D17 bis:
Réactions au Dossier de l'environnement n°17 :
Sciences de la société et de l'environnement à l'INRA


Vous avez dit Environnement ?
Éléments de réponse

Marcel B. Bouché
bouche@ensam.inra.fr


Connaître pour agir. Une pièce en 6 actes

Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V
Acte VI

Références bibliographiques


[R] Acte I

Ouf ! Enfin


Voilà que l’INRA se piquerait de s’occuper d’environnement ! Le Dossier de l’environnement N° 17 porte(rait) à le croire car il y est même indiqué en introduction que l’environnement est  objet de recherche et débats de société  et que  les questions environnementales ont-elles fini par s’imposer comme priorité officiellement affichées par l’INRA, au début de l’année 1998  (Jolivet et Legrand 1998, D17, p. 6). Je trouve très opportun que ce débat lancé sur la problématique environnementale s’ouvre à des chercheurs non sollicités; peut-être parviendra-t-on ainsi à ouvrir [ce] qui a fait défaut jusqu’ici au sein de l’INRA ?   (A. Mollard, D17 p. 44). En tout cas, après des hésitations dues à la surcharge de travail résultant que comme tout le monde  je m’occupe (me préoccupe même) d’environnement, j’ai finalement décidé de gratter la présente contribution sans aucune conviction quant à son utilité.  Je me contenterai, sauf exceptions référées classiquement, de me rapporter à ce Dossier n°17 en citant, comme ci-dessus, en première fois les auteurs et la page dont j’extrais leur substantifique moelle et, après cette première citation, seulement l’abréviation de leur(s) nom(s) et la page.

Je veux d’abord féliciter tous les contributeurs à ce numéro. J’y ai beaucoup appris et surtout ces contributeurs nous fournissent un formidable outil de travail qui, à travers leurs contributions, révèle à la fois des savoirs et des carences. Cette félicitation n’est pas de pure forme ; décembre 1998, date de parution, marquerait le début de l’an I de la problématique environnementale, enfin abordée à L’INRA. Mais je n’oublie pas, pour reprendre le ton sibyllin  du mode d’emploi du D17, p. 9, que  quelques cibles sont indiquées(les problématiques et les méthodes, les enjeux et la prospective, la construction des dispositifs de recherche et des réseaux)  et finalement je vais m’intéresser beaucoup plus aux carences qu’aux apports des contributions prises dans leur ensemble (je les ai toutes lues avec attention, si, si !), non pas pour le plaisir sadique de pointer ces manquements, mais dans l’esprit des compléments de Claude Lobry, D17, p. 81.


[R] Acte II

Un OVNI, l’environnement ?

Applaudissons à une prouesse : le dossier traite d’environnement sans que l’on sache précisément de quoi on parle et sans que cela dérange personne, sauf peut-être Christian Deverre ! (j’y reviens plus bas). On peut soupçonner que de la part d' E. Jolivet et P. Legrand cette incertitude a été quelque peu volontaire pour laisser le jeu ouvert. Saluons toutefois l’élégante pirouette de Ch. Deverre : Enfin, on sera peut-être désorienté de ne pas trouver d’emblée une définition de l’"environnement" qui permette sans équivoque de classer les travaux de sciences sociales s’y rapportant. J’y ai renoncé, sans le regretter : l’"environnement" fait partie de ces catégories qui, comme "la qualité", ne relèvent clairement ni du sens commun, ni d’une construction comme objet scientifique ou politique, mais un peu de tout à la fois. Ceci ne leur enlève pas, lorsqu’elles sont davantage problématisées que précisément circonscrites, une grande capacité à susciter des avancées heuristiques.

Saluons aussi la reconnaissance de la difficulté théorique qui en résulte : La principale difficulté théorique posée par l’environnement semble être l’extraordinaire diversité de la notion même d’environnement.  (Doussan, D17, p. 87).

Je peux témoigner que cette attitude antiscientifique est ultérieurement le meilleur moyen de ne pas permettre d’aborder le sujet hors les discours et affichages environnementaux si prolixes aujourd’hui à l’INRA. C’est s’interdire toute méthode et dispositif de recherche sérieux non cosmétique. Ainsi l'environnement: cet Objet Volant Non Identifié, atteint-t-il des sommets stratosphériques où j’ai parfois manqué d’oxygène (contribution d’A. Mollard notamment) et atterrit-il dans quelques parcelles terre-à-terre chez M. Benoît et F. Papy (D17, p.53-62).

Ne minimisons pas ce problème d’identification de l’OVNI. On peut continuer d’évacuer le problème et tout sera dit en ne faisant rien. Ou bien l’INRA continuera avec les discours à se contenter d’affichages et organisera des débats comme celui-ci sans suite concrète, ou bien on finira par identifier l’objet. Rappelons qu’en science sérieuse les définitions permettent un vocabulaire précis et parfois péniblement rigoureux, et que ces définitions vont, si nécessaire, en se modifiant pour plus de précision ; jamais l’inverse (= plus de flou). Rappelons que, faute de l’avoir fait, l’enseignement supérieur de l’"écologie" a été vidé de tout contenu écologique (stricto sensu). C’est l’une des origines des "problèmes d’environnement". Ou l'on choisit la rigueur technoscientifique, ou l'on opte pour le laxisme phraséologique.

Un témoignage : nous venons, au cours d’une récente réunion des chefs de service du département Santé des plantes et environnement, de définir nos champs thématiques de recherche. Au bout de deux jours ceux-ci ont été arrêtés, précisés et adoptés. A la fin, un participant s’est alors étonné que la thématique environnementale n’ait été ni abordée, ni discutée (malgré le nom du département). Un autre participant lui a apporté LA REPONSE : l’environnement est partout et nulle part ! Retenons la formule ; elle est géniale ! De fait l’environnement est partout dans le Dossier n° 17, partout dans les têtes des chercheurs et des citoyens et nulle part au plan techno-scientifique opérationnel, notamment dans le département SPE, et, que je sache, à l’INRA ! Je ne sais si cette réponse d'un collègue est une avancée heuristique, mais assurément il s’agit d’une évacuation concrète de l’environnement en tant qu'objet de recherche ; ceci ne peut-être nié qu’à condition de ne pas répondre à la question : qu’est cet OVNI ?

Je me suis coltiné ce problème il y a quelques années lorsque j’ai rédigé mon livre sur l’Écologie opérationnelle (Bouché, 1990). Il s’agissait en effet de ne pas traiter d’environnement puisque je traitais d’écologie (au sens strict, seul utilisable, mais jamais utilisé : une science globale).

Les dictionnaires anciens, comme le Littré de 1884, m’ont appris que l’environnement était concrètement un aménagement militaire autour de places fortes et, qualitativement, ça et là suivant les usages, le terme environnement portait sur ce qui est autour de quelque chose, par exemple les facteurs d’environnement pour les facteurs d’ambiance (température, humidité) d’un organisme. Incontestablement ce n’est plus de cela que l’on parle aujourd’hui et il fallait se livrer à l’exercice toujours scabreux (je vous propose MA définition) de dégager un sens à un terme qui pullule partout du Ministère de l’environnement au dossier n°17 et en passant par ma discussion avec ma concierge. Mais il fallait le faire, à moins de nous contenter du bla-bla et de laisser sans réponse les  questions d’environnements sociétales évoqués dès l’introduction (Jolivet et Legrand, D17, p. 5) car ces questions resteraient des questions  de rien , ce qui est faux !

Car il s’agit bien d’abord d’une demande sociale sous forme de questions, et celle-ci s’est même explicitement adressée aux agronomes et à la transdisciplinarité dès un ouvrage fondateur : Silent Spring de Rachel Carlson en 1962 ! Oui le printemps était devenu silencieux aux USA. ; les oiseaux ne chantaient plus ; le Merle américain, Turdus americanus, avait pratiquement disparu des pelouses qui entourent la plupart des maisons individuelles américaines. Les agronomes avaient recommandé l’usage massif de pesticides qui avaient empoisonné les vers de terre venus agoniser à la surface du sol en s’offrant à l’appétit glouton de ces braves merles ainsi éradiqués car intoxiqués à leur tour !

Évidemment cet écrivain scientifique a fait dans l’interdisciplinaire : constat sociétal d’une perte de biodiversité (comme il faut dire aujourd’hui), ornithologie, chaîne trophique, ver de terre (tiens !), viande contaminée, conséquences pédologiques (érosion) et hydrologiques (inondations). Ce livre a fait suffisamment de bruit pour que la prise de conscience sociale qu’il a déclenché oblige les politiciens à créer l’EPA (Environnemental Protection Agency). Une agence, dotée de moyens, ayant pour fonction, d’apporter une réponse technique à un problème technique : l’évaluation des techniques humaines modifiant notre environnement. De ce point de vue, l’affirmation de Gilles Lemaire et Jean-Marc Meynard L’environnement dont il est question ici, c’est celui de l’Homme (D17, p. 63, ligne 38) est parfaitement pertinente.

Mais remarquons qu’il y a deux volets distincts :
- une demande sociale, une protestation contre des techniques dévastatrices non évaluées environnementalement, s’est constituée depuis en mouvement socio-politique (associations et même programmes politiques) sous le nom d’écologisme (Simmonet, 1979) ;
- une réponse technique qui implique la mise en commun par l’intégration des connaissances des savoirs des spécialistes dans un corpus cohérent et unique accessible et utilisable ; ce corpus permettant l’évaluation de l’impact de nos techniques (en ce qui nous concerne, les agro-techniques) dans notre environnement. J’ai proposé (Bouché, 1990) d’appeler environique cette réponse technique très spécifique  et toujours éludée, comme je l’ai encore observé dans cette réunion du département SPE. Si elle n’a pas reçu de nom antérieurement, c’est qu’elle n’a même pas été perçue dans sa spécificité pourtant très marquée, grâce au flou des discours sur l’OVNI environnemental.

Ainsi notre rôle visant à apporter une réponse technique à la demande sociale écologiste n’est pas assuré. L’environique mériterait d’être considérée comme une discipline nécessitant méthode et moyens ; elle est toujours évacuée ; elle est nulle part. On bricole ça et là sur certains problèmes d’environnement partout présents, je le fais ; mais l’approche par l’intégration réelle des connaissances, notamment par rapport aux systèmes complexes qu’elle exige, est partout écartée.

L’environnement est bien partout et nulle part. J’y reviendrais plus bas.

Prenons le cas des pesticides. Que nous apprend notre Dossier n°17 ? Quelle réponse a-t-on apportée à la demande de leur prise en compte ; au problème soulevé par Rachel Carlson en 1962 ?  En France, le rapport Hénin de 1980 fait date. Il marque une prise de conscience des questions environnementales par l’agronomie. Ce rapport a d’abord attiré l’attention sur la pollution nitrique. Plus tard, la sensibilisation s’est développée sur d’autres pollutions, notamment celles dues aux pesticides, aux métaux lourds. (Benoît et Papy, D17, p. 55). Attention, il ne s’agit comme l’indiquent Benoît et Papy que d’une sensibilisation ; on a finit par reconnaître qu’il y aurait problème, mais que fait-on pour y répondre ?

Voici notre réponse technique (environicienne). Récemment un exposé dans une école chercheur en écotoxicologie a porté sur notre contribution à l’homologation des pesticides utilisés dans l’espace rural avant et donc depuis la création de notre Institut. Un remarquable "outil d’aide à la décision (sic)" a été évoqué. Lorsque j’ai demandé quel était cet outil, j’ai appris qu’il s’agissait d’un projet ! En fait aucune évaluation environnementale en agronomie (au sens des champs cultivés) n’est possible avec les approches actuelles de l’interdisciplinarité (sic) et par carence d’intégrologie (voir ci-dessous).

En conclusion

Ce qui n’existe pas dans le Dossier n°17 c’est une définition de son objet : l’environnement.

Ce qui existe ailleurs :

- 1)  c’est la définition de l’écologie sous une forme condensée mais intégrale de l’original (voir Haeckel, 1866, Bouché, 1990 : « l’écologie est la science globale des relations des organismes avec leur milieu, lato sensu »  (Bouché, 1996). Les scientifiques qui devraient la pratiquer sont les écologues ;

- 2) c’est la définition de l’écologisme (Simmonet, 1979) : «Un mouvement philosophico-politique développant des thèses publiques a-scientifiques, parfois inspirées de l’écologie mais également étrangères à celle-ci ; par exemple, discuter d’une option économique et sociale relative aux choix des filières énergétiques (option nucléaire, pétrolière, solaire, ) relève d’un vaste domaine où les apports de l’écologie à la "décision" ne peuvent être que mineurs. Les partisans ou militants de l’écologisme sont les écologistes.» ;

- 3) c’est la définition de l’environique : « l’environique est la technique mise en œuvre pour surveiller, gérer, entretenir, voire améliorer notre environnement dépendant de nos activités. Les environiciens assurent l’estimation de nos actes dans notre milieu.» (Bouché, 1996) ;

- 4) c’est la définition de l’environnement : écologisme + environnement, c'est-à-dire la demande sociale et sa réponse (juridique, technique, opérationnelle, avec recherche et développement spécifique), c’est le constat que ces domaines (écologie, environique, écologisme) ont en commun d’avoir trait à des domaines généraux, portant sur des systèmes complexes où les échanges entre spécialistes ne fonctionnent pas et où la confusion entre enseignement, recherche et communication est "organisée" à son comble.



[R]
Acte III


Ah l’interdisciplinarité !

Ah l'interdisciplinarité, que n’a-t-on pas dit en son nom ?
D’abord toute personne évoquant la problématique environnementale sous l’angle technique  est conduite à constater que les problèmes d’environnement sont interdisciplinaires (sic) : Rachel Carlson en soulevant, entre-autres, celui de l’éradication des oiseaux, comme je l’ai indiqué plus haut, soulevait un problème chimio-juridico-statistico(modèle)-pédologico-entomologico-sociologico-géodrilogico-écologico-agronomico-ornithologique. Et je simplifie beaucoup ! De même le problème des nitrates est chimico-microbiologico-physiologico-écologico-juridico-zootechnico-agronomico-hydrologico-economico-etcaeterico.
En fait, un problème d’environnement posé par l’écologisme appelle toujours une réponse  pluridisciplinaire  (sic) de la part des environiciens (= fantômes qui devraient maîtriser les connaissances nécessaires pour chaque question d’environnement) . Chaque "problème" (pesticide, nitrate, inondation, pollution y compris alimentaire) traduit les effets pervers de techniques (agrotechniques et autres) dont les conséquences et limites n'ont pas été appréhendées de façon adisciplinaire par manque d’accès aux connaissances adéquates.

Ensuite et réciproquement les disciplines ne sont que des conventions intellectuelles, des regroupements arbitraires, selon trois modes importants :

- des objets d’étude, comme les organismes, sont  sujets de sciences, comme la biologie. Il s’agit de construire les connaissances (faits observés et interprétations soumises à réfutation) par rapport à un objet défini. Ce sont des sciences ayant un objet. Elles sont subdivisibles à l’infini (Biologie en Zoologie, puis en Entomologie, puis en Apidologie, puis en Physiologie des Abeilles, puis en molécularisme d’une phéromone d’abeille) mais elles ont des objets d’études ;

- des objectifs concrets : comme la médecine qui vise à la santé humaine, quelles que soient les connaissances scientifiques ou empiriques, voire charlataniques, utilisées : c’est le but qui compte. Ce sont les techniques (ou arts) qui sont jugés à l’aune des résultats et de leur reproductibilité. Les techniques ont un but... lui aussi subdivisible ;

- des satisfactions psycho-esthétiques : qui relèvent d’une perception des individus dans leur culture et créent du plaisir/déplaisir de façon diffuse : jeux de l’esprit, goût plaisant, odeur déplaisante, paysage charmant, objet attirant (le jambon pour un chrétien) ou répulsif (le même jambon pour un musulman). Il s’agit d’un domaine psycho-culturel que je ne sais nommer mais qui se mesure par des enquêtes d’opinions. Cette dimension "psycho-esthétique" ne saurait être oubliée (un beau paysage se protège ; l’éthique touche souvent à ces perceptions. N’oublions pas que l’écologisme, donc ensuite l’environique, est né notamment de l’insatisfaction "psycho-esthétique" liée à la disparition des oiseaux des pelouses des jardins d’outre-Atlantique.

En ce qui nous concerne, on peut donc définir des disciplines par leurs objets (= sciences stricto sensu), leurs objectifs (techniques ou "arts" au sens arts et métiers) ou leur esthétique (art des jardins, mosaïque,).

Mais qui pratique une discipline ? Personne !

Car si la définition de chaque discipline peut être parfois donnée, elle ne s’applique à personne. Ainsi M. Benoît et F. Papy définissent : L ’agronomie étudie, formalise, conçoit des logiques d’actions de production végétale  qui s’organise autour de  systèmes de culture, reconstitution théorique. Ce qui ne recoupe que partiellement la définition  étymologique  de G. Lemaire et J.-M. Meynard :  le terme agronomie se réfère à l’ensemble des lois régissant la conduite des champs cultivés l’agronomie est donc un art et une pratique (au même titre que la médecine) visant à utiliser ces lois. (D17, p. 63). Ici il ne s’agit plus de systèmes de culture car les animaux y sont inclus (zootechnie, aquaculture).

Considérons enfin l'Institut national de la  recherche agronomique   : le qualificatif ne colle plus avec les définitions du nom, ci-dessus, car on y fait beaucoup de choses qui sont sans références avec les "agronomies". Ici l’extension du sens "recherche agronomique" s’oppose à la réduction focalisante sur le concept de système de culture (nous reviendrons sur système) . Ensuite évidemment, c’est interdisciplinaire (sic) !

Hormis ces définitions sur des domaines scientifiques, techniques ou "psycho-esthétiques", hormis le fait que ces étiquettes permettent aux professeurs de tenter de circonscrire le domaine qu’ils enseignent partiellement et inégalement, hormis le fait que cela nous permet de nous réunir dans des colloques, congrès et autres ateliers "transversaux" ou "verticaux", le rôle des disciplines est opérationnellement nul.

Jamais le spécialiste est à même de circonscrire individuellement son activité à une discipline ni à même de couvrir toute une discipline. Exemple de couverture d’une discipline : je suis biologiste, non, je suis plutôt zoologiste ; non, géodrilogogue (= spécialiste de vers de terre) ; non, seulement capable de connaître une portion minime de certains aspects des connaissances relatives aux lombriciens mais je ne me limite pas à cela ; je suis environicien ; non ; je ne m’occupe que de déchets, de biodiversité et d’écotoxicologie ; non, je ne fais que quelques approches ayant trait à l’écologie ou/et la toxicologie, etc. Je ne suis pas interdisciplinaire puisque je ne maîtrise aucune discipline mais je suis inter-connaissances car je me sers aussi de certains concepts et moyens agronomiques, physiques, chimiques, informatiques, etc. Et nous sommes tous dans ce cas.

L’interdisciplinaire (= multi-, trans-, pluri-disciplinaire) ne sert que de vœux pieux pour animer des discussions et des sujets trop vastes pour chaque spécialiste. Cette interdisciplinarité bien pensante est en environnement et en écologie (sic) un moyen de nous dédouaner d’avoir des limites intellectuelles individuelles nous interdisant d’embrasser concrètement et personnellement toutes les connaissances existantes souhaitables devant le moindre problème d’environnement concret. Cela nous sert à masquer nos limites intellectuelles personnelles dans une sorte de responsabilité collective (dans la réunion) et générale (au delà de la réunion, car chaque réunion éco-environnementale en appelle invariablement à plus d’interdisciplinarité !).

De ce point de vue l’exercice des auteurs du Dossier n° 17 a quelque chose de scolaire, pathétique et intéressant : aucune des disciplines  traitées par les contributeurs ne couvre l’environnement, ce que tout le monde savait avant.

Par contre, le caractère extrêmement limité, borné, de l’expertise des spécialistes due à leurs limites intellectuelles personnelles est bien masqué. Tout au plus je remarque une crainte exprimée : Cette coopération interdisciplinaire, pourtant si urgente, n’en est encore qu’à ses premiers balbutiements. Face à un tel élargissement des collaborations, le risque est grand de voir l’agronomie éclater.  (Benoît et Papy, D17, p. 58) et le constant effort des auteurs de refuser de couvrir leur discipline de façon parfois explicite : On se limitera dans cette note à une présentation de la contribution des statistiques et de l’intelligence artificielle et, pour les mathématiques appliquées, à celle de l’analyse et du contrôle des systèmes dynamiques (SD), qui correspondent aux compétences couvertes par le département Biométrie et Intelligence artificielle (BIA) de l’INRA. (Goulard, D17, p. 73) .

En constatant que malgré l’urgence on balbutie en 1998 l’interdisciplinaire ; en reconnaissant que l’on ne peut traiter d’une discipline et que  L'interdisciplinarité reste cependant très faible et circonstancielle. Elle semble ne pas être durable pour un même objet, ni programmable.(Goulard, D17, p. 77), on passe en fait complètement sous silence notre spécialisation croissante du fait de l’accroissement énorme de nos connaissances et de la limite de notre encéphale individuel. Ou bien nous sommes compétents mais dans un domaine si étroit qu’il est ponctuel et pointu, ou bien nous discourons sur un champ étendu dont nous ne maîtrisons pas la profondeur (fig.1).

Cette lourde réalité date de l’émergence des sciences et de l’affirmation des techniques. Léonard de Vinci était omniscient, omnitechnicien, omniartiste (fig.2). Les encyclopédistes tentent pour la dernière fois d’être collectivement à la fois omniscients et omnitechniciens (ils sont 120 !) ; depuis nous sommes des "sachants" de domaines maîtrisés de plus en plus extrêmement ponctuels qui se rattachent à toutes sortes de systèmes de pensée mais comment ? Actuellement surtout par le discours non opérationnel et sans conséquence qui domine.

La multiplication des "problèmes d’environnement" ne fait que traduire l’augmentation de notre aptitude quasi individuelle (de petites équipes en fait) pour agir puissamment sur notre milieu par l’atome, par les molécules de synthèse, par les organismes sélectionnés et même biomanipulés, sans être capable d’évaluer les conséquences de ces actes de plus en plus puissants et nombreux. Un champ de blé "ignore", tout comme l’eau d’un lac, ou la viande du boucher nos "disciplines" limitées et surtout l’éclatement non maîtrisé des connaissances de pointes; il va fonctionner toutefois de façon "interdisciplinaire" ! Il faudrait pour évaluer nos actes techniques intégrer nos connaissances par rapport aux systèmes réels auxquels elles se rapportent et y accéder en fonction de chaque situation concrète. Quoique facile à faire, ce n’est jamais fait !

Conclusions :

Ce qui n’existe pas :
- ce sont des disciplines pratiquées et organisées par un seul cerveau ;
- ce sont des pratiques interdisciplinaires rationnelles.

Ce qui existe :
- ce sont des spécialistes - enseignants, praticiens et chercheurs - à activités toujours  pluridisciplinaires  mais ne couvrant jamais une discipline ;
- ce sont des collaborations entre spécialistes, temporaires, circonstancielles et faibles.

Ce qui n’existe pas :
- c’est l’organisation rationnelle des échanges d’éléments de connaissances avec leur gestion commune exhaustive depuis les divers acquis des divers spécialistes ;
- c’est l’accès à chaque instant, à chaque besoin, aux éléments de connaissance pertinents nécessaires et sans jargon techno-scientifique et langue étrangère non explicités. On sait le faire facilement mais l’on ne veut pas le faire !


[R] Acte IV

Des bornes individuelles aux bornes frontières

Une phrase anodine de l’auteur "juridique" du jeu m’a fait "bondir" : Pour terminer, on ne saurait toutefois oublier que ce droit de police de l’environnement contribue, lentement mais indiscutablement, à la prise de conscience des problèmes par l’ensemble du corps social . (Doussan, D17, p. 89). Ceci avait été précédé d’un exposé à mes yeux très biaisé : Si l’on considère le droit comme un ensemble de règles, le droit de l’environnement est assurément un droit particulièrement riche . il s’agit d’un droit essentiellement élaboré et mis en œuvre par des scientifiques et des techniciens. En conséquence, il s’agit d’un droit très "pointilliste" qui manque parfois de cohérence. Il s’agit également d’un droit dont l’élaboration et la mise en œuvre manquent souvent de transparence.(Doussan, D17, p. 88).

En conséquence, des technoscientifiques interviennent dans le droit et manquent de transparence. OK ! Ce ne sont pas des juristes ! Mais nous sommes ici devant l’expression de la perception biaisée d’une des multiples spécialités ayant trait à l’environnement mais dont le rôle n’est pas restreint ni d’ailleurs dévolu à l’environnement. Du point de vue du spécialiste je ne peux qu’approuver la phrase finale elle s’applique à tous les domaines "disciplinaires" car l’environique reste à créer et à mettre en place. Elle seule pourrait créer la transparence par l'accès aux connaissances ! On n’a pas encore songé que, hors urgences, c'est-à-dire pesticides organochlorés, Tchernobyl, prions ignorés pour vache folle, inondations, nitrites alimentaires, OGM non évalués ou multiples micro-polluants organiques (le dernier à la mode : "la" dioxine constituée d'anthracènes et de PCB), il faudrait s’occuper techno-scientifiquement d’environnement ! Il faudrait tenter de ne plus masquer nos très lourdes co-responsabilités, les reconnaître, en assumer les conséquences, et pour cela mettre en place un moyen sérieux -pas une commission de précaution ni un comité d’éthique fut-il Nobel, pour tromper encore (un peu) le peuple. Il n’y croit plus beaucoup d’ailleurs, ce peuple.

Je note aussi deux opinions contradictoires :
la place faite à une discipline juridique est, en effet, soit située très en aval, soit inexistant (Doussan, D17, p. 92).
- le droit est mis en œuvre par des scientifiques (op cit).

Ceci reflète les limites individuelles de tous les spécialistes mais aussi le flagrant franco-nombrilisme qui ne sera corrigé que par le texte de Carole Hernandez-Zakine et surtout (ouf !) par celui de Francis Haumont qui, en total étranger à la démarche dominante quasi exclusive du Dossier n° 17 exprime, tout simplement que nous sommes en Europe alors que le droit communautaire a été très en amont de la recherche. Ne me dites pas que les pauvres références à quelques mauvais textes en international English change quelque chose au nombrilisme franco-inraien du Dossier n° 17 alors que, (voir plus bas), une telle attitude est intenable, si d’aventure nous nous intéressons à essayer de répondre aux problèmes d’environnement en France.

On retrouve ce nombrilisme dans tous les textes (sauf F.H. notre concitoyen européen mais étranger à notre terroir français). Une "preuve" ? La référence aux œuvres historiques de Hénin à deux reprises (Benoît et Papy,  D17, p. 55, citée antérieurement et Isabelle Doussan, D17, p. 91: Par ailleurs, l'intervention du droit est bien souvent déterminée par les données scientifiques relatives à l'état de l'environnement. Il en va ainsi, par exemple, de la plupart des dispositions juridiques applicables aux activités agricoles, qui ont fait suite au rapport Hénin.) qui "fait date" alors qu’il n’aborde que "la pollution nitrique" (Benoît et Papy, D17, p. 55) et donc n’aborde même pas les problèmes d’environnement posés depuis longtemps dans de nombreux pays et notamment par la commission de la CEE et par Rachel Carlson en 1962.

On oublie totalement, tant ici au plan juridique qu’agronomique, que cela ne s’est pas passé comme cela. Je vais me permettre de rétablir, avec quelques risques d’erreurs marginales, la chronologie qui hélas montre que les scientifiques et techniciens[en tant que tels] n’ont [ni] élaboré [ni] mis en œuvre  (I. Doussan., D17, p. 88).

Les scientifiques dignes de ce nom  n'ont pas été en situation d'élaborer quoique ce soit en environnement, ni a fortiori en droit de l’environnement. J’ai vécu le psychodrame environnemental agronomique de façon concrète dès 1972 (publications à l’appui) mais dans des mondes extragalactiques. Je me suis en effet impliqué (avec responsabilité internationale) dans le Programme biologique international (1963-1973) qui portait sur la compréhension des écosystèmes. Cela ne concernait absolument pas l’INRA ; deux chercheurs marginaux, moi-même et Germaine Ricou, s’étaient égarés à savoir ce qui se passe dans un domaine non productiviste : le fonctionnement effectif des agro-écosystèmes. Cela m’a permis de voir les limites de l’intégration des connaissances relatives aux écosystèmes et le caractère pernicieux des discours pluridisciplinaires, toujours en usage aujourd'hui en matière environnementale.

Je me suis aussi égaré, dès 1976, au milieu de commissions étrangères, donc extra-INRA et extra-franco-nombril, qui proposaient les réglementations communautaires en raison de l’ouverture interne à l’Europe (dite CEE en ces temps lointains) avec la nécessité d’établir des règles (directives, normes) collectives au niveau de la future UE (Réunions en volapük, i.e. English bruxellois, dominance des entreprises chimiques européennes qui avaient les moyens d’être présentes, de bluffer et de faire des "recherches" d’accompagnement et enfin dénuement total du seul expert disponible pour toute la zone "Sud" de l’Europe, depuis la coupure Flandres-Wallonie jusqu’au Maghreb à l’époque). L’INRA ignore !

J’ai expliqué (ai-je été clair ?) en 1978 à Jacques Poly ce qu’est un métal lourd ! Terme étrange. Aujourd’hui l’INRA semble pouvoir ça et là aborder les "dioxines" (= micropolluants organiques) que j’ai étudiés in situ en 1976, ce qui a été oublié (= sinon homologation impossible du gaucho !). Un jour, nous finirons par prendre en compte, dans les sols la bio disponibilité réelle (pas celle des collègues physico-chimistes, celle des organismes !) de tous les polluants depuis les quelques molécules par kg de sol des génotoxiques (c’est facile !), en passant par les parties pour milliard (mg/tonne = ppb) type PCB ou parties pour million (mg/kg = ppm), type métaux lourds. Il paraît que l’INRA va s’occuper d’environnement; les outils existent ; ils sont facilement critiquables et utilisables.

Depuis 1976, des directives communautaires ont été produites, des normes (sic) discutées, une médiocrité de la qualité des standards concernant les sols a été institutionnalisée en absence de tout chercheur faisant de la recherche (du Sud Européen) et en créant la dépendance des experts (du Nord européen) et sous l’emprise de la demande publique. Aucune recherche préalable n'a été organisée, seuls de vagues "ring tests" : il fallait produire des règlements, pas des connaissances !

En définitive la chronologie est la suivante :
- c’est 1) la demande sociale (USA = 1962) qui a déclenché l’existence d'une réaction politique donc 2) légiférante (vers 1970-1975 ; j’en suis en 1976) où les "scientifiques" ne sont pas opérationnels (surtout pas de recherches adéquates : il faut des normes, des textes pour satisfaire à la demande politique : le juridique est en amont des scientifiques). Les chercheurs responsables se sont tenus à l’écart ; il restait les autres. 3) J’ai ainsi vu surgir des  normes  (sic) sur le risque écotoxicologique de sols (resic) exprimé par des dosages totaux ou partiels "dits" biodisponibles pour les physicochimistes, alors que l’on savait qu’il n’avait aucun sens ni en terme de risque, ni en terme de chaîne alimentaire ! C’est la base réglementaire aujourd’hui.4) Je comprends et j’approuve la "non lisibilité" décrite par Isabelle Doussan. C’est effectivement d’apparence technique mais comme le Canada dry n’est pas du whisky cela n’a aucune assise scientifique réfutable et technique reproductible ! J’ai aussi vu des normes sur les risques de bioaccumulation dans les vers de terre (dans des sols rappelons-le). Stupeur ! Qui a pu produire cela ? Aucune étude préalable n'existait. J’ai appris, c’est confidentiel, que faute d’études (évidemment l’environnement n’est pas un sujet d’étude), on a pris les valeurs de poissons d’eau douce en aquarium pour indiquer les valeurs pour les lombriciens exigées par les normes ! BRAVO !

Alors non. Les scientifiques et techniciens dignes de ce nom n’ont pratiquement pas participé à l’appareillage législatif initié par les écologistes dans les années 60, repris par les politiciens (= loi = législation = réglementation) dans les années 1970. Mais les recherches préalables indispensables pour créer une réflexion sérieuse et des normes justifiées restent à faire et l'INRA commencerait à s'en préoccuper.



[R] Acte V

Le système des systèmes

Depuis Descartes on parle de système en technosciences et le Dossier n° 17 en est truffé. Ce sont des évocations théoriques (comme Descartes) qui sont explicitement des "vues de l’esprit" : en statistique, on assiste à un désintérêt de plus en plus marqué pour la résolution théorique, pour l’étude des processus déconnectés et pour la connaissance fine de certains d’entre eux (Goulard, D17, p. 76), imaginées en fonction d’un concret : Dans tous les cas, l’identification des systèmes de culture et de leur distribution spatiale est une reconstitution théorique. Elle s’établit à partir d’analyses des stratégies des acteurs et de leurs pratiques. (Benoît et Papy, D17, p. 54). Mais ce sont des réels (un champ, un écosystème) où des modèles tentent de les représenter : de fournir des représentations des systèmes observés et d’en proposer un modèle simplifié.  (Goulard, D17, p. 73).

Nous voilà capables de reconnaître un système réel (un champ et tous ses composants écosystémiques ; une machine). Un modèle qui tente de le représenter (validation au réel du modèle) et de ne plus trop s’occuper des vues de l’esprit (ce qui existe évidemment, mais ne concerne pas l’environnement, si ce n’est au niveau du laxisme phraséologique. À nouveau, ce laxisme s'oppose à la rigueur technoscientifique). Evidemment, notre ultraspécialisation nous interdit individuellement l’abord des systèmes complexes dans leur ensemble et dès le départ le réductionnisme, incompatible avec les approches environnementales est posé : d’identifier et de formaliser la question posée ; d’inventorier les connaissances disponibles qui nous semblent pertinentes.  (Goulard, D17, p. 73). En environnement, les questions sont multiples, illimitées, redondantes et en permanence renouvelées. Quels sont les critères de pertinence a priori  ? Il n’y en a aucun !

On se heurte ensuite à la conséquence de cette nécessaire focalisation a priori  : Le changement d’échelle et le transfert d’échelle, questions récurrentes depuis un certain temps dans les disciplines de l’environnement. (Goulard , D17, p. 75). En fait en dehors de l’exercice développé sur un cas particulier d’une modélisation ponctuelle, tout se perd : L’interdisciplinarité reste cependant très faible et circonstancielle. Elle semble ne pas être durable pour un même objet, ni programmable.  (Goulard , D17, p. 77)

L’auteur de ces lignes n’est pas d’accord ; les relations interspécialistes peuvent être facilement durables et programmables, c’est fait et facile. Mais, effectivement, les contributions du département Biométrie et Intelligence Artificielle de l’INRA n’abordent pas cette question essentielle. Là, comme partout, nos limites inavouées d’hyperspécialistes bornés devant être compensées par une intégration interspécialistes ne sont pas perçues, donc pas réglées !

Revenons aux systèmes. Tout le monde dit que c’est complexe l’environnement ; la notion de système est centrale dans l’article de Benoît et Papy déjà cité sans parler de complexité des modèles, représentation de systèmes complexes, de systèmes multi-agents, systèmes dynamiques (Goulard, D17, ça et là) de modèles en  boites noires emboîtées  de modèles explicitant la coévaluation de systèmes intégrés (Amigues et Moreaux, D17, ça et là). Assez caractéristiquement, la contribution de Claude Lobry apporte des  compléments  (et non pas un commentaire) amorçant l'approche du problème. Dans les années soixante, soixante-dix, Von Bertalanfy et ses adeptes ont fait de la propagande pour une  théorie générale des systèmes  (appelée aussi  systémique) qui prétendait être une méthode universelle de représentation des systèmes vivants complexes. Malheureusement, la systémique promettait bien plus qu’elle ne pouvait tenir à l’époque et, l’effet de mode passé, les scientifiques s’en sont détournés. C’est dommage car, utilisée dans les limites qui sont les siennes, la  théorie des systèmes  reste un outil indispensable. (Lobry, D17, p. 81).

Tout le monde ne s’en est pas détourné, je la pratique en environnement (chapitre II de mon dernier livre, 1996). De toute évidence, notre hyperspécialisation nous interdit d’aborder les systèmes réels, le systémique nous apporte une façon d’organiser et même de programmer.  Conclusion : Les outils de la théorie des systèmes développés par l’automatique me semblent adaptés à la modélisation des grands systèmes qui peuvent se rencontrer dans une problématique environnementale. Ils sont malheureusement délicats à mettre en œuvre. (Lobry, D17, p. 83).

Cette conclusion a été nuancée fortement par le fait que l’application serait au futur. Ces concepts, qui se sont révélés féconds en automatique, le seront pour aborder la modélisation dans le domaine de l’environnement. (Lobry, D17, p. 82) et, surtout, par hypothèse, l’automatique s’intéresse à des systèmes construits par l’homme, donc en principe bien connus. Ce n’est que rarement le cas des systèmes naturels. (Lobry, D17, p. 82).

Ce n’est jamais le cas en environnement !

Les deux contributions de Michel Goulard et Claude Lobry ont ainsi le mérite de résumer l’impasse où nous sommes : des outils performants mais "réductionnistes" applicables seulement à des objets circonscrits  ou bien connus  et une interdisciplinarité faible et circonstancielle.

Ces approches, même au futur, ne seront jamais opérationnelles seules : il faut affronter la nature des systèmes complexes. Rappelons-en la nature, car, si l’on use et abuse de l’expression "système complexe", on refuse comme pour le mot "environnement" d’en voir les contraintes heuristiques et opérationnelles.

D’abord, grâce à Claude Lobry (D17, p. 81) nous avons une description explicite de ce qu’est un système simple : variables d' entrée (U) et de sortie (Y) et variables d’état X du compartiment. Il y a en fait deux compartiments : le compartiment X et son entour (d’où vient U et où va Y). C’est le système le plus simple : un compartiment identifié et l’autre déduit (externe à l’identifié) donc deux compartiments et 2 cinèses.

A partir de là on complique ; on peut considérer les systèmes réels, modélisés par les modèles les représentant à 2 puis n compartiments identifiés. Pour représenter les systèmes physiquement et mathématiquement il faut les connaître. Claude Lobry, qui suggère de transférer les acquis de la systémique des automaticiens l’indique d’ailleurs comme première "limite": Par hypothèse, l’automatique s’intéresse à des systèmes construits par l’homme, donc en principe biens connus. Ce n’est que rarement le cas des systèmes naturels  (Lobry, D17, p. 82). Tout à fait d'accord, mais ce n'est pratiquement jamais le cas en environique.

Mais ici s’introduit un "détail" qui a échappé aux contributeurs du Dossier n° 17 et aux premiers théoriciens de la systémique. Il faut faire la distinction, pourtant ancienne (Atlan, 1985) entre systèmes compliqués et systèmes complexes. C'est ici essentiel. On peut décrire à partir du système compliqué concret pris en considération ce système si ces composants (compartiments et cinèses) sont connus et définis. Cela peut être lourd, mais cela est possible surtout par addition modulaire des apports de chaque spécialiste. Cela se fait en automatisme mais de façon encore plus spectaculaire en ingénierie simultanée dans l'industrie. Par exemple tous les composants d’un nouveau modèle d’automobile sont pris en compte dans un système informatique associant en temps réel les maîtres d’œuvres et leurs divers ingénieurs et les sous-traitants qui travailleront ensuite sur le même modèle en flux tendus. On peut aussi parler de systèmes compliqués en matériel informatique : les millions de composants des microprocesseurs co-associés et en logiciels où les couches de programmes informatiques s'accumulent depuis le langage machine qui interface les systèmes physiques et les logiciels pour utilisateurs. Ce sont des systèmes compliqués mais dont le fonctionnement est totalement décrit à partir d’une connaissance totale (aux erreurs près de ceux-ci). Ce ne sont pas des systèmes complexes.

Mais, en environnement, nous travaillons sur des systèmes complexes, c’est-à-dire des systèmes dont les composants ne sont que partiellement connus, souvent très partiellement. Prenons comme exemple une motte de terre : aucun grain physique constitutif de cette motte n’est géométriquement décrit (forme, cotes, positions dans la motte) ; les milliards de composés chimiques constitutifs sont ignorés, mais parmi ceux-ci il y a les métaux lourds, les génotoxiques à l’état de traces inférieurs chacun au ppb, les micropolluants interagissant pour être séquestrés ou être effectivement toxiques pour les organismes. Cette motte contient aussi des centaines de souches de microorganismes différents formant des colonies qui changent de propriétés (mutent), des centaines d’espèces de microorthopodes et de nématodes souvent inconnues de la science et quelques racines et vers de terre. Les composants sont essentiellement inconnus.

Evidemment, cette motte est constitutive d’un sol, aux composants et organisations fonctionnelles sommairement perçus et ce sol n’est lui-même qu’une composante de la parcelle (agro-écosystème) ouvert sur un monde dont les cinèses, tels les apports des aérosols issus de l’incinérateur implanté à quelques kilomètres, ne sont pas décrites ou si peu. Ajoutons que cette parcelle entre dans une gestion en "système de culture", dépendant du système des échanges économiques et des systèmes de réglementation.

L’environnement porte donc sur des systèmes complexes et les outils performants pour décrire les systèmes y sont inopérants car ils ont été développés pour des systèmes connus simples ou assez compliqués (sauf si une petite partie du système complexe est réductible à du connu ; alors oui, les outils classiques des bases de données ou dérivés de l’automatisme s’appliquent).

Faute de reconnaître cette différence fondamentale entre systèmes complexes et compliqués, on propose d’appliquer un cautère sur une jambe de bois. Cela donne d’une part un discours interdisciplinaire fleuri, bien pensant mais sans aucun outil opérationnel et d’autre part des outils de gestion des connaissances (bases de données, modélisation des interprétations) inadéquats aux systèmes complexes, donc à la réponse environnementale que la société nous presse de faire ! Il ne nous reste plus dans le brouillard qu'a prôner la logique floue en supposant qu'elle se substituera à la gestion rigoureuse des faits connus. La logique floue, excellente et déjà ancienne (Zadeh, 1965), va maintenant nous servir d'excuse pour continuer à ne pas traiter d'environnement !

Si j’écris ces lignes c’est que j’ai été amené par hasard à résoudre ce problème de gestion des éléments de connaissances relatifs aux systèmes complexes. Je ne l’ai pas fait intentionnellement mais initialement empiriquement puis j’ai été amené à théoriser ce nouveau moyen essentiel. Ce n’est pas le lieu d’en faire l’exposé. Ceux qui s’intéressent concrètement à aborder la problématique environnementale le liront ailleurs (Bouché, 1996). Disons simplement ici que, malgré facilité, simplicité et économie, son abord ne rentre pas dans les pratiques des disciplines établies et qu’en conséquence on en bloque l'usage ; cette indispensable pratique en environnement est rejetée aux calendes grecques et explique à elle seule largement les "problèmes d’environnement".

Car les problèmes d’environnement ne sont pour la plupart que le résultat de notre incapacité congénitale d’évaluer l’impact des pratiques humaines dans notre environnement (sur la motte de terre et la parcelle, sur la sécurité alimentaire,etc.), c'est-à-dire de gérer notre savoir partiel sur les systèmes complexes.

La solution vient en fait du respect d’un certain nombre de règles, parfois anciennement connues.

- ne pas confondre les faits issus des systèmes concrets (= eusystèmes) avec l’interprétation nécessairement très incertaine de ces systèmes complexes ;

- ensuite gérer les atomes de connaissances factuels (dit dics) selon un schéma conceptuel global permettant à tout hyperspécialiste, sans sortir du domaine où il excelle, de faire connaître la partie factuelle de son savoir (voir Courrier de l’environnement 14, Bouché 1991). Evidemment, cela suppose que l’hyperspécialiste observe des faits et qu’il ait l’humilité de reconnaître qu’il ne peut que contribuer à notre perception partielle des systèmes complexes. Il faudrait qu’il accepte de publier exhaustivement ces faits. Ceux-ci se gèrent en trois types d’éléments : les dics quantitatives, qualitatives ou floues, les liens (ou relations) entre elles par bases de données relationnelles en tableaux et les termes décrivant les dics qualitatives ou floues, et les caractéristiques (colonnes, lignes) des tableaux.

 En définitive trois types d’éléments : dics, termes et relations.

Les interprétations sont distinctes, elles sont le résultat d’une mixture de dics (factuelles) et d’hypothèses interprétatives (sur l’échantillon, les opinions, choix...). Elles se décrivent en relation avec les dics utilisées et avec une terminologie reprenant les termes décrits ci-dessus plus quelques termes propres aux interprétations selon des "phrases" à la syntaxe très simple (pas d’accord orthographique !) car tous ces termes doivent se traduire automatiquement et sont, si nécessaire, explicités par des relations à des définitions elles-mêmes constituées de termes et de relations ; c’est l’explicitation.

Ainsi chaque spécialiste peut restreindre son apport à son réel domaine de compétence, en contribuant à une connaissance exhaustive, en explicitant son savoir de façon simultanément polyglotte et "dé-jargonnée". Ce qui permet à tous de partager le savoir de tous. Chacun, en fonction de ses besoins, accède très précisément (car précisément décrit par le spécialiste "réductionniste" adéquat) à la partie précise dont il a besoin (finiela recherche documentaire dans des documents où il y a si peu qu’ils ne sont pratiquement jamais consultés !). Chacun peut contribuer à la connaissance exhaustive pertinente et explicite et l’utiliser pour, à chaque instant, extraire les connaissances acquises sur les systèmes complexes et voir celles qui font réellement défaut. Finis les états d’âme "interdisciplinaires", les problèmes d’échelle (sic), les recherches redondantes, etc.

Enfin précisons que les "phrases" s’appliquent aussi aux procédures (type protocole d’échantillonnage, d’analyse, de test normalisé, de processus industriels) dont les opérations unitaires s’enchaînent par relation une à une au bon vouloir de l’expert les décrivant (concaténation). Tout cela s’applique grâce au schéma conceptuel global aux systèmes complexes car ne porte que sur la partie perçue de ceux-ci. Actuellement la connaissance acquise sur ceux-ci est accessible à moins de 1 % par les voies classiques (publications, rapports, internet, hypermédias, bases de données, etc.). Il est possible de lever ce blocage si réellement l’environnement quitte le laxisme phraséologique des discours pour passer dans le domaine opérationnel de la rigueur techno-scientifique.

Ce qui existe :

- c’est une définition claire de ce que sont les systèmes simples, compliqués et complexes ;
- une confusion organisée des concepts de systèmes simples, compliqués et complexes par leurs usages permanents de façon littéralement insensée ;
- un laxisme phraséologique servant d'écran de fumée et bloquant tous progrès ;
- une possibilité de gérer les éléments de connaissances facilement au niveau des systèmes simples, compliqués et, ce qui est nouveau, complexes.

Ce qui n’existe pas :

- c’est un minimum d’exigence de rigueur techno-scientifique vis-à-vis des systèmes simples, compliqués et complexes ;
- c’est la reconnaissance que nos problèmes d’environnement anthropogènes résultent de notre désorganisation dans la gestion des éléments de connaissances relatifs aux systèmes complexes (et parfois compliqués) produit par chaque spécialiste ;
- c’est le refus de mettre en place la gestion des éléments de connaissance relatifs aux systèmes complexes, particulièrement dans l’espace rural.




[R]
Acte VI

L’environnement est partout MAIS nulle part

Scène 1. On sait donc être parfaitement inopérant :

- par carence de rigueur nous avons éludé la problématique environnementale (jusqu’en 1999 ?) posée à nous même, de façon explicite depuis (au moins) 1962 ;

- en refusant de définir le contenu et le contour de la problématique environnementale :
- une demande sociale claire : évaluer les conséquences des actes humains ;
- une conséquence : créer un outil d’évaluation adisciplinaire mais commun aux spécialistes de façon totalement adisciplinaire (pas de jargon), polyglotte ( = on ne peut tout faire dans notre idiome) ;

- en excellant dans le discours environnemental flou, confus et indéfini, c'est-à-dire en pratiquant la logorrhée du laxisme phraséologique aux antipodes de la rigueur techno-scientifique qui devrait être notre métier ;
- en excellant dans le discours sur les "systèmes", en abordant "à la limite" les systèmes compliqués mais jamais les systèmes complexes : objet de environique ! ;
- en cultivant la confusion face à la demande sociale et à notre obligation de répondre à cette demande ;
- en réduisant la problématique environnementale (singulier) à une liste extrêmement plurielle de problèmes d’environnement (une liste à la Prévert) ;
- en noyant l’action individuelle des spécialistes dans des schémas "disciplinaires" et des évocations "interdisciplinaires" à l'opposé de l'opérationnel ;
- en compensant la carence absolue de gestion et d’accès aux connaissances entre spécialistes par un discours interdisciplinaire ainsi décoratif qu’inopérant ;
- en justifiant notre bonne foi (sic) par la multiplication de comités sur des "principes" (de précaution) ou d’éthique dont les membres sont laissés à leur propre équation d’une compétence réduite et d'une incompétence exhaustive ;
- en multipliant les affichages relatifs à l'environnement mais en n’abordant pas la problématique environnementale ;
- en continuant de feindre de croire que le système actuel d’hypertrophie des publications (sic : ainsi sont-elles nommées sans aucun public) rend public alors que les études des scientomètres présentées aux responsables (Latour, 1994) démontrent numériquement et scientifiquement le contraire ;
- en substituant la logique floue, intéressante en elle-même, à la gestion des connaissances rigoureuses à tout niveau (y compris par logique floue) .


Scène 2. Et et si on abordait sérieusement la problématique environnementale ?

Les problématiques et les méthodes, les enjeux et la prospective, la construction des dispositifs de recherche et des réseaux. (Mode d'emploi  du D17, p. 9)

Nous avons vu que la demande sociale nous interpelle et nous demande une réponse environicienne, c’est-à-dire technique, à des problèmes créés par nos techniques.

Nous n’avons pas à nous mêler des modalités des réactions sociales aux dysfonctionnements engendrés par les activités humaines. Nous avons, tout au plus, à les observer et les formaliser.

Nous devons en revanche répondre à une seule question : mettre en place une évaluation concrète des techniques (moyens) mis en œuvre dans notre milieu réel.

En conséquence, nous devons gérer toutes les connaissances relatives directement (ou indirectement : modèles) aux impacts de nos actes sur notre milieu. C’est simple mais adisciplinaire.

En conséquence, tout spécialiste se doit de ne plus enfermer ses acquis dans son bureau, dans son micro-ordinateur, dans des publications techno-scientifiques de pointe impraticables (langues et jargons !) mais de mettre à disposition en temps réel et de façon explicite (jargons techniques expliqués, langue traduite automatiquement) les faits observés sur les réels (y compris les effets observés de nos agro-techniques) et les interprétations (ou non) qu’il en tire. Ceci est facile pour peu que ce spécialiste travaille dans un cadre (exemple : organisme de recherche) où la problématique environnementale a été reconnue et prise en compte.

Il faudrait reconnaître que l’évaluation de tout acte dans notre environnement ne saurait être réduite mais seulement fondée sur les éléments de connaissances que nous avons sur ces systèmes concrets avec relations entre techniques d’action (traitement de déchets, usage de pesticides, production de betterave puis de sucre, etc.) et vrais systèmes (champs, usines, villes, etc).

Il faudrait distinguer dans l’évaluation environnementale les estimations des appréciations par rapport à des valeurs distinctes et complémentaires (Bouché, 1996 : critères d’évaluation).

On peut indiquer à titre de suggestions les valeurs, indissociablement liées mais opérationnellement distinctes, que sont :

- l’exploitabilité (de la technique, du milieu, du type de production) ;
- la diversité (qui n’est pas que biologique, par exemple paysagère) ;
- l’efficacité : c’est  pour l’agronome théoricien la fertilité en g de masse sèche/m2 ;
- la salubrité : c’est l’appréciation du risque pour l’homme, à court terme (effet direct) ou moyen terme (via les écosystèmes par exemple) des risques d’accidents (sécurité) et d’hygiène (santé). Exemples : les dioxines en accident à Seveso ou polluantes depuis longtemps les poissons du lac Léman ou les corps gras en zootechnique, Bhopal et l’accumulation des organochlorés dans nos tissus, etc.
- le bien-être (ou aménité) : l’agrément/désagrément créé, par exemple, par un grand cru de vin ou l’arasement des talus-haies de Bretagne.

Il faudrait ordonner les éléments de connaissances pour permettre les estimations de ces critères d’environnement. Considérer que des responsables de la recherche assurent leur responsabilité environnementale. Qu’ils cessent de parler d’environnement pour dédouaner mais agissent pour permettre l'intégration des éléments de connaissances en les rendant disponibles aux spécialistes. Tout spécialiste se devant de rendre publique (=publication réelle) en opposition absolue aux publications techno-scientifiques actuelles.

Scène 3. Et si on quittait le discours pour agir ? Rêvons !

Imaginons que dans un organisme X de recherche français, par exemple l’INRA, on veuille aborder la problématique environnementale. Pas pour affichage par laxisme phraséologique, non, pour répondre sérieusement, avec rigueur à la demande sociale en matière de protection de notre milieu, y compris notre sécurité alimentaire !

Imaginons que dans cet organisme X un responsable soit responsable, c’est-à-dire exige les moyens de son action pour que ce que veut son organisme soit effectivement engagé, assuré, développé et accompli !

Imaginons que ce responsable ai lu le présent brûlot. Que ce brûlot ne soit pas censuré pour aimables présentations mais sérieusement critiqué aux plans rigoureusement technique et scientifique.

Rêvons que, ceci étant fait, il apparaisse à ce responsable, réellement responsable, qu’il faille cesser de parler/afficher ou blablater sur l’environnement mais qu'il faille sérieusement aborder ce problème environnemental car la société ne supporte plus l’irresponsabilité des fonctionnaires techno-scientistes mais souhaite bénéficier du "progrès", c’est-à-dire des innovations évaluées dans le cadre de leurs applications. (= l’inverse de ce que nous avons toujours fait !).

Rêvons que ce responsable lise cet article, plus exceptionnel, prenne le temps de s’informer, de critiquer, de se convaincre et, malgré sa bizarrerie, constate qu'il traite de systèmes complexes mais réels, de techniques existantes, de milieux concrets, de modèles critiquables, de gestion des éléments de connaissances fiable, des hyperspécialistes bornés mais mettant en commun leurs connaissances. Bref, ce responsable, pour être non-irresponsable ne botte plus en touche derrière un discours pluridisciplinaire et de prétendues difficultés de mise en œuvre qui ne résultent que de son inaction et du laxisme phraséologique bienséant à la mode.

Rêvons ! Ce responsable, enfin responsable, constate qu’il n’y a qu’un problème d’environnement : la non-évaluation des actes humains dans l'environnement humain, et que pour cela les savoirs de tous : praticiens, techniciens, hyperspécialistes sont faciles à partager. Ceci permettant évidemment l'optimisation et l'évaluation des actions actuelles.

Rêvons ! Ce responsable n’ordonne aucune révolution. L’environnement est partout, tout hyperspécialiste de notre institut est concerné directement ou indirectement par la demande sociale environnementale. Il devra simplement mettre son savoir à disposition du public lato sensu dans un système d’informatisation mutuel, explicite, exhaustif, translinguistique et facile à mettre en œuvre.

Rêvons profondément ! Ce responsable, décidément responsable, constate que si l’environnement est partout il n’est à l’INRA nulle part. Aucun chercheur, par le moindre laboratoire, n’est en charge d’intégrer le savoir des hyperspécialistes dans un système d’information polyglotte a accès en temps réel. Ce responsable parvient à l’extrême à changer les priorités : au lieu de contribuer à l'appui de nouvelles technologies non évaluées à faire prendre en compte l’environnement en terme de postes, de budget, de locaux, d’équipements, considérer l'environnement comme un objet d’étude intrinsèque pour permettre à tous de co-agir. L’environnement devient dorénavant partout et pris en compte (alors qu'il n’est plus nulle part).

En conséquence de cet effort intellectuellement extrême, mais financièrement négligeable, voilà que les "experts" des commissions, comité et autres panels disposent en temps réel des apports des hyperspécialistes praticiens, enseignants ou chercheurs. La meilleure évaluation, en cas de problème, peut à chaque instant être effectuée grâce à la mobilisation à la demande des éléments de connaissances nécessaires.

Accessoirement, l’efficacité de la communication scientifique et technique est accrue de deux ordres de grandeur (80 à 150  % !)

Accessoirement nous accroissons notre impact européen-mondial du même facteur.

Accessoirement, mais ultérieurement, nous bénéficierons des apports polyglottes de la communauté internationale qui ne pourra que copier ce que nous aurons initié (c'est passer des justifications à la mode d'outre-atlantique à une réelle influence).

Scène 4. Bilan allégorique

Ce qui existe :
- des questions prégnantes relatives à la problématique environnementale ; milieux, santé publique, protection de notre patrimoine sécurité alimentaire ;
- un inventaire "à la Prévert", interminable, chaque jour renouvelé des accidents environnementaux, y compris de sécurité alimentaire ;
- un laxisme phraséologique, véritablement écran scientiste de fumée, interdisant de poser les problèmes au nom d'une techno-science au-dessus de tout soupçon et de toute façon incompréhensible par la valetaille ;
- le même laxisme phraséologique s'opposant à la mise en ordre des éléments de connaissances nécessaires pour répondre à la seule question posée : évaluer pour nous-même, ce que nous faisons ! ;
- une demande sociale qui ne nous pose qu'une question : évaluer à tous les niveaux des recherches "fondamentales" (sic) à leurs applications (re-sic), aux actes des praticiens les pratiques humaines mises en œuvre dans notre milieu (rural) ;
- une réponse de la recherche extrêmement dispersée et peu efficiente, car les applications environnementales sont soupoudrées et non inscrites dans les systèmes complexes où elles se nichent. Ces applications sont elles-mêmes non évaluées.

Ce qui n'existe pas :
- une volonté politique de recherche responsable pour répondre à la question sociale posée : l'évaluation intégrée environnementale ;
- un responsable scientifique, à la fois responsable et pouvant prendre conscience par la réflexion que le laxisme phraséologique dominant est pervers vis-à-vis de la demande précise posée ;
- le même responsable, responsable, prenant le temps de la prise en compte du fait que l'inventaire à la Prévert des problèmes d'environnement (pluriel) n'exprime qu'une question : l'évaluation de nos actes dans notre environnement ;
- le même responsable, responsable, prenant le temps d'échapper aux réunions consensuelles pour réaliser que ce problème unique n'impose qu'une réponse pour l'évaluation environnementale : la mise en commun du savoir des divers spécialistes (praticiens, techniciens, savants, juristes, experts...) pour cette évaluation tant souhaitée ;
- le même responsable, responsable, réalisant que, moyennant un minimum de réflexion, il faille exercer sa responsabilité (!) pour créer une discipline fondamentale de mise en commun des connaissances de tous les spécialistes sans bornages jargoniques ou linguistiques. Seuls moyens de permettre la mobilisation des demandes de connaissances en suivant la logique de chaque demande d'application, quitte à réduire ultérieurement par la recherche les vraies méconnaissances ;
- un responsable, responsable traduisant une volonté de politique de recherche environnementale pour quitter le laxisme phraséologique jouant le rôle de leurre social- (rapports, affichages, débats, inaction,) et pour agir avec rigueur techno-scientifique pour mettre en place les moyens opérationnels d'une évaluation intégrée de nos actes dans nos milieux afin d'en optimiser les usages.

Grâce à cette évaluation intégrée ce responsable, responsable pourra donner une réelle orientation de nos diverses recherches fondamentales et appliquées, y compris celles "spécifiquement" dédiées à l'environnement.

Alléluia !

Fin du Rêve, l'OVNI atterrit.

Fin du rêve  l'OVNI atterrit : ce brûlot ne sera ni publié, ni lu, ni discuté, ni évalué. Car l'environnement n’est qu’un affichage pour agitations encéphalo-littéraires telles que celle-ci qui ne représente après tout qu’environ 30 ans de recherches. L’environnement est trop important pour être discuté et pris en compte sérieusement.


Marcel B. Bouché
Laboratoire de Zooécologie du sol, INRA, 2 place Viala, 34060 Montpellier


[R] Rideau


[R] FIGURE 1

[R] Figure 1. Pour une même aptitude intellectuelle, chaque spécialiste peut être compétent mais au prix d'une étroitesse de cette compétence. Il peut à l'inverse accroître l'amplitude de son discours mais au prix d'une superficialité.[VU]



[R] FIGURE 2


Figure 2.  Si Léonard de Vinci maîtrisait les savoirs des sciences et techniques de son époque, les encyclopédistes tenteront, une ultime fois de présenter les connaissances techno-scientifiques. Depuis, ou bien nous sommes compétents sur un domaine pointu, mais extrêmement étroit, ou bien nous sommes incompétents dans de vastes domaines, tel l'environnement.
[VU]


[R] VI. Références bibliographiques

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Bouché M.B., 1996. Intégrologie, l’adressage des connaissances ou le doigt sur la plaie. Autoédition, 92, rue Pauline-Ramart, Montpellier, 1-206.

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