Les Brèves du Courrier

n°35

L'amour des bêtes (les ravages d'éco-guerriers anglais) ; Foot (le terrain d'icelui, mesure brésilienne de déforestation, et quelques autres unités) ; Les murs muent (encarapaçonnés comme des arthropodes) ; Rotoplumeur ? (les oiseaux et les éoliennes) ; Poulets de combat biologique (ils se battent becs et ongles contre les sauterelles) ; Mission : qualité (la mission : la nôtre, la qualité : la meilleure pour nos produits) ; Casseurs d'oreilles (vous reprendrez bien un petit canon) ; Normalisation (la disparition d'un témoin en subéraie marocaine) ; Poisseux (les betteraves transgéniques ont donné du sucre qui colle aux doigts) ; Faut pas s'yener et roubl'art (grand commerce en Extrême-Orient) ; La vache ! (l'INRA épinglé).


ANGLETERRE
L'amour des bêtes

Dans le sud de l'Angleterre, le Front de libération des animaux (ALF) a saccagé les cages et coupé le grillage d'un élevage de visons : 6 000 de ces carnassiers plutôt omnivores se sont ainsi répandus dans le New Forest ? une des dernières forêts de landes humides dans le monde, protégée à ce titre !
Si 500 visons avaient été capturés et quelques centaines d'autres abattus ou écrasés sur les routes, il restait, 3 jours après, trois ou 4 milliers de gueules dentues et goulues à la recherche d'œufs, d'oiseaux, de petits mammifères, de poissons...
Bref nos éco-guerriers intrépides ont trouvé un moyen biologique de détruire à la fois la faune sauvage locale et celle des petits animaux de compagnie.
D'après, notamment, une dépêche de l'AFP du 10 août 1998.

BRÉSIL
Foot

La vitesse des déboisements au Brésil est " insupportable " et correspond à la disparition " d'un terrain de football toutes les quatre minutes ", a indiqué mercredi 3 juin 1998, à Brasilia, le directeur du mouvement SOS Forêt atlantique, Mario Mantovani, ajoutant que le rythme de destruction de cette forêt, l'un des écosystèmes les plus riches de la planète, est deux fois et demi supérieur au rythme de destruction de la forêt amazonienne. 70% de ce qui subsiste de la forêt atlantique se trouve entre les mains de propriétaires privés et les parlementaires " ruralistes " (favorables aux gros propriétaires) font obstacle à l'approbation de la loi sur la Mata Atlântica, à l'étude depuis 6 ans au Parlement.
D'après l'AFP, dépêche du 3 juin 1998, lue sur www.nomade.fr
NDLR : que voilà une unité de mesure qui nous change des m.s-1 et des mg/kg de poids vif et qui ne doit rien à l'ennuyeux système SI, ex-MKS(A) et à ses variantes agricoles (quintal, hectare...) ! Ouvrons un pavillon de Breteuil très XXIe, virtuel, pour y déposer les étalons (et leur patine irradiée) des unités floues et pourtant très en usage en agro-environnement que sont, entre autres, la tripotée, l'âne mort (unité de masse, donc d'inertie), le chouïa, le poil (et le quart-de-poil et le poil-de-grenouille), le couffin, la palanquée, la chiée (et la mégachiée qui vaut très exactement 106 chiées), la tirée (bien plus longue que la trotte), le cheveu, la lurette (belle en général, fourrée chez Boris Vian), le canon (égal à quelques doigts ? et le pouce, parfois), la floppée, la dose, la patate et le sac (combien d'euros ?), la lampée, le tas, la vache (unité de masse), la masse (qui indique logiquement une quantité).

ALLEMAGNE
Les murs muent

L'effaçage des graffitis qui déshonorent les façades et les murs se fait à coups de solvants chimiques qui partent dans les caniveaux. Des chercheurs de l'institut Fraunhofer (à Teltow) ont mis au point un revêtement dont la couche externe s'enlève à la vapeur d'eau, tout en restant insensible à la pluie. Cette couche est à base de cellulose (provenant du bois) et de chitosane (extrait de la cuticule de crustacées).
D'après Agra-Presse du 3 août 1998.
NDLR : à quand les ravalements pilotés par de savants dosages d'hormone de mue et d'hormone juvénile ?

FRANCE
Rotoplumeur ?

A Port-la-Nouvelle, dans l'Aude, cinq éoliennes, installées dans une ZICO, " zone d'intérêt communautaire pour la protection des oiseaux ", auraient pu troubler les migrations nuptiales de 17 000 rapaces, au moins, et de 200 000 passereaux. Un suivi ornithologique, effectué en 1997, confirme maintenant que les oiseaux et ce parc éolien peuvent cohabiter : aucun oiseau blessé ou tué n'a été retrouvé, la majorité des " grands voiliers " modifient leurs trajectoires, peu d'oiseaux se risquent à tenter de passer au travers des éoliennes en fonctionnement... Reste néanmoins des risques de collision pour les moins agiles, un dérangement notoire de l'avifaune locale, des modifications des biotopes, les conséquences mal perçues des changements de trajectoires des migrations...
D'après un communiqué de presse ABIES, 05 61 81 69 00.
NDLR 1 : Ces observations sont confirmées sur d'autres sites. Mais elles ne dédouanent pas pour autant les parcs éoliens à venir d'études d'impact préalables. Tout est affaire de site, de configuration, de milieu, de topographie, de climat, de technologie...1
NDLR 2 : Cette bonne nouvelle n'est pas une raison pour implanter systématiquement les parcs éoliens dans les espaces plus ou moins protégés !
NDLR 3 : Même les projets à visée environnementale peuvent créer des dommages à l'environnement. La quête de la panacée le fait oublier fréquemment. Ce fut, par exemple, le cas avec l'engouement pour les micro-centrales qui, au début des années 80, bouleversaient les paysages et transformaient en pâté les poissons flirtant avec les turbines (small is not always beautiful...). Les exemples ne manquent pas. L'enfer est pavé de bonnes intentions à la vue étroite.

CHINE
Poulets de combat biologique

Pour combattre les nuées de " sauterelles voraces " qui ravagent les cultures, on aura recours, suite à des essais concluants, l'an prochain, non point à des insecticides, encore moins aux barrages en tôle, sûrement pas au feu, sans doute pas aux prières rogatoires, mais à un agent orthoptéricide vivant, élevé en masse et préparé à cette intention.
L'auxiliaire de lutte biologique d'attaque est le poulet (Gallus), l'effectif commandé 200 000 ; la préparation consiste à leur faire subir un entraînement spécial de sorte que les poulets se mettent, au coup de sifflet, à pourchasser les sauterelles. Le lieu : huit cantons autour d'Urumqi au Xinjiang. Ensuite interviendra un auxiliaire biologique de nettoyage, l'Étourneau (Sturmus), pour lequel on a construit pour 140 000 $US de nids.
D'après la dépêche AFP du 1er septembre 1998, reprise par Le Monde du 5 septembre 1998.

UNIVERS
Mission : qualité

On le répète : le Courrier est livré (en pâture) à ses lecteurs trois fois par an, pas plus, pas moins, et ce à des dates difficiles à prévoir avec l'exactitude et la régularité d'un calendrier des fêtes chrétiennes. C'est un irrégulomadaire qui n'en a pas honte, et les visiteurs de notre site sur Internet sont tenus au courant de l'avancement du travail.
Sachez, impatients que vous êtes, qu'une fois " bouclé ", c'est-à-dire une fois collationnée et vérifiée la liasse de quelque 150 feuillets revêtus de caractères imprimés depuis l'ordinateur-en-chef, et de dessins, graphes et illustrations collés à la " bombe bleue ", c'est à l'imprimeur d'imprimer, de façonner, d'emballer, de router (avec la complicité de La Poste). Que des " mouvements sociaux " affectent le travail de celle-ci, que le papier choisi pour un meilleur rendu des dessins et une lecture plus agréable vienne à manquer à celui-là, voici jusqu'à quinze jours d'attente en plus pour les lecteurs.
Bref, nous faisons tout pour que vous parvienne le Courrier dans un temps bref, bref un temps normal, et ce en bon état. Vous nous aiderez en nous signalant tout problème : de l'erreur de brochage survenue à la fabrication à l'erreur d'aiguillage lors de la distribution. Et si vous le souhaitez, nous vous ferons parvenir un exemplaire de remplacement (vérifié). Un grand merci d'avance.

SUISSE
Casseur d'oreilles

Des vignes au bord du Rhin, à Flurlingen. Un viticulteur soucieux de l'intégrité de ses grappes en éloigne étourneaux et merles par un système d'effarouchement acoustique. Un voisin se voit infliger ainsi plusieurs centaines de détonations chaque jour. Plainte dudit voisin contre le susdit viticulteur-bruiteur auprès de sa commune, puis des autorités cantonales, enfin devant le tribunal fédéral. Verdict : le voisin aux oreilles cassées est débouté vu, notamment, que selon les experts ornithologues, les oiseaux souffrent moins de cette arme acoustique
(ou d'un épouvantail, arme optique) que de filets posés sur les vignes.
D'après une dépêche AFP du 31 août 1988, lue sur http://afpw.voilà.fr/journal

MAROC
Normalisation

Longtemps il y eut, au cœur de la forêt de chênes-liège de la Mamora (au Maroc), une parcelle pas comme les autres, belle avec de grands arbres vigoureux au feuillage tombant jusqu'au sol, avec un sous-bois verdoyant et touffu, avec de jeunes chênes prêts à assurer la relève. Cette " chasse royale " ex-chasse résidentielle délimitée par Lyautey, enclose et fort bien gardée, était exempte d'animaux brouteurs, de riverains coupeurs, de forestiers déliégeurs et même de souverains chasseurs. Un chercheur - qui est devenu depuis rédacteur en chef du Courrier - s'est servi de ce témoin pour affirmer dans ses publications que la Mamora devait son allure délabrée et sa durabilité nulle très peu aux insectes et beaucoup à des causes anthropiques : surpâturage et surexploitation.
Réunis à Salé du 26 au 29 octobre 1998, les participants au IIe Meeting du groupe " Protection intégrée des forêts de chêne " de l'Organisation internationale de lutte biologique (OILB) se devaient de se fixer cette réserve comme but de leur excursion. Laquelle leur offrit le spectacle d'un terrain " aménagé " : déboisé, labouré, avec des restes de maïs, sillonné de routes goudronnées. Et aussi parsemé de détritus, aux arbres restants déliégés, ébranchés, au sous-bois chétif. Avec des traces de bétail, de roues, d'abattage de petit gibier. Entre temps, expliquèrent les accompagnateurs locaux, Sa Majesté le Roi avait offert ce terrain à un " émir saoudien " friand de chasse, lequel serait venu quelquefois abattre quelques unes des gazelles oryx qu'il y avait fait élever. Sinon, en dehors de ces périodes de tir et de bruits de moteurs de 4x4 et d'hélicoptère, la Mamora, en ce lieu, est devenue normale. CQFD.
D'après l'organisatrice du Meeting, Claire Villemant.
On a lu, ou on lira, publié dans le Dossier de l'environnement n°15 Forêts, de Claire Villemant et Alain Fraval " La Mamora et ses ennemis ". L'article est en ligne.

GÉORGIE, PAYS-BAS, ETC.
Poisseux

Après avoir égaré, en 1996, quelques tonnes de pommes de terre transgéniques en Géorgie, la même multinationale a récemment perdu 300 kg de betteraves transgéniques, provenant de parcelles expérimentales et transformées en sucre, mélangées " par erreur " à des betteraves ordinaires.
Pour se sortir de ce mauvais pas et pouvoir enfin vendre 12 000 tonnes de sucre bloquées aux Pays-Bas, elle demande maintenant à l'administration américaine une autorisation de mise sur le marché de sucre issu de betteraves transgéniques. Et envisagerait " d'écouler ce sucre vers... d'autres pays tiers ".
D'après Agra Press Hebdo n°1682 et Trans Rural Initiatives de novembre 1998.
NDLR 1 : Décidément le sort s'acharne scandaleusement sur les sauveurs de l'humanité affamée. Ils pourraient peut-être soumettre leurs protocoles expérimentaux à une démarche " qualité " à même d'en garantir la sécurité et la validité des résultats... au cas où cette erreur " viendrait à s'être déjà reproduite ".
NDLR 2 : La dérive subreptice des processus technologiques et industriels est, le grand public le sait depuis l'affaire de la " Vache folle ", une réalité incontournable qui nous a fait entrer dans l'ère des " grosses " crises technologiques.
NDRL 3 : Qui aurait une idée des " pays tiers " qui vont être sucrés et simultanément ensuqués aura gagné.

ORIENT
Faut pas s'yener et Roubl'art

Japon et Russie, deux des meilleurs protagonistes de la crise économique qui secoue la planète libérale, viennent de mettre en place un échange de leurs quotas de droits d'émission de gaz à effet de serre. Contre une aide technologique, la Russie cédera au Japon des droits à polluer... Une façon de se gonfler les bourses au CO2 ?

FRANCE
La vache !

Du 25 septembre au 4 octobre 1998, s'est tenu le Salon du dessin de presse de Saint-Just-le-Martel, une manifestation joyeuse et studieuse, réunissant les meilleures plumes de la corporation.
Depuis 17 ans, comme l'affiche le président du festival sur http://st-just.com/pagefr/edito.htm, l'automne revenu, le miracle se reproduit : à une dizaine de kilomètres de Limoges, réapparaissent de " drôles de mines ", caricaturistes et dessinateurs de presse et d'humour venus du monde entier. Le village, dix jours durant, vit une étonnante métamorphose ! Le travail passionné d'une équipe enthousiaste de bénévoles, la complicité aussi de toute une population, une commune de 2 000 habitants transformée en une capitale incontestable du dessin de presse et d'humour, des milliers de visiteurs, les sourires aussi, plus acides ou plus tendres, plus lucides et plus impertinents, des quatre ou cinq cents dessinateurs qui, de tous les continents, ont adressé ou apporté leurs dessins.
Bref, comme l'a résumé sobrement notre représentant et envoyé spécial Rousso : 1) c'était extra, plus joyeux que studieux ; 2) c'était la première fois que l'INRA était épinglé.


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