes larvaires des moustiques -, injustes - les quartiers pauvres sont plus aspergés que les autres - et y voient essentiellement une lutte politique.
La maladie, décrite dans les années 1930 en Ouganda, est due à un virus. Elle sévit depuis peu aux États-Unis, où elle se révèle beaucoup moins dangereuse que la grippe. Les Canadiens, précautionneux, ont posté des sentinelles à la frontière : des poulets, examinées une fois par semaine.
D'après le Spiegel (www.spiegel.de/wissenschaft/), Yahoo (dailynews.yahoo.com/), Nomade (actu.nomade.fr/), Cybersciences (www.cyberssciences.com/), un communiqué de presse du New York City Office of the Mayor (www.ci.myc.us/), un autre du Green Party (www.greens.org/ny/stop-spaying/) et un papier signé R. Lederman (nyfma.tao.ca/nyfma01211.html)... Bref, c'est le feuilleton entomologique de l'été, qui fait l'objet d'une intéressante présentation par Uneterre (www.uneterre.net) " La lutte contre le virus West Nile à New-York ; controverses entre autorités et associations écologistes ".

MONDE
Horreurs sur la toile

Soit une araignée, Plesiometra argyra, tranquille aux aguets sur sa toile.
Elle se fait mordre par un insecte du genre Hymenopimecis (Hyménoptères Ichneumonidés Pimplinés). Un moment étourdie, elle vaque de nouveau à ses activités - munie toutefois d'un œuf de la " guêpe " collé à son arrière-corps. De l'œuf éclot bientôt la larve d'Hymenopimecis, qui entreprend de percer des petits trous dans la cuticule de l'araignée au travers desquels elle en aspire l'hémolymphe. Que ce liquide vienne à coaguler, cela fait une croûte, qui sert de support au parasite pour aller s'installer un peu plus loin et refaire des forages.
L'araignée, sa tension à zéro, va bientôt mourir. La veille de cet événement fatidique, le jeune Hymenopimecis lui adresse un ultime message (chimique) qu'elle reçoit en son sein. Suivant cette injon(e)ction, elle se met à tisser une toile très particulière, inutile pour elle-même et ses activités piégeuses, mais parfaitement adaptée, par sa géométrie et sa solidité, à la sustentation du cocon de l'hyméno. Lequel surveille la construction et signe le bon d'achèvement en achevant justement son araignée, nourricière par-delà son trépas puisqu'il en consomme les restes (un peu secs…).
Enfin, il s'installe sur sa couchette arachnéenne et entreprend de s'y nymphoser.
Ce genre de messagerie chimique " on the web " est nouveau.
D'après Jonathan Amos, BBC News Online, repris de Nature (article signé William Ebenhard), lu à news.bbc.co.uk/

Ces ultimes Brèves entomologiques ont été montées en Épingle à www.inra.fr/OPIE-Insectes/epingle.htm et sont reprises de cette page internautique rédigée par Alain Fraval, sous sa casquette de webmestre du site de l'Office pour l'information éco-entomologique (à visiter) et de la revue trimestrielle Insectes (spécimen sur demande).

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