Les Brèves du Courrier

n°32

Splash (le prix IG-Nobel à un entomologiste) ; On a eu chaud (la conférence de Kyoto) ; Promenades couvertes (la charmille de Haut-Maret) ; Pollutions (les téléphones portables polluent le paysage) ; L’alcool rend fou ? (du vin en pastille et en pharmacie) ; Et, si un jour, l’eau ne coulait plus de source... (Nestlé envisage de l’eau de synthèse) ; Vaccinée, dérabiquée mais encore menacée (la rage a quasi disparu, mais à la frontière sarroise...) ; Fourre pas ton nez partout (gare à qui veut exercer son droit d’être informé sur les essais au champ d’OGM !) ; Sentinelle (bioélectrode à base d’anguille).


PLANETE
Splash

Le neuf octobre 1997 a eu lieu l'attribution des prix " Ig Nobel " (comme ignoble) en récompense de travaux " qui ne peuvent ou qui ne devraient pas être reproduits ". Si la plupart des chercheurs ainsi désignés à l'attention de leurs pairs et du public ont hésité à venir recevoir ce prix, l'entomologiste de la promotion, Mark Hostetler, de l'université de Floride, s'est rendu à Harvard pour la cérémonie. L'ouvrage qui l'a fait repérer s'intitule : That Gunk on your Car, A Unique Guide to Insects of the United States. Il s'agit proprement d'un Traité des mouchetures qui offre aux personnes, petites et grandes, assises derrière un pare-brise d'automobile (ou de camion) les moyens d'identifier ce qui reste des insectes qui volaient tranquillement devant ledit pare-brise, mais pas assez vite.
D'après The Ig-Nobel Prize home page (www.eecs.havard.edu/ig_nobel/) et That Gunk on your Car (nersp.nerdc.ufl.edu~earm/people/hos/That_gunk2.html) où l'on peut voir, comme dans le bouquin, des images d'insectes " avant " et " après ".
NDLR : le jury a eu grand tort de ricaner car, primo, cette publication (au demeurant sans prétention et sympathique) est très bien placée en termes d'impact ; deuzio, le sujet a été traité magistralement et graphiquement par Reiser (une double page inoubliable sous le titre Sachez les reconnaître) - et c'est pas rien - et, troisio, les entomologistes ont depuis longtemps employé des panneaux (pleins ou de grillage fin, englués ou pas) fixés sur des véhicules terrestres à moteur pour étudier les insectes ravageurs des cultures ou ceux des bords de route (qui payent un lourd tribut à la circulation automobile).

DANEMARK
L'alcool rend fou ?

" Plusieurs enquêtes scientifiques ont montré que deux à trois verres de vin rouge par jour pouvaient augmenter la longévité grâce aux anti-oxydants (flavonoïdes, polyphénols) en réduisant le taux de mauvais cholestérol dans le sang. Ils peuvent prévenir l'artériosclérose et les risques d'embolies " affirme le docteur Otto Bjoern, directeur de Pharmex Medical APS (Danemark).
Cette entreprise fabrique donc et diffuse via les boutiques de diététique une pilule qui contient ces principes intéressants et est dépourvue des propriétés nocives du vin rouge qui - on ne le sait que trop - s'attaque au portefeuille (la pilule est deux fois moins chère que le liquide incriminé) et à la bonne tenue (la pilule est totalement sans alcool) du client (pardon, du patient).
Selon d'autres experts - docteurs aussi mais qui ne font pas négoce du vin - les actions bénéfiques de ce breuvage naturel pourraient provenir de l'alcool...
D'après une dépêche AFP du 20 octobre 1997 lue sur www.nomade.fr/
NDLR : On nous signale que certaines stations de l'INRA (baptisées " domaines ") mènent des recherches (de pointe) sur le produit en question et que de nombreux volontaires - chercheurs, techniciens, administratifs et stagiaires de l'Institut - mettent courageusement à l'épreuve sur leur personne des synthèses des principes actifs de l'alcool dénommées (en code) château Couhins, gewurtztraminer et sauternes.

PLANETE
On a eu chaud

La conférence de Kyoto a réuni, en cette belle ville japonaise et en cette fin de 1997, les ministres et les experts de toute la planète, en vue d'opposer des mesures concrètes et efficaces au réchauffement du climat terrestre provoqué par les émissions anthropogènes de gaz à effet de serre.
Patrick Legrand, secrétaire général de la délégation à l'environnement de l'INRA, directeur de la publication du Courrier de l'environnement et bien d'autres choses encore, a participé activement aux travaux de la conférence de Kyoto, qui... (voir ci-dessus).
Les pays gros émetteurs comme les États-Unis et le Japon ont accepté des mesures de restriction et la conférence de Kyoto s'est terminée sur un succès mitigé mais longtemps inespéré.
Ci-dessous, le Père Noël que Rousso a dessiné pour accompagner nos vœux de Bonne Année.

EUROPE
Promenades couvertes

La charmille de Haut-Maret - près du hameau de Vert-Buisson -, longue de 573 m, est constituée de 4 700 charmes, la plupart centenaires. En raison de sa forme en arc de cercle, elle est l'un des rares sites arborés classés comme monument. Elle est entretenue par les étudiants de plusieurs écoles d'agronomie.
Connaissez-vous d'autres promenades couvertes ? Le syndicat d'initiative de la Reid a entrepris en 1995 de faire l'inventaire de ces éléments de patrimoine - comme on dit maintenant -, de ces lieux agréables à la contemplation et à la déambulation, en tous cas.
Syndicat d'initiative de et à la Reid, Michel Mathieu, 848, Basse-Desnié, 4910 La Reid (Belgique). Tél. et fax : +32 87 37 63 28.
Contact en France : Association française pour la conservation des espèces végétales, Pierre Guy
INRA-SAPF, 86600 Lusignan. Tél. : 05 49 55 60 23 ; braconni@lusignan.inra.fr

Louis Vuitton nous a fait l'amitié de ce dessin.

FRANCE
Pollutions

En attendant qu'on démontre définitivement que l'usage du téléphone portable spongifie à terme le cerveau des joignables via des rayonnements électromagnétiques sournois, on connaît déjà des nuisances dont ces petits engins sont coupables : le monsieur (ou la dame) qui parle tout(e) seul dans les lieux et les circonstances les plus incongrus, les sonneries (dans les mêmes circonstances), la facture téléphonique avec pas mal de zéros et... la pollution visuelle dans nos campagnes.
En effet, à plus de 10 km d'une antenne, ces merveilles d'électronique et de miniaturisation ne sont plus qu'un accessoire décoratif (marqueur socioprofessionnel). Il faut donc des antennes partout, il faut qu'elles soient placées en hauteur et il en faut trois, car il y a trois opérateurs en France, avec des systèmes incompatibles. Un pylône de 35 m de haut rapporte 12 000 F par an au propriétaire du terrain et entre 20 et 50 000 F à la commune au titre de taxe professionnelle.
Les protestations sont venues des parcs naturels régionaux (celui du Vexin, notamment) et de particuliers. Les préfets de la région Île-de-France ont signé une charte en octobre 1997. Mais les associations de protection de la nature ne sont jamais consultées.
D'après Trans Rural Initiatives n°103, d'octobre 1997
NDLR : première solution, généraliser les portables factices en bois, légers, silencieux et biodégradables ; seconde parade, habiller les antennes.

EUROPE
Et, si un jour, l'eau ne coulait plus de source...

Le groupe Nestlé proposera bientôt une eau fabriquée dans ses laboratoires. Comment ? On n'en sait encore rien. Mais la voie (d'eau) est ouverte pour le numéro un mondial des eaux minérales qui se passera tôt ou tard - mais probablement pas demain - des sources de nos belles campagnes. Les agriculteurs qui ambitionnent de devenir " co-producteurs de l'eau " risqueraient alors fort de se trouver gros jean comme devant. Un développement inattendu de la bataille de l'eau qui se profile...
D'après le Monde du 6 septembre 1997.

FRANCE
Vaccinée, dérabiquée mais encore menacée

La rage, répandue en France en 1968, a atteint en vingt-cinq ans 40 000 animaux sauvages (surtout des renards), 10 000 animaux domestiques (chats, chiens, bovins, chevaux) et zéro humain. Le 18 octobre 1996 était abattu le dernier renard enragé, à Maubert-Fontaine (Ardennes). Cela fait donc un an sans rage, si l'on excepte le cas d'une chauve-souris de Champigneulles (Meurthe-et-Moselle) capturée le 14 mars 1997, mais porteuse d'un virus de souche différente.
Cette situation très satisfaisante est à mettre au compte d'un ensemble coordonné d'actions de prévention et d'intervention, parmi lesquelles la vaccination orale des renards par hélicoptère. La France sera déclarée indemne au bout de deux ans sans diagnostic positif. Toutefois la vigilance reste de mise car la maladie persiste en Belgique, en Allemagne et en Suisse.
D'après le communiqué du Centre national d'études vétérinaires et alimentaires (CNEVA) du 16 octobre 1997.
NDLR-PS : Le 14 novembre 1997, le CNEVA signale qu'un renard a été trouvé enragé à Sierk-les-bains (Moselle) et rappelle à cette occasion que sur les 12 derniers mois, 30 cas de rage ont été diagnostiqués sur 211 analyses pratiquées en Sarre (contre zéro sur 4 496 en France).

FRANCE
Fourre pas ton nez partout

On trouve toujours, dans la loi n° 95-101 du 2 février 1995 relative au renforcement de la protection de l'environnement (que l'on appelle familièrement la loi " Barnier ") et à côté des principes de précaution, de prévention et pollueur-payeur, un principe de participation " selon lequel chaque citoyen doit avoir accès aux informations relatives à l'environnement, y compris celles relatives aux substances et activités dangereuses. "
En matière d'expérimentation des organismes modifiés génétiquement, un décret n° 96-850 précise dans son article 3, 3e alinéa, que le dossier de demande d'autorisation comporte [...] " 3° une fiche d'information destinée au public, comprenant, à l'exclusion de toute information couverte par le secret industriel et commercial, ou protégée par la loi, ou dont la divulgation pourrait porter préjudice aux intérêts du responsable de la dissémination : le but de la dissémination, la description synthétique du ou des organismes génétiquement modifiés, l'évaluation des effets et des risques pour la santé publique et pour l'environnement, les méthodes et plans de suivi des opérations et d'intervention en cas d'urgence. Il est précisé un peu plus loin qu' " un avis au public annonçant le dépôt de la fiche d'information est affichée en (la) mairie " du lieu de l'expérience.
La mise en pratique est savoureuse comme en témoigne cette lettre, en date du 3 novembre 1997 et émanant d'une direction départementale de l'Agriculture et de la Forêt :
" Monsieur le Maire,
Je vous informe qu'un essai au champ de plantes génétiquement modifiées a été autorisé par le Ministère de l'Agriculture et de la Pêche sur le territoire de votre commune, suite à un avis favorable de la Commission du génie biomoléculaire.
Conformément à la réglementation, un avis au public doit être affiché en mairie.
Cet avis, dont vous trouverez ci-joint un modèle, précise qu'une fiche d'information peut être consultée.
Par contre, dans le but de protéger le secret industriel et de prévenir d'éventuels actes de dégradation, je vous demande de conserver sans la dupliquer et d'inscrire sur un registre l'identité de toute personne voulant consulter cette documentation.
En vous remerciant de votre collaboration (sic), [...] "
Par charité, nous tairons département et signataires... Mais décidément, c'est dur la démocratie, c'est difficile d'appliquer la loi et le vieux réflexe du fichage a encore des beaux jours devant lui.

JAPON
Sentinelle

Fruit de la collaboration d'un ichtyologue, le professeur Kenji Namba (université d'Hiroshima) et d'un industriel du traitement des eaux (Shunji Eto), ce dispositif : un tube renfermant une anguille, alimenté en eau filtrée et muni de deux électrodes, lesquelles captent les courants électriques liés au fonctionnement du coeur du poisson. Lesdits courants sont analysés par un dispositif électronique ad hoc. Une anomalie est-elle détectée ? C'est que l'anguille a ressenti les effets de traces de trichloréthylène (le rythme cardiaque s'accélère) ou de cadmium ou de cyanure (avec l'effet inverse). Et le surveillant est alerté. Au bout d'un mois, il faut changer l'anguille.
D'après le Petit Bouquet (www.le-petit-bouquet.com) n° 187 du 27 novembre 1997.


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