Les Brèves du Courrier 

n°37


patrick.legrand@environnement.gouv.fr (PL s'en va) ; $$$ (agro-éco-business aux USA) ; AOC (Association oser la controverse) ; Le Pingoin et les pingoins (en Argentine, éthologie ornithologique au secours de l'écotourisme) ; Épouvante (l'effarouchement actif de l'Oie des neiges ); Bouteilles à la mer (le recyclage durable du wisky de contrebande) ; Riz amer (déprédations sur Oryza sativa) ; La recherche et l'environnement (que demande-t-on aux moteurs de recherche ?) ; Sous les bombes bactériologiques (les mouches explosent, infectant les convives) ; Toxidiversité (quid des stocks africains de vieux produits phytosanitaires ?) ; Chers immigrants (le coût des envahisseurs, mangoustes, termites et autre Gypsy Moth) ; Percussion (la machine à tapoter les melons) ; Zoo au logis (les webs cams devant les animaux féroces) ; Le $ sans peine (assurance contre l'écologie) ; Lépidoptérisme (manifestants-papillons).


UNIVERS
patrick.legrand@environnement.gouv.fr

Cédant aux amicales pressions de Dominique Voynet, Patrick Legrand devient conseiller de la ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, au 1er septembre 1999.
PL, directeur de la Mission environnement-société de l'INRA, nul ne l'ignore, fut secrétaire général de la Cellule environnement puis de la délégation permanente à l'Environnement (DPEnv.) de l'INRA, on s'en souvient. Il créa en 1986 le Courrier, c'est gravé dans l'ours de la 4e de couv.
Au MATE, PL aura la charge des domaines de la nature, des sites et paysages et de la formation, notamment. Il y aura affaire à des acteurs(trices) divers et variés : formateurs(trices), pollueurs(euses), défenseurs( ?) de la nature naturelle, promeneurs(euses), nageurs(euses) et aménageurs(euses), agriculteurs(trices), bétonneurs(euses), protecteurs(trices) et épingleurs(euses) de papillons, chercheurs(euses), végétaliseurs(euses), pique-niqueurs(euses), promoteurs(trices) du développement durable, promoteurs(trices) tout court, contrôleurs(euses), râleurs(euses), électeurs(trices), conseilleurs(euses), payeurs(euses ?), populiculteurs(trices), chasseurs(eresses), pêcheurs (euses ou eresses ?) et défenseurs( ??) de la tradition.
Bref, on peine avec tous ces féminins, mais pour PL, pas de problème, lui qui fut au cabinet d'Huguette Bouchardeau, ministre de l'environnement, en 1983-1984.
PL gardera un œil sur la ME&S, laquelle s'est vu assurer, par l'INRA comme par la ministre, la durabilité et même des renforts.

ÉTATS-UNIS
$$$…

Le traité signé à Kyoto, en novembre 1998, sur le changement climatique pourrait conduire au développement d'un marché des droits d'émission de gaz à effet de serre.
En cultivant la biomasse, en adoptant le non-labour qui évite de relâcher dans l'atmosphère, sous forme de CO2 le carbone contenu dans l'humus, en plantant des arbres, en laissant des champs en jachère, en produisant des biocarburants (etc.), les agriculteurs réduiraient les émanations de CO2.
Au prix de 20 à 30 $ (20 à 30 €) la tonne pour le droit d'émission, les agriculteurs états-uniens, capables d'épargner à l'atmosphère le rejet de 200 millions de tonnes (30% de la réduction annuelle prévue par Kyoto), pourraient voir le revenu de leur secteur ainsi augmenter de 10%.
D'après Phytonet du 14 avril 1999 (hébergé par Terre-Net www.terre-net.fr).

FRANCE
AOC

Née en 1998, l'Association oser la controverse (AOC) s'est donnée pour objectif de définir, d'organiser et de promouvoir par tout moyen et tout support, le débat public et social autour des grands choix scientifiques, techniques ou sociétaux, et plus particulièrement ceux concernant la santé publique et l'environnement.
La controverse organisée doit faire l'objet d'expérimentations et d'évaluation afin de définir - pour les sujets complexes, évolutifs, pluridisciplinaires - ce qui serait à la fois une méthode d'aide à la décision et une méthode de vulgarisation au bénéfice d'un public élargi.
AOC, Chabertière, 38760 Saint-Paul-de-Vence. Tél. : 04 76 73 23 23.

ARGENTINE
Le Pingouin et les pingouins

L'écotourisme (en états-unien, ecotourism = visite des lieux " sauvages ") est devenu une activité très importante, au chiffre d'affaire annuel dépassant les 300 milliards d'euros. L'engouement pour, par exemple, les colonies de pingouins ne risque-t-il pas de menacer ces oiseaux ? À Punta Tumbo, ce sont 45 000 visiteurs qui défilent chaque année sur un sentier au ras des nids - avec quel impact ?
Expérience d'ornithologie : compter les fois que les pingouins tournent la tête et mesurer leur taux sanguin de corticostérone (deux indices de stress) chez, d'une part, des individus qui couvent le long du sentier, soumis au " stress touristique ", et, d'autre part, chez des congénères d'une zone reculée. Résultat : les premiers temps sont durs pour les seconds mais il ne leur faut pas plus de 10 jours pour s'habituer. Bref, la cohabitation est possible.
D'après la Society for Conservation Biology lu dans Science daily.

CANADA
Épouvante

L'Union des producteurs agricoles a demandé et obtenu 40 000 $ (à peu près autant d'euros) pour prévenir les importants dégâts infligés aux cultures par un ravageur redoutable, dont les effectifs croissent régulièrement de 8% par an, l'Oie des neiges.
La somme, versée par le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation et par celui des Transports, ministre délégué aux Affaires autochtones et ministre responsable de la Faune et des Parcs, couvrira les dépenses " d'effarouchement actif ", action coordonnée avec la chasse de conservation.
D'après Le Bulletin agricole, rubrique Actualités de mai lu à http : //lebulletin.com/actualit/9905/990501p.html

DANEMARK
Bouteilles à la mer

Repérer et confisquer le whisky de contrebande, tel est le travail des douaniers. Ouvrir les bouteilles (sous contrôle) et les vider une par une, telle est la tâche nouvelle des techniciens de la station de traitement des eaux usées d'Elseneur. L'alcool saisi y remplace en effet le glucose. L'économie est substantielle tant pour la douane que pour la ville et l'efficacité est très satisfaisante. Les eaux usées ainsi traitées sont déversées dans le détroit de l'Oeresund.
D'après une dépêche de l'AFP du 19 mai 1999.
NDLR : un technicien-videur travaillant sans masque a fini, paraît-il, par voir un spectre sur les remparts.

FRANCE
Riz amer

Un groupe de manifestants a pénétré par effraction dans une serre du Centre de coopération international en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) à Montpellier, le samedi 5 juin, et a détruit des plants de riz en cours d'expérimentation.
D'après le communiqué de presse du CIRAD 1999/8 du 7 juin 1999 ; benoit.catrisse@cirad.fr

FRANCOPHONIE
La recherche et l'environnement

La consultation de la liste des 100 requêtes les plus souvent posées au moteur de recherche Voilà (qui recense presque toutes les pages web en français de la Toile) ne laisse pas d'étonner !
Primo, aucun mot pornographique - mais la notice précise qu'ils ont été retirés du palmarès où ils figurent en fait en très bonne place.
Secundo, l'œil de l'analyste s'épuise à tenter de trouver parmi ces substantifs un quelconque qui soit en rapport avec des interrogations sur l'environnement ou sur l'agriculture. Toutefois, le mot air figure à la 45e place, coincé entre moto et logiciel, mais on peut soupçonner qu'il doit cette popularité à sa polysémie.
D'après Le Journal du net du 21 mai 1999, www.journaldunet.com
NDLR : à la question " L'environnement est-il une catégorie réticulaire ? ", le Courrier n°32 (décembre 1997) avait répondu, sur la base d'une enquête bien menée, bien sûr : " Bof… ".
Ce n'est en tous cas pas ce que l'internaute traque sur Internet. Deux hypothèses. Primo, ça ne l'intéresse pas beaucoup et/ou pas souvent. Secundo, il n'a nul besoin de moteur de recherche, car il clique directement sur www.inra.fr/dpenv/pa.htm.

ÉTATS-UNIS
Sous les bombes bactériologiques

L'explosion du corps, du fait d'un dégagement brusque de chaleur, provoque la dispersion dans l'atmosphère des microorganismes internes (vivant dans le tube digestif) et externes (l'animal s'étant frotté la trompe et les pattes sur des matières fécales), dont 1 sur 10 millions atteint et infecte un mangeur de saucisses grillées.
D'après un travail de James Urban, Kansas State University ; lu sur Science Daily (www.sciencedaily.com).
NDLR : Une Brève abracadabrante ? Jamais ! On vous prévient par ce court texte des dangers des tue-mouches électriques (les insectes volants attirés par une lumière riche en UV s'y électrocutent) installés dans les jardins autour des barbecues. Et, on continue cette leçon d'entomologie pratique en vous informant que ces appareils tuent aussi les insectes utiles et ont tendance à attirer les moustiques chez vous. Et, pour ce qui est d'éviter ce bombardement de bouts et de morceaux de mouche infects et infectants, remplacez la grille d'électrocution par une grille engluée (et pensez à la laver…).

PLANÈTE
Toxidiversité

Dans de nombreux pays, les stocks de produits phytosanitaires périmés s'accumulent : 100 000 t dans les pays en voie de développement, 65 000 t en Pologne, 23 000 t en Ukraine… La FAO, auteur de ce recensement, signale que la plus grande variété de substances dangereuses réside en Afrique (20 000 t) où de nombreux accidents se sont déjà produits, du fait du mauvais état des conteneurs abandonnés en plein air. Il faudrait 80 à 100 millions d'euros pour les éliminer, en plus des quelque 25 millions déjà dépensés. Les firmes agropharmaceutiques s'étaient engagées à verser 1 $ (env. 1 €) par kg pour se débarrasser convenablement de ces pesticides ; seule la Shell a dépensé 300 000 $ pour supprimer les stocks en Mauritanie.
D'après le Courrier de l'environnement n°320, du 7 juin 1999.

ÉTATS-UNIS
Chers immigrants

On estime à 50 000 le nombre d'espèces végétales et animales allochtones qui se sont acclimatées aux États-Unis et qui y provoquent des dégâts directs ou indirects aux écosystèmes naturels ou cultivés. Ces " aliens " mangent ou concurrencent les espèces autochtones ou introduites volontairement. Parmi les animaux, cela va des chèvres marrones qui broutent tout, aux auxiliaires de lutte biologique qui prennent la place des antagonistes indigènes (et se concurrencent entre eux) ou attaquent des proies non prévues : cas de la mangouste (Herpestes auropunctatus) et aussi du chat domestique (Felix catus).
Combien tout cela coûte-t-il ? 138 milliards de dollars (ou euros) en déprédations et en " lutte ". Pour autant qu'on sache estimer, par exemple, le prix de la disparition de douzaines d'espèces d'oiseaux et de lézards du fait d'un serpent (Boiga irregularis) introduit accidentellement à Guam. Par an, la Fourmi de feu (Solenopsis invicta) coûte 1 000 millions de $, le Termite de Formose (Coptopermes formosanus), autant, les ravageurs des cultures introduits près de 15 fois plus, ceux des golfs et pelouses plus de 1 500, et le célébrissime Bombyx disparate (Lymantria dispar) 11 [une " petite " somme qui déçoit les lymantriologues…].
D'après D. Pimentel, l. Lach, R. Zumiga et D. Morrison, 1999. Environmental and economic costs asociated with non-indegenous species in the United States. www.news.cornell.edu/relases/jan99/species_costs.html.
NDLR : ces chiffres ont, en tous cas, le mérite d'être parlants pour les décideurs écologiquement malcomprenants et de faciliter l'octroi de crédits à la surveillance et à la prévention des introductions.

ÉTATS-UNIS
Percussions

On doit à quatre élèves ingénieurs de l'université de Delaware une machine à détecter les pastèques (Citrullus vulgaris) pas mûres, pour le plus grand bénéfice des producteurs, distributeurs et consommateurs ? quasiment un bienfait grandissime pour l'humanité cucurbitacicole et cucurbitacivore, selon le communiqué.
L'appareil est constitué d'un maillet, mû par un moteur, d'un microphone et d'un ordinateur portable. Frappé par ledit maillet, la pastèque mure (riche en sucres) rend un son particulier (suave ?). Le dispositif coûte moins de 1 100 $ (autant d'euros), soit 5 fois moins que le coût du fret nécessaire à l'aller et retour d'un camion de melons pas tous mûrs, véhiculant un lot refusé.
D'après Science Daily du 21 juin 1999, sous le titre " Watermelon Ripeness Sensor Might Promise Huge Savings For Growers Worldwide ".
NDLR : le choix d'un melon reste un sujet de recherche et de conversation (pression du pouce, reniflage, estimation de la densité, label cucurbitologique ?). En tous cas, cela fait bien longtemps qu'on tape du plat de la main sur une pastèque pour faire entendre qu'elle est très bonne. Ou, qu'à l'écoute d'indices analogues, on fait sauter un melon dans la main en le faisant bien claquer (au Maroc, notamment).

PLANÈTE
Zoo au logis

Observer les animaux fiers ou féroces ou fuyants ou furtifs sans danger, sans bouger, sans guetter, sans payer : c'est possible désormais grâce à la prolifération des " web cams " installées dans les réserves de chasse d'Afrique du Sud, les parcs naturels, les zoos, sur les toits des gratte-ciel (que fréquentent nombre de rapaces intéressants) et au fond des nichoirs de jardin de pavillon de banlieue (anglais, of course).
De toutes petites caméras, reliées à un ordinateur lui-même relié à Internet, prennent une vue toutes les 1 à 10 minutes ; cette image périodiquement " rafraîchie " est diffusée sur la Toile et quiconque, muni d'un PC branché, peut suivre les activités de rhinocéros ou d'orang-outangs, de mésanges ou de fourmis.
D'après Environmental News Network (www.enn.com)
NDLR : Il semblerait qu'il existe encore réellement une faune non filmée et qu'on peut aller observer ces animaux dans un espace nommé nature.

ÉTATS-UNIS
Le $ sans peine

En Caroline du Nord (États-Unis), le Centre d'innovation pour la conservation en agriculture s'est associé avec des assureurs pour proposer aux agriculteurs une police qui les garantira contre les éventuelles pertes économiques consécutives à la mise en œuvre de techniques favorables à la conservation des ressources naturelles.
La prime est - paraît-il - raisonnable parce que… " bien assimilées, ces pratiques ne font pas courir de risques aux agriculteurs " (sic)…
D'après Blé Contact, n°115, juin-juillet 1999
NDLR : Y en a au moins à qui cela rapportera ! En son temps, l'un des plus grands économiste de France disait que " la loterie, c'est l'impôt sur la bêtise ". En l'occurrence les Américains font mieux : si tu perds, tu paies et si tu gagnes, tu paies.

LUXEMBOURG
Lépidoptérisme

Le 24 juin au matin, une trentaine de militants de Greenpeace coiffés de bonnets à antennes et munis de grandes ailes multicolores ont manifesté sous une banderole " Donnez une chance aux papillons " contre les cultures de plantes génétiquement modifiées à l'entrée de la réunion des ministres de l'Environnement de l'Union européenne à Luxembourg.
D'après le communiqué de l'AFP du 24 juin 1999, lu sur www.afp.com/ext/sea/agronomie/
NDLR : une récente étude d'entomologistes américains avait montré, au laboratoire, la possible toxicité du pollen de maïs-Bt sur des chenilles du Monarque, Danaus plexippus, Lépidoptère nord-américain de l'Asclépiade, célèbre pour sa belle livrée et ses longues migrations.
Pour plus de détails (entomologiques), consulter la page spéciale www.inra.fr/OPIE-Insectes/epingle.htm


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